4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 06:59

de Panah Panahi (Iran 2021)

avec Hassan Madjooni, Pantea Panbahiha, Rayan Sarlak, Amin Simiar 

 

sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs Cannes 2021

 Prix du meilleur film au festival de Londres

 

 

Iran, de nos jours. Une famille est en route vers une destination secrète. A l’arrière de la voiture, le père arbore un plâtre, mais s’est-il vraiment cassé la jambe ? La mère rit de tout mais ne se retient-elle pas de pleurer ? Leur petit garçon ne cesse de blaguer, de chanter et danser. Tous s’inquiètent du chien malade. Seul le grand frère reste silencieux.

Hit the road

Effet de mimétisme ? le premier long métrage de Panah Panahi ressemble étrangement par certains aspects à des films de son père Jafar Panahi : un dispositif qui réduit l’espace de liberté à l’habitacle d’une voiture (Taxi Téhéran - Le blog de cinexpressions) un habitacle-microcosme, une fluidité dans la vastitude des paysages traversés des chemins qui sinuent et des crêts à gravir. Trois visages - Le blog de cinexpressions

Sur le plâtre de la jambe de son père l’enfant a dessiné des touches de piano ; et tandis qu’il pianote virtuellement, et que l’on entend du Bach, le cadre s’élargit invitant de majestueuses montagnes …Somptuosité montagneuse que traversera le road movie tout en nous immergeant dans l’intimité d'un quatuor. Quatuor où chacun semble jouer une partition, où chaque membre semble incarner un prototype, un choix de vie, où le silence de l’aîné Farid en partance vers un ailleurs s’oppose à l’insouciance turbulente de son frère cadet, où la mère entre pleurs et rires peut tout autant chanter à tue-tête que garder secrets des non-dits, et ce faisant cette fiction familiale est comme un microcosme aux résonances sociologiques (portrait d’une famille iranienne « moderne ») et politiques (même si, et surtout si la politique n’est pas évoquée frontalement). Le titre, emprunté à Ray Charles,  dit explicitement l’exil. Les chansons (reprises en chœur) sont celles de la période d’avant la révolution de 1979

Ce petit  "théâtre ambulant" où l’on se joue la « comédie » (ne rien laisser transparaître, ne pas alerter le petit clown de frère sur les raisons d’un tel voyage, sur le "voyage" lui-même) s’affranchit de tout sentimentalisme, en optant parfois pour des dialogues extravagants voire surréalistes, (à l’instar de ce plâtre/emplâtre qui momifie la jambe du père ?) en jouant presque constamment avec l’explicite et l’implicite (à l’instar du régime ?)

Quelles sont les raisons pour lesquelles cette famille a banni les portables, a hypothéqué sa maison, vit dans l’appréhension d’être suivie ? nous le devinerons ;  mais le plus important dans la fiction d’un road movie -de surcroît-,  n’est-il pas le chemin(ement) parcouru ? et ici particulièrement l’interrogation sur les sentiments éprouvés au moment de quitter définitivement son pays ? (l’image dans le rétro de ces déserts et montagnes qui défilent illustre précisément ce que le conducteur Farid ne verra plus jamais….) "Il est mort?" demande  (ironique?) le cadet quand il voit son frère tel un gisant... Et si l'exil était synonyme de  mort définitive? 

 

Hit the road serait aussi une « leçon de cinéma » : Comme s’ils étaient relégués à l’arrière-plan les problèmes de censure par exemple vont se fondre dans les paysages (avec ces jeux de lumière, ces moments d’assombrissement, ces bifurcations). L’alternance entre burlesque (le passeur masqué par exemple tout droit sorti de "comics") et tristesse (ces pleurs de mélancolie, sans dolorisme, qui perlent sur le visage de la mère)  crée un autre tempo. La façon de filmer la voiture en fait un personnage à part entière ; l’émergence hors capot - hors enfouissement de "secrets "-, de cette silhouette, de ce corps en devenir, si empli de vitalité ne serait-elle pas le gage d’un futur plus solaire loin d'un présent que l’on est condamné à fuir ?

