21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 06:16

 

 

La 12ème édition du festival international Filmer le travail se tiendra à Poitiers du 19 au 28 février 2021 et aura pour thématique centrale et transversale l’éducation, reliée à la question du travail, de la transmission, de l’émancipation. Autour de ce fil rouge se déclineront de nombreux événements : une rétrospective de films traversant les époques et les genres, une programmation jeune public, des conférences et rencontres portées par des chercheurs/euses, des podcasts, un journal du festival, etc… mais aussi la compétition internationale de films documentaires, une occasion unique de découvrir le regard singulier de cinéastes du monde entier sur le travail.

 

Le festival se tiendra exceptionnellement en ligne et sera accessible gratuitement sur enligne.filmerletravail.org à partir du vendredi 19 février.

 

 

 
 
                          DÉCOUVRIR LE PROGRAMME !
Festival filmer le travail (19-28 février 2021)

                                             Journal d'un maître d'école dimanche 21 à 16h

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 13:37

Docufiction de Radu Jude (2020) Roumanie 

avec Serban Lazarovici (Mugur Calinescu) Ioana Jacob (la mère) Bogdan Zamfir (agent de sécurité) 

 

Listapad 2020 : sélection en compétition internationale

Black Movie 2021, festival de films indépendants de Genève : sélection en section War Zone

 

à voir sur MUBI

1981 : on découvre des inscriptions à la craie -en majuscules- sur des panneaux de chantier à Botosani , prônant la LIBERTE. Enquête. Arrestation du coupable : un jeune homme de 16 ans Mugur Calinescu... Celui-ci le paiera de sa vie quelques années plus tard (mort en février 1985 à 19 ans) dans des circonstances peu claires

Uppercase print

Adapter la pièce de théâtre documentaire de Gianina Carbunariu?

La scène de Uppercase print est un décor de studio télévision les acteurs impassibles et comme figés "récitent" les dépositions faites à la Securitate ; ils sont filmés soit en frontal soit face à face avec parfois de gros plans sur leurs visages (ils interprètent la mère, le père, le jeune Mugur, ses camarades de classe, les professeurs, les agents de la Securitate, entre autres). Acteurs désincarnés soucieux de "respecter"  l’intégralité de leur texte. Texte qui nous immerge dans l’intimité d’un jeune de 16 ans, dont les  "idéaux" vont être broyés, -certaines  didascalies lues avec une distance impassible pourraient faire froid dans le dos. Un texte qui illustre aussi une forme de paranoïa collective (la séquence du conseil de discipline où les professeurs d’abord filmés de dos, assis sur les bancs d’élèves, puis se tournant face à la caméra dénonçant l’un après l’autre le crime passible de châtiment, par exemple)

 

Or ces "témoignages" - déclarations écrites et récitées aujourd’hui- sont entrecoupés d’images d’archives (la plupart en noir et blanc) louant les bienfaits du socialisme de Ceausescu - vertus de l’éducation, croissance économique et fierté d’appartenir à la mère patrie- images de défilés de gens "heureux", d’ambiances festives; une séquence assez longue est consacrée à  la remise de médailles:   entrepreneurs et industriels serrent la main du "bienfaiteur"; d’autres archives concernent la vie de tous les jours (la façon et le lieu adéquat pour dépoussiérer son tapis, des recettes de moussaka) alors que  les verbalisations pour avoir osé ... klaxonner (ce qui est interdit) signalent la surveillance de la police (secrète ou non).

Un tel montage - confrontation entre deux modes d’écriture scénaristique, entre deux visions d’une même période ancrée dans un réel factuel, (et vérifiable) l’une idyllique (les images de propagande à la gloire de Ceausescu) l’autre illustrant la politique tyrannique et mortifère du régime, et sa forme éclatée- , est à coup sûr original pour interroger un passé que d’aucuns tendraient à oublier ; le regard du cinéaste (rappelez-vous Anferim, Peu importe si l’Histoire nous considère comme des barbares ) est toujours  ironique et sans concession!!

