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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 08:30

De Maysaloun Hamoud (Palestine, Israël)

Avec Mouna Hawa, Sana Jammelieh, Shaden Kanboura

Je danserai si je veux

Le titre à valeur programmatique -soit l'expression d'une farouche volonté d'émancipation- trois jeunes femmes vont l'illustrer; trois Arabes israéliennes; trois incarnations de la société civile et religieuse; une avocate athée qui ne cesse de cloper, Layla; une DJ, qui travaille dans un restaurant et affiche son homosexualité, Selma issue d'une famille chrétienne, et une étudiante en informatique, Nour, une musulmane portant le voile et dont l'avenir est déjà tracé car elle est fiancée au pire macho religieux.

Mais le titre originel était plus adapté : littéralement "entre terre et mer" en arabe traduit par  "ni  ici ni là-bas" en hébreu. D'emblée en effet l'appartement que les trois jeunes femmes partagent à Tel-Aviv est chargé de symboles: microcosme de la société arabe israélienne, il est un refuge contre l'extérieur -entendons la famille et le poids des traditions d'une part, et la ville où le statut mixte est difficilement accepté, d'autre part. C'est aussi le lieu privilégié d'une liberté à conquérir; elle s'élabore dans cet entre-deux, celui de la sororité, avant de jaillir à l'extérieur -et ce sera précisément la dynamique du film

La réalisatrice procède par montage parallèle et alterné; cela permet au spectateur de suivre le parcours de chacune; on pourra reprocher le systématisme d'une telle approche. Mais elle est largement compensée par une forme accumulative de "situations" , par une  maîtrise des cadrages, par l'alternance de scènes nocturnes frénétiques  et de blessures à suturer,  et par le choix d'une musique vivifiante

 

Comme il est dit dans le générique de fin, le film a été produit par Shlomi Elkabetz, le frère de Ronit cette actrice israélienne décédée en 2016 (ce film lui est d'ailleurs dédié) 

Ecoutons la réalisatrice " Comme eux je mets en lumière le patriarcat qui règne au sein de la société israélienne dans son ensemble. Comme eux je mets les outsiders devant la scène, je donne la voix à ceux qui en sont privés. J'ai simplement continué à marcher dans la voie que Shlomi et Ronit ont commencé à tracer"

NB tant pis pour les spectateurs qui ont quitté la salle avant le générique de fin; ils n'auront pas pris la peine de lire remerciements, témoignage et dédicace... pourtant si éclairants...

 

Colette Lallement-Duchoze

Je danserai si je veux
Je suis partagé par ce film. Est-ce vraiment un film féministe ?
Oui si l’on se limite à la juste description de la violence machiste en tous genres que subissent les femmes arabes en Israël par les hommes arabes, en premier lieu. Non si on considère que ce film n’apporte aucun élément de réflexion - qui aurait pu être au travers d’un dialogue- à la désaliénation.
Deux des protagonistes boivent, fument, se shootent à qui mieux mieux. La troisième reste dans la tradition de la femme soumise totalement aliénée...
Au final on se demande quelle idée a la réalisatrice de la libération de la femme arabe ? On n’en voit pas dans son film hormis une description primaire de l’asservissement et une réaction infantile pour s’en dégager.
Dommage, c’était bien parti pour en faire un film qui dépasse l’anecdote.
 
Serge Diaz 30/04/17
 

 

La réponse est dans les "images" ; particulièrement deux scènes -celle du viol et celle du bain dans la mer; Nour s'est quasiment dénudée (= s'est débarrassée du corset des traditions) et l'eau a une fonction à la fois lustrale et symbolique

Il ne s'agit pas de "description primaire" ni de "réaction infantile" mais d'une "évocation" ; et la conquête de la liberté (que suggère le titre français) s'est élaborée "collectivement"...(cf les moyens mis en oeuvre pour prendre en flagrant délit le fiancé de Nour; voir aussi  ce plan final  sur les 3 femmes assises sur un muret,  filmées de face)

On est loin de la pure "anecdote"...

