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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 12:09

Documentaire réalisé par José Luis Lopez-Linares

Espagne, France

Argument: 500 après sa disparition Jérôme Bosch, l'un des grands peintres flamands continue à intriguer avec une oeuvre aussi fascinante qu'énigmatique. A travers "le jardin des délices" historiens de l'art, philosophes psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps

Le mystère Jérôme Bosch

Plus appréhension d'une oeuvre que tentative d'explication, le documentaire de José Luis Lopez-Linares fait la part belle à des commentateurs venus du monde entier -romanciers, philosophes, historiens d'art, conservateurs de musée, peintres, chanteurs, psychanalystes ou neuroscientifiques -un grand absent toutefois le cinéma! Chaque intervenant est filmé le plus souvent de profil. Mais c'est sur les visages de touristes,  contemplant au Prado,  "le jardin des Délices" que se manifestent l'étonnement et l'émerveillement. C'est sur eux (filmés de face ou de profil, en groupe) que s'ouvre le film; par un effet spéculaire l'oeil du spectateur - qui n'a pas encore accédé à la "révélation" - est  attiré par celui du regardeur subjugué ou intrigué par ce qu'il voit...

 

Un documentaire foisonnant au  rythme  enlevé. Certes.

Le découpage multiplie gros plans sur des détails avant de les replacer  dans le grand Tout. Il insère aussi des images d'archives -pour la contextualisation-, confronte l'oeuvre à la tapisserie "la dame à la licorne" ou à des toiles plus récentes (Dali); la met en résonance avec des événements tels que Woodstock ... tant la modernité de Jérôme Bosch est évidente!! Une musique éclectique (Bach, Arvo Pärt entre autres, ou Brel qui chante en flamand son plat pays) accompagne cette célébration

 

Et pourtant  le contraste est vertigineux entre la démarche du cinéaste et l'inventivité délirante, l'imagination débridée du peintre. Si le rythme souvent échevelé semble faire écho à l'exubérance labyrinthique du tableau, la multiplicité des points de vue loin d'illustrer une évidente polysémie, (et le mystère restera entier) enferme certains commentaires  dans une forme de tautologie (et les remarques de Michel Onfray sont d'une banalité effarante) De plus, les intervenants -hormis peut-être Barcelo- ne parlent-ils pas avant tout d'eux-mêmes? Et quid de l'ésotérisme ? (même si grâce à la radiographie, des "repentirs" et des retouches sont visibles)

 

Un moment qui tient du (faux)  "miracle" ; dans la profusion des détails, la caméra isole une  partition  "imprimée" sur des fesses; et voici qu'elle prend Vie quand une chanteuse professionnelle l'interprète  pour nous !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 
Bravo Colette, très bonne critique de ce film documentaire, rien à ajouter si ce n'est qu'on ressort un peu frustré de ne pas avoir eu connaissance de quelques explications concernant les symboles mais comme il est dit dans le film, Descartes n 'était pas né à l'époque où Jérôme Bosch peignait, et vouloir plaquer nos grilles d'analyse rationnelle sur un siècle où l'imaginaire l'emporte, serait folie
Serge Diaz    5/12/2016
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 07:18

de Shahrbanoo Sadat (Afghanistan) 

 

avec Sadiqa Rasuli, Qodratollah Qadiri

Présenté à Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)

Wolf and Sheep

Elle a 26 ans; Wolf and Sheep est son premier long métrage qu'elle a tourné à la frontière afghane du Tadjikistan  avec une équipe européenne et des comédiens non professionnels venus de l'Afghanistan voisin

 

Voici le quotidien d'une communauté villageoise où les tâches sont réparties en fonction de l'âge et du sexe (enfants/adultes; filles/garçons, femmes/hommes). Répartition immuable que met en évidence un montage alterné. Même si le point de vue adopté est souvent celui de la gamine Sediqa (à l'écart à cause de ses problèmes de vue; aussi quand le garçon prend le temps de lui "montrer" le tressage et ses couleurs, la caméra qui divisait en cloisonnant cadre les deux enfants en des duos assez "émouvants")

Une vie presque sauvage rythmée par les saisons les départs les rites (le film s'ouvre sur l'inhumation d'un homme et le sacrifice d'un mouton) les arrangements (on négocie du bétail comme on négocie un mariage) le travail est répétitif et la morale empreinte de fatalisme

