1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 09:39

Le 17 octobre 1982, l'astronome Edward L. G. Bowell découvrait un astéroïde situé entre les orbites de Mars et Jupiter. Sept mois plus tôt, le 3 mars, Georges Perec disparaissait. Il fut alors décidé de nommer l'objet céleste (2817) Perec, en hommage à l'auteur.

Quarante ans presque jour pour jour après sa mort, alors que l'astéroïde tourne encore, nous sommes très heureux de vous présenter une sélection de quatre films de – ou sur – cet homme, écrivain, cinéaste et verbicruciste (liste non exhaustive)

 

 

dont "Un homme qui dort"

Film à double signature, celle de l’écrivain disparu et du cinéaste Bernard Queysanne, travaillé à partir du texte initial de Georges Perec, dûment calibré par les auteurs. Une réflexion commune, un propos très concerté ont généré une œuvre novatrice, singulière, hors du temps. En voici le livret - car le film est construit comme une partition musicale, en plusieurs mouvements : un étudiant remet en cause toutes ses activités et tous ses projets et se plonge volontairement dans une sorte d’hibernation. Pendant plusieurs mois, il vit ainsi en dehors du temps, en dehors du monde jusqu’à ce qu’apparaissent les limites et les dangers de cette expérience radicale et c’est douloureusement qu’il reprend pied sur la terre des vivants. Histoire qui induit une recherche formelle et sonore importante, au service de l’idée "d’infra-ordinaire", chère à Georges Perec, qui la sous-tend.

Georges Perec sur Tënk

 

On aimerait tout d’abord relever la beauté des images et de cette bande-son composée des bruits de la ville (et de la voix de Ludmilla Mikaël), où le dehors et le dedans s’entremêlent jusqu’au vertige – vertige du temps et de l’espace. S’émerveiller ensuite de la capacité de Georges Perec (ici avec Bernard Queysanne), en chacune de ses œuvres, livres et films, à saisir une époque, les ambiances qui la caractérisent et les détails qui la composent, les objets et les mots qui en font la couleur. S’étonner comme à chaque fois des nombreuses affinités existant entre Perec et Jean Eustache, “Un homme qui dort” étant bel et bien le contemporain de “La Maman et la putain”. Il l’est également de films d’Alain Cavalier et de Marguerite Duras auxquels on songe ici notamment. Étrange invitation au voyage que ce film-ci – voyage immobile, hypnotique et somnambule au cours duquel vous croiserez peut-être votre double. Fabien David Programmateur du cinéma Le Bourguet de Forcalquier (cité par Tënk)

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25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 08:06

Premier long métrage de Madiano Marcheti ( Brésil 2021)

avec Natália Mazarim (Luziane), Rafael de Bona (Cristiano), Pâmella Yulle (Bianca), Joana Castro (Nadia), Mariane Cáceres (Francine), Lua Guerreiro (Tiffany), Chloe Milan (Madalena), Lucas Miralles (William), Nadja Mitidiero (Cilene), Antonio Salvador (Gildo)

Trois protagonistes, Luziane, Cristiano et Bianca – qui ne se connaissent pas – sont pour autant tous liés d’une manière ou d’une autre à Madalena, une femme trans retrouvée morte, quelque part dans l’ouest du Brésil.

Madalena

Voici un immense champ de soja que ne perturbe aucun bruit, voici des autruches (nandous?)  qui se dandinent offrant leur cou,  le duvet de leurs plumes et leur regard scrutateur à celui de la caméra. C’est le plan d’ouverture. Un plan récurrent qui signera les moments d’une partition, partition composée de trois récits incarnés par des personnages différents.