Colette 1/05/17

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 07:35

De K. Grozeva et P. Valchanov (Bulgarie) 

Avec Margarita Gosheva, Stefan Denolyubov 

 

Le cantonnier Tsanko, la cinquantaine, trouve des billets de banque sur la voie ferrée qu'il est chargé d'entretenir. Plutôt que de les garder, l'honnête homme préfère les rendre à l'Etat qui en signe de reconnaissance organise une cérémonie en son honneur et lui offre une montre.... qui ne fonctionne pas!

Glory

Cette comédie douce-amère inspirée d'un fait divers dénonce la corruption qui gangrène le pouvoir en Bulgarie -mais aussi toute la société. Dans Godless film sombre voire glauque, c'était une mafia et son trafic de cartes d'identité usurpées à des vieux impotents par une infirmière. Ici c'est le ministère des Transports, le pouvoir maléfique et cynique de ses communicants dirigés par Julia Staikova, qui sont épinglés. Un homme simple -pour ne pas dire simplet- bégayant de surcroît, est confronté -à cause précisément de trop d'honnêteté - à l'impudence éhontée de cette caste politique. David contre Goliath!!

 

Pendant le générique d'ouverture, on entend l'horloge parlante décliner avec l'impeccable précision que l'on sait, heure, minute et seconde. Tsanko peut ainsi régler sa montre -une Glory- et commencer sa journée de cantonnier. Filmé de dos il arpente la voix ferrée, vérifie les boulons et il revisse ceux qui n'ont pas "fait le bon bruit" (gros plan sur sa lourde clé à mollette); sa marche est interrompue par la découverte d'une sacoche éventrée et ses billets de banque...Ellipse. Déclaration à la gendarmerie. Il bègue. Récupération en haut lieu; cérémonie officielle bien médiatisée et réglée au millimètre près; retransmission en direct; etc.. On connaît la mainmise du pouvoir sur les médias et l'intox par l'image... Or Julia avait pris la Glory  ...afin d'offrir sous l'oeil de la caméra une autre montre - preuve  manifeste  d'une honnêteté récompensée.. Les ennuis vont commencer, début d'un calvaire. Tsanko qui amoureusement caressait les oreilles de ses lapins, leur donnait régulièrement à boire, lui qui exerçait son métier avec la minutie du professionnel va être pris malgré lui dans un engrenage et n'aura de cesse de retrouver sa Glory -cadeau familial, incarnation de son exactitude et symbole de sa probité.

 

L'histoire est cruelle, pour ne pas dire "tragique". Les réalisateurs ont opté pour le mode du comique "dit décalé" qui rappelle parfois Tati. On ne rit pas mais on sourit du bégaiement de Tsanko; on se moque légèrement de ses maladresses et le personnage est parfois englué dans des situations que n'aurait pas reniées Keaton!!!

Mais dans cette parabole,  la mécanique -trop souvent- tourne à vide 

Et que d'insistance sur les séances de procréation assistée (Julia)! Que de complaisance quand la bouche bégayante est montrée en très gros plan -même si le bégaiement peut symboliser le musellement de la parole quand il s'agit des "petits". Que d'étirements inutiles de scènes a priori comiques (changement de pantalon et plus tard de chemise); des mélanges douteux ou simplistes - comique farcesque et sa symbolique latente: nudité et dépouillement moral par exemple. 

 

Le film n'en reste pas moins une charge ... fût-elle décevante dans son traitement 

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 07:58

Documentaire réalisé par Stéphane de Freitas et Ladj Ly

 

 

Chaque année à l'Université de Saint-Denis se déroule le concours Eloquentia qui vise à élire "le meilleur orateur du 93". Des étudiants issus de tout cursus décident d'y participer et s'y préparent grâce à des professionnels qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public...

