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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 07:51

Documentaire réalisé par  Pol Cruchten 

Avec Dinara Droukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko

d'après le livre de Svetlana Alexievitch paru en 1997 

Déclaration de l'auteure biélorusse (prix Nobel de littérature 2015)

 

Mon  livre parle non pas de Tchernobyl mais du monde de Tchernobyl dont nous ne connaissons presque rien, non pas de la catastrophe mais de ce qui a suivi, d'un monde nouveau et différent, pour lequel il n'y a pas de langage." Trois années durant, j'ai voyagé et questionné des hommes et des femmes de générations, de destins, de tempéraments différents. Tchernobyl est leur monde. Il empoisonne tout autour d'eux, la terre, l'air, l'eau mais aussi tout en eux, la conscience, le temps, la vie intérieure" Faire que ce que plusieurs racontent devienne l'Histoire : en voyageant, en cédant la parole à ces gens, j'ai souvent eu l'impression de noter le futur, notre futur. "

La Supplication

Mettre en image un texte à la force explosive par trop d'amour, de hantises, de désarroi, d'incompréhension, de souffrances et de douleurs, est-ce le paraphraser, en galvauder la beauté intrinsèque ou lui ajouter une poésie visuelle??

 

Les monologues sur les vies brisées (femme bravant l'interdit pour assister un mari agonisant, enfants malformés...) sont "lus" en off mais ils sont "incarnés" à l'écran par des acteurs au visage impavide, au jeu sobre dénué d'émotion, aux gestes mesurés; en frontal ils semblent s'adresser directement au public; beaucoup de témoins interviewés par Svetlana Alexievitch sont morts depuis son enquête et ils apparaissent ici tels des fantômes muets... âmes errantes qui traversent l'écran, ou allongées tels des gisants ou encore avançant d'un pas nonchalant comme hors du temps 

Ce choeur souffrant évolue dans le décor d'une nature qui semble avoir recouvré ses droits (cf le zoom sur les fourmis ou les plans d'ensemble sur des floraisons ou des pans de verdure) mais aussi dans celui de maisons désaffectées, d'immeubles désertés comme après un cataclysme, car il s'agit bien d'une apocalypse -c'est d'ailleurs le sous-titre du livre. Les multiples prises de vue au cadrage impeccable encadrent cette "supplication". Pol Cruchten a filmé dans la ville de Pripiat (où la mousse recouvre les murs, où des branches semblent sortir des fenêtres) - le générique de fin signale que ce documentaire a été entièrement tourné en Ukraine)

 

L'auteure biélorusse avait "libéré la parole pour mieux approcher une intériorité"

Si dans le documentaire, les voix se superposent et se répondent dans la  confondante unité d'une "supplication", le dispositif choisi est en lui-même sujet à caution... 

Et que dire de ces surlignages : la corde comme métonymie d'une pendaison, l'homme irradié fuyant à travers les marais, l'eau qui investit de ses barreaux de pluie un bureau, la chorégraphie immobile, l'alignement à même le sol de ces corps vus en légère plongée...?

 

En leur donnant "un corps",  l'image -sobre ou esthétisante- a dénaturé  les "voix suppliciées de Tchernobyl"..

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 06:50

Film  polonais de  Lukasz Palkowski 2014

avec Tomasz Kot, Piotr Glowacki, Szymon Piotr Warszawski, Magdalena Czerwińska, Rafal Zawierucha, Marta Scislowicz, Karolina

 

 

Projeté vendredi 27/01 au CHU de Rouen, en préambule au festival "A l'Est du nouveau" (qui aura lieu du 3 au 12 mars 2017), ce film  a été couronné de 7 aigles par l’Académie polonaise du cinéma ; primé au festival de Godnya il a cumulé Lion d’or, meilleur scénario, meilleur premier rôle masculin pour Tomasz Kot

 

Argument: s’inspirant de faits réels  le film évoque le parcours du docteur Zbigniev Religa premier chirurgien polonais à réussir une greffe du cœur, en 1985, après quatre tentatives infructueuses

Gods

Le rythme du film épouse le parcours mouvementé du docteur -une véritable course d’obstacles ; opiniâtre et fougueux il affronte tous les représentants d’un conservatisme en matière de science médicale (et même s’il est de bon ton de diaboliser le joug soviétique et son "immobilisme" , le Pr Littzler et le Dr C Nafeh-Bizeh invités pour le débat à l’issue de la projection, ont affirmé que les conditions de travail de ce pionnier polonais de la transplantation cardiaque et les réticences des hautes autorités de toutes sortes, étaient identiques en France à la même époque, soit fin des  années 80….)