 

Un film à voir, de toute évidence

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 12:27

De Tatiana Huezo (Mexique 2021)

avec : Ana Cristina Ordóñez González , Marya Membreño , Mayra Batalla , Norma Pablo , Olivia Lagunas

 

présenté à Cannes 2021 (Un Certain Regard) 

Trois jeunes filles vivent dans un village rural de Guerrero dominé par la présence violente du trafic de drogue local et la menace de la traite des êtres humains. Entraînées par leurs mères à fuir à tout moment et contraintes à des mesures extrêmes pour échapper à la capture, elles doivent apprendre à naviguer dans leur environnement difficile

Prayers for the stolen

Des mains creusent la terre. Le plan s’élargit : nous identifions les deux personnages: une mère et sa fille « Allonge-toi Ana ». Et la gamine rejoint cette « tombe » à ciel ouvert. Fin du prologue. Tout est dit ou du moins suggéré…

 

La réalisatrice va suivre  le « parcours » de trois gamines Ana Mar’ia et Paula. Elles s’adonnent à des jeux de télépathie,  se baignent, suivent les cours dispensés à l’école, aident au ménage, mais simultanément Tatiana Huezo capte un quotidien (qui perdurera 5 ans plus tard après une ellipse assez fracassante) menacé par les risques d’enlèvement, - la vigilance des mères qui est de tous les instants  peut être contrariée-..., un quotidien où le retour du père,  de l'époux  est incertaine et partant, angoissante, un quotidien où des « hors la loi »,  les membres d'un cartel de la drogue, tuent sans vergogne et en toute impunité,   un quotidien où la dispersion de pesticides par hélicoptères peut attenter à la vie (celle des humains des animaux de la nature).

 

Les scènes d’insouciance voire d’intrépidité alternent avec les séquences d’horreurs, les scènes d’intérieur (petites masures) avec celles tournées en extérieur (par deux fois voici une colline qu’éclairent les portables des mères à la recherche de réseau pour alerter les époux partis au-delà de la frontière ; le chemin qui sinue vers le village, d’abord solitaire  est bien vite encombré des voitures des cartels ou de …la police)  de même que l’intime (relation mère/fille, premiers émois amoureux) alterne avec la vie de groupe (apprentissage à l’école, réunion du village, collecte étroitement surveillée   du pavot).

 

Très souvent le langage s’efface au profit de la gestuelle des signes presque imperceptibles et la puissance du silence. Certains détails resteront hors champ, leur nature tragique est restituée par l’écho assourdissant des armes meurtrières. Ou le regard hébété de celui qui a vu l’innommable (le sang) ou devine l’irréparable (objets abandonnés suite à l’enlèvement de …) Et un motif musical (Jacobo Lieberman) s’en vient illustrer les moments les plus dramatiques)

 

Leonardo a demandé à ses élèves de « construire » un corps humain à partir d’objets de récup. Il demande à Ana de commenter à la fois la nature du matériau et la partie du corps reconstitué

Un scorpion dans un bocal c’est la colonne vertébrale ; des fils de fer ce sont les mains….

 

 

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

 

à voir sur Mubi 

Prayers for the Stolen (2021) | MUBI

BANDE-ANNONCE - Prayers for the Stolen (2021) | MUBI

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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 08:56

Une programmation riche et débordante de créativité 

 

pour les séances de film en compétition la formule revient cette année à 3 actes et 1 finale (soit 21 films )

 

acte I vendredi 6 mai Cinéma Ariel 20h 

 

acte II vendredi 13 mai Cinéma Ariel 20h

 

acte III vendredi 20 mai Cinéma Ariel 20h

 

la finale samedi 11 juin Cinéma Ariel 20h

21éme Festival du court-métrage

 

C'est encore une édition grand format que nous  vous proposons avec nos fidèles et nouveaux partenaires 

Nous visiterons ensemble le corps humain, tantôt par la science à l'Atrium, par la danse sur la scène de l'Etincelle puis nous traverserons l'Atlantique pour explorer NYC au Centre Photographique 