Et dans ce vert éblouissant une tache blanche, furtive…

D’emblée le spectateur sera sensible  à la beauté formelle (et le film frappera par ses indéniables qualités esthétiques) mais il sera peut-être perturbé quand le réalisateur va déjouer ses attentes … Or précisément ce n’est pas le mystère qui entoure le meurtre de Madalena qui intéresse Madiano Marcheti

Il est  d’autres enjeux : une forme de radiographie de la société brésilienne, par des choix formels, le recours à des touches de paranormal et le « destin » de quelques personnages de milieux différents. Le champ de soja, les routes de terre rouge, croisements et passages des différentes histoires, vont illustrer ou incarner ces « enjeux »

Tombeau de Madalena, le champ de soja, illustration de la monoculture imposée par les exigences du libéralisme outrancier, devient la métaphore d’une société uniformisée où l’altérité est rejetée et où triompherait la transphobie. Champ de soja où s’en viendraient percuter les non-dits ; une lecture en filigrane des collusions entre politique et propriété foncière -incarnée par Cristiano- , des inégalités sociales -lisibles dans l’utilisation de véhicules témoignant du niveau social de chacun, véhicules empruntant ces routes « bucoliques »

Cristiano est l’héritier d’un empire foncier dont les signes de richesses envahissent parfois l’écran (ballet de drones, voitures engins sophistiqués, hectares de culture intensive) mais il a commis une erreur et redoute les foudres paternelles ….En parallèle voici deux autres univers -celui de Luziane, celle que nous avons rencontrée en premier ; issue d’un milieu modeste, elle travaille comme videuse la nuit dans un club privé. Et celui de ce groupe, queer -un transsexuel, une jeune fille et une jeune lesbienne obèse, amies de Madalena. La dernière séquence consacrée à ce groupe, frappe par l’ambiance sereine dans un cadre presque idyllique (alors que plane le fantôme de leur amie); sérénité comme antidote aux tourments d'une mort annoncée ? ou volonté de ne pas verser dans le fatalisme ? à vous de juger

Car le réalisateur s’abstient de toute intrusion, il suggère sans expliquer (fébrilité de Cristiano, bribes de discussion avant et après la baignade des trois amies, dialogue mère-fille parasité par des infos radio);  au spectateur de "recouper", de mettre en parallèle les parties du film  !!

Un même niveau de récit pour trois mondes différents et, partant, c’est peut-être un regard nouveau sur le Brésil contemporain qui est sollicité.

Sans voyeurisme ni sentimentalisme, Madalena est un film original sur la transphobie (le Brésil détient ce taux record le plus élevé au monde, de meurtres de personnes transgenres, nous apprend le générique de fin).

Un film que je vous recommande 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

à voir sur Mubi 

Madalena (2021) | MUBI

 

 

 

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21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 07:05

de De Jacqueline Lentzou Grèce 2021

 

avec Sofia Kokkali, Lazaros Georgakopoulos

Musique originale composée par Delphine Malaussena

Berlinale 2021

 

Première diffusion : 19-02-2022 (Exclusivement sur MUBI) 

Moon, 66 Questions (2021) Prix & Festivals (mubi.com)

 

Lorsqu’une grave maladie frappe son père Paris, Artémis décide de rentrer chez elle en Grèce après quelques années d’absence. Sans s’y attendre, père et fille se lancent dans un voyage d’apprentissage et de révélation, annonçant un nouveau départ pour leur relation

 

 

Moon 66 questions

 

Un film sur les flux, les mouvements et l’amour (et leur absence) annonce le prologue

Pour évoquer le moment fugitif de leur éclosion, leur surgissement leur évanouissement, leur sens qui se dérobe affleure  et la permanence d’une incomplétude, la réalisatrice place son film sous le signe de l’astrologie (titre Moon  comme référence à la cosmogonie) de la magie (des plans fixes sur des cartes de tarot vont scander la narration) et de la mythologie (le choix des prénoms : Paris serait-il à l’instar de son homologue légendaire grec,  le déclencheur d'une  "guerre",  le conflit avec sa fille ? Artémis doit-elle à la déesse de la chasse et de la nature, associée à la lune, les fluctuations  de ses sentiments ?)

Comme si les incertitudes les inconstances les intermittences venaient du fond des âges et que les réponses -aux 66 questions- devaient rester dans les limbes de l’indécidable....