Dès le prologue une scène (réelle? reconstituée?) donne le ton... Voici trois présentateurs de télévision  (années 1980) ils crient   "quand on parle de la valeur de la Roumanie, Ceausescu est dans nos âmes"   Mais brouillage..., une deuxième et une troisième prise..., silence! : il n’y a plus de texte sur le téléprompteur ….Il est en panne....Présentateurs muets ! Le film peut commencer

 

1981 l’épisode de la Clôture, 1982, 1985, Aujourd’hui et 1981 tels sont les cinq mouvements qui scandent la narration. Le premier le plus long insiste sur la monstruosité quasi tentaculaire de l’enquête alors que le deuxième est l'intrusion outrancière dans l'intimité d'une famille. Le troisième 1985 l’année de la mort de Mugur est tout simplement glacial (une mort non élucidée…). Le quatrième (aujourd'hui) donne la parole à tous ceux de la Securitate qui avaient œuvré à l’arrestation puis au « dressage » de Mugur Calinescu.  Jamais on n’utilisait le mot surveillance de la jeunesse mais protection ...l’enrôlement obéit à des lois strictes ; jamais de coercition, place au bon vouloir des jeunes, avant 1964 ce jeune aurait été emprisonné mais Ceausescu lui ne voulait pas de prisonniers politiques » et pendant leurs  "révélations" défilent des images de panneaux publicitaires (Vuitton, poupée Barbie) dans une ville congestionnée par un trafic intense. Pérennité d’une parole officielle dans un contexte prétendu moderne ? Le dernier mouvement (retour 1981) joue le rôle de contrepoint ; il se passe de commentaires. Voici en gros plans (avec zooms sur certains mots) les fac-similés des textes de Mugur passibles du châtiment suprême Le crime ? UN HYMNE A LA LIBERTÉ „Vrem democrație”

 

Un docufiction efficace (même si certains spectateurs en déploreront la longueur! )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 03:42

Comédie satirique de Matthew Rankin (Canada 2019)

 

Avec Dan Beirne, Sarianne Cormier, Catherine St-Laurent, Mikhail Ahooja. 

 

prix du meilleur premier long métrage canadien au Festival international du film de Toronto 2019 

et  Prix FIPRESCI de la Berlinale 2020

 

à voir sur MUBI

A Toronto à l'aube du XXe siècle, le jeune Mackenzie King rêve de devenir le Premier ministre du Canada. Mais son attirance pour un soldat britannique et une infirmière française, exacerbée par une obsession fétichiste, pourrait bien provoquer sa chute. Dans sa quête de pouvoir, King devra satisfaire les attentes de sa mère impérieuse, les fantasmes bellicistes du gouverneur général et l'idéalisme utopique d'un mystique québécois

The Twentieth Century

Vous aimez la fantaisie ? ce qui est déjanté, loufoque, débridé? Vous appréciez l’humour (québécois) ? Alors ce film va répondre à vos attentes

En effet, dans The Twentieth Century Matthew Rankin tout en respectant une certaine « chronologie » tout en s’inspirant des écrits de Mackenzie King, tout en faisant vivre des personnages réels (Arthur Meighen Albert Harper Joseph-Israël Tarte, Lord Minto) se veut moins biographe que jongleur et contorsionniste de l’image et de la couleur ; et c’est une histoire de l’identité nationale schizophrène qu’il donne à voir à travers le portrait peu flatteur du jeune Mackenzie King (le public canadien sera plus sensible à toutes les allusions c’est évident) avec une distance qui tient à la fois de la blague farcesque et du surréalisme voire de la science-fiction

 

Découpé en 10 chapitres (à la manière d’un album de famille que l’on feuillette ou d’une BD) le film suit les étapes d’une formation, les jeux d’influence -politiques et familiaux-. Voici la jeune Charlotte (tuberculeuse au pavillon des « enfants défectueux ») voici une mère castratrice -interprétée par un homme ..-Louis Negin-, aux pouvoirs divinatoires ; il (elle) est alité(e) et ... cloîtré(e). Le gouverneur fasciste Lord Minto, obnubilé par les Boers qu’il souhaite terrasser, et Joseph Israêl Tarte un gourou interprété par une femme à moustache, les deux comme illustration d’une société clivée?  ; le Dr Wakefield (Kee Chang) et son combat contre l’onanisme du personnage (avec cette image récurrente d’un cactus éjaculatoire qui peut rappeler les garçons sauvages de Mandico). Les rites de passage (massacre de jeunes phoques entre autres) sont autant de « jeux » de concurrence fondée sur l’agressivité

Oui le drapeau de la déception mériterait d’être mis en berne définitivement . Voeu pieux du jeune M King? 

