16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 07:30

de David Cronenberg (Canada Grèce)

 

avec  Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart, Scott Speedman, Welket Bungué, Don McKellar, Lihi Kornowski, Tanaya Beatty, Yorgos Karamihos, Yorgos Pirpassopoulos, Nadia Litz, Jason Bitter, Denise Capezza

 

Présenté au festival de Cannes Sélection Compétition Officielle 

 

Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin, une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques. C’est alors qu’un groupe mystérieux

 

Les crimes du futur

 

Vous allez pénétrer dans les entrailles des corps -sens littéral -et de la pensée -sens figuré.

 

Epoque indéterminée, futur plus ou moins proche, présent déjà advenu mais dont nous n’aurions pas conscience ? Comme le titre le dit explicitement, l’humanité en est arrivée à un seuil critique de son évolution (germes, fermentation d’une ère nouvelle, catastrophique ; c’est que la population, en train de développer d'étranges tumeurs, apprend à "vivre" sans son enveloppe corporelle, …)

 

La séquence d’ouverture -enfant, lumière, soleil, clapotis de l’eau, bientôt évanouis, quand à l’intérieur de la villa l’enfant ingère du plastique comme unique nourriture et que la mère commet l’irréparable-, résonne comme un avertissement !!

 

Et nous allons basculer dans une dystopie!  -où les couleurs rouille ou glacées d'un underground vont remplacer l'ambiance solaire - à peine menacée par ces doigts d'enfant qui grattaient la grève ... à la recherche de ?...

 

Le mot d’ordre nouveau ? ou l’ordre nouveau ? la chirurgie, c’est le nouveau sexe 

La recherche du frisson ? ce sera  donc dans toutes ces expériences …récupérées par  l’Art ! car l’ablation des organes est devenue spectacle - une "performance"… Celle qu’admirent tous les adeptes de Saul - lequel atteint d'un syndrome de mutation génétique, ne cesse de produire de nouvelles excroissances organiques, ce qui le rend de moins en moins humain.

 

Et même si le scalpel incisant  la chair ne provoque qu'un léger grimacement, un léger clignement des paupières témoins du  plaisir sadomaso , même si des mains-robot extirpent des organes, l’absence de réalisme et le refus du naturalisme interdisent toute pseudo identification et inciteraient plutôt le spectateur à sourire si ….la  "pensée" cachée sous ses faux semblants n’était aussi grave !. De quelle forfaiture le futur est-il devenu le nom ? (ou le non ?)

 

Certains spectateurs vont interpréter ce film comme une somme testamentaire !  d’autres se plairont à glaner çà et là des références à Videodrome Crash Existenz Faux Semblant ou encore à d'autres films de Cronenberg

 

Mon impression est mitigée. Passons outre l'intrigue (aux "fausses" allures de thriller)

Autant l’interrogation sur l’art et sa récupération (cf les excroissances organiques les performances) serait  passionnante,  si elle n'était  diluée dans de longs dialogues souvent monocordes et prétentieux. Quant au concept de  "paysage intérieur"  (un leitmotiv)  que l’on accolerait à une « forme » de peinture et de sculpture, il est constamment escamoté : supposons que la dimension spirituelle se soit volatilisée,  et que l’anatomie -dans une approche purement fictionnelle- puisse le donner à voir littéralement , pourquoi recourir à tous ces propos verbeux,  ces formules pontifiantes?.

Ou alors est-ce de l'humour au énième degré ?

Car l’humour est omniprésent : on retiendra le sarcophage dans sa matérialité étymologique- consumer les chairs, l’éjaculation précoce du  "old sex" ,  la fermeture éclair pour accéder aux organes, la parodie des liturgies et surtout la présence de l’agent double –

 

comme si le film était un piège pour le  public!  ou signait, sous le sceau de l'auto-dérision, son propre échec ?

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 05:39

de Serge Bozon (France, 1h40).

Scénario : Axelle Ropert et Serge Bozon, d’après Molière.

Avec Virgine Efira, Tahar Rahim, Alain Chamfort, Jehnny Beth, Damien Chapelle.

