5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 06:48

de Helena Trestikova et Jakub Hejna (documentaire République tchèque, France)

 

Présenté au festival de Cannes 2019 (Sélection Cannes Classics)

 

Présenté au festival à l'Est à Rouen (du 3 au 8 mars 2020) dans le cadre de la rétrospective consacrée à Milos Forman

 

ce documentaire de 55' est en accès libre (jusque début juin) 

 

https://www.arte.tv/fr/videos/080107-000-A/milos-forman-une-vie-libre/?

Le film retrace la vie et la carrière de Miloš Forman, (1932-2018) de son enfance marquée par la mort de ses parents en camp de concentration, en passant par l’époque de la Nouvelle Vague du cinéma tchécoslovaque jusqu’à sa conquête d’Hollywood, tout cela avec, en toile de fond, les bouleversements politiques du XXe siècle.

Forman vs Forman

C’est un film qui s’est construit entièrement dans une salle de montage », a expliqué le coréalisateur Jakub Hejna. Helena Třeštíková ajoute: « Nous avons travaillé avec une centaine de sources différentes, avec des archives tchèques et étrangères. Ensuite, nous avons procédé à un travail de fourmi dans la salle de montage. Car lorsque vous disposez d’une masse tellement importante de matériel, il existe mille et une façons de compiler les images. Nous avons, donc, sans cesse retravaillé des séquences déjà terminées.

 

Images d’archives ; extraits de films, making off, interviews, albums de photo, vidéos familiales (Vera les  jumeaux et plus tard Martina ) et les voix de Milos Forman -qui s’exprime en tchèque anglais et parfois en français- et de son fils Petr

À partir de ce matériau foisonnant, nous allons suivre un parcours/carrière (où la linéarité chronologique contraste avec la pluralité des interviews éclatées dans la durée) : celui d’un homme épris avant tout de liberté.

Liberté ! Le maître mot « c’est la possibilité de douter de sa propre réalité » « la liberté elle est d’abord en soi» Et l’image du prologue -le cinéaste en polo rouge faisant du jogging dans un environnement lumineux- , viendra ponctuer ce documentaire/portrait.

Une liberté de mouvement. Est-ce parce que très tôt il fut livré à lui-même ? Orphelin à 10 ans (ses parents ne reviendront pas des camps) Est-ce parce qu’il a connu un régime qui bâillonne muselle entrave et broie ?

 

Milos Forman aurait voulu être acteur; mais il a été recalé au « concours » (une audition)  d’entrée à l’Ecole de Théâtre. En revanche il réussit celui de l’’Ecole de cinéma où il recevra un enseignement de Maîtres. En opposition farouche au « réalisme socialiste » (d’un ennui mortel) il s’inspire du néo réalisme italien. Et ses premiers films « l’audition » « l’as de pique » 1964 (vus à Rouen en mars 2020) frappent par l’authenticité quasi documentaire, par la direction d’acteurs pour la plupart non professionnels et surtout par la critique de la médiocrité des individus et de la société (un jeune, embauché pour fliquer dans une supérette: c’est bien le microcosme de la société tchèque où sévit la délation).

Ce sera le label de « la nouvelle vague tchèque » 

 

De Forman vs. Forman je retiendrai deux épisodes :

Celui de Cannes 1968 voici Milos Forman interviewé en maillot de bain (son film « au feu les pompiers » a été sélectionné). Mais Godard et Truffaut, entre autres, décident d’annuler le festival pour marquer leur soutien au mouvement de Mai 1968.  Le cinéaste tchèque se rallie à leur cause. La même année, quelques mois plus tard, entrée des chars soviétiques dans Prague.. !!!!  Ce sera l’exil aux USA

 

Et celui du tournage d’Amadeus. (date de sortie 1984) Surveillance constante indics sbires de tout poil; l’équipe est infiltrée espionnée photographiée !! Or le film ose raconter le triomphe de l’individu sur la masse. Amadeus C’est l’explosion d’un rire perçant dans le paysage monocorde de Vienne. Plus de portées, plus de notes, plus de génie, un visage insolent, unique et qui dresse malicieusement son postérieur devant les censeurs

 

On s’étonnera que « les fantômes de Goya » (2006) (film vu à Angers festival premiers Plans janvier 2018) ne soit pas mentionné. Or n’est-on pas en droit de le considérer comme un testament artistique ? Et surtout ce film ne s’interroge-t-il pas sur « les responsables des atrocités commises au nom de diverses idéologies » ??

