22 mars 2024 5 22 /03 /mars /2024 09:29

Film documentaire réalisé par  Christine Angot (2023)

L’écrivaine Christine Angot est invitée pour des raisons professionnelles à Strasbourg, où son père a vécu jusqu’à sa mort en 1999. C’est la ville où elle l’a rencontré pour la première fois à treize ans, et où il a commencé à la violer. Sa femme et ses enfants y vivent toujours. Angot prend une caméra, et frappe aux portes de la famille

 

Une famille

Papa !

C’est un des premiers mots de ce documentaire, bouleversant. C’est le cri de joie de Léonore fille de Christine Angot et de Claude ;  un bout de chou filmé en 1993, portant une baguette de pain …

Papa ! un mot que jamais n’aura pu prononcer la mère…

 

Léonore  gamine ouvre le film, Léonore adulte habite la dernière séquence 

Le film qui mêle ainsi présent (les interviews)  et passé (extraits de vidéos commentés en voix off souvent) obéit en outre au « concept » du « double », tant sont évidentes les mises en parallèle : Christine, devenue mère, et sa propre mère, sa mère et sa belle-mère, ses deux compagnons Claude et Charly, Léonore sa fille et images de Christine adolescente, ses deux cheffes opératrices, tout comme Une famille est le  "prolongement"   de Un voyage dans l’est

 

Les extraits de films  (famille insouciante et heureuse) jouent le rôle de pauses, de virgules certes mais surtout par leur confrontation avec les « interviews » révèlent en creux une réalité dont on ne peut sortir que dévasté voire massacré à vie.

Abandonnée par le père qui ne la reconnaît pas… …Christine sera régulièrement violée…à partir de ses  13 ans

Inceste révélé dans le livre éponyme L'Inceste (1999) ; inceste défini dans "une semaine de vacances." En passant du  mot  à l’image Une famille doit « montrer quelque chose qu’on ne voit jamais » « Comment vous pouvez faire voir quelque chose qui est invisible si vous passez uniquement par les preuves ? Ça, c'est juste pour la crédibilité, les preuves, etc. Là, ça permet de voir comment ça se passe  (ainsi s'exprimait  Christine Angot lors de son passage  à Rouen pour présenter son film jeudi 7 mars) et cela se fera en entrant dans les pièces fermées sur les incestes. A l'instar de la romancière/réalisatrice qui   "force",  en compagnie de ses deux collaboratrices, la porte de l’appartement de sa belle-mère à Strasbourg veuve depuis 1999 ).

 

Car il s’agit bien de confronter les personnes de son entourage (belle-mère, mère, ex-mari, fille). à  leur  façon d'avoir appréhendé  les traumatismes qui l'ont marquée  dans son être tout entier, quand sa  parole a été bafouée, dénigrée, frappée de suspicion. Certaines confrontations sont agressives,   tant est patente la ténacité de Christine Angot, tant peut sembler terrifiante sa radicalité. Mais où est la violence ? dans ce pied qui entrave, pour forcer une porte,  ou dans le silence des autres?  silence qu’on lui a imposé durant des décennies ?

 

Une déchirure et une sensibilité à fleur de peau (répondant à une question sur la séquence télévisée -dont le documentaire propose des extraits-,  et  où avec dignité elle avait quitté le plateau de Thierry Ardisson et les quolibets de Laurent Baffie, elle avoue sans fard « s’être effondrée dans la loge » )

Une voix qui touche aux larmes 

 

A voir!

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0

commentaires

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche