4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 12:00

de Jan Komasa (Pologne)

avec Bartosz Bienelia, Eliza Rycembel, Aleskandra Konieczna, Tomasz Zietek

 

Festival A L'Est (Rouen du 3 au 8 mars 2020)

Soirée d'ouverture le 3/03/2020

Daniel, 20 ans, se découvre une vocation spirituelle dans un centre de détention pour la jeunesse mais le crime qu'il a commis l'empêche d'accéder aux études de séminariste. Envoyé dans une petite ville pour travailler dans un atelier de menuiserie, il se fait passer pour un prêtre et prend la tête de la paroisse. L'arrivée du jeune et charismatique prédicateur bouscule alors cette petite communauté conservatrice.

La Communion (corpus christi)

Un atelier. Des corps qui épousent le mouvement des scies Et en l’absence momentanée du gardien un « règlement de comptes » violent (traité partiellement hors champ) Daniel joue le rôle de guetteur zélé . Nous sommes dans un centre de détention pour délinquants. Fin du prologue. (à cette scène d’ouverture fera écho la séquence finale...)

 

Si les croyances et pratiques religieuses semblent omniprésentes (rôle du père Thomas dans le centre, activités du village/paroisse rythmées par les rites que sont la messe, les enterrements, les confessions, les processions) la religion s’inscrit dans une dialectique Eros et Thanatos, dialectique dont la résolution serait la rédemption incluant le pardon. Pardon que Daniel s’octroie pour lui-même,  (il a commis un meurtre) pardon qu’il tente de dispenser à une communauté corsetée dans ses rancœurs -suite à un épisode tragique. Eros sera Agapé. Telles sont bien les forces en présence dans ce film dont le titre renvoie aux deux acceptions du terme « communion » « croyance uniforme de plusieurs personnes qui les unit sous un même chef dans une même église et « réception de l’eucharistie » -corpus christi- ce qu’illustre la représentation iconique du Christ sur la Croix (vue souvent en contre-plongée)

 

Daniel a  "usurpé"  la fonction de prêtre : non seulement il en revêt l’habit mais dans ses prêches, il fait siens tous les préceptes enseignés par le père Thomas (dont il "usurpe"  aussi l’identité) L’acteur Bartosz Bienelia aux yeux  bleu acier, au regard halluciné, à la peau parfois translucide, au corps tatoué (les tatouages ne seraient-ils pas devenus stigmates?) interprète de sa présence charismatique, ce personnage ambigu ambivalent. Prédicateur, amant, rock star, habité et violent, il est de tous les plans (souvent fixes) : son visage vu de profil ou de face peut envahir l’écran, seul face aux paroissiens (mais vu de dos) il prodigue la "bonne parole", ses lèvres dans le confessionnal à travers le grillage murmurent le pardon, son corps mis à nu se love dans l’embrasement amoureux. Parfois il est comme "détaché" de l’image, comme aimanté vers un Ailleurs et quand les paupières sont closes c’est un regard intérieur qui doit irradier tout son être…

 

Comment guérir une âme de ses tourments ? On retiendra cette séquence où -comme dans une séance de thérapie collective- les villageois sont invités à hurler, dans un cri primal, leurs obsessions. Daniel  devenu aussi justicier,  a repris une enquête (un chauffeur en état d’ébriété aurait provoqué l’accident mortel) . Disculper, déculpabiliser, accéder à la sérénité

 

Un film  souvent sombre (et le parti pris des ambiances au bleu flouté ou glaciales le prouverait aisément) mais aussi empreint d’humour;  un film à la construction sinon rigoureuse du moins très habile (schéma circulaire, alternance scènes d’intérieur et d’extérieur, progression du personnage dans son chemin de croix) la  scène finale, percutante et dans sa forme et dans son message,  n’est pas pour autant épilogue….

 

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 15:58

de Todd Haynes (USA)

avec Mark Ruffalo, Tim Robbins, Anne Hathaway

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie...

Dark Waters

Rappelez-vous cette publicité «teflon » menée tambour battant, rappelez-vous cet empressement à acheter des poêles au revêtement miracle, sans effet nocif et pourtant la colle industrielle PFOA est hautement toxique..