 

présenté en Compétition Officielle Cannes 2022

 

 

En 2022, Don Juan n’est plus l’homme qui séduit toutes les femmes, mais un homme obsédé par une seule femme : celle qui l’a abandonné…

Don Juan

Ce film a "énervé" "irrité" (et certains spectateurs à Cannes auraient, dit-on,  quitté la salle). On n’apprécie guère les séquences chantées, l’immobilisme de Tahar Rahim/ Don Juan contrastant avec l’étonnante mobilité de Julie, la mise en abyme (Laurent interprète le personnage éponyme de Molière et Julie celui d’Elvire et lors des répétitions, le texte du XVII° siècle entre en résonance avec le vécu du couple au XXI°), les directives de la metteuse en scène (gestes chorégraphiés), le chanteur et pianiste Alain Chamfort (à la fois père effondré de douleur suite à la perte de sa fille et Commandeur) et même la "construction"  du film dans son entièreté .

 

Et pourtant!!!

 

Mairie. Laurent, de noir vêtu, attend Julie ; ils vont se marier. Elle tarde. Impatience. Alors qu’il vient de tester sur son téléphone différentes musiques, le regard rivé sur son reflet dans le miroir, - avec cet effet de mise en abyme : reflet d’un tableau où l’on voit un homme dans la position du suppliant-, il se penche à la fenêtre …Il regarde…fixe une passante (la voit-il vraiment ?) MAIS il ne verra pas Julie ; dépitée elle entre dans un bar et commande « de la musique »

 

Regards et musique, c’est à cette double dynamique qu’obéira tout le film !

 

Regard de soi sur soi, de l’autre sur soi, les deux entrecroisés, (regard qui regarde le regard de l’autre) ce qu’accentuent les effets spéculaires, regard fantôme (et parfois le visage ravagé de Tahar Rahim porte les stigmates du spectre). Car le Don Juan de Bozon n’est plus l’infidèle auquel " sa"  légende nous a habitués. Il erre mais immobile (assis à une terrasse de café il voit dans toutes les femmes le double de Julie, celle qui l’a abandonné). Et le jeu de Tahar Rahim -gaucherie apparente, sobriété calculée, étrange absence à soi-même— est bien celui d’un « mort-vivant » - rien à voir avec une grille de lecture préformée !!! Et si on accepte cette « déviance »-déviation ?- on acceptera simultanément ou du moins plus volontiers les parties chantées, comme ultime moyen de « sonder » une intériorité ...  qui s’en serait allée ? Avec le « retour » de Julie/Elvire et les répétitions sur la scène d’un théâtre à Granville, Laurent/Don Juan reviendrait-il sur le rivage (alors qu’il allait s’embarquer pour les Limbes ?)  La présence dans le film du pianiste-chanteur Alain Chamfort -et sa double « fonction » y apportera peut-être une réponse  

 

Colette Lallement-Duchoze 

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 06:52

de Santiago Mitre (Fr-Arg,Esp, 2021)

avec Daniel Hendler, Melvil Poupaud, Vimala Pons, Sergi Lopez, Françoise Lebrun…

Le couple, l’amour et la vie de famille sont de bien belles aventures que vivent José et Lucie. Jusqu’au jour où l’ennui s’installe. Lucie consulte alors un psy pour sauver leur couple. De son côté, José vient me voir, moi, Jean-Claude, leur voisin. Ensemble, nous lançons une nouvelle thérapie. Trinquer, danser et jouer au meurtrier tous les jeudis : la nouvelle recette du bonheur !

 

 

 

Petite fleur

 

 Une histoire de vie et de mort dans n’importe quel ordre 

On connaissait Santiago Mitre « chantre d’un cinéma militant » (cf  el presidente - Le blog de cinexpressions). En déplaçant l’action en France (Clermont-Ferrand plus précisément) et en optant pour un réalisme fantastique à la Raoul Ruiz, le réalisateur argentin signe une comédie fantasque qui explore -avec ce burlesque à répétition keatonien- les arcanes de l’ennui dans un couple moderne et surtout les moyens de rompre la routine.

Intrigue servie par la pétulante Vimala Pons, Daniel Hendler en  paumé mystérieux  et Melvil Poupaud en dandy œnologue et jazzophile.