 

La première séquence peut surprendre  : voici des images filmées au caméscope, ( ?) datées de 1996, on entend des bribes de discussions ; on ne peut  "identifier" ni  les lieux, ni les personnages qui, d’ailleurs, sont  absents du petit écran comme embué, lequel se  confond bientôt   avec celui du hublot  Et pourtant Artémis est bel et bien à bord d’un avion qui la mène de Paris à Athènes où elle doit rejoindre un père, atteint d’une maladie dégénérative incurable, un père qu’elle connaît à peine…Le voyage comme Odyssée ? avec ces strates du passé comme filtres de la mémoire

 

La relation père/fille oscille constamment entre rejet, rancœur et affection, parfois fusionnelle, entre mutisme et violences verbales, comme si la vraie maladie était moins celle qui paralyse le père que celle de l’amour (avec son cortège d’affects de sentiments fluctuants opposés voire contradictoires, ce qu’illustrent les regards, les zooms, les silences, les suspensions de la narration, l’intrusion d’images mentales ou de flash back, des déformations d’images et des discordances sonores), Comme si le motif de la maladie n’avait été convoqué que pour  "contraindre"  Artémis à retourner dans son pays d’origine, à se confronter à son passé et à  ses attentes dans sa relation au père (avec le poids des non-dits) 

 

Dans ce film, très riche en questionnements/dévoilements, jusqu’à cette scène finale assez inattendue !!-, nous assistons ainsi à une double  "rééducation".  Celle du père dans son cheminement vers un semblant d’autonomie, celle de la fille dans son apprentissage de la découverte de l’autre " Ça veut dire quoi être proche de quelqu’un" c’était sa question initiale (la première des 66?).. Si l’opposition entre la « paralysie » de l’un et la « bougeotte » quasi permanente de l’autre accentue -formellement- le contraste, on mesure les efforts d’Artémis pour mimer, s’adapter au rythme de l’autre et progressivement en « être proche », dans les deux acceptions de cette expression (ce qui n’exclut nullement les moments de refus catégorique). Une rééducation qui se double d'une recherche mutuelle de la vérité vers une forme de réconciliation.

Réconciliation  qui frise parfois  le burlesque : ce dont témoignent, entre autres, la scène de franche rigolade (dégustation côte à côte d’une glace) ou la réunion de la maisonnée afin de tester les capacités d’une infirmière bulgare …qui ne connaît pas la langue…

Réconciliation qui emprunte (et l'on comprend mieux le procédé de duplication présent dès le début du film)   les chemins détournés des vidéos - les aveux du père -, comme si le recours à ce filtrage de la mémoire (avec éloignement dans l’espace et le temps) s’en venait  "recadrer"  l’énigme du présent

 

Un film que je vous recommande !

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 16:49

de Giacomo Abbruzzese (Italie) 58’ 2019

 

 

"L'été dernier, ma grand-mère me dit pour la première fois que mon grand-père n'était pas mort d'un accident de voiture à New York, comme je l'avais toujours cru. Il avait été assassiné à Harlem, dans les années soixante-dix. Le documentaire, combinant la forme d'un film d'essai et du cinéma familial, émerge de mon voyage de recherche à New York, enquêtant  sur sa mort

 

à voir sur Tënk 

America - Tënk (on-tenk.com)

 

Nommé pour le César 2022 du meilleur court métrage documentaire

 

 

America

 

Le documentaire s’ouvre et se clôt sur le plan prolongé d’une allée ; chemin d’accès à la villa familiale .

Point de départ et de retour d’un « voyage » dans le temps (remonter aux origines) et l’espace (des deux côtés de l’océan) qu’a  entrepris  le petit-fils de Claudio, Giacomo Abbruzzese

Et si la révélation finale renvoie à la thématique de l’abandon,  elle ne pouvait que s’inscrire dans ce cadre comme pour en souligner « l’éternel recommencement »

Né en Grèce, élevé à Venise, marié à Tarente, père de trois enfants, parti aux USA (un "rêve américain"  poursuivi pendant 20 ans, avec des retours de plus en plus rares en Italie), décédé dans des circonstances inconnues-  Claudio est  un être complexe,  a priori insaisissable car "fuyant" ( les réponses des deux  "épouses"  à des questions précises se font écho   "je ne sais pas" ) mais  le petit-fils est décidé à en sonder  les mystères, tant sa recherche du "vrai" est irrépressible

Une quête des origines illustrée et concrétisée par le recours à différents médiums (photos agrandies aux dimensions de l’écran, album de la grand-mère italienne, photos prises par Claudio quand il vivait à NY avec Esther (Portoricaine) ,  conversations par skype (avec les enfants de Claudio, soit  oncle et tantes de Giacomo) vidéo tournée sur smartphone, images/photos d’archives et actuelles de New York. Une quête ! un périple dans lequel il embarque le spectateur ! 

