10 juillet 2022 7 10 /07 /juillet /2022 09:54

documentaire (France 1973 17')

réalisé par Carole Roussopolous (1945-2009) 

 

 

à voir sur Tënk

 

 

Une femme prend la décision de ne pas garder son enfant.

Le film alterne la séquence d’un avortement mené selon la méthode Karman – alors que cette pratique est encore illégale en France – et des images de la première manifestation de femmes en faveur de l’avortement et de la contraception qui a lieu à Paris le 20 novembre 1971.

Y'a qu'à pas baiser!

 

 

 

Ce film est un tract, le cri de celles qui, en pleines Trente Glorieuses, ne veulent plus être cantonnées aux rôles de ménagères ou de femmes-objets représentées par la télévision. Face à ces hommes qui critiquent la création d'un "marché commun de l'avortement", Carole Roussopoulos filme des femmes qui parlent librement de leur plaisir et qui disent ce qu'elles veulent : disposer librement de leur corps. Jusqu'à l'aspiration de l'embryon, elle filme ce qui alors ne se montre pas, ne se dit pas.
 

Film fondateur, Y'a qu'à pas baiser révèle le combat de celles qui veulent libéraliser l'avortement et la contraception. Il montre des femmes qui s'entraident, échangent leurs savoirs, fabriquent les images qui sont faites d'elles. Qu'il s'agisse du spéculum ou de la caméra, elles s'emparent des outils aussi bien pour avorter que pour filmer.50 ans plus tard, l'arrêt Roe vs Wade garantissant depuis 1973 le droit à l'avortement aux États-Unis vient d'être abrogé par la Cour suprême. La lutte, elle, continue.

Éva Tourrent Responsable artistique de Tënk

 

 

 

Y'a qu'à pas baiser!

                                                   © Images de la culture (CNC)

 

 

Notes d’intention Tënk : "À la question de savoir si le gouvernement français projette ou non de constitutionnaliser le droit à l’ivg, voici comment son porte-parole Olivier Véran sabote la notion même de réponse, par une science affirmée de la réduction de vocabulaire** : "Il faut nous donner les moyens de faire en sorte que certains droits ne puissent jamais, jamais être remis en cause. (…) il faut identifier les voies et moyens les plus utiles et les plus adaptés pour faire en sorte que jamais un chef d’état ou un gouvernement dans 5, dans 10, dans 15, dans 20 ans ne puisse arriver et considérer que le droit des femmes puisse être bafoué. (…) En tant que porte-parole du gouvernement je ne peux pas vous affirmer qu’il y aurait un projet de loi constitutionnel qui serait présenté et défendu, je peux vous dire que notre position elle est extrêmement claire et que je pense (…) qu’il nous faut identifier une voie, fût-elle constitutionnelle, c’est à discuter, pour faire en sorte qu’on ne puisse pas remettre ce droit en cause."

Sans vrais mots pour répondre aux questions, comment espérer de véritables actions ? Suite aux décisions de la cour suprême américaine abrogeant le droit fédéral à l’avortement, l’affirmation d’une véritable volonté politique serait pourtant une nécessité absolue, et l’exposition d’une clarté d’opinion le minimum requis. La nouvelle, venue d’outre-Atlantique, impose une urgence : nous ne sommes à l’abri de rien, d’aucun recul des droits que nous pensons acquis. Pour marquer ce drame politique, nous avons décidé de mettre en accès libre pendant deux semaines un film au titre pour le moins ironique : Y’a qu’à pas baiser. Un court métrage de Carole Roussopoulos, classique de la vidéo féministe,   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 06:21

de Fernando León de Aranoa (Espagne 2021) 

 

avec Javier BardemManolo SoloÓscar deSonia Almarcha

 

 

Festival Cinéma Européen 2022Festival San Sebastian 2021Festival de cinéma ibérique et latino américain Grenoble 2022

 

6 récompenses à la cérémonie des Goyas (36ème édition)  dont celles de meilleurs film, réalisateur, scénario et acteur

 

Représentant espagnol aux Oscars 2022,

Un ex-employé viré qui proteste bruyamment et campe devant l’usine… Un contremaître qui met en danger la production parce que sa femme le trompe… Une stagiaire irrésistible… A la veille de recevoir un prix censé honorer son entreprise, Juan Blanco, héritier de l’ancestrale fabrique familiale de balances, doit d’urgence sauver la boîte. Il s’y attelle, à sa manière, paternaliste et autoritaire : en bon patron ?

El buen patrón

 

Effort, équilibre, fidélité 

L’entrée de l’usine, le portique, la calligraphie, et l’immense balance -dont un gardien doit veiller à l’équilibre de ses deux plateaux- renvoient non sans malice à l’entrée des camps arbeit macht frei,  sauf qu’ici tout est piégé par l’apparente bonhomie (ah ce charisme !!!) d’un patron quinquagénaire (magistralement interprété par Javier Bardem grimé pour la circonstance) qui de sa stature et de sa matoiserie enveloppe TOUT : l’écran, les employés (individualisés ou en groupes) la stagiaire, la femme -épouse, les notables locaux.