 

Dès le début le spectateur est plongé -pour les scènes en extérieur- dans un univers graphique aux formes géométriques, où l’on passe avec aisance d’un niveau à un autre (horizontal et vertical) ; l’acteur qui interprète M. King (Dan Beirne) est comme un pion sur un échiquier fragmenté dans un infini bleu et opalescent. Et pour les scènes d’intérieur les couleurs dominantes épousent celles des costumes d’époque et des figures en médaillon; les deux personnages qui incarnent la « garde » sont des cyborgs à la voix inhumaine d’outre-tombe (surréalisme et science-fiction). 

 

Un régal que ce "détournement" - "relecture" de l’ascension de Mackenzie King (quand bien même on ignore l’histoire du Canada...)

Un film qui ne se   "décrit" pas (même si -c’est presque un truisme- on assiste à une démystification de la politique comme à un jeu de massacre) tant domine l’étonnante inventivité plastique!

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 février 2021 2 16 /02 /février /2021 12:28


E-DIFFUSION FILM D'ATELIER
 

Nous ouvrons un nouveau chapitre des e-diffusions, celui des films d'atelier d'éducation artistique que nous avons coordonné en partenariat avec différentes structures d'accueil.
Nous vous proposons, pour ouvrir le bal, le film d'atelier Un Printemps pas comme les autres réalisé par les enfants du Service d’accueil de jour EPHETA et accompagné de l'intervenante artistique Marie-Hélène Labat.

Ce film sera visible gratuitement pendant 7 jours, dès aujourd'hui, sur notre site internet.


MARDI 16 FÉVRIER
 

UN PRINTEMPS PAS COMME LES AUTRES
réalisé par dix jeunes de 9 à 15 ans : Abdel Malic, Alfredo, Arvinzaya, Farmata, Jamal Deem, Jamiyanbavu, Olasubomi, Oumo, Raymondo, Tayo.
Intervenante artistique : Marie-Hélène Labat

Synopsis : La crise sanitaire que nous traversons a bouleversé la vie des enfants et des adolescents. Privés du jour au lendemain de socialisation, les plus démunis d'entre eux ont subi une double peine avec la privation des seuls repères stables qui ponctuent leur quotidien.
Qu'ont-ils vécu, comment s'en sortent-ils ?

 

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 15:39

Titre original Koirat Eivät Käytä Housuja

de  Jukka-Pekka Valkeapäâ  (Finlande 2019)

avec Krista Kosonen, Pekka Strang, Ester Geislerovà 

 

Présenté à Cannes (Quinzaine des Réalisateurs) 2019

 

à voir sur Mubi

Incapable de surmonter la mort de sa femme qui s'est noyée, Juha vit replié sur lui-même depuis 10 ans auprès de sa fille en pleine adolescence. Il rencontre par hasard Mona, une dominatrice SM. Cet homme à la vie rangée prend goût à ces pratiques dans une escalade de violence qui le conduisent dans des états de transe où il parvient à se rapprocher de son épouse. Cette sexualité masochiste et son rapport étrange avec Mona dont il est dépendant le ramèneront vers des émotions qui lui permettront de faire le deuil de sa femme

Dogs Don’t Wear Pants (les chiens ne portent pas de pantalons)

« je n’aime pas l’ordinaire » affirmera  péremptoire Mona

Refus de l’ordinaire aussi dans ce 3ème long métrage du Finlandais Jukka-Pekka Valkeapää. À condition bien sûr d’aller au-delà de ces pratiques BDMS (bondage et discipline sadomasochiste) ou du moins de voir dans leur recours un moyen d’illustrer la dialectique vie/mort. Une dialectique teintée d’humour  (cf par exemple la séquence avec une prostituée où la musique d’Albinoni flirte avec les fragrances d’un parfum, les tentatives avortées de suffocation et les rires narquois de la femme)

 

Tout le film d’ailleurs obéit à un schéma duel. Dualité des couleurs (néons rouges verts, opposés au blanc gris du milieu hospitalier où Juha est chirurgien, ou aux pastels de l’appartement), des ambiances (torride perverse ou glacée) ; dualité jour et nuit ; suffocation et respiration ; douleur et sensualité, violence et bienveillance ; l’eau elle-même est  synonyme de perte (noyade de l’épouse) et de purification (image récurrente de la femme "sauvée" des flots et de la ...mémoire). Jour et nuit. Ambivalence des deux personnages principaux (Mona est physiothérapeute le jour et la nuit s’adonne à tous les sévices sur les mâles en quête de ...Juha est un chirurgien respecté, un père aimant, or une courte scène de masturbation assez « spéciale », dès le début du film,  s’en vient « tordre le cou » à certaines apparences -, une scène qui sert de prélude aux pratiques « dérangées » dont la gradation peut pactiser avec l’insupportable (épisode de la dent arrachée avec comme bande son, les jappements d’un « vrai » chien mêlés aux énormes cris de douleur…dent arrachée en écho à l’ongle arraché lui aussi et montré en très gros  plan ! ou suffocation jusqu’à l’hypoxie comateuse)

