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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 17:49

De Wissam Charif  (Liban, France)

Avec Raed Yassin, Rodrigue Sleiman, George Melki

 

Argument: Après 20 ans de séparation, Samir, ancien milicien présumé mort, réapparaît dans la vie d’Omar, son petit frère devenu garde du corps à Beyrouth. Entre drame et comédie, Samir doit se confronter à un pays qui ne lui appartient plus.

Tombé du ciel

Deux scènes encadrent le film en se faisant écho. Dans la première un homme au bord de l’épuisement arpente des collines enneigées (la bande son surligne le crissement de ses pas) il échoue sur un trottoir à Beyrouth ; dans la dernière le même après avoir sauté d’un parapet est renvoyé par la mer et il échoue sur la plage. Que s’est-il passé entre ces deux moments ? Qui est ce « fantôme » voué à revenir et disparaître ? C’est la dynamique interne du film.

 

Lui c’est Samir. Ex milicien -que l’on croyait mort- il revient comme « tombé du ciel » dans le pays de son adolescence; il est hébergé chez son frère cadet Omar devenu un malabar  bodyguard (certes empoté...)

Mais que de désillusions ! Le Liban qu’il "découvre" lui paraît étrange car il s’y sent "étranger" -des filles que l’on drague sur la corniche, des magasins de voitures de luxe qui semblent florissants et tandis que dans des villas avec piscine on s’acoquine retentissent au loin les armes (attentats suicides ?). Pire ! Les personnes rencontrées semblent aussi déboussolées que lui (le voisin qui augmente le son de la télé quand précisément on lui demande de le baisser, le père âgé qui récite tel un psittacidé les victoires que le Liban a gagnées sur ses envahisseurs, etc). Stigmates de la guerre civile au Liban (1975-1990) ?

 

Le réalisateur a choisi le format 1,33 (celui dit du « carré » qui enferme les protagonistes dans le cadre, et qui ne restituera que des lambeaux de "décors" -appartement, immeubles ou paysages), il a opté pour le mode de la comédie "douce-amère" avec des florilèges d'absurde...Volonté de dédramatiser ? dépassionner? ou photographie à peine déformée du Liban actuel? Les spectateurs présents lors de la rencontre avec le réalisateur auront peut-être la réponse.....

 

Cela étant, le thème du "revenant" qui au final s’éclipsera après avoir porté un regard amusé et grave à la fois,  sur un réel morcelé (ce dont rend compte l’option du réalisateur pour une succession de « sketchs » parfois burlesques) est plus qu'intéressant! -même si son traitement n'est pas toujours convaincant...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:45

D'Adrian Sitaru (Roumanie)

avec Tudor Aaron Istodor Mehdi Nebbou, Nicolas Wanczycki, Adrian Titieni

 

 

Radu, un jeune et ambitieux journaliste veut se faire un nom dans la presse internationale. Quand deux prostituées mineures sont rapatriées de France, il est engagé comme fixeur dans l’équipe d’une chaîne de télévision française dirigée par un journaliste reconnu. Mais durant le voyage, les intentions, les ambitions et les limites de chacun vont se révéler.

Fixeur

Radu mène de " front " deux activités : fixeur pour le bureau roumain de l’AFP et " coach" de Mattéi le fils de sa compagne Carmen ; la devise olympique affichée à la piscine où s’entraîne le gamin " citius altius fortius" vaut aussi mutatis mutandis pour son " métier "

Ce n’est pas pur hasard si le film s'ouvre et se clôt sur les scènes de piscine. Dans la première, Radu derrière une vitre embuée encourage par des gestes, et consigne les progrès du jeune nageur ; dans la dernière c’est la déception due à la défaite, mais …. ce sera aussi une prise de conscience, celle de nos limites….

Entre les deux, le réalisateur nous aura entraîné dans le sillage tortueux -et tordu- de journalistes avides de sensationnalisme ….(interview avec la mère d’Anca, la jeune prostituée mineure rapatriée de France, avec la mère supérieure, etc.)  précautions "d'usage" pour mieux amadouer. Peu importe le sort de la jeune prostituée, l’essentiel est le scoop " en provoquant un entretien, entendre l’identité du proxénète"... Et pour l'entretien ruses astuces et mensonges de Radu seront les bienvenus (après tout il n'est qu'un fixeur, reconnaît méprisant et condescendant le journaliste !)