 

Nous voyons deux fois Tomasz Kot avancer d’un pas résolu dans de longs couloirs -comme arpentant un tunnel sans fin- ce plan avec une belle profondeur de champ dit à la fois la solitude et l’entêtement de celui qui veut convaincre, ce que martèle précisément la bande-son

Qu’il soit en " réunion " (laquelle peut se métamorphoser en "prétoire") qu’il opère dans l’urgence en plein air dès l’arrivée d’une ambulance, qu’il dirige l’équipe au bloc opératoire, semonce renvoie des co-équipiers -pour les réembaucher-, qu’il soit au volant de sa Lada verte, qu’il soit " multicarte " (recherche de fonds pour la clinique de Zabrze, participation active aux travaux de rénovation,…on est au début de Solidarnosc) ce docteur  qui ne cesse de " cloper " et de boire est un fonceur, il incarne le mouvement perpétuel. Même ses temps de repos (congé dans un cadre idyllique au bord de l’eau avec sa femme) sont perturbés par des appels d’urgence…

Dos voûté (serait-il trop grand pour franchir une porte ou entrer dans le cadre de la photo???) cigarette aux lèvres, sourire en coin l’acteur Tomasz Kot (voir l'affiche) incarne avec brio le professeur Religa qui par sa ténacité et son courage aura su vaincre tous les préjugés (d'ordre scientifique, moral ou religieux)

 

Une jeune patiente ne survivra pas (une malformation -qu’auraient décelée de nos jours une IRM ou un scanner- empêche le chirurgien de mener à bien son intervention); l’ours en peluche restera au vestiaire -témoin muet ? en apparence seulement...Car cet "échec" le galvanise, le conforte dans sa démarche : faire admettre la nécessité des transplantations et partant, oeuvrer, à tous les niveaux, pour leur réalisation

 

 " Gods " "un film pédagogique qui mériterait d’être diffusé dans toutes les universités de médecine, tel fut le vœu formulé par les deux intervenants du CHU !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Gods
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 07:44

Argument: "C'est l'été, deux adolescents ont leur premier rendez-vous dans un parc. D'abord hésitants et timides, ils se rapprochent au gré de la promenade et tombent amoureux. Vient le soir, l'heure de se séparer… C'est le début d'une nuit sombre."

 

Le Parc

Avec ses sentiers, ses bosquets, ses plages de verdure, ses arbres qu’une légère bise fait murmurer, et sa lumière diffractée, le parc est le lieu édénique par excellence c’est lui qui accueille pour leur premier rendez-vous ce couple de jeunes ; la maladresse de leurs gestes la banalité de leurs propos, leurs rires un peu forcés contrastent avec la multitude des cadrages angles de vue qu’offre ce lieu et que saisit -souvent en plans fixes-, avec un plaisir avide, la caméra de Damien Manivel.

Mais c’était pour mieux " dérouter " le spectateur.

Car au moment crépusculaire la jeune fille reste seule, elle est assise comme si elle prenait racine, communique par SMS avec son " compagnon " (les textos apparaissent sur l’écran, dans une langue châtiée à la virgule près -contrairement à leur conversation ânonnante   de l'après-midi  …) Déçue désappointée par un amour "contrarié" , elle entreprend un " voyage " à reculons dans un parc que l’obscurité de la nuit va métamorphoser en un espace menaçant voire inquiétant et que l’imaginaire peuple de tous les fantasmes … Un gardien avec sa torche (comme un écho assourdi aux jeux de cache-cache de l’après-midi en pleine lumière) ange ou démon ? Le végétal qui s’anthropomorphise, l’étreinte des branches peut être fatale, une chouette hululant, gémit, la barque dérive... Rêve ou cauchemar ? Rêve et/ou voyage initiatique?

