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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 07:22

De Hong Sang-soo (Corée du Sud)

avec Kim Min-Hee, Hae-hyo Kwon, Kim Saebuk

 

Présenté en compétition au festival de Cannes 2017

 

Le Jour d'après

Comment une situation apparemment vaudevillesque  -quatre personnages, triangulation amoureuse- devient oeuvre d'art , c'est tout le charme de ce film -ce qui, faut-il le rappeler ad libitum, prouverait une fois de plus qu'une oeuvre ne saurait se réduire à son histoire...

 

On sait la prédilection du cinéaste pour  "les intermittences du coeur" ; on connaît sa façon de filmer:  un dispositif resserré, peu d'acteurs, caméra souvent fixe, décors banals, importance accordée aux  repas et à la prise d'alcool

 

Ici le noir et blanc, l’éclatement de la temporalité (même si par deux fois un gros plan sur l’horloge inscrit le récit dans une chronologie précise : une journée) ainsi que l’enchevêtrement ou la superposition de "récits" et situations illustrent l’ambiguïté du personnage principal Bongwan, directeur d’une maison d’édition, mais aussi sa lâcheté (ce que clame haut et fort une protagoniste).

Seule Areum -elle vient d’être embauchée – sera réellement affligée par la duplicité de ses semblables et dans la dernière scène (sorte d’épilogue) non seulement elle se rappelle à la mémoire de son ex patron (ici la variation -on entend quasiment les mêmes propos que le jour de l'embauche- est ironique…) mais elle le questionne sur ses choix dans le champ du possible et de l’infidélité !

Parfois le "blanc" surexposé (la cuisine dans la maison  de Bongwan, l’intérieur de sa librairie, la bouche de métro, la chaussée enneigée) semble obéir à une logique, celle de scruter le(s) personnage(s) de façon crue – alors que quasi simultanément se profilent ou s’estompent des silhouettes fantomatiques, qu’elles soient ressuscitées par le souvenir ou tout simplement fantasmées….

 

Bongwan quitte son domicile  très tôt un matin pour se rendre au travail, après un interrogatoire en bonne et due forme de l’épouse qui le soupçonne d’avoir une liaison adultère (c'est la scène d'ouverture): le voici qui marche dans la rue ; le plan suivant autre lieu, autre femme, autre temps. Il en ira de même dans la librairie, au restaurant… Ce montage qui au départ peut désorienter le spectateur est aussi une invite à nous interroger sur le "réel" - sommes-nous dans le passé (celui de Bongwan et de son amante, son ex employée) le conditionnel (celui d’Areum) alors que le présent (celui de l’épouse) est dénaturé par un quiproquo...

 

Le couple est face à face attablé au restaurant, nous le voyons de profil, sur le mur le portrait de Bach qui regarde en légère plongée, la caméra va d’un personnage à l’autre, d’un visage à l’autre en léger travelling latéral, avec parfois un zoom, alors que la discussion porte sur Dieu, l’écriture, pourquoi vous vivez ? demande avec candeur et sérieux Areum à son patron … La réponse ? "le jour d’après"...

Soseki s'est invité "Quand la difficulté de vivre s’intensifie, l’envie vous prend d’aller ailleurs. Une fois que vous avez compris que la peine est partout la même, alors la poésie peut naître"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 08:37

D'Andrew Steggall 

Avec Juliet Stevenson, Alex Lawther, Phénix Brossard

 

Prix de la Jeunesse au Festival du Film Romantique à Cabourg et Mention Spéciale du Jury à l’International Queer Film Festival à Hambourg en 2016

 

Béatrice et son fils Elliot passent une semaine dans une maison de vacances, dans un coin isolé du sud de la France. Elliot fait la connaissance de Clément, un adolescent mystérieux qui pousse peu à peu la mère et son fils  à affronter leurs désirs.....

