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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 08:40

De Kôji Fukada Japon

Avec Tadanobu Asano Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi

Prix du Jury Un Certain Regard Cannes 2016

Argument: Toshio et sa femme Akié mènent une vie paisible avec leur fille Hotaru. Un matin un ancien ami de Toshio réapparaît après une décennie en prison. A la surprise d'Akié Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu ce dernier s'immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette et se rapproche doucement d'Akié...

Harmonium

Une construction bipartite avec effets de miroir inversé (métamorphose des deux parents 8 ans après la " tragédie " ; tonalités différentes) une indéniable maîtrise formelle et un art de l’ellipse au service d’une dénonciation sans appel de la " structure familiale ", de ses fondements hypocrites, le film de Kôji Fukada qui a obtenu le prix du jury (un certain regard Cannes 2016) souffre cependant de longueurs en I et d’une certaine complaisance dans le dolorisme en II

Au tout début le film peut s’apparenter à une chronique familiale. Le réalisateur en dénonce d'emblée la facticité ; il semble opposer apparence (avec des plans et cadrages stricts) et dissonance (à l’instar de ce métronome qui continue à battre la mesure alors que Hotaru l’enfant a cessé de jouer..). Le manque de communication entre les époux Akié et Toshio, éclate avec l’arrivée de l’Autre (admirablement interprété par Tadanobu Asano que nous avions vu en " revenant " dans " l’autre rive "). Qui est-il ? Que cache-t-il sous des dehors obséquieux ? " là-bas on maigrit " dit-il à " son ancien ami " Toshio qui l’accueille, l'embauche, le loge et le nourrit...Quel mystère enfoui dans la conscience de Toshio ?

Jusque-là taciturne et introverti, le père sera "violent" et presque prolixe après le basculement tragique. L’Autre, Yasaka (est-il responsable de cette tragédie??) restera hors champ durant cette seconde partie mais son "fantôme" hante les consciences (Akié séduite par ses avances, le voit en rêve, Toshio lui est convaincu de subir une forme de karma). Le passé et sa " mauvaise conscience " pour Toshio, le refoulé pour Akié, victime désormais de troubles du comportement (dont la phobie de l'hygiène!)

Le huis clos initial s’est encore étréci….

 

Le parallèle entre deux plans qui se font écho (le premier immortalisé par une photo où l’on voit allongés heureux les 4 protagonistes, le second où Toshio tente de ranimer les 3 corps allongés sur la grève) est comme une rime intérieure dans un théâtre du désordre et de la cruauté... Et aux battements intempestifs du métronome se substituent les pulsations (qui vont s'amenuisant) d'un  coeur qui bat! 

 

L’histoire racontée un matin par l’enfant (en I) acquerra rétrospectivement une signification particulière: il existe une espèce d’araignées où la mère se laisse tuer par ses enfants ; la mère va au paradis affirmait Akié, non répondait Hotaru car elle aussi a tué sa mère.

Comme s'il n'y avait que l'enfer pour les araignées ….

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 06:19

de Mai Masri 2015 Palestine Liban

avec Maisa Abd Elhadi, Raida Adon, Karim Saleh

3000 Nuits

Le maire d’Argenteuil avait voulu  interdire la projection de ce film (prétexte:  il fait polémique… pour cet élu LR Georges Mothron on fait polémique quand on prend fait et acte pour les ….Palestiniens....n'était-ce pas plutôt un acte de censure à peine déguisé??)

