14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 06:39

Tracing Addai, Allemagne. 2018 . 30 min 

Auteure & réalisatrice : Esther Niemeier // Auteures : Sarah-Christin Peter, Britta Strampe // Image : Omri Aloni // Son : Alexandra Praet, Christophe de la Chevallerie // Montage : Sarah-Christin Peter // Musique originale : Robert Pilgram // Production & diffusion : Film University Babelsberg (Filmuniversität Babelsberg), RBB (Rundfunk Berlin-Brandenburg).

"Addai est un jeune homme d’une vingtaine d’années vivant en Allemagne. Fragile psychiquement, il rejoint en 2013 un groupe salafiste en Syrie pour « servir un but supérieur » et venir en aide aux gens. À travers le récit de sa mère et d’un de ses amis rencontré en Syrie, Esther Niemeier reconstitue sa vie à travers des images d’archives redessinées. En partenariat avec Tënk, la plateforme du documentaire d’auteur.

https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/culture-idees/sur-les-traces-d-addai-parti-en-syrie

 

Ce documentaire est un remarquable travail de fin d’études. Esther Niemeier (qui travaille aujourd’hui entre le Royaume-Uni et l’Allemagne) a choisi la rotoscopie pour raconter la brève vie d’un homme. En mixant des images d’archives, des entretiens filmés et le jeu d’un acteur, en redessinant ensuite toutes ces images, elle réalise un documentaire animé implacable.

Tracing Addai raconte l’histoire vraie d’un jeune homme qui depuis tout petit a du mal à trouver sa place, qui adolescent a eu des crises psychotiques et qui adulte pensera trouver le sens de sa vie en allant aider des gens en Syrie. Tracing Addai raconte la souffrance de sa mère contactée un jour par Ilias, emprisonné en Allemagne depuis son retour de Syrie, qui lui parlera de sa rencontre avec son fils, leur amitié, les « bonnes intentions » qui les animaient au départ, et la prise de conscience du piège dans lequel ils étaient tombés quand il fut trop tard.

Esther Niemeier connaissait aussi Addai et, par ce procédé cinématographique, elle parvient en moins d’une demi-heure à dessiner la trajectoire d’une vie, tout en préservant les identités et l’intimité de chacun.

 PAR TËNK & MEDIAPART

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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 10:08

De Shahad Ameen (Arabie Saoudite-Quatar 2019)

avec Basima Hajjar, Yagoub Alfarhan, Abdulaziz Shtian, Ibrahim Al-Hasawi

 

Titre original Sayidat Al Bahr

Autre titre la dame de la mer

Tanit de bronze des longs métrages de fiction Journées cinématographiques de Carthage (2019)  

Prix du jury des moins de 30 ans Semaine de la critique à Venise

 

à voir sur  https://www.festivalscope.com/page/les-journees-cinematographiques/

 

"Scales ou le sort d'une jeune fille que son père refuse de sacrifier à la mer selon une tradition ancestrale, et qui devient une paria en résistant aux superstitions patriarcales"

Scales

La cinéaste saoudienne a recours à une fable pour s’interroger sur la condition de la femme dans la société patriarcale, dénoncer le poids des traditions, revendiquer le droit à la vie et celui de vivre. Voici un village saoudien (comme beaucoup peut-être avant l’avènement du pétrole… ?) en bord de mer entouré de montagnes arides. Voici ses habitants : les hommes et la pêche, les femmes enfermées dans l’exiguïté des espaces clos. Tous respectent  certaines coutumes, même entachées de superstitions. Son personnage principal Hayat -dont elle adopte le point de vue- est quasiment de tous les plans, quel que soit l’angle de vue. C’est une rebelle -elle s’oppose à une tradition ancestrale : sacrifier la fille aînée aux vagues, aux  "monstres"  marins, ces créatures qui habitent les fonds abyssaux, en échange de leur clémence et de leur générosité  ! Dans le cas contraire une malédiction s’abattrait sur la population !

Or Hayat -c’est la scène inaugurale- n’a pas été sacrifiée ; son père écartelé entre l’amour pour son premier enfant et la stricte observance des traditions l’a sauvée, des eaux, de la mort et d’une éventuelle métamorphose en « sirène » . Il subira les affronts de ses pairs pour sa « lâcheté », sa fille mise au ban de la société, en subit l’opprobre.

Le film « raconte » l’histoire « périlleuse » d’une « survie » : seule, marginalisée, Hayat se bat pour elle, mais surtout pour s’imposer dans le "monde  masculin" en participant aux travaux de la pêche (dont le raccommodage de filets), à la découverte de ces femmes sirènes, à leur exécution. Alors que des écailles naissantes sur ses chevilles et ses pieds préfigureraient sa métamorphose (de gros plans répétés insistent -un peu trop- sur les prémices d’une transformation que l’adolescente doit maquiller dans la douleur).

 

Ce film en noir et blanc traité telle une épure (ténuité scénaristique, minimalisme des dialogues, récurrence des mêmes plans sur l’immensité de l’eau, jeux des lumières celles des torches la nuit ou du soleil qui se diffracte en éclats irisés sur les flots, personnages aux habits "à l’antique" qui, figés,  rappellent certains bas-reliefs) semble hélas s’étirer inutilement...Autant la scène inaugurale, l’offrande sacrificielle, frappait et par son rendu et par sa force suggestive - autant le "sort" de l'adolescente, celui du village peinent à s’incarner efficacement ! On a la fâcheuse impression de voir un court métrage "abusivement"  transformé en long métrage (en témoignent entre autres, ces gros et longs plans sur sa chevelure qui envahit l’écran, et ses ondulations censées rappeler le miroitement des flots…)

Mais, inviolé, demeure  l’essentiel   "susciter le dialogue sur le rôle des femmes dans la société et dans le monde arabe"

Une fable féministe 

Une allégorie sur un thème universel

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 13:00

Court métrage de Jafar Panahi (18mn)

 

proposé par l'Opéra de Paris (Opéra chez soi) 

Synopsis

Jafar Panahi part à la recherche d'une jeune femme à la voix d’or que les autorités religieuses iraniennes interdisent de chanter...
-
Découvrez gratuitement la nouvelle création du talentueux réalisateur iranien Jafar Panahi sur l'Opéra chez soi

Hidden est l’un des quatre courts métrages du film Celles qui chantent, sortis au cinéma en juillet 2020 et disponibles sur la plateforme Opéra chez soi.


 

Regarder
 

 

 

cf commentaires sur cinexpressions

"celles qui chantent" 30/07/2020

"trois visages" 10/06/2018

 

 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 09:12

de Hubert Viel (2020)

avec Laure Calamy (la mère) Bruno Clairefond (le père) Erika Sainte (Louise ou Louloute adulte) Alice Henri (Louloute 10 ans)

 

Grand Prix international du jury : La Roche sur Yon 2020

 

Présenté le 10 mars 2020 en soirée d’ouverture aux journées cinématographiques 21ème édition (cf annonce du 5 mars sur cinexpressions) 

 

https://www.festivalscope.com/page/les-journees-cinematographiques/

 

https://vimeo.com/jcinematographiques

 

À l’occasion de la vente de la ferme familiale, Louise se replonge dans ses souvenirs d’enfance. Vingt ans plus tôt, elle était Louloute, une enfant insouciante et malicieuse. Louise se souvient de ces doux moments de bonheur, vite obscurcis par les dettes de ses parents.

Louloute

"non je n’étais pas folle mais mélancolique" (Louise à Dimitri )

Une vue en plongée sur un parc avec plan d’eau, entouré d’immeubles, alors que défile le générique ; prologue qu’accompagne la musique composée par Alvarez -dont un extrait servira de leitmotiv. Un décor urbain dans lequel évolue Louise 30 ans professeur d’histoire au collège.