Departure

Foi dans l’écriture ? Volonté de tout saisir dans l'instantanéité ? Prise de conscience de l’absurde? Délivrance ? Parcours initiatique ? Elliot secrètement amoureux de Clément découvre avec délectation et douleur les vertiges de la sexualité (où se mêlent onirisme fantasme et onanisme)

Quand il accomplira le même geste que Clément -plonger nu dans les profondeurs de l’élément liquide- ce ne sera pas par défi mais pour accéder à la pleine lumière ...( les phares de la voiture dans l'opacité noire de la forêt en étaient le prélude métaphorique)

 

Departure -premier long métrage d'Andrew Steggall- expose avec pudeur et sobriété des fragments du désir amoureux. Tandis que l’on trie, empaquette, que l’on semble se délester d’une partie de son passé -la maison de vacances en était l’habitacle, on la vend et on va la quitter définitivement- les personnages de la mère et du fils se complexifient ; Clément jeune parisien de passage servant de "catalyseur"

 

Certes les trois acteurs jouent leur partition avec conviction et habileté, certes les rendus des paysages (forêt, plan d'eau) et ceux des ambiances (intérieurs clair-obscur ; visage hébété se détachant sur fond aux couleurs froides par exemple) sont "impeccables"; et le  bilinguisme ajoute à l'ambivalence. Et pourtant ! …..

 

Est-ce le recours à un dispositif métaphorique plus qu’éculé dont le cinéaste use et abuse (eau, forêt nuit, sans oublier la récurrence même fantasmée de l’animal blessé)?. Est-ce l’insistance sur ces images très "lisses" ? cette esthétique "léchée" (à l’instar d’ailleurs de ce faux drame sur les intermittences du cœur) ? Ce parallélisme "facile" entre un amour naissant (Elliot) et un amour mourant ( la mère )?

Tout cela fait qu’on reste extérieur à ce "vague des passions" (très romantique d’ailleurs) tant il souffre d’un manque : celui d'une force explosive et ténébreuse !

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 08:05

De Raùl Arévalo (Espagne) 

Avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz, M. Solo

 

Prix du jury et prix de la critique au festival international du film policier de  Beaune

 

Un homme attend huit ans pour se venger d'un crime que tout le monde a oublié...

La colère d'un homme patient

Un prologue saisissant tant par le rythme que par la musique. En un long plan séquence on voit un homme qui attend à l’intérieur d’une voiture son complice ; le braquage s’est mal terminé ; course poursuite….Qui est ce chauffeur que la police vient d’arrêter ???? on l’apprendra au cours de la narration que le réalisateur a dans un premier temps découpée en "scènes" -annoncées par des encarts.

 

José, un homme apparemment discret et peu loquace - se méfier des faux semblants...-  est le personnage principal ; il se lie d’amitié avec Juan, avec  Ana sa sœur, et son compagnon Curro qui sort de prison (le chauffeur du prologue?). Les éléments du puzzle se mettent en place et le spectateur comprendra que José -il analyse aussi des vidéos enregistrées par des caméras de surveillance - élabore patiemment une vengeance. Huit ans après les faits ! c’est "la colère d’un homme patient"!

On a presque tous les ingrédients d’un genre : murs délabrés, rues poussiéreuses gueules tordues (presque à la Bacon) de certains malfaiteurs -voilà pour le décor ; flingue vengeur et vêtements ou planchers maculés de sang- voilà pour l’ambiance. José séduit  Ana pour approcher Curro et s’en servir -comme d’un "otage"- ; visage renfrogné comme masque de la douleur ; attente "patiente" d’une vengeance comme "prison"  intérieure ; voilà pour la dynamique interne.

 

Certes la mise en scène est habile ; certes des ellipses et le jeu d’allers et retours ajoutent du "piment "; certes le parcours de José  suit une trajectoire bien tracée -et très souvent le réalisateur nous le montre de dos avec Curro en train de  marcher ou courir vers un but inexorable...ce que renforce leur périple à travers l’Espagne- ; et pourtant  dès que la vengeance se "concrétise" , quelque chose vient enrayer le processus de justice immanente dans sa mécanique : serait-ce plus l’oubli d’un crime, que la mort d'un être cher  que José veut faire payer ? est-ce l’insistance inutile sur certains détails? Est-ce l’absence délibérée de "contexte social" ? ou que sais-je encore?

 

On partagera peut-être les doutes de ce "justicier" (quand il hésite par exemple à exécuter froidement un ex braqueur, repenti et bientôt père) mais on restera à côté ou à distance….de ce thriller (où même le final qui se voudrait un "twist" n’en est pas un...un "rebondissement" l'avait préparé...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

NB le réalisateur Raùl Arévalo a joué dans le polar "La Isla minima" de Rodriguez et Luis Callejo (Curro)   dans "l'homme aux mille visages" du même réalisateur 

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 08:08

De Nana Ekvtimishvili, Simon Groß (Géorgie)

Avec  Ia Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava

 

 

 

"Tbilissi, Géorgie. Manana, la cinquantaine, mène une existence a priori tranquille entre le lycée où elle enseigne depuis des années et l'appartement où elle habite avec son époux, ses enfants et ses parents."