 

Unité de lieu (un parc) de temps (le jour la nuit et l’aube) d’action (fragments douloureux d’un amour naissant) minimalisme dans le traitement, peu de paroles, absence de musique hormis celle des arbres frémissants, des oiseaux puis le clapotis de l’eau quand le gardien du parc devient passeur: -ramenant l’égarée en lieu sûr ou la menant vers les contrées insoupçonnées de l’inconscient?- ce film tout en nuances peut presque hypnotiser par l’abondance des plans fixes en I, les contrastes clair-obscur et l’atmosphère d’étrangeté en II

Encore faut-il le voir dans des conditions sinon "idéales" du moins "correctes" "!!!!

ce qui ne fut nullement le cas dans cette salle 4 (Omnia) où le mugissement intempestif de la soufflerie venait parasiter la musique du silence….

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 16:10
La Communauté
A travers l’histoire d’un couple de la cinquantaine qui décide d’ouvrir leur maison de 450 mètres carrés à d’autres pour y vivre une expérience de vie communautaire, Thomas Vinterberg qu’on avait adoré pour Festen, situe son film dans les années 70...années fastes utopiennes; et, ce faisant, le grand réalisateur danois  nous offre une réflexion originale, intéressante,  sur l’amour.
 
Car au fond, le sujet est intemporel, universel.
Quel mode choisir pour bien vivre l’amour le plus longtemps possible dans un couple ?  La vie en communauté et ses règles démocratiques sont-elles viables à l’intérieur d’une société qui, elle,  n’est pas  démocratique, collectiviste? Enfin, le danger de l’éclatement d’un couple vient-il toujours de de là où on s’y attend le plus ou vous prend-il par surprise ? Comment gérer ses désirs ?
 
Ce film bien monté, avec de bons acteurs à la personnalité marquée pour chacun(e) d’entre eux, n’est pas seulement réussi sur le plan formel mais il permet au spectateur de laisser vagabonder son esprit sur sa propre vie et ses phantasmes.
Des moments drôles et d’autres plus tragiques composent un portrait assez réaliste d’une période qui a marqué pas mal de ceux qui ont vécu l’après 68.
 
La chute finale du film, comme un clin d’œil du réalisateur, est loin d’être dogmatique et  nous fait retomber sur nos pieds.
 
N’en disons pas plus : Un film à voir.
 
Serge Diaz

 

 

Je ne partage pas tout à fait l'enthousiasme de Serge
Certes ce film est bien construit (chaque étape jusqu'au départ d'Anna qui a valeur d'exclusion,  est marquée par le passage écran noir; de plus le rythme fait alterner accalmie et colère, sérénité apparente et explosions verbales); certes le film est avant tout un questionnement; mais en se focalisant sur le couple (à l'origine de cette "communauté" ) le film laisse plus ou moins de côté ou du moins à la marge deux figures beaucoup plus troublantes celles des deux enfants et il réduit les "autres membres" de la communauté à des "faire-valoir" . L'ensemble enfin n'évite pas certains clichés

Colette 25/01/2017

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 05:36

De Tom Ford 

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon

Nocturnal Animals

Un début qui intrigue: des femmes obèses nues, à la poitrine énorme et brinquebalante, évoluent sur une scène…. Des plans sur une ville quadrillée de nuages, des vues aériennes sur des échangeurs d’autoroutes aux courbes si bien calligraphiées. Les femmes rebondies -flaccidité réelle ou de pacotille?- vont s’affaisser : avons-nous  assisté à une performance dans la galerie tenue par Susan Morrow? Quand celle-ci regagne sa  demeure d'architecte, elle est accueillie par la sculpture de Jeff Koons (balloon dog)  ; tout cela en dit long sur le prétendu " art contemporain ". Plus tard un plan sur les deux cadavres nus allongés sur une banquette rouge, illustrera en mode inversé une plasticité purement formelle.... Mais là n’est pas, ne sera pas le propos…(Juste une dénonciation larvaire de la publicité qui impose son parangon du Beau et ce faisant, nie la Vie)

 

