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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:11

Premier documentaire réalisé par Anne-Dauphine Julliand

 

"Les enfants Ambre Camille Charles Imad Tugdual ont été sélectionnés par des associations prenant en charge des enfants malades, des réseaux de soignants de soins palliatifs, des équipes paramédicales . Le tournage a été réalisé avec  une seule caméra, afin que les enfants puissent savoir à tout moment comment ils sont filmés"

Et les mistrals gagnants

"Quand on est malade ça n’empêche pas d’être heureux"

"Mes deux yeux n’ont plus la même couleur c’est à cause de la chimio"

"Quand je serai mort je ne serai plus malade"

 

 

Ils ont entre 6 et 9 ans ; tous atteints de maladies très graves, ils suivent des traitements lourds (certains ne survivront pas…ainsi le petit Camille celui de la famille et demi…décédé un peu après le tournage)  Mais quelle énergie, quelle vitalité et surtout quelle lucidité ! (le regard sur la maladie, son appropriation et sa " verbalisation " quasi scientifique d’une précision étonnamment clinique) Alors que la souffrance se lit sur le visage de certains (surtout après le traitement) , alors que le corps de petit bout de chou est encombré de tout l’attirail de "survie" ou qu’il est corseté et se dodeline avec plus ou moins d’aisance ! (Charles et sa maladie incurable de la peau, lui le grand brûlé à vie...et ses pansements et manchons qui lui momifient tout le corps ; le petit Imad un jour "craque" et pleure sur la poitrine de sa mère qui le prépare pour une dialyse ....mais... quelques minutes après il lui reprochera d'avoir trop salé la nourriture!  )

 

Ainsi, la réalisatrice a suivi patiemment 5 gamins en différents lieux (Necker, Toulouse, Robert Debré) , elle a enregistré leurs combats quotidiens, elle a su capter leurs rires leur humour et leur détresse. Son documentaire n’est certes pas " original " dans la façon de filmer : une caméra à hauteur d’enfant, alternance intérieur, extérieur, enfants pris isolément ou en groupes, montage parallèle, entrée ou non des adultes dans le cadre, voix intérieure, progression dans la temporalité, etc.. Mais avec finesse et délicatesse, elle a évité les "écueils" du genre : voyeurisme, chantage à l'émotion, indécence. 

Un documentaire qui suscite l'empathie (voire l'admiration) - certains spectateurs déploreront peut-être qu'ils n'ont pas d'autre choix.... 

 

 

Un témoignage bouleversant

Un hymne à la vie

 

Colette Lallement-Duchoze


 

Et les mistrals gagnants
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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:22

Argument: 22 novembre 1963 John F Kennedy est assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tentera d'en surmonter le traumatisme

Jackie

Non ce n'est pas un biopic comme on se plaît  à le dire ou l'écrire...

Le cinéaste chilien a choisi un moment très court dans la vie de celle qui fut la "first lady": les jours qui ont suivi l'assassinat de son mari et qu'elle est interviewée par un journaliste du magazine Life . "Reine sans couronne qui a perdu à la fois son trône et son mari" elle donnera -en maîtrisant son récit- une certaine image de son époux, contribuera à créer une légende -sur fond d'échos à son histoire personnelle et à l'histoire collective. L'interview est ainsi la scène inaugurale et la matrice du film -une convergence vers de l'apaisé ou de l'inapaisable??

 

Mais une fois de plus -et c'est une belle leçon de "cinéma" pour tous ceux qui affirment péremptoires qu'un film, ou un roman se définit essentiellement par son histoire...-, la force du film de Pablo Larrain est dans le montage et sa façon de filmer: éclatement de la chronologie, enchâssement des épisodes revisités en images réelles ou mentales, ou faussement patinées telles des archives,  images présentes et remémorées tout à la fois; récurrence de certaines scènes -dont celle de la décapotable qui fonce vers l'hôpital alors que Jackie telle une pietà porte le crâne ensanglanté éclaté de son mari-; agencement des images aux couleurs audacieuses -passage du gris terne à des couleurs plus glacées, au rouge sang ou au mordoré; variations des cadres et angles de vue;  musique -celle de la Britannique Mica Levi- qui, obsessionnelle et souvent funèbre et faisant la part belle aux cordes, est en harmonie avec l'intériorité du personnage

