2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 15:14

De Nora Fingscheidt (Allemagne)

Avec Helena ZengelAlbrecht SchuchGabriela Maria Schmeide

 

Festival de Berlin prix du Meilleur premier film

les Arcs film festival prix du public

Benni a neuf ans. Négligée par sa mère, elle est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu'elle n'arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, elle n'aspire pourtant qu'à être protégée et retrouver l'amour maternel qui lui manque tant. De foyer en foyer, son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour calmer ses blessures et l'aider à trouver une place dans le monde.

Benni

Si le thème semble assez rebattu (cf La tête haute, Mommy pour ne citer que les films les plus récents) Benni vaut surtout pour l’interprétation hors norme de la jeune Helena Zengel : une tête d’ange -cheveux blonds yeux bleus- qui va contraster -surtout dans les scènes de crise aiguë - avec la violence du comportement,  et les éructations au vocabulaire argotique. Benni une enfant de 9 ans hyperactive, un électron libre fougueux ; le titre original systemsprenger (dynamiteur de système) rend bien compte de l’énergie sauvage et indomptable qui fait  "exploser le système" (on apprend à un moment qu'elle a subi un traumatisme -viol? infanticide? et que son visage doit être épargné )

 

Crier son désarroi son manque affectif (la mère impuissante, irresponsable, "immature" diront certains) Crier Oui ! mais quand on n’entend que sa propre voix en écho… ???

Le constat est amer ; toutes les tentatives pour "canaliser la violence", toutes les tentatives d'intégration dans des structures d'accueil  (école, famille d’adoption, foyer ) semblent vouées à l’échec. Et pourtant les travailleurs sociaux ont oeuvré avec amour et patience!!! ainsi Mme Bafané (assistante sociale) ou Micha (éducateur);  mais pour Benni qui semble les "aimer"  ne sont-ils pas  que des pis-aller?

 

Le film est construit selon la dynamique tension /accalmie, qui impose un rythme binaire rémissions/rechutes, tendresse/fureur ou selon un point de vue extérieur espoir/déception. Si ce tempo est trop répétitif (et risque de lasser) force est de reconnaître que les faits ne sont pas toujours prévisibles et que la mise en scène pallie cet éventuel  "défaut"  Rythme trépidant, caméra à l’épaule qui virevolte, gros plans sur un visage désarmant, fondus enchaînés en rose (rose comme les habits de Benni) musique expressive (dissonante ou enfantine) comme reflet d’un chaos intérieur

 

Un film à voir assurément !!  (L'Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 05:04

de  Marco Berger (Argentine) 2019

Avec Gaston ReAlfonso Barón Malena Irusta

 

présenté au festival Chéries Chéris ce film a obtenu le prix d'interprétation pour l'acteur Gaston Re 

Juan doit vite trouver un colocataire après le départ de son frère. C’est finalement Gabriel, son collègue charmant et taciturne, qui emménage. Ce qui débute comme un arrangement innocent se transforme rapidement en attraction naissante, puis en passion…

Le Colocataire

Une main hésitante, une caresse dérobée, deux corps sculptés dans le drapé du lit, un regard mélancolique c’est avec délicatesse que le réalisateur donne à voir l’intime du désir partagé. Une relation homosexuelle (du refoulement à son acceptation)- sublimée par une mise en scène qui privilégie le non dit, les cadrages qui enferment, la caméra fixe, les couleurs sépias et mordorées, les lumières tamisées. Le corps nu vu de dos dans l’embrasure de la porte (caméra subjective) les fesses dont on trace les contours d’un doigt amoureux, le visage qui exulte lors de la pénétration, tout cela est filmé sans voyeurisme. Et la lenteur étudiée invite le spectateur à partager comme hypnotisé une idylle entre Juan le séducteur et Gabriel le  "taiseux."  Idylle bannie par la société argentine et Juan (dans l’unique scène où la parole est cardinale) avoue ne pas vouloir afficher au grand jour son amour pour Gabriel ne pas être montré du doigt ne pas subir de quolibets "être normal"  en assumant sa relation avec Ornella

 

 

L’appartement avec ces portes qu’on entrouvre ce couloir qui structure le cheminement vers...la pièce salon où on s’affale sur le canapé avec les potes en buvant de la bière et en regardant la télé, fonctionne tel un huis clos.