Dans un monde machiste, rigolades et propos salaces abondent. Et ces images captées par le cameraman : de très gros plans sur des visages taraudés par la douleur sont d’une monstrueuse indécence ; ce que dénonce bien évidemment le réalisateur

Car le film se veut une fiction moralisante sur la " manipulation " dont il démonte les mécanismes et capte les retentissements en longs plans séquences et avec force  "discussions " je me suis intéressé à comment nous manipulions nos proches. Toujours au nom de principes très louables " (cf dépliant " intentions de réalisation ")

Le réalisateur va plus loin encore: les " méthodes " et le " discours " de Radu et des journalistes rappellent  ceux des proxénètes que précisément ils sont censés dénoncer (comment expliquer autrement la réaction de la jeune Anca - "je vais te sucer"- aux questions posées par le fixeur dans l’habitacle d’une voiture...?)

 

Parfois la fiction rejoint le documentaire ; pour preuve cette façon de filmer les conditions sociales dans les campagnes roumaines -lumière naturelle, caméra à l’épaule- en laissant " parler " dans son jaillissement cette forme de détresse, proie "idéale" de toutes les " manipulations ".

On connaît le goût du cinéaste pour la forme hybride (mélange fiction et documentaire d’observation) elle avait  prévalu dans Illégitime (avec son acteur fétiche Adrian Titieni que l’on retrouve ici dans le rôle de Molnar) .

Mais quand subrepticement et momentanément on délaisse la " fiction ", le réel  semble faussement documentarisé.  Dommage! Serait-ce dû au découpage ???

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:45

De Aki Kaurismäki

Avec Sherwan Haji Sakari Kuosmanen, Ilkka Koivula

 

Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile. ​​​​​​​

L'autre côté de l'Espoir

Il en va au cinéma comme en littérature. L’incipit formalise en quelques scènes le propos du film. Un cargo entre dans le port d’Helsinki. Ciel bleu boréal et plongée dans la soute à charbon. Noire sur noir une silhouette s’en dégage, traverse la machinerie du navire, entre dans la ville, lance une piécette à un papy rocker, chanteur de rue avant de s’enquérir d’une douche. La première parole est prononcée, le film peut débuter.

Il s’appelle Khaled, syrien d ‘Alep et demande l’asile politique à la Finlande au premier commissariat de la ville portuaire.

 

Ce film traite-t-il de la question du migrant qui, dans un parcours, va se confronter aux institutions faussement empathiques du pays d’accueil ?

Nous sont données à voir quelques scènes entre le jeune syrien et une femme fonctionnaire belle et froide jusqu’au cliché scandinave, au cours desquelles Khaled va dérouler son histoire de guerre et de fuite devant l’horreur, sans pathos excessif . S’il échoue là c’est davantage le fruit du hasard plutôt qu’un vrai choix. On "n’emmène pas sa patrie à la semelle de ses souliers" comme disait l’autre…

L’hypocrisie de la décision administrative sera aussi glaciale que la fonctionnaire censée l’avoir instruite.

 

Mais l’intérêt du film n’est pas là. Car Khaled va se frotter à la vraie vie, aux vrais gens. Les racistes et leur violence qui pourraient avoir le dernier mot comme les hommes simples ni trop généreux ni trop mauvais mais qui vont accompagner Khaled dans ses épreuves pour tenter de le préserver du pire.

 

Ce thème n’est pas neuf au cinéma. Les Dardenne, Philippe Lioret (Welcome) pour ne citer qu’eux s’y sont risqués avec succès.

Mais ici la poésie des images d’Aki Kaurismaki fait merveille. Elle prend la forme d’une rencontre improbable entre Khaled et Wikhström, un sexagénaire grossiste en chemises qui va jouer, au sens propre comme au sens figuré, sa vie sur un coup de poker pour se retrouver patron d’un improbable café/restaurant et «DRH » de trois employés hérités avec les murs. Khaled le réfugié y trouvera, sinon une place, du moins un asile moins anxiogène.