A voix haute, la force de la parole

J’avais l’impression l’année dernière quand je suis arrivée à la fac que toutes mes origines sociales, la catégorie socioprofessionnelle de mes parents, […] ça se dessinait sur mon visage mais surtout sur ma parole" "nique ta mère ça en impose plus que bonjour voici le fond de ma pensée ...bien parler c'est plus une tare qu'autre chose"     Ces confidences liminaires formulées par deux compétiteurs, l’apprentissage de la "rhétorique" va les faire exploser. De même le documentaire de Stéphane de Freitas et Ladj Ly  tord le cou aux clichés sur le 9-3 que véhiculent certains médias, hommes politiques et adeptes fanatiques de philosophies essentialistes...

 

Nous suivons un groupe sélectionné pour le concours d’art oratoire Eloquentia (créé rappelons-le par Stéphane de Freitas lui-même réalisateur de "à voix haute" ). Depuis la séquence de "présentation" -qui allie plusieurs "techniques"- jusqu’à la finale. Un apprentissage à la fois ludique et sérieux que dispensent différents professionnels, tous bienveillants au demeurant (le truculent avocat Bertrand Périer, des professeurs de chant, de slam, de théâtre).

Qui sont ces étudiants ? Comme le documentaire fait alterner scènes de groupe et scènes plus intimes, nous pénétrons dans le quotidien de certains ; surtout celui d’Eddy Moniot, unique enfant d’un couple franco-tunisien parcourant chaque jour 10 kilomètres A-R à pied en pleine campagne  -la caméra le suit de dos sur la route ou à l’intérieur dans sa maison de Corcy où le père adulé, Chuck Norris de la résistance au cancer, lui apprend à caresser les mots découvrir leur richesse latente. Voici aussi Elhadj Touré qui a dû vivre dans la rue tout en faisant  ses études en sociologie ; un témoignage sincère bouleversant dénué de haine ou de vengeance.

Chacun a son histoire ; chacun est confronté à ses inhibitions. Prendre la parole est un exercice périlleux. C'est d’abord un travail sur soi. Respiration, élocution, lâcher prise. C’est aussi apprendre à émouvoir -en faisant appel à la sensibilité- et à persuader, -en faisant appel à la raison. La parole est alors une "arme" (Leïla Alaouf, étudiante en Lettres modernes d’origine syrienne, féministe engagée rêve justement d’avoir une voix qui compte)

 

La parole, une arme! N'est-ce pas un truisme ? Bien évidemment. Mais ici s’opère le charme d’une mini épopée collective qui mixe des parcours très différents. Et la foi des documentaristes dans les potentialités de ces jeunes est si grande généreuse et sincère qu’elle éclate à chaque plan -ah ces rires et sourires, ces gros plans sur des visages devenus icônes, ce rythme parfois frénétique qui scande la bonne volonté de tous

 

Un documentaire tonique, une bouffée d'air pur, un message d’espoir.

Alors  refusons ces critiques -vindicatives ?- telles que " un plaidoyer pro domo"….

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Eddy "je veux être comédien", sa mère "je veux que tu sois heureux" 

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 07:36

De William Oldroyd 

Avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton, N. Ackie 

 

1865, Angleterre. Katherine souffre en silence d'un mariage de raison avec un lord bien plus âgé qu'elle. Lorsqu'elle tombe amoureuse d'un palefrenier travaillant  sur le domaine de son époux la situation devient intenable....Et le domaine s'embrase...

 

 

The Young Lady

Adapté du roman de l’écrivain russe Nikolai Leskov "lady Macbeth du district de Mtensk" (1865) le film de William Oldroyd va transposer l’action de la Russie tsariste -au régime féodal impitoyable- à l’Angleterre victorienne -mais en plaquant sur elle des données typiques du XXI° siècle dont l’antiracisme et le féminisme….pourquoi pas ? Encore que...