.Suite à des morts en série (bétail) en Virginie Occidentale, à des malformations (visages de nouveaux-nés),  Robert Bilott,   un avocat du très  influent cabinet Taft Stettinius & Hollisteyr,  spécialisé jusque-là dans la défense des entreprises de l’industrie chimique, va mener un bras de fer contre l’entreprise DuPont, ce géant de la chimie. Contre l’avis des siens…

Le film de Todd Haynes illustre  cette bataille : elle aura duré presque 20 ans

Si Dark waters connaît un succès certain, s’il fait l’unanimité c’est qu’il rapporte avec une précision minutieuse des faits avérés, que le scénario est bien ficelé, l’interprétation de Mark Ruffalo impeccable, et qu’il s’interroge sur les liens entre démocratie et intérêts financiers.  Alors que l'actuel président américain se soucie peu des catastrophes sanitaires et écologiques et n'a cure des angoisses environnementales….

Certes il y a des moments hallucinants (quand l’avocat est filmé en plongée seul dans un parking, quand dans le bureau il croule sous les dossiers empilés tel un mur infranchissable, quand le cinéaste donne à voir simultanément l’extension du « monstre » et la « démesure » de la tâche de Robert Bilott. Certes la photographie d’Edward Lachman nous immerge souvent dans un univers noir bleuté (qui rappelle le titre)

 

Mais le tempo souffre du caractère répétitif dans les alternances entre séquences de délibérations (le cabinet d’avocats) et les rencontres avec les plaignants ; entre scènes d’intimité familiale (au bord de la crise de nerfs) et pression des patrons dans leurs bureaux. Un très gros plan prolongé sur une vache malade ? voyeurisme facile et bien inutile. Si l’isolement de l’avocat (il a triomphé mais les résultats se font attendre) renvoie assez judicieusement au milieu d’origine , le traitement de cette longue période frise la niaiserie en ce sens que le défilement de dates en bas de l'écran ne suffit pas à rendre palpable la douleur torturante ...Mais surtout, comme le message (celui d’utilité publique) semble prioritaire, la mise en scène, délaissée, est terne,   convenue…

 

On pourra toujours rétorquer que le genre choisi le thriller d’investigation laisse peu de place à l’innovation….

Efficacité contre originalité ?

Mais ne peut-on concilier les deux ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 07:11

Documentaire réalisé par Jean-Robert Viallet et Alice Odiot (France)

 

 

Tourné entre 2016 et 2018 à la prison Les Baumettes (avant sa fermeture) 

25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans. Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité, leurs yeux dans les nôtres.

Des Hommes

Le ciel par-dessus le toit : un bleu azuréen couvre les 2/3 de l’affiche ; un bleu qui restera hors champ dans le documentaire « Des hommes » Un bleu auquel vont se substituer des rais lumineux tentant de s’infiltrer dans les plus petits interstices et surtout le contraste entre une lumière extérieure qui traverse les  fenêtres grillagées  et un intérieur vétuste insalubre où « croupissent » les détenus

 

Derrière une porte vitrée sécurisée s’agite un détenu à la marche erratique vite hypnotique et l’on devine quand il s’approche , des traits qui nous sont familiers. Écran noir. Le film peut commencer. Ce plan d’ouverture sera repris en écho à la fin. Une des rares métaphores (le mouvement perpétuel et vain de l’homme qui tourne en rond en vase clos) dans ce documentaire à la fois sobre et  humain 

 

Sobre ? Ne serait-ce que par le refus d’une voix off, (ce sera celle de la musique de Marek Hunhap) l’absence d’une surenchère visuelle (celle de gros plans ou zooms sur des dysfonctionnements matériels ou autres qui illustreraient le misérabilisme par exemple) mais l’insistance sur de petits objets -comme substituts de langage- ; le positionnement d’une caméra (souvent fixe) à la fois très proche et suffisamment distante pour capter gestes et paroles (même dans l’exiguïté d’une cellule de 9m2)

 

Humain ? c’est bien ce qui intéresse les deux documentaristes. On est loin des clichés auxquels la presse nous habitue. Écoutons ces aveux teintés d’humour, ces tentatives de minimiser un « forfait » commis en interne, regardons ces yeux rieurs, moqueurs ou embués, respirons ces effluves qui dans la promiscuité, transpirent (de) l’humain !

