15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 14:56

 

De  Christian Schwochow. (Allemagne 2019)

 

Avec Ulrich Noethen, Tobias Moretti, Levi Eisenblätte

 

Siggi Jepsen est enfermé dans une prison pour jeunes délinquants Après avoir rendu copie blanche lors d'une épreuve de rédaction, sur  "Les joies du devoir" il est en isolement. Dans sa cellule, il se remémore la période qui a fait basculer sa vie. En 1943, son père, officier de police, est contraint de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures liberticides à l'encontre de l'un de ses amis d'enfance, le peintre Max Nansen, privé d’exercer son métier. Siggi remet alors en cause l'autorité paternelle et se donne pour devoir de sauver Max et son œuvre...

La leçon d'allemand

Dès la séquence d’ouverture domine une atmosphère pesante, malaisante voire malsaine. Ce qu’accentue cette façon de filmer et de cadrer qui fait la part belle aux plans fixes, aux couleurs blanchâtres, aux vues en plongée ou aériennes, aux silences et aux regards plus éloquents que certains dialogues. Sigi est le seul parmi ses camarades « délinquants» à avoir rendu copie blanche ; il sera en isolement. Toutes les humiliations (se déshabiller, exposer une nudité que l’on palpe et ausculte) trouveront un écho au cours d’un récit …qui va exhumer certains pans de son passé.

 

Les joies du devoir.!!!

Flash back. 1943 Sigi enfant préadolescent est écartelé  entre le respect dû au père, Jens Ole Jepsen  -mais un père autoritaire et brutal qui obéit de façon maladive aux diktats du nazisme (le devoir comme valeur suprême)-  et un peintre Max Ludwig Nansen (ami de longue date) plus aimant, plus amène, mais condamné par le régime, au prétexte que sa peinture est de l’art dégénéré.

 

En adaptant le livre de Siegfried Lenz (paru en 1968) Christian Schwochow alterne les scènes d’intérieur (où chaque plan semble emprunter à la peinture ; la peinture n’est-elle pas au cœur du conflit ?) et les extérieurs où l’environnement spectaculaire des bords de la mer du Nord filmé avec une certaine lenteur peut faire éclater des forces vives capables de terrasser l’être humain ; beauté apollinienne de ces étendues, de l’estran, de ces grains de sable, de ces éclaircies et beauté démoniaque des essaims de mouettes, de l’horizon que noircit l’orage, des vents tumultueux. (l'artiste installé sur l'estran avoue peindre "la douleur"). Un double environnement pour le jeune Sigi et un tiraillement intérieur. Une étrange étrangeté au service d’une quête voire de cette « révélation » ? formulée par JP Sartre le devoir, c’est la volonté de l’autre en moi, l’aliénation de ma liberté propre

 

Un film qui condamne la justification des crimes nazis par le  "sens du devoir" , un film qui dénonce l’obéissance aveugle -et fatalement destructrice- à l’ordre politique mais aussi social et patriarcal (et l’acteur Ulrich Noethen qui vient du théâtre incarne avec maestria ce père impitoyable et barbare), un film qui revendique la prise de position comme expression du libre arbitre, vécue telle une évidence solaire par le peintre, mais via tout un cheminement intérieur pour Sigi et ce, malgré quelques zones d’ombre -dont les motivations peut-être inavouables qui  l’ont conduit plus tard à « voler » les tableaux

 

On peut  "déplorer"  le  parti  pris esthétisant, des longueurs, la  "rigidité cadavérique"  ou encore des raccords appuyés--sur la paume blessée par exemple-

 

Malgré ces  bémols La leçon d'allemand  est un film à voir , assurément 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 07:20

De Robert Guédiguian (France Sénégal 2021) 

 

avec Stéphane Bak, Alicia Da Luz Gomes, Saabo Balde, Ahmed Dramé 

En 1962, le Mali goûte son indépendance fraîchement acquise et la jeunesse de Bamako danse des nuits entières sur le twist venu de France et d'Amérique. Samba, le fils d'un riche commerçant, vit corps et âme l'idéal révolutionnaire : il parcourt le pays pour expliquer aux paysans les vertus du socialisme. C'est là, en pays bambara, que surgit Lara, une jeune fille mariée de force, dont la beauté et la détermination bouleversent Samba. Samba et Lara savent leur amour menacé. Mais ils espèrent que, pour eux comme pour le Mali, le ciel s'éclaircira.

Twist à Bamako

Un film hommage au photographe Malick Sidibé ? (cf générique de fin) Rappelons que Robert Guédiguian fut impressionné par la rétrospective que la fondation Cartier consacrait en 2017 au photographe, décédé en 2016. En cela le film serait réussi, si l’on admet qu’il joue le rôle de « bande son aux clichés du photographe ». Voici, en couleurs, des jeunes aux rires francs, aux corps comme désarticulés dans leurs déhanchements twistés, qui "s’éclatent"  dans des boîtes de la capitale Bamako (même si pour des raisons sécuritaires le film a été tourné au Sénégal) sur fond de musiques yé-yé et rock ; et soudainement le flux dansant se fige en un « arrêt sur image » noir et blanc -un procédé récurrent. Or c’est la même vitalité, la même frénésie la même fièvre dans une ambiance nocturne qui émanent des clichés de Malick Sidibé (cf Malick Sidibé, Mali Twist - Fondation Cartier pour l'art contemporain).

