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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 07:48

De Zrinko Ogresta (Croatie, Serbie)

Avec Ksenija Marinković (Vesna) Lazar Ristovski (Zarko) Tihana Lazović (la fille Jadranka) (Robert Budak, (le fils Vlado)

 

 

Film présenté en compétition au festival à l'Est du nouveau Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

Argument

Il y a 20 ans Vesna, infirmière à domicile,  a déménagé à Zagreb avec ses deux enfants. Mais un appel téléphonique inattendu fait ressurgir le souvenir d'un secret qu'elle a tenté de cacher durant toutes ces années 

On the other side

Vesna est infirmière à domicile à Zagreb; elle soigne ses patients avec dévouement, panse les plaies. Mais aura-t-elle le pouvoir de suturer celle qu’un coup de téléphone vient de raviver ? Cette blessure qui taraudera son esprit, ébranlera ses certitudes, 20 ans après les faits…

On ne voulait plus entendre parler de celui qui a jeté l’opprobre sur sa famille et son " pays ". Ce fantôme de malheur a une voix, cette voix n’a rien de spectral….et pourtant…

 

C’est progressivement que le spectateur découvre le passé enfoui dans les consciences celui qu’on a cherché à occulter celui pour lequel on est condamné (le " vrai " mari avait " changé de bord " en passant de l’autre côté, il a été condamné comme criminel de guerre ; il est de l’autre côté de la frontière en Serbie). De même qu’il identifiera progressivement celui qui appelle en se faisant passer pour l'ex mari de Vesna. Et en disposant d’indices (le premier plan avec ses travellings sur des portraits, sur la table avec 2 téléphones portables, un journal et un jeu d’échecs ; au final le même plan mais avec une insistance sur le portrait du couple; la conversation à " double sens " ; sa présence furtive à l’écran assis dans un bar ou debout sur un balcon qui ressemble étrangement à.. ) le spectateur  serait-il comme un médiateur, -le seul témoin ? se substituant à l’oeil de la caméra

 

Et pourtant le réalisateur tout au long de son film a placé comme des " obstacles " entre sa caméra et le personnage filmé -ce dont rend bien compte l’affiche- : vitres, fenêtres, stores, rideaux; de l’autre côté d’un miroir ou d’une cloison d’appartement, comme on peut se trouver de l’autre côté de la frontière. La récurrence de ce procédé (" images de l’autre côté ") illustre le sens figuré : de l’autre côté de l’esprit (entendons que l’homme peut accomplir des actions qui dépassent la raison). Tout cela se double d’effets spéculaires (reflets dans les vitres ,dans le rétro de la voiture, dans le miroir d’une salle de bain) alors que des plans sont " coupés " par les murs. Effets spéculaires en résonance avec la " double peine " dont est victime Vesna (admirablement interprétée par Ksenija Marinković) – une " mère courage " qui suscite l’empathie. Elle porte le film à bout de… jusqu’au bout de ...

 

Ainsi, en déclinant les sens propre et figuré de l’expression " on the other side " le film dépasse le contexte de la guerre en ex- Yougoslavie et de ses traumas;  et acquiert une portée universelle ; un film d’une puissance rare -sur le pardon?

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 07:01

De Ralitza Petrova (Bulgarie)

Avec Irena Ivanova, Ivan Nalbantov

 

Ce film a obtenu (entre autres)  le Léopard d'or et le Léopard pour l’interprétation féminine au dernier Festival de Locarno ; le Cheval de bronze au Festival de Stockholm

 

Il est présenté en compétition au festival à l'Est du nouveau à Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

argument:

"Dans une ville bulgare isolée, Gana s’occupe de personnes âgées et revend leurs papiers d’identité au marché noir. Sa vie personnelle n’est pas une réussite. Mais les choses vont changer quand elle entend Yoan un nouveau patient, chanter…"

Godless

La réalisatrice a choisi le format 4,3 c’est celui du portrait ; en éliminant toute fioriture il permet de se concentrer sur un visage et se prête aux gros plans – ici celui de Gana ; sous une apparence impavide ses yeux bleus d’abord hagards et vides seront comme hypnotisés par un lointain inaccessible, avant de se perler des larmes de la Douleur