Intrigue servie également par la reprise du standard de Sydney Bechet « petite fleur » -comme incitation, pulsion nécessaire au…meurtre-, la voix off de Jean-Claude (Melvil Poupaud) le mort du jeudi chaque fois ressuscité, le concert avec Hervé Vilard (et l’inusable  Capri c’est fini), la présence d’un gourou thérapeute (Sergi Lopez) d’une voisine suspecte (Françoise Lebrun).

Des décors d’intérieur qui rappellent parfois l’architecture géométrique à la Chirico et les couleurs design, ou le brun rouille du milieu underground où  "sévit"  un "drôle" de  thérapeute, alors que la capitale auvergnate filmée en plongée -d’où émergent les flèches gris noir  de la cathédrale- ou anthropomorphisée quand Daniel (au chômage) arpente ses rues et ruelles pour balader sa petite Antonia , sont comme une « valeur ajoutée » dans cette volonté de faire « coller » le réel à l’absurde

Oui cet exercice de style en forme de comédie noire loufoque est réussi et prouve l’étonnante capacité de son auteur à évoluer dans les eaux troubles des comédies assassines, (malgré tous les malgré(s)  que des esprits chagrins ne manqueront pas de signaler)

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 06:10

de Ferit Karahan (Turquie Roumanie 2021)

avec Samet YildizEkin KoçMahir IpekMelih SelcukCansu FirinciNurullah AlacaMert HazirMustafa Halli

 

 

 

Dans un pensionnat isolé dans les montagnes d’Anatolie, les élèves doivent obéir à des règles strictes. Une nuit d’hiver, le chauffage tombe en panne. Memo, 12 ans, demande à son ami Yusuf s’il peut dormir dans son lit mais ce dernier refuse par crainte du qu’en dira-t-on. Le lendemain matin, Memo est retrouvé sans connaissance.

 

Yusuf et son meilleur ami Memo sont élèves dans un pensionnat pour garçons kurdes, isolé dans les montagnes de l’Anatolie orientale. Lorsque Memo tombe mystérieusement malade, Yusuf est contraint de surmonter les obstacles bureaucratiques dressés par la direction autoritaire et répressive de l’école pour tenter d’aider son ami.

 

 

 

Anatolia

Le film s’ouvre sur la séquence de la douche- douche collective hebdomadaire, que surveille un personnel prompt à repérer  la moindre incartade - prétexte pour exercer un autoritarisme forcené : en l’occurrence privation d’eau chaude et obligation de se laver à l’eau froide….Punition infligée à trois pensionnaires dont Mehmet sous l’œil réprobateur de son ami Yusuf.  Ce long prologue filmé en plans serrés met en exergue dureté, maltraitance, coercition, relations fondées sur la peur.

Thématique majeure de ce film qui -tout en s’inspirant d’un douloureux épisode de la vie du réalisateur- donne à voir de façon prégnante et sensorielle une école de la cruauté. Le jeune acteur  Samet Yildiz dont le visage filmé en gros plan envahit parfois l’écran ou dont le corps, minuscule virgule dans l’immensité enneigée, incarnera  cette terreur au regard noir!

 

Voici un lieu doublement isolé du monde (par sa situation géographique et par une tempête de neige). Un pensionnat de garçons kurdes mais qui ressemble plutôt à une prison. Une prison dont le rythme quotidien  est scandé par des rites, dans les lieux dédiés (dortoirs, salles de classe,  réfectoire avec le bénédicité en l’honneur de l’État…). Et quand Mehmet est entre la vie et la mort, l’infirmerie où il repose - un simulacre que cette pièce minuscule et cette absence de médicaments !!!-   devient un tribunal où s’affrontent les adultes, ces responsables potentiels qui se rejettent mutuellement la faute, alors que Yusuf, au chevet de son ami incarne la bienveillante sollicitude. Et ce contraste est si puissant dans ce microcosme, que les glissades à répétition sur le carrelage à cause de la  neige fondue, que l’accumulation de contretemps pour faire venir une ambulance, ne sauraient provoquer le rire, c’est que le burlesque n’a plus sa place dans ce huis clos, réceptacle d’une tragédie

 

Un film aux allures de « thriller » glacial » -le parcours labyrinthique de Yusuf , son errance filmée à sa hauteur, la maladie mystérieuse de son ami Mahmet, les entorses au règlement, et  au final ce récit dans le récit qui vient  combler   l'attente,  tel ce point de suspension inscrit dans  l'écran noir  à la fin du  prologue!!!…

Un récit aussi glaçant que l’environnement mais en osmose avec la stratégie du pays (former de futurs soldats au service de l’Etat ; un Etat qui d’ailleurs a effacé de la carte la notion de  "région kurde"  au profit d’Anatolie orientale -cf le cours de géo ). Une narration qui égrène ça et là des allusions ciblées (conditions de travail des professeurs, détournements  de fonds,  trafic de cigarettes, individualisme des parents...) comme autant d'égratignures (euphémisme) au système 

 

Malgré quelques invraisemblances (température extérieure -35° MAIS aucun des personnages, ne porte coiffe gants cache-nez) et quelques difficultés à faire coexister fiction et documentaire- Anatolia est un film que je vous recommande (il vous reste 3  séances avant la fermeture de l’Omnia aux Toiles mardi 14 juin 23h59)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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11 juin 2022 6 11 /06 /juin /2022 06:37

 De Mariano Cohn et de Gaston Duprat (Argentine Espagne) 2022

 

avec Penelope Cruz, Antonio Banderas et Oscar Martinez

 

 

Un homme d'affaires milliardaire décide de faire un film pour laisser une empreinte dans l'Histoire. Il engage alors les meilleurs : la célèbre cinéaste Lola Cuevas, la star hollywoodienne Félix Rivero et le comédien de théâtre radical Iván Torres. Mais si leur talent est grand… leur ego l’est encore plus !

Compétition officielle

Le ton  -dénonciation d'un certain milieu-,  est donné dès la  longue séquence d’ouverture : un magnat de l’industrie pharmaceutique a la prétention de  laisser un nom dans l’histoire (autre que celui de milliardaire) et à défaut de faire construire un pont  "à son nom",  il produira un  BON FILM. Son assistant est chargé de convaincre la  "meilleure"  réalisatrice du moment (multirécompensée pour ses films art et essai) qui choisira les "meilleurs" acteurs, en vue de l’adaptation d’un livre écrit par un prix Nobel…..Fabriqué à partir de cette  "recette"  (comme on mitonne un menu succulent) le film d’auteur est  susceptible d’être couronné à Cannes à Venise et à Berlin !!! et de flatter l’immense bonté du généreux mécène….(lui qui n’a pas lu le livre ....et qui n’est pas  du tout versé dans la culture….cinématographique)

 

Premier grincement dans l’univers du cinéma -alors que précisément s’achève la  "grand-messe"  cannoise avec son cortège de faux-semblants,  ses surenchères promotionnelles, Compétition officielle viendrait à point nommé??

 

Cette comédie – qui pose la question incontournable "qu’est-ce qu’un BON film", (serait-ce le film d’auteur, vs divertissement ?) va en outre parachever la "mise à mort" de certains clichés sur le "sérieux" de l’entreprise cinématographique. Dans le décor d’un immense bâtiment moderne – les cadrages, les plans en épouseront l’aspect architectural et géométrique-, voici, pour les séances de lecture du scénario et pour les répétitions, une réalisatrice, Lola Cuevas -aux méthodes peu orthodoxes- et deux acteurs fort dissemblables  – Felix Rivero, une sorte de playboy exaspérant et Ivan Torres, un comédien lugubre qui ne jure que par l’engagement ; tous les trois imbus de leur personne, aux égos surdimensionnés.

L’astuce des deux réalisateurs argentins est moins d’avoir procédé à une double mise en abyme (les deux acteurs s’invectivent et sur le plateau et dans leur vie privée ; le scénario (fiction romanesque) est dupliqué (réel) par la vie réelle des protagonistes) que d’avoir fait endosser par les acteurs eux-mêmes le  " poids"  de cette mise en abyme comme si ça allait de soi …. et ainsi d’avoir maquillé astucieusement ce qui relèverait d’un parti pris trop facile !!!