De rares échappées sur la terrasse.

L’extérieur (avec la récurrence des scènes de métro, quelques plans dans l’atelier de menuiserie, et des mini séquences familiales où  Gabriel retrouve momentanément sa gamine) est traité du point purement formel -hormis pour les  plans sur les deux visages dans le  métro- comme son exact opposé  : plans plus larges, ambiances plus lumineuses,  mais d’un point de vue narratif comme un prolongement, ou un essentiel à sauvegarder (la toute dernière séquence donnera le beau rôle à l’enfant qui accepte sans sourciller dans la joie partagée, les aveux de son père Juan était mon amoureux)

ne serait-ce pas in fine le message à retenir dans un climat d’homophobie ?

 

Un film sur une passion contrariée,

Un film à l’émotion contenue mais à la sensualité farouche,

Un film que je vous recommande vivement  (L'Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 16:17
Courtivore covidéo club

Cette sortie récente de nos cocons respectifs augure des retrouvailles amoureuses et amicales, et mille façons de se réinventer.

Vécue depuis quelques mois à travers nos écrans d’ordinateur, la culture reprend enfin une place physique dans nos vies !

 

Contrarié par l’annulation de son festival mais pas vaincu, Le Courtivore, avec le soutien de la Friche Lucien et de la Ville de Rouen, improvise et inaugure son Covideo Club, trois projections de courts métrages en plein air, pour le pur bonheur de se revoir et de partager un moment de cinéma ensemble

Réservez vos mercredis soirs ! 

Et rendez-vous les 1er, 8 et 15 juillet 

à la Friche Lucien

Courtivore covidéo club

Embrassez qui vous voudrez mercredi 1 juillet 21h30

Un peu de rouge à lèvres sous le masque avant de sortir rejoindre l’elu.e de votre cœur, et vous laisser emporter par la fougue de la passion. Un baiser court mais intense, un échange de salive par procuration, dans le bon respect des gestes barrières ! Slurp 

gratuit sur réservation

 

 

Le sens de la fête  mercredi 8 juillet 21h30

Des ami-es, quelques verres, des blagues et de la musique. Quoi de mieux pour se sentir vivant-es ? 

Puisqu’il faut encore rester sages, déléguons ces moments de convivialité et effusions de sueur au grand écran devant quelques courts métrages. Du bonheur en gouttelettes que nous ne saurons bouder encore longtemps...

« Short must go on »

Gratuit, sur réservation 

Le jour d'après mercredi 15 juillet 21h30

Franchement, l’apocalypse, c’était mieux avant.

“This is the end”… Oui, et maintenant ? À quoi ressemble alors ce fameux « monde d'après »?

Tempêtes de déchets, scénarios post-Happy et jungles urbaines détachent notre cerveau en friche de l’imaginaire zombifié des films de genre.

gratuit sur réservation

INFORMATIONS PRATIQUES

Renseignements

Association Courtivore 

festival@courtivore.com

07 81 63 34 85

Réserver vos billets

La Friche Lucien

Place Carnot, site SNCF Saint Sever, entrée rue Malouet, Rouen

Accès F1 arrêt Champlain, ou métro Joffre Mutualité

Entrée gratuite

CB et monnaie acceptées au Troquet et à la Cantine

www.lafrichelucien.org

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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 12:11

film documentaire de Matthieu Bareyre (2019)

Musique Raps FaTyo, Swip&Daks le Vrai;  Vivaldi 

 

Présenté au festival de Locarno

 

Du Paris de l’après-Charlie aux élections présidentielles; une traversée nocturne aux côtés de jeunes qui ne dorment pas : leurs rêves, leurs cauchemars, l’ivresse, la douceur, l’ennui, les larmes, la teuf, le taf, les terrasses, les vitrines, les pavés, les parents, le désir, l’avenir, l’amnésie, 2015, 2016, 2017 : l'époque

 

L'Epoque

Rose Soall Mel Nico Luz Alexandra Solene Coraline Axelle Camille Eléonore c’est à eux et à tous les autres que ce film est dédié (cf générique de fin).