 

danse avec les courts jeudi 12 mai 20h Chapelle Saint Louis (7 films)

 

odyssée santé samedi 14 mai 20h Atrium (8 films)

 

New York stories jeudi 19 mai 20h Centre photographique Rouen Normandie (6 films)

La crème de la crème programme -annuel et itinérant- de courts-métrages d'animation

Omnia dimanche 8 mai 11h 

6 films 

en présence d'Alix Fizet et Nikodio (réalisateurs de films d'animation)

 

Tarifs habituels du cinéma (4 / 5,5 / 7 € )

21éme Festival du court-métrage
 

festival@courtivore.com

Tarifs 

séances en compétition  5 € la séance 

le pass3actes 12 €(mais il ne donne pas accès à la finale) 

la finale  6 €

 

les séances en plein air (Quartier libre) 3€

les séances thématiques (Etincelle Atrium Centre photographique) entrée gratuite 

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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 08:54

d'Eran Kolirin (Israêl 2020) 

avec  Alex Bakri, Juna Suleiman, Salim Daw, Ehab Elias Salami, Khalifa Natour, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Doraid Liddawi, Yara Jarrar.

 

 

Festival de Cannes 2021, sélection officielle, Un Certain Regard. 

Représentant officiel d'Israël pour l'Oscar 2022 du meilleur film international.

Ophir Awards: Meilleur réalisateur et Meilleur scénario; Meilleur rôle principal: Alex Bakri; Meilleure actrice: Juna Suleiman. 

War on Screen Festival: Prix du Jury étudiant.

Festival du Film israélien de Paris: sélection officielle.

 

Sami vit à Jérusalem avec sa femme Mira et leur fils Adam. Ses parents rêvent de le voir revenir auprès d’eux, dans le village arabe où il a grandi. Le mariage de son frère l’oblige à y retourner le temps d’une soirée... Mais pendant la nuit, sans aucune explication, le village est encerclé par l'armée israélienne et Sami ne peut plus repartir. Très vite, le chaos s'installe et les esprits s'échauffent. Coupé du monde extérieur, pris au piège dans une situation absurde, Sami voit tous ses repèr
es vaciller : son couple, sa famille et sa vision du monde.

Et il y eut un matin

 

Librement adapté du roman éponyme du journaliste israélien arabe Sayed Kashua le film d’Eran Kolirin dénonce (avec humour tendresse tragique et humanité) l’absurdité d’une situation qui depuis 2007 (l’année triomphale pour « la visite de la fanfare ») n’a cessé de s’envenimer, (colonisation en Cisjordanie, situation d’apartheid vécue par les Arabes israéliens, abandon de la cause palestinienne par un grand nombre de pays arabes, politiques plus qu’ambigües de nombreux pays dont la France, etc..).

 

Le ton, celui d’une  "fable politique" est donné dès le début (prologue) : les colombes refusent de s’envoler lors de la cérémonie de mariage et le nouvel époux (frère de Sami) refuse le lit conjugal !

Et les conséquences de l’enfermement - coupures de courant, absence de réseau téléphonique, pénurie de vivres iront s’aggravant !

Narratif simpliste de l’occupation et parti pris palestinien ? Osent affirmer certains commentateurs déçus qu’un réalisateur israélien s’engage en prenant parti contre leur idéologie, trop bienpensante à l’égard des politiques israéliennes

