9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 07:34

de Maryam Touzani (France Maroc)

avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae  Belkhaouda

 

Présenté à Cannes  (Un certain Regard) 

Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d'une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d'imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l'essentiel.

 

Adam

La mort n’appartient pas aux femmes (Abla)

Peu de choses leur appartiennent (Samia)

 

C’est un film de femmes, c’est un regard de femme sur des femmes (entendons par là que le regard de la réalisatrice épouse celui de ses deux personnages féminins) et à travers le parcours de Samia et Abla c’est un état des lieux de la société marocaine dans ce qu’elle comporte de plus traditionnel machiste et misogyne : la grossesse hors mariage, illégale, est sévèrement  punie (Samia le sait et préfère donner son enfant à l’adoption "avec moi il serait condamné") et une veuve ne peut accompagner son époux dans sa sépulture (Abla le rappellera, triste et mezza voce lors d’une confidence à Samia)

 

Nous sommes à Casablanca. La Médina. Une jeune femme enceinte frappe désespérément à toutes les portes pour offrir ses services de coiffeuse, de "bonne"  à tout faire. Refus réitérés. Nous cheminons à ses côtés dans les ruelles.

A partir du moment où Abla (pâtissière) accepte de l'aider et lui offre l'hospitalité (sa gamine de 8 ans a joué le rôle d'intermédiaire...),  la réalisatrice filme en intérieur. Plans serrés,  jeux d'ombre et de lumière, ocres bruns et mordorés -un travail remarquable de Virginie Surdej directrice de la photographie. Ces effets de clair-obscur rappellent certaines peintures, et ils sont en harmonie avec toutes les zones d'ombre et les secrets d'un film à la fois pudique et sensuel .

Certes il y a quelques échappées -sur les toits de la Médina, ou dans les ruelles quand le four tombe en panne-; certes il y a cette fenêtre  destinée au commerce et c'est par elle qu'un homme éperdument amoureux fait la cour à Abla; puis il y aura la fête de l'Aïd - mais les participants seront comme floutés...

 

L’essentiel est bien dans cet espace clos où insularité et sororité se rencontrent, se conjuguent et s’épousent.

Un apprivoisement réciproque que les deux actrices Lubna Azabal (rappelez-vous sa prestation dans  Incendies) et Nisrin Erradi incarnent avec une force et une justesse telles qu’on oubliera quelques longueurs (plus ou moins complaisantes)

 

Un film à ne pas manquer!

 

Colette Lallement-Duchoze

Adam

 

 

Tout a fait d'accord sur la "justesse" de ce  film surtout pour la description, toute en délicatesse de l'évolution des rapports entre les deux femmes ;de l'hostilité à la connivence et l'échange des savoirs.
 
Un petit bémol ; la fin, prévisible et donc attendue, sur le triomphe de l'instinct maternel.
Cette réserve ne doit pas vous empêcher d'aller le voir.
Marcel Elkaïm 9/02/20

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 07:00

de Jacek Borcuch (Pologne) 

avec Kystyna Janda, Kasia Smutniak, Lorenzo de Moor, Robin Renucci

 

prix de la meilleure actrice festival du film de Sundance 2019

Maria Linde, poétesse et prix Nobel juive polonaise, s’est retirée loin des mondanités et des conventions dans la paisible campagne de Toscane. Elle y vit libre et heureuse, entourée de sa famille, de ses amis et de son jeune amant égyptien. Mais la tension monte dans la vieille Europe comme dans sa petite ville où les réfugiés affluent. Refusant l'hypocrisie ambiante, Maria accepte une ultime remise de prix, et revient dans l'espace public avec une déclaration qui fait scandale.

Un soir en Toscane

Le brouillard ne sait plus/ S'il est porteur de terre ou de nuage/ Il ne sait pas parce qu'il n'a pas à la savoir/ Il ne sait pas. Il fait ce qu'il a à faire/ Et les autres n'ont rien à dire"

Maria Linde est poétesse.

Mais elle n'existe que dans la fiction de Jacek Borcuch (et l'actrice polonaise Krystyna Janda, l'interprète solaire de Wajda, l'incarne avec cette ardeur et cette passion auxquelles elle nous avait habitués). Construite à partir d'icônes de la culture occidentale elle  serait de l'aveu même du cinéaste " un mélange de Patti Smith, Susan Sontag, Bob Dylan, Oriana Fallaci et de beaucoup d'autres. Elle est quelque part entre la poésie te le punk".

Un artiste a-t-il le pouvoir de s'opposer "à la brutalité du monde" , à la frilosité des états européens dans leur politique d'immigration? Comment réagit-il face aux actes terroristes? Le réalisateur n'a pas la prétention de faire un film politique ni de donner des réponses toutes faites. Il met en évidence -en les rendant palpables- les questionnements (sur les réfugiés entre autres) et certaines réponses (xénophobie, embarras) seront incarnées par des personnages. Loin du "politiquement correct" voici Maria Linde. Or son discours prononcé après l'attentat perpétré à Rome, lors de la remise du prix...qu'elle refuse...peut laisser pantois...Il faudra l'ultime rencontre avec le journaliste du Monde pour que la poétesse "explique" ses propos et ce, avant qu'elle ne soit "muselée" (à noter ici, sans la dévoiler, que la dernière séquence pèche par un excès de facilité ...)

Or la seule personne dans le film qui aimait la complexité de Maria, sa vitalité, son énergie, son  refus de pactiser avec la peur, est précisément Nazeer son jeune amant. Elle, la métaphore de la culture occidentale? de l'Europe? Lui,  l'emblème de la culture orientale? victime de la xénophobie (effets collatéraux du discours de sa maîtresse)

 

Des visages des corps que la semi-obscurité réduit à des silhouettes, alors que vogue le bateau; c'est la scène d'ouverture. Une même atmosphère enveloppe la cité de Volterra; ambiances nocturnes ou du moins crépusculaires avec tous les effets de clair-obscur. Clair-obscur -Ombre/Lumière- qui semble épouser d'ailleurs les jeux de contrastes qui parcourent tout le film, dont celui qui oppose l'insouciance de Maria (au volant de sa Porsche par exemple) et l'angoisse de sa fille qui se mure dans un silence de désapprobation

Au moment de l'attentat (à Rome) c'est une vision quasi apocalyptique qui envahit l'écran -une balafre traumatisante à l'échelle cosmique-; ce que confirmera Maria  dans son discours (qui l'assimile à une "oeuvre d'art")

 

Intimiste et métaphorique,  récit sur la peur -qui assaille  les Européens-  Un soir en Toscane est un film que je vous recommande! Vivement !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Intéressant  par tous les thèmes abordés (peut-être un peu trop ?)

mais il est un peu difficile de suivre les méandres de l'action.
La dernière séquence  , métaphore un peu lourde, permet de découvrir quelques aspects de cette belle ville qu'est Volterra.
 
Marcel Elkaim 9/02/20

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5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 09:53

Documentaire réalisé par Mariana Otero (France)

A peine âgé de 30 ans Gilles Caron au sommet d'une fulgurante carrière de photo-reporter, disparaît brutalement au Cambodge en 1970. Il aura été l'un des témoins majeurs de son époque, couvrant les plus grands événements historiques et sociaux 

Histoire d'un regard

Au départ, un livre consacré à Gilles Caron que reçoit la réalisatrice Mariana Otero. Elle l’ouvre et nous le découvrons en même temps qu'elle. Premier plan.  Scène d'ouverture

Au départ une photo et son écho :celle des deux filles de Gilles Caron que Mariana Otero met immédiatement en parallèle avec les dessins de sa mère (disparue elle aussi).

Au départ un geste, une connivence, une correspondance entre le "regard" de la cinéaste et le regard du photographe.

 

À partir d’un disque dur -les 100 000 photos, les planches-contacts, les rouleaux- c’est une vie, c’est un tout à déplier et mettre dans un certain ordre, c’est un regard à capter!