 

Le personnel -essentiellement féminin- bienveillant,  est à l’écoute sans être dupe (les séquences de "condamnation en interne" sont succulentes..) -à signaler que la plupart des condamnations sont liées à des histoires de stupéfiants...ce qui en dit long sur "la politique française pénale en matière de drogue" (mais les documentaristes ne jugent pas,  ils donnent à voir!)

 

Ces détenus  ne sont pas des "anges"

Mais ce sont des hommes! 

 

 

« Allez, venez.

Restez un peu et vous verrez.

Vous en sortirez plus confus qu’en entrant.

Oui cette prison pue l’humanité » Jean-Robert Viallet

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 08:32

de Franco Lolli (Colombie)

avec Carolina Sanin, Leticia Gomez, Antonio Martinez 

 

Ce film a été présenté en soirée d’ouverture à la Semaine de la Critique  festival de  Cannes

À Bogota, Silvia, mère célibataire et avocate, est mise en cause dans un scandale de corruption. À ses difficultés professionnelles s'ajoute une angoisse plus profonde. Leticia, sa mère, est gravement malade. Tandis qu'elle doit se confronter à son inéluctable disparition, Silvia se lance dans une histoire d'amour, la première depuis des années.

Une mère incroyable

Le ton est donné dès les premières scènes : une femme atteinte d’un cancer du poumon, qui refuse une nouvelle chimio (elle connaît…); un appareil d'IRM à la  mécanique d’acier qui engloutit le corps, et le regard plus ou moins effaré de la fille. La dialectique Vie et Mort s’inscrira dans le conflit Mère/Fille.

Mais qui est cette "mère incroyable" ? (ainsi la qualifie le journaliste avec lequel elle entame une relation…) c’est Silvia, la fille aînée de Léti (diminutif de Leticia) .  Mère, elle s’occupe seule de son fils (l’identité du père sera le prétexte à une scène pour le moins étrange…) ; avocate, elle refuse de cautionner la malhonnêteté du chef du département des Travaux Publics et démissionne; fille aimante, elle assure de sa présence bienveillante, pleine de sollicitude, une mère qui va mourir…une mère à la forte personnalité qui l’accable souvent de ses remarques fielleuses ou de griefs assassins (sur sa relation amoureuse entre autres…) 

(à noter que le titre originel mettait en avant la fonction d’avocate ; la traduction française insisterait-elle sur la filiation ? Sur l’exemplarité ?)

 

Le cinéaste a opté pour une forme de réalisme naturaliste dans l’enchevêtrement de fils narratifs qui illustreront les trois "composantes" de son personnage éponyme. Tout en faisant la part belle (un peu trop) au  "réalisme" : il s’inspire de son vécu, il fait jouer sa propre mère pour interpréter Leti; il n’’épargne rien au spectateur -chimio et les effets secondaires dont l’alopécie, toux crachats, visage décharné au teint gris, comme autant d’effets d’insistance pour rendre palpable la présence de la mort??)

Certes des pointes d’humour et la présence solaire du gamin évitent au film de sombrer dans le piège (si tentant) du mélo et l’on devine de bout en bout l’empathie de Franco Lolli pour ces femmes qui assument leurs choix !

 

Un film qui vaut surtout pour le jeu de l’actrice Carolina Sanin.

Un jeu sobre alors que souterrain, gronde l’orage (il éclate parfois au grand jour…) ; émotion contenue (rarement explosive), tristesse latente (que l'on devine dans un regard)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 06:24

 De Anthony Chen (Singapour)

Avec Yann Yann Yeo, Christopher Ming-Shun Lee,  Koh Jia Ler 

 

Des trombes d’eau s’abattent sur Singapour. C’est la mousson. Les nuages s’amoncellent aussi dans le cœur de Ling, professeur de chinois dans un lycée de garçons. Sa vie professionnelle est peu épanouissante et son mari, avec qui elle tente depuis plusieurs années d’avoir un enfant, de plus en plus fuyant. Une amitié inattendue avec l’un de ses élèves va briser sa solitude et l’aider à prendre sa vie en main.