Mais les enfants ces bergers ont déjà la chair et l'esprit lacérés, la mémoire comme piétinée, même si leur langue frappe par sa truculence triviale. C'est que tous ces êtres semblent être faits de la rudesse minérale des montagnes ou du moins ils font corps avec la montagne immémoriale. La caméra la magnifie en vastes panoramiques tout comme elle magnifie des visages en gros plans

Dès lors la chronique se mue en un  chant  qui psalmodie cette osmose;  chant de la douleur, de la vie et de la mort; un chant venu du fond des âges où s'invite le fantastique (récurrence de cette scène nocturne où apparaît un lycanthrope en ombre portée ou cette femme nue, déesse des légendes)

 

Mais les couleurs si éclatantes des habits féminins (foulards jupes bleus rouges ou verts) qui se mariaient avec le fond ocre ou gris vont partir en éclats, emportées dans la tourmente...

On a annoncé la venue d'hommes armés!

La guerre, profanatrice??

Le devenir de cette communauté -condamnée à fuir....- restera hors champ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 17:24

De Vincent Perez

avec Emma Thompson, Brendan Gleeson, Daniel Brühl

Seul dans Berlin
Une bonne surprise cinématographique : l’adaptation de l’excellent roman d’Hans Fallada ”Seul dans Berlin”.
 
Contrairement à ce qu’en dit Télérama, j’ai trouvé l’adaptation fidèle à l’esprit du roman.
Le choix des acteurs anglais et la VO en anglais surprennent au début mais Emma Thompson et Brendan  Gleeson dans les rôles principaux sont si bons qu’on oublie ce transfert.
 
Suspense garanti, reconstitution soignée d’un Berlin en pleine guerre truffé de croix gammées et d’un peuple aux ordres d’un fou furieux. Cependant deux petites voix s’élèvent contre cette dictature insupportable, celles d’un couple de gens modestes qui ont perdu leur fils à la guerre. Leur résistance héroïque nous fait trembler de peur, car la moindre rébellion est punie de la peine capitale. La solitude du couple au milieu des voisins hostiles ou d’autres plus humains mais impuissants est très bien décrite, leur détermination et courage forcent l’admiration.
 
Vincent Perez, en tant que réalisateur, nous surprend car nous ne nous attendions pas à un tel talent.
Réflexion sur le nazisme et l’aveuglement d’un peuple aliéné, sur le courage de ceux qui résistent, ce film  vient à point pour nous rappeler qu’il ne s’agit pas seulement du passé, qu’un tel système d’écrasement existe ailleurs et pourrait revenir chez nous sous d’autres parures.
 
Oui vraiment ce film est à voir !
 
Actuellement au cinéma Pathé Gaumont (Docks Rouen)
 
Serge Diaz
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 15:54

de Wim Wenders (France Allemagne)

avec Reda Kateb, Sophie Semin, Jens Harzer

 

Les beaux jours d'Aranjuez

On peut déplorer un dispositif à la fois simple et alambiqué; on peut ne pas se sentir "happé" par un discours à la fois suranné et contemporain; on peut toujours quitter la salle; mais on aura raté des moments  essentiels...

 

Après des vues sur Paris, une capitale "déserte", nous voici propulsés à la campagne dans un paysage quasi édénique. A l'extérieur de la propriété, sur une terrasse, un homme et une femme, assis la plupart du temps, devisent sur le sexe, l'amour; ils échangent des souvenirs intimes heureux ou malheureux; évoquent la lumière, l'été; s'interrogent, refusent de répondre à des questions intempestives (ce n'était pas prévu). A l'intérieur  dans une pièce surchargée de livres, un homme est en train d'écrire ....cette  conversation... précisément! C'est l'été. Le vent fait frémir les branchages et les fleurs. L'écrivain regarde attendri "ses" "personnages"  devance leurs propos ou les récite avec eux; ceux-ci lui apparaissent comme dans un tableau de Magritte dans l'embrasure de la porte ou de la fenêtre (ah"la trahison des images"!)

 

Wenders s'inspire "librement" de la pièce de Peter Handke. S'il respecte" le texte, il ajoute la présence d'un énorme  juxe-box (personnage qui habite les pauses de l'écrivain) la musique de Lou Reed (séquence liminaire) celle de Nike Cave (que nous voyons d'ailleurs au piano dans une brève séquence); et nous verrons même Peter Handke dans le rôle furtif du jardinier...La pièce de cet auteur autrichien a pour sous-titre "un dialogue d'été"; dans le film de Wim Wenders les deux acteurs Reda Kateb et Sophie Semin jouent en décalé: le premier presque rohmérien la seconde presque durassienne; mais dans les deux cas l'artifice n'est pas exclu (choix délibéré?)

