25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 07:42

De Byambasuren Davaa  (Mongolie Allemagne 2020)

Avec Bat-Ireedui Batmunkh, Enerel Tumen, Yalalt Namsrai, Algirchamin Baatarsuren, Ariunbyamba Sukhee, Purevdorj Uranchimeg, Alimtsetseg Bolormaa, Unurjargal Jigjidsuren 

En Mongolie, le père d’Amra, chef des derniers nomades, s’oppose aux sociétés minières internationales à la recherche d’or dans les steppes. Après sa mort dans un tragique accident, son fils entreprend de continuer son combat mais avec les moyens d’un garçon de 12 ans…

Les racines du monde

Plaines immenses, montagnes à l’horizon, îlots de verdure, terre poudreuse, tels sont les paysages que traverse Erdene à bord de sa « Mercédès » rouge (séquence d’ouverture) Mais les mottes de terres, les bossèlements et les trous qui défigurent une beauté naturelle ne sont-ils pas des stigmates, écorchures de douleur provoquées par les engins excavateurs ? Un paysage lacéré dans sa permanence séculaire et tutélaire mais aussi (et c’est bien pire) voici que toute une vie aux rythmes très précis risquerait de disparaître....

Quand le dernier filon d'or aura été tiré de la terre, le monde tombera en poussière

Quand l’enfant est à l’école, la mère s’occupe du troupeau de chèvres et de la fabrication de fromages (la répétition des mêmes gestes la cinéaste la filme sous des angles différents tout en opposant la compacité du troupeau -vu en frontal ou en plongée- à l’individualité du personnage féminin).  Mécanicien, le père milite aussi pour la préservation des terres ancestrales ; or son militantisme se heurte au pragmatisme de sa femme et à celui de ses congénères (pressions et misère les contraignent à signer leur avis d’expropriation)

 

Et pourtant le film ne verse pas dans la facilité du manichéisme. Pourquoi ? en optant pour un mélange de documentaire et de fiction et en adoptant le point de vue de l’enfant, la cinéaste met en exergue nuances et complexité tout en dénonçant les effets pervers de l’exploitation effrénée des richesses aurifères. Et la narration obéit à une dynamique interne scandée en deux mouvements

Dans un premier temps, Amra, tout en respectant les traditions transmises par le père (et la scène récurrente de l’arbre aux prières et aux khatags le prouverait aisément) rêve d’un ailleurs dont le concours de chant ouvrirait les portes. Le combat des adultes ne l’intéresse pas ; technologies modernes - téléphones portables-  et traditions font bon ménage. Une première partie placée sous le signe de l’insouciance de la sérénité (hormis certains propos échangés entre les époux concernant un .... déménagement). La mort du père, et le sentiment de culpabilité font voler en éclats ce rêve ; et c’est aussi l’enfance d’Amra qui à jamais s’effrite. Scènes plus ténébreuses à l’instar de ces descentes au fond de puits : délaissant l’école l’enfant aide les ninjas -ces mineurs clandestins- lui le nouveau « père » doit subvenir aux besoins de la famille. La dernière partie du film jouerait-elle le rôle d’épilogue ? Certes le « triomphe » d’Amra (à la télévision) est étroitement lié à son interprétation de la chanson « les rivières d’or ». Mais les paroles « l’or est un puits de souffrance » n’ont-elles pas une résonance particulière pour qui a en subi les douleurs torturantes  dans sa chair ?

Sa voix emplit l’espace sonore alors que …. sur cette « terre gorgée d’or », défilent des images d’excavateurs !!

 

Une fable émouvante qui s’adresse à tous les publics -dont les enfants

Un film qui allie contemplation et dénonciation

Un film qui frappe par la maîtrise des cadrages et des ambiances (pour exemple, le traitement des scènes à l’intérieur de la yourte dont les éclairages et clairs obscurs évolueront en fonction de ce voyage intérieur )

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 03:49

 

Du cinéma iranien, Abbas Kiarostami est sans doute l’une des figures les plus connues. Le Centre Pompidou à Paris lui offre d’ailleurs une rétrospective intégrale jusqu’au 26 juillet. Ce cinéma, un des plus fertiles au monde, n’hésite pas à traiter d’affaires culturelles, sociales ou politiques très contemporaines. Pour donner à voir ce pays et la richesse de sa production cinématographique, le festival Cinéma(s) d’Iran ouvre mercredi 23 juin sa huitième édition (il s’achèvera le mardi 29 juin) au Nouvel Odéon, 6 rue de l’École de médecine, à Paris. Une édition sans la présence des réalisateurs cette année, mais qui propose plus de vingt films de fiction, documentaires et courts métrages.  PAR LE FESTIVAL CINÉMA(S) D’IRAN & MEDIAPART

Mediapart s’y associe de nouveau en diffusant plusieurs courts métrages. 