À partir de l’instant où Susan reçoit un  exemplaire du roman " nocturnal animals "  écrit et dédicacé par son ex mari Edward (et le kraft est si acéré qu’elle s’est taillé le doigt, premier " signe avant-coureur"…) le film va mêler plusieurs " histoires " : celle que vit au quotidien Susan, celle qu’elle est en train de lire et qu’elle fait sienne en l’imaginant (les personnages de la fiction que nous voyons par son regard ont ses traits, et ceux d’Edward) et celle de son passé que la lecture a ressuscité(e)… Troubles et prises de conscience douloureuses : le roman – un mauvais thriller bourré de clichés d’ailleurs- résonne comme une vengeance. (Le gros plan  sur l’affiche revenge nous y avait préparés) Il sert de catalyseur : Susan se sent de plus en plus coupable (d’avoir mésestimé les talents d'écrivain de son ex mari ) de même que Tony (personnage principal du roman  "nocturnal animals" et peut-être double de l'auteur) se culpabilise de n’avoir pas su protéger sa femme et sa fille ; Edward (le mari bafoué) prendrait-il sa revanche en écrivant ce thriller?

 

Film dans le film (par une mise en abyme du roman) éclatement des repères chronologiques perte des identités, le procédé n’est pas innovant. Même en jouant sur l’opposition de tonalités Tom Ford a tendance à tout "surligner " (les raccords les symboles la musique) et le film va s’étirant, .... inutilement…
On
ne naît pas Lynch, on ne le devient pas…

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 08:40

De Kôji Fukada Japon

Avec Tadanobu Asano Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi

Prix du Jury Un Certain Regard Cannes 2016

Argument: Toshio et sa femme Akié mènent une vie paisible avec leur fille Hotaru. Un matin un ancien ami de Toshio réapparaît après une décennie en prison. A la surprise d'Akié Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu ce dernier s'immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette et se rapproche doucement d'Akié...

Harmonium

Une construction bipartite avec effets de miroir inversé (métamorphose des deux parents 8 ans après la " tragédie " ; tonalités différentes) une indéniable maîtrise formelle et un art de l’ellipse au service d’une dénonciation sans appel de la " structure familiale ", de ses fondements hypocrites, le film de Kôji Fukada qui a obtenu le prix du jury (un certain regard Cannes 2016) souffre cependant de longueurs en I et d’une certaine complaisance dans le dolorisme en II

Au tout début le film peut s’apparenter à une chronique familiale. Le réalisateur en dénonce d'emblée la facticité ; il semble opposer apparence (avec des plans et cadrages stricts) et dissonance (à l’instar de ce métronome qui continue à battre la mesure alors que Hotaru l’enfant a cessé de jouer..). Le manque de communication entre les époux Akié et Toshio, éclate avec l’arrivée de l’Autre (admirablement interprété par Tadanobu Asano que nous avions vu en " revenant " dans " l’autre rive "). Qui est-il ? Que cache-t-il sous des dehors obséquieux ? " là-bas on maigrit " dit-il à " son ancien ami " Toshio qui l’accueille, l'embauche, le loge et le nourrit...Quel mystère enfoui dans la conscience de Toshio ?

Jusque-là taciturne et introverti, le père sera "violent" et presque prolixe après le basculement tragique. L’Autre, Yasaka (est-il responsable de cette tragédie??) restera hors champ durant cette seconde partie mais son "fantôme" hante les consciences (Akié séduite par ses avances, le voit en rêve, Toshio lui est convaincu de subir une forme de karma). Le passé et sa " mauvaise conscience " pour Toshio, le refoulé pour Akié, victime désormais de troubles du comportement (dont la phobie de l'hygiène!)

Le huis clos initial s’est encore étréci….

 

Le parallèle entre deux plans qui se font écho (le premier immortalisé par une photo où l’on voit allongés heureux les 4 protagonistes, le second où Toshio tente de ranimer les 3 corps allongés sur la grève) est comme une rime intérieure dans un théâtre du désordre et de la cruauté... Et aux battements intempestifs du métronome se substituent les pulsations (qui vont s'amenuisant) d'un  coeur qui bat! 

 

L’histoire racontée un matin par l’enfant (en I) acquerra rétrospectivement une signification particulière: il existe une espèce d’araignées où la mère se laisse tuer par ses enfants ; la mère va au paradis affirmait Akié, non répondait Hotaru car elle aussi a tué sa mère.

Comme s'il n'y avait que l'enfer pour les araignées ….

