12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 06:10

De Sophie Deraspe (Canada Québec) 2019

avec Nahéma Ricci, Rachida Oussada, Nour Belkhirla 

 

 

Film couronné de 5 prix aux Oscars canadiens  dont ceux  du meilleur film et de la meilleure actrice

Antigone est une adolescente brillante au parcours sans accroc. En aidant son frère à s'évader de prison, elle agit au nom de sa propre justice, celle de l'amour et la solidarité.Désormais en marge de la loi des hommes, Antigone devient l'héroïne de toute une génération et pour les autorités, le symbole d'une rébellion à canaliser...

Antigone

mon coeur m’a dit de sauver mon frère

 

En s’emparant du « mythe » d’Antigone (Sophocle) -revisité d’ailleurs par Anouilh et Brecht (comme le signale le générique de fin) la réalisatrice québécoise en fait une œuvre très contemporaine en l'ancrant dans la réalité du XXI° siècle - excusez ce  truisme-- mais tout en perpétuant une tradition théâtrale, elle fait retentir un hymne dédié à la jeunesse, celle qui, toutes origines et classes sociales confondues (avenir du Canada), prône la supériorité de « la loi du coeur sur la loi des hommes » (portée universelle)

 

Une bavure policière (Etéocle  lâchement abattu et Polynice emprisonné)   sera l’élément déclencheur ; les réseaux sociaux vont jouer le rôle des choeurs de la tragédie antique, une psychiatre aveugle celui du devin Tirésias, l’autorité de Créon transformée en pouvoir répressif multiforme (police, justice, établissements correctionnels, prison);  la campagne initiée par Hémon  en faveur d’Antigone -où domine le rouge -évoque astucieusement l’Affiche rouge, et certains plans sur le visage de Nahéma Ricci rappellent de toute évidence la Falconetti de Dreyer, en Jeanne d'Arc!

 

Alors que le film aborde de nombreux problèmes dont certains brûlants d’actualité -intégrisme au Maghreb, décennie noire en Algérie, guerres des gangs à Québec, politique migratoire canadienne, violence policière, sort des immigrés en attente de citoyenneté...- Sophie Deraspe évite la surenchère ; ni volonté démonstrative trop appuyée ni impact émotionnel trop facile. C’est que dans le montage tout semble aller de soi : on passe d’instants dits tragiques à des écrans de portable d’où jaillit la parole des réseaux sociaux, des couleurs vives et chaudes (appartement de la famille, rassemblements des jeunes) aux couleurs froides (poste de police prison palais de justice) -ici l’opposition des couleurs, des ambiances évoque avec  sobriété  un contexte socio-politique- et d’un point de vue cinématographique assure le triomphe de la fonction sur la parole ; de même que la mise en scène suggère très souvent le cloisonnement de l’espace comme obstacle à un trop plein d’énergie et que les flash back sont moins l’illustration d’un pan du passé,  qu’une nouvelle prise de conscience de ce passé, dans un autre contexte (Nahéma enfant, dépouilles des parents jetées sans sépulture, frère footballeur et dealer par exemple)

Mais surtout l’interprétation de Nahéma Ricci en Antigone contemporaine habitée,  tragique et solaire, sensuelle et pudique,  force l’admiration tant elle est convaincante

 

Un film qui allie avec élégance  classicisme et  actualité,   à ne pas rater (Omnia aux Toiles) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

ps en canadien on dit "déportation" (et non "expulsion") 

à méditer !!!! 

 

 

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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 06:09

de David Zonana (Mexique) 

avec Luis Alberti, Hugo Mendoza,  Jonathan Sanchez

 

Francisco voit son frère mourir d’un accident sur le chantier où ils travaillaient ensemble. N‘obtenant aucun dédommagement du propriétaire, Francisco invente une façon inédite de se venger de lui.