Format de l’enfermement aussi : le cadre emprisonne le(s) personnage(s) et ce faisant, le spectateur lui-même se sentira comme englué dans cet espace rétréci (où la sordidité est appuyée par une bande-son qui martèle avec force les pas, le claquement des portes)

 

au secours ! de l’eau ; ce cri de détresse semble venir des tréfonds de la terre ; alors qu’une voiture sillonne la route, que les rares paroles échangées livrent des bribes d’explication (il ne portera plus plainte!) et qu’un chien cavale persuadé que son maître est toujours dans le coffre….C’est le prologue ! Triomphe de la force du Mal comme message subliminal ?

 

Puis procédant par petites touches minimalistes, le film va illustrer le quotidien de Gana ; prodiguer des soins à domicile , extorquer à ses patients séniles et sans défense leur carte d’identité pour un trafic plus ou moins lucratif -son compagnon en est l’intermédiaire et Pavel (police) un des bénéficiaires…-.Une vie sexuelle inexistante -ou refoulée ?- que compense l’addiction à la morphine ou le voyeurisme ; des relations tendues avec sa mère ; des pauses réfectoire. Bref, rien d’exaltant (t’en as pas marre de torcher le cul de tes vieux ? Lui demande un jour Aleko son compagnon garagiste)

L’atmosphère est lourde glauque plombante. Ce que renforcent ces vues en plongée et en contre plongée sur des immeubles " anesthésiés " et ces plans larges sur des lambeaux de friches  ou de terrains vagues enneigés -comme si le " mouroir intérieur " avec ses paliers sombres et délabrés, ses appartements " pourris ", projeté à ciel ouvert, avait contaminé  l’espace extérieur. Seule la séquence au cours de laquelle Yoann évoque son passé de prisonnier politique est traitée dans la lumière chaude des toiles de Georges de la Tour

 

Inspirée par les  chants liturgiques orthodoxes (Yoann Dimitrov -son nouveau patient- est professeur de chant et dirige la chorale) et refusant d’être la complice d’un meurtre (son compagnon a provoqué la mort d’une " patiente " qui menaçait de les dénoncer) Gana accède à la " Révélation " c’est son Epiphanie et son Credo ":  Je veux aimer "

 

Mais une " rédemption " est-elle seulement envisageable dans un monde de cynisme?  où  police et justice sont corrompues, et ce, depuis des générations ; ce que précisément dénonçait Yoan….Tout un pan de l'histoire bulgare affleure ainsi par bribes...et le constat sur les illusions perdues du communisme et de l'après- communisme est bien amer! 

 

Le jour qui se lève n'est pas (encore) l'Aurore

Colette Lallement-Duchoze

 

Godless

NB: Les (rares) moments de grâce que vit Gana habitée par la musique des chants liturgiques sur la rédemption peuvent paraître un peu naïfs voire niais à qui n’a et n’aura jamais la foi …

Dans certains films de l’Est, présentés au festival, la religion est prégnante et la foi du "croyant" se confond souvent avec la religiosité. Yoan au contraire affirme avoir la foi, mais…. en lui-même

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 10:32

De Nino Basilia (Géorgie)

avec Ekaterine Demetradze

Ce film a obtenu, entre autres, l'Atlas d'argent au festival d'Arras (novembre 2016)

argument

Anna, 32 ans, veut partir aux USA pour améliorer sa vie et celle de son fils autiste. Devant la  difficulté à  obtenir un visa, elle confie son argent à un homme qui lui promet de faux papiers, mais peut-elle vraiment lui faire confiance?

Anna's Life

Le Festival A l’est  c’est jusqu’à dimanche à Rouen;  mais ce lundi 6 mars c’était à Yvetôt que ça se passait.

Comme chaque année une projection y est organisée au Drakkar dans l’idée d’élargir l’audience et l’intérêt pour la culture de nos voisins européens.

 

Cette année le festival a proposé le film géorgien la Vie d' Anna de Nino Basilio.