Toutes les scènes du restaurant sont filmées comme une vraie chorégraphie humoristique faisant penser à la gestuelle chère à Jacques Tati. La drôlerie des réparties et des situations fera le reste, évitant que cette histoire ne sombre dans le drame « sans espoir » pour reprendre une partie du titre du film.

Les pastilles musicales sont savoureuses et talentueuses . Les papys rockers s’invitent à chaque fois que le récit s’humanise et ouvre la porte à la générosité humaine. Grâce à la musique le restaurant/brasserie à la recherche d’un style pourrait bien y trouver le sien.

 

NB : Avis à tous les cinéphiles et amateurs d’automobiles de collection. Wikhström roule dans une superbe limousine au moteur ronflant qui fait penser à une voiture de luxe soviétique. Qui pourrait nous renseigner sur la marque en question

 

Joël Dupressoir

 

 

Oui; on retrouve dans ce film les thèmes si chers au cinéaste :son empathie pour les gens simples, la solidarité dont font preuve les cabossés de la vie ; la présence d’un chien ; l'activité portuaire avec ses anfractuosités presque chthoniennes ; l'émergence de la figure de l’autre (noir ou noirci); on retrouve aussi cette  façon de filmer si particulière: couleurs froides en grands  aplats, personnages filmés en plans américains ou en frontal  avant que le cadre ne s'élargisse; ellipses; dialogues minimalistes (hormis quand Khaled raconte son parcours égrené comme une "liste de courses"); importance de la musique (ici chansons nostalgiques) et cette Kati Outinen (actrice fétiche du réalisateur: Le Havre, l’homme sans passé,  Juha,  la fille aux allumettes etc..) même si  son rôle est ici secondaire -celui d'une commerçante qui va  fermer boutique pour aller au Mexique-
Un grand moment de cinéma !
Colette 14/04/2017

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 06:29

de Fiona Gordon et Dominique Abel 

Avec Fiona Gordon (Fiona) , Dominique Abel (Dom) Philippe Martz (monsieur Martin) , Emmanuelle Riva (Martha) 

Paris pieds nus

Un Paris "carte postale" revisité par le couple Fiona et Dominique - Ce duo aux corps élastiques qui dès L’iceberg ou Rumba avait enchanté le spectateur !! Moins " poétique " que "la fée" mais aussi surréaliste et avec des gags dignes de Pierre Etaix ou de Tati, des clins d’oeil à Chaplin : (la danse des pieds rappelant celle des "petits pains" dans "la ruée vers l‘or"), ce  "Paris pieds nus" a la légèreté émoustillante du champagne (que l’on sirote au bord de la Seine) une gaîté multicolore (le rouge du sac à dos de Fiona et le vert de son pull) et surtout l’errance vagabonde de la liberté (comme le suggère le titre dans ses sens propre et figuré). 

Elle c’est Fiona : débarquant de son Canada -dont la froideur est immortalisée par cette "carte postale animée" qui ouvre et clôt le récit-, elle va arpenter, avec la maladresse de tout étranger paumé, les rues de la capitale à la recherche de sa tante Martha. -portée disparue. Lui c’est Dom qui a élu domicile sous une tente sur les quais, tout près de la "statue de la Liberté". Et comme souvent dans leur film, on assiste à une chorégraphie de chassés-croisés -entre des objets et surtout entre  des personnages ; le point d’orgue étant cet équilibre -conquis ou retrouvé- en haut de la Tour Eiffel!

 

Un réel souvent décalé,  mais toujours  empreint d'une  humanité  bienveillante, un réel que l’on se réapproprie par la fantaisie ou l’humour ; tout comme Martha - admirablement interprétée par Emmanuelle Riva coiffée à la punk- qui ne perd pas vraiment la boule car elle sait déjouer certains pièges tendus au nom de la Raison; sa confusion initiale -poubelle et boîte à lettres- n'a nullement empêché sa missive d'arriver miraculeusement à destination outre Atlantique; point de départ de la narration! 