Le film s’ouvre sur une scène "ordinaire":  Louise semble coutumière des retards et sujette aux endormissements ! ! Mais une remarque -qui, dans le contexte, concerne la démocratie au temps de Périclès comparée à la nôtre interroger le passé pour comprendre le présent  - préfigure le rôle des allers et retours entre Louise adulte (encore traumatisée…) dans les années 2010 et Louloute 10 ans vivant dans le cocon familial d’une ferme laitière dans les années 80 ; allers et retours dont la gestion très astucieuse scande la narration …..

 

Si l’on se réfère uniquement au titre, le film consacré au personnage éponyme est un film sur l’enfance, (rien à voir avec  "petit paysan"  ou  "au nom de la terre" ), un film initiatique (?) Certes les problèmes « typiques » de la période (et surtout le système des quotas laitiers) sont évoqués, mais ne sont pas l’objet de démonstrations. Car ils sont appréhendés par l’enfant et vécus de l’intérieur: Louloute l’intuitive, l’amie des bêtes, du monde vivant, voit le monde de son père se déliter : vendre une vache qui ne produit plus, refuser de se convertir dans l’exploitation de la viande comme le suggère le beau-père (Saladin),  crouler sous les dettes ; elle capte des bribes de conversations, assiste impuissante à la "dégradation"  physique et psychologique d’un père qu’elle adore, jusqu’à la découverte, un matin ….La tragédie restera hors champ!

 

Une séquence  "onirique" (un bouc doté de la parole, un père aux ailes déployées dont le visage va prendre les traits de la mort) une quête d’inspiration mystique (l’enfant implore la Vierge et Jésus…) une fugue, une attitude rebelle ou des propos provocateurs etc. autant d’éléments qui par touches successives de style impressionniste tissent le caractère de Louloute enfant et dessinent en creux le portrait de Louloute adulte  !

Tourné à la ferme des Caumonts à Valorbiquet dans le Calvados, le film s’inspire, pour la "reconstitution" des années 80,  de ce qu’a vu, ressenti le réalisateur  qui  fait la part belle aux ambiances (solaires ou très sombres) à certains symboles, aux accessoires typiques de l’époque (vêtements, programmes TV entre autres) 

 

Dans la séquence finale, un gros plan cadre Louloute au centre, entre ses parents qu’elle a rejoints dans leur lit, un dimanche matin. Et les trois personnages réunis à l’écran -comme ils le furent dans la vie, du moins momentanément - habités par le bonheur l'illuminent de leur sourire. Cliché ? Non car d'une part cette séquence reprend ce  qui avait été ébauché vers le milieu du film dans ses aspects négatifs et traumatisants et d'autre part elle illustre les convictions  de  Louise   "Ce qu’ils ne me voleront jamais, ce sont mes souvenirs, ceux qui n’appartiennent qu’à moi, ceux que je garde dans le cœur avec le sourire" 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 03:25


E-DIFFUSION FILM D'ATELIER
 

Nous voici arrivés à la quatrième et dernière semaine des e-diffusions de films d'atelier. Nous vous proposons Pensée magique réalisé par les résidents de l' EHPAD de l'Hôpital Pierre Hurabielle de Bourg-Achard et accompagné des intervenants artistiques Rénald Magnier et Hugues Protat.

Ce film sera visible gratuitement pendant 7 jours, dès aujourd'hui, sur notre site internet.


MARDI 9 MARS
 

PENSÉE MAGIQUE
Réalisé par Jean-Louis Garnier, Rolande Cherville, Jacqueline Coadic, Huguette Dubal, Denise Caillouel, Claude Marion, Henriette Lasor, Jeannine Emo, Germaine Manetti, Sébastien Faucon, Aurélie Eloi, Elodie Lacroix, Sarah Autonne, Mélanie Horlaville, Zoé Livesley, Régine BiehlerI

Intervenants artistiques : Rénald Magnier (réalisateur) et Hugues Protat (magicien)

Synopsis : Michèle n’arrive plus à écrire le fil de ses pensées. Irène regrette de ne plus pouvoir danser le tango. Quant à Charles, illusionniste retraité, il perd toute sa dextérité alors qu’autrefois il brillait sur les scènes du monde entier. Dans cet Ehpad où règne une morosité ambiante pourtant à l’approche de Noël, Monsieur Charles va investir malgré lui le lieu et ses résidents d’une « pensée magique ». Celle où la perte d’autonomie ou les maladies neuro-dégénératives sont transformées en phénomènes extraordinaires.