 

Sauf …un employé licencié qui a campé sur ses positions et sur un terrain public, juste en face de l’usine et qui bombarde ses slogans réprobateurs…malgré de mielleuses tractations

 

Or le temps est minuté- et le chapitrage sur 7 jours, le rythme soutenu, l’affairement incessant du patron Blanco (encore un nom ironique) le prouveraient aisément. C’est qu’on attend la visite imminente d’une Commission qui décidera de l’obtention d’un prix d’excellence !! et voici  "le bon patron" sur tous les fronts ; usant et abusant de son pouvoir de  "pater familias"  (l’usine est une famille vous êtes tous mes enfants.), surpris que des flics soient  "socialistes",  que des journalistes ne "dévoilent pas leurs sources" 

 

Roublard et compatissant, respectable et dédaigneux, Blanco donne le change, s’impose dans cette succession de scènes (certaines rocambolesques, d’autres plus tragiques) à la recherche d’un "juste équilibre" - en confondant allégrement compromis et compromissions, obnubilé par l’image de marque de son usine

(ô comble de l’indécence éhontée : alors qu’il est en partie responsable de la mort du fils d’un employé…, il verse des larmes de circonstance, se contente d’une brève oraison lénifiante et d’une accolade visqueuse)

 

El buen patron est une comédie qui avec ironie, humour et excès, épingle le patronat fondé sur le paternalisme patelin. Mais par-delà, c’est bien de la violence en entreprise qu’il s’agit. La violence des plans sociaux, de l’intrusion dans la vie intime des employés, du droit de cuissage. Même si  "en même temps"  le réalisateur suggère que la faculté de résistance et la noble solidarité des  "employés"  s’effritent, quand elles ne sont pas cisaillées…

Gageons que l’épilogue (qu’accompagne la chanson « feeling good » version Michael Bublé) -volontairement ambigu- soit le comble du cynisme !

 

Légers  bémols : l’aphorisme « une société qui fabrique plus de balances est une société plus juste » et les métaphores liées au patronyme « Basculas Blancos » (mécanisme, grain de sable, travail contre la montre,  équilibre) sont souvent trop appuyé.e.s, ; certaines séquences s’étirent (cf la soirée avec Miralles le directeur de production qui a pété les plombs ; quand bien même la séquence doit  illustrer une des  "nombreuses"  facettes du  "bon patron" :  le chantage à l’amitié et les propos comminatoires)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 19:07

de François Ozon (2022)

avec Denis Ménochet (Peter) Isabelle Adjani (Sidonie) Hannah Shygulla (la mère de Peter)  Khalil Gharbia (Amir)  Stefan Crepon (Karl) 

 

Présenté en compétition au festival de cinéma allemand en février 2022

 

Peter Von Kant, célèbre réalisateur à succès, habite avec son assistant Karl, qu’il se plaît à maltraiter. Grâce à la grande actrice Sidonie, il rencontre et s’éprend d’Amir, un jeune homme d’origine modeste. Il lui propose de partager son appartement et de l’aider à se lancer dans le cinéma

Peter von Kant

 

Un plan sur les lunettes de Rainer Werner Fassbinder en "ouverture",  une photo du cinéaste avec Hannah Shygulla en plan conclusif, le film affiche (avec une fausse candeur) la fascination de François Ozon pour l’homme et le cinéaste, le  "Maître" qu'il a panthéonisé !

 

Adaptant « librement » « Les larmes amères de Petra von Kant » il fera la part belle au « tragique de l’amour » qu’incarne magistralement Denis Ménochet (un titan aux pieds d’argile, en son mélange de tyrannie et de douceur, de robustesse et de fragilité)

Mais imiter certaines postures et mimiques…du cinéaste disparu à l’âge de 37 ans, ne relève-t-il pas  du pastiche gratuit ?? 

 

Hormis quelques (rares) vues en plongée sur la cour, et une scène de rue, l'essentiel du  film est tourné dans un espace clos -ce qui n’en fait pas pour autant un théâtre filmé. On passe d’une pièce à l’autre -tout comme on passe d'un acte à l'autre- avec  variation des angles de vue et des mouvements de caméra mais aussi des textures -passage des couleurs vives ou kitsch à des "tableaux" , ébauches dessinées, floutées ou feutrées.

Claustration et enfermement de la conscience? Enfermement comme prélude à l'asservissement ? Celui d'une passion amoureuse dévastatrice? 