 

Troubadours contorsionnistes des temps modernes Fiona et Dom ont ainsi l’art de réenchanter le quotidien  (même si la magie n'opère plus…comme aux premiers jours... )

 

Colette  Lallement-Duchoze

 

 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 10:04

De Mariano Cohn, Gastón Duprat

Avec Oscar Martinez, Dady Brieva, Andrea Frigerio

 

Argument:

L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu'il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d'accepter l'invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d'honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

 

Citoyen d'honneur
Voici un film dont il serait vraiment dommage de passer à côté...
Très agréable surprise; on rit, on sourit, on réfléchit. 
 
Le thème du retour aux origines est ici traité à la manière sud-américaine, avec un regard européen. On va de surprise en surprise, sans caricature, jusqu’à la fin, une première fin d’abord puis une seconde, ...vous verrez...
 
Le personnage principal (l’écrivain au prix Nobel) n’est pas ultra sympathique d’où la distanciation que le spectateur opère dès le début, et ça fonctionne car nous faisons le voyage en Argentine avec lui.
C’est exotique et universel. Faut-il retourner dans son pays d’origine qu’on a quitté depuis 40 ans même avec un prix Nobel dans ses bagages quand toute son œuvre romanesque traite justement de ce pays natal ?
Telle est la question et mille autres qui se pressent telles que celles sur l’égocentrisme, la misanthropie, la compassion, son parcours, la différence de cultures.
 
Un bon moment de cinéma.
 
Serge Diaz
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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 07:48

De Zrinko Ogresta (Croatie, Serbie)

Avec Ksenija Marinković (Vesna) Lazar Ristovski (Zarko) Tihana Lazović (la fille Jadranka) (Robert Budak, (le fils Vlado)

 

 

Film présenté en compétition au festival à l'Est du nouveau Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

Argument

Il y a 20 ans Vesna, infirmière à domicile,  a déménagé à Zagreb avec ses deux enfants. Mais un appel téléphonique inattendu fait ressurgir le souvenir d'un secret qu'elle a tenté de cacher durant toutes ces années 

On the other side

Vesna est infirmière à domicile à Zagreb; elle soigne ses patients avec dévouement, panse les plaies. Mais aura-t-elle le pouvoir de suturer celle qu’un coup de téléphone vient de raviver ? Cette blessure qui taraudera son esprit, ébranlera ses certitudes, 20 ans après les faits…

On ne voulait plus entendre parler de celui qui a jeté l’opprobre sur sa famille et son " pays ". Ce fantôme de malheur a une voix, cette voix n’a rien de spectral….et pourtant…

 

C’est progressivement que le spectateur découvre le passé enfoui dans les consciences celui qu’on a cherché à occulter celui pour lequel on est condamné (le " vrai " mari avait " changé de bord " en passant de l’autre côté, il a été condamné comme criminel de guerre ; il est de l’autre côté de la frontière en Serbie). De même qu’il identifiera progressivement celui qui appelle en se faisant passer pour l'ex mari de Vesna. Et en disposant d’indices (le premier plan avec ses travellings sur des portraits, sur la table avec 2 téléphones portables, un journal et un jeu d’échecs ; au final le même plan mais avec une insistance sur le portrait du couple; la conversation à " double sens " ; sa présence furtive à l’écran assis dans un bar ou debout sur un balcon qui ressemble étrangement à.. ) le spectateur  serait-il comme un médiateur, -le seul témoin ? se substituant à l’oeil de la caméra

 

Et pourtant le réalisateur tout au long de son film a placé comme des " obstacles " entre sa caméra et le personnage filmé -ce dont rend bien compte l’affiche- : vitres, fenêtres, stores, rideaux; de l’autre côté d’un miroir ou d’une cloison d’appartement, comme on peut se trouver de l’autre côté de la frontière. La récurrence de ce procédé (" images de l’autre côté ") illustre le sens figuré : de l’autre côté de l’esprit (entendons que l’homme peut accomplir des actions qui dépassent la raison). Tout cela se double d’effets spéculaires (reflets dans les vitres ,dans le rétro de la voiture, dans le miroir d’une salle de bain) alors que des plans sont " coupés " par les murs. Effets spéculaires en résonance avec la " double peine " dont est victime Vesna (admirablement interprétée par Ksenija Marinković) – une " mère courage " qui suscite l’empathie. Elle porte le film à bout de… jusqu’au bout de ...