 On assiste parfois (compte tenu du rythme et du commentaire en voix off) à un film/enquête, genre thriller : pourquoi Claudio a-t-il été assassiné ? Aurait-il fait partie de la Mafia ? Et  des extraits d'un film de Scorsese, jouent le rôle de  référence, intégration élargissement voire  exhaussement (un membre de la famille tel  "L'Affranchi"?) 

Vitalité, rancunes, apaisement, figures mémorielles, couleurs grises, pastel ou éclatantes, ambiances urbaines, passé exhumé, c'est au montage que l'ensemble des  "traces"  suivies (avec un  jeu de superposition et de  surimpression par-delà les décennies) et de témoignages recueillis,  fait d'America (le titre en gros caractères n'apparaît qu'à la 27ème minute ) un  film familial , un récit "libre et attachant qui surfe sur la face B de l’Americana et se glisse dans les interstices de nos contradictions. (Pauline David Programmatrice, directrice du festival En ville ! (Bruxelles) citée par Tënk) 
 

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 février 2022 4 17 /02 /février /2022 13:10

Film coréalisé par Luc Hermann et Valentine Oberti. (sortie le 16 février) 

coproduction Mediapart et Premières Lignes

 

programmé le 17/03 - 20 h - Rouen - Omnia. En présence de Lénaïg Bredoux et l’équipe du Poulpe Média

 

Produit par Mediapart et Premières Lignes, une société de production spécialisée dans le journalisme d’investigation et notamment productrice de Cash Investigation sur France 2, ce documentaire réalisé dans un style très télévisuel est davantage un best-of du pire des menaces auxquelles doit faire face la presse aujourd’hui qu’une véritable enquête. En moins d’une heure trente, il démontre à partir d’une série d’exemples concrets en quoi la concentration des médias entre les mains de quelques grands patrons pose un réel problème pour la démocratie. 

 

Media crash  Qui a tué le débat public?

Il y a ce que vous voyez, ce que certains souhaitent que vous voyiez, et ce que vous ne voyez pas.

 

Media crash n’est pas œuvre de cinéma mais une « contribution citoyenne » aux malaises actuels pour un débat public privatisé (confisqué) par les 9 milliardaires qui possèdent 90% des grands médias.

Ce qui explique la programmation dans les salles en présence de journalistes ou spécialistes à partir du 16 février 2022

 

Le documentaire est scindé en 3 parties Les Incendiaires /Les Barbouzes/Les Complices. Il allie interviews, face-à-face, (en donnant la parole à des experts, journalistes, chercheurs du CNRS) images d’archives que commente une voix off (ainsi de ces vues en plongée étonnantes sur le port d’Abidjan pour les « affaires africaines » du groupe Bolloré). Et quand on ne dispose pas d’images/preuves, les appareils d’enregistrement envahissent l’écran (on entend les voix de Squarcini Arnault Pierre Godé)

Liberté de presse bafouée, entraves et représailles. Ainsi le Monde privé de « publicités » par Havas (propriété de Bolloré) suite à une enquête dénonçant les activités de barbouzes du groupe en Afrique; un journaliste d’investigation de France 2 Tristan Waleckx, présentateur de « Complément d’enquête », accusé de suborner des témoins en Roumanie lors de son enquête sur la fabrication de chaussures, avant que n’éclate la vérité…Valentine Oberti, victime de pressions gouvernementales, puis d’un « rappel à la loi » durant six ans, (elle avait osé interroger la ministre des armées Florence Parly sur la vente d’armes destinées à l’Arabie saoudite dans la guerre contre le Yémen)

Les exemples ne manquent pas …. Certains sont glaçants…

 

Sur le « fond » proprement dit, hormis les séquences de la fin, les abonnés de médiapart (qui ont bénéficié de l'avant-première mardi 15) auront l’impression de « revoir » certaines  « affaires » (Cahuzac, Ruffin et le making-of de  son film  « merci patron », financement de la campagne de Sarkozy, les palinodies de Ziad Takieddine) et d’assister à une forme d’auto promotion du journal (indépendance affichée, pugnacité de ses journalistes d’investigation, etc …) tout en sachant que Médiapart  n’est pas à l’abri de certaines critiques « justifiées »...