Ken Loach en revanche (et en riposte?) en a loué la puissance : un film  "fort et important"

3000 nuits est proche en effet du cinéma vérité ; il  "libère" la parole des détenues tout en dénonçant leurs conditions d’enfermement et les aberrations d'un système; de plus vers la fin, la réalisatrice a inséré des images d’archives (le fameux échange de prisonniers...). Le film s'inspire d'une histoire vraie: le vécu d'une Palestinienne incarcérée dans une prison israélienne pour un crime qu'elle n'a pas commis et c'est entravée qu'elle a accouché..Bouleversée par ce témoignage Mai Masri décide d'en faire une "fiction"; fiction qu'elle tournera en Jordanie dans une prison désaffectée

Nous sommes au début des années 80 un peu avant le massacre de Sabra et Chatila (dont  l’écho parviendra aux détenues via le petit écran ; alors que les prisonnières israéliennes s’en réjouissent, les palestiniennes entameront une grève ..de la faim !) Rappelons que dans cette  prison "cohabitent" des prisonnières de droit commun (israéliennes) et des détenues politiques ( arabes) souvent accusées  à partir de "soupçons"  et sans preuve apparente...

Avec Layal cette jeune institutrice de Naplouse,  injustement accusée et condamnée à 8 ans de prison (soit 3000 nuits) nous allons pénétrer dans le milieu carcéral et durant presque 1h45 nous sommes immergés dans un monde de violences, de trahisons, de compromissions aussi (on essaie de soudoyer avec chantage à l’enfant). Un monde d’inégalités (les matonnes sont plus indulgentes avec les détenues israéliennes), de rapports de force (et ce, au sein de chaque groupe); un univers qui métaphorise aussi le "conflit israélo-palestinien" sans manichéisme affiché : si les matonnes israéliennes sont butées racistes inhumaines, l’avocate israélienne de Layal  tente de faire "respecter le droit international" (cf l’épisode du gaz qui met fin à la révolte des détenues est lourd d’atroces souvenirs...)

Certes, l'alternance entre violences et accalmies, brutalité et douceur (surtout l'engouement que suscite la naissance de Nour) crée un certain tempo. Mais l'ensemble de ce film est desservi par une mise en scène qui alourdit inutilement le propos et qui loin de susciter l’empathie du spectateur peut générer l’ennui. Tout est inutilement insistant. Des gros plans prolongés sur les poignets entravés, des scènes de bagarres qui virent au crêpage de chignon, la symbolique de l’oiseau trop appuyée (d’abord il volette se pose sur les barbelés ; l’infirmier offrira à Nour un  jouet -oiseau, succédané d’une liberté à (re)conquérir), les couloirs filmés tels des tunnels que l’on oppose trop facilement à ces trouées de lumière; sans oublier  la symbolique des prénoms Nour (= lumière) Layal (= nuits)  et leur dichotomie, etc.

Rien n’est "suggéré"; tout se veut démonstratif... Dommage !

Colette Lallement-Duchoze

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:51

De Davy Chou (Cambodge France)

avec Sobon Nuon, Cheanik Nov, Mean Korn

 

Présenté à Cannes (Semaine de la Critique)

 

A propos du casting "pendant 4 mois j'ai arpenté avec mon équipe Phnom Penh et ses environs à la recherche des personnages [...] Le personnage de Bora je l'ai repéré en passant à moto dans la rue, alors qu'il était rabatteur pour des chauffeurs de taxi-van. Dy l'ami de Bora était ouvrier sur les chantiers de Diamond Island. Aza je l'ai trouvée sur Diamond island aussi. Solei est un peintre très talentueux. Seul celui qui interprète Virak avait une expérience de jeu: c'est un clown

Diamond Island

Argument: Diamond Island est une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches. Bora,18 ans quitte son village pour travailler sur ce chantier; il se lie d'amitié avec d'autres ouvriers de son âge et retrouve un frère Solei qui lui ouvre les portes d'un monde excitant ....

Diamond Island

Diamond Island est autant un récit de formation -celle de Bora : venu de la campagne pour travailler sur les chantiers de cette île près de Phnom Penh , séduit par les "artifices", par la découverte de l’amour, il "mûrira"…- qu’un film sur une nation en construction et dont Diamond Island est la métaphore

La scène d’ouverture nous plonge dans le milieu rural dont va s’extirper Bora (en écho suite à la mort de sa mère il peinera à retrouver l’arbre-liane, lui-même se confondant avec la végétation ...). Milieu campagnard comme matrice originelle (que Solei le frère retrouvé miraculeusement...a reniée depuis 5 ans….) ; matrice sur laquelle va se construire un autre univers auquel l’insert d’un montage numérique vantant le projet immobilier et la cité lumière donne son côté tapageur voire kitsch. Mais la réalité que vit Bora, le jour, au quotidien est tout autre : de vastes panoramiques sur les poutrelles les immeubles-carcasses de béton des plans plus rapprochés sur les baraquements destinés à ces ouvriers sous-payés (contraints de faire des heures supplémentaires au risque de leur vie) illustrent ce paradoxe apparent -mais inhérent au capitalisme mondialisé- participer à la construction d’un « paradis terrestre » tout en sachant qu’on en sera irrémédiablement exclu

 

Cette dialectique est au cœur de ce film à la fois solaire et ténébreux ; non parce qu’il joue sur les oppositions entre les scènes nocturnes et la dure réalité du quotidien mais parce que ce sont les lumières de la nuit et leurs phosphorescences -fête foraine, frisbees luminescents, dancings, etc.-  qui accompagnent les visages d’une jeunesse en quête précisément de "lumière" : corps en perpétuel mouvement, regards étincelants, sourires émerveillés, motos ou voitures décapotables, tout exprime la passion pour cette modernité incarnée ici même à Diamond island

Une insouciance apparente mais … Solei- le mélancolique et ténébreux- connaît le "prix" de ce rêve « occidental »

Et ce n’est pas pur hasard si le film se clôt sur un karaoké où des voix en se dédoublant chantent « faux » ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS que les spectateurs présents lors de la rencontre avec le réalisateur apportent ici leur point de vue!....

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 19:42

De Pablo Larrain (Chili, France)

 

avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Pablo Derqui, Mercedes Moràn

 

Argument: 1948 La Guerre Froide s'est propagée jusqu'au Chili. Au Congrès, le sénateur et écrivain Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Oscar Peluchonneau le soin de procéder à l'arrestation du poète....

Neruda

 

Ce film décevra les admirateurs du grand poète et homme politique communiste que fut Neruda.
 
En effet, pourquoi avoir choisi une séquence de la vie de Neruda pour développer sur toute la durée de la fiction une traque policière sur un ton farfelu, baroque, décousu, totalement irréaliste, historiquement peu crédible, frisant parfois les personnages de BD?
N’importe quel autre personnage que le célèbre poète aurait fait l’affaire pour ce faux thriller politique : l’histoire du chat et de la souris , l’admiration réciproque entre les protagonistes ennemis, leur complicité implicite ne sont pas convaincantes!
Le jeu des acteurs proche du comique sur un fond d’Histoire tragique du Chili  ne prête pas à rire ni même sourire et le choix du réalisateur m’a profondément agacé.
 
Il est vrai que le film n’aurait pas eu le même succès si le sujet n’était pas Pablo Neruda... .
 
Le film contrairement au Chant Général est une petite arnaque qui ne restera pas dans les annales.
 
Serge Diaz

 

Avec dérision et insolence Pablo Larrain nous brosse un portrait de Pablo Neruda, épicurien, dandy et qui paraît parfois loin des préoccupations du peuple, mais dont les poèmes et sa force créatrice débordent et inondent le film.

Dans ce film Pablo Larrain, à l'instar de Santiago 73 post mortem, de No et El Club continue l'analyse critique de l'histoire de son pays, avec ironie et liberté qui préfigure la dictature à venir. Un certain Pinochet, qu'on aperçoit à la tête d'un camp de prisonniers, attend son heure

Un film à voir absolument

Claude 9/01/2017

 

 

 

 

 

On ne saurait reprocher au réalisateur d'avoir refusé le genre "biopic" et l'hagiographie; il a choisi - pour la courte période qui l'intéressait- de faire un film "à la Neruda" plus que "sur Neruda",  d'où cette construction à la fois poétique, cubiste qui n'exclut pas l'ironie l'humour ...
J'eusse aimé encore plus de "folie" baroque (à la Jodorowski)
Après la projection ma première réaction fut de réécouter Grieg et l'adagio de Barber entre autres