 

Ainsi, en déclinant les sens propre et figuré de l’expression " on the other side " le film dépasse le contexte de la guerre en ex- Yougoslavie et de ses traumas;  et acquiert une portée universelle ; un film d’une puissance rare -sur le pardon?

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 07:01

De Ralitza Petrova (Bulgarie)

Avec Irena Ivanova, Ivan Nalbantov

 

Ce film a obtenu (entre autres)  le Léopard d'or et le Léopard pour l’interprétation féminine au dernier Festival de Locarno ; le Cheval de bronze au Festival de Stockholm

 

Il est présenté en compétition au festival à l'Est du nouveau à Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

argument:

"Dans une ville bulgare isolée, Gana s’occupe de personnes âgées et revend leurs papiers d’identité au marché noir. Sa vie personnelle n’est pas une réussite. Mais les choses vont changer quand elle entend Yoan un nouveau patient, chanter…"

Godless

La réalisatrice a choisi le format 4,3 c’est celui du portrait ; en éliminant toute fioriture il permet de se concentrer sur un visage et se prête aux gros plans – ici celui de Gana ; sous une apparence impavide ses yeux bleus d’abord hagards et vides seront comme hypnotisés par un lointain inaccessible, avant de se perler des larmes de la Douleur

Format de l’enfermement aussi : le cadre emprisonne le(s) personnage(s) et ce faisant, le spectateur lui-même se sentira comme englué dans cet espace rétréci (où la sordidité est appuyée par une bande-son qui martèle avec force les pas, le claquement des portes)

 

au secours ! de l’eau ; ce cri de détresse semble venir des tréfonds de la terre ; alors qu’une voiture sillonne la route, que les rares paroles échangées livrent des bribes d’explication (il ne portera plus plainte!) et qu’un chien cavale persuadé que son maître est toujours dans le coffre….C’est le prologue ! Triomphe de la force du Mal comme message subliminal ?

 

Puis procédant par petites touches minimalistes, le film va illustrer le quotidien de Gana ; prodiguer des soins à domicile , extorquer à ses patients séniles et sans défense leur carte d’identité pour un trafic plus ou moins lucratif -son compagnon en est l’intermédiaire et Pavel (police) un des bénéficiaires…-.Une vie sexuelle inexistante -ou refoulée ?- que compense l’addiction à la morphine ou le voyeurisme ; des relations tendues avec sa mère ; des pauses réfectoire. Bref, rien d’exaltant (t’en as pas marre de torcher le cul de tes vieux ? Lui demande un jour Aleko son compagnon garagiste)

L’atmosphère est lourde glauque plombante. Ce que renforcent ces vues en plongée et en contre plongée sur des immeubles " anesthésiés " et ces plans larges sur des lambeaux de friches  ou de terrains vagues enneigés -comme si le " mouroir intérieur " avec ses paliers sombres et délabrés, ses appartements " pourris ", projeté à ciel ouvert, avait contaminé  l’espace extérieur. Seule la séquence au cours de laquelle Yoann évoque son passé de prisonnier politique est traitée dans la lumière chaude des toiles de Georges de la Tour

 

Inspirée par les  chants liturgiques orthodoxes (Yoann Dimitrov -son nouveau patient- est professeur de chant et dirige la chorale) et refusant d’être la complice d’un meurtre (son compagnon a provoqué la mort d’une " patiente " qui menaçait de les dénoncer) Gana accède à la " Révélation " c’est son Epiphanie et son Credo ":  Je veux aimer "

 

Mais une " rédemption " est-elle seulement envisageable dans un monde de cynisme?  où  police et justice sont corrompues, et ce, depuis des générations ; ce que précisément dénonçait Yoan….Tout un pan de l'histoire bulgare affleure ainsi par bribes...et le constat sur les illusions perdues du communisme et de l'après- communisme est bien amer! 