 

A cela s’ajoutent des dispositifs pour le moins étonnants (cf cette pierre de 5 tonnes suspendue au-dessus des deux acteurs telle l’épée de Damoclès afin de "mettre la pression" ou l’emballage cellophane des deux acteurs ) ,   "plaisants"  (menthol et larmes, blanchiment des dents) ; et  la broyeuse de trophées illustrera la tyrannie ravageuse de Lola, (le parangon de l’égocentrisme en broyeur d’égos !!)

 

S’ils connaissent les "affres" de la création, les personnages n’en sont pas moins souvent grotesques dans leurs souveraines prétentions, leurs poses et leurs snobismes outranciers. Et les trois acteurs Penelope Cruz (exubérante avec cette perruque rousse et ses minauderies) Antonio Banderas (étonnant numéro de faux « malade ») et Oscar Martinez (coupe Volpi  2017 pour Citoyen d’honneur  où il interprète un …prix Nobel) semblent s’en  "donner à cœur joie"  pour fustiger ce que précisément ils incarnent eux-mêmes…car le film est censé plaire au secteur qu'il parodie……

 

Malgré certaines longueurs, des gros plans fixes prolongés, complaisants, malgré l’absence d’une critique venimeuse (mais était-ce le but recherché ?) Compétition officielle est un film que je vous recommande pour son rythme souvent enlevé, son humour bon enfant ou corrosif, sa photo  "design", sa mise en scène  "théâtrale"  et la prestation de ses trois acteurs.

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 07:02

Documentaire d' Alexander  Abaturov  2017

 

Fiche technique : Le Fils (titre original Syn). France, Russie. 2017. 70 minutes // Auteur & réalisateur : Alexander Abaturov // Image : Alexander Abaturov, Artyom Petrov & Alexander Kuznetsov // Son : Alexander Kalachnikov // Montage : Alexander Abaturov & Luc Forveille // Producteur délégué : Petit à Petit Production.

 

Proposé en partenariat avec Tënk la plateforme de documentaires d'auteurs il résonne  particulièrement aujourd'hui

 

https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/international/le-fils-mourir-pour-la-russie

 

Dima est mort le 23 mai 2013, à l'âge de vingt-et-un ans. Enrôlé dans l'armée Russe, il est tué d'une balle dans la tête, lors d'une mission spéciale au Daghestan. Pendant que ses parents affrontent le vide laissé par sa disparition, ceux qu'il appelait ses frères, s'entraînent toujours pour la guerre dans des conditions difficiles qui créent un lien puissant entre eux. Ces deux univers se mêlent. Ils racontent la mort et l'absence.

Le fils
 
 
 
 
 
 

Alexander Abaturov les a suivis pendant deux ans. En parallèle, il suit l’immense tristesse et les larmes emprisonnées des parents de Dima, tué au combat en 2013.

Jamais l’ennemi n’est nommé. Ce fut l’Afghanistan, la Tchétchénie, la Géorgie… C’est sans doute l’Ukraine aujourd’hui. Abaturov ne dénonce rien, mais aux bribes de discussions enregistrées, à l’évocation de ces autres fils qui ne sont jamais revenus, il parvient avec beaucoup de retenue à raconter l’implacable destin dans lequel ces jeunes hommes sont engagés. Une universelle malédiction".

Ce documentaire, proposé en partenariat avec Tënk, la plateforme de documentaires d’auteurs, est visible pendant un mois sur Mediapart.

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3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 08:04

de Blerta Basholli (Kosovo 2021)

avec Yilka Gashi Cun Lajci Aurita Agushi

 

Récompensé au festival Sundance par trois prix : grand prix du jury, meilleure réalisatrice et prix du public

A remporté l'Antigone d'or au festival du cinéma méditerranéen de Montpellier 2021

Le mari de Fahrije est porté disparu depuis la guerre du Kosovo. Outre ce deuil, sa famille est également confrontée à d’importantes difficultés financières. Pour pouvoir subvenir à leurs besoins, Fahrije a lancé une petite entreprise agricole. Mais, dans le village traditionnel patriarcal où elle habite, son ambition et ses initiatives pour évoluer avec d’autres femmes ne sont pas vues d’un bon œil. Fahrije lutte non seulement pour faire vivre sa famille mais également contre une communauté. hostile, qui cherche à la faire échouer