 

Celui d'un  photographe disparu en 1970 qui avait couvert la guerre des Six Jours, le Biafra, la guerre du Vietnam, mai 1968, l’Irlande du Nord, et le Cambodge…Grand reporter de guerre, Gilles Caron a aussi immortalisé sa propre famille, la jet set parisienne, le travail de cinéastes sur leur lieu de tournage (Truffaut Baisers volés par exemple). 

Mariana Otero s’adresse à lui (voix off) le tutoie, comme un "double artistique" ?.Ses questionnements supposés (sur la position du regardeur face à ce qu’il veut immortaliser, sur l’angle de vue, sur l’instant magique où il appuiera sur le déclencheur) ses tâtonnements, ses réponses elle se les approprie, les fait siens (la longue séquence consacrée à Cohn-Bendit le prouve aisément). Elle épouse ainsi son regard et invite le spectateur à partager cette démarche.

Spectateur qui, conscient de la charge émotionnelle et politique des images, sait que la photo doit être contextualisée, qu’elle n’est pas "innocente" qu’elle peut être "indécente" dans sa volonté même d’alerter l’opinion (cf Caron photographie Depardon qui photographie un gamin biafrais squelettique …) qu’elle peut exhumer un passé que l’on croyait enfoui  (cf les séquences en Irlande où Mariana Otero presque 50 ans après la guerre civile, part à la rencontre de ces personnes qui manifestaient en 1969 et que Gilles Caron avait photographiées à découvert ou non. Regard émerveillé de cette femme âgée qui se (re)voit jeune fille telle une icône dans un environnement de gravats!)

 

Histoire d’un regard ce n’est pas un simple documentaire sur un photographe, c’est une proximité entre une cinéaste et un artiste de l’image

Et voici que le temps se fige

alors que palpite l’acuité d’un regard

 

Un bel hommage à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 11:36

de Ritesh Batra (Inde) 

avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya  Malhotra, Farrukh Jaffar

Raphi, modeste photographe, fait la rencontre d’une muse improbable, Miloni, jeune femme issue de la classe moyenne de Bombay. Quand la grand-mère du garçon débarque, en pressant son petit-fils de se marier, Miloni accepte de se faire passer pour la petite amie de Rafi. Peu à peu, ce qui n’était jusque-là qu’un jeu se confond avec la réalité…

Le Photographe
Le film  “The Lunchbox” que les Rouennais ne peuvent oublier, car il est toujours à l’affiche de l’ancien cinéma Le Melville....aimeront aussi ce très bon film d’amour à l’indienne du même réalisateur.
 
L’histoire est simple : l’impossibilité pour un jeune couple de se marier s’ils appartiennent à des classes sociales différentes. Tout l’art du réalisateur est dans la manière de traiter ce sujet. Finesse, intelligence, retenue, intensité, émotion, tendresse sont les qualités premières de cette fiction réaliste, en y ajoutant une pincée d’humour et d’exotisme. Cela nous ravit.
 
Un tableau bien filmé sur Bombay en période de mousson, aux couleurs changeantes tantôt claires (extérieur jour) ou sombrement tamisées (les intérieurs de nuit)... le spectateur voyage dans ce pays fascinant et (re)découvre la vie des pauvres, telle cette domestique à domicile qui déplie sa couverture-lit tous les soirs pour dormir dans un bout de couloir, ou ces hommes trentenaires aux petits métiers entassés dans un gourbi pour économiser l’argent qu’ils envoient au village,  comme le fait également la domestique à demeure au foyer de la jeune fille... (l’émigration en Inde est aussi et surtout en interne)
 
La jeune étudiante qui vit en vase clos urbain confortable est curieuse de ce monde qu’elle ignore, et la lucidité douloureuse du photographe, sont ensemble les ingrédients subtils qui vont nous tenir en haleine dans cette histoire d’amour naissant. Le déroulement final, surprenant contre-pied du cinéma bollywoodien, apporte toute sa puissance au scénario.
 
Un film très réussi, authentique, à voir !
 