 

Mano de obra

Non nous ne sommes pas dans un film à la Ken Loach (malgré la prégnance de la thématique « lutte de classes » ou du moins malgré la peinture des inégalités sociales éhontées) mais plutôt du côté de Parasite de Bong Joon-ho En mettant au premier plan la « main d’oeuvre », celle des ouvriers du bâtiment, en mêlant film social et thriller, David Zonana signe une œuvre étrange déconcertante, une fable au déterminisme implacable « personne n’est complètement bon ou mauvais » (avertissement) manipulation et corruption gangrènent les rapports humains, de classe et de travail

 

Après la mort accidentelle de son frère Claudio sur un chantier, (construction d’une luxueuse villa) Francisco n’a de cesse de faire triompher la justice ; face à l’incompréhension aux dénis aux refus (une pseudo enquête conclut à l’imprégnation alcoolique du travailleur au moment de la chute, alors qu’il a toujours été sobre, ce qui dispense de verser des indemnités à la veuve …) il met en œuvre progressivement et méthodiquement une « justice immanente ». S’approprier la luxueuse villa, en faire bénéficier tous ses compagnons d’infortune...avec leur famille. Mais la communauté sera confrontée à des dissensions, à une gestion plus ou moins mafieuse et à la guerre des égos jusque….

 

Pour illustrer ce cheminement David Zonana opte pour une caméra fixe, une succession de plans séquences comme autant de « saynètes » avec plans fixes, panoramiques ou lents zooms, et pour un traitement minimaliste (avec ellipses ou hors champ …Il appartiendra  au spectateur de reconstituer d'imaginer certains faits et gestes de Francisco par exemple! ).

Il fait de la luxueuse villa blanche le microcosme des confrontations. Au moment de sa construction, elle oppose le monde du travail à celui du capital. Occupée par les ouvriers, elle est d'abord espace d’une « réappropriation », avant de devenir celui  d’affrontements irréversibles.

Alors que simultanément nous aurons cheminé de l’extérieur (jardins murs, baies vitrées, terrasses) vers l’intérieur (chambres, immenses salles de bains, espaces de loisirs et de détente) et que nous aurons été témoins de drames  (la mort d’un ouvrier sur le chantier, le délitement de la communauté à l’intérieur )

 

Une démonstration fulgurante de justesse!

 

Un film original à voir assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 13:25

 De Gustave Kervern et Benoît Delépine (Belgique France) 

avec Blanche Gardin (Marie) Denis Podalydès (Bertrand) Corinne Masiero (Christine) Vincent Lacoste  (le sextapeur) Benoît Poelvoorde (le livreur Alimazone) Bouli Lanners (Dieu) Philippe Rebbot (le feignasse) Vincent Dedienne (le fermier bio) Michel Houellebecq (le client suicidaire) 

 

Ours d'Argent au festival de Berlin 2020

Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller.Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d'avance, quoique...

Effacer l'historique

Vous vous souvenez sur ce rond-point on a découvert qu’’on était voisins et on le savait pas  (Marie)

Un rond-point qui jouera le rôle d’épicentre ; filmé à plusieurs reprises et sous des angle différents il symbolise la lutte des Gilets Jaunes, une lutte qui perdure : On est là on est là:  chantent les trois personnages de cette comédie à la fois absurde et fantasque, drôle et farfelue sur l’emprise aliénante des nouvelles technologies, emprise qui frise l’addiction (constat amer de Christine "c’est pire qu’un bracelet électronique")

Et par-delà ses revendications sociales et politiques, le mouvement n’avait-il pas fait émerger cet humanisme profond, celui que précisément le tandem Delépine/Kervern a toujours revendiqué, en dénonçant les dérives d’un système qui broie les faibles et les éclopés ?

Rond-point dont la courbe s’oppose à la verticalité des géants du Net que l’on va affronter jusqu’aux USA. Rond-point et ronde de la vie toujours recommencée ! Grands angles grands espaces vides comme pour accentuer la solitude de l’individu pris au piège (50km pour un service dit de proximité ; affaire du siècle "antivirus gratuit pour 14 euros par mois"; voix suave d’une Miranda sur laquelle on fantasme avant d’être confronté à son simulacre sur l’île Maurice…)

 

Comique de situation souvent hilarant, réflexions apparemment naïves, blagues potaches : on rit certes mais jamais aux dépens de Marie,  Christine et Bertrand : humains trop humains dans un monde de plus en plus connecté mais ….qui a détruit le vrai lien social (lien que précisément les Gilets Jaunes avaient magnifié)

 

Comment récupérer les données -ou du moins les maîtriser ? Facebook ne répond pas aux 42 lettres recommandées envoyées par Bertrand ; Marie rêve d’un centre de données où il suffirait de taper « Sextape Hauts de France ». Dieu serait-il sourd ? Certes il s’est réincarné en un geek perché dans une éolienne, mais il avouera son impuissance face à  l’Hydre planétaire des temps nouveaux (au moins Héraclès avait-il vaincu celle de Lerne!)