La ruche

Un des thèmes récurrents du cinéma des pays de l’ex Yougoslavie est l’obsession d’un passé douloureux (Seconde Guerre Mondiale;  guerre civile et l'épisode de Srebrenica en 1995, guerre du Kosovo) que certains réalisateurs traitent avec humour (cf la parade La parade - Le blog de cinexpressions),  un mélange d’âpreté de réalisme (Téret Teret - Le blog de cinexpressions). Pour évoquer les « séquelles » de la guerre du Kosovo la réalisatrice Blerta Basholli s’inspirant d’une histoire vraie, celle de Fahrije Hoti,  va explorer « le quotidien des femmes dont les époux ont disparu pendant la guerre du Kosovo »

Gros plan sur un visage inquiet ; un camion vient restituer les « restes » de ….. Bravant l’interdit Fahrije (car il s’agit de cette veuve) pénètre à l’intérieur, à la recherche de …  Une scène d’ouverture toute en non-dits et nuances : l’épouse doit attendre - pour pouvoir faire son deuil - de savoir avec certitude ce qu’il est advenu du mari disparu …En écho à cette ouverture, vers la fin, ce sera la difficile, douloureuse identification : des lambeaux de vêtements, témoins des atrocités et seuls vestiges de ce qui fut une Vie !

En combinaison d’apicultrice, Fahrije a pris le relais de son mari. ; n’ayant pas sa dextérité, elle conclut chaque essai par une piqûre (gros plan avec l'effet spéculaire du miroir!). A la toute fin du film,  une abeille glisse sur sa peau, l’effleure sans la piquer…Un apprivoisement, une conquête, une victoire !

La ruche ? ou l’économie de survie (créées par le mari les ruches étaient un atout financier mais le miel se vend mal ; et l’épouse décide de créer une petite entreprise ; fabrication artisanale d’avjar). La ruche ou la métaphore de ces femmes abeilles qui défient les obstacles (d’ordre économique familial idéologique) et dans la fraternité, la solidarité sans faille, avec pugnacité, se sont affranchies des préjugés qui les reléguaient au rôle d’épouse soumise. La ruche, une histoire de deuil et de résilience, à travers une destinée qui contient tous les destins de ces veuves de guerre capables de s’émanciper.

Couleurs froides, silence souvent glacial (cf la séquence de la douche du beau-père handicapé), le village Krushe e Madhe filmé en légère contre plongée aux couleurs de carte postale, voiture qui sinue vers la ville -avec ces allers et retours dictés par la volonté de survie, en parallèle à ceux entre passé et présent plus discrets mais ô combien signifiants, circulation des regards si éloquents dans le non-dit de la réprobation ou de l’acquiescement, tout dans ce premier film participe  d’une réflexion sur le deuil et  l’émancipation. Quand après un acte de vandalisme (une main perverse a renversé tous les bocaux d’avjar),  Fahrije prend avec délicatesse les tessons, c’est à la fois l’image d’une vie lacérée déchiquetée et la farouche détermination à la reconstruire

L’actrice Yllka Gashi, par sa fausse impassibilité, et une surprenante constance de ses traits (hormis dans cette scène qui célèbre par le chant et les rires la victoire et dans cette autre en écho inversé où effondrée dévastée, Farije doit accepter l’inéluctable !!) incarne ce personnage à la fois humble et hors norme !

 

Un film que je vous recommande vivement 

 

 

Colette Lallement-Duchoze


 

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2 juin 2022 4 02 /06 /juin /2022 09:04

de Nathalie Álvarez Mesen ( Costa Rica 2021)

avec  Ana Julia Porras Espinoza  Daniel Castañeda Rincón Flor María Vargas Chaves Wendy Chinchilla Araya

 

présenté à la Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2021

Dans un village reculé du Costa Rica, Clara, une femme de 40 ans renfermée sur elle-même, entreprend de se libérer des conventions religieuses et sociales répressives qui ont dominé sa vie, la menant à un éveil sexuel et spirituel.