N'était-ce pas une gageure d'adapter cette pièce à l'écran?

Pas de plans fixes mais des champs contrechamps des travellings et de lents panoramiques tout cela en 3D. La caméra parfois caresse une expression du visage ou la nuque du personnage féminin. Si les deux personnages sont toujours auréolés de lumière, l'écrivain est souvent dans la pénombre (vision désenchantée de l'acte créateur? mélancolie de l'écrivain/cinéaste?) et à un moment l'auteur va quitter le champ de vision pour se confondre avec  le sous-bois (chronique d'une mort annoncée??) 

Dans les dernières minutes le décor s'estompe le ciel s'est gonflé de gris; et un zoom avant sur un tableau désincarne  "la Sainte Victoire" en  la réduisant à des pixels...

 

Quoi qu'en pensent des critiques patentés, j'ose affirmer que "les beaux jours d'Aranjuez" est un  film accompli tant du point de vue formel que réflexif

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 09:33

d'Asghar Farhadi (Iran) 

avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi 

Prix du meilleur scénario et prix d'interprétation masculine au festival de Cannes 

 

Argument: contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d'importants travaux menaçant l'immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l'ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple

Le client

Je me garderai bien de me prononcer sur la "morale" de ce film, tant les critères du spectateur obéissent à des schémas culturels conscients ou inconscients -certainement très éloignés de la culture iranienne. En revanche on peut être séduit (sinon vivement intéressé) par le scénario et la façon de filmer de Farhadi (encore que des symboles  nous échapperont)

Tout d'abord les jeux de mise en abyme . Dans le film, les deux personnages sont aussi acteurs (amateurs), on assiste aux répétitions: Emad est Willy, Rana est Linda dans  la  pièce d'Arthur Miller , Mort d'un commis voyageur. Si le procédé n'est pas en soi original, l'imbrication entre le vécu des personnages dans la capitale iranienne et le texte théâtral est ici très patente (déboires du couple dans le quotidien et complexité des relations humaines dans la pièce; mort d'un idéal dans les deux cas; ainsi la réalité filmée et la fiction théâtralisée s'appellent en se répondant)

Les fissures de l'immeuble (première séquence) trouvent un écho dans les lézardes du couple (suite à son agression Rana  refuse de porter plainte, elle est même tentée par le pardon, alors que  son mari buté autoritaire se veut justicier et met tout en oeuvre pour identifier l'agresseur et le "punir"  )

Comme dans "Une séparation" l'engrenage et l'enfermement sont illustrés par le jeu incessant des cloisonnements (parois portes passages)

Le bandage qui cache les cheveux de Rana après l'agression : simple précaution médicale? ou succédané du foulard? (dans le sens où il permettrait de contourner les règles imposées par le ministère de l'orientation islamique)

Le rythme souvent trépidant va s'alentir vers la fin avec d'une part la confrontation avec le "client" enfin identifié et d'autre part la scène finale de la pièce de théâtre: celle-ci obéit à une liturgie telle qu'elle laisse le public comme tétanisé par l'émotion (public composé essentiellement par les élèves d'Emad en un saisissant panoramique alors que le cercueil où gît Willy/Emad est nimbé de lumière)

 

Une trame assez limpide, malgré ellipses et rebondissements (dans la traque du  fameux "client"!!!) des qualités formelles indéniables et cette façon de filmer si particulière à laquelle Fahradi nous avait habitués depuis "Une séparation",  tout cela est en parfaite adéquation avec le  questionnement sur les valeurs ancestrales de la société iranienne et la peinture sans complaisance de ses travers! 

Le dernier plan sur les visages des deux acteurs qui se griment montre que le couple, désuni dans la vie,  peut "survivre" . Mais .... ne s'agit-il pas d'un simulacre de dénouement puisque  rien n'est résolu? Dénouement comme prologue d'un autre film???

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Quel grand film ! Les critiques ont descendu ce film de la manière la plus injuste et stupide qui soit. Télérama en tête pour qui un bon film iranien est un film obligatoirement censuré.
Le thème de la vengeance est traité avec finesse.