 

Intériorité? La caméra de Pablo Larrain pénètre une conscience livrant une psyché contrastée  -nous voyons souvent  Jackie/Natalie Portman  de dos arpentant tel un spectre couloirs et pièces immenses, ou se posant face au tabernacle/miroir sans reflet pour le spectateur. Bien que traumatisée, elle veut gérer, dans la douleur, l'héritage de son mari (entendons l'image qu'elle doit donner de lui et d'elle-même à son pays). C'est un au-delà (ou par-delà) de l'image iconique : elle a vaincu la timidité (quand elle fait visiter la Maison Blanche rénovée par ses soins) elle sait être autoritaire (dicter le protocole des funérailles quitte à défiler seule ou dédier au général De Gaulle un "tank" si tel était son bon vouloir...) voire sarcastique (avec le journaliste du Life ou avec Valenti) Forte et vulnérable à la fois (ce dont témoigne la longue confession en plein air avec le prêtre sur ses intentions suicidaires)

 

J'ai perdu le fil entre réalité et représentation 

Et si tout n'était qu'imago -dont le pouvoir est de représenter, faire apparaître, faire surgir-? La Maison Blanche  ne ressemble-t-elle pas au château Camelot, la résidence légendaire du roi Arthur? Dans le dernier plan voici Jackie qui, de l'intérieur d'une limousine, voit un camion empli de mannequins en faux tailleurs Chanel, alors que la bande-son diffuse un air de la comédie musicale "Camelot" -celle qu'affectionnait le mari défunt....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:01
La La Land

Ce film qui vient de rafler 14 nominations pour les Oscars 2017, enthousiasme certains spectateurs et a conquis une belle partie de la presse critique…

 

Voici une voix dissonante

 

Faut-il rappeler que ce projet fut d’abord refusé et finalement accepté suite au succès de Whiplash ? -ce qui explique la pub racoleuse pour la promotion du film comédie musicale flamboyante réalisée par le cinéaste de Whiplash

 

Le jeune réalisateur Damien Chazelle veut raconter une histoire d’amour à travers une comédie musicale et rendre hommage à ses devanciers. Bien

Mais peut-on appeler comédie musicale un film où la danse est quelque peu absente (hormis le plan-séquence d’ouverture : sur un échangeur d’autoroutes, les capots de voiture se muent en pistes de danse, chaque chauffeur ou passager extrait de sa cylindrée va danser ses rêves aux sons d’autoradios), où les numéros de claquette -en hommage à Stanley Donen - ? sont bien malingres, où les dialogues superficiels n’ont pas la saveur de la quotidienneté des parapluies de Cherbourg (le cinéaste dit vouer une admiration sans réserve à Jacques Demy). Des références si appuyées parfois que ,de facto, elles sont  dénaturées…

La La Land

La simplicité du scénario est conforme aux codes du genre : lui Sebastian (Ryan Gosling) pianiste de jazz épris de Monk, et de Parker recherche la reconnaissance, elle Mia (Emma Stone) rêve d’être une actrice et enchaîne les séances d’audition ; ils se rencontrent ils s’aiment et vont s’inciter mutuellement dans l’accomplissement de leurs " rêves " ; mais...5 ans après, désenchantement : la dernière partie du film qui obéissait jusque-là au calendrier des 4 saisons, sert d’épilogue dont le message frappe par son caractère d’évidence : …tout cela n’est qu’un " miroir aux alouettes " - or ce truisme était déjà inclus dans le titre...

 

Oui, décors en carton-pâte, sucre glace, envolée dans l’espace sidéral des deux amoureux/danseurs en apesanteur, couleurs tapantes (robe ou voitures) etc..etc...