Metteur en scène de théâtre, le réalisateur imprime à son film la rigidité des cadrages; sa caméra s’attarde sur des intérieurs, décors qu’il a découpés de façon stricte -sans respiration comme s’il s’agissait d’un travail scolaire respectueux de règles et recommandations ; on pourra toujours  rétorquer que le recours aux plans fixes sur des espaces clos illustreront  la frustration de la jeune femme cloîtrée; mais l’ambiance  censée être "rendue" est purement formelle, tel un ascétisme de façade; rien ne sourd ni étouffement ni frustration

Un autre exemple de facticité décorative : le plan prolongé sur les deux corps nus enlacés (Katherine et le palefrenier Sebastian) ne suggère aucune sensualité ; ils sont "posés" à même le sol inertes pour la photo

Quand la jeune Katherine cheveux au vent arpente la nature et l'immensité de ses plaines  -dégagée provisoirement des contraintes de châtelaine esclave du protocole- une bande son accentue inutilement le mugissement du vent et la chorégraphie impétueuse des herbes folles

Le corset que la servante serre "au-delà du supportable" -et la scène revient plusieurs fois- est censé symboliser à la fois un joug et un système où l’épousée est la "propriété' du mâle ; or son traitement prête  à sourire !!!

Des rebondissements macabres, trop longuement traités (la mort par asphyxie du gamin "naturel" par exemple) desservent le récit au lieu de l’illustrer !!

On pourrait multiplier les exemples pour dénoncer prétention et inanité

 

Cela étant, Florence Pugh interprète du mieux qu’elle peut une jeunesse étouffée mais si malicieuse, une vierge effarouchée que la passion dévorante métamorphosera en criminelle impavide, se libérant ainsi de la domination du mâle ; l’amant lui-même ne fut-il qu'un objet sexuel  ???

 

Colette Lallement-Duchoze

The Young Lady
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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 08:07

De Ivo M. Ferreira

avec Miguel Nunes (Antonio) Magarida Vila-Nova (Maria José) Ricardo Pereira (Major M) Joào Pedro Vaz (le Capitaine)

 

 

En 1971 un jeune médecin portugais est mobilisé dans l'armée pour servir en Angola où fait rage une guerre coloniale  absurde et inutile. Chaque jour il envoie à sa femme des lettres d'amour. Ce jeune homme en train de devenir écrivain, c'est Antonio Labo Antunes. Les lettres sont l'inspiration du film

Lettres de la Guerre

 

Un projet ambitieux: donner vie, en les portant à l'écran, aux  lettres d'amour écrites par Antonio Lobo Antunes à sa jeune femme enceinte restée au Portugal. Nous  sommes en 1971; il a 28 ans; il est enrôlé dans cette "sale" guerre en Angola comme médecin. Rappelons que l'Angola, colonie portugaise, accédera à l'indépendance après 15 années de lutte (1960-1975) jusqu'à l'épuisement de la métropole et la Révolution des Oeillets 

 

Une voix off -celle d'une femme le plus souvent, soit la destinataire des missives- nous fait entendre, languide, ce chant d'amour de désespoir et de Vie, cette attente anxieuse et maudite. La femme est vénérée à la façon d' André Breton (poème "l'union libre") : la femme microcosme du Monde, femme enchanteresse dont il "aime tout jusqu'à la fin du monde"; femme Muse, femme dépositaire de confidences (c'est un drame pour moi de trouver des choses à dire aux gens; je suis peuplé d'un silence de forêt absolument incommunicable)

Alors que nous entendons ce flux mémoriel et sensuel, nous voyons le jeune médecin sur le "front" à un avant-poste. Mais l'image (superbe noir et blanc) n'illustre pas les "mots" (hormis peut-être la scène d'ouverture avec cette magnifique contre-plongée ou ce plan  large sur des passagers attablés et sur l'orchestre; alors que les enrôlés sont à bord du bateau en partance pour l'Angola. Antonio croque, avec une  ironie enjouée, l'orchestre Vera Cruz composé de parfaits titis lisboètes maigrichons, l'oeil coquin...