Couleurs et noir et blanc, nuit (la fièvre dansante) et jour (la fièvre émancipatrice, l’effervescence révolutionnaire) cette alternance formelle le cinéaste la met au service d’une « démonstration » aux allures de dialectique : de l’espoir (confiance absolue dans le socialisme naissant juste après l’indépendance avec Modibo Keïta) à l’amère déception (quand le pouvoir détricote les "acquis" fondés sur le collectivisme, musèle l’opposition et condamne une jeunesse "déviante" celle qui s'adonne aux plaisirs de la danse , celle qu’’incarne précisément un jeune couple : Samba le militant de la première heure et Lara cette jeune fille mariée de force qui s’échappe de la chape de plomb familiale.

Un double dynamique donc -amoureuse et politique, avec leurs icônes respectives qui tapissent les murs des chambres-  et une double confrontation -aux préjugés ancestraux d’une part qu’incarnent les chefs de village inféodés à leur pouvoir-, et aux visées affairistes d’autre part, qu’incarnent les bourgeois commerçants, soucieux avant tout de leurs bénéfices, ils ne peuvent adhérer aux idéaux socialistes de solidarité….

Mais comme souvent chez Guédiguian la démonstration se veut trop didactique…

Au tout début de Twist à Bamako la succession de saynètes censées valoriser le travail de groupe est entachée par une musique surdimensionnée, et l’épilogue (Bamako 2012) (ne pas spoiler) est assez acrobatique ; un "twist" au  sens cinématographique? un "savant gloubi boulga" ? ou tout simplement l’illustration de cette conviction ."Tout le mouvement ouvrier, les socialistes, les communistes, le mouvement syndical, ont pêché par manque de sens de la fête, du spectacle et du rire", "le twist, c'est extrêmement efficace pour remporter une victoire idéologique »

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 16:02

de Donn Alan Pennebaker  et Chris Hegedus (US 1979)

 

à voir sur Tënk

 Town Bloody Hall - Tënk (on-tenk.com)

Le soir du 30 avril 1971, un public de lettré·e.s et de militant·e.s se presse à l'hôtel de ville de New York pour voir l'écrivain, scénariste, réalisateur et acteur Norman Mailer (qui vient d'écrire "The Prisoner of Sex") débattre avec un panel d'intellectuelles féministes. Le sujet est la libération des femmes, question sur laquelle Mailer se fait l'avocat du diable. Pour le mettre à l'épreuve sont notamment réunies l'écrivaine et critique Jill Johnston (autrice de "Lesbian Nation : The Feminist Solution"), la critique littéraire Diana Trilling, la présidente de la National Organization of Women (NOW), Jacqueline Ceballos, et peut-être son adversaire la plus coriace, l'autrice de "La Femme eunuque" à la langue affûtée, Germaine Greer.

Cet événement a fait date, et ce film se révèle stimulant ainsi que diablement divertissant.

Town Bloody Hall

Commentaire de Tënk 

 

Un film incroyable, un document historique d’une vive actualité. Town Bloody Hall est la « captation » en cinéma direct d’un débat passionné organisé à New York en 1971, auquel participent quatre intellectuelles : l’écrivaine et critique Jill Johnston, la critique littéraire Diana Trilling, la présidente de la National Organization of Women Jacqueline Ceballos, et l’autrice de « La Femme eunuque », Germaine Greer. Et au milieu (mais un peu devant quand même), un homme : l’écrivain Norman Mailer. Tout ce beau monde est rassemblé pour débattre du sujet de la libération des femmes (et un peu de Norman Mailer aussi).

Federico Rossin, qui a choisi de programmer ce film en parle ainsi : « Town Bloody Hall est une étonnante capsule temporelle qui mérite d’être revisitée : si de nombreux sujets de discorde semblent dépassés, le cœur de la discussion entre le misogyne Mailer et un groupe d’intellectuelles/guerrières féministes états-uniennes est toujours brûlant, vu l’état pitoyable de certaines émissions télé et de débats journalistiques d’aujourd’hui. »