 

Mais que sont nos problèmes vus de la Lune? Se demande Marie (admirable Blanche Gardin) allongée sur un transat (la tête dans les étoiles??) 

Et voici que la caméra décolle de la planète Terre, s’envole, dépasse les « clouds »... jusque…

 

Colette Lallement-Duchoze

 

J'ai été très déçu car le film n'est pas drôle à de rares réparties près...(celles de Blanche Gardin).

Peinture bâclée de la misère, voire méprisante à l'égard des Gilets jaunes dépeints comme les nazes de chez naze, si fait que tous les phénomènes d'aliénation qui sont montrés (les jeux d'argent, le portable, etc...) ne mènent nulle part ailleurs qu'à un gros humour potache, une idéologie anar de droite à la Houellebecq.

Tristes clichés avec un scénario qui patauge vers la fin et renforce l'incohérence du film dans son ensemble.

Serge Diaz  3/09/20

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 05:13

 De Haifaa Al Mansour (Arabie Saoudite Allemagne) 

Avec Mila AlzahraniDae Al HilaliKhalid Abdulrhim

 

Maryam est médecin dans la clinique d'une petite ville d'Arabie saoudite. Alors qu'elle veut se rendre à Riyad pour candidater à un poste de chirurgien dans un grand hôpital, elle se voit refuser le droit de prendre l’avion. Célibataire, il lui faut une autorisation à jour signée de son père, malheureusement absent. Révoltée par cette interdiction de voyager, elle décide de se présenter aux élections municipales de sa ville. Mais comment une femme peut-elle faire campagne dans ce pays ?

The perfect candidate

En quelques tableaux éclatent au grand jour les paradoxes -et c’est un euphémisme..- de la société saoudienne dominée par les diktats masculins : une femme peut faire des études, exercer le métier de médecin par exemple -c’est le cas de Mayam- ET sur son lieu de travail subir l’opprobre  -des patients qui ne tolèrent pas d’être examinés ni soignés par une femme

Une femme peut prétendre à un poste plus élevé MAIS elle ne peut prendre l’avion sans l’autorisation d’un tuteur (Maryam doit se rendre à Riyad ; or elle est célibataire, son père, le tuteur, est absent : chanteur, oudiste, il est en tournée au moment des faits)

Une femme peut être candidate à des élections municipales MAIS elle ne peut faire campagne en présence des hommes et le vote d’autres femmes est loin d’être acquis !!!

Dénoncer des lois archaïques, c’est la volonté affichée de Haïfaa Al Mansour qui  met en scène les luttes de femmes saoudiennes pour faire entendre leurs voix. Dans the perfect candidate - le titre ironique donne le ton Maryam par ses prises de parole et sa détermination "libère"  une  parole jusque-là confisquée

Que penser des revendications inscrites à son  programme électoral ? Je ne veux pas parler de la condition des femmes mais d’une priorité (qui me tient à coeur) goudronner la route qui mène à la clinique (la première séquence où nous avons suivi cette doctoresse au volant de sa voiture, illustrait l’état lamentable de la voie d’accès) Il y a urgence, la vie de « malades » est en danger Cet argumentaire aura été entendu car avant le jour des élections la voie est rapidement goudronnée... De facto la campagne pour les travaux  -et partant, l'élection d'une  femme-  ne serait(aient) plus justifiée(s) ? qu’à cela ne tienne, c’est sans compter sur la ténacité de Maryam.....

Mais si le scénario ne manque pas de saveur, la   "mise en forme" (en scène) est quant à elle insipide et scolaire

Jusqu’à ce montage parallèle où nous voyons en alternance le père en tournée - espoir d’un contrat avec l’orchestre national?- et sa fille en campagne électorale (aide précieuse d’une sœur, to do-list, etc.).

Un montage plus percutant, plus nerveux, aurait sans doute donné plus de relief au double questionnement sur la place de la femme (qui malgré quelques avancées est toujours reléguée au rang de subalterne) et de l’art (rappelons que le métier de chanteur est « discrédité ») dans la société saoudienne

Un film assez décevant !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 04:21

De Quanan Wang Mongolie 

Avec Dulamjav Enkhtaivan, Aorigeletu, Norovsambuu Batmunkh, B. Anujin, Gangtemuer Arild

Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur les lieux du crime. Dans cette région sauvage, une jeune bergère, malicieuse et indépendante, vient l’aider à se protéger du froid et des loups. Le lendemain matin, l’enquête suit son cours, la bergère retourne à sa vie libre mais quelque chose a changé.