C'est que le dispositif voulu par le réalisateur  doit créer une "distance" , montrer une "absence" (le choix du off doit rendre palpable l'éloignement -de la femme, du pays- et sa douleur torturante et le choix du  noir et blanc doit  rendre compte de l'absurdité de la guerre telle que la voit ou la vit  Antonio, restituée comme en décalé ). Rappelons que le soldat/médecin est aussi un apprenti-écrivain, et un homme amoureux qui dans un contexte tragique a cherché et trouvé dans les "mots" un viatique exorcisant 

 

Mais alors que Gomes dans Tabou (puisqu'il est de bon ton de comparer les deux approches) avait su mêler fantômes du cinéma -le muet, avec Murnau- colonialisme, surréalisme et chant d'amour avec une rare liberté et une audace dans les enchaînements, Ferreira tout en exploitant une certaine langueur, tout en jouant sur les "surimpressions" -réalité et rêve, caméra subjective- ne décuple pas la magie du noir et blanc et les "faits de guerre" semblent plaqués artificiellement (même l'appel lancé par Marcello Caetano à défendre le Portugal contre ses ennemis); on a droit aux clichés traités tels des instantanés: soldats qui  pètent les plombs, copulent avec des "locales", tuent à bout portant, se saoulent, ou qui sont  pris dans les pièges de mines ou d'éboulements...

 

Lettres de la guerre reste en-deçà des attentes légitimes du spectateur; mais le lecteur/auditeur de "De ce vivre ici sur ce papier" (dont s'inspire le film) sera comblé à l’écoute d'un  cœur mis à nu ....

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 08:18

De Nicolas Silhol 

Avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Violaine Fumeau

 

Argument: "Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une " killeuse". Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ?

Corporate

Corporate est un anglicisme que l’on peut traduire par "esprit de corps ; esprit de maison", ce qu’illustre d’ailleurs le pré-générique : une course de traîneaux sur les pistes enneigées réunit dans la "joie" patron et cadres ; séquence d’apprentissage aussi "il suffit de bien tenir les rênes" constate satisfaite Emilie Tesson-Hansen -la killeuse récemment embauchée ; meute qui aboie impatiente ? Il faut la mater dans le sens du poil. Tout ou presque est dit dans cette séquence inaugurale...

Une multinationale agroalimentaire Esen a formé ses cadres pour se "débarrasser" de ses employés sans les licencier -on ne paiera pas les indemnités- :en les culpabilisant" en les contraignant à démissionner ou accepter une "rupture conventionnelle de contrat de travail" ; ces formes de "management" sont hélas connues de tous ; stratégie régulièrement condamnée par les salariés ; parfois en haut lieu pour la forme...bien hypocrite ; stratégie régulièrement réactivée, pour son efficacité....

 

Le film va raconter la prise de conscience d’une RH suite au suicide d’un employé ...ou comment un cadre bien "intégré" bien "cuirassé",  voit  sa carapace se fendiller et se fissurer. 

Emilie qui cherche à être "impeccable" au point de changer de corsage dans sa voiture et de vaporiser ses aisselles de déodorant, elle qui est toujours impassible et respectueuse des ordres de son chef (Lambert Wilson) veut dans un premier temps "sauver sa peau" quand elle devra assumer "seule"  les effets collatéraux d’un suicide, puis…

 

Mais la démonstration -dont on est censé suivre les doubles étapes : celle d’une conscience qui se libère en s’humanisant et celle de l’enquête menée par l'inspectrice du travail (Violaine Fumeau) , pêche par son absence de souffle et par une façon de filmer bien convenue : huis clos des bureaux parisiens, avec leurs vitres qui cloisonnent malgré leur transparence, champs contrechamps abusifs, zooms intempestifs, recours aux lumières bleues ou jaunes qui surchargent ou plombent l’ambiance, acteurs -hormis Céline Sallette-  trop souvent  réduits au rôle de marionnettes qui débitent leurs propos tels des psittacidés.. (même Lambert Wilson!!) Dommage!