Mais qui sont-ils ? Quels sont leurs désirs ? Leurs attentes ? Le film se focalise sur ces jeunes encore étudiants ou chômeurs ; dealers ou activistes – non violents ou membres des Black Blocks ; il nous invite à cheminer avec eux dans leur errance nocturne dans le Paris des bars des rues de la Place de la République ou dans les banlieues. Mais aussi  dans leur affrontement avec les forces de l’ordre lors de manifestations

Et le montage -où la récurrence du thème musical emprunté à Vivaldi et le passage écran noir servent de raccord- permet de mettre en évidence -progressivement- leur angoisse dans une forme de kaléidoscope (la fragmentation dans toutes les acceptions de ce terme comme fil conducteur?)

 

C’est quoi l’époque ? Les poks (peut-on lire sur la jambe de Rose qui a métamorphosé sa peau en syllabaire) ; le pok comme le bruit d’une matraque, le « son d’un mec qui a le crâne creux »

C’est quoi vos rêves ?

« j’ai pas de haine mais si tu savais comment j’ai le feu » (Rose)

 

C’est la nuit. Douleurs, malaises, obsessions (Etat, violences policières) désirs s’entremêlent dans cette ivresse qui embrase le cœur autant que le corps de ces noctambules. La caméra de Matthieu Bareyre filme parfois au plus près les visages comme si elle s’emparait de ces mots arrachés ou de ces regards comme hébétés d’extase (cf la DJ capable de partir au bout du monde emportée par le son…) Fixer l’instantané !

Certains discours   reproduisent le credo  parental tout en le dénonçant, d’autres légitiment le recours à la casse tout en sachant que c’est illégal (il faut provoquer la peur tout comme ils nous font peur en nous contrôlant il faut faire du déficit faire des choses inutiles comme casser. La peur comme moyen d’entente ???

 

C’est la nuit. Une nuit en bleu et rouge. Bleu des gyrophares et rouge fumigène. Nuit des reflets ou effets spéculaires sur les eaux de la Seine ou les flaques ruisselantes.  Mais aussi rose (celui du bonnet de....Rose) et fuschia (celui de son écharpe) Rose interviewée -et longuement- à plusieurs reprises ! Cette Française d’origine africaine, qui déplore ces contrôles dont elle est régulièrement victime, qui sait le pouvoir des mots, -elle recommande d’ailleurs aux jeunes de les maîtriser, et c’est sur un de ses podcasts que se clôt le film

 

L’époque

Une balade aux portes de la nuit,

Une ballade d’avant l’Aurore ?

 

L'époque, un documentaire  qui en dit plus sur un "état d'esprit" que tous les commentaires des "sachants" (sociologues historiens psychologues) qui paradent sur les plateaux de télévision ....

 

A voir absolument

(cinémutins  www.cinemutins.com)

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 06:34

Depuis le 19 mai, Normandie Images vous offre un film par semaine.
Vous pouvez voir un court métrage de fiction, un film documentaire (soutenus par le fonds d'aide de la Région Normandie en partenariat avec le CNC), un film d'atelier d'éducation et des pastilles “je me souviens” constituées de films d'archives amateurs.

Chaque film sera visible pendant une semaine en « Une » du site, avec la possibilité de revoir les films des précédentes semaines jusqu'à la fin septembre 2020.
 