Vous avez dit" comédie flamboyante féerique" ? je répondrai "mise en scène tapageuse"

restera peut-être le thème musical de Justin Hurwitz

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 07:51

Documentaire réalisé par  Pol Cruchten 

Avec Dinara Droukarova, Iryna Voloshyna, Vitaliy Matvienko

d'après le livre de Svetlana Alexievitch paru en 1997 

Déclaration de l'auteure biélorusse (prix Nobel de littérature 2015)

 

Mon  livre parle non pas de Tchernobyl mais du monde de Tchernobyl dont nous ne connaissons presque rien, non pas de la catastrophe mais de ce qui a suivi, d'un monde nouveau et différent, pour lequel il n'y a pas de langage." Trois années durant, j'ai voyagé et questionné des hommes et des femmes de générations, de destins, de tempéraments différents. Tchernobyl est leur monde. Il empoisonne tout autour d'eux, la terre, l'air, l'eau mais aussi tout en eux, la conscience, le temps, la vie intérieure" Faire que ce que plusieurs racontent devienne l'Histoire : en voyageant, en cédant la parole à ces gens, j'ai souvent eu l'impression de noter le futur, notre futur. "

La Supplication

Mettre en image un texte à la force explosive par trop d'amour, de hantises, de désarroi, d'incompréhension, de souffrances et de douleurs, est-ce le paraphraser, en galvauder la beauté intrinsèque ou lui ajouter une poésie visuelle??

 

Les monologues sur les vies brisées (femme bravant l'interdit pour assister un mari agonisant, enfants malformés...) sont "lus" en off mais ils sont "incarnés" à l'écran par des acteurs au visage impavide, au jeu sobre dénué d'émotion, aux gestes mesurés; en frontal ils semblent s'adresser directement au public; beaucoup de témoins interviewés par Svetlana Alexievitch sont morts depuis son enquête et ils apparaissent ici tels des fantômes muets... âmes errantes qui traversent l'écran, ou allongées tels des gisants ou encore avançant d'un pas nonchalant comme hors du temps 

Ce choeur souffrant évolue dans le décor d'une nature qui semble avoir recouvré ses droits (cf le zoom sur les fourmis ou les plans d'ensemble sur des floraisons ou des pans de verdure) mais aussi dans celui de maisons désaffectées, d'immeubles désertés comme après un cataclysme, car il s'agit bien d'une apocalypse -c'est d'ailleurs le sous-titre du livre. Les multiples prises de vue au cadrage impeccable encadrent cette "supplication". Pol Cruchten a filmé dans la ville de Pripiat (où la mousse recouvre les murs, où des branches semblent sortir des fenêtres) - le générique de fin signale que ce documentaire a été entièrement tourné en Ukraine)

 

L'auteure biélorusse avait "libéré la parole pour mieux approcher une intériorité"

Si dans le documentaire, les voix se superposent et se répondent dans la  confondante unité d'une "supplication", le dispositif choisi est en lui-même sujet à caution... 

Et que dire de ces surlignages : la corde comme métonymie d'une pendaison, l'homme irradié fuyant à travers les marais, l'eau qui investit de ses barreaux de pluie un bureau, la chorégraphie immobile, l'alignement à même le sol de ces corps vus en légère plongée...?

 

En leur donnant "un corps",  l'image -sobre ou esthétisante- a dénaturé  les "voix suppliciées de Tchernobyl"..

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 06:50

Film  polonais de  Lukasz Palkowski 2014

avec Tomasz Kot, Piotr Glowacki, Szymon Piotr Warszawski, Magdalena Czerwińska, Rafal Zawierucha, Marta Scislowicz, Karolina

 

 

Projeté vendredi 27/01 au CHU de Rouen, en préambule au festival "A l'Est du nouveau" (qui aura lieu du 3 au 12 mars 2017), ce film  a été couronné de 7 aigles par l’Académie polonaise du cinéma ; primé au festival de Godnya il a cumulé Lion d’or, meilleur scénario, meilleur premier rôle masculin pour Tomasz Kot

 

Argument: s’inspirant de faits réels  le film évoque le parcours du docteur Zbigniev Religa premier chirurgien polonais à réussir une greffe du cœur, en 1985, après quatre tentatives infructueuses

