5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 13:36

de Cédric Klapisch (2022)

avec Marion Barbeau, François Civil, Hofesh Shech­ter, Mehdi Baki, Pio Marmaï, Muriel Robin…

 

Musique : Hofesh Shechter, Thomas Bangalter

 

Elise, 26 ans est une grande danseuse classique. Elle se blesse pendant un spectacle et apprend qu’elle ne pourra plus danser. Dès lors sa vie va être bouleversée, Elise va devoir apprendre à se réparer… Entre Paris et la Bretagne, au gré des rencontres et des expériences, des déceptions et des espoirs, Elise va se rapprocher d’une compagnie de danse contemporaine. Cette nouvelle façon de danser va lui permettre de retrouver un nouvel élan et aussi une nouvelle façon de vivre.

En corps

Le prologue nous immerge dans les coulisses de l’Opéra de Paris ( ce qui se "trame" juste avant le spectacle la Bayadère. ?)   Voici Cédric Klapisch en régisseur. Voici les danseurs qui "répètent" s'entraînent. Et  des coulisses à la scène, ce rideau épais, marqueur et symbole. Dans  les coulisses, une « découverte » traumatisante, la trahison amoureuse. Puis délaissant le réel (le trauma de l’infidélité) voici sur scène le « spectacle » mais  où « le réel » va reprendre ses droits.... Ce prologue assez long, fait d’allers et retours -entre le "vécu" des "artistes" et le spectacle censé transcender les contingences-, semble « encoder le film »  : à la double chute sentimentale et physique, un « double » sursaut salutaire ?  Et voici un générique plutôt « punk-rock » -en discordance totale avec le protocole de l’Opéra- et ce flottement où le rouge du rideau s’éploie en vagues à la fois submersives et subversives. Ralentis, déformation, décalage entre la musique et la danse ; on pourra être  séduit par ces « audaces » formelles! 

 

Fondée sur le principe de la « résilience », l’histoire de cette danseuse - doublement « blessée », condamnée peut-être à ne plus exercer son « métier », mais qui,  par un heureux concours de « circonstances » (le kiné adepte de médecines parallèles, la rencontre avec le chorégraphe israélien et la découverte de la danse contemporaine, les efforts conjugués de proches, un nouvel environnement, une famille de substitution)  et grâce à sa pugnacité, renaît progressivement à la vie à l’amour à la danse, est avouons-le,  une intrigue assez convenue

Et… truffée de clichés (cf les conseils /aphorismes de Josiane -Muriel Robin, les parallèles qui se suivent à un rythme de plus en plus rapide entre la préparation culinaire et les répétitions sous la houlette de Hofesh Schechter, les poncifs amoureux) auxquels on peut ajouter des éléments de « sous-intrigue » (réconciliation avec le père (Denis Podalydès), les flash-back  sur la mère disparue, la déception amoureuse du kinésithérapeute Yann (François Civil)

Et même ce mouvement inversé : de la mort à la vie (dans la nouvelle troupe Elise doit jouer un corps de femme morte alors que dans les ballets classiques elle interprétait des femmes allant vers la mort) est assurément trop appuyé

 

En revanche,  les scènes consacrées à la danse (classique, contemporaine, hip hop) frappent par leur énergie, leur fluidité. C’est dans leur élan oblatif que tous ces danseurs (pieds amarrés au sol ou pointes éthérées, corps désarticulés) communiquent une fureur, celle de Vivre.

 

Oui quand la « danse » est la vraie star , « en corps » est un film qui emporte l’adhésion

 

Non le tutu n’est pas cucul

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 09:25

de Diastème (2021)

 

avec Léa Drucker, Denis Podalydès, Alban Lenoir, Benjamin Biolay

Elisabeth de Raincy, Présidente de la République, a choisi de se retirer de la vie politique. À trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, elle apprend par son Secrétaire Général, Franck L'Herbier, qu'un scandale venant de l'étranger va éclabousser son successeur désigné et donner la victoire au candidat d'extrême-droite. Ils ont trois jours pour changer le cours de l'Histoire.