Programme des 4 E-séances à venir :

Mardi 16 juin
La Chair de ma chère court métrage de Calvin Antoine Blandin

Mardi 23 juin
Cordes et liens film d'atelier d'Arthur Shelton

Mardi 30 juin
Casa documentaire de Daniela De Felice

Mardi 7 juillet
À vos marques, prêts, partez ! montages de films amateurs


bonne découverte et bonne E-séance à tous,
l'équipe de Normandie Images

 

 

 

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 08:53

de Guillaume Brac

avec Eric Nantchouang, Salif Cissé, Edouard Sulpice

 

Présenté en compétition au festival Champs Elysées (du 9 au 16 juin)

champselyseesfilmfestival.com

a obtenu le Prix de la Critique 

 

Paris, un soir au mois d'août. Un garçon rencontre une fille. Ils ont le même âge, mais n'appartiennent pas au même monde. Félix travaille, Alma part en vacances le lendemain. Qu'à cela ne tienne. Félix décide de rejoindre Alma à l'autre bout de la France. Par surprise. Il embarque son ami Chérif, parce qu'à deux c'est plus drôle. Et comme ils n'ont pas de voiture, ils font le voyage avec Edouard. Évidemment, rien ne se passe comme prévu. Peut-il en être autrement quand on prend ses rêves pour la réalité ?

A l'abordage

Rappelez-vous Contes de juillet -romances presque rohmériennes interprétées par des élèves du Conservatoire

Ici encore le réalisateur fait jouer des élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (éblouissant Edouard Sulpice dans le rôle de ce  "chauffeur blablacar", maladroit et coincé, lui le "chaton à sa maman" ; fantastique Salif Cissé tout en rondeurs face à l’exubérant Eric Nantchouang)

 

Le titre ? la formule empruntée à la marine est reprise, mais délestée de sa connotation pirate, lors d’une scène de spectacle de rue pour enfants : l’actrice/clown tente en le ratant plusieurs fois l’assaut sol/estrade et les gamins de s’esclaffer.

C’est métaphoriquement un coup d’envoi, un assaut, une façon d’aborder l’autreet qui concernera autant Felix que ses deux comparses !

 

Une  "romance" estivale, telle une tranche de vie à la fois pudique légère et grave (en filigrane se lit tout un contexte social fait de clivages culturels)

Une  "rencontre" avec l’autre que l’on apprivoise et qui est aussi rencontre avec soi-même. (Félix accepte les limites de son amour exclusif, Edouard se désinhibe alors que Chérif vit intensément la délicatesse d’une relation avec une maman seule (Ana Blagojevic)

 

Tournée en extérieur, cette chronique à l’ambiance souvent bon enfant d’un camping, d’ébats dans la rivière, (nous sommes dans la Drôme) d’un karaoké (Aline…) est pleine d’une humanité, tendre et empreinte d’humour,  à la fraîcheur de "jouvence" 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 12:20

de Camilo Restrepo (Colombie) 

Avec Luis LozanoFernando Úsaga HiguítaCamilo Restrepo

 

prix GWFF du meilleur premier long métrage à la Berlinale (février 2020)

 

En compétition au 9ème festival 

Champs-Élysées Film Festival - 9-16 juin 2020 

A obtenu le prix du jury : meilleur réalisateur

 

(Le réalisateur s’est lié d’amitié avec Pinky et l’a convaincu de jouer lui-même son propre rôle dans le film.)

Medellín, Colombie. Pinky est en fuite. Il vient de se libérer de l'emprise d'une secte religieuse. Il se trouve un abri de fortune et un petit boulot dans une fabrique de t-shirts. Trompé par sa propre foi, il questionne tout. Mais alors qu'il tente de reconstruire sa vie, il est bientôt rattrapé par des réminiscences violentes qui demandent Revanche.

Los conductos

Halluciné et hallucinatoire, réaliste et fantastique, ce film à la narration fragmentée, au mélange  d'"onirisme narcotique et de mysticisme lyrique" , et où s'entrelacent, se superposent   géographie d'une  ville post industrielle  et géographie mentale, ne peut laisser indifférent.