Serge Diaz

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 17:41

d'Olivier Assayas  (France, Brésil)

avec Penélope Cruz, Edgar Ramirez, G. Garcia Bernal

La Havane, début 1990. Alors que la guerre froide touche à sa fin, le département du contre-espionnage cubain envoie cinq hommes surveiller un groupe anti-castriste basé en Floride. à Miami, responsables d'attentats sur l’île. Cuban Network est l'histoire vraie de ces espions qui ont accompli leur travail en territoire ennemi

 

Cuban Network

Pour démêler les arcanes de la géopolitique, le cinéaste Olivier Assayas mêle étroitement deux genres narratifs : celui de l’espionnage, du contre espionnage (auquel il emprunte les codes ou les revisite) et celui de l’"intrigue"  sentimentale, (en célébrant l'amour qui unit Olga et son mari R Gonzales). Mais ce faisant, il est loin d’emporter l’adhésion du spectateur (même si on regarde avec un intérêt certain et sans trop s’ennuyer, son nouveau film Cuban Network)

Pourquoi ?

Certes, les mouvements de caméra dans la tourmente, les vues aériennes sur La Havane, le tempo qui fait alterner rythme soutenu et "pauses", les changements de point de vue, les jeux de lumière de clair-obscur, la récurrence de l’élément liquide (lieu de tous les trafics dont certains mortifères) tout cela est éminemment cinéphilique (et  cinégénique)

Mais à l’instar du sujet aux multiples ramifications, (de la constitution du réseau, de ses actions avec rebondissements inattendus, jusqu’à l’emprisonnement et au procès), la construction du film obéit à une structure qui complexifie les "données". Comme Olga (Penelope Cruz), nous sommes tentés de croire  dans un premier temps que son mari R Gonzales (Edgar Ramirez) est un « traître » quand il s’empare d’un avion et rejoint d’autres Cubains « exilés » anti-castristes,  en Floride. Puis annoncé par un encart, voici un flash-back qui nous ramène 4 ans en arrière, et qui doctement explique (voix off) la genèse du réseau des 5, puis ce sera le retour au présent, éclairé désormais d’un jour nouveau... Et Olga de soupirer j''ai besoin de temps...  De La Havane à Miami, de Miami aux pays d’Amérique centrale, de trahisons (ou prétendues telles) en révélations, d'escroqueries et mensonges en manipulations et corruptions, d’attentats sur le sol de Cuba en contre-attentats, du discours de Clinton à celui de Fidel Castro, d’accélérés en ralentis, des intérieurs feutrés américains à ceux délabrés de l’île, du rôle hypocrite du FBI à celui de dissidents,  tout dans ce film souffre d’une carence : une "dimension réflexive"  fait cruellement défaut (alors même, et c’est le paradoxe, que le cinéaste tente de tout expliquer, "scolairement" d’ailleurs…)

L’affiche aurait dû nous alerter : au tout premier plan le "couple":  couple- acteurs  "bankable" ou couple embarqué dans le flux de l’Histoire ?

 

Colette Lallement-Duchoze


 

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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 04:56

 

du 4 au 11 février 2020

 

 

cinéma Ariel

Place Colbert

Mont Saint Aignan 76130

 

 

Tél. prog  +33 (0)2 35 70 97 97

       adm  +33 (0)2 35 15 25 99

 


 

 

Soirée d’ouverture, mardi 4 à 20h

Paris est toujours Paris

et Verre de l’amitié à l’issue de la séance.

 

Mercredi 5 à 20h

De l’autre côté, nous étions des étrangers.

En première partie la chorale du Circolo italiano, sous la direction de Patricia Duchesne. Rencontre avec Frédéric Conti et Fabice Tempo

 

Rencontre Avec Marie-Pierre Lafargue, enseignante en cinéma.

À l’issue de la séance du film Et vogue le navire le samedi 8 à 20h30

et à l’issue du film Répétition d’orchestre le dimanche 9 à 16h30

 

Exclusivité, samedi 8 à 16h30

L’Apprenti de Davide Maldi

 

Avant-première lundi 10 à 20h

du film Citoyens du monde vostf

 

Clôture de la Semaine italienne, mardi 11 à 20h

avec le film Golden door.