Donner l'avantage à une femme en ce qui concerne la force morale, la grandeur d'âme, voilà qui en dit long sur l'avant-gardisme tant politique que cinématographique de ce réalisateur génial qu'est Asghar Farhadi.

Si vous aviez aimé "Une  séparation", vite, courez voir ce film ! on en sort enrichi.

Serge 20/11/2016

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 14:45

d'Albert Serra (France Espagne)

avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d'Assumçao

La mort de Louis XIV
C’est un long film (1 H 55) en huis clos exclusivement sur l’agonie de Louis XIV emperruqué sur son grand lit baldaquin.
Les spectateurs qui s’attendent à une fresque historique avec hors champ sur le peuple et la cour, les intrigues et la misère à l’extérieur, seront déçus. Cependant on se laisse captiver  par la lenteur, la grande beauté des images -les cadrages la répartition ombre/lumière rappellent la peinture italienne et française post Renaissance 
Jean-Pierre Léaud joue sobrement, peu de paroles, des signes, des regards, des gestes très mesurés ; les médecins à son chevet ne sont pas ridicules mais impuissants.
 
Ces images sur une assez longue agonie (Louis XIV se meurt à 77 ans de la gangrène de la jambe) laissent le temps à l’esprit du spectateur de penser autour de la mort. Riche ou pauvre la fin  attend chacun de nous irrémédiablement, sans doute l’unique justice en ce bas monde. Qui n’a pas eu envie d’abréger la vie d’un être aimé qui se meurt et en même temps de supplier qu’il vive ?...
 
Ce film est original car il est le seul à ma connaissance à prendre comme seul sujet une agonie, et pas n’importe laquelle : celle de l’homme le plus puissant de son époque. Immense solitude  du mourant, incommunication  finale, terrible angoisse ou délivrance, tout dans ce film se déroule en non-dits à la faible lumière des bougies.
 
Serge Diaz
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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 07:21

Documentaire réalisé par Nikolaus Geyrhalter  (Autriche)

Homo Sapiens

Un film constitué uniquement de plans fixes plus ou moins longs (de 8 à 30 secondes) presque toujours en frontal -ils seront "miroirs" pour le regardeur. Un film sans paroles, sans commentaires (ni voix off, ni notations explicatives) uniquement des "images" sur des ruines des bâtiments  abandonnés, en état de décrépitude plus ou moins avancé, ruines témoins de l'activité de l'homo sapiens,  de son passage sur la planète. Voici des "lieux" publics -école, église, hôpital, usine, dancing, stade.. -une centrale nucléaire .- des engins militaires -cuirassé, tanks ...Intérieurs ou extérieurs; nous sommes  au Japon en Europe et en Amérique du Sud

Voici un plan moyen sur une carcasse de mobilier informatique; puis le plan s'élargit et une vue d'ensemble permet au spectateur de contextualiser; une vue prise à l'intérieur d'un blockhaus le plan suivant capte en extérieur cette forteresse gisant dans une mer de sable et de flots; sur un lac au loin se profile la silhouette d'un navire blanc, zoom avant: c'est un cuirassé ou du moins ce qu'il en reste....En l'absence de commentaires, il appartient au spectateur de décider lui-même, d'imaginer un scénario, de "voir" des scènes ( objets métonymiques que sont des vareuses accrochées à des patères et cette paire de chaussures posée à même le sol !!)

 

Dans ces décombres circule néanmoins un énorme souffle de Vie; celui des éléments naturels, de la faune et de la flore, dont témoigne tout un travail sur le son. Martèlement assourdissant de la pluie; ses "plocs" s'en viennent percuter le sol et le maculer de perles sonores ; mugissement du vent qui, s'engouffrant dans ces lieux désormais inhabités, fait voleter papiers, documents, livres, stores; vrombissement ou susurrement d'insectes; cri ou chant d'oiseaux . Et parfois c'est le silence - mais un silence habité! La Nature (cette fameuse "alma" chantée par Lucrèce) a-t-elle repris ses droits là d'où précisément l'homo sapiens s'était ingénié à la déloger? Une réponse  se donne (peut-être) à lire dans la comparaison entre le premier et le dernier plan. Mosaïques - à dominante rouge- miraculeusement préservées dans les entrailles du Buzludza,  c'était le plan d'ouverture. Au final sur fond presque opalin semble s'échapper du dôme/cheminée une fumée bleuâtre; mais le brouillard de plus en plus épais la fait disparaître progressivement; l'écran lui-même n'est plus qu'un rectangle à la blanche opacité...