 

Le jour qui se lève n'est pas (encore) l'Aurore

Colette Lallement-Duchoze

 

Godless

NB: Les (rares) moments de grâce que vit Gana habitée par la musique des chants liturgiques sur la rédemption peuvent paraître un peu naïfs voire niais à qui n’a et n’aura jamais la foi …

Dans certains films de l’Est, présentés au festival, la religion est prégnante et la foi du "croyant" se confond souvent avec la religiosité. Yoan au contraire affirme avoir la foi, mais…. en lui-même

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 10:32

De Nino Basilia (Géorgie)

avec Ekaterine Demetradze

Ce film a obtenu, entre autres, l'Atlas d'argent au festival d'Arras (novembre 2016)

argument

Anna, 32 ans, veut partir aux USA pour améliorer sa vie et celle de son fils autiste. Devant la  difficulté à  obtenir un visa, elle confie son argent à un homme qui lui promet de faux papiers, mais peut-elle vraiment lui faire confiance?

Anna's Life

Le Festival A l’est  c’est jusqu’à dimanche à Rouen;  mais ce lundi 6 mars c’était à Yvetôt que ça se passait.

Comme chaque année une projection y est organisée au Drakkar dans l’idée d’élargir l’audience et l’intérêt pour la culture de nos voisins européens.

 

Cette année le festival a proposé le film géorgien la Vie d' Anna de Nino Basilio.

 

30 personnes étaient présentes, dans le cadre de la soirée mensuelle de l’association Action Citoyenne. Creuset actif de réflexion et d’échange. Nous  avons cependant touché moins de monde que lors des séances habituelles car les projections relayées par l' AC ont toujours lieu le deuxième lundi de chaque mois. Ils ont régulièrement 100 à 120 personnes. Le changement de date (que le Festival avait demandé pour qu’elle concorde avec le festival) explique cette faible fréquentation. La conclusion qu'on en a tirée c'est qu'il faudrait faire cela le mois avant le festival.

 

Le film a interpellé les participants. Le débat qui a duré une demi heure a été très soutenu c'était d'ailleurs plus un échange sur la perception du film et la comparaison avec d'autres pays. Bien que la Géorgie nous soit très lointaine de par la langue et son histoire, le film entre en résonance avec la situation en Europe et en France. La condition de la femme, la paupérisation, les relations avec les administrations, les dépassements des règles morales, donnent un caractère universel au film ce qui a été souligné dans la salle et sur le trottoir après.

 

Guy Foulquié

http://www.alest.org/fr/annas-life/

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 05:15

De Ana-Felicia Scutelnicu  (France Allemagne Moldavie)

Avec  Anisoara Morari

Directeurs musicaux : Stephan Franz, Stephan Bruns, Manja Ebert

Présenté au festival San Sebastian 2016 (compétition premier film)

Ce film fait partie de la "section compétitive"  festival à l'Est du nouveau, Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

Anishoara

Adieu au monde de l’enfance, adieu à un mode de vie archaïque, adieu à toute une culture ? Le film de Ana Felicia Scutenelicu est peut-être tout cela à la fois. Mais les photos de Luciano Cervio, Cornelius Plache et Max Preiss immortalisent ces paysages de Moldavie (angles de vue lumière cadrage) alors que la musique (chansons populaires et/ou instruments) reste la complice de tous les rites, des activités séculaires transmises de génération en génération (à l’instar de ces pastèques que l’on a récoltées ensemble et qui vont passer de main en main jusqu’à leur rangement dans une carriole ; elles auront maculé de rouge vif le visage et les lèvres des enfants qui en ont dévoré !)

 

Dès le prologue le film se présente comme un conte : face à la caméra et sur un fond aux couleurs très vives (en écho -inversé- à la fin Anishoara est recouverte d’un plaid aux couleurs ternes) se détache le visage d’un homme (qui sera très présent dans la dernière partie …) " il était une fois… " ou comment les alouettes sont descendues du ciel sur la terre. L’alouette symbole de l’allégresse et de l’ardeur juvénile!!!!