 

30 personnes étaient présentes, dans le cadre de la soirée mensuelle de l’association Action Citoyenne. Creuset actif de réflexion et d’échange. Nous  avons cependant touché moins de monde que lors des séances habituelles car les projections relayées par l' AC ont toujours lieu le deuxième lundi de chaque mois. Ils ont régulièrement 100 à 120 personnes. Le changement de date (que le Festival avait demandé pour qu’elle concorde avec le festival) explique cette faible fréquentation. La conclusion qu'on en a tirée c'est qu'il faudrait faire cela le mois avant le festival.

 

Le film a interpellé les participants. Le débat qui a duré une demi heure a été très soutenu c'était d'ailleurs plus un échange sur la perception du film et la comparaison avec d'autres pays. Bien que la Géorgie nous soit très lointaine de par la langue et son histoire, le film entre en résonance avec la situation en Europe et en France. La condition de la femme, la paupérisation, les relations avec les administrations, les dépassements des règles morales, donnent un caractère universel au film ce qui a été souligné dans la salle et sur le trottoir après.

 

Guy Foulquié

http://www.alest.org/fr/annas-life/

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 05:15

De Ana-Felicia Scutelnicu  (France Allemagne Moldavie)

Avec  Anisoara Morari

Directeurs musicaux : Stephan Franz, Stephan Bruns, Manja Ebert

Présenté au festival San Sebastian 2016 (compétition premier film)

Ce film fait partie de la "section compétitive"  festival à l'Est du nouveau, Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

Anishoara

Adieu au monde de l’enfance, adieu à un mode de vie archaïque, adieu à toute une culture ? Le film de Ana Felicia Scutenelicu est peut-être tout cela à la fois. Mais les photos de Luciano Cervio, Cornelius Plache et Max Preiss immortalisent ces paysages de Moldavie (angles de vue lumière cadrage) alors que la musique (chansons populaires et/ou instruments) reste la complice de tous les rites, des activités séculaires transmises de génération en génération (à l’instar de ces pastèques que l’on a récoltées ensemble et qui vont passer de main en main jusqu’à leur rangement dans une carriole ; elles auront maculé de rouge vif le visage et les lèvres des enfants qui en ont dévoré !)

 

Dès le prologue le film se présente comme un conte : face à la caméra et sur un fond aux couleurs très vives (en écho -inversé- à la fin Anishoara est recouverte d’un plaid aux couleurs ternes) se détache le visage d’un homme (qui sera très présent dans la dernière partie …) " il était une fois… " ou comment les alouettes sont descendues du ciel sur la terre. L’alouette symbole de l’allégresse et de l’ardeur juvénile!!!!

 

Peut dès lors se dérouler le parcours d’Anishoara (personnage éponyme) que scandent les 4 saisons (été automne hiver et printemps) alors que se tourne à chaque fois une page du livre de conte (comme autant d’étapes dans l’histoire, comme autant d'étapes dans l'initiation)

L'adolescente de 15 ans vit dans un village de Moldavie avec son grand-père Petru (quelle figure pittoresque !) et son jeune frère Andrei. Calme et insouciance dans une sorte d’interpénétration des différents règnes, c’est ce qui présidait à la saison estivale. À partir du moment où Anishoara voit en la personne de Dragos le " messager " de l’amour, l’annonciateur d’une vie nouvelle, son quotidien est bouleversé (au grand dam de son amie et de Vassili l’amoureux éconduit) plus déterminantes encore l'expérience vécue dans ce décor hiémal, puis  les attentes torturantes de l'être aimé... La jeune fille du conte allait par monts et par vaux à cheval à la rencontre de ...

À chaque saison, ses ambiances sa lumière ses coutumes. À la fin de la dernière séquence (traitée de façon plus expressionniste) le jeune Andrei vu en contre plongée du haut de la colline assiste impuissant au départ définitif de sa sœur dans ce bus qu’elle conduit sur la route qui sinue….