La femme des steppes, le flic et l'oeuf

Méditation sur les cycles de la Vie et de la Mort dans l’interpénétration fusionnelle des règnes et des espèces, Initiation à l’amour, hymne à la sagesse immémoriale des femmes dans la steppe mongole ? Oui le film de Quanan Wang (rappelez vous le mariage de Tuya) est tout cela à la fois et c’est à un voyage poétique qu’il invite le spectateur, à travers le portrait d’une femme libre : la bergère, la femme des steppes surnommée le « dinosaure » .

Une poésie qui n’exclut pas humour facétie et prosaïsme

 

C’est la nuit. La steppe immense, balayée par la cadence des phares d’une jeep, s’illumine de jaune ...quand soudainement...la jeep s’en vient buter sur le cadavre d’une femme…Fin du prologue. Mais la piste "film policier"  est  vite abandonnée. On comprend que le "crime" (et partant la recherche du "coupable") n’est qu’un " prétexte"  (dans les deux acceptions du mot) pour aller au contact du personnage principal, nous faire partager les croyances, le mode de vie de cette  femme des steppes  à la royauté animale

 

Des plans à la beauté sidérante ; des ciels qui envahissent l’écran, ciels dont les couleurs -ocre or pâle mauve rouge vermeil - déclinent une partition de lumière et/ou la ligne "mélodique" de pénombres aux vagues lueurs et de brume errante; ciels dont le chromatisme renvoie à la peinture mais dont l’impalpable merveille chante la primauté de la Nature sur la Culture.

Infinitude céleste, finitude de l’être sur terre ? Et pourtant l’oeuf du dinosaure fossilisé s’en viendra saluer celui de la fécondation (ne sommes-nous pas les descendants des dinosaures ? )

 

Dans la nuit se détachent -telles des ombres portées- les deux bosses d’un chameau au repos; la bergère et le flic sont adossés à cet animal tutélaire : s’y lover chuchoter fumer boire, et...apprendre à aimer.. le jeune homme aura transcendé son noviciat ! .Love me tender love me sweet

 

Nuit d’un Éternel toujours recommencé !

 

Dans la yourte de la bergère, aux couleurs vives et chaudes, cohabitent humains et jeunes animaux. Ogil a été mandé pour aider au vêlage; alors que l’animal nouvellement né respire la chaleur de la Vie, le couple humain va perpétuer le cycle de l’espèce et l’image au flouté fébrile célèbre leur accouplement

 

Un film à ne pas rater ! (Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:35

D' Eliza Hittman (USA)

 

Avec Sidney FlaniganTalia RyderThéodore Pellerin

 

Grand Prix du Jury à la Berlinale février 2020

Deux adolescentes, Autumn et sa cousine Skylar, résident au sein d'une zone rurale de Pennsylvanie. Autumn doit faire face à une grossesse non désirée. Ne bénéficiant d'aucun soutien de la part de sa famille et de la communauté locale, les deux jeunes femmes se lancent dans un périple semé d'embûches jusqu'à New York.

Never Rarely Sometimes Always

Une œuvre réaliste sur le droit à l’avortement ; dans un pays où  l’actuel président est décidé à en limiter l’accès ; dans un pays où les mouvements "pro-vie" se présentent tous les samedis de chaque mois devant les cliniques  en rassemblements légaux ; dans un pays où pullulent les "fausses cliniques"  tenues par des bénévoles qui culpabilisent les "patientes" ; dans un pays où déserts médicaux et absence de couverture universelle dissuadent les plus fragiles. Autumn, 17 ans,  sera confrontée à cette dure réalité, que nous allons vivre de l’intérieur !!!

 

Une œuvre militante -comme ciselée au scalpel-  mais dont la charge programmatique ne saurait provoquer l’ennui. Pourquoi ?

À des actrices « chevronnées » Eliza Hittman  a préféré de jeunes talents -c’est le premier rôle pour l’actrice Sidney Flanigan qui interprète la jeune fille à la fois silencieuse dure et décidée authenticité plutôt qu’expérience avoue la réalisatrice.