Un conte de Noël où les handicaps liés au vieillissement sont revisités dans une tonalité de comédie fantastique.

 


Retrouvez toute l'actualité sur normandieimages.fr
 

 

 


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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 07:18

Face à un contexte sanitaire incertain, les 21es Journées cinématographiques s'adaptent et proposent une édition numérique du 10 au 30 mars 2021, avec différentes expériences à vivre en ligne :
 
du mercredi 10 au samedi 20 mars, deux rendez-vous quotidiens via la plate-forme Internet Festival Scope, gratuitement sur inscription. Vingt films inédits, rares ou en avant-première pour faire vivre la thématique de cette édition et explorer ce qui relie l'humain aux animaux, ou à l’animalité, à travers des rencontres avec les cinéastes et les penseurs invités ;
 
du 10 au 30 mars, une offre VOD éditorialisée aux couleurs de notre thématique, publique et à un tarif préférentiel, en partenariat avec Universciné - plateforme VOD dédiée au cinéma indépendant ;
 
des conférences & rencontres filmées et diffusées en ligne ;
 
des évènements à suivre avec nos partenaires : La Cinémathèque française, le Théâtre Gérard Philipe (Centre Dramatique National) et la librairie Folies d'Encre (Saint Denis).

 

page facebook  https://www.facebook.com/Journeescinematographiques/

 

 

bande annonce 

https://youtu.be/JhxxyE92fOA


 

Les journées cinématographiques 21°édition du 10 au 30 mars 2021

La Part animale en ligne
Dans un contexte écologique brûlant, la coexistence entre l’humain et les différentes espèces est une problématique d'actualité et un enjeu d’avenir. Que dit le cinéma de notre rapport aux animaux sauvages ou domestiqués ? Quel regard porte-t-il sur eux et dans quelles conditions capture-t-il leur image ? Ces questions traversent la 21e édition des Journées cinématographiques, festival qui s’attache à interroger différentes problématiques contemporaines de notre société en puisant dans les classiques ou inédits de l’histoire du cinéma, tout en restant à l’affût des films les plus récents et emblématiques, avec une dimension critique et politique.

 

Les journées cinématographiques 21°édition du 10 au 30 mars 2021

                     Louloute de Hubert Viel  en avant-première mercredi 10 mars 20h 

Les journées cinématographiques 21°édition du 10 au 30 mars 2021

                               Kala Azar de Janis Rafa (Pays Bas 2020)  vendredi 19 mars 20h

Les journées cinématographiques 21°édition du 10 au 30 mars 2021

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1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 10:08

 

 

Malgré la fermeture des salles de cinéma, l’Académie des César est heureuse de présenter 3 des 4 courts métrages nommés au César du Meilleur film d’Animation et les 5 courts métrages nommés au César du Meilleur Film de Court Métrage, diffusés en accès libre sur le site de l’Académie du 1er au 8 mars

 

 

https://www.academie-cinema.org/evenements/les-courts-metrages-2021/

 

www.academie-cinema.org

 

 

Courts métrages César en accès libre du 1 au 8  mars

la cérémonie sera diffusée le 12 mars en direct et en clair sur Canal+

MEILLEUR FILM DE COURT MÉTRAGE  

  1. L’aventure atomique

  2. Baltringue

  3. Je serai parmi les amandiers

  4. Qu’importe si les bêtes meurent

  5. Un Adieu

Courts métrages César en accès libre du 1 au 8  mars

MEILLEUR FILM D’ANIMATION

 Pour le court métrage

  1. Bach-Hông

  2. L’heure de l’Ours

  3. L’odyssée de Choum

  4. La tête dans les orties

Courts métrages César en accès libre du 1 au 8  mars

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27 février 2021 6 27 /02 /février /2021 07:08
 
 


E-DIFFUSION FILM D'ATELIER
 

Pour cette deuxième semaine , nous vous proposons le film d'atelier Tronches de vie réalisé par 8 personnes atteintes de la sclérose en plaque ou porteuses d'un handicap et accompagné de l'intervenant artistique Sven Laurent.
ce court métrage est un petit moment de partage, de joie et de bonne humeur.