 

La scène d'ouverture est assez déroutante. Extérieur nuit noire, bleutée; ombre portée d'une arme à feu; détonation; zooms sur le rouge d'une blessure et le rouge du réservoir à essence d'une moto. Et pendant presque 10 minutes absence de paroles et impossibilité d'identifier les silhouettes....Nous allons suivre le "meurtrier" (d'abord une ombre puis un visage casqué); il est en cavale; seul sur l'autoroute!  Rythme accéléré! Pétarades! 

 

C'est alors que sa voix intérieure va tenter d'expliquer cette fuite. Oui Pinky a fait partie de la secte des "élus" sous l'égide -voire la férule- d'un gourou, le "père" qu'il vient de tuer ; oui il a été comme envoûté;  oui ce groupe a commis des crimes; il est temps de  s'en affranchir. Y parviendra-t-il?. Est-ce possible de se libérer de ces chaînes? C'est à un "voyage initiatique"  que nous convie Camilo Restrepo dans "Los conductos" 

 

Aux scènes dites réalistes, le réalisateur préfère des ambiances (obscurité, jeux d'ombre et de lumière, étincelles qui illuminent la ville vue en plongée; gestes répétitifs des ouvriers dans un atelier de contrefaçon). Il privilégie les gros voire très gros plans (roue de la moto, visage ou regard de Pinky, bottes des soldats qui défilent, boules de cuivre, cigarette que l'on roule.., doigt qui crochète,  trou dans le mur de la cave qui sert d'abri et en écho trous de la chaussée qui donnent accès à des forces chthoniennes (?)) comme autant de détails qui dans des plans d'ensemble perdraient leur pouvoir évocateur, symbolique ou métaphorique. Les lignes verticales alternent avec les horizontales et les formes ovales! Jeux sur  la gémellité   (cf affiche). Tout cela au service d'un montage dit impressionniste

Un montage qui suggère plus qu'il ne décrit, un montage où se mêlent la mémoire du protagoniste et celle de son pays la Colombie, le présent -celui d'une survie - transfiguré par des visions (certaines dues à la drogue), le présent confronté à un passé revisité, ou à la perspective d'un futur en marche ("au lieu de tuer ses fils, la Colombie ne peut-elle pas les rendre dignes de vivre ?) et le film se clôt -après la confrontation avec Revanche - sur un poème de Gonzalo Arango 

 

​​​​​​​On pourra toujours reprocher une  tendance à la  logorrhée philosophique (d'autant que celui qui profère et professe semble réciter)  ainsi que les similitudes avec le Christ qui s'exprimait en recourant aux paraboles (ici Pinky "racontant"  l'histoire des mendiants); mais l'abscons de la parole allégorique est  transcendé par le lyrisme omniprésent, les trouvailles de Guillaume Mazloum (éclairages photos)  et la partition originale d'Arthur B Gilette

 

Le festival international de Mar del Plata (fin 2019) qui a récompensé le film, a salué "sa vision personnelle du monde qui a une dimension esthétique politique et humaine et sa propre langue cinématographique" ​​​​​​​

 

A voir absolument!

 

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

Los conductos

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 15:44

documentaire de DAVY ROTHBART

prix du jury au Melbourne Documentary Festival, 

prix du meilleur montage  au Tribeca Film Festival.

 

 

Présenté en compétition au 9ème festival  Champs Elysées Film Champs-Élysées Film Festival - 9-16 juin 2020 

a obtenu le Prix du Jury  et le Prix du Public du meilleur long métrage américain 

une saga familiale chroniquée sur 20 ans 

En 1999, Davy Rothbart rencontre dans son quartier de Washington les frères Sandford, et devient ami avec la famille. Il prête de temps en temps sa caméra au petit frère Emmanuel, 9 ans, qui aimerait réaliser des films. Rothbart ne se doutait pas qu’au fil des années, les images filmées par la famille Sandford allaient offrir un récit à la hauteur du pays, une histoire tragique et violente....