Elle opte pour les gros voire très gros plans (visage, mains ou doigts qui se cherchent, épingle, objets dont la dureté métallique va contraster avec la fébrilité et l’angoisse du personnage). De même elle préfère le silence à une musique illustrative, les allusions aux discours explicatifs (on ne saura jamais qui est le père géniteur peu importe d’ailleurs ; l’essentiel est ce que ressent Autumn et que l'on devine  sur son visage à la fois obstiné et tourmenté), des réponses évasives ou lapidaires à des dialogues plus ou moins structurés et/ou redondants; enfin le réalisme (parfois cru) de certains tableaux est en harmonie avec les questionnements de la  jeune fille 

Le film suit la chronologie des événements depuis le test positif jusqu’à l’avortement à New York ; un parcours odysséen (fait d’embûches, de confrontations, de réprimandes, de "découvertes" traumatisantes) et surtout cette solitude douloureuse quand on a 17 ans, que l’avortement en Pennsylvanie est interdit sans le consentement des parents et que l’on ne peut communiquer avec ses proches, hormis avec sa cousine !! Et précisément Skylar va l’accompagner, en bus jusqu’à New York (soit à plus de 300km); Skylar (Talia Ryder) à la frêle silhouette traînant la valise à roulettes dans les couloirs du métro, Skylar dont le regard anxieux  interroge dans le silence partagé la Douleur de sa cousine ! Figure de la sororité dans cette tragédie... ?

 

La scène où Autumn filmée en frontal doit répondre au choix  par « jamais rarement parfois toujours »  à des questions très précises concernant sa sexualité, son rapport à l’autre, le partenaire, entaché ou non de violence, est d’une incroyable intensité dramatique ; hésitations silences pleurs et c’est l’intime de la jeune fille, les traumas enfouis qui sont suggérés ou qui affleurent, alors que se dessine en filigrane le rôle prédateur de l’homme, du mâle !

 

Un film souvent poignant dont on oubliera vite les quelques longueurs et la complaisance de certains plans fixes

 

(à voir en vo aux docks )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 05:41

Documentaire réalisé par Hubert Sauper (2017) USA France Autriche

Le cinéaste Hubert Sauper — réalisateur de Nous venons en amis et du Cauchemar de Darwin, nommé aux Oscars — a réalisé Epicentro, portrait immersif et métaphorique de Cuba, utopiste et postcolonial, où résonne encore l’explosion de l’USS Maine en 1898. Ce Big Bang a mis fin à la domination coloniale espagnole sur le continent américain et inauguré l’ère de l’Empire américain. Au même endroit et au même moment est né un puissant outil de conquête : le cinéma de propagande. Dans Epicentro, Hubert Sauper explore un siècle d’interventionnisme et de fabrication de mythes avec le peuple extraordinaire de La Havane — en particulier ses enfants, qu’il appelle “ les jeunes prophètes ” — pour interroger le temps, l’impérialisme et le cinéma lui-même.

 

 

Epicentro

Des vagues puissantes s’en viennent percuter le Malecon (la jetée) à La Havane ; le visage d’un Cubain fumant le cigare se détache comme en médaillon : c’est la scène inaugurale. À la fin d’Epicentro le même homme, des vagues identiques, mais leur puissance est telle que l’eau a pénétré dans les maisons et les enfants (ces jeunes prophètes que nous avons côtoyés dans la seconde partie) glissent chutent surfent sur l’élément liquide, devenu partie intégrante de leur univers. Dans la Joie l’Allégresse .! .On va gloser sur l’intensité des vagues : symbole d’une catastrophe ou métaphore d’une situation qui aurait empiré sur l’île ? .. J’en doute...

 

Epicentro : le titre du « documentaire » (à ce terme générique qui renvoie à documents protocole vérité supérieure Hubert Sauper préfère l’expression anglo-saxonne non fiction cinema) n’est pas anodin. Cuba serait le  point de la surface terrestre où un séisme a été le plus intense. De quel « séisme » s’agit-il ? Le réalisateur (voix off) explique qu’en 1898 les Etats Unis ont pris prétexte de l’explosion de l’USS Maine pour mettre fin à la domination espagnole sur l’île et inaugurer une nouvelle ère celle de leur impérialisme (qui prévaut encore à l’échelle planétaire) ...et simultanément c’est l’invention du cinéma qu’Hollywood va « utiliser comme outil de propagande »