 

Quant à la « promotion » d’Eric Zemmour, elle n’est pas née avec CNews ni C8 (TPMP), mais il y a bien longtemps avec la complaisance de journalistes (télévision publique) (cf. analyse dans le n° 41 d’Acrimed « médias et extrême droite ») Droitisation du champ politique (1980 1990) et reconfiguration du champ médiatique aligné sur une course aux revenus publicitaires, sur le mode de traitement de l’info importé de la tv ….La polarisation médiatique autour d’Eric Zemmour est une matérialisation concrète de 30 années de banalisation de l’extrême droite dans et par les médias dominants

 

Collusion pouvoir et médias ? (Troisième partie « les complices ») je vous renvoie au film documentaire coup de poing Les nouveaux chiens de garde (2012) LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE - Le blog de cinexpressions

 

 

Un documentaire synthétique et pédagogique certes dont la portée va dépendre des débats qui suivront les projections dans les 50 salles où il est programmé en février et mars 2022

 C'est un documentaire d'intervention qui, une fois terminé et que la salle se rallume, nous l'espérons, suscitera le débat et la discussion. Valentine Oberti

 

Au final, les vrais « perdants » de cette mainmise éhontée sur les médias, ne seraient-ils pas -comme souvent d’ailleurs- les citoyens ?

 

Colette  Lallement-Duchoze

 

 

PS à  méditer " le mensonge prend l'ascenseur quand la vérité prend  l'escalier " (proverbe africain) 

PS lire  l'article revue Reporterre

https://reporterre.net/Pour-la-liberte-de-la-presse-et-la-democratie-stoppons-Bollore?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_hebdo

Face aux poursuites-bâillons de Bolloré : nous ne nous tairons pas (reporterre.net)2018

 

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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 07:14
Festival à l'Est du 22 au 27 février 2022

 

16ème édition 

 

Site : www.alestfestival.com

 

 

7 films en compétition A l'Est

6 films en compétition d'Est en Ouest

Ciné-concert avec la chanteuse Tallisker

Projections jeune public

Nouvelles d'Est en Ouest

Projections hors les murs en Seine Maritime du 28 février au 5 mars

 

 

Festival à l'Est du 22 au 27 février 2022

 

 

Infos pratiques :

 

Lieux

 

Kinépolis (Saint Sever)  Omnia (Halle aux Toiles) 

 

 

Tarifs

 

tarif plein : 6 euros

tarif réduit : 4 euros

 

 

Contact 

 

Mail : contact@alestfestival.fr

 

FB : @alestfestival

 

Insta : @alestfestival

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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 05:11

Voir la version en ligne 

 

 

 

 

 

 

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12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 07:02

De Simon Stone (Grande Bretagne) 2021

Avec Carey Mulligan Ralph Fiennes Lily James, Ben Chaplin.

 

Sur Netflix.

En 1939, Edith Pretty, une veuve vivant dans une immense propriété près de Woodbridge au Royaume-Uni, engage le terrassier Basil Brown, archéologue autodidacte ayant travaillé pour le musée d'Ipswich, pour faire des fouilles sur son terrain. Le temps presse car la guerre imminente entraînera l’arrêt de tous les chantiers de fouilles

The Dig

Adapté du roman de John Preston lui-même inspiré de la découverte du site de Sutton Hoo, le film de Simon Stone mêle plus ou moins habilement le factuel historique, la romance et surtout la déclinaison -dénotation et connotation- du mot « fouille »

 

Les faits ? en 1939 découverte d’un trésor archéologique du VII° siècle (tombe royale, nombreux accessoires) , les convoitises suscitées, et le rôle du British Museum, l’imminence de la guerre ; le générique de fin livrera des informations sur le devenir du trésor pendant et après la guerre et sur celui de l’archéologue amateur – dont le rôle n’a été « reconnu » officiellement… que depuis peu..