Une famille heureuse

Le film s’ouvre sur la visite d’un appartement. Ce jour-là l’ascenseur est en panne (4 étages) la lumière est défaillante et tandis que la concierge vante les qualités de ce logement, en égrenant -sans conviction d’ailleurs- sa litanie de clichés, la caméra en une sorte de contrepoint livre des images qui la contredisent….Une femme  écoute, regarde, muette. Raccord .(juste après la question "avez-vous une famille"). La même Manana dans un autre appartement celui qu’elle partage avec ses parents son mari ses deux enfants et son gendre. La "matriarche" est plus qu'acariâtre, le mari pochetron semble "ailleurs", le père très âgé impotent figé telle une potiche, les enfants immatures et grognons. Tout est dit ou presque dans ces deux scènes. Le déraillement, la difficile cohabitation. La décision irréversible de Manana. Le titre est bien antiphrastique!!

 

Manana a quitté le "domicile conjugal et familial"  le jour de son anniversaire ; seule désormais dans un deux-pièces, elle peut s’adonner à la musique, elle prend enfin le temps de se "poser" (Deux scènes en écho sont à cet égard révélatrices: chez les siens elle se fait admonester par sa mère quand elle veut manger une part de gâteau ; seule, elle déguste,avec délectation, sa part d'un même gâteau..).

Libération émancipatrice, non violente, d’une femme de 52 ans qui a décidé de "ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier" tel est bien le sujet de "Une famille heureuse". Manana  restera la mère consolatrice, elle assistera aux fiançailles de son fils. Elle s’insurgera en revanche contre le rôle protecteur de son frère ou s’opposera aux faux arguments du mari qui la supplie de revenir

La fête -anniversaire de Manana, rencontre d’anciens camarades de fac, fiançailles du fils- donne certes l’occasion de chanter (dont tu étais ma rose tu es devenu mon chagrin/ ) mais aussi de scander le parcours de l’héroïne dans la revendication de soi …avec pour  toile de fond une critique de la société géorgienne (cf Ekia et Natia chronique d'une jeunesse géorgienne) 

 

Mais c’est surtout par la juxtaposition de "petits riens",  par l’opposition entre la façon de filmer à peine mouvante quand Manana est seule, plus saccadée quand elle rend visite aux siens, que s'élabore le portrait  de cette femme, interprétée avec élégance et justesse par Ia Shugliashvili

 

Un film à ne pas manquer!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 08:33

d'Hany Abu-Assad (Palestine) 2015

 

avec Tawfeek Barhom, Kais Attalah, Hiba Attalah

Le chanteur de Gaza

Le chanteur c’est Mohammed Assaf :  réfugié palestinien qui a grandi dans la bande de Gaza, il a,  grâce à son obstination, à sa ténacité  remporté la victoire   au  concours Arab Idol (le Caire) en 2013. Sa  voix continue à retentir dans les pays arabes. Son visage apparaîtra vers la fin du film.

Le réalisateur Hany Abu-Assad (connu des cinéphiles pour Paradise now et Omar) suit son parcours depuis l’enfance dans un camp de réfugiés à Gaza; -c'est la première partie, Mohammed a 11 ans- jusqu’à l’épreuve ultime du concours (il a 23 ans). Une histoire vraie ? Oui. Mais avec quelques libertés.... - ce que dit explicitement un encart dès le générique.

 

Le rythme souvent trépidant qui anime le film est donné dès la séquence d’ouverture : une bande de gamins à l’agilité de gazelle – Omar, Amad, Mohammad, celui qui chante, et sa sœur Nour- saute de toit en toit dans une incroyable "course-poursuite". Un rythme qui prévaudra dans la seconde partie quand Mohammed devra franchir tous les obstacles pour quitter Gaza puis à s'imposer jusqu’à la victoire finale. Un rythme qui illustre comme par métaphore celui de la vie en général dans la bande de Gaza : l’embargo, le blocus israélien et égyptien, et le pilonnage régulier par l’armée israélienne contraignent les habitants à user de subterfuges. Quelques travellings sur des maisons éventrées et des gravats, ou sur les barbelés, suffisent à évoquer…cette " prison à ciel ouvert"...