Là est sans conteste l’originalité d’Epicentro ; et la mise en parallèle de phénomènes concomitants ira de pair avec un double questionnement (qui sera le fil conducteur du film) sur la toute puissance américaine et la toute puissance de l’image (cf les images truquées de l’explosion de l’USS Maine…)

 

Images d’archives (guerre hispano américaine Roosevelt funérailles de Castro) et plongée en « immersion » dans le Cuba d’aujourd’hui (venelles et avenues, odeurs et musiques, déconstruction et reconstruction, fugacité et permanence, luxe et misère  ) Nos guides ? Ces enfants incroyablement matures (même s’ils répètent les slogans du castrisme) qui promènent un regard à la fois circonspect et désabusé sur les « touristes » (le plan où un immense navire  de croisière pénètre dans le port de La Havane est presque terrifiant : vorace, le vaisseau semble engloutir la capitale;  alors que la visite de la ville en voiture américaine décapotable ridiculise les visiteurs hurlant leur joie!  Et que dire de ces photographes amateurs si fiers de leurs clichés ( confondant les époques, usant abusant de ce voyeurisme primaire).

 

Léonelis se « bat » avec sa mère, un vrai pugilat ! (propos outranciers venimeux, gifles qui claquent). Mais on va découvrir qu’il s’agit d’une scène jouée -entre Léonelis qui rêve d’être actrice et Oona Chaplin qui a proposé une engueulade comme scène d’improvisation- et Hubert Sauper filme  tel un reporter captant ce « qui se passe » ».

Tel le spectateur d'un  jeu entre le vrai et le faux !

Ou quand la « réalité jouée devient réelle »

 

Un documentaire qui met en exergue une double manipulation, 

un documentaire à la déambulation ludique

un documentaire à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 03:42

de Jonas Trueba (Espagne 2019) 

avec Itsaso Arana (Eva) Vito Sanz (Agos) Isabelle Stoffel (Olka) 

"Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une torpeur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme..."

Eva en août (la virgen de agosto)

«  Tout un chacun veut être lui-même et moi de même", (propos attribué au philosophe espagnol Augustin Garcia Calvo, cité dès le prologue  dans la présentation du personnage éponyme Eva )

 

Le film de Jonas Trueba, aux accents rohmériens, découpé en journées tel un éphéméride, s’ouvre et se clôt sur un emménagement.

Entre le 1er août,-jour de la pré-installation dans le quartier du Rastro-, et le 14 -acceptation d’une colocation avec Agos-, nous allons suivre Eva dans ses déambulations, au musée, au cinéma, dans les bars, en boîte; participer aux conversations -sur les chakras les ovocytes l’amitié, la quête de soi. Car cette femme trentenaire -dont nous ne savons pas grand-chose hormis cette volonté affichée de « s’essayer à une nouvelle façon d’être au monde » accueille avec bienveillance tous ces instants qui font les jours, et les rencontres qui les ponctuent en les magnifiant ; elle va même jusqu’à provoquer l’imprévu (cf sa relation avec Agos l’homme des « rituels » ), elle s’invite dans des conversations (Maria et Violetta); va au devant d’Olka, s’en vient féliciter Solea Morente pour son concert ; une voix intérieure les commente parfois et/ou le récit consigné dans son « journal »

On pense bien sûr à Rohmer dans cette façon d’évoquer la flânerie, le hasard(?) amoureux l’apparente légèreté, l’élégance du naturel et de faire advenir la banalité du propos au rang de dialogue.

 

Itsaso Arana (qui interprète avec naturel et brio le personnage : une Eva à la fois ingénue et déterminée) est de tous les plans ; la caméra peut la filmer à distance (dans la rue dans la foule en terrasse) ou faire vibrer les effets diffractés de la lumière sur son corps ou encore privilégier, par le gros plan, son visage et son sourire.

 

Un film en osmose avec l’été madrilène : Madrid son quartier du Rastro, ses rues animées, sa touffeur et sa torpeur ; Madrid et ses fêtes religieuses estivales San Lorenzo, la vierge de Paloma, San Cayetano dont la procession vue en plongée semble bouleverser Eva !!

Osmose avec le personnage par le détournement (ironique?)  de la théorie de l’Immaculée Conception;  la promenade à la recherche de soi -un "acte de foi" - (et les références philosophiques le confirment aisément ) se métamorphose en ballade (presque au sens premier du terme)

 

Un bémol toutefois: la longueur;  plus court ce long métrage n’aurait-il pas gagné en intensité ce qu’il perd en superflu ? 