 

Malgré la « reconstitution » (ambiances, costumes) la part belle donnée à la « fouille » proprement dite, le film n’est pas pour autant un film historique. Le factuel vérifiable est en effet le prétexte (dans les deux sens du mot) à une autre exhumation : celle d’un passé enfoui (la présence du mari absent dicte souvent le comportement de la veuve) prétexte aussi à « fouiller » les émotions de toute une génération embarquée malgré elle dans la tourmente d’une imminente tragédie ; imminence que rappellent la récurrence de ce ciel strié d’avions, de cette musique champêtre altérée par le vacarme des dits-avions guerriers, la convocation et le départ du cousin  Rory Lomax ; imminence qui invite à élaborer une « autre » philosophie de la vie (profiter au maximum du temps présent ; ce qu’enjoint de faire Edith Pretty à cette jeune épousée qui soudainement s’énamoure du cousin) ; prétexte enfin à ces intermittences du cœur que le couple Carey Mulligan (Mme Pretty) et Ralph Fiennes ( Basil Brown) incarne avec délicatesse (jeu des regards et des non-dits, questionnements sur la fuite du temps). Et les paroles -telle une voix off- qui semblent « chevaucher » les séquences créent une distorsion chronologique , voire une confusion temporelle i

Creuser le passé face aux incertitudes du futur ? Lutter contre le temps ? accepter ses empreintes par-delà leur matérialité ? excaver pour enrichir le présent, et quand tout semble se dérober interroger les étoiles ? (rôle de l’enfant, en quête de .. sous le patronage de Basil)

 

Tout cela est (reste) bien académique ! (Ne pas voir une connotation péjorative dans cette épithète) en harmonie d’ailleurs avec la « forme ». Les couleurs mordorées, automnales, la répartition 1/3 2/3 paysage et ciel, (il y a même un plan où le ciel envahit l’écran, la terre étant réduite à une minuscule ligne horizontale) rappellent les œuvres de certains paysagistes (toiles aux ciels tourmentés, aux champs frémissants). L’alternance plans rapprochés pour les duos (dont celui que forment Edith Pretty et Basil Brown) plans d’ensemble pour les scènes de groupe (dont le personnel du manoir et les « fouilleurs ») et panoramiques pour les paysages, crée une sorte de tempo que renforcent le choix d’une musique « classique » et la représentation quasi picturale de l’environnement (rural ou parfois urbain). Ajoutons ce montage parallèle aux effets peut-être trop signifiants: Basil allongé en position fœtale dans la tombe du chantier, Edith, malade, dans une position identique sur son lit…

 

Au final un film qui nous invite à prendre la place d’Edith sur son fauteuil (qui pourrait être celui du cinéaste ?) ou contempler du haut des monticules par-delà la vastitude de la plaine, d’autres vies, enfouies ou à venir, dans la sérénité malgré les orages annoncés !

La « leçon » que dispense Basil au jeune garçon ne serait-elle pas un apologue sur « l’apprentissage de la défaite »?

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 février 2022 4 10 /02 /février /2022 12:29

de Jan Ole Gerster (Allemagne 2019)

avec Corinna Harfouch, Tom Schilling, Rainer Bock, André Jung

 

 

 

 

Comme tous les autres matins, Lara débute sa journée par une cigarette et une tasse de thé. Aujourd'hui est un jour important : elle a 60 ans et c'est le premier concert de piano donné par son fils Viktor. Elle le soutient depuis ses débuts et se considère comme déterminante dans son succès. Mais Viktor est injoignable depuis des semaines et Lara semble ne pas être conviée à l'événement, contrairement à son ex mari et sa nouvelle compagne. La journée va alors prendre un tour inattendu.