Hormis quelques longueurs qui étirent inutilement la narration et quelque(s) complaisance(s), voi un premier film, à la lecture plurielle, à la fois attachant et nostalgique

 

Colette  Lallement-Duchoze

 

 

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 16:54

De Ivan I. Tverdovsky (Russie france Allemagne)

Avec Natalya Pavlenkova, Dmitri Groshev, Irina Chipizhenko

 

Ce film est présenté en compétition au festival à l'Est du nouveau Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

Argument

Il pousse une queue dans le bas du dos de Natasha. Résignée jusqu’alors à une vie plutôt terne, cette étrangeté lui offre une liberté nouvelle.

Zoologie

Un appendice caudal comme support à une parabole sur l’exclusion, le rejet de l’Autre (dont la singularité va à l’encontre des normes convenues) il fallait " le faire " ! et le film ne manque ni d’humour ni de hardiesse ! (certaines scènes provoquent même une franche rigolade) et pourtant la fable est cruelle….

Natasha est directrice des achats dans un zoo municipal ; elle est la risée de ses collègues, (femelle de l’hippopotame en 7 lettres ? Réponse Natasha...) Son existence est terne, elle n’a pas de vie sexuelle ; son visage est renfermé, son accoutrement, celui d’une vieille fille. La découverte d’une queue dans le bas de son dos va " intéresser " un jeune radiologue. Et ce sera la " métamorphose " : Natasha change de look, elle s’épanouit dans sa relation " amoureuse " ; elle accepte sa " différence " (laquelle fait désormais partie intégrante de sa personnalité). Aux scènes liminaires qui mettaient en exergue le fade et le terne vont se succéder -et souvent sur un rythme rapide- des séquences lumineuses. ! À 55 ans Natasha  vit l'amour avec une exubérance juvénile, comme une " seconde chance " Sa mutation  physiologique, affective et sociale, emprunte, badine et sans complexe, les  "sentiers déviants" (ici, contraires aux "sentiers battus")

Cette  ex -vierge quinquagénaire,  sera néanmoins rejetée par la mère, (dont la religiosité culmine dans cette scène où elle tapisse de croix rouges le mur de sa  pièce encombrée d’icônes) et par le pope de cette ville côtière (qui officie dans une église  située dans une épicerie) Qu’à cela ne tienne jusqu’à la scène finale….tragique....qui concrétise une douloureuse prise de conscience.....

 

Il faut saluer l’interprétation de Natalya Pavlenkova et surtout le travail si méticuleux sur les lumières et la bande-son (cf la séquence dans le zoo où les paroles des amoureux symboliquement "encagés" vont se confondre avec celles plus " feutrées " des animaux  locataires du zoo….où le rose de la queue contraste avec les clairs obscurs)

 

Un film audacieux et original sur la " différence " Natasha n’affirme-t-elle pas à un moment " Nous sommes tous différents " ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 06:29

Documentaire de Goran Radovanovic (Serbie 2011)

(dans le cadre du festival à l'Est du nouveau Rouen, mars 2017)

 

Argument: Sierra Maestra, Cuba, 850km à l'est de la Havane, le jour du 52ème anniversaire de la révolution, le destin de plusieurs personnes est retracé à travers leur quotidien

Con Fidel pase lo que pase

Ce " documentaire "de Goran Radovanivic aura "désappointé" certains spectateurs. Pourquoi ? Les Cubains que filme le réalisateur semblent vivre dans une sorte de léthargie muette, se contenter du strict minimum, ne pas se rebeller (lors de la panne de bus par exemple) leurs conditions d’existence sont précaires et même archaïques 

La réponse de Goran Radovanovic est double; la première tient à l’essence même du "documentaire" ;celui-ci n’est jamais objectif (la "réalité " passe par le prisme d’une subjectivité qui va comme diffracter ce " supposé " réel) ; la seconde correspond à des choix personnels : tordre le cou à tous les clichés véhiculés par les Occidentaux, en filmant hors des " sentiers battus " et dans des régions méconnues des touristes…

 

Cela étant, ce documentaire est une véritable "leçon de cinéma"

 

Sa facture obéit à une construction rigoureuse. Chaque séquence est annoncée par le chant d’une femme ; d’abord vue en plongée, elle avance, protégée par une ombrelle (?) ; puis vue de face elle interprète à chaque fois une chanson (dans l’une, allusion à Moscou) ; son interprétation plus que maladroite va délibérément à l’encontre des stéréotypes habituels. Au final elle sera vue de dos comme si elle quittait définitivement à la fois l’écran et l’histoire….