 

Forman  vs Forman un documentaire... à voir!!

Assurément! 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

PS J'apprends que la version TV a amputé le documentaire d'origine de 23'

Que ceux qui auraient vu le film dans son intégralité nous fassent part de leurs remarques!!!!

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 05:48
Festival le Courtivore

LE GÂTEAU AU FRIGO 

C’est une évidence mais il nous faut bien vous l’annoncer officiellement, nous sommes dans l’obligation d’annuler notre festival de courts-métrages qui devait avoir lieu du 7 mai au 5 juin à Rouen et Mont-Saint-Aignan. 

C’est pour nous une grande tristesse car cette année 2020 devait nous permettre de fêter à la fois les 20 ans de notre association et la 20ème édition de son festival. Nous avions mis toute notre énergie pour vous concocter un beau programme : une centaine de films, répartis sur 20 projections (compétition, rétrospectives, thématiques), dans 12 lieux partenaires…

Après avoir imaginé de multiples scénarios, la 20ème édition aura donc lieu l'an prochain , dans un climat que nous espérons de nouveau propice à la fête et au cinéma. Nous aurons ainsi le plaisir de partager avec vous, et en salle, des films qui se mangent avec les yeux!

 

Nous nous engageons dès maintenant à conserver les 32 films sélectionnés dans les compétitions générales et jeune public . Ils se retrouveront d'office dans la programmation de 2021.

Et pour ne pas totalement se laisser gâcher la fête par le covid-19 et pour continuer à partager des films avec vous durant le mois de mai , nous vous proposons quelques films qui ont marqué les précédentes éditions du Courtivore, à visionner gratuitement en ligne via nos pages de réseaux sociaux à partir du 7 mai prochain.

 

 

 

Festival le Courtivore

Nous adressons un message de soutien à toute la profession du cinéma qui se retrouve lourdement impactée par cette crise, et avons hâte de vous retrouver dans les salles des cinémas Ariel, Omnia ou dans les autres lieux de cultures et de convivialité qui nous accueillent.

D’ici là, portez vous bien !

 

L’équipe du Courtivore

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 08:04

Produit par Michael Moore et réalisé par Jeff Gibbs ce documentaire (2019) présenté le 22 mars 2020 (Jour de la Terre) est en accès libre jusqu'au 22 mai 2020, sur 

Youtu.be/Zk11vI-7czE

 

Planet of the Humans

Porte drapeau de la gauche radicale, vulgarisateur de Noam Chomsky!  Pamphlétaire chevalier des temps modernes!  C’est ainsi que l’on présente souvent Michael Moore. Et il est vrai que dans ses films ( Capitalism: a love story, The Big One, Sicko entre autres )  ses écrits (Mike contre attaque ou Tous aux abris) il fustige vilipende cloue parfois au pilori :le système capitaliste ses ravages mortifères

 

 Planet of the Humans dont il est le producteur et Jeff Gibbs le réalisateur, dénonce l’outrageuse fusion « écologisme et capitalisme ». S’attaquer aux énergies vertes ? Oui dans la mesure où il y a eu dès le départ un piège énorme et pervers ! Une mise en garde ! Un cri d’alarme ! « nous avons été influencés dans la bataille pour sauver la planète et si nous ne renversons pas le cours des choses , les événements comme la pandémie actuelle seront de plus en plus nombreux et insurmontables » propos de Michael Moore ..)

 

Éoliennes, panneaux solaires, biomasse ces énergies ne sont ni « propres ni vertes ni renouvelables ». Comme tout enfer est pavé de bonnes intentions, des banques, des groupes, de grosses entreprises capitalistes se sont emparés de ce label, (l’image verte) pour investir à coup de slogans et de publicités ….non par philanthropie mais par pur appât du gain.

On ne s’affranchit pas des énergies fossiles ….et partant on ne cesse de produire des émissions de gaz à effet de serre. Bien plus la manière dont certaines de ces énergies "vertes"  sont produites  saccage l'écosystème ! 