Wet Season

C’est un film tout en nuances subtiles où pudeur et délicatesse évitent le mélo, le pathos.

C’est que la caméra est toujours à la "bonne" distance : elle sait être proche sans être inquisitrice ou plus en retrait mais avec élégance 

C'est que les "mini scènes" qui se succèdent - où se reproduisent des gestes identiques -  sont moins des "saynettes" que des "fragments" -avec rarement des débuts et des fins- et vus sous des angles différents

La répétition n'est pas pure mécanique. Car plus le personnage ou un épisode se rejouent  (Ling chez elle prenant soin de son beau-père hémiplégique, Ling professeur au lycée face à une classe entière ou en tête-à-tête avec son élève pour un cours de rattrapage, Ling au volant de sa voiture, Ling s'administrant des injections) plus -et cela mérite d'être souligné- s'impose une singularité. Celle d'une femme en mal d'enfant, délaissée par son mari, et comme "étrangère" dans la ville. Professeur elle enseigne le chinois à des jeunes qui préfèrent l'anglais -la langue des affaires- ; femme au foyer elle illustre en l’incarnant -du moins le temps de cette « wet season » - une tradition qui règle la stricte répartition des tâches, et le dogme de la sacro-sainte lignée.

Car le film est aussi l’histoire d’une émancipation

Filmés de face, seuls, assis, dans la salle de classe, Ling et son élève Wei Lun dégustent un durian ; ce fruit interdit dans les transports publics à cause de son odeur, ne devient-il pas la métaphore de la transgression ?

Étreinte prolongée sous la pluie (ce sera ma première rupture), les larmes du professeur et de son élève se mêlent aux sanglots de la pluie; le cadre d’abord resserré -comme sont enserrés "amoureusement" les deux corps- s’élargit  pour faire entrer la présence bleutée des gratte-ciel de la mégapole….(cf l’affiche)

Choix chromatiques en harmonie avec cette saison des pluies, condensation (dans ses sens propre et figuré); absence de musique ce qui évite un surlignage émotionnel  (seul le ruissellement de la pluie qui martèle ou s'abat avec fracas va scander le parcours de Ling);   absence de très gros plans (significative d’une distance maintenue vis-à-vis du personnage comme du spectateur),  dialogues minimalistes, tout concourt à faire de « west season » un film où l’intime -même le plus cru- évite la trivialité, où les non-dits et les ellipses servent de ponctuations, où sur la toile de fond s'inscrit une critique sociale(la société singapourienne et sa loi du profit coûte que coûte)

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 09:27

du 3 au 8 mars 2020

 

LIEUX

 

Cinéma Omnia Rue de la République Rouen

 

Kinepolis centre commercial Saint Sever Rouen

 

Auditorium du Musée des Beaux-Arts de Rouen 26 bis rue Lecanuet Rouen

 

Café de l’Epoque 43 rue Armand Carrel Rouen

 

 

Dieppe Scène nationale Quai Bérigny Dieppe

 

Cinéma les Ecrans Gournay en Braye

 

 

XVème Festival du film d'Europe centrale et orientale

Film d'ouverture

La Communion (Corpus Christi) de Jan Komasa (Pologne)

 

mardi 3 mars 20h30

 

Omnia

 

 

Film de clôture

Sister de Vetla Tsotsorkova (Bulgarie)

 

dimanche 8 mars 19h

 

Kinepolis

 

 

 

Programme:

 

https://www.calameo.com/books/005830123bd24f83e5bd9

 

 

7 FILMS SÉLECTION COMPÉTITIVE

4 FILMS D’EST EN OUEST

FOCUS CINÉMA PUNK

LAB’EST PUNK

SÉLECTION FESTIVAL EURYDICE

RÉTROSPECTIVE MILOS FORMAN  7 FILMS

 

www.francealestfestival.com

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 08:11

D' Alejandro Amenabar (Espagne) 