 

Juha sera donc -momentanément- ce chien qui ne porte pas de pantalon en se soumettant à tous les  diktats de la femme dominatrice, quitte parfois à les provoquer!

Lui qui  "répare" les cœurs des malades mais dont le cœur avait cessé de battre depuis la perte de l’être aimé, le sent de nouveau palpiter. 

Corps libéré, visage sans lunettes et riant -bouche édentée-  ...C’est le triomphe de la Vie que célèbre la séquence finale...dans ce bar underground très « spécialisé »

Un film qui peut gêner j’en conviens -du moins pour la thématique ; mais force est de reconnaître l'extraordinaire maîtrise formelle  et de saluer l’audace de cette sélection Cannes 2019 (Quinzaine des Réalisateurs) 

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 06:27

Pour clore cette série de films d'animation, nous vous proposons le court métrage Croque meurtre de Damien Halm et Emmanuel Lautréamont.

Ce film sera visible gratuitement pendant 7 jours, dès sa date de diffusion, sur notre site internet.


MARDI 9 FÉVRIER
 

Croque meurtre
réalisé par Damien Halm et Emmanuel Lautréamont
produit par Ecce Films

Synopsis : Harcelé par médias et internautes, un superflic à gueule de chien méchant traque l'auteur d'abjects assassinats commis au Musée du Rire.

 

 

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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 12:45

Documentaire de Carl Olsson (Suède, Danemark, Estonie ) 2020

 

à voir sur Mubi

Quand nous mourons, il reste beaucoup de détails pratiques à régler avant notre départ définitif …du « royaume des vivants »

Pratiques et rituels de l’industrie funéraire en Suède

 

Meanwhile on Earth 

Carl Olsson nous immerge dans les coulisses de tous les préparatifs (avant l’incinération ou l’inhumation ), à l’hôpital, au crématorium ou au cimetière.

Son documentaire ressemble à un collage où se succèdent des "saynètes" plus ou moins longues , toutes filmées caméra fixe en plans séquences, avec une importance accordée aux premiers et arrière-plans, dans des lieux aux couleurs froides le plus souvent (blanc gris). Personnages  muets ou prolixes (les deux  chauffeurs et les deux  fossoyeurs), aux gestes théâtralisés (une gravité empreinte de compoction)  accompagnement musical de "circonstance"  

Une façon de filmer qui rappelle Roy Andersson (rappelez-vous "chansons du deuxième étage"  "un pigeon perché... "  " nous les vivants")

En se focalisant sur les personnes qui  travaillent au quotidien avec la mort - apparemment délestées de tout affect- (pathologistes, embaumeurs, fossoyeurs, personnel des  pompes funèbres, officiants, instrumentistes, chauffeurs), refusant tout  sensationnalisme et pathos, Carl Olsson  filme une quotidienneté insoupçonnée du spectateur, celle de ces  "corps de métier"  qui s’affairent sur les  "corps morts"   "pendant ce temps sur terre"  (c'est le titre français du film).  Jamais nous ne verrons les "cadavres" (nous  devinons  leur matérialité, leur corporéité  sous des draps blancs, ou les imaginons reposant à l’intérieur de cercueils) ; jamais nous ne verrons les familles éplorées. Non que le cinéaste  "désacralise" la mort mais il promène un regard "ironique et élégiaque sur l'industrie funéraire suédoise"  et son documentaire aurait une vertu cathartique (?)

Les personnages -que nous retrouverons plusieurs fois, dans l'exercice de leur fonction-  mais filmés sous des angles différents, -hormis les chauffeurs toujours en frontal dans l’habitacle du corbillard- accomplissent un rituel avec méthode voire méticulosité (tant pour actionner les élévateurs que pour parer le corps du défunt, disposer les fleurs, gérer le tempo de l’office). Gestes presque solennels ou du moins gestes qui, malgré ou à cause de leur répétition quasi mécanique, solennisent une réalité.