 

Et le documentaire va multiplier les interviews en illustrant in situ le propos. Jeff Gibbs à bord de son Vus sillonne les Etats d’Amérique commente (voix off le plus souvent) joue le « candide » (en mettant écologistes patrons d’entreprises banquiers face à leurs contradictions!) Au tout début du film , nous le suivons dans son parcours de militant "vert". 

Le rythme est souvent soutenu voire trépidant (parfois en accéléré) à tel point que le spectateur peut faire sienne la remarque du réalisateur « j’ai le tournis » ….

De nombreux passages écran noir vont servir de ponctuation : dans l’espace- on passe d’un Etat à un autre-, dans l’argumentation/illustration -on passe d’une thématique à une autre

 

Après une déforestation sauvage, dans un "paysage" de désolation voici  deux fantômes d’arbres : amputés ils dressent leurs moignons où s’accroche vainement un singe ; ces dernières images sur le Sacrifice de la Vie ont la  beauté sépulcrale d'une apocalypse annoncée

 

Mais le film dans  son ensemble est, avouons-le,  assez laborieux et ennuyeux

On regrettera l’impasse sur le nucléaire, et  la propension au schématisme

Et que penser des propositions sur la  "surpopulation" ???

 

Un documentaire intéressant, oui, mais loin d’être captivant !!

 

Il   va susciter - n’en doutons pas-  la controverse !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

Le titre (et son graphisme) en clin d’œil à la fiction « Planet of the Apes », laisse présager le pire quant à l’avenir de l’humanité. Avec l’image finale de cet orang outan amaigri et mourant, on atteint le comble de l’écœurement que provoque le film tout au long.

 

Finalement je n’ai pas trouvé l’ensemble laborieux ou ennuyeux.

 

Je regrette que le problème de population (et de sa consommation ostentatoire) n’ait pas été creusé plus. Peut-être est-ce fait par insinuation lorsque la question rhétorique sur ce qui entre dans la "biomasse",  après avoir brûlé les arbres et les alligators…

On pense au film Soylent Green (Soleil Vert)…

À moins d’affronter ce problème, je crains qu’il n’y ait pas vraiment d’échappatoire.

 

Fabien  5/05/2020

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 07:05

de Stany Cambot (2019)

avec Michel Lescarbotte, Jean-Marc Talbot

Produit par Christophe Hubert (l'Echelle inconnue) 

 

L'épidémie de Covid-19 a reporté ad vitam l'avant-première en salle du film «Blouma» de Stany Cambot. Et puisqu'un film vit d'être vu, Echelle Inconnue décide de le diffuser en ligne, dès maintenant, gratuitement, sous licence libre Creative Commons CC-BY-NC-ND, jusqu'à la fin du confinement.

 

https://artitube.artifaille.fr/videos/watch/bb858d2b-94f2-46b3-85a7-0c70c3c8cec3         

         

           https://vimeo.com/408941338/412d2434e5

 

          https://www.youtube.com/watch?v=B43IjMbhznU&t=1s

 

          http://echelleinconnue.net/newsweb/20200423/

"Depuis 30 ans, un bouquet de roses dans les bras, Cacahuète sillonne les nuits de Rouen. Ce soir une raison supplémentaire le pousse à traverser la ville : la recherche de " Mémoires " écrits en trois langues inconnues par son ami décédé…"

Blouma

Extérieur nuit port de Rouen, deux voix off, une voie ferrée, des mots comme des personnages sur l’écran, avant que n’apparaisse en grosses lettres  le titre Blouma, un tel prologue encode de toute évidence ce "documentaire marché en trois langues "

 

Collision des temporalités, effets spéculaires, montage parallèle, deux « destins » -celui de Cacahuète et celui de Nono. (et la porte de la chambre de l’hôtel que l’on franchit devient par métaphore celle qui donne accès au souvenir au passé) tout cela va illustrer les promenades/enquêtes auxquelles nous convie Stany Cambot

 

Cacahuète (souvent filmé de dos) arpente les rues de Rouen avec son bouquet de roses ; ses pauses dans des bars, ses discussions avec des "potes" sont le prélude à d’autres "voyages" vers un passé individuel et collectif que la parole ressuscite. Pour rendre compte de la richesse lexicale des  langues pratiquées, - manouche argot verlan louchében- le cinéaste a choisi d’incorporer les mots, leur traduction, directement dans l’image en jouant sur leur police et leur répartition (équivalent des notations infra-paginales dans un texte écrit, alors que le voix off sur l’historique la genèse serait l’équivalent d’une forme de métalangage) le mot est comme une note sur une partition, et devient un personnage à part entière