Le narratif ? « un état de siège » (métaphore évidente de la vie en territoire occupé) avec une dramatisation interne qu’illustrent le choix de la « lumière » (première partie lumineuse, deuxième à la lueur des bougies et troisième entre chien et loup) ainsi que le «rôle » de ce jeune soldat israélien (gardien hébété et « compréhensible » dans un premier temps, il commettra l’irréparable…). Un état de siège qui tout en asphyxiant, va « révéler » les dissensions internes, celles entre les habitants du village - avec sa mafia locale, l’apathie de certains, la situation irrégulière de certains travailleurs-, et celles à l’intérieur des couples. Une « assignation à résidence » qui contraint Sami à « revoir » ses choix, à repenser sa relation avec les « autres ». C’est que le retour aux sources, et la volonté de s’en extraire constitue une autre dynamique fondée sur le paradoxe, illustrée (certes avec légèreté) par les deux scènes en écho où lui et sa femme dansent seuls se croyant à l’abri des regards mais qui « regardés » vont « changer » de gestuelle ! Les Arabes d’Israël sont les invisibles de notre pays. Ils vivent en démocratie, mais n’ont pas les mêmes droits que les autres, ils se trouvent coincés dans une position intenable et s’en sentent coupables vis-à-vis des Palestiniens de Cisjordanie. Leur identité est ainsi mise à mal. Le seul territoire qu’il leur reste est leur maison (Eran Kolirin cf dépliant Afcae « association française des cinémas art & essai »)

Des personnages en « situation de survie » dans un village barricadé ! ils évoluent comme sur une scène de théâtre – où chacun interprétera son monologue sur l’avant-scène, où les duos alterneront avec le groupe -qui, filmé en plan large ou en plongée, rappelle le chœur de la tragédie antique, où des échappées vers un « ailleurs » relèveront de l’utopie ! à moins de croire aux promesses d’une nouvelle aurore  ....«et il y eut un matin »

Un film à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 07:00

Un matin, une fille essaie un nouveau pantalon, mais celui-ci ne lui va pas, puisqu’elle n’arrive pas à le fermer. La jeune fille est perplexe. Dans le miroir, elle se voit comme le plus gros porcelet du monde et décide de suivre un régime strict aussi rapidement possible.

My fat arse and I

 

Une comédie surréaliste sur l’anorexie 

En exclusivité sur MUBI dès le mois d’avril, le court-métrage d’animation My Fat Arse & I offre une expérience cinématographique aussi jubilatoire qu’intense. Repéré par le jury des courts métrages et de la Cinéfondation Cannoise en 2020, où il remporte le deuxième prix, le curieux objet filmique de Yelyzaveta Pysmak prend à bras le corps la rigidité des diktats de beauté et la grossophobie avec humour et grandiloquence. Le tout en dix minutes. Dans un univers jauni et presque muet, une jeune femme complexe sur ses bourrelets. Elle se trouve énorme, et combat ses complexes en adoptant un régime draconien qui culminera en une ascension vers un royaume magique et… grossophobe. Avec un style conjuguant burlesque et surréalisme,  My Fat Arse & I balance un uppercut adroit à la culture misogyne de la minceur, dont les femmes sortent toujours perdantes. Mâtiné de références à la pop culture, aux jeux vidéo comme à la figure de la Magical Girl qui arbore ici quelques kilos en plus, le court-métrage est à la fois drôle et touchant. Une ode aux femmes puissantes, qui n’ont pas peur de prendre de la place. (sorocinéma) 

 

 

Ce regard surréaliste et drôle de Y. Pysmak sur l’image corporelle comporte des lignes irrégulières et fluctuantes, et des éléments fantastiques et comiques, exagérés pour capturer les déformations délirantes de la dysmorphie. C’est une animation qui ne cède pas devant les attentes de la société. (Mubi) 

 

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16 avril 2022 6 16 /04 /avril /2022 05:17

Ce 18 avril 1972, 15 000 manifestants défilent à Saint-Brieuc en chantant, à la suite de Gilles Servat : On ne travaille pas un fusil dans le dos, allusion à l'occupation de l'usine du Joint français par les CRS.

50 ans plus tard, ce printemps 72 reste le Mai 68 breton. C’est l’événement qui a tout changé. Le conflit devient emblématique des nouvelles formes de lutte des années 70 mais aussi des combats d'une région pour son identité, sa culture et sa langue.

Avec son documentaire Voici la colère bretonne, Jean-Louis Le Tacon colle aux événements, et nous fait vivre l’intensité du soulèvement.

Découvrez également trois témoignages de protagonistes des manifestations, dont celui de de Gilles Servat, et tout notre dossier sur ce moment-clé de l'histoire bretonne.