Le film est découpé en plusieurs tableaux annoncés par un encart " motocycliste " " Rodriguez " le téléphone " " le mégaphone ". Mais chacun des personnages rencontrés individuellement et dont la caméra aura suivi le parcours (parfois du matin jusqu’au soir, ce dont rend compte le changement de lumière) sera présent dans d’autres séquences (le motocycliste du début annoncera de son mégaphone le rassemblement du 1er mai ; l’aveugle qui téléphonait sera le chanteur accompagné d’instrumentistes sur l’estrade pour la fête)

Ainsi pris isolément en tant qu’individu un personnage devient partie d’un grand tout. À l’instar de la fête collective organisée pour le 1er Mai et pour rendre hommage à Fidel ; à l’instar d’un régime fondé sur le " collectivisme "

Des similitudes sont perceptibles d’une séquence à l’autre. Les pannes à répétition du cyclomoteur trouvent un écho dans celle du bus qui oblige les passagers à descendre. Le parcours du " dentiste " pour se rendre à son " cabinet " est hérissé de difficultés (attendre, marcher, prendre le bus, ou monter à cheval) tout comme la " circulation " des messages (les voix de l’appelant et du destinataire nous parviennent en off le plus souvent, tandis que d’autres personnes patiemment attendent leur tour) ; le seul téléphone dans ce bourg est " public "même s’il est installé sur la terrasse d’une maison de " particuliers ". La répétition des mêmes gestes (ce couple qui mange puis se balance sur un rocking-chair et remet à sa place chaque objet);  le défilé à la queue leu leu des gamins si bien vêtus se rendant à l’école;  le barbier qui exerce au milieu de la rue ; rien n’est laissé au hasard car tout a une fonction métaphorique (le téléphone et la confiscation de l’intime par exemple)

Une alternance entre scènes de rue (avec ses dénivellations) et scènes d’intérieur (la maison, le cabinet dentaire, l’habitacle du bus) avec tout un travail sur la lumière. Des audaces aussi : cette façon de filmer le motocycliste avec de gros plans sur son bras velu ou sur sa main et si l’écran semble maculé c’est en fait celui du pare-brise…

Tout cela participe de (et à)  l'évocation de fragments de destinées  humaines dans un récit qui tient à la fois de la "contemplation" et du "documentaire poétique"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 09:06

De Attila Till (Hongrie)

Avec Zoltán Fenyves Szabolcs Thuróczy Ádám Fekete

Présenté en soirée d'ouverture du festival "à l'Est du nouveau" à Rouen, ce film a obtenu plusieurs prix  au festival d'Arras (novembre 2016) 

Roues libres

Le ton est donné dès la scène d’ouverture: engueulades insultes bagarres pugilats de fauteuils roulants dans la salle de réfectoire ; tout cela sur un rythme effréné…tout s’emmêle les corps cabossés et les fauteuils renversés en échappement libre

L’originalité -découpage scénario montage- est décelable elle aussi dès le générique et le début du film

Passionné par le dessin et les scénarios pour BD Zolika handicapé moteur depuis l’enfance, aidé par son pote Barba Papa est précisément en train de créer un nouvel album; il sait que l’art seul peut pallier la morosité et la douleur dues à sa paralysie. La "vie fantasmée" jouera en fait le rôle de storyboard du ...film " roues libres "

Revenant à intervalles réguliers planches et vignettes scandent la narration -celle de la fiction- (d’abord esquissée sur le papier, une scène se transforme en plusieurs séquences, dans son adaptation pour l’écran). Et de même que l’on passe du graphisme au cinéma, c’est-à-dire d’un medium à un autre, on passe de la réalité (le quotidien des deux amis dans le centre pour handicapés) à la fiction : avec Rupaszov, le bagarreur, paralysé depuis 3 ans, ce trio " improbable " -pieds nickelés dans la veine de Aaltra, parfois ou inspiré de Tarantino – va utiliser le handicap comme "couverture"  : on s’acoquine avec le mafieux local pour mieux le gruger, on tue sans vergogne, pour empocher un pactole. Le rouge du sang versé peut envahir l’écran (vous avez dit gore ? Non ; c’est de la couleur répétait ad libitum Godard…).