Gods

Le rythme du film épouse le parcours mouvementé du docteur -une véritable course d’obstacles ; opiniâtre et fougueux il affronte tous les représentants d’un conservatisme en matière de science médicale (et même s’il est de bon ton de diaboliser le joug soviétique et son "immobilisme" , le Pr Littzler et le Dr C Nafeh-Bizeh invités pour le débat à l’issue de la projection, ont affirmé que les conditions de travail de ce pionnier polonais de la transplantation cardiaque et les réticences des hautes autorités de toutes sortes, étaient identiques en France à la même époque, soit fin des  années 80….)

 

Nous voyons deux fois Tomasz Kot avancer d’un pas résolu dans de longs couloirs -comme arpentant un tunnel sans fin- ce plan avec une belle profondeur de champ dit à la fois la solitude et l’entêtement de celui qui veut convaincre, ce que martèle précisément la bande-son

Qu’il soit en " réunion " (laquelle peut se métamorphoser en "prétoire") qu’il opère dans l’urgence en plein air dès l’arrivée d’une ambulance, qu’il dirige l’équipe au bloc opératoire, semonce renvoie des co-équipiers -pour les réembaucher-, qu’il soit au volant de sa Lada verte, qu’il soit " multicarte " (recherche de fonds pour la clinique de Zabrze, participation active aux travaux de rénovation,…on est au début de Solidarnosc) ce docteur  qui ne cesse de " cloper " et de boire est un fonceur, il incarne le mouvement perpétuel. Même ses temps de repos (congé dans un cadre idyllique au bord de l’eau avec sa femme) sont perturbés par des appels d’urgence…

Dos voûté (serait-il trop grand pour franchir une porte ou entrer dans le cadre de la photo???) cigarette aux lèvres, sourire en coin l’acteur Tomasz Kot (voir l'affiche) incarne avec brio le professeur Religa qui par sa ténacité et son courage aura su vaincre tous les préjugés (d'ordre scientifique, moral ou religieux)

 

Une jeune patiente ne survivra pas (une malformation -qu’auraient décelée de nos jours une IRM ou un scanner- empêche le chirurgien de mener à bien son intervention); l’ours en peluche restera au vestiaire -témoin muet ? en apparence seulement...Car cet "échec" le galvanise, le conforte dans sa démarche : faire admettre la nécessité des transplantations et partant, oeuvrer, à tous les niveaux, pour leur réalisation

 

 " Gods " "un film pédagogique qui mériterait d’être diffusé dans toutes les universités de médecine, tel fut le vœu formulé par les deux intervenants du CHU !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Gods
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 07:44

Argument: "C'est l'été, deux adolescents ont leur premier rendez-vous dans un parc. D'abord hésitants et timides, ils se rapprochent au gré de la promenade et tombent amoureux. Vient le soir, l'heure de se séparer… C'est le début d'une nuit sombre."

 

Le Parc

Avec ses sentiers, ses bosquets, ses plages de verdure, ses arbres qu’une légère bise fait murmurer, et sa lumière diffractée, le parc est le lieu édénique par excellence c’est lui qui accueille pour leur premier rendez-vous ce couple de jeunes ; la maladresse de leurs gestes la banalité de leurs propos, leurs rires un peu forcés contrastent avec la multitude des cadrages angles de vue qu’offre ce lieu et que saisit -souvent en plans fixes-, avec un plaisir avide, la caméra de Damien Manivel.

Mais c’était pour mieux " dérouter " le spectateur.

Car au moment crépusculaire la jeune fille reste seule, elle est assise comme si elle prenait racine, communique par SMS avec son " compagnon " (les textos apparaissent sur l’écran, dans une langue châtiée à la virgule près -contrairement à leur conversation ânonnante   de l'après-midi  …) Déçue désappointée par un amour "contrarié" , elle entreprend un " voyage " à reculons dans un parc que l’obscurité de la nuit va métamorphoser en un espace menaçant voire inquiétant et que l’imaginaire peuple de tous les fantasmes … Un gardien avec sa torche (comme un écho assourdi aux jeux de cache-cache de l’après-midi en pleine lumière) ange ou démon ? Le végétal qui s’anthropomorphise, l’étreinte des branches peut être fatale, une chouette hululant, gémit, la barque dérive... Rêve ou cauchemar ? Rêve et/ou voyage initiatique?