 

Petra, créatrice de mode éprise d’une apprentie mannequin est devenue Peter, célèbre réalisateur amoureux d’Amir jeune acteur au charme pasolinien ; la silhouette longiligne de Petra a cédé la place à un embonpoint assumé et fâcheux à la fois (c’est parce que je suis trop gros demandera Peter à son jeune amant qui cherche à s’émanciper de l’étreinte  -emprise -amoureuse); Karin l’apprentie traitée en esclave sera Karl l’assistant victime de la tyrannie du « maître ». Et si les larmes ont délaissé le titre, elles imprègnent en revanche tout le film (regard humide de l’acteur dont le visage est souvent filmé en plan rapproché ou gros plan, larmes réelles de Denis Ménochet -dont la capacité à pleurer est bouleversante affirme Ozon ; larmes glamour qu’impose le personnage d’Adjani, en Sidonie Von Grasenabb, tel un fantôme narquois de l’époque hollywoodienne;  larmes « rentrées » de Karl le témoin muet, dont la maigreur, le regard pénétrant et le statut de « souffre-douleur » contrastent avec la fougue irrévérencieuse et diabolique du « dominateur » ; visage éploré de la mère Hannah Shygulla berçant son « enfant » (juste après cette scène où Denis Ménochet fait valdinguer tous les oripeaux de l’anniversaire, insulte sa fille,  sa mère  et Sidonie ; séquence qui correspond au point culminant dans une tragédie avant le dénouement);  et « l’amertume » est déclinée en son sens figuré ce qui précisément assure le "tempo" (après l’embrasement, l’humiliation; après la douloureuse déception, le ressentiment, Peter le manipulateur féroce et grossier est à son tour le manipulé désespéré) 

Mais tout cela sans…un arrière-plan politique…(à la Fassbinder!!!)

 

Et que dire de certaines outrances?  L’affiche  à la Andy  Warhol, annonciatrice de racolage,  le portrait/poster d’Adjani/Sidonie, les photos à la Mapplethorpe de l’éphèbe, comme pour pousser à l’extrême les obsessions de Peter emmuré dans ses "fantasmes"; le jeu "maniéré" , "concevable" pour Sidonie, l'est  beaucoup moins pour Amir; les interventions trop vaudevillesques de la fille, les effets spéculaires récurrents, la douleur hystérisée, tout cela participe d’une indécente artificialité – on sait que l’artifice est la marque de fabrique d’Ozon-, mais dans le contexte d’un hommage n’est-il pas équivoque ? contestable ?

 

Notre regard  jamais ne sera foudroyé 

 

Colette Lallement-Duchoze 

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4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 08:26

de Chan-Wook Park (Corée 2022) 

 

avec Tang WeiHae-il ParkGo Kyung-pyoYong-woo Park

 

Prix de la mise en scène Cannes 2022

 

 Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Seo-rae, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle.

 

 

 

Decision to leave

 

Non ce n’est pas l’histoire qui est "compliquée", mais la façon dont elle est narrée et mise en images. A l’éclatement chronologique (recours aux analepses et prolepses) s’ajoutent les images mentales (le policier à partir d’un factuel imagine la « veuve meurtrière » tout en succombant lui-même à ce que Stendhal identifiait comme la « cristallisation »), la présence à l’écran de personnage(s) qui « logiquement » n’aurai(en)t pas dû se trouver là à ce moment précis. Des ruptures de rythme qui vont de pair avec des ruptures de tonalité elles-mêmes au service d’un mélange des genres (thriller comédie romantique humour ironie absurde).

Oui ce film très esthétique (sans être esthétisant) qui renouvelle les  "codes" du thriller et ose avec auto-dérision des clins d’œil à Vertigo, aura bien mérité son prix de la mise en scène. Le geste répétitif -application de sérum dans les yeux desséchés par l’insomnie- à l’évidente métaphore- désembuer et mieux VOIR-, aurait dû alerter les critiques qui ne tolèrent pas d’être « bringuebalés comme des pantins » alors qu’il suffit de se laisser (em)porter par la vague, le tsunami ou tout simplement par les spasmes et soubresauts

 

Les prolégomènes inscrivent le film -avec humour- dans une page sociologique -la femme organise la sexualité du couple : une séance de rapports sexuels par semaine afin de lutter contre les maladies cardio-vasculaires ; pour elle des grenades afin de retarder la ménopause, pour lui de l’extrait de tortue pour fabriquer plus de testostérone…Lui c’est Hae-joon, un inspecteur de police, il exerce à Busan. Une ville où, semble-t-il déplorer, « c’est calme en ce moment » et voici comme à point nommé une affaire : mort d’un homme suite à une chute du sommet d’un piton rocheux.    Accident ? meurtre ? on soupçonne la veuve !  Débute une traque où l’épieur est de plus en plus « déboussolé »!