 

Le monde d'hier

 

Quand bien même le réalisateur affirme ne pas "reproduire" une situation bien connue du public, trop de similitudes (maladie de la présidente, suicide d’un collaborateur, querelles intestines, corruption en haut lieu, complot russe et surtout montée de l’extrême droite), l’étroite collaboration avec les deux journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet (qui ont côtoyé Sarkozy et Hollande) la sortie du film quelques jours avant le 10 avril, ne laissent aucun doute:  ce ne peut être pur hasard !

Mais  le monde d'hier n’est pas pour autant un film à clé…

 

Le cinéaste ne cesse d’alerter sur la montée de l’extrême droite et en mêlant plus ou moins habilement thriller politique et histoire d’amour, en structurant son propos de façon très théâtrale (3 jours, un lieu de prédilection:  les lambris d'un palais présidentiel, dialogues stylisés) dans une ambiance crépusculaire, il en illustre la fatale victoire….à moins qu’au moment ultime, on puisse  "enrayer le  pire"  En d’autres termes le film pose la question « légitime » « tous les moyens seraient-ils bons pour empêcher de donner le pouvoir à l’extrême droite ? La fin justifie-t-elle les moyens ?

 

Ainsi naît une « tension » (propre au thriller) qu’accentuent ces marches répétées dans les couloirs, la montée des escaliers, les gros plans sur les visages et leurs regards scrutateurs, et surtout les non-dits, les ellipses ou l’implicite.

 

Un monde se meurt, le monde d’hier (la référence à Stefan Zweig apparaîtra dans le générique de fin)

 

Et pourtant ce film ne convainc pas…

Certes les deux acteurs principaux Léa Drucker en présidente de fin de règne qui assume ses échecs et en mère courage ainsi que Podalydès en secrétaire général dévoué - personnage le plus puissant dans notre République- sont d’excellents interprètes. Masse inerte, Benjamin Biolay est à peine crédible en premier ministre désabusé et le garde du corps (Alban Lenoir)  -taciturne forcément taciturne- est souvent réduit à une caricature

Le plus déroutant toutefois n’est pas dans le jeu inégal des interprétations. Alors que nous sommes censés pénétrer dans les arcanes du pouvoir (les fameuses coulisses) et qu’un questionnement essentiel sur les chances de survie de la démocratie s’impose, Diastème semble survoler et parfois même prendre un plaisir malsain à évoquer des « incartades » (mélo)dramatiques (la présidente invite le député d’extrême droite à entrer dans le saint des saints, l’espace Jupiter haut lieu de la Défense,  pour lui signifier avec arrogance …qu’il n’y accédera jamais; la présidente en proie à un malaise, est filmée allongée sur l’herbe puis dans les bras du garde du corps à la manière de David Hamilton, le baiser volé dans l’embrasure de la porte, qui précède le saut fatal dans le Vide)° et que dire de ce coup de téléphone « magique » à l’homologue allemand  Heinrich qui va  "céder" sur une mesure écolo pour « contrecarrer » les USA? de cette musique illustrative et souvent boursouflée de Valentine Duteil ? de la diatribe contre « une internationale fasciste » ?on pourrait multiplier les exemples !!!

 

Condamnant l’extrême droite, le réalisateur rend   "humaine" voire "sympathique" - elle reconnaît d’ailleurs avoir « merdé » - une classe politique  "républicaine" hors sol, et partant ne se fait-il pas le chantre du "pouvoir en place"???

 

 « à voir à la rigueur »

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Bien vu dans l'ensemble Colette, et je me suis demandé après la lecture de ta critique pertinente pourquoi j'avais tout de même passé un bon moment sans m'énerver....? justement parce que ces gens "d'en haut" sont montrés pour ce qu'ils sont : terriblement ordinaires, démystifiés de leur superbe, et on se dit, en tant qu électeur moyen, qu'il faut être toujours critique avec ceux et celles qu'on élit, que la méfiance et le doute devraient être les deux mamelles d'un vote citoyen responsable. Et surtout, ne pas les laisser s'installer plus d'un mandat. Le goût du pouvoir est diaboliquement nuisible à la bonne santé d'une république.
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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 06:37

de Kiro Russo (Bolivie, France, Qatar, Suisse 2021)

avec  Julio César Ticona, Max Bautista Uchasara, Fransisca Arce de Aro, Israel Hurtado, Gustavo Milàn Ticona

