14 mars 2024 4 14 /03 /mars /2024 07:13

De Leonardo Barbuy La Torre (Pérou 2023)

 

avec  Gisela YupaCleiner YupaJorge Pomanchari

Langue:   quechua

 

Festival de Malaga:   le Biznaga d’argent du meilleur film ibéro-américain et le Biznaga d’argent du meilleur réalisateur pour Leonardo Barbuy 

 

Présenté à Rouen (18ème festival d'Europe centrale et orientale)  mercredi 13 mars 

Dans les Andes péruviennes, deux jeunes enfants sont élevés dans l’isolement par leur père, un peintre héritier d’une tradition ancestrale, les Tablas de Sarhua. Il troque son art au village en échange de produits de première nécessité, tandis que ses enfants l’attendent, surveillés par leurs chiens. Une série d’événements inattendus va transformer radicalement la seule réalité qu’ils connaissent et amener Sabina, la sœur aînée, à rencontrer son passé et sa culture.

Diógenes

Qu’il est malaisé d’écrire quelques mots sur un film quand ils risquent d’altérer ces moments de grâce suspendue, cette apesanteur et de rompre avec la liturgie de lumière et de lenteur.

 

 

La somptuosité du noir et blanc, l’enchevêtrement des voix « rares » (minimalisme des dialogues, voix d’un récitant qui psalmodie des croyances ancestrales, les cosmogonies d’antan, voix sépulcrale du père) la liturgie des gestes, leur lenteur (ces branchages disposés avec minutie pour un rite funéraire, gros plan sur une main bienveillante qui emplit une écuelle  lors de la scène du repas etc. ) contribuent à créer une atmosphère envoûtante.

L’éclatement de la chronologie – entremêlement présent, rêves souvenirs –loin de perturber, s’inscrit dans un flux mémoriel à la rassurante fluidité.

Ajoutons le rôle symbolique de certains cadrages et  gros plans -cette pomme qui dévale annonciatrice de malheurs( ?), ces gros plans sur le museau des chiens, témoins complices et protecteurs , ou encore l’alternance contrastée entre les mini séquences d'intérieur  où le noir absorbe le scintillement chétif d’une lumière dans un dénuement monacal, et celles en extérieur dans la forêt d’eucalyptus et de rocaille à la lumière diffractée, ou ces contre plongées (l’humain surplombant une vallée des larmes, ou guettant les esprits ? Amaru ?)   sans omettre le rôle  des éléments (eau feu vent)  mais aussi l’intrusion du malheur (coups de feu, corps blessé que l’on transporte, rappel du contexte sanguinaire que vit le Pérou), tout contribue à faire de Diogenes un film "hors du commun"; un  film tourné en langue quechua qui rend hommage à une tradition andine,  celle des tablas

 

Tablas de Sarhua (à base d’agave) : soit un ensemble de dessins peintures où défile une Vie celle d’une famille et de ses proches, telle une mémoire collective. Le père après les avoir peintes, les négociait en échange de produits de première nécessité. Sabina, assumant le relais, découvre  le village, par une vue en plongée sur les toits dans une surprenante planéité-; tel un héraut elle annonce aux habitants  "je viens troquer les  tablas"; et voici  dans le continuum un astucieux travelling latéral qui donnera à voir à lire au spectateur tout ce que le film avait  " montré"  ou simplement suggéré   (dont les scènes d’affrontements violents)

 

Un film sur la mort, le deuil

Un film envoûtant

 

A ne pas rater !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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