Ce film sera visible gratuitement pendant 7 jours, dès aujourd'hui, sur notre site internet.


MARDI 23 FÉVRIER
 

TRONCHES DE VIE
Film écrit et réalisé par Christine Dufour, Pierre-Michel Domarclino, Nadège Delaune, Aurélie Gemin, Sabrina Mariette, Sandra Lenesley, Léa Chevreuil, Elodie Thouan

Intervenant artistique : Sven Laurent

Synopsis : Pierre-Michel, Christine, Aurélie, Sandra, Nadège et Sabrina ont tous un point commun : leur sourire et du soleil plein les yeux... Elodie et Léa qui les accompagnent au quotidien nous font partager leurs rêves et leurs passions... leurs tronches de vie.

 


Retrouvez toute l'actualité sur normandieimages.fr
 

SUIVEZ-NOUS SUR :

 

115 boulevard de l'Europe 76100 Rouen FR


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23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 08:25

documentaire de Andréa Santana  et Jean Pierre Duret (Brésil 2020)

 

Compétition internationale Festival Poitiers "filmer le travail" 

à voir sur  enligne.filmerletravail.org

Le Rio São Francisco baigne les terres semi arides du Sertão brésilien. Il est aujourd’hui très affaibli par la déforestation de ses berges et la surexploitation d’une agriculture intensive. La vie de ceux qui habitent ses rives est en grand péril.

Rio de Vozes

 

"Nous filmons le Rio Sao Francisco qui au mitan de son parcours baigne les terres assoiffées du Nord-este Brésilien, nous filmons son peuple, pêcheurs, pêcheuses, petits paysans, enfants, animaux, arbres, végétation, les voix multiples de ce grand fleuve. Le Rio les fait vivre, malgré les sécheresses de plus en plus importantes, la déforestation massive des berges au profit d’une agriculture industrialisée, qui accapare toute l’eau et la pollue par les énormes quantités de produits chimiques nécessaires aux plantations de millions de manguiers, et dont les fruits sont exclusivement destinés à l’exportation. Ce même cycle inéluctable raréfie les différentes espèces de poissons, empoisonne l’eau, de tous temps bue par les riverains. La monoculture désapproprie les petits paysans et entraîne le travail esclave.

Tout est lié. Nous filmons des visages, des regards, des barques, au fil de l’eau, ce peuple du fleuve qui nous donne une leçon de vaillance, de courage et d’intelligence, de patience et d’optimisme. Le dur travail, la beauté des gestes, « la pêche existe depuis le commencement du monde », mais aussi l’amour pour cette terre, son âme souriante et joyeuse, ses légendes. Ils, elles sont orgueilleuses de leur histoire et de leur identité. « On doit être fières de ce qu’on est », répété comme un mantra, pour reprendre pied devant soi et les autres, pour ne plus se laisser dominer. « Plus nous sommes incultes, plus ils sont contents ». « Sans le Rio, nous sommes comme des poissons hors de l’eau et s’il venait à disparaître, notre vie s’en irait avec lui ».

Ils luttent pour leurs enfants, avec leurs enfants, pour que ce sol ensanglanté du Nordeste, le Sertao, devienne une nouvelle terre où leurs racines anciennes pourront à nouveau retrouver vigueur.

Les pierres qui affleurent au lit du fleuve témoignent de son assèchement progressif mais lui aussi, parfois encore, pourrait rugir de colère ».