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 06:19

de Mai Masri 2015 Palestine Liban

avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon, Karim Saleh

3000 Nuits

Le maire d’Argenteuil avait voulu  interdire la projection de ce film (prétexte:  il fait polémique… pour cet élu LR Georges Mothron on fait polémique quand on prend fait et acte pour les ….Palestiniens....n'était-ce pas plutôt un acte de censure à peine déguisé??)

Ken Loach en revanche (et en riposte?) en a loué la puissance : un film  "fort et important"

3000 nuits est proche en effet du cinéma vérité ; il  "libère" la parole des détenues tout en dénonçant leurs conditions d’enfermement et les aberrations d'un système; de plus vers la fin, la réalisatrice a inséré des images d’archives (le fameux échange de prisonniers...). Le film s'inspire d'une histoire vraie: le vécu d'une Palestinienne incarcérée dans une prison israélienne pour un crime qu'elle n'a pas commis et c'est entravée qu'elle a accouché..Bouleversée par ce témoignage Mai Masri décide d'en faire une "fiction"; fiction qu'elle tournera en Jordanie dans une prison désaffectée

Nous sommes au début des années 80 un peu avant le massacre de Sabra et Chatila (dont  l’écho parviendra aux détenues via le petit écran ; alors que les prisonnières israéliennes s’en réjouissent, les palestiniennes entameront une grève ..de la faim !) Rappelons que dans cette  prison "cohabitent" des prisonnières de droit commun (israéliennes) et des détenues politiques ( arabes) souvent accusées  à partir de "soupçons"  et sans preuve apparente...

Avec Layal cette jeune institutrice de Naplouse,  injustement accusée et condamnée à 8 ans de prison (soit 3000 nuits) nous allons pénétrer dans le milieu carcéral et durant presque 1h45 nous sommes immergés dans un monde de violences, de trahisons, de compromissions aussi (on essaie de soudoyer avec chantage à l’enfant). Un monde d’inégalités (les matonnes sont plus indulgentes avec les détenues israéliennes), de rapports de force (et ce, au sein de chaque groupe); un univers qui métaphorise aussi le "conflit israélo-palestinien" sans manichéisme affiché : si les matonnes israéliennes sont butées racistes inhumaines, l’avocate israélienne de Layal  tente de faire "respecter le droit international" (cf l’épisode du gaz qui met fin à la révolte des détenues est lourd d’atroces souvenirs...)

Certes, l'alternance entre violences et accalmies, brutalité et douceur (surtout l'engouement que suscite la naissance de Nour) crée un certain tempo. Mais l'ensemble de ce film est desservi par une mise en scène qui alourdit inutilement le propos et qui loin de susciter l’empathie du spectateur peut générer l’ennui. Tout est inutilement insistant. Des gros plans prolongés sur les poignets entravés, des scènes de bagarres qui virent au crêpage de chignon, la symbolique de l’oiseau trop appuyée (d’abord il volette se pose sur les barbelés ; l’infirmier offrira à Nour un  jouet -oiseau, succédané d’une liberté à (re)conquérir), les couloirs filmés tels des tunnels que l’on oppose trop facilement à ces trouées de lumière; sans oublier  la symbolique des prénoms Nour (= lumière) Layal (= nuits)  et leur dichotomie, etc.

Rien n’est "suggéré"; tout se veut démonstratif... Dommage !

Colette Lallement-Duchoze

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:51

De Davy Chou (Cambodge France)

avec Sobon Nuon, Cheanik Nov, Mean Korn

 

Présenté à Cannes (Semaine de la Critique)

 

A propos du casting "pendant 4 mois j'ai arpenté avec mon équipe Phnom Penh et ses environs à la recherche des personnages [...] Le personnage de Bora je l'ai repéré en passant à moto dans la rue, alors qu'il était rabatteur pour des chauffeurs de taxi-van. Dy l'ami de Bora était ouvrier sur les chantiers de Diamond Island. Aza je l'ai trouvée sur Diamond island aussi. Solei est un peintre très talentueux. Seul celui qui interprète Virak avait une expérience de jeu: c'est un clown

Diamond Island

Argument: Diamond Island est une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches. Bora,18 ans quitte son village pour travailler sur ce chantier; il se lie d'amitié avec d'autres ouvriers de son âge et retrouve un frère Solei qui lui ouvre les portes d'un monde excitant ....