 

Cette promenade/exploration de l’espace (Rouen et certains de ses quartiers) du temps (la nuit, le passé recomposé) et de la langue (dont nous palpons la chair) est aussi profondément humaine. On devine l’empathie de l’auteur pour Cacahuète et Nono des personnages qui ont triomphé très jeunes de tant de contingences/obstacles (de gros plans sur le visage, une main qui écrit, sur la jambe de fer, sur la jante du fauteuil roulant ou même un silence habité le prouveraient aisément)

 

Après un passage écran blanc, c’est l’aube venue sur les quais ; la foire Saint-Romain s’est endormie. Dans cette dernière séquence Cacahuète seul sur l’immensité du quai vénère dans un geste ultime la Mémoire de son ami Nono…

 

Un film que je vous recommande vivement 

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 05:42

 

La sortie de En Politica , prévue le 18 mars, est à nouveau possible grâce à la plateforme de la la Vingt-cinquième heure  qui "propose des projections en ligne, où le public peut se retrouver dans un dispositif de géolocalisation calqué sur le tissu des salles, et échanger après la séance, en direct avec les réalisateurs et / ou d'autres intervenants grâce à une visio-conférence . Les billets sont vendus en ligne et les spectateurs reçoivent un lien de connexion qui leur permet d'assister à la séance de leur choix. Ils peuvent ensuite échanger avec les intervenants en visio-conférence. Les recettes sont partagées entre l’exploitant, le distributeur, et la plateforme".

 

 

Cinéma en salles virtuelles: nouvelle sortie pour En Politica

"Le documentaire (EN POLÍTICA de Jean-Gabriel Tregoat er Penda Houzangbe ) nous sert, nous, électeurs éloignés des couloirs où se jouent les conséquences réelles de nos choix. Il nous sert à comprendre que la démocratie telle qu’actuellement comprise dans nos sociétés occidentales n’est rien d’autre qu’un outil dont l’usage s’apprend, se détourne et, irrémédiablement, consume." (slate.fr : «En Política», ou comment être élu ne suffit pas pour prendre le pouvoir).

 

Ni VOD ni streaming, le e-cinéma nous permet de revivre l’expérience collective unique de la salle de cinéma, qui nous manque tant aujourd’hui. https://www.25eheure.com/

Premières séances : 

le 22 avril à 20h15 au Méliès de Montreuil, avec les réalisateurs

le 22 à 20h15 au Lux de Caen, avec Emilio León, protagoniste principal du film

le 23 à 20h15 au Luminor à Paris avec les réalisateurs

le 24 à 20h15 au Lux de Caen avec les réalisateurs

le 24 à 20h30 au Vog de Bazas (33)

le 24 à 20h15 à l'Entrepôt à Paris

le 25 à 18h00 à l'Atalante à Bayonne avec Emilio León,

le 26 à 16h00 au Luminor à Paris

le 27 à 20h15 au Méliès de Montreuil, avec Emilio León

le 28 à 20h15 à l'Entrepôt à Paris avec les réalisateurs

le 29 à 20h15 à l'Arvor de Rennes avec les réalisateurs

le 6 mai à 20h30 au Jean Vigo de Gennevilliers avec les réalisateurs

le 7 mai à 20h15 au Bel-Air de Mulhouse avec les réalisateurs 

autres séances en préparation à Marseille, Dunkerque, Dinard, Dreux, Besançon, Sarlat, Nantes, Saint-Denis, Montpellier. Toutes les infos sur notre page.

Philippe Elusse / DHR distribution - A vif cinémas 

 


 

 

 

Autre info

Et en ce moment sur UniversCiné, plus de 200 films à 0,99 € à découvrir ici https://www.universcine.com/corner/universolidaire

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 07:33

de Behnam Behzadi (Iran 2016)

avec Sahar Dolatshabi, Ali Mosaffa, Setareh Pesyani, Roya Javidnia, Shirin Yazdanbakhsh, Setareh Hosseini

 

Présenté au festival de Cannes 2016 (Un Certain Regard) sorti en France en juillet 2017