 

 

Prix spécial du jury Orizzonti Mostra de Venise 2021

Meilleur réalisateur meilleure photographie Festival du film d'auteur de Belgrade

meilleur réalisateur Bosphorus Film Festival 

Le grand mouvement

 

Exploitant toutes les possibilités,  toutes les  ressources de l’art cinématographique,  Kiro Russo crée une œuvre « unique » et stupéfiante. Certains spectateurs déboussolés ou réfractaires y verront peut-être un exercice de cinéma expérimental dont ils fustigeront la vacuité d’autres s’interrogeront sur l’apparente absence d’un fil directeur (sic)

Si l’on se fie aux propos du réalisateur (cf dépliant Gncr) le grand mouvement serait une recherche. Le cinéma est pour moi une recherche constante, esthétique et politique. Le grand mouvement est quelque chose d’organique mais qui implique le cinéma en tant que langage

Le long prologue en serait la parfaite illustration. Le cinéaste varie les positions de la caméra joue avec les « échelles » les raccords les angles de vue les couleurs mais aussi les «sons » (musique Apertura de Miguel Llanque et cacophonies du trafic urbain) Vue aérienne sur la ville de la Paz capitale de la Bolivie juchée à plus de 3000m d’altitude, puis zoom sur la compacité verticale et géométrique des immeubles et leurs façades géantes. Une ville apparemment inhumaine, une ville dédaléenne ; une ville grouillante (des vues en plongée sur les embouteillages) aux multiples enchevêtrements -câbles entrelacés, fils électriques des télécabines reliant la ville à la montagne- aux jeux d’anamorphoses (dues aux miroirs déformants). La ville « comme organisme vivant et indépendant »

Mais… Elle va être réduite en poussière !!! (c’est ce que prédit à plusieurs reprises Max le « sorcier-ermite »)

Avec l’entrée en scène  d’Elder le film s’oriente(rait) vers une fiction politique.

Atteint de silicose, condamné à périr, il incarne une classe ouvrière surexploitée (cf ces gros plans sur les visages des manifestants et leurs bouches éructant Mineur dans le sang, cœur de combattant)

Le mouvement de masse va se conjuguer aux mouvements individuels.  Elder, très affaibli, est comme "porté"  par ses camarades alors que simultanément le  "marcheur"  Max non seulement arpente les rues ou ruelles mais investit un espace inconnu (des abris sous terre, une escalade aux sommets). Avec ses allures de pèlerin encapuchonné il jouerait le rôle de samaritain, de chamane ou de "pythie". C’est lui qui "insufflera"  la vie dans le corps moribond d’Elder. De même la présence récurrente d’un chien blanc dans la noire vastitude ou les changements de rythme à partir d’hallucinations sont comme une échappée vers le fantastique.

Mais le cinéaste lie étroitement TOUS les aspects qui s’imposent aux yeux éberlués du spectateur, en une exploration visuelle et sonore (les visages deviennent des paysages, les habitants et employés du marché coloré sont les danseurs d’une nouvelle chorégraphie urbaine alors que les montagnes austères sont devenues des cathédrales et la critique de l’exploitation de l’homme réduit à l’esclavage alors qu’il exerce un travail de titan n’en est que plus féroce) Forces telluriques chtoniennes et apolliniennes se conjuguent dans cette dénonciation. A un moment le rythme accéléré des dispositifs de la mine (découpage, tapis roulant) et le raccord avec le hachoir à viande (filmé en très gros plan) sont comme la parabole du "broyage" de l’humain (séquences revisitées d’ailleurs par Elder en état de choc cérébral)

 

Le grand mouvement un film à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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27 mars 2022 7 27 /03 /mars /2022 06:44

de Kenneth Branagh (Grande Bretagne 2021)

avec Jude Hill Jamie Dornan, Caitriona Balfe, Ciarán Hinds, Judi Dench

 

Irlande Été 1969 : Buddy, 9 ans, sait parfaitement qui il est et à quel monde il appartient, celui de la classe ouvrière des quartiers nord de Belfast où il vit heureux, choyé et en sécurité. Mais vers la fin des années 60, alors que le premier homme pose le pied sur la Lune et que la chaleur du mois d’août se fait encore sentir, les rêves d’enfant de Buddy virent au cauchemar. La grogne sociale latente se transforme soudain en violence dans les rues du quartier. Buddy découvre le chaos et l’hystérie, un nouveau paysage urbain fait de barrières et de contrôles, et peuplé de bons et de méchants.