La parole est belle, le débat joyeux, houleux, les propos forts, parfois honteux, le public réactif et engagé : on s’indigne, on hue, on rit ! Et la caméra et les micros des réalisateurs captent tout cela au vol, attrapant la poésie de certaines interventions, les vérités énoncées, les incompréhensions et tout ce qui aujourd’hui, autour de la révolution féministe, résonne encore. Par exemple, écoutons Germaine Greer : « Je pense que le problème est que nous réalisons tous, d’une certaine manière, que nous avons été dirigés par la force, et le monde a été dirigé par la force d’aussi loin qu’on se souvienne. Et que si nous sommes au bord d’une révolution et que c’est ça ou la mort alors ce doit être la seule révolution qui substituera à la loi du plus fort quelque chose d’autre, un ordre social plus complexe et sophistiqué, construit sur une interaction plus complexe des facultés et des personnes. »

Ce qui est un tout petit peu chiffonnant, 50 ans après, c’est qu’une autre prise de parole résonne encore – celle d’un homme dans le public à la fin du débat : « Je ne comprends vraiment pas ce que les femmes demandent. Supposons que je veuille le leur donner. »

 

 

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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 05:34

de Valdimar Jóhannsson (Islande Suède 2021)

avec Noomi Rapace, Hilmir Snær Guðnason, Björn Hlynur Haraldsson

 

 

Festival de Cannes 2021 : Prix de l'originalité (Un certain regard

 

Festival international du film de Catalogne 2021 : meilleur film et meilleure actrice pour Noomi Rapace

 

 En lice pour l'Oscar du  meilleur film étranger 

 

María et Ingvar vivent reclus avec leur troupeau de moutons dans une ferme en Islande. Lorsqu’ils découvrent un mystérieux nouveau-né, ils décident de le garder et de l'élever comme leur enfant. Cette nouvelle perspective apporte beaucoup de bonheur au couple, mais la nature leur réserve une dernière surprise…

Lamb

Un écran envahi par la brume la neige et le blizzard. On ne peut identifier les quelques formes noires qui se détachent au loin dans cette  vastitude blanchâtre tourmentée par la tempête. Et quand l’objectif de la caméra s’approche voici un troupeau de chevaux apeurés, désorientés qui émerge  de la confusion ciel-terre. Un prologue pour le moins surprenant et mystérieux ! le film s’inscrit-il dans les peurs séculaires liées aux forces vives de la nature ? celles qui entrent en conflit avec la communauté animale, humaine ? et comme un prologue souvent encode un film....

 

Lamb est découpé en 3 chapitres, soit trois parties d’un « drame » avec gradation jusqu’à un dénouement -inattendu…Depuis la découverte d’un être hybride, la volonté de le traiter et l’éduquer en humain jusqu’à une forme de vengeance primitive en passant par la venue inopinée de Petur frère d’Ingvar.

Soit un couple Maria et Ingvar ; ils élèvent des moutons dans une ferme isolée. Travail répétitif, dur labeur ; on devine leur empathie avec le monde animal, tant ils sont « attendris » à chaque nouvelle naissance… (ou émergence de drames enfouis ?)

Un chat, un chien et des moutons « islandais » que la photographie magnifie dans leur pose et leur silence de lumière. Regard captif d'un bélier filmé en gros plan prolongé (on en comprendra la raison). Ainsi dans un premier temps le cinéaste attire  notre attention sur le monde animal plus que sur les humains, et oriente de ce fait certaines de nos attentes ; puis c’est le basculement avec la naissance d’un être hybride et l’astuce du réalisateur (ou son sens du suspense) est de différer le moment où on découvrira avec certitude cette hybridité (au tout début on ne distingue que la tête d’un agneau à qui l’on prodigue les mêmes soins qu’à un bébé). Or cette irruption du « fantastique » (ou de l’horreur) est vécue par le couple comme « allant de soi » et devient très vite une raison de vivre. L’anomalie vécue sur le mode de la normalité!  Un comportement que Petur, le frère , dans un premier temps condamne ….tenté d'ailleurs d'en finir avec la monstruosité ! (rôle majeur du  fusil comme arme de vengeance ....de délivrance...)

Mais le « bonheur » du couple, de  la nouvelle cellule familiale n'est pas à l’abri d’autres menaces. Les non-dits et les ellipses,  la lenteur calculée des plans, la musique de Toti Guönason "atmosphérique et bruitiste" (Lamb (2021) - la BO • Musique de Tóti Guðnason • - Soundtrack • :: Cinezik.fr )  laissent présager du…pire

 

Le réalisateur alterne les scènes d’intérieur (bergerie, maison d’habitation,  chambre) et vastes panoramiques sur la campagne islandaise (à différentes saisons) avec leurs jeux de couleurs et de  lumière. Mais  la récurrence de l’image des fenêtres cloisons -où l’on guette et d’où l’on est épié -celle du plan sur la brebis « chassée » la « mère » de l’agnelle, désormais prénommée Ada, créent  une forme de malaise qui sera de plus en plus palpable et qui accentue la bizarrerie de la situation. Dans cette nature sauvage Maria (excellente Noomi Rapace, qu'on avait vue dans Millenium et Babycall (BABYCALL - Le blog de cinexpressions) officie non seulement en « mère » et « épouse » mais en Parque des temps modernes ( en décidant du sort de "tous" les vivants ) et au plus fort de la tragédie son cri primal aura aboli à jamais ( ?) l’harmonie primitive ! mais est-ce bien la Nature naturans qui a repris ses droits ? ou  la  Nature naturata?