Avec Karra Elejalde (Miguel de Unamuno) Eduard Fernandez (José Millan Astray) Santi Prego (Francisco Franco)

Espagne, été 1936. Le célèbre écrivain Miguel de Unamuno décide de soutenir publiquement la rébellion militaire avec la conviction qu'elle va rétablir l’ordre. Pendant ce temps, fort de ses succès militaires, le général Francisco Franco prend les rênes de l’insurrection. Alors que les incarcérations d’opposants se multiplient, Miguel de Unamuno se rend compte que l’ascension de Franco au pouvoir est devenue inéluctable...

Lettre à Franco

Sauver la civilisation occidentale chrétienne cette formule que Franco empruntera à Miguel de Unamuno (1864-1936) serait un des arguments de ce poète philosophe en faveur du nationalisme et de l’armée espagnole (le poète a d’ailleurs donné 5000 pesetas pour défendre cette "cause").

Prise de pouvoir par Franco et simultanément aveuglement (?) de certains intellectuels -dont Miguel de Unamuno -avant son revirement lors de la fête de la Race dans un « fameux » discours-,   telle est bien la double dynamique de ce film.

Tout en sachant que -de l’aveu même du réalisateur- Lettre à Franco "parle autant du passé que du présent face à la montée des mouvements fascistes en Europe" 

Intentions plus que louables!

 

Mais le « traitement » de cet épisode (été 1936) est à la fois didactique et académique (avec le risque inhérent : provoquer l’ennui) ; la reconstitution très appliquée est certes solide  et  minutieuse (décors, costumes, personnages ayant réellement existé; documentation) mais elle pèche par un classicisme désuet, pour ne pas dire « pompeux » quand elle ne verse pas dans une forme de mélo (relations de Miguel de Unamuno avec sa fille, son petit-fils ; récurrence de ce plan lumineux sur sa jeunesse heureuse) et pire ! dans une forme d’opérette (acteurs grimés ressemblant aux personnages réels, texture lisse de l’image)

Et même les fluctuations et contradictions idéologiques du personnage sont souvent escamotées derrière des « coups de gueule » assez complaisants

 

On retiendra du discours prononcé par Miguel de Unamuno le 12 octobre 1936 « vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas »,  alors que l’assistance -une vague brune- se lève au cri de  « vive la mort »

On connaît la suite….

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 06:37

de Hlynur Palmason

avec Ingvar Eggert Sigurôsson, Ida Mekkin Hlynsdöttir, Hilmir Snaer Guönason

 

 

Présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2019  ce film  a obtenu le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation.

 

Dans une petite ville perdue d’Islande, un commissaire de police en congé soupçonne un homme du coin d’avoir eu une aventure avec sa femme récemment décédée dans un accident de voiture. Sa recherche de la vérité tourne à l’obsession. Celle-ci s’intensifie et le mène inévitablement à se mettre en danger, lui et ses proches. 

Un jour si blanc

Quand tout est si blanc qu’on ne peut faire la différence entre la terre et le ciel, les morts peuvent nous parler à nous qui sommes vivants  (proverbe local cité en exergue)

 

Et il est vrai qu’une atmosphère étrange quasi fantomatique -qui rappelle Winter brothers -enveloppera le prologue : cette voiture noire que nous suivons dans une brume épaisse avant sa chute dans le vide!!

Puis une succession de plans fixes sur une masure vue de loin où les variations de lumière et de couleurs évoquent le passage des saisons semble faire écho au temps du deuil. Dès l’instant où des engins s’activent pour transformer cette masure en maison d’habitation avec de grandes baies vitrées (comme si le paysage extérieur devenait l’hôte privilégié) on serait en droit de penser qu’Ingimundur -le veuf, taciturne commissaire- lui aussi se "reconstruit". Mais un carton contenant des documents révélateurs de l’infidélité de son épouse disparue, agit comme un détonateur (ce qu’accentue la bande son). Assoiffé de vengeance ce père homme policier (identité qu’il décline auprès de son psy) entreprend une enquête, débusque le "coupable" le piste, et irait même jusqu’à le tuer (justice immanente, symptôme d’une paranoïa) Et la relation avec sa petite-fille Salka -qu’il adore- en est contaminée….avant une forme de « sursaut » final