 

Dans ce " biopic" où alternent des moments de bonheur intense (la foule en liesse dans les rues de Gaza à l'annonce de la victoire, par exemple) et des scènes de grande douleur (la mort de Nour) , se dessinent ainsi en creux un autre visage celui de Gaza …et partant,  un bel hommage à un peuple meurtri

le chanteur de Gaza ou l’odyssée émouvante et chaleureuse de Mohammed Assaf ; le chanteur de Gaza ou l’épopée d’un peuple audacieux, traitée sans misérabilisme ni pathos

 

Certains spectateurs pourront toujours dénoncer une forme de naïveté. Une voix fédératrice, une voix annonciatrice de paix dans le contexte d’une guerre permanente ; cela ne relève-t-il pas de l’utopie ? Mais là n’était pas le propos du réalisateur, écoutons-le Je veux vraiment que les Palestiniens soient fiers d'eux-mêmes. Ce n'est pas comme si le film allait changer leur situation, mais il peut les aider à changer et à croire davantage en eux-mêmes

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 10:17

Documentaire réalisé par Bénédicte Pagnot 

 

 

D’Ispahan à Sidi Bouzid, en passant par Jérusalem, Cordoue, Dubaï… le film invite à un voyage en Islam. Islam avec un I majuscule, comme celui qu’Abdelwahab Meddeb a eu à cœur de faire connaître. La réalisatrice prolonge la voie tracée par le poète et intellectuel franco-tunisien aujourd’hui disparu pour qui "une des façons de lutter contre l’intégrisme est de reconnaître à l’Islam sa complexité et ses apports à l’universalité". Une navigation entre passé et présent, histoire et politique, musique et poésie.

Islam pour mémoire

Un documentaire ambitieux et qui -paradoxalement- trouve ses limites dans la simultanéité de ses différentes approches. Car il s’agit bien tout à la fois d’un hommage au penseur et poète Abdelwahab Meddeb; d’un voyage initiatique -celui de la narratrice/réalisatrice depuis ses interrogations liminaires – avec cette vue sur les toits de Rennes- jusqu’à l’élaboration d’autres questionnements à la mort du  maître, et d’une sorte de géographie de territoires musulmans ou multi confessionnels saisis à la fois dans leur spécificité et leur universalité, essentiellement culturelle (on célèbre en Iran, avec cet élan oblatif et quasi orgiaque le poète Hafez ; en écho mais pudique et muette voici la main d’Abdelwahab Meddeb posée sur la tombe du poète palestinien Mahmoud Darwich à Ramallah)

 

Un maître et son élève; l’anaphore "je vous écoute"  équivaut très souvent à je vous suis ; tout comme la caméra suit le penseur/poète dans certains de ses déplacements... Une démarche similaire? : interroger, collecter et tisser (le mot textus étant est à prendre dans sa double acception ).

 

Habitée par la pensée du poète, Bénédicte Pagnot, athée, va sur les traces d’un Islam aux antipodes de l’islamisme. Soit. Mais c’est au spectateur d’établir d’éventuelles passerelles et/ou de contextualiser. Car le documentaire -riche et bienveillant au demeurant- est du point de vue formel un peu brouillon (il s’agissait peut-être de mettre en images un patchwork couvrant horizons et époques différents, afin de faire jaillir une sorte d’entièreté ?) et le contenu explicatif (privilégier l’aspect civilisationnel) est entaché dans sa démonstration par une profusion de textes (auxquels s'ajoute la voix off de la narratrice)

 

Un documentaire traversé presque de bout en bout par une musique des chants des récitatifs au rythme typique de la mélopée

 

On retiendra la scène de liesse populaire suite à une victoire sportive, à Sidi Bouzid -là où s’était immolé le jeune Bouazizi en 2010 ; acte fondateur de la révolution tunisienne-, et surtout cette séquence où des adeptes d’une confrérie soufie gesticulent dans la frénésie

 

Colette Lallement-Duchoze

Islam pour mémoire
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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 09:40

D'Alessandro Comodin (Italie)

 

Avec Sabrina Seyvecou, Luca Bernardi, E. Sizonovas

 

Présenté au festival de Cannes 2016 (Semaine de la critique)

 

.Tommaso et Arturo sont parvenus à s'enfuir et se réfugient dans la forêt. Des années plus tard, cette forêt est infestée de loups. De nos jours, Ariane y découvre un trou étrange.....