 

Lara Jenkins

Comme dans Oh boy (cf Oh boy: 24 heures à Berlin - Le blog de cinexpressions) voici une « action » resserrée en 24 heures (unité de temps) une déambulation dans les rues de Berlin (unité de lieu) avec des pauses dans les lieux publics (dont les bars), et des  "rencontres"  fortuites ou provoquées. Mode ostinato ? avec le même acteur (Tom Schilling) comme figure  centrale  du fils.  A la recherche de  (pour l’étudiant désœuvré d’Oh boy)? ou la reconquête de ? (pour la mère, dans Lara,  ce qu’illustrerait la chanson interprétée par France Gall  Il jouait du piano debout !!!)

 

Une succession de saynètes, depuis le lever de Lara, l’intrusion fortuite de la police qui la sollicite comme témoin dans une perquisition, la rencontre avec le voisin, jusqu’à la soirée- concert et le triomphe  de son fils Viktor …en passant par la rencontre avec son ex professeur de piano. Et un dénouement en forme de twist ?

Lara est de tous les plans. Qu'elle  soit seule -plans américains, plans sur un  visage hermétiquement fermé ou filmée de pied en cap avec abondance de travellings latéraux, réduite à un être minuscule, comme  écrasée par la compacité des bâtiments qu’elle longe. Qu'elle soit en compagnie (avec le voisin, avec son ex mari, avec sa mère, aussi sinon plus acariâtre qu’elle, en tête-à-tête avec un fils qui... la fuit…) . Que  les cloisons l’enferment, ou que les jeux de miroirs décuplent son être-là et son reflet. Mais quel que soit le lieu, Lara ne semble jamais être à sa place (et les cigarettes qu’elle fume régulièrement, loin de la calmer, semblent  accroître son mal-être) comme si elle était rongée de l’intérieur, ou serait-ce le retour du refoulé qu’un manteau de couleur s’obstine à maquiller…ou l’au-delà du désespoir ?

 

On aura accès  par bribes (parcimonieuses) aux  sédiments enfouis:  Lara  a raté sa « carrière » de pianiste (à cause de la main gauche comme le prétendait son professeur ??), elle la jeune « ambitieuse », elle qui à 60 ans fait le bilan amer de ce qui a été et de ce qui aurait pu être, elle qui, castratrice et/ou trop exigeante,  a peut-être empêché de laisser s’éployer les « ailes de géant » de son fils unique, elle qui est « encore » capable de gestes les plus odieux (rompre l’archet du violon de Johanna, la compagne de son fils ; un geste cruel démoniaque qui rappelle celui d’Isabelle Huppert: pianiste dans le film de Michael Hanecke elle avait glissé des tessons de verre dans la poche de son élève…)

 Lara  la revêche, la psycho rigide qui aurait aimé par trop d'excès ou par procuration? ? De dévoilements en dévoilements, le personnage (admirablement interprété par Corinna Harfouch) ne saurait susciter  l'empathie  mais n'en reste pas moins un être attachant (ne serait-ce que par  les douloureux silences que le spectateur est invité à décrypter!)

 

Le film s’ouvre sur une scène de suicide avorté (du moins est-ce l’impression du spectateur quand il voit Lara de dos grimper sur une chaise et comme happée par  le vide de la  fenêtre ouverte…)  et il se clôt sur l’extraordinaire jeu de mains, dans la reconquête d’un talent ...."avorté"…. 

Si la journée est scandée par les "rencontres", par l’alternance entre gestes de  "bonté" (acheter tous les billets disponibles et les distribuer par exemple), et mutisme douloureux ou propos cassants, le parcours intérieur de Lara ne s'apparente-t-il pas à  un parcours initiatique ? à une "renaissance"  dans une solitude désormais consentie ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 11:24

de Jane Campion  2021

avec Benedict Cumberbatch, Jesse Plemmons, Kirsten Dunst, Kodi Smit-McPhee

 

Lion d’argent de la meilleure mise en scène à la dernière Mostra de Venise

 

sortie Australie novembre 2021

sur Netflix depuis décembre 2021

 

Au cœur du Montana, au milieu des années vingt, deux frères, célibataires endurcis, règnent sur un gros cheptel. George (Jesse Plemons), le cadet, est un bosseur taiseux mais généreux. Phil (Benedict Cumberbatch), l’aîné, un bel esprit doublé d’un monstre calculateur. Cultivé, arrogant, pervers, ce dernier joue à la perfection son rôle de macho pour dissimuler son secret, que le film révélera dans un stupéfiant moment de bascule. Quand George décide d’épouser Rose (Kirsten Dunst), une jeune veuve qui vient s’installer chez ces deux frères avec son fils Peter, le drame peut exploser.