 

Avons-nous assisté -témoins hypnotisés - à notre propre finitude??

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 20:00

De Ken Loach 

Avec Dave Johns, Hayley Squires, Sharon Percy

Palme d'Or Cannes 2016

 

Argument  Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l'aide sociale suite à des problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler il se voit signifier l'obligation de rechercher un emploi sous peine de sanction

Moi, Daniel Blake

Alors que défile le générique on entend -voix off- les questions d'une "professionnelle de la santé"; elles ne concernent nullement les problèmes cardiaques du patient qui le lui fait remarquer; on le rabroue; on le menace;.... Le ton est donné avant même qu'apparaisse son visage. Nous sommes en absurdie. L'administration tatillonne serait censée appliquer des lois d'où le bon sens et surtout l'humain sont bannis (plus tard les représentants de la police joueront un rôle similaire). Le combat sera forcément inégal. 

Ken Loach oppose ainsi deux mondes inconciliables -celui hérité de l'ère Thachter, celui de Cameron qui broie l'individu vivant dans la précarité et celui du peuple solidaire incarné par Daniel Blake. Opposition qu'illustrent ces face-à-face/entretiens/confrontations ou ces cloisons/séparations ou encore ces paroles échangées avec une voix fantôme au récitatif de robot. Certains spectateurs reprochent au cinéaste ce manichéisme (ridiculiser les uns, magnifier les autres). Mais son film n'est pas un documentaire (la réalité serait encore plus sordide....) et le peuple -qui est problème pour les politiques et économistes libéraux- reste pour lui une Cause à défendre coûte que coûte. De plus le cas Daniel Blake dépasse la frontière britannique ; sa descente aux enfers -scandée par de furtifs passages écran noir - concerne en fait des travailleurs honnêtes pris dans la tourmente dédaléenne d'une administration et d'un système iniques.

Face à des injonctions absconses, à des démarches aberrantes Daniel Blake revendique sa part de dignité "je suis un simple citoyen je ne suis pas un chien" (cette profession de foi  pourrait servir d'épitaphe)

"Il fallait faire entendre des cris dont seuls parvenaient des échos feutrés". Le parcours de Daniel Blake répond à cette nécessité. Ubuesque au tout début ce parcours va virer au cauchemar. Or le personnage ne représente-t-il pas une sorte d'idéal prolétarien fait de bonhomie de bienveillance et d'une  propension à protéger l'autre ( cf l'aide précieuse qu'apporte Dan à Katie !)

L'acteur Dave Johns, formidable, est de tous les plans (avec des   angles de vue  très divers);la caméra sait capter un silence un regard s'attarder (pas trop) sur un geste. Certaines scènes déclenchent le rire d'autres peuvent arracher les larmes. Une épure le plus souvent à l'image de cette bibliothèque encore vide, fabriquée avec amour et qui aurait dû être le reposoir des livres de Katie!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Moi je serais d'accord avec un (e) critique qui parle de "mélenchonisme" facile!!!!

Ismaël

11/11/016 14h

 

Tout à fait d'accord avec la critique de Colette.

La justesse de ce film nous remplit d'émotions de toutes sortes.

Sa peinture de la réalité britannique d'aujourd'hui fera date, elle est aussi très européenne, c'est ce qui fait l'universalité du talent de Ken Loach.. 
Un très beau film.

Serge 11/11/2016

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 16:36

Documentaire réalisé par Wang Bing (Chine) 

Ta'ang un peuple en exil entre Chine et Birmanie

Ta'ang est une minorité ethnique birmane contrainte à l'exil à cause de la guerre civile: telle est la première information qui apparaît dès le prologue sur écran noir et depuis 2015 des dizaines de milliers de personnes tentent de franchir la frontière chinoise depuis le Myanmar. Parfois une notation en bas de l'écran (camp de Maidhe..... province de ...) précisera l'éclatement géographique qu'affrontent ou ont affronté ces "exilés" et la narration sera marquée elle aussi par la discontinuité

 

Les causes du conflit? La guerre restera hors champ mais elle affleure dans les discours des mères le soir de "veillées" ou elle se fera plus  palpable dans des coups de feu des explosions ou des lambeaux de flammes, au loin. Ce qui intéresse le documentariste ce sont surtout les conséquences du conflit: l'exode, les déplacements incessants afin d'échapper à ces menaces et de survivre!