 

Unité de lieu (un parc) de temps (le jour la nuit et l’aube) d’action (fragments douloureux d’un amour naissant) minimalisme dans le traitement, peu de paroles, absence de musique hormis celle des arbres frémissants, des oiseaux puis le clapotis de l’eau quand le gardien du parc devient passeur: -ramenant l’égarée en lieu sûr ou la menant vers les contrées insoupçonnées de l’inconscient?- ce film tout en nuances peut presque hypnotiser par l’abondance des plans fixes en I, les contrastes clair-obscur et l’atmosphère d’étrangeté en II

Encore faut-il le voir dans des conditions sinon "idéales" du moins "correctes" "!!!!

ce qui ne fut nullement le cas dans cette salle 4 (Omnia) où le mugissement intempestif de la soufflerie venait parasiter la musique du silence….

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 16:10
La Communauté
A travers l’histoire d’un couple de la cinquantaine qui décide d’ouvrir leur maison de 450 mètres carrés à d’autres pour y vivre une expérience de vie communautaire, Thomas Vinterberg qu’on avait adoré pour Festen, situe son film dans les années 70...années fastes utopiennes; et, ce faisant, le grand réalisateur danois  nous offre une réflexion originale, intéressante,  sur l’amour.
 
Car au fond, le sujet est intemporel, universel.
Quel mode choisir pour bien vivre l’amour le plus longtemps possible dans un couple ?  La vie en communauté et ses règles démocratiques sont-elles viables à l’intérieur d’une société qui, elle,  n’est pas  démocratique, collectiviste? Enfin, le danger de l’éclatement d’un couple vient-il toujours de de là où on s’y attend le plus ou vous prend-il par surprise ? Comment gérer ses désirs ?
 
Ce film bien monté, avec de bons acteurs à la personnalité marquée pour chacun(e) d’entre eux, n’est pas seulement réussi sur le plan formel mais il permet au spectateur de laisser vagabonder son esprit sur sa propre vie et ses phantasmes.
Des moments drôles et d’autres plus tragiques composent un portrait assez réaliste d’une période qui a marqué pas mal de ceux qui ont vécu l’après 68.
 
La chute finale du film, comme un clin d’œil du réalisateur, est loin d’être dogmatique et  nous fait retomber sur nos pieds.
 
N’en disons pas plus : Un film à voir.
 
Serge Diaz

 

 

Je ne partage pas tout à fait l'enthousiasme de Serge
Certes ce film est bien construit (chaque étape jusqu'au départ d'Anna qui a valeur d'exclusion,  est marquée par le passage écran noir; de plus le rythme fait alterner accalmie et colère, sérénité apparente et explosions verbales); certes le film est avant tout un questionnement; mais en se focalisant sur le couple (à l'origine de cette "communauté" ) le film laisse plus ou moins de côté ou du moins à la marge deux figures beaucoup plus troublantes celles des deux enfants et il réduit les "autres membres" de la communauté à des "faire-valoir" . L'ensemble enfin n'évite pas certains clichés

Colette 25/01/2017

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 05:36

De Tom Ford 

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon

Nocturnal Animals

Un début qui intrigue: des femmes obèses nues, à la poitrine énorme et brinquebalante, évoluent sur une scène…. Des plans sur une ville quadrillée de nuages, des vues aériennes sur des échangeurs d’autoroutes aux courbes si bien calligraphiées. Les femmes rebondies -flaccidité réelle ou de pacotille?- vont s’affaisser : avons-nous  assisté à une performance dans la galerie tenue par Susan Morrow? Quand celle-ci regagne sa  demeure d'architecte, elle est accueillie par la sculpture de Jeff Koons (balloon dog)  ; tout cela en dit long sur le prétendu " art contemporain ". Plus tard un plan sur les deux cadavres nus allongés sur une banquette rouge, illustrera en mode inversé une plasticité purement formelle.... Mais là n’est pas, ne sera pas le propos…(Juste une dénonciation larvaire de la publicité qui impose son parangon du Beau et ce faisant, nie la Vie)