The power of the dog

Protège mon âme contre le glaive, ma vie contre le pouvoir des chiens !

 

Le film adapté du roman de Thomas Savage (1967) débute comme une variation du mythe d’Abel et Caïn, transposé dans la région d'Otago en Nouvelle-Zélande (où le film a été tourné, cf. le making of); antagonisme de deux frères ; désir de vengeance quand George épouse Rose ; plans plus ou moins diaboliques élaborés dans le silence d’une conscience affolée. Dans un premier temps c’est le « triomphe » du virilisme (cow-boys invincibles et machistes). Puis s’opère un basculement quand Peter, le fils de Rose, découvre les « secrets » de Phil…Et le « western » (dont la réalisatrice fait voler en éclats les codes) se concentre sur la relation entre Phil et Peter, avec des effets collatéraux (dont l’alcoolisme de Rose) et une inversion ( ?) des rôles

 

Composé de 5 chapitres (passage écran noir, ellipses) dont la structure rappelle la tragédie à l'antique (exposition, noeud,  dénouement)  the power of the dog frappe par la permanence de thèmes chers à la réalisatrice néo-zélandaise, ceux qui ont innervé sa filmographie.  L’adolescence meurtrie -ici celle de Phil sous la forme de réminiscences -la perpétuation d’un trauma, l’idéalisation par des rites purificatoires -; celle de Peter, dans un premier temps du moins, celui des humiliations infligées par Phil, la douleur de voir sa mère aimée et aimante se détruire, le trauma lié au suicide du père . Le regard des autres – outre la beauté plastique des intérieurs et extérieurs toute une circulation de regards traverse le film, regards surdimensionnés par le gros plan, regards de l’intime, regards de feux de Phil destinés à Rose ou Peter, regard d’une caméra subjective, etc..  La monstruosité : Phil non seulement incarnerait une virilité toxique mais aussi le sadisme, le machiavélisme ; ce qu’accentue son regard bleu acier…lui qui émascule les veaux du cheptel aurait-il le pouvoir d’émasculer son entourage ? et pourtant ….Et de quoi Peter est-il capable pour « protéger sa vie, celle de sa mère contre le pouvoir des chiens » ?

 

Et comme à l’accoutumée la réalisatrice fait la part belle à la peau, au corps (des séquences d’une beauté sidérante et sensuelle à défaut d’être sacrée, celles des baignades par exemple, resteront gravées chez le spectateur); elle fait la part belle aussi à la nature (certains plans panoramiques rappellent par leur cadrage leur lumière leurs couleurs,  la peinture, et osons la comparaison avec certaines toiles de Virginia O’Keeffe !) mais une nature qui malgré sa vastitude peut donner la sensation d’enfermement (comme dans la leçon de piano) tout comme l’intérieur peut ressembler à une cage (dont les cadrages de fenêtres seraient l’illustration)

 

Certes on pourra toujours "reprocher"  un certain étirement (lenteur et longueur) ou l’insistance sur certains détails (gros plan sur la coupe de champagne, sur la saleté qui colle à la peau de Phil à l’instar de ses démons intérieurs qui lui collent à l’esprit, sur des images aux symboles phalliques dénonçant un masculinisme éhonté, ou sur la silhouette de chien en anamorphose dans la montagne, que seuls Phil et Peter sont à même de deviner, etc. ) mais force est de reconnaître que ce film qui revisite la mythologie du western est non seulement une "œuvre d'art" mais propose aussi un questionnement sur la masculinité (et le parcours de Phil est très éloquent à cet égard) et sur tous nos clichés,  voire nos poncifs !

 

Colette Lallement-Duchoze

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