Il est vrai que la frontière entre les deux univers est parfois poreuse (créant ainsi une forme de suspense)

Deux flash back aussi brefs que des instantanés font allusion à un épisode du  passé de Rupaszov (l'accident qui a provoqué  sa paralysie) ; le personnage lui-même se rappelle ce passé récent quand il somme Zolika et Barba Papa de rendre l’extincteur volé….ou quand, assistant au mariage de son ex -dont il est toujours amoureux- il confesse non sans amertume qu'il l’avait priée de le quitter, il vit sa paralysie comme une "émasculation" Et l’épilogue annoncé par l'encart "4 mois après" sera d’autant plus inattendu ...

 

Cette comédie qui tient du thriller du polar est aussi un bel hymne à la Vie. Le handicap jamais ne sera traité avec pathos (un gros plan sur le dos de Zolika ne s’appesantit pas ; le regard que portent les handicapés sur eux-mêmes sont lucides mais non larmoyants).

Dans les paysages post industriels filmés en plans larges ou dans les rues grouillant de monde, nous assistons en fait à une sorte de ballet : celui des corps paralysés  en " roues libres "

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS: Le festival de Chicago a décerné son prix du meilleur jeune réalisateur à Till, avec la mention ajoutée par l'un des jurés : 'un film qui a des couilles"

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 04:32

 

 

6ème RENCONTRE DE FILMS DE FEMMES  

 

16, 17, 18 et 19 MARS 2017

 

CINEMA OMNIA (RUE DE LA REPUBLIQUE ROUEN)

 

 

 

 

Festival  "Films de Femmes" (16,17,18 et 19 mars)

EDITO

 

En mars 2017, de jeunes réalisatrices talentueuses vous emmènent autour du monde: Tel-Aviv, Casablanca, Dacca, Kabané, Téhéran, Paris....pour découvrir dans des documentaires, des fictions et des courts métrages, des femmes pleines de courage et de force et qui luttent pour leur liberté et leur choix de vie

 

Cette année le festival vous fait de nouvelles propositions:

  • une séance pour les scolaires autour de Sonita
  • deux avant-premières Je danserai si je veux ( jeudi 20h) et Lauriers roses rouges (samedi 20h30; cette séance sera suivie d'un débat)
  • une carte blanche à des universitaires spécialistes des séries américaines féministes (vendredi 20h)
  • un prix du public pour les courts métrages (vote à l'issue de la séance samedi 17h30 et remise d'un trophée "la Lucie" à la réalisatrice du court métrage primé ) 

Ainsi le festival 2017 élargit son panorama du cinéma des femmes pour vous émouvoir et vous interpeller

 

Festival  "Films de Femmes" (16,17,18 et 19 mars)

programme détaillé sur le site

 

www.elles-font-leur-cinema.info

 

www.facebook.com/ellesfontleurcinema/

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 07:57

argument:

En Palestine, le quotidien d'une famille: les parents vivent à Nazareth, leur fils Tarek, un célibataire endurci à Ramallah, leur fille va accoucher, la grand-mère perd peu à peu le Nord, le fils aîné Hisham  s'est expatrié en Suède... A chacun ses conflits et ses rêves d'une autre vie...

Personal Affairs

Voici une suite de saynètes sur les tracas d’une famille. La cinéaste Maha Haj -Palestinienne née à Nazareth- les  filme en montage alterné, avec sobriété et un humour pince sans rire. (à la manière de Eila Suleiman ; elle fut d'ailleurs  son assistante pour " intervention divine "). Caméra souvent fixe pour filmer les parents -lui de profil scotché devant son écran de PC, elle de dos vaquant aux occupations domestiques , ou de face en train de tricoter ou scotchée devant l’écran Télé. Répétition comique qui tient du gag : l’arrivée de Maïssa, l'amie de Tarek, est toujours annoncée par le jeune homme à bicyclette....Dans chacun de ces tableautins l’accent est mis sur des broutilles, des bisbilles contenues dans d’impassibles plans fixes ce qui confirmerait  une première impression, celle d’assister à une chronique familiale intimiste et plaisante