 

Malgré quelques « réserves » (rôle artificiel de Petur, final vite expédié) on comprend que ce premier long métrage de Valdimar Johannson ait remporté à Cannes (2021) le prix de l’originalité (section Un certain Regard) et qu'il reste en lice  pour l'Oscar du meilleur film étranger (2022) alors que Titane (Palme d'or ) a été éliminé ..

 

 "Ce n’est pas un film de genre mais pour moi c’est un poème visuel"  Valdimar Jóhannsson )

 

Un "conte troublant" à ne pas rater

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 20:32

de Daniel Brühl (Allemagne 2021)

avec Daniel Brühl, Peter Kurth, Aenne Schwartz, Rike Eckermann, Vicky Krieps

 

Sélection officielle Berlinale 2021

A Berlin, Daniel est un acteur célèbre qui vit dans un bel appartement avec sa charmante compagne, leurs deux enfants et la nounou. Il s’apprête à décoller pour Londres où l’attend le casting d’un film de superhéros. En attendant son chauffeur, Daniel se rend au bar du coin sans savoir qu’il est suivi par son mystérieux voisin, Bruno. Cette rencontre préméditée va emmener Daniel vers les recoins sombres de son intimité. Bruno est bien décidé à lui faire vivre un enfer

Next Door

Daniel Brühl, un acteur mondialement connu, dont c’est le premier long métrage et interprétant lui-même un acteur prénommé Daniel ! une gageure ? de l’auto-dérision ? dans une  mise en scène de tous les problèmes liés au métier d’acteur (vie publique et vie privée, mégalomanie, infatuation, importance du regard de l’autre quand on est une « célébrité »), avec une critique grinçante de  la superproduction cinématographique (Marvel) et en toile de fond, un  questionnement sur les  « plaies » encore vives, séquelles de  la réunification des deux Allemagne ?

 

Dès la première séquence le ton est donné : voici l’acteur dans sa « vie privée » : immense loft dans un quartier chic de l’ex Berlin Est rénové (gentrification ?), exercices physiques (rame), choix vestimentaire, petit déjeuner (un bol de céréales et  de fruits bien rangé.e.s telle une œuvre d’art) en solitaire (la maisonnée est encore ensommeillée) des recommandations (en espagnol) à la nounou, des bises furtives aux enfants, ou un baiser sur les pieds de sa compagne…. C’est que Daniel est fier de se rendre, ce matin-là,  à Londres pour un casting (un rôle de super héros !!) Son regard son sourire de fanfaron   en témoignent aisément

Mais ce départ sera sans cesse différé par un processus d’effeuillements successifs jusqu’au dénuement: jeu des portes que l'on ouvre et ferme, celle du bar et du taxi entre autres ou plus métaphorique celui de cloisons qui séparent le réel du fantasme et dupliquées par les effets spéculaires des miroirs/glaces  

 

L’essentiel du film se passe à huis clos, dans le bar « la rincette » où Daniel répète (une incongruité qui vaut son pesant de ridicule) mais où un inconnu (en réalité un voisin) va lui asséner  - tel un couperet- des vérités comme autant de constats négatifs -sur sa vie privée et sexuelle, sur ses talents « contestables » d’interprète etc…-,  en une escalade à la fois verbale et « dramatique ». Le voisin ? C’est Bruno un de l’ex RDA qui se comporte comme le faisait la Stasi ! (ce dont témoigne la liasse de documents accablants et « vérifiables ») :démoniaque il distille des détails sur Daniel, sur Clara sa femme, sur Mattis l’assistant,  sur Conchita la nurse, sur Merten l’ami, sur la gentrification, la boboïsation, les clivages sociaux ; vengeance personnelle?  constats amers empreints d'humour? 

 

Une structure pour le moins artificielle et convenue.  Et ce malgré le refus du « statisme » théâtral dans la façon de filmer les deux personnages principaux, assis ou debout, côte à côte ou éloignés, en plans rapprochés ou moyens, (filmé de dos à  plusieurs reprises Daniel ne livrera qu'à son interlocuteur le "texte" de son visage) , avec quelques profondeurs de champ et malgré quelques "ouvertures" sur le quotidien urbain . Primauté accordée aux dialogues, dont certains malgré quelque invraisemblance ne manquent pas de piment, ainsi qu’à l’acharnement (supposé ou réel) de Bruno à « démolir » l’image …trop lisse du tout début. Ou ne s’agirait-il pas d’une simple répétition d’un scénario à venir sur la déconstruction/reconstruction -alors qu’ on assiste ici  à une entreprise de démolition (l'acteur et son double) tempérée, certes,  par l'auto-dérision

 

Et  malgré l’interprétation « impeccable » des deux acteurs principaux, la joute -bel exercice de style- a tendance à tourner en rond…

 

Tout cela n’est qu’une impression

Je vous laisse juge !!