 

Aujourd’hui, Tattoo réalisé par Farhad Delaram en 2019. Lors d’un examen de routine pour renouveler son permis de conduire, une cicatrice et un tatouage plongent une jeune Iranienne dans une situation inextricable…

Festival iranien Tattoo  (court métrage)

 

Court métrage iranien (1/3): « Tattoo » | Documentaires | Mediapart

 

Le site du festival Cinéma(s) d'Iran est ici. Et toute la programmation détaillée, .

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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 12:43

Documentaire d'Eléonore Weber 2020

Texte dit par  Nathalie Richard 

 

Mention spéciale du Prix de l’Institut Français au festival Cinéma du Réel 2020

 

Le documentaire  repose sur des vidéos enregistrées par les armées américaine et française en Afghanistan, en Irak, au Pakistan… L'intervention a lieu sous nos yeux. Jusqu'où peut mener le désir de voir, lorsqu'il s'exerce sans limites?

 

Il n'y aura plus de nuit

 

Dissimulé dans un bunker au Nevada traquant les terroristes à abattre, le pilote de drone français (interprété par Grégoire Colin) actionne un bouton dès que la « victime » est dans le viseur ; c’était dans Full Contact un film du Néerlandais David Verbeek (2015) qui analysait les conséquences d’un choc post traumatique (le pilote avait bombardé une école…. trop habitué à « ne pas se poser de questions ») Fiction ??

Quand WikiLeaks révèle les « bavures » de l’armée américaine en Irak (bavure, encore un euphémisme destiné à maquiller la sordidité du réel !!) son auteur Julian Assange subit les foudres des USA (au nom du « secret d’Etat ») et…vous connaissez la suite…depuis 2010...

 

Pour réaliser « il n’y aura plus de nuit » Eléonore Weber a utilisé des images militaires mises en ligne par des soldats eux-mêmes (sur YouTube et autres sites accessibles) ou par les armées (valorisant une « nouvelle arme ou une nouvelle technologie ») ou encore par la police canadienne sur son propre site ; et la longue liste apparaîtra dans le générique de fin. Mais certaines resteront « inaccessibles »

Son but ? J'ai choisi de me concentrer sur la question du regard, de la nature de ces images et des effets qu'elles provoquent, du type de représentation du monde qui y est proposé. Il s'agit d'interroger la guerre comme construction d'un ensemble de formes. Et il me semble que, au-delà des enjeux géopolitiques spécifiques, ces technologies et ces modes de représentation préfigurent un monde qui vient

 

Voici des pilotes en opération (expression euphémisante qui désigne des pilotes de guerre formés aux nouvelles technologies mortifères). Nous ne les verrons pas mais nous entendrons leurs propos quand ils s’approchent de leurs « cibles » - des terroristes (forcément ! même s’il s’agit de simples civils ou de journalistes) : comment déceler le « vrai » avec ces caméras infrarouges qui confondent jour et nuit, où un humain est devenu un spectre, une silhouette qui scintille, tout comme ces montagnes alentour. Plus ces pilotes sont censés « voir » moins ils détectent la « réalité »

 

Dès lors se met en place tout un système de « duplications » : image réelle et image archivée, regard humain et caméra, caméra et canons de l’hélico de combat, (le commandant de bord visionne les images derrière ses lunettes connectées à la caméra, elle-même reliée au canon mitrailleur) œil du filmeur-tueur et œil du spectateur-voyeur (l’écran de la caméra qui s’agrandit aux dimensions de l’écran de la salle)

Les êtres qui fuient savent-ils qu’ils sont visés ? Le filmeur (hors champ) n’est-il pas aussi le tueur ? le spectateur -voyeur- serait-il complice de ce « désir de voir » ?

 

Eléonore Weber a délibérément gommé tout contexte géo-politico-militaire, afin de questionner notre rapport à l’image, elle invite à nous interroger sur nos propres perceptions, nos propres désirs, nos propres relations plus ou moins instinctives, plus ou moins formatées, avec ce à quoi nous  assistons.

A cet effet participe aussi le commentaire apparemment neutre et distant (voix aux accents durassiens de Nathalie Richard) qui, entre autres, rapporte les propos d’un pilote (Pierre V) interrogé sur le bien-fondé, la préparation de telle opération, sur le « ressenti » des pilotes-tueurs, sur l’interprétation des images archivées.