Bientôt les jours heureux

Mon plus grand malheur c’est de ne venir de nulle part avouera in fine à travers les barreaux du parloir d’une prison le jeune homme (Arturo ? )

Désorienté le spectateur l’est lui aussi de bout en bout. Certes il conviendrait pour apprécier pleinement ce film de se "laisser porter" et à l’instar des deux fugitifs qui se délestent de leurs manteaux- de ne pas s’encombrer de questionnements… Ils sont pourtant légitimes : qui sont ces deux évadés ? La jeune femme Ariane qui pénètre dans les antres de la terre est-elle la jeune fille de la légende que racontent les habitants ? Et Dino son père, celui du conte ? Les loups que l’on traque ? L’homme/loup dont s’éprend la jeune fille du conte ? Les morts ? Etc…Se poser des questions oui mais les laisser en suspens, en acceptant de traverser une sorte d’espace-temps; telle serait la condition sine qua non

C’est qu'ici l’étrange naît précisément du recours à l’ellipse, du passage assez brutal d’une histoire à une autre, d’une histoire racontée sous forme de conte à son illustration qui en captera l’essentiel (même si par moments la descente dans les entrailles de la terre à la recherche de forces telluriques ou l’interpénétration du corps dénudé couvert de boue et de l’élément liquide sont un peu appuyés..Un geste suspendu est un moment de grâce, l’éterniser le contrarie dans son évanescence même)

 

La forêt est le lieu privilégié de tous les fantasmes (son foisonnement végétal, sa luxuriance ou son aridité passagère, son bruissement qui peut se métamorphoser en mugissement, ses arcanes, son parcours labyrinthique, ses antres ses grottes ses plans d'eau, autant d’éléments constitutifs d’une réalité qui porte en elle-même  son contraire ; telle anfractuosité et c’est Eros et Thanatos ; telle grotte et c’est l’obscur de l’inconscient en lutte avec le conscient ou le passage de la lumière aux ténèbres de l’enfer ; tout comme le scintillement et  la diffraction de la lumière ne peuvent se concevoir sans l’exaltation de l’ombre ou l’inverse. Ce que vivent ont vécu et continueront à vivre Tommaso, Arturo et Ariane…..Trois personnages d’une légende qui perdure par-delà les siècles

Des travellings audacieux quand la caméra suit au tout début les fugitifs dans leur course, des plans fixes sur ces visages qui vont raconter les légendes de leur contrée (le Piémont), une alternance d’ombres et de lumière plus ou moins crue (celle-ci prédominera dans la dernière séquence : inversion ironique puisque nous sommes à l’intérieur d’une prison…) des plans larges sur les corps pénétrant dans l’élément liquide ; le jeune réalisateur italien qui est aussi cadreur manie avec dextérité sa caméra certes; mais cela ne convainc pas forcément....l'ennui peut même gagner certains spectateurs (dont je fus...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 07:21

Premier long métrage du cinéaste turc Mehmet Can Mertoglu 

 

Avec Sebnem Bozoklu, Müfit Jacayan, Murat Kliiç

 

Présenté à la Semaine de la critique (festival Cannes 2016)

 

Album de famille

Au départ une supercherie : un couple infertile "invente" une grossesse – ventre faussement arrondi couple heureux, visage souriant, - puis procède à l'adoption - bébé dans les bras du " géniteur",  de la "parturiente", du chirurgien obstétricien etc. Ces clichés ces instantanés voire ces selfies ce sera l’album de famille !

Le réalisateur a choisi une forme laconique et le style pince-sans-rire : peu de dialogues, caméra fixe souvent, personnages en frontal figés dans leurs mensonges, ou plans larges pour dénoncer à la fois le fameux mythe de la virilité liée à la procréation, le racisme des personnages principaux (classe moyenne) et cette tendance condamnable à falsifier l’histoire en la réécrivant (apanage des dictatures et des prétendues démocraties…dont celle d'Erdogan...)