Diamond Island

Diamond Island est autant un récit de formation -celle de Bora : venu de la campagne pour travailler sur les chantiers de cette île près de Phnom Penh , séduit par les "artifices", par la découverte de l’amour, il "mûrira"…- qu’un film sur une nation en construction et dont Diamond Island est la métaphore

La scène d’ouverture nous plonge dans le milieu rural dont va s’extirper Bora (en écho suite à la mort de sa mère il peinera à retrouver l’arbre-liane, lui-même se confondant avec la végétation ...). Milieu campagnard comme matrice originelle (que Solei le frère retrouvé miraculeusement...a reniée depuis 5 ans….) ; matrice sur laquelle va se construire un autre univers auquel l’insert d’un montage numérique vantant le projet immobilier et la cité lumière donne son côté tapageur voire kitsch. Mais la réalité que vit Bora, le jour, au quotidien est tout autre : de vastes panoramiques sur les poutrelles les immeubles-carcasses de béton des plans plus rapprochés sur les baraquements destinés à ces ouvriers sous-payés (contraints de faire des heures supplémentaires au risque de leur vie) illustrent ce paradoxe apparent -mais inhérent au capitalisme mondialisé- participer à la construction d’un « paradis terrestre » tout en sachant qu’on en sera irrémédiablement exclu

 

Cette dialectique est au cœur de ce film à la fois solaire et ténébreux ; non parce qu’il joue sur les oppositions entre les scènes nocturnes et la dure réalité du quotidien mais parce que ce sont les lumières de la nuit et leurs phosphorescences -fête foraine, frisbees luminescents, dancings, etc.-  qui accompagnent les visages d’une jeunesse en quête précisément de "lumière" : corps en perpétuel mouvement, regards étincelants, sourires émerveillés, motos ou voitures décapotables, tout exprime la passion pour cette modernité incarnée ici même à Diamond island

Une insouciance apparente mais … Solei- le mélancolique et ténébreux- connaît le "prix" de ce rêve « occidental »

Et ce n’est pas pur hasard si le film se clôt sur un karaoké où des voix en se dédoublant chantent « faux » ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS que les spectateurs présents lors de la rencontre avec le réalisateur apportent ici leur point de vue!....

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 19:42

De Pablo Larrain (Chili, France)

 

avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Pablo Derqui, Mercedes Moràn

 

Argument: 1948 La Guerre Froide s'est propagée jusqu'au Chili. Au Congrès, le sénateur et écrivain Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Oscar Peluchonneau le soin de procéder à l'arrestation du poète....

Neruda

 

Ce film décevra les admirateurs du grand poète et homme politique communiste que fut Neruda.
 
En effet, pourquoi avoir choisi une séquence de la vie de Neruda pour développer sur toute la durée de la fiction une traque policière sur un ton farfelu, baroque, décousu, totalement irréaliste, historiquement peu crédible, frisant parfois les personnages de BD?
N’importe quel autre personnage que le célèbre poète aurait fait l’affaire pour ce faux thriller politique : l’histoire du chat et de la souris , l’admiration réciproque entre les protagonistes ennemis, leur complicité implicite ne sont pas convaincantes!
Le jeu des acteurs proche du comique sur un fond d’Histoire tragique du Chili  ne prête pas à rire ni même sourire et le choix du réalisateur m’a profondément agacé.
 
Il est vrai que le film n’aurait pas eu le même succès si le sujet n’était pas Pablo Neruda... .
 
Le film contrairement au Chant Général est une petite arnaque qui ne restera pas dans les annales.
 
Serge Diaz

 

Avec dérision et insolence Pablo Larrain nous brosse un portrait de Pablo Neruda, épicurien, dandy et qui paraît parfois loin des préoccupations du peuple, mais dont les poèmes et sa force créatrice débordent et inondent le film.