 

À partir de l’instant où Susan reçoit un  exemplaire du roman " nocturnal animals "  écrit et dédicacé par son ex mari Edward (et le kraft est si acéré qu’elle s’est taillé le doigt, premier " signe avant-coureur"…) le film va mêler plusieurs " histoires " : celle que vit au quotidien Susan, celle qu’elle est en train de lire et qu’elle fait sienne en l’imaginant (les personnages de la fiction que nous voyons par son regard ont ses traits, et ceux d’Edward) et celle de son passé que la lecture a ressuscité(e)… Troubles et prises de conscience douloureuses : le roman – un mauvais thriller bourré de clichés d’ailleurs- résonne comme une vengeance. (Le gros plan  sur l’affiche revenge nous y avait préparés) Il sert de catalyseur : Susan se sent de plus en plus coupable (d’avoir mésestimé les talents d'écrivain de son ex mari ) de même que Tony (personnage principal du roman  "nocturnal animals" et peut-être double de l'auteur) se culpabilise de n’avoir pas su protéger sa femme et sa fille ; Edward (le mari bafoué) prendrait-il sa revanche en écrivant ce thriller?

 

Film dans le film (par une mise en abyme du roman) éclatement des repères chronologiques perte des identités, le procédé n’est pas innovant. Même en jouant sur l’opposition de tonalités Tom Ford a tendance à tout "surligner " (les raccords les symboles la musique) et le film va s’étirant, .... inutilement…
On
ne naît pas Lynch, on ne le devient pas…

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 08:40

De Kôji Fukada Japon

Avec Tadanobu Asano Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi

Prix du Jury Un Certain Regard Cannes 2016

Argument: Toshio et sa femme Akié mènent une vie paisible avec leur fille Hotaru. Un matin un ancien ami de Toshio réapparaît après une décennie en prison. A la surprise d'Akié Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu ce dernier s'immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette et se rapproche doucement d'Akié...

Harmonium

Une construction bipartite avec effets de miroir inversé (métamorphose des deux parents 8 ans après la " tragédie " ; tonalités différentes) une indéniable maîtrise formelle et un art de l’ellipse au service d’une dénonciation sans appel de la " structure familiale ", de ses fondements hypocrites, le film de Kôji Fukada qui a obtenu le prix du jury (un certain regard Cannes 2016) souffre cependant de longueurs en I et d’une certaine complaisance dans le dolorisme en II

Au tout début le film peut s’apparenter à une chronique familiale. Le réalisateur en dénonce d'emblée la facticité ; il semble opposer apparence (avec des plans et cadrages stricts) et dissonance (à l’instar de ce métronome qui continue à battre la mesure alors que Hotaru l’enfant a cessé de jouer..). Le manque de communication entre les époux Akié et Toshio, éclate avec l’arrivée de l’Autre (admirablement interprété par Tadanobu Asano que nous avions vu en " revenant " dans " l’autre rive "). Qui est-il ? Que cache-t-il sous des dehors obséquieux ? " là-bas on maigrit " dit-il à " son ancien ami " Toshio qui l’accueille, l'embauche, le loge et le nourrit...Quel mystère enfoui dans la conscience de Toshio ?

Jusque-là taciturne et introverti, le père sera "violent" et presque prolixe après le basculement tragique. L’Autre, Yasaka (est-il responsable de cette tragédie??) restera hors champ durant cette seconde partie mais son "fantôme" hante les consciences (Akié séduite par ses avances, le voit en rêve, Toshio lui est convaincu de subir une forme de karma). Le passé et sa " mauvaise conscience " pour Toshio, le refoulé pour Akié, victime désormais de troubles du comportement (dont la phobie de l'hygiène!)

Le huis clos initial s’est encore étréci….