à voir en replay sur Arte 

Un vent de liberté

La pollution à Téhéran est telle que les écoles sont régulièrement fermées, que des malaises respiratoires peuvent être  "mortels" .La mère de Nilooflar a été hospitalisée (malgré les recommandations de ses enfants et du médecin, elle  "sort" trop et ce jour-là c’était sans sa bouteille d’oxygène).  La sentence tombe tel un couperet : ou quitter Téhéran, ou mourir. Nilooflar (35 ans)  "doit"  se soumettre aux diktats du conseil de famille (un frère violent macho, une sœur aînée corsetée dans ses principes d’épouse et de mère) ; célibataire et benjamine elle est toute désignée pour accompagner la mère... au vert ... Elle devra abandonner son atelier de couture ; elle devra renoncer à une relation amoureuse naissante... Une fois de plus dans son existence, ON a décidé pour elle. En proie à un dilemme -de type cornélien- -et c’est le coeur de l’intrigue- c’est ELLE qui finira par trancher en optant pour….(une fin à ne pas révéler)

 

L’intérêt de ce film réside surtout dans la métaphore de la "suffocation" .On suffoque à Téhéran tant la ville est polluée ; on  "suffoque" dans le microcosme familial régi par un ordre patriarcal archaïque. Nilooflar est victime de cette  "double"  pollution. Ce dont rend compte l’alternance entre scènes de rues -trafic intense, voile délétère qui fait de la capitale une ville "fantôme" - et scènes plus intimes (entre une mère aimée aimante, une soeur manipulatrice, un frère endetté, une nièce attendrissante, un amoureux apparemment transi...mais.. )

Aspirer à une forme d’émancipation, puis la concrétiser, c’est cette authentique croisade contre la soumission, que le réalisateur met en scène. On peut légitimement faire référence au théâtre car dans Un vent de liberté -comme dans les films de Asghar Farhadi d’ailleurs (Une séparation, Le passé et plus récemment le Client) le cinéaste se plaît dans les joutes verbales comme autant de dialogues à faire réciter sur une scène et il est très sensible au jeu des acteurs (visages mimiques regards déplacement dans l’espace avec zooms et légers travellings et une prédilection pour les plans séquences). Ce qui parfois exclut finesse et nuances...

 

Un vent de liberté est certes traversé par ces petits riens à valeur universelle ou symbolique ; ces cloisons qu’on abat, comme autant d’efforts pour les femmes d’abattre les barrières ? Ces fleurs et plantes que Nilooflar -au sourire lumineux (et ce n’est pas un cliché)-, arrose chaque jour, une oasis ? la préservation de la Vie à tout prix ? La complicité de la nièce, ébauche de la lutte féministe ? 

 

Mais  ce film manque cruellement de  "souffle" et verse souvent dans des clichés (cf le catalogue des personnages dits secondaires réduits à des stéréotypes..)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

J'avais vu le film à sa sortie. Et j'avais beaucoup aimé

Pas d’accord avec ta conclusion Colette.

Peu de souffle ? Ce film tient en haleine en tous cas, l’ambiance y est, étouffante par l’environnement physique, social, idéologique. 

Que les seconds rôles soient stéréotypés n’est pas choquant car cette fiction fonctionne pour nous spectateurs français comme un documentaire sur un pays où la misogynie est caricaturale.

Le réalisateur s’expose à dénoncer les rapports hommes-femmes iraniens tels qu’ils sont en réalité dans une classe sociale pourtant éduquée.

Son portrait de femme qui a du mal à sortir des préjugés du carcan familial est une réussite qui domine le reste.

 

Serge Diaz  17/04/2020

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 07:04

De Michal Hogenauer (République tchèque/Lettonie/Pays-Bas) 2019

avec Eliska Krenkova (Mia) Roeland Fernhout (le père) Monic Hendrickx (la mère) Jacob Jutte (Sebastian) 

Présenté en sélection officielle au festival A l'Est (Rouen du 3 au 8 mars 2020), ce film (Tiché doteky - titre original) a obtenu le prix de la mise en scène au festival d'Aubagne (30 mars - 4 avril 2020)

 

Une jeune  fille au pair, d'origine tchèque, débarque dans une famille étrange du nord de l'Europe. Fascinée, elle participe à une opération aussi mystérieuse que malsaine dont elle ne prend vraiment conscience que lors de son interrogatoire par la police

A certain kind of silence

 Le film s’ouvre sur un long plan fixe : un bateau  et ses nombreuses voitures aux lumières clignotantes alors qu’envahissante, retentit la musique de leurs sirènes. Un concert qui déchire la nuit telle une alarme ? Alarme destinée à la jeune fille qui à bord de ce bateau s’en va vers un ailleurs ...insoupçonné… ? (Une interprétation que nous formulerons rétrospectivement quand le Silence aura imposé ses lois ).