Des images galvanisantes pour une émotion toujours intacte.

L'équipe de KuB

Voici la colère bretonne (50 ans du  Joint Français)

Avec Voici la colère bretonne, Jean-Louis Le Tacon saisit, en cinéma direct, la convergence entre révolte anticapitaliste et renaissance du breton comme langue de contestation du pouvoir parisien. Les images des foules surmontées de gwenn ha du flanqués de drapeaux rouges, les rues de Saint-Brieuc où résonne l’Internationale, les chants traditionnels bretons qui prennent des consonances révolutionnaires… tout cela mérite d’être vu et entendu aujourd'hui, 50 ans après les faits.

On est encore dans les 30 glorieuses, l'usine bretonne du Joint français est l’une des cent filiales d’un empire financier de 113 000 employés. Les marges sont considérables, le PDG du groupe (et vice-président du patronat français) s’en vante… Magnanime, il a fait de grands sacrifices pour donner du travail aux Bretons... En réalité, c’est la collectivité qui, en 1962, a mis la main au portefeuille pour faire venir le Joint à St-Brieuc : primes à l’embauche, exonération de patente, terrain offert 

"Avec une grande sobriété de moyens et d’écriture, Le Tacon met en place le petit théâtre où les dirigeants déroulent, avec une intonation aristocratique, leur discours d’un autre temps. Dans la rue, ça se bouscule, ça gueule : Le joint de St-Brieuc c’est le bagne ! La reprise de slogans comme À bas l’État policier, CRS=SS et Le fascisme ne passera pas confirment que ce printemps 72 aura bien été le Mai 68 breton."

Voici la colère bretonne (50 ans du  Joint Français)

Face à Face, Guy Burniaux, ajusteur au Joint Français et son ami de lycée devenu CRS : la photo prise par Jacques Gourmelen fera le tour du monde ! • © DR Jacques Gourmelen

Voici la colère bretonne (50 ans du  Joint Français)

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14 avril 2022 4 14 /04 /avril /2022 11:30

d’Étienne Comar (2021)

avec  Alex Lutz, Agnès Jaoui, Veerle Baetens Marie Berto Hafsia Herzi Fatima Berriah Anna Nadjer 

Luc est un chanteur lyrique renommé. En pleine crise personnelle, il accepte d’animer un atelier de chant dans un centre de détention pour femmes. Il se trouve vite confronté aux tempéraments difficiles des détenues. Entre bonne conscience et quête personnelle, Luc va alors tenter d’offrir à ces femmes un semblant de liberté.

A l'ombre des filles

Pour illustrer une thématique pour le moins éculée (rôle libérateur de l’art en général, du chant en particulier, en milieu carcéral) le réalisateur a choisi le format carré 1,33:1  (4/3) : c'est celui des pochettes de disque (et le film est d'ailleurs traversé de chansons/hommages), c'est aussi celui du portrait (éliminant toute fioriture, il permet de se concentrer sur un visage et il se prête aux gros plans); mais c'est surtout celui de l'enfermement ; or dans le contexte de  à l’ombre des filles, n'y aurait-il  pas redondance? ….Oui quand un très gros plan sur un visage envahit l’écran et que les limites du cadre rappellent les barreaux. Mais quand dans ce même format -très resserré- le cinéaste aligne les 6 visages on a l’impression qu’ils sont « hors cadre », (Magie de l’expérience collective ??)  Et des vues en plongée ou contre plongée (cellules, sas entre deux portes) vont précisément accentuer l’impression d’étouffement malsain (d’autant que nous sommes en été et que le système d’aération est déficient voire inexistant) A cela s’ajoutent les couleurs laiteuses opalines ou carrément blanches de ce centre très « moderne » qui surlignent l’impersonnalité -euphémisme pour inhumanité-  du lieu de détention

 