 

Certes le réalisateur (plasticien de formation) soigne les ambiances répartit les lumières (avec une tendance prononcée pour une monochronie cotonneuse bleutée). Certes ce qu’il intègre dans les paysages rudes et austères – les objets métonymies de l’accident – a de toute évidence une fonction sinon symbolique du moins métaphorique de même qu'à un moment la traversée d'un tunnel ferait écho à une "nuit" intérieure.

Un univers singulier, une prestation exemplaire (l'acteur a d'ailleurs été récompensé) 

Mais l’insistance, à coups de zooms, de très gros plans, de travellings latéraux, les crissements et grincements de la bande-son, les cris prolongés de douleur (et...de délivrance) une certaine rigidité dans l’approche psychologique, tout cela empêche l’adhésion totale du spectateur (à l’inverse de Winter Brothers) !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 09:41

de Stéphane Demoustier

avec  Melissa Guers,  Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Anaïs Demoustier,  Annie Mercier 

Bruno et Céline voient leur vie de famille basculer lorsque Lise, leur fille de 17 ans, est accusée du meurtre de son amie Flora. Deux ans après le crime, Lise vit avec un bracelet électronique, en compagnie de ses parents et de son petit frère, Jules. Alors que le procès approche, la vie de Bruno ne tourne qu'autour de ces quelques jours au cours desquels il sait que le destin de sa fille va se jouer, au beau milieu d'une cour d'assises.

La fille au bracelet

Au tout début, une scène en bord de mer, filmée en plan large. Nous n’entendrons pas les paroles échangées entre les protagonistes (père mère et  deux enfants) . Arrivée de policiers, (une brisure dans un univers apollinien?)  "embarquement" de la jeune fille qui, docile, prend juste le temps d’enfiler un tee-shirt... Or précisément l’indifférence de Lise lors de son "arrestation" - car elle est soupçonnée d’avoir tué sa meilleure amie-  sera "utilisée"  par l’avocate générale comme  "élément à charge" ,"preuve" indubitable  de culpabilité … 

Ainsi dès le début le ton est donné, celui de l’impassibilité. Et la jeune Melissa Guers dont c’est le premier rôle parvient par un regard, un silence, une moue, une réponse inattendue -car elle heurte tout simplement le bon sens ou s’inscrit en faux contre les convenances- ou des réponses laconiques réduites à des monosyllabes, à rendre palpable cette  "impassibilité" lors de son procès. Convaincue de son innocence, imperturbable, elle donne l’impression d’être extérieure à ce "théâtre" des apparences,. Le spectateur va découvrir en même temps que les jurés, -et les parents d’ailleurs-, certains aspects de sa personnalité - ou du moins des zones d’ombre que des vidéos (ah ces vidéos compromettantes qui circulent sur les réseaux sociaux…) vont "éclairer "

 

Le cinéaste affirme avoir voulu  "que l’enjeu intime supplante l’enjeu judiciaire" . Et de fait La fille au bracelet  est moins un film de  "procès" , une quête de la "vérité" , où triomphera ou non l’intime conviction -face au manque de preuves irréfutables ou à l’incongruité de certaines-, qu’un questionnement sur l’incommunicabilité entre parents et enfants, sur l’incompréhension des aînés, sur les arcanes du monde des adolescents.  Ce que l’avocate de la défense (Annie Mercier) exprimera dans sa plaidoirie en une suite accumulative d’interrogations dites  "oratoires" (que savons-nous de  ces adolescents, que savons-nous de leurs blessures, de leur rapport à leur corps...etc...)