 

La structure du film ? deux parties -à 13 ans d’intervalle-, mais traitées en « miroir » l’une de l’autre (et la seconde débute suite à la dépression de Hae-joon de n’avoir pas mené à bien la première enquête). C’est que précisément la binarité est au cœur de tout le dispositif. Voici deux êtres qui se fuient tout en se cherchant, voici deux genres -thriller et romance- qui se télescopent s’entremêlent ou se superposent. Voici des images coupées en deux (split-screen) ou à double sens, etc…

 

Et au final peu importe(ra) si Seo-rae est la double assassine car c’est bien de l’amour assassin qu’il s’agit, celui d’une vénéneuse dévoration -ou comment deux êtres que tout aurait dû séparer- seront consumés par l’amour dans son inaboutissement même ! Un amour suggéré avec pudeur qui jamais ne sera « nommé ». Et la « mise en scène » troublée troublante épouse habilement la confusion, dans un kaléidoscope d’images et d’errements (en arborescence) qui nous aura conduit de la montagne à la mer. Kaléidoscope où le smartphone pénétrant la psyché des protagonistes est devenu - même ensablé- le double de l’œil de la caméra dans l’enfouissement des êtres et des choses

 

Decision to leave un film à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 05:35

documentaire 

France. 2016. 80 min // Autrice & réalisatrice : Hélène Marini // Image : Nina Bernfeld, Nicolas Rideau, Mathieu Grosmaire et Hélène Marini // Son : Jean-Baptiste Fribourg, Mathieu Grosmaire et Hélène Marini // Montage : Isabelle Ingold // Producteurs : Zadig Productions & LCP - Assemblée nationale.

 

Une tournée dans la neige - Tënk (on-tenk.com)

 

« Une tournée dans la neige », ultime voyage d’une factrice | Mediapart

 

Une tournée dans la neige (cinefil.com)

 

 

Le 15 février 2013, Pauline, une jeune factrice intérimaire de vingt-et-un ans, s’est suicidée après une dernière tournée dans la neige. Sur le chemin de cette tournée, véritable image du cycle de la vie, viennent se croiser les luttes et les renoncements de ceux qui ont ou auraient pu connaître Pauline : syndicalistes en lutte, postiers heureux ou malheureux, fermiers enclavés dans leurs territoires de solitude, haut-responsables de La Poste convaincus de leur mission… Un film poétique et politique sur notre temps présent

Une tournée dans la neige

le jeune facteur est mort/ l’amour ne peut plus voyager/Il a perdu son messager/ Il n’ira plus sur les chemins/Fleuris de rose et de jasmin/ Qui mènent jusqu’à la maison G Moustaki (1969) 

 

 

En (re)faisant la "tournée 24", en donnant la parole à des riverains, des syndicalistes, des « facteurs », à un prêtre, Hélène Marini va donner un visage à Pauline, un visage qu’on lui avait confisqué.

 

Et son documentaire risque de résonner longtemps en nous. Autant la voix off de la réalisatrice frappe par sa douce lenteur autant l’inflexion générale est assez grave : paysages traversés, discours entendus sont comme le réceptacle des failles et des inquiétudes contemporaines, car le destin de cette jeune "factrice"  intérimaire, qui s’est suicidée à 21 ans, dessine en creux un  "management moderne"  celui de la Poste bien sûr -où le  "facteur"  dispose de 39 secondes pour livrer un colis-, et où semble triompher le   "turnover"  des facteurs en CDD-, mais aussi d’autres structures ....  

 

Nous sommes embarqués ; passager clandestin à bord d’une voiture; sur le chemin de …Pauline ; sur une route de Haute-Loire au sud de Saint-Etienne à 1000 mètres d’altitude. La relation sera cordiale et confiante.

C’est l’hiver. Et défilent ces paysages enneigés – qui inviteraient à la contemplation-, cet insidieux lacet glacé, alors qu’Hélène Marini dédie un ultime hommage à la jeune disparue ! Vont alterner des plans larges -voire de grands panoramiques-,  dans un mouvement de travelling latéral et des plans plus resserrés sur les personnages interviewés et/ou de très gros plans sur leurs visages (un être dans son contexte, le même fortement individualisé par le zoom). Vastitude et solitude !

 

Les discours (hommage à une institution, incompréhension, indignation, révolte, résignation) malgré leur diversité apparente mettent l’humain au cœur de la réflexion ! (saluons le discours bienveillant du père Joseph Pichon:  il affirme que le suicide n’est plus considéré comme un " péché" et compare le port de la Croix partagé avec Simon le Cyrénéen,  avec la responsabilité collective ; ou encore celui de cette employée retraitée, fidèle tant à la SNCF qu’à la Poste, qui a perdu un fils handicapé, et qui bénévole, s’occupe désormais des enfants d’un centre aéré ; celui de ce nouveau secrétaire CGT qui en prenant le relais est persuadé de "faire bouger les choses"  face à une incompréhensible résignation)

 