 

Le parallèle entre deux plans qui se font écho (le premier immortalisé par une photo où l’on voit allongés heureux les 4 protagonistes, le second où Toshio tente de ranimer les 3 corps allongés sur la grève) est comme une rime intérieure dans un théâtre du désordre et de la cruauté... Et aux battements intempestifs du métronome se substituent les pulsations (qui vont s'amenuisant) d'un  coeur qui bat! 

 

L’histoire racontée un matin par l’enfant (en I) acquerra rétrospectivement une signification particulière: il existe une espèce d’araignées où la mère se laisse tuer par ses enfants ; la mère va au paradis affirmait Akié, non répondait Hotaru car elle aussi a tué sa mère.

Comme s'il n'y avait que l'enfer pour les araignées ….

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 06:19

de Mai Masri 2015 Palestine Liban

avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon, Karim Saleh

3000 Nuits

Le maire d’Argenteuil avait voulu  interdire la projection de ce film (prétexte:  il fait polémique… pour cet élu LR Georges Mothron on fait polémique quand on prend fait et acte pour les ….Palestiniens....n'était-ce pas plutôt un acte de censure à peine déguisé??)

Ken Loach en revanche (et en riposte?) en a loué la puissance : un film  "fort et important"

3000 nuits est proche en effet du cinéma vérité ; il  "libère" la parole des détenues tout en dénonçant leurs conditions d’enfermement et les aberrations d'un système; de plus vers la fin, la réalisatrice a inséré des images d’archives (le fameux échange de prisonniers...). Le film s'inspire d'une histoire vraie: le vécu d'une Palestinienne incarcérée dans une prison israélienne pour un crime qu'elle n'a pas commis et c'est entravée qu'elle a accouché..Bouleversée par ce témoignage Mai Masri décide d'en faire une "fiction"; fiction qu'elle tournera en Jordanie dans une prison désaffectée

Nous sommes au début des années 80 un peu avant le massacre de Sabra et Chatila (dont  l’écho parviendra aux détenues via le petit écran ; alors que les prisonnières israéliennes s’en réjouissent, les palestiniennes entameront une grève ..de la faim !) Rappelons que dans cette  prison "cohabitent" des prisonnières de droit commun (israéliennes) et des détenues politiques ( arabes) souvent accusées  à partir de "soupçons"  et sans preuve apparente...

Avec Layal cette jeune institutrice de Naplouse,  injustement accusée et condamnée à 8 ans de prison (soit 3000 nuits) nous allons pénétrer dans le milieu carcéral et durant presque 1h45 nous sommes immergés dans un monde de violences, de trahisons, de compromissions aussi (on essaie de soudoyer avec chantage à l’enfant). Un monde d’inégalités (les matonnes sont plus indulgentes avec les détenues israéliennes), de rapports de force (et ce, au sein de chaque groupe); un univers qui métaphorise aussi le "conflit israélo-palestinien" sans manichéisme affiché : si les matonnes israéliennes sont butées racistes inhumaines, l’avocate israélienne de Layal  tente de faire "respecter le droit international" (cf l’épisode du gaz qui met fin à la révolte des détenues est lourd d’atroces souvenirs...)

Certes, l'alternance entre violences et accalmies, brutalité et douceur (surtout l'engouement que suscite la naissance de Nour) crée un certain tempo. Mais l'ensemble de ce film est desservi par une mise en scène qui alourdit inutilement le propos et qui loin de susciter l’empathie du spectateur peut générer l’ennui. Tout est inutilement insistant. Des gros plans prolongés sur les poignets entravés, des scènes de bagarres qui virent au crêpage de chignon, la symbolique de l’oiseau trop appuyée (d’abord il volette se pose sur les barbelés ; l’infirmier offrira à Nour un  jouet -oiseau, succédané d’une liberté à (re)conquérir), les couloirs filmés tels des tunnels que l’on oppose trop facilement à ces trouées de lumière; sans oublier  la symbolique des prénoms Nour (= lumière) Layal (= nuits)  et leur dichotomie, etc.

Rien n’est "suggéré"; tout se veut démonstratif... Dommage !

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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