Et le constat sans appel « Les pilotes ne tirent pas sur des humains, mais sur des silhouettes sans visage » impose hélas ! l’analogie avec les jeux vidéo…

 

Tragique constat d’une déshumanisation généralisée : pilote tueur sans visage, êtres humains réduits à des silhouettes spectrales, qui d’une seconde à l’autre seront à jamais anéanties…

 

Un film intrigant (où l’on voit la caméra thermique détecter toute présence vivante grâce à la chaleur que dégagent les corps) dérangeant et glaçant par sa dominante gris-blanc métallique (et comme la caméra n’enregistre pas le son, la détonation mortelle se lira dans un nuage argenté…)

 

Quid de la personne ? elle n’était qu’une cible à abattre !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 06:17

de Chloé Zhao (E-U 2020)

 

avec Frances McDormand, David Strathairn

 

Lion d'Or Venise

Triple récompense aux Oscars 

Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada où elle vivait, Fern décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. De vrais nomades incarnent les camarades et mentors de Fern et l’accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain

 

Nomadland

 

Osons l’affirmer sans ambages ; ce film -un road movie initiatique ? - encensé par une critique dithyrambique ne saurait être le film de l’année, ni le film à voir absolument 

 

Certes la réalisatrice en adaptant Nomadland : Surviving America in the Twenty-First Century de Jessica Bruder renoue avec une tradition de l’Amérique -Les nomades sont les héritiers de nos pionniers, ils perpétuent avec dignité la tradition de l’Amérique, dit la sœur de Fern ; des nomades solitaires mais solidaires. De même qu’elle renoue avec les  "origines"  du cinéma américain

Certes l'actrice Frances Mc Dormand incarne avec brio une veuve qui parle peu mais dont le regard et le sourire sont constamment à l'écoute de l'Autre 

Certes dans ce road movie une attention spéciale est accordée aux paysages : ils ponctuent et scandent la « narration » (encore que filmés à différents moments du jour, ils s’apparenteraient souvent par leur chromatisme à des cartes postales et ce faisant sont traités comme des décors -certains somptueux!!- et non comme des personnages)

 

Mais que de mièvrerie (musique incluse) !

Les conséquences tragiques de la crise de 2008 semblent éludées sous le vernis de la « résilience » 

Et ce n’est pas en mettant bout à bout des bribes d’existence (de survie ?) (Fern déféquant, Fern grelottant de froid ou se sustentant de soupes en conserve, Fern employée chez Amazon ou dans la restauration rapide) ni en exhaussant le minimalisme au rang de principe esthétique, que le film serait « réaliste »

 

Empathique le film l’est assurément

Mais hélas lénifiant !

 

Un bémol :il inviterait à une réflexion sur l’exil et l’errance -dont témoignent la construction circulaire, et le credo « I’m houseless, not homeless » -,

Mais une réflexion hors écran, hors champ !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 Ps je vous recommande  l'article d'Erik Wahl  Nomadland : un avant-goût du monde d’apprêt (diacritik.com)

 

 

 

 

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13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 04:31
20ème festival du court métrage Rouen & Mont-Saint-Aignan 23 juin-9 juillet 2021

 

Cette année 2021 n’est pas plus réjouissante que la précédente mais notre détermination à organiser ce festival est intacte. Certes, nous allons revoir quelques ambitions à la baisse : moins de soirées thématiques, pas de buffets à partager à la sortie des séances, des jauges sûrement réduites… Mais reste à venir le vrai bonheur de pouvoir enfin se retrouver en salle pour voir des films et partager des émotions tous ensemble.

Alors maintenant reprenons le fil de cet édito qui devait initialement célébrer la longévité du Courtivore pour sa 20eme édition, toujours portée par la passion et la motivation d’une courageuse petite équipe de bénévoles, vingt et un ans après la création de l’association Courtivore en 2000 par quelques étudiants et employés de l’Université de Rouen.

Avec le temps, le festival a bien grandi et s’est professionnalisé, perdant petit à petit son étiquette d’association estudiantine. Il se déroule dans de belles salles de cinéma (Ariel, Omnia,…), reçoit, sur supports désormais numériques, des films par milliers et de tous horizons géographiques, multiplie les partenariats et accroît sa notoriété dans le petit monde du court-métrage local et national.