Le spectateur restera toujours « à l’ombre » de ces femmes. Jamais il n’apprendra les causes de leur enfermement (même si par bribes quelques indices sont distillés çà et là). Car précisément l’enjeu est ailleurs. Et l’alternance entre les séquences à la prison (répétitions, opposition entre la bienveillance de Luc et la méfiance des détenues) et celles en extérieur,  consacrées au  "chanteur",   le prouverait aisément. Luc (Alex Lutz) est quasiment de tous les plans. Et c’est son "trauma"  qui est au cœur du film. Exorciser un mal (avoir précipité la mort de sa mère par négligence) sortir de sa réclusion intérieure, c’est bien la raison pour laquelle il a accepté ce  "job" provisoire. Et avec l’aide de Catherine (Agnès Jaoui) il accédera peut-être à la « lumière » (le tout dernier plan est d’ailleurs révélateur)

Certes on peut déplorer une certaine « platitude » dans  la mise en scène, le choix des « chansons et des airs d’opéra », l’inutilité -ou du moins la longueur- de certaines séquences  (celle du cunnilingus par exemple).  Mais il convient de saluer la prestation d’Alex Lutz (acteur polymorphe) et de ces comédiennes -qui par-delà des réactions épidermiques parviennent à suggérer une complexité intérieure qui jamais ne se démentira

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

NB  Faire abstraction des couacs et fausses notes .... car dans ce film (intentions de l'auteur) le plus important est de  "se reconnecter émotionnellement à l'autre et à soi-même"

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 08:54

de Ryūsuke Hamaguchi  (Japon 2021)

avec  Kotone Furukawa, Hyunri, Katsuki Mori, Kiyohiko Shibukawa, Fusako Urabe, Aoba Kawai.

 

 

 

Un triangle amoureux inattendu, une tentative de séduction qui tourne mal et une rencontre née d'un malentendu. La trajectoire de trois femmes qui vont devoir faire un choix…

Contes du hasard et autres fantaisies

 

Voici comme le signale le titre des variations (au nombre de 3  Magie, La porte ouverte, Encore une fois) sur la question du hasard et de la coïncidence au sein d’intrigues amoureuses 

Si la seconde (la porte ouverte) joue avec des ruptures temporelles annoncées par des encarts,  la première et la troisième semblent imposer une unité de temps. Mais les trois en reliant le présent à un passé plus ou moins proche (deux ans en I,  six ans auparavant et 5 ans plus tard en II, et 20 ans en III) mettent en évidence l’indéniable efficience du passé sur les choix que l’on va opérer au présent ; cette force implacable du temps ne renvoie-t-elle pas précisément à Rohmer ?

Un autre héritage du cinéaste français est bien évidemment l’importance du texte ! En I la longue séquence à l’intérieur d’un taxi où Tsugumi confie à Meiko les bouleversements dus à une rencontre amoureuse -ignorant que la mutine Meiko est précisément…(ne pas spoiler)- va être le « déclencheur » d’un revirement inattendu (illustré concrètement par la brusque demande de Meiko au chauffeur de faire demi-tour ; de même en III la descente d’escalator sera suivie d’une remontée rapide, répétée deux fois; et les vues aériennes sur les boucles et échangeurs signes d’un trafic intense peuvent illustrer par métaphore trajectoires, revirements).

Dans les trois contes le texte sera « révélateur » d’une « coïncidence » troublante (et en ce sens  le film semble professer une conception de l’existence et partant une philosophie de la vie qui peuvent intriguer. Montrer la coïncidence, c’est une façon d’affirmer que la rareté est l’essence même du monde, plus que la réalité elle-même. affirme le cinéaste )

Le texte -informatif- n’est pas seulement un déclencheur il peut jouer le rôle de métalangage : en II la longue séquence où Nao -alors qu’elle est animée par un souci de vengeance- lit face à Segawa son ex professeur de littérature un extrait érotique de son roman (Segawa est désormais un romancier reconnu) fait se chevaucher trois niveaux de langage (dont celui de la puissance de la littérature par rapport au réel  et plus tard celui de la psychanalyse); au final le « hasard » aura raison de « tous les fils narratifs » tissés jusque-là et il suffira d’un acte manqué pour tout bouleverser, changer définitivement le cours de deux vies…