17 blocks

17 blocks soit 17 pâtés de maison, soit la distance qui sépare le Capitole et le quartier de Washington DC... Deux mondes!  deux univers si proches et si distants !

Cheryl la soixantaine revient sur les lieux de son enfance. Des larmes perlent sur son visage et sa confession en est embuée. C’est le prologue ; le spectateur est intrigué, il s’interroge: Cheryl une mère aimante ? une mère Courage ? elle se dit responsable de la tragédie qui a dévasté la famille en 2009 ! pourquoi?
 

Hésitante virevoltante ou plus maîtrisée, la caméra va nous plonger dans l’intimité de la famille afro-américaine Sandford durant deux décennies. Une sorte de docu-vérité. Le réel filmé dans tous  ses états (moments festifs déboires drames) le mal à fleur de peau qui ronge le corps (drogue et violence, passages à tabac) le tragique là où personne ne l’attendait… l’incompréhension qui tétanise et la volonté de se "reconstruire"  Avec ce regard  parfois impudique et sans complaisance. Moins celui du  "réalisateur" qui s’est contenté d’orchestrer que celui de cette caméra, devenue partie intégrante de la famille 

 

17 blocks

 

Voici  Cheryl la mère (qui rêvait d’être Marilyn…) et ses trois enfants Smurf l’aîné, Denice et le jeune Emmanuel ; elle les élève seule. On se focalise sur le plus jeune. À l’inverse de son frère -dealer invétéré- il fera des études, il rêve d’être pompier, il aime la jeune Carmen, il l'aime d’un amour total ; mais cette "romance" s'en vient percuter le bloc de l' immanence -celui de la précarité et de la violence liée à la drogue- : du sang sur le carrelage et les murs de ce vestibule où le chat égaré cherche en vain ses repères,  (un plan ô combien signifiant !!) une voix off déformée  par la douleur commentera...

Viendra la nécessaire " reconstruction". La caméra se focalise sur Justin enfant puis pré-adolescent qui ressemble si étrangement à son oncle Emmanuel ; une plaque commémorative à même le sol tout comme le film est dédié à toutes les victimes d’homicide à Washington, victimes dont les noms s’affichent dans le générique de fin ...sans fin....

 

Un film coup de poing.

À la spontanéité brute souvent déconcertante

Ni voyeurisme ni pathos ni folie vengeresse.

Et pourtant à travers le portrait de cette famille, de son environnement,  le réalisateur n’épingle-t-il pas les dérives d’un pays ?

Colette Lallement-Duchoze

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 11:49

Documentaire  de Andreas Horvath  48 min  2002 (Autriche )  

 

Mention spéciale du jury du public festival  Nyon  Visages du réel en 2002

2001 : la suppression systématique de plusieurs millions d'animaux d'élevage dans le nord de l'Angleterre ordonnée par le gouvernement Blair dans le but de combattre l'épidémie de fièvre aphteuse en cours, transforme les paisibles pâturages du Yorkshire du Nord en terreau fertile pour les soupçons et les accusations. 

The silence of green

Images de verts pâturages, ciels tourmentés (à la Turner) ou immensément bleus ourlés d’un blanc cotonneux, respect de la règle d’or dans la composition, surimpression paysage réel et toile de Constable, oui the silence of green est bien l’oeuvre d’un photographe!

Mais quand Andreas Horvath donne la parole à des fermiers (qu’on ne verra pas) très suspicieux quant à la  "gestion" d’une épidémie (elle-même remise en question), quand il fait coexister la cruauté du réel (abattage d’animaux) et le religieux (cf la récurrence de plans sur l’église et surtout le leitmotiv d’une trame sonore qui fait la part belle aux chants, aux prières) le documentaire est éminemment politique !

 

À rappeler (comme il est dit dans le générique d’ouverture) que la fièvre aphteuse (foot and mouth disease) fait les gros titres ; en mai, tout semble sous contrôle, mais bizarrement, le Ministère de l’Agriculture décide de faire abattre des troupeaux dans le Nord du Yorkshire, région où aucun cas n’a été signalé. Cette fois-ci, les médias sont tenus à l'écart. Pas question que des images de bûchers fassent à nouveau le tour du monde. Quelques semaines plus tard, on apprendra (cf générique de fin) que seulement 25% des cheptels étaient atteints, les autres ayant été éliminés par mesure de précaution.