Avec cette 20eme édition, nous voulons donc célébrer cette belle aventure avec des séances rétrospectives (en plein air) et des expositions d’anciennes affiches. Pour la compétition, c’est une sélection exceptionnelle de 48 films (24 pour 2020 et 24 pour 2021) répartis en 6 actes (au lieu de 3 habituellement) qui vous sera proposée. Quant à la traditionnelle “Finale” du festival, nous avons choisi de la reprogrammer à une date ultérieure, à l’automne prochain, afin, on l’espère, de se donner la chance de pouvoir vous accueillir dans un contexte plus serein et plus propice à la fête !

 

L’équipe du Courtivore

 

Retrouvez le programme et l’agenda sur le site ou Cliquez ici

 

 

20ème festival du court métrage Rouen & Mont-Saint-Aignan 23 juin-9 juillet 2021
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13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 04:13

 

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 10:24

Voir la version en ligne 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 07:46

d'Ivan Ostrochovsky (Slovaquie 2020)

avec Samuel Skyva, Samuel Polakovic, Vlad Ivanov, Vladimir Strnisko, Vladimir Obsil

 

 

 

Récompenses

Grand prix CinEast 2020

Prix de la mise en scène et prix de la meilleure musique au festival international du film de Saint-Jean-de-Luz

Meilleur réalisateur (ex-aequo avec Aurel pour Josep) au festival du film de Valladolid 2020

En Tchécoslovaquie au début des années 1980, le régime communiste musèle l’église. Deux jeunes séminaristes devront choisir entre la soumission à la police secrète, ou une fidélité à leurs convictions qui pourrait leur coûter la vie.

 

 

 

Les Séminaristes

 

 

Koza -présenté en compétition  à Rouen au festival à l’Est du Nouveau en 2016- s’inspirait de la vie du boxeur Peter Balaz. Dans Les Séminaristes, son deuxième long métrage, le cinéaste slovaque évoque une période sombre de l’église catholique tchèque, sa collaboration avec le régime communiste pendant l’époque de normalisation en 1980. Mais tout en s’inspirant de « faits réels » il livre avec parcimonie des informations éclairantes (rôle de Pacem in Terris, par exemple) et de surcroît il recourt aux ellipses,  l’essentiel selon lui étant moins de susciter une polémique, de juger en opposant « bons » et « méchants » que d’illustrer un dilemme qui taraude les consciences et de se « concentrer sur les émotions plutôt que sur les faits » (cf le dépliant AFCAE) 

 

Le film débute comme un thriller : une voiture roule de nuit sur une route de campagne -jeu des phares qui diffractent la lumière—elle s’arrête, un corps remue encore dans le coffre, on le dépose à même la chaussée….(on l'achève??)

 

Puis retour en arrière (encart 145 jours auparavant)

Voici Juraj (Samuel Skyva) et Michal (Samuel Polakovic), ils viennent de la campagne et apprennent à connaître la vie à l’école de théologie (faculté de Bratislava)  d’autres séminaristes, le guide spirituel,  etc. Mais assez vite et mezza voce Juraj est informé de l’existence d’une église clandestine qui refuse la collaboration avec le régime communiste ; il choisira de résister quel qu’en soit le prix ! .

 

La gradation dans l’horreur (de la mort du père Coufar, celui du prologue, au suicide, en passant par la conscription) la traîtrise et la mort en embuscade, il s’agit bien de créer une ambiance plus que délétère et de rendre palpable l’étouffement. A cet effet participent le choix du noir et blanc, le format 4/3, le recours aux plans fixes (le plus souvent), le soin apporté aux cadrages, la lenteur calculée du rythme, l’opposition entre les extérieurs boueux et les intérieurs austères mais aussi le jeu des acteurs (l’expression supplée à la parole chez les séminaristes alors que le Dr Ivan -qui "incarne" la Sûreté-, interprété par l’acteur roumain Vlad Ivanov,-(vu récemment dans Les siffleurs) multiplie, placide et retors, les propos comminatoires, à chacune de ses visites/inspections/interrogatoires

 

 

Oui ce film frappe par la souveraine adéquation entre le fond et la forme (même si parfois des vues en plongée vertigineuse ou les vues aériennes sur la cour  paraissent  trop « léchées » trop formelles, esthétisantes plus qu’esthétiques)

 

Un film que je vous  recommande !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 10:44

de Florian Zeller 2020

adaptation de sa pièce "le Père" jouée dès  2012

scénario Christopher  Hampton et lui-même 

musique Ludovico Einaudi et David Menke 

avec Anthony Hopkins, Olivia Colman

 

Oscar du meilleur acteur et Oscar du meilleur scénario adapté

 

Alors qu’il vieillit et devient de moins en moins autonome, un père refuse l’aide de sa fille. Voyant la situation se dégrader, il commence à douter de ses proches, de son propre esprit et même de ce qui est réel.