Nous suivons dans cette séquence d’ouverture la jeune fille jusqu’à l’intérieur d’une villa cossue. Elle y sera fille au pair. Et c’est son point de vue qui nous guidera tout au long de ce film

 

Une villa  somptueuse certes  mais aux décors si froids -couleurs et mobilier- à l’ambiance si aseptisée que s’installe une forme de malaise. Impression qui se double de suspicion dès la séquence suivante : la jeune fille vue de face filmée en frontal répond à un interrogatoire (police?); nous n’entendrons pas ses réponses ; elles sont relayées par leur mise en images comme autant de flash-back et les rares réponses qui nous parviennent - destinées aux interrogateurs- sont en flagrante opposition avec la réalité vécue (surtout en ce qui concerne les sévices…infligés à l’enfant). Opposition qui rend compte d'un dilemme, et qui illustre une sorte de dislocation intérieure..

 

Le film entier est construit sur ce va-et-vient entre dualité échange fusion, passé proche-présent, réalité-mensonge. Un exercice narratif  fort habile et qui va mettre en évidence la lente descente aux enfers de Mia, depuis l'obéissance polie initiale (relation employeur/employé) jusqu'à l'anéantissement de toute barrière morale, en passant par des phases de doutes et de remise en question. Tout cela a commencé par la perte d'identité: Michaela dite Misha sera Mia : ainsi en a décidé le couple dans un énoncé plein de componction. Couple d'ailleurs sans identité propre, réduit à une fonction (le père, la mère)

 

La relation dominant/dominé prévaut dans ce système d'éducation où la moindre velléité d'émotion, d'empathie est sévèrement  réprimée, punie. C'est pour le bien de l'enfant; précepte sacro-saint partagé par tous les habitants de ce quartier bourgeois où les enfants "robotisés" sont chaque matin pris en charge (bus de ramassage n° 12853) pour se rendre dans une école "spécialisée" .

Dystopie? Il faudra attendre le générique de fin pour ....la réponse...

 

La mise en scène participe elle aussi de/à cet étrange malaise. Le cinéaste privilégie les plans fixes, construits comme des tableaux, il juxtapose souvent des séquences statiques en évitant les jeux de caméra, tout en faisant alterner plans larges et rapprochés, il joue avec les effets de miroir (au sens propre car plusieurs scènes ont pour décor la salle de bains que partagent Mia et Sebastian) ; les parents/éducateurs déambulent avec lenteur et raideur, et le déploiement d'une journée est ponctué par des "rites" . La séquence où le père en "officiant" préside une "messe" -on remet un "prix" à ...Mia...- cérémonie à laquelle sont conviés tous les voisins, des participants figés  déshumanisés, en dit long sur les ravages de l'endoctrinement!!!

 

Sobriété et froideur : un choix judicieux pour exprimer (et faire partager) le malaise que suscite inévitablement l'analyse clinique du Mal !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 13:09
 
 
J’ai découvert le site https://www.lacinetek.com/fr/, la cinémathèque des réalisateurs …une mine!  (location des films à 1,99 euros)
 
 
Pour ceux qui ne l’auraient pas reçu, je transmets les conseils de lAriel:
 
Sur le site de la Cinémathèque française, un film rare et restauré chaque soir:
https://www.cinematheque.fr/henri/

L'Agence du court métrage pense à vous au travers de la revue Bref propositions pour les enfants:
 
 
Bonnes (re) découvertes et pensez à Cinexpressions pour les partager!
 