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

 

 

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 07:08

de Pedro Almodovar (Espagne 2021) 

avec Penelope Cruz, Milena Smit, Israel Elejade, Rossy de Palma 

 

Venise 2021 meilleur rôle féminin: Penelope Cruz

Janis et Ana, deux femmes célibataires et enceintes par accident, sont sur le point d'accoucher. Elles se rencontrent dans leur chambre d'hôpital. Janis, photographe professionnelle, quarantenaire, n'a aucun regret. Ana, encore adolescente vivant chez sa mère actrice, est effrayée. Ces quelques jours à la maternité vont créer un lien étroit entre ces deux femmes.

 

 

 

Madres paralelas

Une histoire de destins croisés (ou parallèles?) mais surtout une histoire de « mères » (cf le titre). Deux mères que tout semblait opposer (grossesse désirée tardive pour l’une, grossesse subie et précoce pour l’autre, parcours conception et mode vie, attaches familiales) et qui à la faveur de quelques mots échangés à l’hôpital où elles accouchent s’en viendra sceller leur « destin » de manière inattendue.

 

Mais cette " intrigue" (très « romanesque » avec parfois des renversements de situations qui rappellent la « farce » ou la simple comédie) se « double » d’une autre qui s’inscrit dans l’Histoire du peuple espagnol et qui   fait encore débat : rouvrir ou non les plaies de la guerre civile ? déterrer les victimes du franquisme de leur charnier ?  Janis  est convaincue -d’autant que son arrière-grand-père fait partie de ces victimes. Lambeaux et plaies d’un passé à revisiter et à exhumer, Almodovar semble les faire sien.ne.s en les insérant comme ouverture (tel un exergue, avec une charge contre l’ex-premier ministre espagnol Mariano Rajoy, telle que le « ton » politique est d’emblée donné !) et épilogue (dernière séquence l’excavation), entre ces deux séquences nous aurons assisté au « destin croisé de deux mères » soit une trame politique encadrant une trame plus romanesque ! …. Or, inscrire la « petite » histoire dans la « grande » est devenu  un  "marronnier" (en littérature comme au cinéma, ) et cette construction (encadrement comme arc-boutant ou clef de voûte) pèche une fois de plus (hormis dans certains docu-fictions) par facticité et facilité !!!  Madres paralleles mêle donc maternité, identité et mémoire. Si exhumer les « morts » c’est exhumer la mémoire (et Janis/Penelope Cruz est obsédée par ce travail de mémoire !!!), donner la vie c’est aussi transmettre ….thématique pour le moins éculée de la descendance, des liens du sang !! Et la scène finale de l’excavation sans grandiloquence certes et qui aurait pu émouvoir, ne saurait convaincre tant elle s’inscrit dans la complaisance (avec cette superposition des corps, mariage du présent et du passé…)

 

La critique est assez dithyrambique : on loue les "couleurs chaudes" la "science du montage" "l'excellent portrait de femmes"  etc.. Certes l’interprétation, le rythme (hormis le montage alterné long et systématique au moment de l’accouchement) une certaine densité picturale (aplats de couleurs chaudes et  palette plus « impressionniste ») le syllabaire  almodovarien et/ou ses thèmes de prédilection (maternité, bisexualité, héritage, éducation, entre autres) sont la marque inviolée du cinéaste.

 

Mais que de facticité (et de complaisance) : pour ne mentionner que quelques exemples : la confession-soudaine, brutale- de Teresa (la mère d’Ana) à Janis, la cohabitation/rupture entre la mère (Janis) et le « père » (Arturo) comme illustration du contexte politique, présent ou passé (?),  la rapidité avec laquelle Ana "récupère"  l’enfant -comme un dû-, la mention du viol collectif minimisé par un juge …en "abus sexuel",  une certaine "désincarnation"  dans « l’incarnation » trop lisible (des rôles du contexte)

 

Bref une déception à la hauteur d’attentes (qui me semblaient  justifiées)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 09:08

de Radu Jude (Roumanie 2021)

avec Katia Pascariu (Emi), Claudia Ieremia (La principale), Olimpia Malai (Mrs. Lucia), Nicodim Ungureanu (Lt. Gheorghescu), Alexandru Potocean (Marius Buzdrugovici), Andi Vasluianu (Mr. Otopeanu)

 

Ours d'Or Berlin 2021

 

Emi, une enseignante, voit sa carrière et sa réputation menacées après la diffusion sur Internet d’une sextape tournée avec son mari. Forcée de rencontrer les parents d’élèves qui exigent son renvoi, Emi refuse de céder à leur pression, questionnant ce qui est obscène dans nos sociétés