Mais ne nous méprenons pas. La distance ironique et la feinte nonchalance n'occultent  pas la dure réalité de la " colonisation "; toujours présente, elle triomphe dans cette séquence du check point – Maïssa et Tarek  sont pris en " flagrant délit " alors qu’ils se chamaillaient (fouilles arrestation garde à vue) et même si le " drame " est détourné (attendant d'être "libérés",  les deux personnages exécutent un tango chaloupé très sensuel) il n’en reste pas moins prégnant. Quand Georges, garagiste, aux allures de benêt,  éternel enfant cocooné par sa femme enceinte, est " choisi " pour faire un film, on le met en garde sur les options des cinéastes américains : quelle image donnera-t-on du Palestinien, en Occident?

Plus subtiles, les allusions sous forme de métaphores : l’éclatement géographique de la famille illustre une réalité bien tangible : le problème de la frontière israélo-palestinienne, de part et d’autre du mur dit de " séparation "; la grand-mère qui perd le Nord peut symboliser la perte de repères de même que l’éloignement de Hisnam  en Suède concrétise le douloureux problème de l’exil, forcé

 

Cela étant, personal affairs ne prétend pas être une allégorie ni un film " militant ".

Mais ces " affaires personnelles " -à portée universelle d’ailleurs- ont ceci de particulier : le seul lien d’unité dans cette famille " ordinaire " n’est-il pas l’absurdité de se sentir étranger sur sa propre terre…. ?

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 13:41

Documentaire de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Beergaard-Holm USA

David Lynch: the art life

 

Dans son atelier de Los Angeles, il est assis, vu de profil, rarement en frontal; quand il se déplace, sa silhouette filmée de dos -peu à peu floutée - rappelle une forme spectrale ; puis  le voici légèrement courbé: gros plans sur ses mains qui manipulent, triturent malaxent de la pâte avant de l’étaler sur une toile ou de coller des morceaux de plastique.

Seul! Dans cet atelier qui ressemble à un cabinet de curiosités. Il ne cesse de fumer. Parfois sa fille, une toute jeune gamine, à qui il fait écouter de la musique, s’en vient rompre cette solitude…

 

Quel que soit l’angle de vue, quelle que  soit la durée du plan ou du mouvement, c’est sa Voix que l’on va entendre en un récit quasi hypnotique. Que dit cette voix (qui le plus souvent a été enregistrée) ? elle évoque une  enfance heureuse, les incartades d'adolescent, les premiers joints, les premières visions et fantasmes ; les rencontres avec Peter Wolf Jack Fist, la liaison avec Peggy Reavey sa première épouse (en 1968 naît leur fille Jennifer) . Un récit émaillé d'anecdotes (plaisantes) 

Ne nous leurrons pas : si David Lynch est surtout connu comme cinéaste (Elephant man, Dune, Blue Velvet Lost Highway, Mulholland Drive, etc.) il est d’abord et avant tout un peintre. Il rappelle son goût précoce pour le dessin, ses études – certes de courte durée - aux Beaux-Arts de Boston, son apprentissage auprès de Bushnelle Keeler, comment bien plus tard à Philadelphie il a ajouté des mécanismes à ses tableaux et comment il les a filmés

Alors qu’on entend sa voix au timbre si particulier et à la diction très lente, défilent sur l’écran des extraits de films de famille et de reportages, des photos d’archives, des reproductions de ses créations (torturées ou surréalistes) comme autant d’illustrations de ses " confidences " et de ses "expériences" 

 

Portrait d’un artiste qui n’a eu de cesse " d’expérimenter "  dans les domaines de la peinture de la  musique et plus tard du cinéma - et précisément le récit prend fin  au moment où il va tourner son premier film Eraserhead 1977 - directement inspiré de ses obsessions picturales

 

Un " voyage " au cœur de l’INTIME, au cœur de la  CREATION 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS une fois de plus le " plaisir " du spectateur aura été gâché par les conditions d’inconfort typiques de la salle 4 (Omnia)

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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