Clara Sola

Clara la guérisseuse, Clara l’oreille confidente de Yuca sa jument immaculée, Clara la corsetée (sens propre et figuré) Clara sévèrement punie (piments ou brûlure des mains) quand elle enfreint certaines règles édictées par une mère férocement sévère (qui encaisse les « bénéfices » des « croyants » mais refuse une opération salvatrice), Clara l’épouse de la glèbe, l’amoureuse des insectes (cf le souffle qui va ranimer le lucane) cette femme en osmose avec les arcanes de la forêt entend l’appel de son corps et dans la solitude d’une chambre spartiate s’adonne aux plaisirs solitaires, ses gloussements déchirent le silence de la nuit. Santiago le travailleur cristallise aussi cette épiphanie (et la sensualité est incarnée par la bouillonnante Maria, sa nièce)

Après un si long sommeil après une si longue absence Clara Sola, 40 ans, accède enfin à la Vie : elle  "débloque" toutes les cages (celles qui délimitent un territoire autorisé dont rend compte la première séquence, celles plus subtiles et moins visibles surgies d'un tréfonds)

 

C’est cet itinéraire que filme Nathalie Alvarez Mersen -jeune réalisatrice suédo-costaricienne- dans un « conte » empreint de « réalisme magique ».

L’actrice qui est quasiment de tous les plans impose -par son visage son regard hébété son dos déformé par la scoliose, ses positions de recluse ses dialogues muets avec le monde animal ou tellurique- une focalisation interne (le séisme, l’embrasement de la Vierge, la couronne de lucioles) qui parfois (et c’est dommage) ne se départit pas d’une forme de dolence et d’indolence.

 

On est séduit certes mais on n’est pas emporté dans  (par) cette « unité cosmique »

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 11:13

de Michel Hazanavicius (France 2022)

avec  Romain DurisBérénice BejoLyes SalemGrégory Gadebois Finnegan OldfieldCharlie DupontMarie PetiotMatilda LutzLuàna BajramiJean-Pascal ZadiYumi NaritaRaphaël Quenard

 

Présenté en soirée d'ouverture au festival de Cannes 2022

Dans un grand bâtiment désaffecté un zombie s'en prend à une jeune femme craintive. En réalité il s'agit du tournage d'un film de série Z  interrompu par un réalisateur autoritaire. Lors d'une pause, de véritables zombies apparaissent : ils sont le résultat d'une ancienne malédiction que le réalisateur a réveillée afin d'obtenir de ses acteurs l'émotion qu'il recherche. Tous sont finalement contaminés, à l’exception de la jeune femme, seule survivante.

Coupez

Décalquer et….s’approprier...

Non pas un simple remake du court métrage « ne coupez pas » de Shinichiro Ueda 2017.- mais un désir fou de  transcender et ridiculiser le genre même… du remake, avec une part non négligeable d’auto-dérision

 

Surtout ne pas s’énerver, ne pas quitter la salle après trente minutes d’un plan-séquence …ou presque . L’essentiel sera à découvrir.

Oui le tout début ne peut que hérisser le spectateur ; tout est bancal insipide, indigeste ; de la série B quoi !  

Puis voici les coulisses de la production , -Mounir (Lyes Salem) a été contacté par Matsuda pour produire Z, il a pensé à Rémi réputé pour faire des films rapides pas chers et dans la moyenne.  Débutent les répétitions difficiles  et voici le moment du tournage…

Chaque partie du film de Hazanavicius est annoncée par un encart   "un mois, deux semaines, une semaine, un jour ..auparavant"

Et … c’est dans la confrontation entre ce que vous avez vu -le produit fini- et sa genèse, les aléas du tournage, les rebondissements,  les camouflages , les blagues plus ou moins tordues, le rythme échevelé (ah les belles foulées de Romain Duris) les imprévus (certains énormes !) les répliques (dans tous les sens du terme !!!) qu’éclatera ce RIRE irrépressible, inspiré et inspirant celui d’une comédie barrée et absurde…mais bien ficelée.

Zombies je vais vous couper en deux par le cul ! Cette réplique de Bérénice Béjo  ne pourrait-elle pas -mutatis mutandis- s’appliquer à la structure à tiroirs de ce « film dans le film du film » ?