 

Quant aux duos -chauffeurs, fossoyeurs- ils papotent, évoquent leurs petits problèmes domestiques. Papotages (smoothies nutritifs) et rigolades comme forces vives dans cet apprivoisement de la mort (pourquoi ne pas imaginer un dîner avec tous les fossoyeurs dans ce restaurant bien sympathique ? Propose l’un des deux)

Et pourtant trois  femmes : Saga dans une maison de retraite, une autre dans un fumoir, le visage illuminé à l’écoute des numéros gagnants du bingo, et cette autre dont nous devinons la présence avachie face à l’écran de téléviseur dans une chambre spartiate réduite aux objets essentiels de la Vie,  évoquent en creux l’antichambre de la mort. Corps en sursis. Moratoire dérisoire !

 

"viens on rentre à la maison"  dit un promeneur à son chien dans le parc où il  "accomplit"  sa balade rituelle (c’est le dernier plan)

 

Ce documentaire ne serait-il pas tout simplement un hymne à la Vie ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 17:32

 

Auteures & réalisatrices : Leila Chaïbi et Hélène Poté (France. 2016. 63 min )

Image & son : Leila Chaïbi et Hélène Poté 

Montage : Lucie Thierry 

Production & diffusion : Z’azimut Films

 

à voir sur médiapart

https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/culture-idees/un-verrou-sur-le-corps-des-femmes

"Trois Tunisiennes. Trois récits de femmes qui ont connu le « tasfih », un sortilège qui prétend protéger de toute pénétration, désirée ou subie, avant le mariage.

Les réalisatrices Leila Chaïbi et Hélène Poté parviennent à dire l’emprise d’une société sur le corps des femmes et à saisir le paradoxe de ce « verrou ». 

 

En partenariat avec Tënk.

Le verrou
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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 14:41

Premier long métrage de Salka Tanziana (Allemagne Espagne) 2020

avec Melanie Straub, Jon Bader, Ole Bader, Pilar del Pino , Amalia Amián del Pino

titre anglais For the time being

titre français Pour le moment 

 

En lice dans la compétition « bright future » festival de Rotterdam, au programme de la semaine de la critique du 70ème  festival de Berlin,  ce film est diffusé en exclusivité sur MUBI à partir du 4 février 2021 (série Festival Focus Rotterdam)

 

Larissa et ses jumeaux de neuf ans arrivent d'Allemagne pour se rendre dans  la maison familiale de leur père dans les montagnes espagnoles de la Sierra Morena. Le vol du père a été retardé, mais les invités sont accueillis par sa mère et sa sœur. Au fur et à mesure que les journées torrides passent, tout le monde essaie de se comprendre.

Tal día hizo un año

Un film qui peut tout autant séduire que fortement déplaire Certains spectateurs déploreront la ténuité scénaristique, la lenteur du rythme, le minimalisme des dialogues, l'inanité d'un "faux" projet, alors que d'autres (et j'en suis) apprécieront le mode contemplatif, l'interaction entre paysages et personnages, l'étrange sensation du temps qui s'égrène, les menaces latentes (images d'incendies dévastateurs à la télévision) et se laisseront emporter dans (et par) la torpeur de l'été.

Nous sommes dans la Sierra Morena -cette chaîne de montagnes dans le sud de l'Espagne, au nord de Cordoue- un paysage familier à la réalisatrice. Voici trois femmes: Larissa venue d'Allemagne avec ses jumeaux Ole et Jan (le prologue leur est dédié , elle au volant de la voiture, les deux enfants assoupis, elle tente de joindre leur père..) , la belle-mère Pilar -matriarche-  et sa fille Amalia . Une vaste propriété jalousement gardée (à un moment deux cyclistes égarés  se feront tancer). C'est l'été

 

Peu de paroles, intrigue minimaliste, lente succession de plans sur des paysages (certains filmés au moyen de drones) engourdis par la chaleur torride, alternance entre les intérieurs de la villa -on est allongé on sue abondamment, on consulte son portable- et les extérieurs immédiats -piscine dont l'eau fuit...bétail à entretenir- et plus éloignés -chemin qu'empruntera un des jumeaux, pont, plan d'eau. La répartition des couleurs -blanc de la villa, bleu de la piscine, ocre mordoré de la terre, vert bouteille des oliviers- obéit à une partition de l'espace alors que la stridulation incessante des cigales, les bruits suspects de tirs (présence d'une base militaire), une saute de vent soudaine  -impétuosité annonciatrice de l'orage?, le clapotis de l'eau au passage d'une barque, seront l'accompagnement sonore -avant le morceau de Plastiq et un plan final.... inattendu!