 

Peut dès lors se dérouler le parcours d’Anishoara (personnage éponyme) que scandent les 4 saisons (été automne hiver et printemps) alors que se tourne à chaque fois une page du livre de conte (comme autant d’étapes dans l’histoire, comme autant d'étapes dans l'initiation)

L'adolescente de 15 ans vit dans un village de Moldavie avec son grand-père Petru (quelle figure pittoresque !) et son jeune frère Andrei. Calme et insouciance dans une sorte d’interpénétration des différents règnes, c’est ce qui présidait à la saison estivale. À partir du moment où Anishoara voit en la personne de Dragos le " messager " de l’amour, l’annonciateur d’une vie nouvelle, son quotidien est bouleversé (au grand dam de son amie et de Vassili l’amoureux éconduit) plus déterminantes encore l'expérience vécue dans ce décor hiémal, puis  les attentes torturantes de l'être aimé... La jeune fille du conte allait par monts et par vaux à cheval à la rencontre de ...

À chaque saison, ses ambiances sa lumière ses coutumes. À la fin de la dernière séquence (traitée de façon plus expressionniste) le jeune Andrei vu en contre plongée du haut de la colline assiste impuissant au départ définitif de sa sœur dans ce bus qu’elle conduit sur la route qui sinue….

Hormis quelques longueurs qui étirent inutilement la narration et quelque(s) complaisance(s), voi un premier film, à la lecture plurielle, à la fois attachant et nostalgique

 

Colette  Lallement-Duchoze

 

 

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 16:54

De Ivan I. Tverdovsky (Russie france Allemagne)

Avec Natalya Pavlenkova, Dmitri Groshev, Irina Chipizhenko

 

Ce film est présenté en compétition au festival à l'Est du nouveau Rouen (3/12 mars 2017)

http://www.alest.org/fr/a-lest-nouveau/

Argument

Il pousse une queue dans le bas du dos de Natasha. Résignée jusqu’alors à une vie plutôt terne, cette étrangeté lui offre une liberté nouvelle.

Zoologie

Un appendice caudal comme support à une parabole sur l’exclusion, le rejet de l’Autre (dont la singularité va à l’encontre des normes convenues) il fallait " le faire " ! et le film ne manque ni d’humour ni de hardiesse ! (certaines scènes provoquent même une franche rigolade) et pourtant la fable est cruelle….

Natasha est directrice des achats dans un zoo municipal ; elle est la risée de ses collègues, (femelle de l’hippopotame en 7 lettres ? Réponse Natasha...) Son existence est terne, elle n’a pas de vie sexuelle ; son visage est renfermé, son accoutrement, celui d’une vieille fille. La découverte d’une queue dans le bas de son dos va " intéresser " un jeune radiologue. Et ce sera la " métamorphose " : Natasha change de look, elle s’épanouit dans sa relation " amoureuse " ; elle accepte sa " différence " (laquelle fait désormais partie intégrante de sa personnalité). Aux scènes liminaires qui mettaient en exergue le fade et le terne vont se succéder -et souvent sur un rythme rapide- des séquences lumineuses. ! À 55 ans Natasha  vit l'amour avec une exubérance juvénile, comme une " seconde chance " Sa mutation  physiologique, affective et sociale, emprunte, badine et sans complexe, les  "sentiers déviants" (ici, contraires aux "sentiers battus")

Cette  ex -vierge quinquagénaire,  sera néanmoins rejetée par la mère, (dont la religiosité culmine dans cette scène où elle tapisse de croix rouges le mur de sa  pièce encombrée d’icônes) et par le pope de cette ville côtière (qui officie dans une église  située dans une épicerie) Qu’à cela ne tienne jusqu’à la scène finale….tragique....qui concrétise une douloureuse prise de conscience.....

 

Il faut saluer l’interprétation de Natalya Pavlenkova et surtout le travail si méticuleux sur les lumières et la bande-son (cf la séquence dans le zoo où les paroles des amoureux symboliquement "encagés" vont se confondre avec celles plus " feutrées " des animaux  locataires du zoo….où le rose de la queue contraste avec les clairs obscurs)

 

Un film audacieux et original sur la " différence " Natasha n’affirme-t-elle pas à un moment " Nous sommes tous différents " ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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Mode d'emploi

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