Le ton était donné dès le prologue qui tient d’un documentaire animalier sur les différentes étapes de l’insémination artificielle d’une vache ; soit trois scènes dans un univers froid -depuis la récupération du sperme du taureau jusqu’à la naissance du veau en passant par les manips en laboratoire. L’analogie s’impose dans son implacable évidence : l’homme est un animal ; le mâle a vocation de procréer ; l’être humain obéit en s’y soumettant à tous les carcans qui jugulent sa liberté ou dictent sa pensée.

Des saynètes vont se dérouler comme autant de  tableaux illustrant cette quotidienneté. Si celle-ci est souvent étrange (décalage entre les propos entendus et les images qui les démentent) parfois surréaliste (dinde qui s’ébat dans le bureau du directeur de l’orphelinat) elle frappe surtout par l’antipathie que suscitent les deux personnages principaux Bahar et Cüneyt (racisme primaire, goinfrerie animale, soumission à tous les diktats). La séquence finale près de la cascade serait-elle signe d’ouverture ? ou condamnation sans appel? 

On pourra toujours affirmer que le cinéaste turc  est dans la lignée de Kaurismaki ou de Corneliu Porumboiu. Cette  comparaison vaut pour la forme elliptique et distancée ; mais l‘humour si particulier de "l’album de famille"  ne se catégorise pas ! Une chose est sûre : Il met souvent mal à l’aise.

La charge contre le régime turc en sera-t-elle plus efficace?? 

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 08:39

D'Hirokazu Kore-eda (Japon)

Avec Kirin Kiki, Hiroshi Abe, Yoko Maki, Yoshizawa Taiyo

 

Argument: "Malgré un début de carrière d’écrivain prometteur, Ryota accumule les désillusions. Divorcé de Kyoko, il gaspille le peu d’argent que lui rapporte son travail de détective privé en jouant aux courses, jusqu’à ne plus pouvoir payer la pension alimentaire de son fils de 11 ans, Shingo. A présent, Ryota tente de regagner la confiance des siens et de se faire une place dans la vie de son fils. Cela semble bien mal parti jusqu’au jour où un typhon contraint toute la famille à passer une nuit ensemble  "

Après la tempête

Le titre -et ce sera presque un truisme- est à prendre dans ses sens propre et figuré ; car la  "tempête"  est cette perturbation qui affecte autant la famille qu’elle s’incarne en ce typhon annoncé ; le toboggan dans lequel vont se lover père et fils est-il annonciateur de cet "après" qui restera hors champ ??

 

Le cinéaste (cf still walking) aime peindre affects troubles drames et deuils familiaux et dans ce film chaque personnage en incarne une facette, suite à deux "traumas": la mort du père et le divorce du fils. D’abord la mère (Kirin Kiki). Veuve, elle semble "soulagée"  quand au début, elle trie avec sa fille les "affaires" ; son époux accro au jeu n’a-t-il pas dilapidé l’argent dont elle aurait eu besoin pour, entre autres, quitter cet appartement HLM (un des éléments principaux du décor qui va enserrer les personnages au moment du passage du typhon). Le fils Ryota (Hiroshi Abe) semble avoir hérité du penchant paternel; écrivain en panne d’inspiration il vit d’emprunts s’adonne aux paris et accepte d’être détective -ironie du sort : traquant les incartades d’époux infidèles -matière supposée de ses livres à venir-  il en profite pour épier son épouse et son fils ; accro au "jeu" délétère, couvert de dettes, il ne peut payer  la pension alimentaire de son fils et risque ainsi de le "perdre". Or à un moment sa mère le compare au mandarinier "il n’a ni fleurs ni fruits mais ses feuilles nourrissent ces chenilles prometteuses de papillons.. (suggestion de l’"après"?). L’enfant Shingo étonnamment "mûr" pour ses 11 ans sait -par une inversion des "rôles"- poser les questions qui fâchent et profère le fameux " deviens qui tu es " nietzschéen -précepte enseigné par son père!