Ce carnage était-il vraiment nécessaire ?

La réponse des personnes interrogées est "non"; elles incriminent non seulement Tony Blair mais l’Union européenne. Un fermier affirme péremptoire que dans les pays européens (Irlande Allemagne France ) tout a été « étouffé dans l’oeuf ». Un autre évoque la perte douloureuse de son cheptel sa ferme ayant été  "désignée par erreur" une erreur de ...logiciel. Une femme accuse l’Union européenne de vouloir "décimer" une partie du monde agricole Tous savent que pour "bénéficier" d’une "compensation",  ils ne doivent pas alerter les médias...n’empêche !!

 

Pour rendre compte de tout cela Andreas Hovarth va convoquer simultanément ou successivement des modalités et codages de filmage du réel, et ceux  plus proches de la  fiction (mais on sait que la frontière entre fiction et documentaire est souvent  poreuse, que les « genres » ne sont pas forcément antinomiques, qu’il s’agit avant tout de deux façons d’interroger le monde,  le regard primant sur le genre…). Le "document"  porte sur un événement (la fièvre aphteuse qui a sévi en 2001) un fait social (fermiers britanniques sceptiques emportés, impuissants,  dans la tourmente d’une gestion  "calamiteuse") mais il est filmé à distance (recours au téléobjectif) ; le regard scrute le paysage (à la beauté ...faussement innocente) l’environnement (avec et sans les animaux : une étable vide une prairie comme inviolée le silence est éloquent) il s’arrête sur des détails (des points qui soudain prennent forme ….prémices...d’un massacre,  en présence d’équarrisseurs ?)

Et en inscrivant le "réel"  dans un contexte « religieux » le réalisateur le chorégraphie en une danse liturgique de la mort, le silence  a les accents d’un requiem !

A voir absolument! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS le réalisateur était venu en décembre 2019 à l’Omnia présenter son premier long métrage Lilian

The silence of green

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 17:59
FIFAM: 3 films documentaires en accès libre jusqu'au 8 juin

http://www.fifam.fr/cadeau-3-films-en-acces-libre/

"Cette semaine, nous avons choisi de vous offrir trois films, trois œuvres signées Jean Rouch, Raoul Ruiz, et Jean-Pierre Duret, sans autre point commun qu’une appétence à nous conter le réel avec un regard d’artiste".

  • Madame l’eau de Jean Rouch

France, 1993, 120 min.

Trois amis du Niger partent étudier les systèmes hydrauliques en Hollande. Une fiction documentaire où se confrontent les cultures.

Cliquez-ici, pour voir ce film

FIFAM: 3 films documentaires en accès libre jusqu'au 8 juin

La chouette aveugle de Raoul Ruiz

France, Suisse, 1987, 93 min.

Au cours d’un débat, Raoul Ruiz a déclaré : « je n’adapte pas une œuvre littéraire, je l’adopte ». Cette déclaration trouve dans La chouette aveugle une parfaite illustration car cette version du livre de Sadegh Hedayat additionne les transpositions et, dans sa grande liberté, en restitue fidèlement l’essence.

Cliquez-ici, pour voir ce film

FIFAM: 3 films documentaires en accès libre jusqu'au 8 juin

Un beau jardin, par exemple de Jean-Pierre Duret

Belgique, France, 1986, 55 min.

Jean et Thérèse Duret sont des savoyards. Dans la ferme familiale où ils ont “trimé” toute leur vie, ils continuent de travailler la terre obstinément, alors que tout ce qui fut leur univers disparaît sous leurs yeux

Cliquez-ici, pour voir ce film

FIFAM: 3 films documentaires en accès libre jusqu'au 8 juin

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

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