Bad luck banging or loony por

Un beau délire, mais touffu -surcharge visuelle- et tout fou -cacophonie sonore. Telle serait ou pourrait être une première impression. Impression…vite corrigée après réflexion. Car ce film est beaucoup moins touffu qu’il en a l’air, surtout si l’on fait de l’obscénité (et de ses multiples représentations : des  plus évidentes -le sexe intime- aux plus insidieuses – celles qui accompagnent par leur violence tapageuse notre quotidien ou celle de certaines idéologies qui renouent avec l’obscurantisme) le fil directeur, d’une part, et si l’on s’interroge sur la force persuasive du « collage » ou de « l’image-constellation » d’autre part

Générique ? écran rose incrusté de lettres blanches sur la musique de Boby Lapointe. Et sans transition voici la projection pour le moins inattendue d’un petit film porno. Puis nous allons suivre Emi (la femme filmée dans cette sexetape diffusée sur les réseaux sociaux) dans sa longue déambulation dans les rues de Bucarest c’est la partie I Un abécédaire constitue la deuxième partie alors que la troisième est entièrement consacrée au procès d’Emi (en plein air dans la cour du lycée où tous les protagonistes portent le masque -consignes sanitaires obligent) : une enseignante quasiment seule face à ses détracteurs, les parents d’élèves et un épilogue pour le moins « savoureux » (twist à ne pas spoiler)

 

La déambulation dans les rues de Bucarest a semblé longue à certains spectateurs ? Certes le rythme de cette « errance » est assez lent. Mais cette séquence est nécessaire comme contrepoint à la première (film porno) et simultanément elle rend « palpable » la détresse du personnage,- convoquée en urgence au collège Eminescu- ;  la déambulation s’apparente à un chemin de croix bordé de multiples agressions (publicités, engueulades sur le marché, engueulades d’automobilistes, vrombissement incessant, mannequin amputé gisant sur le trottoir, immeubles délabrés bientôt remplacés par des promoteurs cupides… ) et si la caméra abandonne momentanément Emi (quand elle téléphone à son mari par exemple) voici des panoramiques arrière ou des gros plans (cette fleur qui éclot sur un trottoir défoncé) comme autant de signaux pour un public distrait ! Enfin cette partie permet au cinéaste de « radiographier » la capitale au moment dramatique de la pandémie (qui a exacerbé la violence dans les relations !!) et de revisiter le passé par la prégnance de vestiges

Quant à l’abécédaire il frappe par le décalage entre la définition d’un mot et son illustration ; or n’est-ce pas le propre de la « propagande » ? (celle de n’importe quelle dictature- Ceausescu, Antonescu-, certes mais aussi celle de ces formes de gouvernement dit démocratique et qui usent et abusent de la crédulité des citoyens). Car le rapprochement d’images pour « faire sens » est la pire intoxication ; mais Radu Jude a l’art « consommé » de « faussement contextualiser » dans des clips ou montages d’archives, des scénettes oniriques ou burlesques et de multiples  citations empruntées à Bertolt Brecht, Jean-Paul Sartre, Virginia Woolf, Isaac Babel, Walter Benjamin…Les thématiques énoncées (histoire de la Roumanie, antisémitisme, fascisme, racisme) annoncent celles qui seront développées dans la troisième partie : le procès où l’accusée Emi devra rendre compte au final -moins de la sexetape- que de ses méthodes d’enseignement, de son approche de l’histoire du pays (à un moment certains parents se tournent et regardent la caméra comme dans un passage du film précédent « uppercase print » cf Uppercase print - Le blog de cinexpressions) Les arguments d’Emi seront-ils convaincants ?

 

Oui les membres du jury (Berlin 2021) ne s’y sont pas trompés en couronnant Mauvaise baise ou porno barjo, (traduction proposée par le réalisateur) de l’Ours d’Or Un film aussi élaboré que sauvage » « un film qui ébranle nos conventions sociales et cinématographiques, un film à la fois enfantin et intelligent géométral et vibrant (Nadav Lapid membre du jury (cf Le genou d'Ahed - Le blog de cinexpressions)

 

Colette Lallement Duchoze

 

Le cinéma c'est la vérité 24 fois par seconde (Godard). 

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 09:51

Un film de Kavich Neang  ( Cambodge 2020) 

avec Piseth Chhun, Sithan Hout, Sokha Uk, Chinnaro Soem, Sovann Tho, Jany Min, 

 

Première mondiale, Festival de Venise 2021

Samnang, 20 ans, doit faire face à la démolition de la maison qu'il a toujours habitée à Phnom Penh , le White Building, et aux nombreuses pressions de son entourage -famille, amis et voisins, alors que sonne la destruction du bâtiment...

White Building

 

Vue aérienne ralentie sur le White Building : ainsi s’ouvre le film. Or si cette barre d’immeuble fut détruite en 2017 le réalisateur qui avait commencé le tournage en 2016, a puisé dans ses images d’archives et ses souvenirs...