 

Restauration

Restauration légère proposée en soirée par le Circolo italiano les 5, 6, 7, 8, 10, 11 février.

 

Les billets pour les adhérents du Circolo italiano sont en vente uniquement au local de l’association 30 rue des Charrettes à Rouen et les soirs de restauration (carte d’adhérent en cours de validité obligatoire).

 

Les séances sont ouvertes à tous dans la limite des places disponibles (sauf soirée d’ouverture : billets Circolo “ouverture” prioritaires).

 

Tarifs : plein 6,40€ / réduit 3,50 €

 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 08:15

d'Abdel Raoul Dafri (France)

avec Johan Heldenbergh, Linh-Dan Pham, Olivier Gourmet , Lyna Khoudri

Alors qu’il n’est plus que l’ombre du guerrier qu’il était en Indochine, le colonel Paul Andreas Breitner se voit contraint de traverser une Algérie en guerre, à la recherche de son ancien officier supérieur : le colonel Simon Delignières, porté disparu dans les Aurès Nemencha, une véritable poudrière aux mains des rebelles.

 

Qu'un sang impur

Disons- le sans ambages, Qu'un sang impur ne convainc pas du tout.

Le réalisateur connu comme scénariste (Un prophète, Mesrine entre autres) s’attaque pour son premier long métrage à une époque-clé de la guerre d’Algérie (on est en 1960 soit un an après le plan Challe -tentative de négociation avec le FLN tout en gardant l’État français en position de force). Abdel Raouf Dafri en faisant la promo de son film,  affirme avec aplomb "mon film montre avec justesse et vérité ce qu’étaient les comportements des rebelles algériens et des soldats français pendant cette guerre"

 

On laissera de côté les invraisemblances ("historiques") car après tout Qu’un sang impur n’est pas un documentaire mais une fiction s’inspirant  de faits sinon réels du moins relatés 

Le mini commando renvoie pour le recrutement aux "douze salopards"  d’Aldrich de même que le colonel Simon Delignières rallié au FLN (interprété de façon outrancière voire grotesque par Olivier Gourmet) peut rappeler le Marlon Brando d’Apocalypse Now...

 

La scène d’ouverture donne le ton et pour le fond et pour la forme : violence qui gicle sans ménagement à la face du spectateur et refus de tout manichéisme – la barbarie n’est pas l’apanage d’un camp (comme le souligne l’ambiguïté de l’affiche?)

Et dès que l’on suivra le mini commando (pour la fiction Andreas Breitner qui  " a fait"  l’Indochine a pour mission -étrange mandataire que la mère de Delignières- de rapporter au moins une petite relique du fils qu’elle croit disparu…) on ne sera jamais épargné : massacres rackets et le sang (impur forcément impur …) qui dégouline. Tout cela accentué par  la musique d’Eric Neveux

 

Comme s’il fallait tout ficeler à coup d'adrénaline, pour dénoncer la barbarie. Car et c’est là où le bât blesse:  la volonté d’en mettre plein la vue va l’emporter sur tout le reste. 

Les personnages sont souvent réduits à des caricatures ou récitent des formules toutes faites empreintes parfois de "moralisme" douteux,  quand ils ne sont pas assoiffés de sang...

Les paysages (le film a été tourné au Maroc) sereins ou somptueux offrent leur sublime placidité à la déraison des hommes .

Mais un écrin ne fait pas un film

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 19:19

de Jayro Bustamante (Guatemala) 

avec Maria Mercedes Coroy, Sabrina de La Hoz

 

Prix du public au festival Biarritz Amérique latine (28ème édition octobre 2019)

La Llorona : seuls les coupables l’entendent pleurer. Selon la légende, la Llorona est une pleureuse, un fantôme qui cherche ses enfants. Aujourd'hui, elle pleure ceux qui sont morts durant le génocide des indiens mayas. Le général, responsable du massacre mais acquitté, est hanté par une Llorona. Serait-ce Alma, la nouvelle domestique ? Est-elle venue punir celui que la justice n’a pas condamné ?