 

Colette Lallement-Duchoze

  

 

 

Oui, 30 minutes de trop.

On aurait aimé voir dans ce film rohmérien comment elle s'y prenait pour rompre avec ses différentes rencontres puisqu'une série de rencontres intéressantes il y a...

On aurait aimé aussi voir davantage de Madrid au mois d' Août.

Mais pour l'essentiel on reste captivé par le charme fou de l'actrice principale et la grande justesse du jeu d'acteurs

Serge Diaz 25/08/2020

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 04:57

 

Mediapart  Du 17 au 22 août des projections et des rencontres avec des professionnels auront quand même lieu. Les séances en plein air sont maintenues et deux salles de projection seront reliées à d’autres structures à Lyon, Paris, Marseille, Nîmes… afin qu’un public, le plus large possible, puisse dialoguer partout en France et en visioconférence avec des réalisateurs et réalisatrices. Le format de cette édition hors du commun a été décidé vers la mi-juillet, une fois connue la circulaire de la préfecture.[...]  Bien sûr, dans cette forme allégée, l’équipe a dû renoncer à inviter des cinéastes ou collaborateurs étrangers ou à se rendre dans des centres d’archives incroyables hors de France pour programmer des œuvres ouvertes au monde. Mais, avec le précieux partenariat proposé par la plateforme Tënk (créée par l’ancien directeur général des États généraux, Jean-Marie Barbe, elle est également installée à Lussas), des programmations spécialement pensées pour une diffusion numérique ont été élaborées. Parmi la soixantaine de films ainsi mis en ligne dès aujourd’hui, dimanche 16 août, un 16 minutes sorti en 1943 signé Humphrey Jennings : The Silent Village a pour origine « le massacre de cent soixante-dix hommes du village minier de Lidice perpétré par les nazis, pendant l’invasion allemande de la Tchécoslovaquie. Jennings a déplacé l’histoire dans un village minier gallois et fait jouer certains de ses mineurs », annonce le programme. Intéressant, sans doute. Mais savoir qu’il a été déniché par Federico Rossin, passionnant historien du cinéma qui, l’an passé, a programmé à Lussas une fantastique série de films – parfois très courts et très drôles – autour de l’invention d’une culture populaire yougoslave au sortir de la Seconde Guerre mondiale, cela promet de belles surprises. Sur Tënk, la programmation de Rossin, « Histoires de forme », entend « faire penser les films autrement, les regrouper dans de nouveaux ensembles pour en tirer de nouvelles leçons d’histoire ». Et les onze films proposés autour de trois séances introduites par Rossin s’articuleront autour des questions d’esthétique, d’éthique et de politique, « cherchant à engager avec le public un vrai lien de réflexion, tout en sachant que c’est lui le grand absent, et qu’il nous manquera », écrit l’historien. On peut recommander aussi deux avant-premières, qui seront simultanément diffusées en plein air à Lussas et sur le Net via Tënk, à chaque fois suivies de débats avec les auteurs.

Extrait de « Mes chers espions ». © Vladimir LéonExtrait de « Mes chers espions ». © Vladimir Léon

Mes chers espions, de Vladimir Léon : une valise de souvenirs de ses grands-parents amène le réalisateur à se demander si ces derniers étaient des espions soviétiques dans le Paris des années 1930. (Mardi 18 août, de 21 h 30 à minuit, sur Tënk.) Et Une fois que tu sais, d’Emmanuel Cappellin, une enquête qui mêle l’intime et des entretiens avec des scientifiques pour aborder une question cruciale en ces temps de changement climatique : comment vivre l’effondrement le mieux possible, le plus humainement possible ? (Jeudi 20 août, de 21 h 30 à minuit, sur Tënk.)

Emmanuel Cappellin présente son documentaire : «Quand on sait»

On sera aussi curieux de voir, dès le 23 août, sur Tënk, An Unusual Summer, de Kamal Aljafari : à la suite d’un acte de vandalisme, le père du cinéaste palestinien a installé une caméra de surveillance pour enregistrer ce qui se passe devant chez lui. Le fils en a fait un film où les allers-retours des voisins, les jeux des enfants et quelques moments de poésie fugaces se posent sur le quotidien de Ramla, ville sur territoire israélien, tiré comme une toile de fond. Un essai filmique comme Lussas a l’audace d’en présenter chaque année.