En parodiant toutes les "figures de style du cinéma d’horreur"  Hazanavicius rend aussi hommage à TOUS les artisans du 7ème art- chacun au poste qui lui est dédié participant à une (immense) entreprise collective -, et salue deux de ses devanciers récemment disparus -Tavernier et Belmondo- (cf le générique de fin)

« C’est un film qui commence de manière catastrophique, et dont le concept se révèle à mesure que l’histoire avance, pour finir de manière très inattendue. Se présentant au départ comme un film de zombies de sous-catégorie, il va progressivement passer au détournement de films de zombies, puis se transformer en comédie de situations, pour finir dans un genre nouveau, qui, en s’apparentant à un faux making of, réunit toutes les facettes que le film a explorées jusque-là dans un final explosif ».(Hazanavicius)

Coupez une mise en abyme cocasse

Coupez un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze 

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29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 07:49

de Pawo Choyning Dorji   (Bhoutan 2020)

avec Sherab Dorji : Ugyen Dorji;  Ugyen Norbu Lhendup ;  Michen, Kelden Lhamo Gurung :Saldon; Pem Zam : Pem Zam, Sangay Lham : Kencho; Chimi Dem : Pema

 

Nommé aux Oscars 2022

Un jeune instituteur du Bhoutan est envoyé dans la partie la plus reculée du pays. Loin de la ville, le quotidien est rude, mais la force spirituelle des habitants du village transformera son destin.

L'école du bout du monde

Un récit initiatique (Ugyen, guitare et IPod en bandoulière rêve d’un avenir glorieux  de chanteur en Australie, mais il doit s’astreindre aux règles de l’ascétisme pour mener à terme son contrat avec le royaume, une dernière affectation !) une célébration des vertus du bouddhisme, (incarné par les rares habitants de Lunana) des paysages somptueux, oui le film du bhoutanais Pawo Choyning Dorji   (dont c’est le premier long métrage) ne peut que séduire !! Encore que...

Opposition ville/ montagnes à la solitude majestueuse, réalité moderne/sagesse ancienne, mouvements de caméra saccadés quand Ugyen est encore dans l’hésitation puis caméra fixe quand il est parvenu au somment, visages poupons d’enfants  aux regards avides de savoir, et à la simplicité bienveillante ; une école/étable au dénuement total, la présence d’un yack tutélaire ! un immense respect pour la nature, Yak lebi lhadar, le chant des éleveurs qui parle de séparation et de sacrifice dédié à cet auditoire somptueux dans sa sauvagerie même que sont les montagnes aux sommets enneigés, tout cela participe d’une démonstration ....un peu appuyée…

L’essentiel serait-il ailleurs ? Ne pas oublier que le Bhoutan est un petit royaume qui recherche le gross national happiness  -inscription que l’on peut lire dès le début sur le tee-shirt d’Ugyen- soit le BNB bonheur national brut… Or ce film ne dit-il pas en creux les conflits sociétaux du Bhoutan, et par-delà ne s’interroge-t-il pas sur les méfaits de l’individualisme -irrigué par la mondialisation outrancière- en lui (leur) opposant les vertus du partage de la solidarité dans le dénuement même ??

Il s'agit d'une histoire humaine universelle, sur la quête de ce que l'on désire, de sa place [dans le monde], du bonheur, (propos du réalisateur)

Un film à voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Petit rappel : « l’école du bout du monde  se trouve à Lunana. Situé à 3400 mètres d'altitude et à 10 jours de marche de la route la plus proche, ce village du Bhoutan où a été tourné le film ne compte pas plus d'une cinquantaine d'âmes. L'électricité n'est produite que grâce à l'énergie solaire. Pour y acheminer les équipements et matériels nécessaires au tournage du film, il a fallu recourir à 75 mules. Plus de 70 voyages en hélicoptère ont été effectués pour le transport des acteurs et actrices, et des équipes de tournage. 

Si le Bhoutan privilégie le bien-être de sa population plutôt que sa croissance économique, des milliers de Bhoutanais et Bhoutanaises ont quitté le pays ces dernières années à la recherche de meilleures opportunités économiques et de formation;  l’Australie est devenue « le pays de rêve "

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