Mais Céline Sallette (elle "crève" ici l’écran, en étant de tous les plans) est une actrice talentueuse (on se souvient de sa prestation dans Apollonide et  dans "Mon âme par toi guérie" )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 20:29

Documentaire réalisé par Jean-Stéphane Bron (Suisse, France)

 

 

Une saison dans les coulisses de l'Opéra de Paris. Passant de la danse à la musique, tour à tour ironique, léger et cruel, l'Opéra met en scène des passions humaines et raconte des tranches de vie, au coeur d'une des plus prestigieuses institutions lyriques du monde...

L'Opéra

Un souffle ! une tornade, parfois ! On passe de l’Opéra Garnier à l’Opéra Bastille, de la danse à l’art lyrique, des réunions avec le directeur aux répétitions, du focus sur le jeune baryton-basse au chef d’orchestre, de la scène aux coulisses. Une sorte de kaléidoscope (bien illustré par le graphisme de l’affiche) ; une ruche en ébullition où chacun participe activement et apparemment avec la volonté de "bien faire" -des danseurs, des jeunes violonistes, des chanteurs, du personnel administratif, à tous ceux qui œuvrent dans l’ombre -costumiers, maquilleurs, coiffeurs, employés de ménage, machinistes, décorateurs, etc.

On retiendra ce plan où une femme, telle une ombre tutélaire, attend derrière le rideau, la diva qui  "s’écroule" et lui apporte de l’eau et des mouchoirs ; ou cet autre à l’Opéra Bastille où les jeunes d’une classe de Zep "les petits violons" descendent l’escalator, vers la scène pour la"représentation" de fin d’année, alors qu’en sens inverse une femme de ménage monte vers les pièces à nettoyer. (ascenseur social -inversé?) ou encore ce plan prolongé sur deux régisseuses qui en retrait, sur leur console chantent -pour elles, donc pour nous- la partition...interprétée sur scène pour le "public"

 

L’Opéra est une Institution. Confrontée à tous les problèmes qui la lient au pouvoir politique et à la culture. Lissner le nouveau directeur -dont le portrait est bien lisse ...- doit gérer une défection de dernière minute, régler le problème de la démission de Benjamin Millepied -cf le film « la relève », annuler des représentations pour cause  de grèves, fédérer après les attentats de novembre 2015, discuter avec le régisseur et autres membres du personnel pour rendre les prix plus " attractifs"

Il est comme le fil d’Ariane. Car l’Opéra est un "monstre" -à l’instar du taureau présent sur scène pour Moïse et Aaron -, un monstre aux organes puissants et multiples, répartis des sous-sols aux combles et dans les entrailles duquel nous pénétrons grâce à ce documentaire, avec frénésie comme happés par sa musique intérieure. Bien sûr nous entendons Wagner (répétition des Maîtres chanteurs de Nuremberg) Schoenberg (répétition de Moïse et Aaron) ou Beethoven (pour les "petits violons"); nous serons subjugués par ces voix à la tessiture extraordinaire (Mikhaïl Timochenko, Olga Peretyatko). Mais il y a cette  respiration humaine (souffle susurrement martèlement des pas etc..) et  surtout nous captons la "voix" du réalisateur qui, par des raccords audacieux et sans se soucier de chronologie, a voulu mettre sur le devant de la scène moins un "spectacle" qu'une mosaïque de relations humaines 

 

Un documentaire à ne pas manquer 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

"le désir qui anime cette tour d'ivoire me semble être précisément ce qui fait cruellement défaut à "l'extérieur", dans nos sociétés qui n'arrivent plus ou très difficilement à s'inventer un avenir commun" (dépliant AFCAE)

 

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 06:46

d'Arnaud des Pallières 

avec Adèle Haenel, Adèle Exarchopolous, Jalil Lespert, Solène Rigot, Vega Cuzytek

Orpheline

Voici le portrait d’une femme à quatre moments de sa vie. Une même orpheline (non pas de père ni de mère mais en quête de... à la recherche d'une innocence perdue?? ) incarnée par quatre actrices différentes (Adèle Haenel, Adèle Exarchopolous, Solène Rigot, Vega Cuzytek)  

 

Nous allons suivre -mais "à reculons"- son parcours.