Oui ce documentaire, vital et palpitant -empathie sans mièvrerie-, authentique chambre d’écho -chronique non ostentatoire- est à la fois " poétique et politique" (même si certaines scènes trop empreintes de religiosité risquent de gêner certains…)

 

 

A ne pas rater! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 08:56

de Karole Rocher et Barbara Biancardini : (2022) 

avec Thomas Ngijol, Samir Guesmi

 

 

 

À la suite de l’enterrement de son père, dans son village en plein milieu du maquis corse, Dumè découvre l’existence d’un frère, Lucien, avec qui il devra partager l’héritage laissé par le patriarche. À condition d’arriver à cohabiter un mois dans la maison familiale… Sur  fond de légitimité culturelle et d’héritage immobilier,  un rapport de force va s’installer entre Lucien, le fils de sang, et Dumè, le fils adoptif…

Fraté

 

Fraté est un film de famille : mis en scène par Karole Rocher et sa fille Barbara Biancardini, interprété par Thomas Ngijol (compagnon de Karole Rocher), dans le rôle de Dumè ; il est dédié (cf générique de fin) aux grands-parents Biancardini et la longue liste des remerciements salue les habitants du village Vezzani  (les personnages sont comme pris sur le vif dans leurs commentaires de foot, leurs régalades , leurs chansons, etc…)

 

Premier  plan : filmé de dos face à l’immensité bleue- (démarcation entre l’Île et le continent) -Dumé (Thomas Ngijol)  téléphone; on devine que son séjour en Corse va se prolonger. Puis  dans les deux scènes d’enterrement (à l’intérieur de l’église, oraison, prêche, homélie louant la « fraternité » liée à la « corsitude »; à l’extérieur, au cimetière avec le cortège d’embrassades, de condoléances de tout le village)-, Dumé apparaît  bien  comme le  "fils du pays"

 

Ainsi dès le début du film, un microcosme (village isolé dans le maquis) est présenté comme  le « reflet » d’un macro (celui de l’Île toute entière, de ses valeurs ancestrales que Dumé a fait siennes dès son adoption, enfant). Un environnement à la lumière diffractée dans les trouées de verdure.

 

La venue d’un « intrus » va-t-elle perturber ce climat d’entente, de solidarité ?

 

Premier impair : cet autre  « fils », venu se recueillir sur la tombe de son père,  s’adresse à Dumé comme à un esclave (un Noir est forcément un employé de maison....)

 

Deuxième "obstacle"  et sujet de l'intrigue:  la cohabitation forcée (pour respecter les clauses testamentaires);  chacun  des  deux "fils"  sera tour à tour le bourreau et la victime!. Vont se succéder moult scènes d’hostilités, de haine, de « projets » mortifères, dont certains abracadabrantesques -jusqu’à la réconciliation ....annoncée dès le  début, ne serait-ce que par le rôle  de médiateur qu'incarne  Angelina, la soeur du défunt

 

Hommage joyeux à la Corse -propos de Karole Rocher-, ce film est certes une comédie qui, surfant sur les obsessions identitaires, se plaît à tordre le cou à certains clichés (dont la « pureté corse » comme principe d’exclusion). Son message ? la vraie fraternité (cf le titre) importe plus que la couleur de peau (Dumé est noir mais tout noir comme le lui rappelle Lucien) et que les obsessions communautaristes. Une autre philosophie -plus personnelle, mais peut-être hors la loi- est incarnée par l’ermite; clin d’œil à Colonna ??)  Et le long chemin que parcourt Lucien dans le maquis -avant sa rencontre avec l’ermite- pourrait s’apparenter à un chemin initiatique dans le sens où il va se construire une mémoire. Un chemin de terre dans des paysages "sublimes", -forcément sublimes !!! pour devenir humain ? tout simplement !

 

Et pourtant cette  joyeuse expérience  ne convainc pas : comme si le scénario, l’humour , la mise en scène– et même le jeu des acteurs principaux qui  "forcent le trait"- étaient délesté.e.s de leur force intrinsèque

 

Laissant souvent le spectateur à quai

 

A voir (éventuellement) sur petit écran

 

Colette Lallement-Duchoze

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 09:41

de  Ronny Trocker  (Allemagne Italie Danemark 2021)

avec Mark Waschke, Sabine Timoteo, Jule Hermann, Wanja Valentin Kube, Hassan Akkouch, Isaak Dentler, Daniel Séjourné, Hannes Perkmann, Marie Rosa Tietjen, Steve Driesen

 

Présenté en première mondiale au Festival du film de Sundance le 29 janvier 2021.

 

à voir sur Mubi

 

https://mubi.com/fr/films/human-factors

 

 

Nina, Jan et leurs enfants forment en apparence une famille idéale. Mais qui donc a bien pu s'introduire dans leur maison secondaire, alors même qu'ils se trouvaient sur les lieux ? Qui a vu quoi, et qui cache quelque chose ? Un trouble inquiétant plane... (Synopsis  fourni par le Festival International du Film de La Roche-sur-Yon)

 

 

 

Human Factors

 

Personnellement, j’aime qu’un film offre plusieurs interprétations, mais c’est aussi un risque. Ronny Trocker

 

 

Le film s’ouvre sur une sorte d'"état des lieux":  balayage (avec gros plans et travellings latéraux) sur tout ce qui compose le rez-de-chaussée d’une maison, avant que n’arrive une famille (Jan, Nina et leurs deux enfants). La fille Emma s’installe devant le téléviseur, Max cajole son rat, Nina s’isole pour fumer, Jan part faire quelques courses. A son retour de la supérette c’est le branle-bas : la maison a été visitée (cambriolée ?) en leur présence ; le rat a disparu, Nina saigne du nez, Jan est sommé de  "vérifier"  l’éventuelle présence des intrus dans le jardin, un bruit suspect un coup de bâton….

Générique.

Un prologue comme condensé de ce qui va suivre ? et/ou aboutissement de ce qui a précédé?  par le ton (une impression d'étrangeté) par la thématique de la "distorsion" des liens familiaux? : rébellion de la fille Emma, isolement de Nina, amour inconsidéré de Max pour Zorro son rat, chacun comme replié sur lui-même visuellement séparé par la caméra? 

Une séquence comme matière et matrice ? (réalité ou fantasme que ce cambriolage ? alors que la radio informe sur l’insécurité ? )

 

Si une vision parcellaire trouble la compréhension, voir la situation dans son ensemble sera le fait d’un montage qui ressemble à un puzzle avec éclatement chronologique et faux semblants des lumières (anomalies apparentes délibérées ?). Car la séquence d’ouverture sera reprise plusieurs fois (angles et points de vue différents) inscrite dans un autre contexte -celui qui chronologiquement a précédé ou celui qui suivra (le lendemain, la virée sur la plage la venue de Flo le frère de Nina le restaurant chez Frédéric) et à chaque itération (déformée par le prisme des points de vue subjectifs) elle se charge d’éléments informatifs nouveaux qui iront de pair avec de nouveaux questionnements ou d’éclaircissements (comme a posteriori) ; par exemple on comprendra mieux pourquoi Jan et Nina ont décidé de partir quelques jours dans la maison de vacances sur la côte belge ou l’importance du téléphone. De même le film est traversé d’échos intérieurs (la soirée d'Emma avec son amie Amélie, les masques comme préfiguration du plan final ? la recherche des "intrus" au début et en écho, au final, celle de Max)?); il obéit aussi à la dynamique du "double"  la réalité et sa perception , la parole et ses non-dits, le présent et des secrets "enfouis", une famille bilingue, deux lieux (Belgique Allemagne) la maison sur la côte belge et l'appartement en ville (avec le passage récurrent du métro) ou l'agence (lieu de travail), les deux  enfants tiraillés entre une mère trop présente -et compréhensive- et un père "fouettard" ; on pourrait multiplier les exemples!!

 

 

Sur fond de xénophobie, en pleine campagne électorale, dans le fatras d'infos qui se contredisent, nous assistons  au délitement d’un couple, d’une famille - personnages souvent filmés  de dos, présence de vitres, choix de couleurs  délavées ternes grises , et procédés de surimpression comme autant d’obstacles à une franche communication???

 

Un film que je vous recommande (même si le minimalisme et les  "faux" rebondissements peuvent l’apparenter à un "exercice de style"  et dérouter le spectateur)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 09:58

d'Hadas Ben Aroya (Israël 2021)

 

avec  Elisheva Weil, Leib Levin, Yoav Hayt, Hadar Katz, Hila Mann

 

Danny est enceinte de Max. Elle veut profiter d'une soirée pour le lui annoncer, mais n'y parvient pas. De son côté Max explore les fantasmes sexuels de sa "fiancée" Avishag. Celle-ci se confie à un vieil homme qui la paye pour garder sa chienne 

All eyes off me

 

Et s’il n’y a pas de mer, alors il n’y a pas non plus de navire. Une autre semaine, un autre mois, une autre année

 

Un film pour le moins étrange. Et qui laisserait un goût amer si le personnage de Dror (un quinquagénaire bedonnant) n’invitait (en III) sa partenaire à écouter le silence, à explorer d’insoupçonnables contrées où le fictif (une émission visionnée sur smartphone qui arrache les larmes par exemple) retrouverait la place qu’il a usurpée, face au réel trop souvent dénié et fantasmé

 

All eyes off me est composé de trois parties (chacune annoncée par un chiffre rouge 1, 2 3). Dans la première, un long plan séquence ; caméra à l’épaule la jeune réalisatrice nous plonge dans l’ambiance exubérante d’une boîte de nuit. On boit on s’embrasse, on se drogue, on discute … un long récit détaillé sur l’avortement, ou la prise de parole décomplexée ? Danny enceinte cherche le « père géniteur » Max …en vain ! Ce dernier entame une relation avec Avishag qui se concrétise en II. Le spectateur va franchir la porte de l’intime et malgré lui, il est en position de « voyeur » : la chair sa sublime carnation, les corps leurs spasmes, les violences infligées à la demande d’Ashvag, la nudité le pénis en érection, la gourmandise la strangulation, tout cela filmé …presque…en temps réel ! Or ces expériences sexuelles que Max désire renouveler, semblent lasser Avishag. En acceptant de garder (exceptionnellement) la chienne de Dror, elle reposera à ses côtés avant de "provoquer" une relation avec le "vieil" homme. A l’agitation  des deux premières parties s’oppose une forme de lenteur, de tendresse et s’imposera le silence salvateur ! Quand Dror, dévêtu expose son corps bedonnant et se met à égrener les mêmes questions que posait Brigitte Bardot à Michel Piccoli dès la scène d’ouverture du Mépris…pour conclure alors tu m’aimes totalement ? on s’interroge, on est mal à l’aise…on doute de la sincérité d’Avishag - qui acquiesce, indifférente.

L’impudeur -quelle qu’en soit sa forme- et qui prévaut dans chaque partie, érigée en norme ?

 

En montrant les corps (car c’est bien de corps qu’il s’agit) tels qu’ils sont – ni magnifiés dans leur beauté ni dévalorisés dans leurs imperfections-, en faisant d’Avishag le  fil conducteur -une jeune femme provocatrice avide de sensations toujours renouvelées, accro du smartphone comme de l’intime exhibé, mais qui accède peut-être à la « révélation »-  la réalisatrice met en exergue la vulnérabilité d’une génération. Est-elle aussi libérée qu’elle le prétend ?

 

La jeunesse israélienne est  devenue indifférente à toute chose affirme Hadas Ben Aroya. Elle en a précisé l’origine, lors d’une interview ; Je crois qu’il y a eu un avant et un après Oslo [les accords signés en 1993] Ce qui a suivi, et qui a frappé de plein fouet ma génération, a été comme une immense résignation. La simple injonction de devoir penser notre situation politique est devenue un fardeau. La jeunesse de mon pays, me semble-t-il, est devenue à la fois indifférente à toute chose et pour cette raison même, dans un sentiment de violence à peu près permanent ».

 

A vous de juger!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 09:41

de Quentin Dupieux 

avec  Alain Chabat (Alain)Léa Drucker (Marie)Benoît Magimel (Gérard)Anaïs Demoustier (Jeanne), Lena Lapres (Mimi), Mikaël Halimi (le stagiaire), Stéphane Pezerat (Franck Chaise), Marie-Christine Orry (madame Lanvin)Grégoire Bonnet (le docteur Urgent), Nagisa Morimoto, Roxane Arnal

 

Un couple achète une maison qui, selon l'agent qui leur a fait visiter le bien, dispose d'une trappe secrète pouvant changer le cours de leur vie.

 

 

Incroyable mais vrai

 

 Moins déjanté que le pneu  psychopathe tueur Rubber, moins foutraque que Wrong Cops (Wrong Cops - Le blog de cinexpressions Le daim (Le Daim - Le blog de cinexpressions ou Au poste–( Au Poste! - Le blog de cinexpressions), plus abouti -car on a l’impression parfois d’un inachèvement - que Mandibules, Incroyable mais vrai  "actualise"  (et prend au "pied de la lettre" ) une thématique qui a fait florès et dans la littérature et au cinéma : le rêve d’immortalité, à travers le couple Alain /Marie,  et il s’attaque à un autre concept : le virilisme qu’il  écorne et fait voler en éclats (sens propre et figuré) à travers le couple Gérard/Jeanne

Le film obéit aussi à une dynamique interne qui va entraîner le spectateur de l’absurde vers un conte plus  "moral"

 

 

On accède à un tunnel par une trappe (chausse-trappe !! bien évidemment) sise au cellier et… on est assuré non seulement de  "remonter"  à l’étage mais surtout d’être rajeuni de 3 jours toutes les 12 heures.. Une faille "spatio-temporelle"  Si Alain est trop investi dans son travail, (du moins est-ce son excuse !!!) pour se laisser tenter, sa femme en revanche est décidée à "remonter" le temps, rajeunir et débuter une carrière de mannequinat. Comique de répétition (descente, interrogations face au miroir, minauderies) et montage accéléré -dans la deuxième partie--, épousent cette thématique du "voyage dans le temps" qui connaîtra une fin douloureuse, dont la morale  "humaniste"  si évidente se passe volontiers de commentaire. Des images de putréfaction (gros plans sur des vers à l’intérieur d’une pomme à la saine apparence, fourmis qui s’échappent de la paume de la main, illustrent ô combien la putréfaction inéluctable des corps, et pourquoi pas  des couples !!!)