Belfast

Une vue aérienne en couleurs sur la ville de Belfast aujourd'hui  (en écho lui répondra le plan final) Ainsi s’ouvre le film de Kenneth Branagh. Mais ces premières photos censées mettre en valeur l’aspect cinégénique de la ville, l’enferment plutôt dans des images-clichés pour touristes !!! et d’emblée elles peuvent mettre mal à l’aise certains spectateurs….

Puis passage au noir et blanc ; la couleur «NB » du flash back serait-elle forcément celle du passé ? alors que des extraits de films – de l’époque- sur petit écran sont restitués en couleurs ???

Eté 1969. Voici Buddy enfant (le double de Kenneth Branagh?) au sein d’une famille aimante (parents et grands-parents pleins de sollicitude) et parmi des camarades d’école ou de jeux. Lui qui "joue" à la « guerre » -contre les dragons- armé d’un écu de pacotille n’a d’yeux que pour la belle Catherine et leur différence de religion (lui, protestant, elle, catholique)- n’a  aucune incidence sur « le cours des choses ». Un univers quasi édénique !! Et soudain la violence !!! Celle des affrontements entre catholiques et protestants.- qui veulent « dégager » les premiers de leur quartier. Un embrasement incompréhensible pour  Buddy; hébété il  s’en évade par des "images" celles des salles de spectacle celles du petit écran (émerveillé il découvre entre autres les « classiques » de la production hollywoodienne et les "stars" John Wayne, Gary Cooper,  Raquel Welch)

 

Une  plongée dans l’enfance -comme dans Hope and Glory de John Boorman-,  un retour aux  "sources"  de la "création"? -découvrir le  cinéaste qu’il sera ? ou du moins  montrer comment cette  période trouble, tragique aura joué le rôle de creuset, de gestation (initiation aux comics, à Shakespeare grâce à la grand-mère) pour l’œuvre à venir.?  Peut-être. Mais si tel est le cas avouons que chez Kenneth Branagh (à l'opposé de Boorman)  tout semble « faux » « artificiel » Ici on pourrait énumérer des « dysfonctionnements » en dresser le catalogue (de l’utilisation du noir et blanc jusqu’au simplisme censé définir tel ou tel personnage en passant par le choix d’une succession de « vignettes » que lustrerait ce fameux temps mécanique allié qu’on le veuille ou non au temps intérieur). Contentons-nous de « cerner » le personnage principal, l’enfant, puisque tout est censé être filmé de son point de vue (pour la vraisemblance). Non pas à travers mais par ses yeux (d’où l’abondance des plongées et contre plongées). Or ce qui choque c’est moins l'absence de  questionnement sur les « troubles » (euphémisme) -questionner et contextualiser seraient l’apanage des adultes- que le manque d’imagination, de folie, à tel point que Belfast sue la mièvrerie le formatage bien propret (celui qui colle à Buddy et partant, à la plupart des autres personnages)

 

Mais si le dilemme « partir/ rester» est la thématique essentielle,  alors oui le questionnement est plus recevable. Le père protestant amené à travailler en Angleterre est souvent absent-. Pacifiste, il refuse de participer aux « émeutes » de ses coreligionnaires, de s’enrôler chez les orangistes et devient de facto une cible (par ricochet les siens sont inévitablement visés). Le choix sera douloureux mais c’est celui de la « survie « 

 

Le battement vital s’amenuise ou s’amplifie : c’est la leçon de la grand-mère tapie dans l’embrasure d’une porte quand démarre le bus vers un ailleurs !!!

 

Impression  plus que mitigée

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 17:46

de Hélier Cisterne (France 2020)

avec Vincent Lacoste, Vicky Krieps, Jules Langlade, Marc Brunet

 

libre adaptation du roman de Joseph Andras 

Alger, 1956. Fernand Iveton, 30 ans, ouvrier indépendantiste et idéaliste, est arrêté pour avoir déposé une bombe dans un local désaffecté de son usine. Il n’a tué ni blessé personne, mais risque pourtant la peine capitale. La vie d’Hélène, devenue la femme d’un « traître », bascule. Elle refuse d’abandonner Fernand à son sort

De nos frères blessés

Il est des films rares qui savent allier maîtrise parfaite du savoir faire cinématographique avec œuvre de mémoire historico-politique. C'est le cas de l'adaptation réussie par le jeune cinéaste Hélier Cisterne, du beau roman de Joseph Andras.

La réalisation est sobre avec des acteurs qui ne surjouent jamais, à la fois touchants de simplicité et pleins de charme (notamment l'actrice Vicky Krieps au délicieux accent polonais). Ils nous emportent dans une histoire vraie qui s'achève en 1957, grâce à un montage souple, habile, où le flash-back se mêle en permanence au présent.

 

D'emblée le film commence par l'exécution capitale de Fernand Iveton, en 1957 à Alger, condamné par un tribunal militaire à la guillotine,  pour avoir commis un attentat (sans aucune victime) dans un local désaffecté pour protester contre la guerre coloniale que menait la France du président René Coty à ce moment-là. Rappel historique au générique de fin : 142 opposants à l'oppression ont été  guillotinés, 54 exécutions signées par le ministre garde des Sceaux de l'époque : François Mitterrand, malgré les demandes en grâce de nombreuses personnalités intellectuelles et pacifistes .

 

Il est bon qu'un film qui est avant tout une très belle histoire d'amour tragique résonne aussi dans notre présent. Ces gens qui applaudissent au tribunal à l'annonce de la peine, devant la compagne effondrée, ne sont-ils pas les mêmes qui aujourd'hui applaudissent dans les meetings d'extrême droite, les cracheurs de haine et d'anti-progrès ?

 

Saluons dans ce film la reconstitution d'Alger des années 50, les ruelles, la mixité, la cohabitation entre les Français pieds noirs et les Arabes travaillant dans la même usine, le mélange de calme et de répression, la peur, la torture (mais jamais montrée), l'amitié et l'amour. Loin de tout style militant il nous fait vivre de l'intérieur l'héroïque engagement d'un ouvrier Français, qui comme Albert Camus, se sentait aussi Algérien, et défendait la dignité, l'envie d'un bonheur simple dans un monde juste.

 

On sort de la séance estomaqué et plein de questionnements sur cette époque si proche où la France se conduisait comme la Russie d'aujourd'hui.

 

Serge Diaz

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24 mars 2022 4 24 /03 /mars /2022 12:28

premier long métrage d'Omar El Zohairy (France Egypte Pays-Bas Grèce 2021)

avec Demyana Nassar, Samy Bassouny, Fady Mina Fawzy, Abo Sefen Nabil Wesa, Mohamed Abd El Hady 

 

 

Semaine de la critique Cannes 2021 Grand prix Nespresso, Prix FIPRESCI (fédération internationale de la presse cinématographique) 

Journées cinématographiques de Carthage Tanit d'or, Prix du meilleur scénario, Prix de la meilleure actrice 

Festival du film de Turin 2021 prix spécial du jury 

 

Une mère passive, dévouée corps et âme à son mari et ses enfants. Un simple tour de magie tourne mal pendant l'anniversaire de son fils de quatre ans, et c'est une avalanche de catastrophes absurdes et improbables qui s'abat sur la famille. Le magicien transforme son mari, un père autoritaire, en poule. La mère n'a d'autre choix que de sortir de sa réserve et assumer le rôle de cheffe de famille. 

Plumes

 

Le film s’ouvre sur une scène d’immolation (rappel des printemps arabes ? et du soulèvement ?) c’est le prologue! Un no man's land. Extérieur nuit  .

Et ce sera un décor de suie de fumée de noir de crasse qui prévaudra tout au long du film. Un environnement-dépotoir ? C’est bien une image sinistre glauque de l’Egypte qui s’affiche ainsi dès le début. Il en va de même quand nous pénétrons dans un appartement exigu spartiate insalubre -mais où dominent l’ocre et le sépia avec des effets de lumière diffractée et des aplats blancs-; microcosme où s’exerce la domination du « chef » de famille (il donne avec parcimonie à son épouse l’argent nécessaire à l’achat de denrées). Une épouse soumise qui exécute les tâches « ménagères » (lessiver cuisiner) et accomplit son « rôle » de mère éducatrice (3 enfants dont un en très bas âge)

Lors de la fête anniversaire d’un fils, un magicien de seconde zone fait « disparaître » le père…. ( il sera transformé en "poule") …Mais  ce faux(?) magicien est incapable de donner un  "contre sortilège" ! Cette intrusion du  "fantastique"  (surréalisme ?) va accentuer la précarité de la famille.

De personnage subalterne,  la mère devient la "cheffe" . La voici en quête d’argent pour payer le loyer (sous peine d’expulsion) en quête de nourriture, en quête de travail, en quête du  "magicien"  et ….à la recherche de son mari ou du moins d’un remède; alors que l’appartement s’est rétréci  -une chambre étant réservée au volatile, gallinacé  impavide qu'il faut soigner et ..nourrir-

 

Sobriété de la mise en scène, économie des dialogues, présence d’acteurs non professionnels, un point de vue unique -celui de la femme -soumise, regard  baissé, dont le visage ne s’illuminera d’un sourire qu’au final-,  ce premier long métrage de Omar El-Zohairy frappe par son mélange de réalisme -sordide-, de tragique mais aussi de fantastique… loufoque (qui peut évoquer  Roy Andersson)

 

Il faut saluer le travail sur la lumière et la composition des plans -le plus souvent fixes- (certains ressemblent à des natures mortes tout en "reflétant"  l’état d’esprit de la femme). En revanche l’espace sonore peut être saturé (amplification parfois outrancière des cris, vagissements, vrombissements de voitures et camions, heurtoirs ); et certains  très gros plans m’ont paru complaisants (même si nous sommes censés voir le sang, les ecchymoses et blessures sur ce corps de SDF troqué contre la poule, ou encore les crânes à l'abattoir à travers le regard grossissant de la mère)

 

 « Plumes est l’histoire d’une mutation obligatoire, un changement de nos comportements sociaux qui nous concerne tous, pas seulement les habitants de mon pays. Mon histoire peut se dérouler n’importe où et peut arriver à n’importe lequel d’entre nous » (Omar El Zohairy)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 09:44

d'Alain Guiraudie  2020

 

avec Jean-Charles Clichet , Noémie Lvosvsky, Illiès Kadri, Michel Masiero, Doria Tillier, 

Clermont-Ferrand, à la veille de Noël. Un attentat terroriste plonge la ville dans un état de panique. Dans ce climat tragique, Médéric, un jeune homme d’une trentaine d’années, tombe follement amoureux d’Isadora, une prostituée plus âgée. Mais la paranoïa collective va bientôt fragiliser leur nouvelle union.

 

 

 

Viens je t'emmène

 

Viens je t’emmène au rythme de mon jogging incertain de quadra, place de Jaude et la statue de Vercingétorix,  dans ces rues, ruelles, dans cet hôtel de passe Le France, dans mon appartement  ou à l'affût près du pavillon d'Isadora; viens je t'emmène savourer les fragrances de la ville, respirer les odeurs de ce corps fellinien entendre l'explosion l'apothéose au cri primal

 

Viens je t’emmène Ailleurs loin des apparences convenues (est-on immanquablement terroriste quand on est musulman?) dans des coïts ou des cunnilingus inespérés (une prostituée âgée n’en serait-elle pas moins nympho?)  

viens je t’emmène loin des discours convenus (les commentaires télévisés suite à un attentat frappent par leur vacuité) loin des idées reçues (les palabres sur le palier  "résonnent"  comme un conciliabule en haut lieu que rythme une lumière qui ...s’éteint ...à intervalles réguliers)

 

 

Le personnage principal Médéric (admirablement interprété par Jean-Charles Clichet) non seulement est au cœur de cette comédie parfois grinçante, aux allures de vaudeville qui mêle tous les problèmes de notre société (attentat terroriste, prostitution, conflits avec les jeunes des cités, violence conjugale, repli identitaire) mais il incarne avec une fausse distance ou du moins un semblant d'impassibilité (humour  décalé) des problématiques dont il serait peu ou prou -et à son insu- à la fois le fomentateur et la victime (amoureux d’une prostituée, il subit les foudres du mari jaloux ; il accueille un SDF... qu’il suspecte d’être terroriste, etc..)

 

Certes le comique de situation, de répétition, des dialogues peut sembler éculé mais ne s’inscrit-il pas dans cette volonté de  "tordre le cou"  aux faux semblants , aux stéréotypes dans une valse des désenchantements à la redoutable efficacité !!

 

A ce comique par l’absurde on peut bien évidemment préférer l’inconnu du lac L'inconnu du lac - Le blog de cinexpressions ou rester vertical Rester Vertical - Le blog de cinexpressions

 

Mais viens je t’emmène n’en reste pas moins une œuvre troublante dérangeante (explorer radiographier nos angoisses avec burlesque), et ….jubilatoire !

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 17:35

Documentaire d'Emmanuel Gras (2021)

En octobre 2018, le gouvernement Macron décrète l’augmentation d’une taxe sur le prix du carburant. Cette mesure soulève une vague de protestations dans toute la France. Des citoyens se mobilisent dans tout le pays : c’est le début du mouvement des Gilets jaunes. À Chartres, un groupe d’hommes et de femmes se rassemble quotidiennement. Parmi eux, Agnès, Benoît, Nathalie et Allan s’engagent à corps perdu dans la lutte collective. Comme tout un peuple, ils découvrent qu’ils ont une voix à faire entendre.

 

Un Peuple

La maison près des HLM a fait place à l’usine et au supermarché. Les arbres ont disparu, mais ça sent l’hydrogène sulfuré, l’essence, la guerre, la société... »

C’est sur cette chanson de Nino Ferrer que s’ouvre le film (tout un symbole! et la thématique annoncée  de la mise en périphérie aux sens propre et figuré) …alors que nous découvrons en surplomb la cathédrale de Chartres et par des travellings latéraux un quartier pavillonnaire, des HLM, des zones industrielles avant qu’une vue aérienne ne fige l’hypermarché : ce « carrefour » de la « voiture » de l’essence, du coût du carburant…déclencheur de la révolte en 2018 (à noter que la figure circulaire, le carrefour, le rond-point reviendra en leitmotiv, parée de significations différentes selon qu’elle est déserte, habitée par des humains cf l'affiche ou des « voitures »)

 

Cette « entrée en matière » donne l’impression d’un paysage apparemment sans âme

C’est alors que s’embrase la Vie. Oui celle de ces être soudés par leur soif de justice, leur volonté d’en découdre avec un système qui ne cesse de les précariser. Celle de ceux qu’on appellera « les gilets jaunes »

Emmanuel Gras va à leur rencontre et les suivra durant six mois Un carton nous avait avertis dès le début (le film ne « raconte pas les gilets jaunes mais un groupe qui a pris racine près de Chartes).

Le documentariste les filme sur leurs lieux de rassemblement -les ronds-points, les péages- leurs lieux de réunions (salles ou appartements), à Paris lors de manifestations de plus en plus violentes. Il multiplie aussi les approches : portraits (dont quatre fortement individualisés) avec entretiens face à la caméra, mouvements de masse ; tout comme il diversifie les « moments » - de ces petits matins où le froid gerce les visages, de ces soirs embrasés par les flammes des palettes, de ces ciels plombés ; il alterne les « ambiances » : sulfureuses (Paris) intimes (des « confessions » d’une sincérité émouvante) conviviales

 

 

Ce qui frappe c’est la parfaite adéquation entre la « dramatisation » intrinsèque au film et celle du mouvement. De sa naissance dans l’euphorie, la solidarité, les tâtonnements, jusqu’au découragement en passant par des attentes aussi insensées que nécessaires, des frictions au sein même du groupe et des constats désabusés 

 

Et si depuis 2018 les spectateurs ont connu d’autres drames, la sortie de ce film en 2022 ne peut être que salutaire !!

Oui la parole existe et la citoyenneté n’est pas liée au calendrier électoral, elle est de tous les jours !! 

 «On s’est aperçus qu’on était nombreux à avoir honte chacun dans notre coin, Ensemble, on s’est aperçus que l’on avait beaucoup moins honte"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

sur Emmanuel Gras 

 

Bovines ou la vraie vie des vaches - Le blog de cinexpressions 2012 

300 hommes - Le blog de cinexpressions 2015 

Makala - Le blog de cinexpressions 2017

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 06:46

Documentaire de  Marta Popivoda et  Ana Vujanović (Serbie 2021)

 

Prix des bibliothèques - Cinéma du réel 2021

 

à voir sur Tënk

https://www.on-tenk.com/fr/documentaires/les-films-de-cin-ma-du-r-el/paysages-resistants?utm_campaign=FR-NL%20Hebdo%20%23296&ut

 

"Paysages résistants” plonge dans les souvenirs de Sonja, 97 ans. Cette combattante antifasciste fut l’une des premières Femmes Partisanes de Yougoslavie et également une des chefs de file du mouvement de résistance au camp d’Auschwitz-Birkenau. Son histoire voyage à travers le temps et s’incarne dans une nouvelle génération antifasciste, entretenant l’idée qu’il est toujours possible de penser et de pratiquer la résistance.

Paysages résistants

 

Marta Popivoda et sa compagne Ana Vujanović filment Sonja Vujanović à Belgrade depuis quatorze années, recueillant le récit tumultueux d’une femme à la guerre. Des paysages viennent se poser délicatement sur cette parole, la faisant résonner, au passé comme au présent. Le militantisme de l’aînée vient alors progressivement en rappeler un autre, celui du couple, ayant fui la Serbie et son "capitalisme sauvage de périphérie européenne, l’homophobie et le populisme". Deux résistantes antifascistes dans un nouveau siècle où la lutte semble plus que jamais nécessaire. La passation s’opère au fil du film, la parole de résistance de Sonja vient s’incarner dans les lieux et corps des deux femmes. Elles composent ainsi non seulement un mémorial cinématographique, mais surtout, un "film partisan" pour le futur proche, par refus du silence. Car du sang versé au siècle dernier, il reste dans les champs de blé des coquelicots, toujours présents pour en témoigner.

 Aurélien Marsais Programmateur

 

Je vous recommande aussi le court métrage  de Marie Ward

Un mal sous son bras 

Prix du court métrage Tënk - Cinéma du réel 2021

 

Le soir, un groupe d’hommes se réunit sur le stade d’une école d’élite qu’ils ont autrefois fréquentée. Certains d’entre eux sont les grands gagnants de cette société nouvelle. Les successeurs des colons dont ils épousent les usages.

D'un mouvement double, allant des limbes vers les hauteurs d'une part, et d'un rivage conquis vers des zones sauvages d'autre part, voici une spirale filmique dont l'axe est l'histoire du Liban. La narration emprunte au récit onirique, au détournement d'images, au traité politique marxiste, au conte philosophique… Dérouté·e, curieux·se, la spectatrice et le spectateur sont incité·es à réadapter leur perception, leur perspective et par là-même à aiguiser le regard. Comme un indicateur subtil, la voix off cède la narration au titrage et, comme par une passe d'art martial, le regard se renverse. D'un pas de côté, d'un coup d’œil vers l'obscur, s'amorce une reconquête joyeuse. Par l'opération d'un regard, les conquérants sont conquis, et l'Histoire peut se retourner, le temps d'un film.

 François Waledisch Ingénieur du son

 

 Un mal sous son bras - Tënk (on-tenk.com)

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7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 17:27

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