Ainsi Wang Bing va suivre des groupes constitués essentiellement de femmes et d'enfants; sa caméra emboîte leurs pas; s'immobilise en les filmant dans des camps en Chine (première séquence) ou des nocturnes (deuxième séquence) "la nuit on est moins visible donc plus en sécurité. Et cela apporte une plus grande liberté pour tourner" . Ces moments se prêtent aussi aux confidences: long monologue d'une femme qui en vient à regretter d'avoir voulu aider une autre mère et du coup de s'être dissociée de son groupe. Car c'est cela aussi l'exode: marcher vers et parfois "abandonner" les autres, les proches qui n'auraient pas suivi le même chemin. Comment les (re)joindre? En communiquant par portable; et à chaque fois le documentariste accompagne la personne qui s'isole pour "parler". Le groupe assemblé autour d'un feu était cadré façon Georges de La Tour puis vu de loin il va se confondre avec les braises dans un embrasement ..aux connotations "mortifères"

 

Des activités : le travail dans des champs de canne à sucre par exemple, vont permettre de "payer" un bout de "survie"... Des femmes surtout, au visage laminé par la fatigue, et dont le corps ploie sous les fardeaux (enfants et baluchons) car les hommes ont peut-être trouvé du travail en Chine ou sont restés dans les villages birmans; on ne le saura pas vraiment ..

 

Documentaire "saisissant" dit le dépliant. En effet voici le quotidien dans sa nudité; une plongée sans misérabilisme dans le dénuement; mais surtout voici la "mise en scène" de ce que signifie "se réfugier" : fuite et attente, marche forcée et pauses ponctuelles (ce qu'illustrent les trois parties du film).

Et pourtant l'intérêt voire l'empathie du spectateur sont parfois mis à rude épreuve à cause de longueurs -comme si une séquence "interminable" était à elle seule un moyen métrage hors du temps.... alors que les oiseaux" sont terrorisés"

 

Colette Lallement-Duchoze

Ta'ang un peuple en exil entre Chine et Birmanie
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 08:08

Documentaire-fiction réalisé par Roksarah Ghaem Maghami  Iran

Sonita

Ce documentaire vaut surtout pour la peinture d'un caractère bien trempé, l'évocation d'une force d'une énergie d'une affirmation de soi, bravant tous les tabous; leur mise en forme étant assez quelconque.... En revanche le questionnement sur l'intervention ou non du "filmeur" dans son propre documentaire est assez intéressant

Voici la jeune Sonia Alizadeh. Son rêve? Devenir chanteuse ou plutôt rappeuse alors qu'on la destine à être l'épouse d'un inconnu (en échange d'une certaine somme d'argent). Afghane exilée en Iran (banlieue de Téhéran) elle est accueillie au sein d'une ONG. Le journal -son double son miroir – anticipe son futur de chanteuse (on la voit à plusieurs reprises scotcher des photos de son visage sur des albums...).

Son destin semble définitivement scellé quand la mère se déplace d'Afghanistan et que l'ONG ne peut "donner" la somme d'argent... C'est alors que la réalisatrice "entre en scène" -elle prend le parti de "contredire" le destin en s'impliquant elle-même (aide financière, intermédiaire précieux dans l'obtention d'un passeport, dans la réalisation d'un clip, etc..)

Dès lors se superposent dans ce film deux dynamiques: celle de l'insoumission triomphante incarnée par Sonia, la rebelle exubérante, tenace, sémillante et celle de l'engagement qui se substitue au  témoignage – dans l'acte filmique lui-même...

L'arrière-plan politique et sociologique (talibans, lois sexistes, condition de la femme) est bien sûr prégnant. N'est-ce pas contre lui que s'insurge la jeune rappeuse fougueuse; elle sait la force explosive voire révolutionnaire des "mots" et le film se clôt presque "naturellement" sur le concert "Brides for sale" (mariées à vendre)

 

Sonia  susurre et c'est presque inaudible (ma voix ne doit pas être entendue elle est contre la charia") puis elle éructe "laissez-moi hurler/ je hurle pour combler le silence des femmes/ Je crie pour un corps épuisé et enfermé dans sa cage"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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