Histoire dans l’histoire que celle du patron (employeur et ami d'Alain)  imbu de sa personne, égocentrique, mâle au sexe triomphant (non plus grâce au viagra mais aux nouvelles technologies de fabrication japonaise dont on taira la nature pour ne pas spoiler…). Le triomphalisme de façade s’en viendra lui aussi percuter une dura lex -ici celle de l’inanité de la  "performance"  sexuelle…

 

Deux  acteurs fidèles (Alain Chabat Anaïs Desmoutier ) et deux nouveaux  venus, Léa Drucker et Benoît Magimel,  vont composer avec talent la « galaxie » Dupieux

 

Ce qui est tout à fait nouveau chez  ce réalisateur  -surtout pour les dernières séquences- est cette ambiance de "sagesse mélancolique"  que renforce un clin d’oeil à la peinture impressionniste -le cadre champêtre évoquant une toile digne des peintres du XIX° siècle

 

A voir 

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 07:30

de David Cronenberg (Canada Grèce)

 

avec  Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart, Scott Speedman, Welket Bungué, Don McKellar, Lihi Kornowski, Tanaya Beatty, Yorgos Karamihos, Yorgos Pirpassopoulos, Nadia Litz, Jason Bitter, Denise Capezza

 

Présenté au festival de Cannes Sélection Compétition Officielle 

 

Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin, une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques. C’est alors qu’un groupe mystérieux

 

Les crimes du futur

 

Vous allez pénétrer dans les entrailles des corps -sens littéral -et de la pensée -sens figuré.

 

Epoque indéterminée, futur plus ou moins proche, présent déjà advenu mais dont nous n’aurions pas conscience ? Comme le titre le dit explicitement, l’humanité en est arrivée à un seuil critique de son évolution (germes, fermentation d’une ère nouvelle, catastrophique ; c’est que la population, en train de développer d'étranges tumeurs, apprend à "vivre" sans son enveloppe corporelle, …)

 

La séquence d’ouverture -enfant, lumière, soleil, clapotis de l’eau, bientôt évanouis, quand à l’intérieur de la villa l’enfant ingère du plastique comme unique nourriture et que la mère commet l’irréparable-, résonne comme un avertissement !!

 

Et nous allons basculer dans une dystopie!  -où les couleurs rouille ou glacées d'un underground vont remplacer l'ambiance solaire - à peine menacée par ces doigts d'enfant qui grattaient la grève ... à la recherche de ?...

 

Le mot d’ordre nouveau ? ou l’ordre nouveau ? la chirurgie, c’est le nouveau sexe 

La recherche du frisson ? ce sera  donc dans toutes ces expériences …récupérées par  l’Art ! car l’ablation des organes est devenue spectacle - une "performance"… Celle qu’admirent tous les adeptes de Saul - lequel atteint d'un syndrome de mutation génétique, ne cesse de produire de nouvelles excroissances organiques, ce qui le rend de moins en moins humain.

 

Et même si le scalpel incisant  la chair ne provoque qu'un léger grimacement, un léger clignement des paupières témoins du  plaisir sadomaso , même si des mains-robot extirpent des organes, l’absence de réalisme et le refus du naturalisme interdisent toute pseudo identification et inciteraient plutôt le spectateur à sourire si ….la  "pensée" cachée sous ses faux semblants n’était aussi grave !. De quelle forfaiture le futur est-il devenu le nom ? (ou le non ?)

 

Certains spectateurs vont interpréter ce film comme une somme testamentaire !  d’autres se plairont à glaner çà et là des références à Videodrome Crash Existenz Faux Semblant ou encore à d'autres films de Cronenberg

 

Mon impression est mitigée. Passons outre l'intrigue (aux "fausses" allures de thriller)

Autant l’interrogation sur l’art et sa récupération (cf les excroissances organiques les performances) serait  passionnante,  si elle n'était  diluée dans de longs dialogues souvent monocordes et prétentieux. Quant au concept de  "paysage intérieur"  (un leitmotiv)  que l’on accolerait à une « forme » de peinture et de sculpture, il est constamment escamoté : supposons que la dimension spirituelle se soit volatilisée,  et que l’anatomie -dans une approche purement fictionnelle- puisse le donner à voir littéralement , pourquoi recourir à tous ces propos verbeux,  ces formules pontifiantes?.

Ou alors est-ce de l'humour au énième degré ?

Car l’humour est omniprésent : on retiendra le sarcophage dans sa matérialité étymologique- consumer les chairs, l’éjaculation précoce du  "old sex" ,  la fermeture éclair pour accéder aux organes, la parodie des liturgies et surtout la présence de l’agent double –

 

comme si le film était un piège pour le  public!  ou signait, sous le sceau de l'auto-dérision, son propre échec ?

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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