 Faites attention à vous
 
Jacqueline Marro 

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 11:45

de Tim Mielants (Belgique Pays-Bas) 2019

avec Kevin Jansens, Jemaine Clement, Hannah Hoeskstra, Bouli Lanners 

 

Présenté en sélection officielle au festival d'Aubagne (30 mars 4 avril 2020)  ce film  a reçu le  Grand Prix pour la musique originale (compositeur Geert Hellings ) et le  prix d'interprétation pour l'ensemble de la distribution

 

Patrick est employé dans le camping naturiste de son père. Il accomplit fidèlement les tâches que les campeurs lui donnent. Sur son temps libre, il fabrique des meubles. Mais quand il perd son marteau préféré et que son père est retrouvé mort, Patrick se met à soupçonner tout le monde

De Patrick

 "Parfois, on trouve ce que l’on cherche quand on arrête de chercher ce qu’on ne trouve pas."

Une vue aérienne sur un corps  tout blanc tout nu faisant la planche sur un plan d’eau, infiniment petit face à  l'infiniment grand; ce sera notre premier contact avec Patrick le personnage éponyme, .Quand la caméra s’approche de son visage c’est le sourire ensoleillé du bien-être. Puis caméra à l’épaule, nous le suivons de dos, fesses à l'air,  regagner le camp naturiste géré par son père. Telle une déclinaison processionnaire, les salutations des estivants ponctuent son passage... " bonjour Patrick"

Mais dans son  "sanctuaire" (lieu de son épanouissement, établi où il fabrique des meubles) un constat sans appel : un marteau a disparu (gros plan sur une béance criant l’absence au milieu des 11 marteaux   restants). Une perte incompréhensible. Une obsession : retrouver l’objet précieux ; obsession qui vire à la monomanie. Tel est le sujet d’une " intrigue" où le suspense est savamment entretenu et où les rebondissements sont parfois cocasses (interrogatoire musclé, renversement des données spatiales suite à la bagarre qui oppose Patrick et Herman). La quête du marteau  "manquant" va se conjuguer  avec un autre itinéraire, celui d’une "initiation"

Le marteau en effet, devient un outil maïeutique : déclencheur de l’intrigue, il sert de révélateur (dans sa quête obstinée Patrick sera confronté aux  "bassesses" de certains et à des  "découvertes"  sur le passé de son père), il est l’instrument nécessaire à un  "éveil"  qui le guidera  vers l’autonomie (car à 38 ans le personnage de cette fiction vit sous l’égide du père -avant qu’il ne meure- et la sollicitude d’une mère bienveillante, comme un enfant dépendant et immature (?) Et l’acteur Kevin Janssens avec ses gestes dégingandés, sa frimousse de renfrogné, ses yeux absents, son mutisme (même dans ses ébats avec la femme d’Herman) interprète avec maestria le personnage (un rictus un battement de cils ou de paupières et c'est comme un  paysage intérieur qui se donne à lire)

 

C’est l’été. La lumière se diffracte. Des surplombs sur la forêt (scène d’ouverture qu’accompagne la musique de Geert Hellings; elle  servira d'ailleurs de  leitmotiv) des plans larges ou serrés mais qui n’enferment pas (et ce magnifique plan lors de la dispersion des cendres où la mère/veuve, guide suprême,  se détache des touristes lesquels seuls ou en duos font corps avec la verticalité des arbres dans une ambiance presque fantomatique); dans ce microcosme le réalisateur fait alterner scènes d’extérieur à la lumière vibrante et scènes d’intérieur aux couleurs souvent cuivrées.

Nous sommes dans un camp naturiste. À ce propos il est intéressant de constater que seule la mère (aveugle) porte des vêtements....sa cécité l’empêche de voir les corps nus, mais elle accède à d’autres vérités que précisément la nudité maquille(ait). La nudité ou le camouflage de…??  Et la jeune avocate ("compagne"  du chanteur) ne pactise pas avec le protocole de la chair mise à nu; le naturisme, une  affaire de quinquas ou sexagénaires ? (du moins dans ce film : c'est un camping namurois prisé par des naturistes flamands)

 

Un film à l'humour souvent "décalé"  -même si un spectateur français ne peut comprendre les arcanes de la langue néerlandaise- ; un film  à voir  (dans un futur proche??...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Dans les années 80, au cœur d’une forêt ardennaise, on découvre un camp de nudistes géré par un père âgé et malade et son fils introverti, Patrick, qui, lors de ses moments libres exerce ses talents de menuisier. Concomitamment à la mort du père, disparaît un des marteaux de Patrick. Ce dernier se lance alors dans la recherche méthodique et obsessionnelle de ce marteau, afin d’éviter d’affronter la perte de son père et les questions existentielles qui le tourmentent.