 

Certes, les séquences à huis clos frappent par une mise en scène impeccable - cadrages, plans fixes ou légers mouvements de caméra, refus du pathos des morceaux de bravoure et des effets de manche, jeu symbolique de la grille/séparation, lenteur calculée des prises de paroles (hormis celle de l’avocate générale très -trop- fougueuse), précision méthodique qui va de pair avec une froideur clinique parfois glaçante

Mais hors tribunal, le film  "confine dans une suggestion psychologique pesante et sans risque" (Libération). En témoigne le  "rôle"  dévolu aux parents -même si des plans rapprochés sur le visage du père (Roschdy Zem) ou les interventions de la mère (Chiara Mastroianni) tentent de "sonder" l’inquiétude...(celle ...de parents...on ne change pas de point de vue...)

 

Est-ce à cause de ce décalage (certainement délibéré) que le film ne convainc pas ?

 

C’est du moins  mon  "intime conviction"...;

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 13:23

Nina et Madeleine sont profondément amoureuses l’une de l’autre. Aux yeux de tous, elles ne sont que de simples voisines vivant au dernier étage de leur immeuble. Au quotidien, elles vont et viennent entre leurs deux appartements et partagent leurs vies ensemble. Personne ne les connaît vraiment, pas même Anne, la fille attentionnée de Madeleine. Jusqu’au jour où un événement tragique fait tout basculer…

Deux

Une histoire d’amour entre deux femmes assez âgées et de surcroît un problème d’AVC vous imaginez que le financement n’a pas été facile et les avances sur recettes ne suffisaient pas... ainsi s’exprimait le producteur lors de l’avant première hier soir (10/02) à l’Omnia en présence du réalisateur et de Barbara Sukowa

Pour mettre en scène l’histoire de Deux, je fus inspiré par ce que m’a raconté un ami concernant deux femmes âgées vivant au-dessus de chez lui ; elles laissaient toujours leur porte ouverte...à partir de cette anecdote le film a germé dans mon esprit. Cela dit l’histoire de Deux est complètement inventée (propos du réalisateur)

Extérieurs tournés à  Montpellier et Sommières; intérieurs en studios au Luxembourg

 

Filippo Meneghetti dont c’est le premier long métrage a eu recours au scope (une gageure quand le thème est celui de l’intime et que le décor essentiel est celui d’intérieurs…) ; il a délibérément refusé les profondeurs de champ (ou alors c’est flouté) ainsi qu’au montage, le banal champ contre champ ; tout cela afin de créer comme une distance qui s’harmonise d’ailleurs avec la retenue du scénario.

Car  ce film (hormis quelques mini-séquences où la violence contenue s’en vient à exacerber les relations) est empreint de délicatesse, de subtiles nuances, de non-dits et de silences que les deux actrices – personnages si différents, dans leur parcours respectif- incarnent avec une élégante  majesté

 

Deux, le titre sera décliné dans sa double acception de gémellité et dualité. Les deux gamines qui jouent à cache cache (scène d’ouverture assez troublante car elle repose sur le drame d’une disparition jamais élucidé-e).Les deux femmes aimées aimantes (dont les visages face à face envahissent l’affiche) les deux appartements (identiques et si différents et qui deviennent des personnages à part entière) les deux enfants de Madeleine (d’abord distants et qui se coaliseront dans la désapprobation). À tout cela s’ajoutent les effets de miroir à la fois reflets et hostilités.

 

Refus du pathos. Intrusion de l’étrange (à un moment Nina mue par la force irrésistible de son amour passe "à travers" les murs de séparation;  récurrence de la scène d’une noyade(?)- flash back? hantise?). Mais aussi des  effets comiques (la fugue par exemple au nez et à la barbe de tous..ou encore le rôle de l’infirmière à domicile, aux yeux globuleux...) . La fougue adolescente de Nina à la recherche de son Amour!  Et  la scène finale où les  corps enlacés dansent  sur la  musique de La Terra  dans un appartement dévasté..., célébrant la reconquête, après l'adversité ! Tout cela fait qu'on oubliera les procédés d'insistance - ces gros plans et zooms à répétition, le passage récurrent de ces corbeaux annonciateurs de  ...malheurs(?) les tremblés des feuilles gorgées de soleil et de couleurs 

 

Un film sur l’homosexualité ? Certes.

Mais surtout sur l’amour et le regard de l’Autre 

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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