Construire en  déconstruisant  la sacro-sainte chronologie (éviter le piège du déterminisme?) c’est le procédé adopté pour le traitement narratif; c’est aussi celui qui prélude à l’appréhension du personnage. Renée jeune femme mature et accomplie s’impose d’abord à nous. Très vite elle est "rattrapée" par son passé (un secret ? Complicité de meurtre?). Elle était cette jeune fille vivant une expérience saphique sur fond de courses hippiques. Complètement déboussolée en  adolescente croqueuse d’hommes mais violentée par eux, témoin d’une tragédie en Kiki enfant.

 

Hormis la longue séquence d’ouverture filmée en montage parallèle, chaque épisode de sa vie fera l’objet d’un traitement "particulier" et d’une thématique spécifique (la mort, l’argent le sexe) avec toutefois des récurrences qui rappellent les variations musicales ou les "enjeux" dans la quête de l’orpheline, à la recherche de l'amour : la présence d’un bébé, la relation au " mâle ", le rôle du père qu’il soit "biologique" (violent et alcoolique quand elle est adolescente mais tendre, aimant quand elle est gamine) ou père de substitution. 

Une constante aussi : cette façon de filmer le corps de la femme à la fois sensuelle et torride, dans sa beauté brute et/ou sa rage de vivre. (de très gros plans sur le grain de la peau, les lèvres, la bouche dévorante, les tétons que l’on titille ou lèche avec avidité, et surtout le regard).

 

Quatre actrices formidables (surtout la petite Vega Cuzytek) une façon de filmer exigeante à laquelle Arnaud des Pallières nous a habitués (on se souviendra peut-être du film "Adieu")

Et pourtant ...on reste dans une forme de "cartographie" que la bande-son exacerbe ou peut-être que le film dans son entièreté recomposée n’a fait que susurrer une invitation à devenir "corps réceptacle"..

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 17:49

De Wissam Charif  (Liban, France)

Avec Raed Yassin, Rodrigue Sleiman, George Melki

 

Argument: Après 20 ans de séparation, Samir, ancien milicien présumé mort, réapparaît dans la vie d’Omar, son petit frère devenu garde du corps à Beyrouth. Entre drame et comédie, Samir doit se confronter à un pays qui ne lui appartient plus.

Tombé du ciel

Deux scènes encadrent le film en se faisant écho. Dans la première un homme au bord de l’épuisement arpente des collines enneigées (la bande son surligne le crissement de ses pas) il échoue sur un trottoir à Beyrouth ; dans la dernière le même après avoir sauté d’un parapet est renvoyé par la mer et il échoue sur la plage. Que s’est-il passé entre ces deux moments ? Qui est ce « fantôme » voué à revenir et disparaître ? C’est la dynamique interne du film.

 

Lui c’est Samir. Ex milicien -que l’on croyait mort- il revient comme « tombé du ciel » dans le pays de son adolescence; il est hébergé chez son frère cadet Omar devenu un malabar  bodyguard (certes empoté...)

Mais que de désillusions ! Le Liban qu’il "découvre" lui paraît étrange car il s’y sent "étranger" -des filles que l’on drague sur la corniche, des magasins de voitures de luxe qui semblent florissants et tandis que dans des villas avec piscine on s’acoquine retentissent au loin les armes (attentats suicides ?). Pire ! Les personnes rencontrées semblent aussi déboussolées que lui (le voisin qui augmente le son de la télé quand précisément on lui demande de le baisser, le père âgé qui récite tel un psittacidé les victoires que le Liban a gagnées sur ses envahisseurs, etc). Stigmates de la guerre civile au Liban (1975-1990) ?