Dans ce film Pablo Larrain, à l'instar de Santiago 73 post mortem, de No et El Club continue l'analyse critique de l'histoire de son pays, avec ironie et liberté qui préfigure la dictature à venir. Un certain Pinochet, qu'on aperçoit à la tête d'un camp de prisonniers, attend son heure

Un film à voir absolument

Claude 9/01/2017

 

 

 

 

 

On ne saurait reprocher au réalisateur d'avoir refusé le genre "biopic" et l'hagiographie; il a choisi - pour la courte période qui l'intéressait- de faire un film "à la Neruda" plus que "sur Neruda",  d'où cette construction à la fois poétique, cubiste qui n'exclut pas l'ironie l'humour ...
J'eusse aimé encore plus de "folie" baroque (à la Jodorowski)
Après la projection ma première réaction fut de réécouter Grieg et l'adagio de Barber entre autres

Colette 11/01/2017

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 06:39

De Fanny Ardant 

avec Gérard Depardieu Emmanuelle Seigner Paul Hamy 

 

Argument: "Dans une résidence secrète où Staline vieillissant est venu se reposer quelques jours, un jeune peintre, Danilov, vient présenter au dictateur son projet artistique d’un monument posthume à sa gloire. Lidia, la maîtresse de Staline, a sélectionné Danilov et son œuvre parmi d’autres artistes et c’est elle qui l’introduit auprès de Staline. Par ce choix, c’est aussi sa vie qu’elle joue dans cette rencontre qui n’est pour elle et Danilov qu’un jeu de dupe, de mensonges et de terreur".

Le divan de Staline

Adapté du roman de Jean-Daniel Baltassat, (Seuil 2013), Le divan de Staline a permis à  Fanny Ardant de faire concorder sa "passion pour la Russie", et l'amour qu'elle porte à Depardieu "Dans l’histoire que je voulais raconter, Gérard allait apporter son ambiguïté, sa connaissance des êtres humains, son goût du jeu et de la séduction, son intelligence brillante mais sa vulnérabilité malgré tout"

De fait Depardieu envahit parfois l’écran de son énorme stature, pousse ses gueulantes (à pétrifier son personnel) ou retrouve son phrasé quand il est en tête-à-tête avec sa maîtresse ; presque pathétique quand il évoque l’unique amour de sa vie ; souvent cynique -suscitant la peur qu’il lit d’ailleurs dans un regard une expression – il scrute interroge détecte le mensonge sous les dénégations « non je n’ai pas peur » (chacun sait que c’est sa pire ennemie) ; monstrueux quand il signe les arrêts de morts d’insurgés, ou se moque de cette femme qui se pâme gisant à même le sol après avoir baisé sa main…

Il a beau conspuer le fou de Vienne le charlatan il se « prête au jeu de l’analyse (la maîtresse remplacera  Freud dans l’interprétation des rêves) « Que Staline dorme sur le divan du charlatan viennois, j’en connais à qui ça plairait de l’apprendre »

Est-ce le même qui de sa fenêtre scrute avec ses jumelles les allées et venues de sa maîtresse dans le jardin jusqu’à l’atelier du peintre ? 

L’ambiguïté c’est ce qui intéresse la réalisatrice qui élégante dans ses propos a su convaincre hier soir le public ; avec ce timbre de voix,  ces gestes de « danseuse » -tortiller ses cheveux et sa jupe- sa connaissance de la littérature russe, ses convictions, elle est sans doute la personne idéale pour promouvoir son propre film. Un film tourné au  Portugal avec des « locaux » comme acteurs/figurants, Renato Berta comme chef opérateur. « Mon film je le voulais tel un conte avec ces grilles qui s’ouvrent (début) et se ferment à la fin ; je tenais à la présence de ce chien qui s’échappant de la meute est désormais hors murs, hors prison »

Un brouillard omniprésent, une ambiance entre chien et loup ; une bande-son qui emprunte aux grands compositeurs russes ; une mise en scène plus proche du théâtre filmé (pour la réalisatrice les personnages principaux devaient représenter des archétypes) où la troupe des sbires masculins et le chœur du personnel féminin ont perdu toute identité voire toute âme tant ils sont tétanisés par la peur.

Ce huis clos de facture classique donnera peut-être l’envie de lire le roman de Jean-Daniel Baltassat

Au final un exercice de style où tout est si « appuyé » que la plongée dans l’intimité chimérique du bourreau ou son pouvoir mortifère de distiller en permanence la peur, sont purement formels...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Le divan de Staline
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