 

 

The Father

Dès la séquence d’ouverture le spectateur est comme happé par la musique de Purcell (cold song du roi Arthur) qui « accompagne » une femme au pas résolu, la (le) mène jusqu’à un immeuble cossu et jusqu’à l’appartement où le « père » est affalé dans son fauteuil, un casque sur les oreilles ….écoutant cette musique…Musique qui abolit provisoirement les frontières. Frontières que délimite cet espace clos qu’est l’appartement avec son corridor, ses portes, ses fenêtres, sa cuisine, ses chambres, ses pièces, des tableaux, des photos,  et dont les lumières varieront en fonction des moments de la journée mais aussi (et surtout) des souvenirs du père. Et nous entrons dans cet autre univers qui se superpose au premier, un espace mental labyrinthique celui de la mémoire celui des fantasmes, celui qui brouille les repères et où s’opère la confusion des sentiments. Portes, couloirs, lits, cadrés dans leur  être là  (un être là qui ira se rétrécissant) comme autant de repères d’ordre spatial certes, mais qui ont leurs équivalents ou leurs prolongements dans la cohérence des illogismes (deux battants de porte s’ouvrent sur un ailleurs inondé de lumière, les mêmes à un autre moment sur un simple cagibi ; de la fenêtre du salon Anthony regarde le trottoir (comme s’il se penchait sur son passé) et voici que surgit un gamin se dépêtrant avec un ballon/sac plastique ; est-ce l’enfant qu’il fut?

 

En optant pour une narration brisée – à l’instar des fractures que subit le personnage éponyme-, en adoptant le point de vue du  père (le titre est à cet égard explicite) le réalisateur cherche à désorienter le spectateur (du moins au tout début), à lui faire éprouver de l’intérieur la  défaite du sens , à lui rendre palpable la déraison. Pari original que de mettre ainsi en abyme la  "folie".  La répétition du même moment -le réveil -, des mêmes gestes -prise de médicaments-, mais traitée à chaque fois différemment, l’interprétation d’un même rôle par plusieurs acteurs ou de rôles différents par un seul acteur, tout cela "illustre"  les troubles de la mémoire d’autant que le scénario lui-même entretient la confusion (des identités, des lieux, de la chronologie)

La récurrence de certains « motifs » (la montre, le poulet, le voyage à Paris, la fille Lucy) accentue le processus de dégradation du  "father"  (Je ne sais plus où reposer ma tête), alors que le désarroi des proches fait souvent abstraction de la parole : une larme perlant sur la joue de la fille, un regard comme hébété, un geste de tendresse et c’est la souffrance muette qui s’impose à l’écran

Une interprétation magistrale : Anthony Hopkins joue un personnage étonnamment  "présent"  (violence et tristesse, humour et amour, hargne et vulnérabilité) dans un contexte d’absence due à une dégénérescence cognitive et Olivia Colman celui tout en retenue de la fille aimante et désemparée, témoin impuissante de ce qui chancelle et se désagrège, inexorablement !

Un film à ne pas rater! 

 

Colette Lallement-Duchoze 

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 06:04

Court métrage de Céline  Devaux (France 2017) 

avec Swann Arlaud et Victoire Du Bois 

 

Lion d’or du court métrage à la 74ème Mostra de Venise

 

Ça va passer. On s'en remet. Jean fête son anniversaire, boit trop et se souvient du week-end désastreux qui a mené à sa rupture avec Mathilde.

Gros chagrin

Avec Gros chagrin, Céline Devaux s’arrête un quart d’heure sur le déchirement d’un couple. Elle nous raconte cette pâte humaine ruisselante de larmes avec un peu de hauteur, dans une représentation qui mêle fiction et animation et le dessin qui distancie. Deux registres visuels donc, couplés à une bande son qui de même se situe sur plusieurs niveaux : un narrateur, une voix intérieure (le héros) et le son synchrone, qui émane des scènes.

Les personnages font le compte de tout ce qui les sépare désormais. Crudité dans le propos et dans les images dessinées, un peu grossiers même, si poétiques aussi. L’histoire se passe au lendemain de son anniversaire à lui. Trop d’alcool. Les anciens amants accèdent ainsi à une double gueule de bois, éthylique et émotionnelle ; l’écriture de Céline Devaux restitue magnifiquement ce rapport un peu décomplexé, sans filtre, à soi, aux autres.

 

Gros chagrin

                                                       Dessin film de C Devaux

 

 

. Regarder sur KUB jusqu'au 1/06/22

 

 

 

 

Gros chagrin

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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