La Llorona

Pour le troisième volet d’une trilogie consacrée aux  "maux" du Guatemala -trois maux, trois mots tabous (indiens dans Ixcanul,  homosexuels dans Tremblements, et communistes dans La Llorona) Jayro Bustamante a choisi d’habiller une période historique (le génocide des années 1980) d’une légende, celle de la pleureuse;  mais en la délestant de ses oripeaux machistes ; elle devient une justicière qui va hanter le général (condamné mais acquitté)

 

L’essentiel du film est un huis clos familial -enfermement qui se prête d’ailleurs aux plans séquences- à l’intérieur d’une maison somptueuse ; loin d’être refuge, cette villa  est  " assiégée"  de l’extérieur par des manifestants qui réclament justice et pleurent les disparus ; cette foule avec ses cris ses slogans sa musique (flûte) certes hors champ est un personnage à part entière celui qui harcèle martèle sa colère et qui dessillera les yeux de l’épouse et de la fille ; le général quant à lui toujours dans le déni a besoin -"pour être touché dans son âme, de quelqu’un qui vienne de l’au-delà" (propos du réalisateur revue de presse)alors oui en proie à des hallucinations auditives il est visité par une Llorona incarnée par la nouvelle domestique qui le confronte à son passé de génocidaire !

 

Les mouvements de caméra, la maîtrise des cadres, une ambiance quasi sépulcrale contribuent non seulement à mêler réalisme et fantastique mais à moduler l’angoisse -comme dans un thriller- entraînant le spectateur dans cette plongée cauchemardesque. Et l’alliance entre fantastique et politique ne participe-t-elle pas du  " réalisme magique"  que revendique le cinéaste ?

Cheveux longs qui ruissellent, blanc albâtre des robes, lumière coruscante ou blafarde, regards hagards, visages figés par la peur, visions d’horreurs, tout concourt à briser le tabou qui continue à peser sur les 36 années de guerre civile et à stigmatiser l’impunité des responsables

 

 "il y a des morts qui ne font pas de bruit, Llorona -pleureuse-, et leur peine est plus grande"  (extrait du chant la Llorona que l’on entend in extenso alors que défile le générique de fin) 

 

A ne pas rater!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 08:30

de Carlo Mirabella-Davis (USA)

avec Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O'Hare

 

Prix spécial Deauville 2019

 

Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad… Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ?

Swallow

Une coiffure bien lisse, une nuque, des couleurs pastel, des vitres (miroirs), une villa moderne avec piscine (vallée de l’Hudson) il aura suffi de quelques plans à Carlo Mirabella-Davis pour évoquer un univers froid glacé désincarné .Celui où évolue la jeune Hunter en femme apparemment soumise, épouse modèle, belle-fille obéissante. Univers aseptisé dirigé par des machos (le mari  et son  père tout comme ils sont censés diriger leur entreprise).

 

La mièvrerie affichée serait-elle feinte ? une façade? Ce visage lisse va se fissurer quand Hunter enceinte est victime de cette "maladie"  (le pica) : altération du comportement alimentaire avec ingestion compulsive d’objets pour le moins incongrus (et dangereux) : une bille, une punaise, une pile. 

L’étrangeté initiale se métamorphose progressivement en cauchemar grâce à un vertigineux crescendo (gradation calculée) De très gros plans sur les objets (à avaler à restituer) sur le visage (yeux égarés, coloration des pommettes) alternant avec des plans larges fixes (décor environnement) contribuent à rendre palpable (jusqu’à pénétrer dans le corps même) l’idée sous-jacente : celle d’une délivrance (le mal vient de si loin!!!) qui passera par le corps par la matière;  et rien ne sera laissé au hasard (le rouge du sang le brun des excréments ou de la terre ) dans cette (ré)appropriation du corps !