 

Le réalisateur a choisi le format 1,33 (celui dit du « carré » qui enferme les protagonistes dans le cadre, et qui ne restituera que des lambeaux de "décors" -appartement, immeubles ou paysages), il a opté pour le mode de la comédie "douce-amère" avec des florilèges d'absurde...Volonté de dédramatiser ? dépassionner? ou photographie à peine déformée du Liban actuel? Les spectateurs présents lors de la rencontre avec le réalisateur auront peut-être la réponse.....

 

Cela étant, le thème du "revenant" qui au final s’éclipsera après avoir porté un regard amusé et grave à la fois,  sur un réel morcelé (ce dont rend compte l’option du réalisateur pour une succession de « sketchs » parfois burlesques) est plus qu'intéressant! -même si son traitement n'est pas toujours convaincant...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:45

D'Adrian Sitaru (Roumanie)

avec Tudor Aaron Istodor Mehdi Nebbou, Nicolas Wanczycki, Adrian Titieni

 

 

Radu, un jeune et ambitieux journaliste veut se faire un nom dans la presse internationale. Quand deux prostituées mineures sont rapatriées de France, il est engagé comme fixeur dans l’équipe d’une chaîne de télévision française dirigée par un journaliste reconnu. Mais durant le voyage, les intentions, les ambitions et les limites de chacun vont se révéler.

Fixeur

Radu mène de " front " deux activités : fixeur pour le bureau roumain de l’AFP et " coach" de Mattéi le fils de sa compagne Carmen ; la devise olympique affichée à la piscine où s’entraîne le gamin " citius altius fortius" vaut aussi mutatis mutandis pour son " métier "

Ce n’est pas pur hasard si le film s'ouvre et se clôt sur les scènes de piscine. Dans la première, Radu derrière une vitre embuée encourage par des gestes, et consigne les progrès du jeune nageur ; dans la dernière c’est la déception due à la défaite, mais …. ce sera aussi une prise de conscience, celle de nos limites….

Entre les deux, le réalisateur nous aura entraîné dans le sillage tortueux -et tordu- de journalistes avides de sensationnalisme ….(interview avec la mère d’Anca, la jeune prostituée mineure rapatriée de France, avec la mère supérieure, etc.)  précautions "d'usage" pour mieux amadouer. Peu importe le sort de la jeune prostituée, l’essentiel est le scoop " en provoquant un entretien, entendre l’identité du proxénète"... Et pour l'entretien ruses astuces et mensonges de Radu seront les bienvenus (après tout il n'est qu'un fixeur, reconnaît méprisant et condescendant le journaliste !)

Dans un monde machiste, rigolades et propos salaces abondent. Et ces images captées par le cameraman : de très gros plans sur des visages taraudés par la douleur sont d’une monstrueuse indécence ; ce que dénonce bien évidemment le réalisateur

Car le film se veut une fiction moralisante sur la " manipulation " dont il démonte les mécanismes et capte les retentissements en longs plans séquences et avec force  "discussions " je me suis intéressé à comment nous manipulions nos proches. Toujours au nom de principes très louables " (cf dépliant " intentions de réalisation ")

Le réalisateur va plus loin encore: les " méthodes " et le " discours " de Radu et des journalistes rappellent  ceux des proxénètes que précisément ils sont censés dénoncer (comment expliquer autrement la réaction de la jeune Anca - "je vais te sucer"- aux questions posées par le fixeur dans l’habitacle d’une voiture...?)

 

Parfois la fiction rejoint le documentaire ; pour preuve cette façon de filmer les conditions sociales dans les campagnes roumaines -lumière naturelle, caméra à l’épaule- en laissant " parler " dans son jaillissement cette forme de détresse, proie "idéale" de toutes les " manipulations ".

On connaît le goût du cinéaste pour la forme hybride (mélange fiction et documentaire d’observation) elle avait  prévalu dans Illégitime (avec son acteur fétiche Adrian Titieni que l’on retrouve ici dans le rôle de Molnar) .

Mais quand subrepticement et momentanément on délaisse la " fiction ", le réel  semble faussement documentarisé.  Dommage! Serait-ce dû au découpage ???

 

Colette Lallement-Duchoze

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