 

Le réalisateur donne à la femme un pouvoir à la fois démiurgique -elle semble être la seule à maîtriser les « enjeux » - et démoniaque – ses duplicités assumées- (à signaler toutefois que ces dernières sont largement contrebalancées par une étonnante « sincérité » qui s’exerce au sein même de la « manipulation »). En III c’est le face à face troublant entre celle que l’on croit reconnaître, celle qui jouera le rôle,  et il libérera -à la faveur de « quiproquos »- des secrets enfouis…

 

Surtout ne pas comparer Contes du hasard et autres fantaisies à Drive My Car" ce qui ne plaiderait pas en sa faveur. Très dialogué très littéraire à la photo (presque toujours) laiteuse aux plans séquences très longs, un exercice d’artificialité ? Peut-être !

Mais ce sont trois contes, traités comme trois sketches (dans la veine des « contes moraux » ?) réalisés avant le fulgurant « drive my car ». Trois contes où les personnages (essentiellement féminins) vont « retrouver » par le langage « une vibration perdue ».

 

Le film ne peut que séduire !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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9 avril 2022 6 09 /04 /avril /2022 06:07

documentaire de  Pierre Schlesser (Suisse 2021) 32'

 

Visions du réel 2021

Mentions spéciales du jury labo et du jury du prix documentaire festival international du court métrage Clermont Ferrand février 2022

 

à voir sur Tënk

L'Huile et le Fer - Tënk (on-tenk.com)

A travers la figure de son père décédé dans un accident du travail  -commune de Dieuze en Moselle, Pierre évoque son coin de campagne où l'on reçoit le labeur en héritage et n'oublie jamais la petite "musique de son enfance", celle des arbres coupés à la tronçonneuse, celle des machines outils sur le métal, celle des usines. Ce film met en évidence les gestes répétés, il veut évoquer le rapport de la dévotion au labeur qui fait le quotidien des habitants

Un film pudique au lyrisme discret un acte de foi dans la capacité du cinéma à rendre justice aux siens ceux dont les corps ont été dévorés par la malédiction du labeur quotidien

L'huile et le fer

Commentaire de Tënk

Notre Coup de cœur de la semaine porte un nom qui a presque une odeur : L’Huile et le Fer. L’huile qui huile le fer des outils et des scies, l’huile des coudes qui toutes leurs vies charrient du bois ou sortent un légume de terre. Nous sommes très heureux de vous présenter enfin ce très beau film que Tënk a accompagné lors de sa production. Un moyen métrage qui sous sa douceur porte une grande colère : celle d’un fils qui a vu son père se tuer à la tâche, qui a vu tout son entourage ouvrier vivre une vie de labeur insensé. Un film qui questionne l’idée même, bien fichée en nous, que le travail serait une valeur pour laquelle nous devrions tout naturellement sacrifier notre santé, notre temps, tout. À voir !

Je voulais en premier lieu traiter de l’épuisement des corps par le labeur. Je me suis donc attardé sur des gestes répétitifs qui usent. Et puis, je crois que c’est le philosophe Giorgio Agamben qui dit du cinéma que c’est « la patrie du geste », je trouve cette idée très belle. Tous ces gestes de travail manuel qui parcourent le film me sont familiers mais je les ai rarement vus au cinéma, alors je les ai filmés pour les faire entrer dans la patrie du geste, pour les célébrer et les archiver. Quant à la bande son, nous avons travaillé à partir de machines et de moteurs qui produisent un son très rythmique et presque toujours dans le même tempo. Ce rythme est celui des cadences infernales qu’imposent ces machines mais il m’évoquait celui d’un battement de cœur ou d’un projecteur de cinéma analogique. Nous avons donc abordé la bande son en travaillant sur les correspondances qui peuvent se faire entre des sons réalistes et l’imaginaire qu’ils peuvent susciter. Nous avons ainsi tenté de créer une sorte de chant de machines qui invite le spectateur à entrer dans un état de méditation (Pierre Schlesser)