"Le White Building était une barre d’immeuble conçue par l’architecte cambodgien Lu Ban Hap et le franco-ukrainien Vladimir Bodiansky en 1963, suivant un plan d’urbanisme du modernisateur Vann Molyvann, à l’époque du roi Sihanouk. Cette résidence d’état, située en plein cœur de la ville, était destinée aux fonctionnaires du ministère de la Culture. Elle a été vidée de ses habitants pendant le régime des Khmers rouges. Puis dans les années 1980, la population s’y est réinstallée, comme mon père, sculpteur et moi j’ai grandi avec les nouveaux voisins. C’était un immeuble unique qui était devenu emblématique d’une époque qui disparaît. On y vivait en communauté, des peintres, des musiciens, des couturières, la porte ouverte sur le couloir. Il y régnait une atmosphère spéciale qui m’a fait grandir en tant qu’artiste".

 

Composé de trois parties distinctes, Bénédiction, La maison aux esprits, Saison de la mousson, chacune ayant sa spécificité (atmosphère couleurs tonalité) le film établit des parallèles entre la destruction de l’immeuble et celle des rêves, entre les dégâts du capitalisme et ceux de l’histoire tragique du Cambodge (le départ forcé des habitants ne rappelle-t-il, pas l’exil imposé par les Khmers vers les campagnes?) il montre avec pertinence tous les « dégâts collatéraux » sur les habitants, dont le jeune Samnang, le « double » de Kavich Neang 

Voici un trio d’adolescents, que l’on suit sur leur scooter (cf l’affiche) l’ambiance électrique, le rythme, les néons les pétarades rappellent Diamond Island de Davy Chou. cf Diamond Island - Le blog de cinexpressions Insouciance, période des rêves fous!. Mais l’ambiance délétère, les thèmes de la perte, de la maladie (on comprend vite que le pied nécrosé du père est la métaphore d’une autre nécrose….. pourriture qui détruit l’immeuble, pourriture du capitalisme et sa gentrification programmée) vont imprimer aux deux autres parties une certaine mélancolie. Aux nuits cambodgiennes de la capitale, à leur plasticité cinégénique, succèdent les journées à l’intérieur du building, et sur l’expulsion des habitants. . Le rire franc,  le sourire (sur le visage de Samnang) se sont estompés, s’impose désormais une certaine gravité ! Il y a ces clivages opposant ceux qui acceptent l’indemnisation malgré tous les malgré, personnes âgées,  après des décennies de guerre et d’épuisement et ceux qui résistent dont la famille de Samnang…(le père d’ailleurs mène un triple combat : contre les financiers, contre  la copropriété et contre son diabète…)

La façon de filmer le White Building (lents travellings latéraux sur des parties éventrées, sur des murs lépreux ou ambiance apaisante d’ensommeillement pendant la sieste alors que flotte le tulle des rideaux) semble insister sur le fait qu’on assiste non seulement à la disparition définitive d’un "taudis" mais aussi et surtout à celle d’une âme, celle qui habitait ces lieux. Qu’est-ce l’indemnisation comparée à la force d’une vie, à la puissance de souvenirs, à jamais enfoui.e.s ??

 

On regrettera toutefois qu’en s’inscrivant dans la lignée d’un Apitchapong Weerasethakul, Kavich Neang ne parvienne pas (comme le maître !) à « convaincre » -du moins à entraîner l’adhésion du spectateur-, dans les moments fantasmés oniriques ou plus contemplatifs (quand Samnang par exemple arpente les coursives du bâtiment et qu’apparaissent les « fantômes du passé »)

Hormis ces quelques réserves, White building est un film à voir !

Assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze  

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 05:01

Bouleversés par l’art, transcendés par la pratique artistique, tous les humains ont accès au sublime, même ceux qui partent de loin. Dès lors, nous devons revoir nos préjugés sur ceux que nous considérons comme des artistes légitimes. Ce constat est au carrefour des trois documentaires sélectionnés par KuB parmi les films étoilés en 2021 par la Scam : 

 

    - Danser sa peine de Valérie Müller 

    - Le monde est un théâtre d'Anouk Burel 

    - Celui qui danse d'Olivier Lemaire 

 

Jusqu’au 31 janvier, profitez en accès libre de ces trois documentaires primés qui donnent la parole à des passionnés prêts à bousculer toutes les barrières sociales pour atteindre leur rêve.

Les étoiles 2021 sur KuB

Documentaires étoilés de la Scam

Danser sa peine "Elles s'appellent Sylvia, Litale, Sophia, Annie et Malika. Elles sont incarcérées aux Baumettes à Marseille dans le quartier des longues peines. Pendant quatre mois, deux fois par semaine elles vont suivre l'atelier du célèbre chorégraphe Angelin Preljocaj. Le film raconte l'histoire de ce projet bouleversant et audacieux d'entraîner et de faire danser les détenues qui se produiront hors les murs sur une scène prestigieuse, celle du Pavillon noir à Aix et à Montpellier au Festival international de la danse."