 

Le cinéaste aime mêler ou alterner tendresse et cocasserie ; délicatesse et dérision, scènes d’intérieur et plongée dans l’univers des courses ou du tissu urbain frénétique. Mais surtout en sondant les  "blessures" intérieures, il sait déceler ce détail apparemment anodin qui va définir un personnage (l’exemple de la mère/grand-mère est à cet égard révélateur)

Si la tempête (typhon) -qui aura rassemblé le temps d’une nuit, des morceaux jusque-là désunis est au cœur du dispositif narratif, c’est bien l’enfant -et partant le thème de la filiation- qui imprime au film sa connotation symbolique

 

Nb le film a été présenté au festival de Cannes 2016 dans la section "un certain regard" et non en "compétition officielle" ; Thierry Frémaux en a décidé ainsi "beau film certes mais mineur". Or  les films du réalisateur japonais ne sont-ils pas "de grands films joués en mode mineur "???

à vous de juger !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Très déçue par ce film .... pas d'action très très lent ... je me suis presque endormie !

Seule la dernière partie avec l'annonce du tiphôn est intéressante !!

Je ne conseille pas du tout ce film

Tia 4/05/17

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 06:51

 

Film écrit et réalisé par Rayhana

Co-production France / Grèce / Algérie (le film a été tourné dans un hammam à Thessalonique)

Avec Hiam Abbas (Fatima) Fadila Belkebla (Samia) Lina Soualem (Meriem) Bayouna (Aïcha) 

Dans un hammam neuf femmes algériennes de conditions et d'âges différents se livrent, à l'abri du regard des hommes, à une conversation libre  qui touche à l'intimité des corps et à tous les tabous de leur société, sur fond de bombes et de menaces intégristes

A mon âge,  je me cache encore pour fumer

Alger 1995. Vue aérienne sur le port la mer le ciel puis sur les toits et  paraboles. D'une  terrasse on entend la voix off de Samia qui dit l’attente l’espoir (elle a 29 ans et demi) la façon de contourner l’interdit en lavant puis étendant le linge . Mais une vue en plongée sur une fenêtre, et … dans le reflet d’un miroir, c'est la violence d’un rapport sexuel...(dont Fatima est la victime)

Après ce prologue -très suggestif- le spectateur va être enfermé dans le lieu clos d’un hammam que dirige la même Fatima (Hiam Abbas) -elle y trouve refuge, se lave de l’affront subi; nue et recroquevillée, elle fume avec délectation (cf l’affiche) (en Algérie fumer c’est pour les catins). Aidée de sa masseuse Samia elle est prête à  accueillir  les "femmes" 

Le choix d’un tel lieu n’est pas innocent ; de l’aveu même de la réalisatrice "c’est un des rares endroits où la femme peut aller sans réprimande. Sauf pour les islamistes qui avaient décidé que le hammam était illicite car lieu de la nudité -laquelle est réservée à l’époux !

 

Les corps se dénudent, l’eau ruisselle, les langues se délient. On fume, on chante, on danse, on crie, on rit. Chacune de ces femmes d’âge de corpulence et de milieu différents a son vécu, un vécu souvent douloureux. On retiendra le récit de cette femme âgée qui à 11 ans, a subi sa défloraison (mariage arrangé avec un homme de 30 ans) ; l’histoire de Meriem enceinte de père inconnu menacée de mort par son frère - Fatima dans un premier temps la "cache" mais l’accouchement va fédérer toutes les femmes dans une forme d’unité salvatrice où la Vie et la Dignité s’opposent aux ravages dévastateurs des islamistes. Quand les "barbus" tentent de faire irruption, Aïcha (Bayouna) sait déverser son venin sur cette meute d'enragés

 

Des corps et des cœurs mis à nu dans une atmosphère embuée de vapeurs, aux couleurs pastels ; tout cela au service d’une charge contre le traditionalisme, la dictature phallocrate et islamiste -dont le bruit des bombes  rappelle la présence prégnante! Telle est bien  la "mise en images" de "à mon âge,  je me cache encore pour fumer"

Mais l’adaptation cinématographique d'un texte destiné au théâtre est loin d'être "convaincante". Hormis prologue et épilogue qui se répondent en écho,  le film accuse  trop souvent les marques  de la  théâtralité.. Voyez ces  mouvements des corps qui se rassemblent ou se dispersent:  ne rappellent-ils pas les entrées et sorties des personnages sur scène ? entendez ces  voix,  n'ont-elles pas les modulations  de  récitantes ?

Un beau chœur à l’antique avec coryphée  oui ;  un objet cinématographique non 

 

Colette Lallement-Duchoze

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