L'actrice Haley Bennett interprète avec une incroyable vraisemblance cette femme-enfant à la voix fluette tout comme les expressions de son visage font passer toute une palette d’émotions

 

On ne peut  "raconter"  le cheminement de Hunter (poupée docile qui réussit à s’émanciper) mais on peut mettre en évidence le contraste qui oppose les images du début - celles d’une façade derrière laquelle se lovent douleurs souffrances enfouies depuis des années- et celles d’une vie hors bulle sur les goudrons de la Vie enfin retrouvée

 

Un film qui pèche précisément par  sa volonté démonstrative comme si la "rationalisation"  (amorcée avec les séances de psy) venait entacher la part d’angoisse existentielle et la démarche cathartique (que la première partie du film avait si bien exploitées!)

Mais peut-être n’était-ce pas l’intention du cinéaste…

à vous de juger !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Swallow

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 08:30

Documentaire réalisé par Renaud Barret  (France, République du Congo)

"Système K." comme Kinshasa. Au milieu de l’indescriptible chaos social et politique, une scène contemporaine bouillonnante crée à partir de rien, crie sa colère et rêve de reconnaissance. Malgré le harcèlement  des autorités et les difficultés personnelles des artistes, le mouvement envahit la rue et plus rien ne l’arrêtera ! 

 

Système K

vivre dans la capitale est une performance en soi

notre pays invente en permanence les conditions de sa propre survie

où va notre pays ? s’offusque une passante quand des badauds regardaient, curieux, cette maison construite avec des machettes , et que certains entravés furent  conduits au poste « mais ils n’ont rien fait »

Relier étroitement la pulsation artistique de performeurs peintres sculpteurs et celle de la ville n’est-ce pas le fil conducteur de ce documentaire coup de poing ?

 

Nous sommes à Kinshasa, une ville grouillante ; une fourmilière qu’illustrent des vues aériennes ou des prises de vue à même les trottoirs et notre "promenade" est accompagnée par la musique du groupe local Kokoko et par le sculpteur Freddy Tsimba. Ébahis nous allons assister à des happenings des performances,  être pris à partie. Voyez cet homme peinturluré de blanc qui vous prend par la main comme une invite à.., regardez sur les toits cet autre en transe avec ses cornes de zébu ou encore cet astronaute dont le costume est fait de matériaux de récup. Car tout est affaire de récupération chez ces artistes. Ainsi dans les poubelles les décharges ou auprès de revendeurs on se fournit en douilles machettes fusibles ampoules crânes de singe. Une montagne de déchets (comme si l’Occident qui exploite les sous-sols et spolie les richesses, s’en venait à recracher tout le surplus…). Le pillage des ressources -et un confondant retour de situation- ; les guerres fratricides (cette maison construite avec des machettes, le bain de sang) les discours des artistes interviewés et leurs œuvres sont éminemment politiques.

La rue est le lieu par excellence des monstrations et des revendications. Et ces artistes conscients des exactions (euphémisme) commanditées en haut lieu mais aussi des faiblesses d’un peuple encore inféodé à des croyances à leur irrationalité, offrent leur énergie créatrice, leur corps en un élan oblatif. Amener l’art là où les gens ont le plus besoin (il faut entendre la peintre Géraldine Tobe expliquer à des jeunes et moins jeunes une de ses toiles créée à partir du feu comme pinceau et de la fumée comme peinture)

 

Premier tableau. Extérieur nuit. Un étrange chariot surmonté de lampes est tracté dans les rues, précédé par cette figure de pantin ou de diable. Se rappeler qu’en RDC le taux d’accès à l’électricité est un des plus faibles de la planète et l’on sera plus sensible au grésillement des ampoules (de récup) et l’on comprendra cette farouche obsession de la soudure de la connexion du circuit qui anime les artistes jusqu’à cette performance où le corps reçoit la chaleur -quasi mortifère- de la cire qui goutte des bougies ou cette procession du « bain de sang »

 

Oui je vous invite à vibrer dans ce Chaos d'anarchitecture de désurbanisme et de darwinisme social, revisité par l'Art !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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