 

Le monde est un théâtre  "On le sait, dans un monde obsédé par la performance et la séduction, le handicap est doublement malvenu. Des soubresauts de mauvaise conscience individuelle et collective nous conduisent à leur ménager une place, à leur porter assistance. Or les valides ont beaucoup à apprendre des personnes handicapées. La preuve par le film d’Anouk Burel qui nous met en présence d’une troupe de comédiens en situation de handicap, dont elle suit le cheminement au fil des répétitions de leur prochain spectacle. La manière dont chacun d’entre eux parvient à dépasser ses limites, à ruser avec ses déficiences pour qu’advienne le moment de grâce, cette lutte permanente est pour le moins inspirante. En les regardant à l’œuvre l’on pourrait même oser avancer que leur folie leur permet de donner aux textes – Shakespeare, Racine, Novarina – une dimension nouvelle. Laissez-vous emporter par le monologue intérieur de Thierry, acteur principal de Le monde est un théâtre."

 

Celui qui danse "Soane, jeune rugbyman métis, est admis au conservatoire de Bordeaux. Face au miroir du studio de danse, il est entouré de jeunes femmes blanches, autant d’incarnations de la grâce. Pour se trouver là, il a dû surmonter bien des obstacles et se passer du soutien de ses proches. Des chaussures à crampons aux ballerines, Celui qui danse est un éloge de l’audace et de la réussite pour tous, un film sur les corps adolescents qui s'ouvrent au monde.Pour Soane, le rêve hors de portée devient peu à peu réalité. Le plus difficile pour lui sera finalement d’obtenir son bac. Dès lors, le spectateur est émotionnellement solidaire de ses réussites et de ses difficultés.

Olivier Lemaire filme avec élégance ce parcours d’émancipation par la danse et le rapport de son héros à son milieu de départ, dont il devient un transfuge."

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 08:32

Premier long métrage de Karin Heberlein (Suisse 2020)

avec  Ania Gada  (Sami)   Rabea Lüthi Rabea (Joe)  Jana Sekulovska  (Leyla )  Karim Daoud  (Nadi)

 

 

Zurich Film Festival 2020, Focus Competition Zurich Film Festival 2020, Audience Award

 

à voir sur Arte Kino 

 

Voter pour vos films - ARTE Kino

 

 

Sami, Joe et Leyla ont seize ans et sont prêtes pour le meilleur été de tous les temps. Enfin, la vie peut commencer, comme elles l'avaient toujours imaginé. Mais ce que l'été leur réserve n'a rien à voir avec leurs rêves. Au contraire. Il leur arrache le tapis sous leurs pieds. C'est nager ou couler - et couler, comme le savent les trois amies, n'est pas une option.

Sami Joe und Ich

Non pas un énième film sur l’adolescence et le passage difficile vers ce qu’il est coutume d’appeler « l’âge adulte » mais un portrait sensible sincère ( ton juste) de l’amitié au moment où s’imposent des choix décisifs et que l’on bascule vers…ou dans…

Avec cette devise comme fil d’Ariane que Leyla, la narratrice,  emprunte à sa mère

« Garde toujours dans ton âme plus de rêves que la réalité ne peut en détruire »

 

Construit comme un drame en plusieurs « actes » il débute par des séquences au rythme enlevé- avec une alternance entre scènes d' extérieur où les adolescentes se confondent dans l’unité du trio et scènes de la vie familiale -où chacune doit assumer des relations plus ou moins complexes avec ses parents, et dans un cadre de vie spécifique.

C’est l’été : on rit bavarde on se confie des secrets on s’éclate on caresse des rêves fous et ce, dans cet environnement de barres d’immeubles que la réalisatrice filme en plongée ou contre plongée pour mieux opposer la compacité verticale aux aplats des espaces verts

C’est l’été et la fin de l’année scolaire.

 

Progressivement la confrontation avec le « monde du travail » (Leyla puis Joe) et l’insoutenable éducation punitive (Sami) risqueraient de balayer les « rêves » liés jusque-là à l’insouciance de l’été (conçu comme un temps lequel on peut profiter de la liberté retrouvée) et de fissurer l’amitié ? MAIS

Garder la tête haute ! malgré tous les malgré ! sauvegarder cette amitié seule « planche de salut » dans ce monde où des adultes autoritaires pervers mesquins cherchent à les déstabiliser. Seule l'enseignante Mme Novak (Linda Olsansky)   semble être à l’écoute de ces adolescentes !

Il est des stigmates indélébiles ! (cf les gros plans sur le visage devenu sérieux de Joe ou les pleurs qui perlent sur celui de Sami) ! il est des vengeances redoutables (ici ne pas spoiler)

 

Authenticité et naturel ! oui c’est bien la qualité d’une interprétation, qui colle au quotidien, au service d’une interrogation sur la « normalité » et les formes que revêt le combat pour « survivre »

 

Un film à voir de toute évidence

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

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