Cette enquête nous fait découvrir les différents locataires du camp dont la nudité contraste avec la part de mystère et d’étrangeté que renferme chacun d’entre eux.

J’ai été particulièrement sensible aux jeux de lumière que créent les ombres des conifères : la lumière chaude et intense qui filtre à travers les cimes apaise et allège l’atmosphère a priori oppressante de ce décor sylvestre (quiconque s’est déjà promené dans une plantation d’épicéas comprendra).

Certaines scènes cocasses, comme ce conseil d’administration où des corps nus et marqués par le temps, assis autour d’une table en U, discutent tout naturellement de problèmes financiers, ou lorsqu’une caravane se retrouve sur le flanc lors d’une empoignade, font sourire.

 

Mais on reste sous tension, car à intervalles réguliers on retrouve l’établi de l’ébéniste avec ce marteau qui manque à l’appel. Le retrouvera-t-il ?

 

Fabien P

Bruxelles le 12/04/2020

 

 

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15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 07:38

de Martin Provost

avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsk, Edouard Baer,  François Berléand

Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

La bonne épouse

Le public sera partagé. Forcément partagé…

 

Je ne remets pas en cause le genre choisi, celui de la comédie -pour évoquer à partir de faits vérifiables -ces écoles ménagères où l’on formait les jeunes adolescentes à leur futur rôle d’épouse, entendons de femmes entièrement dévouées à leur mari ; écoles dont la fermeture correspondra avec le mouvement d’émancipation féministe.

 

Mais la façon dont cette comédie est traitée…

 

Les acteurs -et quelle brochette- Juliette Binoche Yolande Moreau Edouard Baer Noémie Lvovsk (et même François Berléand qui disparaîtra dès la fin du "premier acte" -les passages écran noir servant de repère.dans le déroulé d’une intrigue qui a aussi la prétention d'être l'histoire d'une émancipation....) surjouent…

 

Certes on est dans la caricature….et le trait est grossi comme devrait l’être l’interprétation ? mais quand le grotesque et le mauvais goût s’érigent en valeur suprême… !!

 

Les trois  éducatrices et les quatre adolescentes mises en avant dans le groupe des "futures bonnes épouses " sont réduites à des stéréotypes - bourgeoise corsetée dans son tailleur comme dans ses principes,   jeune fille rebelle, jeune fille soumise, par exemple

 

Les références à l’actualité (l'action se passe au cours de  l'année "scolaire"  1967/1968) : chansons (Adamo), danses, infos sur le mouvement étudiant à Nanterre, puis à Paris en mai, sont comme " plaquées" pour donner l'illusion du "vrai" . Par un heureux hasard l’école ménagère alsacienne que dirige Mme Van Der Beck (J Binoche) a été sélectionnée, elle doit se rendre à Paris (le chauffeur du bus ? La nonne -méconnaissable Noémie Lvovsk) ; c’est le début de la pénurie de carburant. Qu’importe ! On fera le reste du chemin à pied. Et ce sera cette séquence finale qui emprunte à la comédie musicale...autant saugrenue qu’inaboutie ...

 

Bref, une enfilade de clichés à l’humour souvent réchauffé dans cette comédie où l’on cuisine le lapin chasseur, prépare le trousseau, repasse les chemises avec une jeannette, où il faut apprendre les « 7 piliers » indispensables à la « bonne éducation » (Un os de lapin responsable de la mort du directeur lubrique chaud lapin ?. Non ce n’est pas le destin c’est le lapin gémit Yolande Moreau qui se sent responsable de la mort de son frère. Malentendus  quiproquos et préjugés sur le clitoris ou encore  expressions prises au sens littéral censées déclencher  un  "rire communicatif"..)

 

 

La bonne épouse n’est pas cette comédie ravissante jubilatoire intelligente encensée par une certaine critique, mais plutôt  une comédie qui se prétend  engagée mais  d’une lourdeur pachydermique (Wilfried Rennehan Mondociné)

 

A vous de juger (quand l'occasion d'aller au cinéma se présentera de nouveau à vous puisque tout ce qui n'est pas "vital" doit momentanément disparaître de notre quotidien...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

Merci Colette pour cette délicieuse et sincère chronique ! vive la vie et vive le cinéma ! avec toi bien-sûr !

 

Maria Pinto

dimanche 15/03/20 

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