 

Un séjour "familial" où l'on peine à communiquer et dont le rite sera perturbé par les enfants (trop plein d'énergie dans la torpeur?)

Mais surtout une approche très personnelle et partant très subjective de cette cohabitation entre l'homme et la nature; l'esquisse d'une cartographie où les sinuosités des chemins à travers les oliviers et sur la terre ocre/brun semblent épouser les strates de la mémoire; ne représentent-elles pas les propres souvenirs de la cinéaste? "En cartographiant mes souvenirs j'ai pris conscience de leur texture tangible; un paysage distinct de motifs fibreux et de surfaces qui se chevauchent" 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 04:13

de Bong Joon-ho (Corée du Sud 2009) 

 

avec Kim Hye-Ja (la mère) Won Bin (Do-joon) Ku Jin (l'ami de Do-Joon)

 

Sélection officielle Un certain regard Cannes 2009

 

 

 

Une mère de famille sans histoire élève seule un fils au caractère asocial, qui passe ses journées reclus dans sa chambre. Un beau jour, un crime est commis en ville. Devant l'absence d'alibi du jeune homme, la police croit tenir en lui son coupable idéal. Sa mère décide de mener sa propre enquête.

Mother

Le film s'ouvre sur une séquence sidérante: voici un immense champ de blé filmé d'abord en travelling ascendant; une femme -être minuscule- y chemine; arrivée face à la caméra elle se met à danser, des gestes d'abord imprécis puis comme possédée par une force insoupçonnée elle entre dans une transe exultante. Le même plan nous le retrouverons -après...un acte irréparable-  comme si  le récit était un flash back (nous faire aboutir à ce plan qui se voulait inaugural). Et  la toute dernière séquence emportera la mère dans le tourbillon d'une danse fébrile à l'intérieur d'un bus  où tous les personnages féminins , dansant, sont filmés comme des ombres chinoises, personnages  floutés à l'instar de ces questionnements suspendus, sans réponse: danse échappatoire? danse refoulement? danse de l'oubli?

 

Mother, l'innommée, est présentée comme une mère aimante certes, mais qui surprotège son fils  simplet, Do-joon . Alors dès qu'il est accusé du meurtre d'une jeune fille, qu'il a signé ses aveux, qu'il est emprisonné, elle n'a de cesse de prouver son innocence. Il faut la suivre dans ses démarches, son enquête, il faut la voir  interroger, soudoyer, quitte à accuser d'autres personnes et faire "justice elle-même"...L'amour maternel est devenu une monomanie folle et mortifère (comme dans The Host, le film précédent de Bong Joon-ho, où le "monstrueux était tapi dans le quotidien"). De gros plans sur son visage au regard comme  hébété disent la douleur et la folie tout autant qu'ils laissent deviner la brûlure d'un feu intérieur inextinguible

Mother, un personnage duel: aimante et parce qu'aimante, manipulatrice; ne serait-elle pas responsable de tout? même de l'infirmité de son fils (ce qu'il révélera à un moment crucial du film!). Elle lui a enseigné à se battre quand on le maltraitait (et Do-joon devient une bête sauvage dès qu'il entend le mot "idiot"),  elle lui donne à manger comme à un bébé, elle l'accepte comme compagnon de nuit  -Do-joon retrouve sa position foetale!

Ainsi dans ce film qui a parfois les allures de thriller le réalisateur met en exergue une forme d'amour excessif, de dévorement aveugle sur fond de corruption (incompétence et/ou vénalité de tous les représentants de l'ordre social et de l'autorité; corruption thème majeur de memories of murder)

Ce qui n'exclut pas le comique ni le mélange des genres (cf la scène de reconstitution du meurtre  où musique "fellinienne" et absurde burlesque- le mannequin qui ne cesse de se briser- tempèrent le tragique de situation)

Et il y aurait encore beaucoup à dire sur le choix des lieux, leur imprégnation ou non de lumière, les faux semblants, les éclipses dans l'ombre (celle de la ruelle) qui épousent les ellipses narratives

 

A voir ou revoir sur VOD

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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