Bande annonce de «An unsual Summer», de Kamal Aljafari

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Sans illusions démesurées sur les conditions dans lesquelles la rencontre avec ce genre de film peut se faire en ligne, « il est possible qu’elle ait lieu, espère Christophe Postic, on peut alors imaginer que des personnes découvriront une forme de cinéma qui les inspirera à aller voir plus loin, jusqu’à Lussas pourquoi pas, sachant qu’ils pourront y rencontrer les réalisateurs ». Mais « à titre personnel, poursuit-il, je ne pense pas que les États généraux s’engageront plus avant dans une édition en ligne. Un festival, ce sont des projections en salle, des débats que l’œuvre génère, une plongée dans une programmation qui peut durer des heures, des rencontres »Mais l’expérience de cette édition 2020 ne sera pas sans lendemain. Lussas, c’est aussi, chaque année, une université d’été du documentaire. Alors, en ce mois d’août, un petit groupe va se créer ici pour engager une réflexion avec quelques personnes concernées, autour notamment de la philosophe spécialiste des images Marie-José Mondzain, de la critique Marie Anne Guérin (Cahiers du cinéma, Trafic, Vertigo…), de l’enseignant-chercheur en arts visuels Jacopo Rasmi (La Revue documentaire)… Alors que cette crise sanitaire a vu exploser la diffusion des œuvres en streaming, il s’agira d’interroger nos manières de regarder les films, de penser les œuvres et de voir comment tout cela pourrait transformer le cinéma et notre façon de voir le monde. D'après.

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 19:29

 

de Koji Fukada (Japon 2019)

avec Mariko Tsutsui Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu

 Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d'une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d'enlèvement. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

L'infirmière

Malaise et questionnements, non-dits et ellipses, structure en deux temporalités : le film l’Infirmière (après Harmonium) peut certes désorienter

Ichiko infirmière « modèle » est « victime » d’un malentendu. Sa faute ? Être la tante du kidnappeur et ne pas l’avoir « avoué » ? Avoir osé présenter son neveu à la famille où elle soigne la grand-mère et donne des cours aux petites-filles. C’est du moins ce que l’on est tenté de croire !!! 

Elle sera la victime toute désignée à la vindicte médiatique et populaire (n’a-t-elle pas avoué à Motoko la sœur de la disparue, avoir baissé la pantalon de son neveu quand il était enfant ? Ne serait-ce pas là l’origine de la monstruosité ?)

Mais le réalisateur va nous entraîner dans des labyrinthes insoupçonnés…Par quels procédés ?

Une construction fondée sur deux temporalités, (il y a l’avant kidnapping -Ichiko heureuse apparemment et dans l’exercice de son métier et dans sa vie amoureuse- et l’après dont la scène d’ouverture sert de charnière : Ichiko (désormais Risa Ichida) décide de changer de coiffure alors qu’elle est condamnée à changer de profession et son comportement va basculer lui aussi...  Un avant revisité et transformé par l’après ? ... ou plutôt l'inverse?.  Des incursions dans l’onirisme et le cauchemar -révélateurs de fantasmes- des changements brusques de perspectives. Tout cela au service non d’une vérité à dévoiler coûte que coûte mais d’une analyse psychologique. Et l’on passe de l’un à l’autre sans transition car le cinéaste traite au même niveau ce qui est décalé dans le temps et dans l'espace (l'étrange étrangeté )  et  l’on voit  Ichiko au sourire bienveillant, apeurée seule dans son appartement, broyée par la meute des inquisiteurs avides d'une "justice immanente",  Ichiko frémissante de désir, ou/et  en proie à la folie vengeresse . Anfractuosités et béances! 

À travers le parcours erratique de cette "infirmière", cette femme au "double visage" (cf l'affiche) et l’ambiguïté du personnage de Motoko (amoureuse d'Ichiko , à la fois complice et délatrice...) c’est tout un pan de la société japonaise que le réalisateur semble vouloir illustrer  (hypocrisie, faux semblants,  poids de la tradition etc..) 

 

Un film énigmatique

Un film très esthétique (sans être pour autant esthétisant)

Un film que je vous recommande

 

 

Colette Lallement-Duchoze  

 

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