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 05:07

de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2022)

avec Vincent Macaigne, Jonathan Cohen, India Hair, Jenny Beth, Doully Laetitia Dosch, François Damiens, Yolande Moreau, Anna Mouglalis, Thomas VDB, Anne Benoît

 

Tourné fin 2021 en Occitanie,  le film est monté rapidement pour  être diffusé juste avant l'élection présidentielle 

A la veille d’un vote pour entériner la construction d’un parc de loisirs à la place d’une forêt primaire, un maire de droite décomplexée essaye de corrompre son confrère écologiste. Mais ils se font piéger par un groupe de jeunes activistes féministes qui réussit à les coller ensemble. Une folle nuit commence alors pour les deux hommes, unis contre leur gré

En même temps

 

Des vitraux aux couleurs vives envahissent l’écran alors que retentit l’hymne de Nina Hagen Naturträne et que défile le générique ; puis on devine des « morceaux » de fleur, des oiseaux et des feuilles…Ce préambule est-il annonciateur d’une utopie colorée, celle du « vivre ensemble » ? ou du moins  d’un projet, d’un cadre où s’exercerait la « communion » entre les êtres et la nature ?

Et voici son argument narratif loufoque : deux rivaux politiques « condamnés » à « marcher ensemble » tel un quadrupède car ils sont littéralement « collés » l’un à l’autre (pour ne pas dire « l’un dans l’autre »). Ainsi sera illustré -premier degré-  le slogan de campagne « en même temps » si cher à Macron ; une « conjugaison » au sens propre, à cause de ces « colle girls » (trois activistes féministes , "fuck le patriarcat")  et de leur glu…punitive drôlement efficace.

Nous allons suivre pendant une nuit, le tandem Didier Bequet (Jonathan Cohen) ou la droite décomplexée et Pascal Molitor (Vincent Macaigne) l’écolo mollasson plutôt bobo. Qu’ils soient en costume ou en « tenue de camouflage », au volant d’une voiturette électrique ou sur une trottinette (électrique elle aussi). Pour "sauver leur peau" (sens propre)  les deux comparses n’auront de cesse de chercher à se "décoller"  Et les consultations -traitées en longs plans séquences-, auprès d’une sophro, d’un véto, d’un tenancier de bar américain se donnent à voir, à lire comme autant de « vignettes » comiques  et  assassines, car le duo Kervern/Delépine épingle les travers d’une société déboussolée par des politiques incapables et en même temps tire à  boulets rouges sur TOUT (et ce malgré une fin paternaliste ….douteuse…ou politiquement correcte ???)

Un road movie (genre que le duo de cinéastes affectionne  depuis Aaltra) ponctué de formules savoureuses ou potaches

Un film qui malgré des excès, des situations lourdingues, (mais n’est-ce pas le propre de la caricature ?) et son enlisement parfois, plaide pour l’écologie et le féminisme !

Un film militant ??? à vous de juger

En cette année d’élection présidentielle en France, il nous paraissait utile de faire le point sur le pouvoir politique, en particulier local. En ce qui me concerne, mon père ayant été maire d’un bourg en Picardie pendant près de quarante ans, et suivant de près la vie de mon village en Charente, je trouvais intéressant de faire un portrait humain de ceux qui nous gouvernent. Avec leurs bonnes et mauvaises volontés. Leurs limites. Leurs angoisses aussi » (Benoît Delépine) 

Colette Lallement-Duchoze

 

petit florilège

communiste? je le fus la preuve j'ai vendu des chaussettes Che Guevara à la fête de l'huma

ai viré  à  l'extrême droite? c'est là qu'il y a le plus de blondes au mètre carré

c'est ça le grand remplacement : elles (les femmes) vont nous prendre tous nos boulots; avant elles passaient toutes à la casserole

le Ramadan c'est comme la fashion week on a l'impression que c'est tout le temps

je ne suis pas rigolo, le réchauffement climatique c'est pas rigolo

 

vous risquez la double déchirure

 

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