Andréa Santana Jean Pierre Duret

 

Rio de Vozes
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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 07:29

Documentaire d'Inês Gil (Portugal 2019)

 

Présenté en compétition internationale,  festival  "filmer le travail" Poitiers février 2021 

à voir sur enligne.filmerletravail.org

 

Portrait d’une tannerie dans la campagne portugaise et de ses ouvriers. Le film suit Carla et Lucia, deux seules ouvrières restantes après le départ de Patricia, dont la disparition alimente de nombreuses conversations. Son départ est devenu comme une métaphore du destin de l’usine après la crise économique qui s’est abattue sur le pays.

Curtir a pele

Une femme regarde son visage dans le miroir, le scrute puis elle brosse ses longs cheveux qu’elle lisse et noue en queue de cheval. Toilette matinale avant de se rendre au travail. C’est la scène d’ouverture. Une femme se douche;  en très gros plan voici  son bras et son avant-bras qu’elle savonne, frictionne, rince,  alors qu'une glace embuée  reflète son visage. C’est la scène qui clôt le film.

Une construction circulaire liée à la dynamique du temps dans ce qu’il a de répétitif dans la durée et dans le frémissement inexorable de la vieillesse ? Volonté de mettre en exergue le rôle éminent des femmes dans leur métier et leur quotidien ? Effets spéculaires liés à la déclinaison sémantique du terme  "peau" ? (qui déjà affleure dans l’ambiguïté de la traduction française « sauver sa peau ») Oui il y a tout cela dans le documentaire d’Inês Gil

 

Peaux de ces animaux qui arrivent directement des abattoirs ; masse compacte colorée qui semble respirer encore l’odeur du sang et de la mort ! Peaux dont les différentes phases de traitement  exigent des ouvriers une attention soutenue (risques d’accidents mécaniques sur certaines machines). Le travail ingrat et délicat (odeurs méphitiques, produits toxiques), la caméra d’Inês Gil le restitue avec justesse par des plans rapprochés où l’ouvrier et la machine ne font plus qu’un, par de gros plans sur des gestes ou les rouages de machines,   par des vues en plongée sur l’étirage des peaux déjà teintes, par ces ambiances sombres qui font de la tannerie une sorte d’antre et par ces témoignages (enregistrés, ils jouent le rôle d’une bande-son plus éloquente que n’importe quelle musique ; ainsi alors que nous voyons tel ou tel ouvrier à la tâche nous entendons simultanément ses propos).

 

Voici Carla et Lucia  -nous les verrons sur leur lieu de travail et dans leur intimité familiale- les deux seules ouvrières restantes après le départ de Patrizia (cette jeune femme qui a devancé l’échéance d’une fermeture en s’expatriant en Suisse avec son amoureux ! Patrizia une absente présente dans des discours moqueurs ou pleins de rancœurs ? Il faudra attendre ce plan- séquence où ses parents filmés en frontal dans leur cuisine disent leur désarroi de n’avoir pu être « présents », eux qui devaient trimer …)

La documentariste alterne scènes à l’intérieur de la tannerie et scènes familiales. Intérieurs et extérieurs. Un travail étonnant sur les lumières. Repas en famille et confidences ? Et  voici tout un pan du passé -individuel et national- qu’exhument un album de famille ou des souvenirs. Travail domestique -basse-cour, porcs- ou osmose avec le monde animal ? Les personnes ne sont pas dupes (on caresse son coq mais « en même temps » on lui susurre « bientôt tu passeras à la casserole » on caresse sa truite mais on sait que la  mort  l’attend, inéluctable! )

Le contraste est étonnant entre les peaux que l’on caresse et les peaux lambeaux que l’on va traiter, Contraste entre Vie et Mort.!

Et pourtant  le  silence semble vibrer  d'un  hymne à la Vie! 

Voici un chat que l'on câline, que l'on sustente:  c'est le seul animal vivant à l'intérieur de la tannerie! 

 

Un documentaire tout empreint de beauté et d'humanité!

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or »

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

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