Colette 11/01/2017

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 06:39

De Fanny Ardant 

avec Gérard Depardieu Emmanuelle Seigner Paul Hamy 

 

Argument: "Dans une résidence secrète où Staline vieillissant est venu se reposer quelques jours, un jeune peintre, Danilov, vient présenter au dictateur son projet artistique d’un monument posthume à sa gloire. Lidia, la maîtresse de Staline, a sélectionné Danilov et son œuvre parmi d’autres artistes et c’est elle qui l’introduit auprès de Staline. Par ce choix, c’est aussi sa vie qu’elle joue dans cette rencontre qui n’est pour elle et Danilov qu’un jeu de dupe, de mensonges et de terreur".

Le divan de Staline

Adapté du roman de Jean-Daniel Baltassat, (Seuil 2013), Le divan de Staline a permis à  Fanny Ardant de faire concorder sa "passion pour la Russie", et l'amour qu'elle porte à Depardieu "Dans l’histoire que je voulais raconter, Gérard allait apporter son ambiguïté, sa connaissance des êtres humains, son goût du jeu et de la séduction, son intelligence brillante mais sa vulnérabilité malgré tout"

De fait Depardieu envahit parfois l’écran de son énorme stature, pousse ses gueulantes (à pétrifier son personnel) ou retrouve son phrasé quand il est en tête-à-tête avec sa maîtresse ; presque pathétique quand il évoque l’unique amour de sa vie ; souvent cynique -suscitant la peur qu’il lit d’ailleurs dans un regard une expression – il scrute interroge détecte le mensonge sous les dénégations « non je n’ai pas peur » (chacun sait que c’est sa pire ennemie) ; monstrueux quand il signe les arrêts de morts d’insurgés, ou se moque de cette femme qui se pâme gisant à même le sol après avoir baisé sa main…

Il a beau conspuer le fou de Vienne le charlatan il se « prête au jeu de l’analyse (la maîtresse remplacera  Freud dans l’interprétation des rêves) « Que Staline dorme sur le divan du charlatan viennois, j’en connais à qui ça plairait de l’apprendre »

Est-ce le même qui de sa fenêtre scrute avec ses jumelles les allées et venues de sa maîtresse dans le jardin jusqu’à l’atelier du peintre ? 

L’ambiguïté c’est ce qui intéresse la réalisatrice qui élégante dans ses propos a su convaincre hier soir le public ; avec ce timbre de voix,  ces gestes de « danseuse » -tortiller ses cheveux et sa jupe- sa connaissance de la littérature russe, ses convictions, elle est sans doute la personne idéale pour promouvoir son propre film. Un film tourné au  Portugal avec des « locaux » comme acteurs/figurants, Renato Berta comme chef opérateur. « Mon film je le voulais tel un conte avec ces grilles qui s’ouvrent (début) et se ferment à la fin ; je tenais à la présence de ce chien qui s’échappant de la meute est désormais hors murs, hors prison »

Un brouillard omniprésent, une ambiance entre chien et loup ; une bande-son qui emprunte aux grands compositeurs russes ; une mise en scène plus proche du théâtre filmé (pour la réalisatrice les personnages principaux devaient représenter des archétypes) où la troupe des sbires masculins et le chœur du personnel féminin ont perdu toute identité voire toute âme tant ils sont tétanisés par la peur.

Ce huis clos de facture classique donnera peut-être l’envie de lire le roman de Jean-Daniel Baltassat

Au final un exercice de style où tout est si « appuyé » que la plongée dans l’intimité chimérique du bourreau ou son pouvoir mortifère de distiller en permanence la peur, sont purement formels...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Le divan de Staline
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 05:51

De Marco Bellocchio 

Avec Nicolò Cabras, Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino 

 

Présenté en ouverture de la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes,

 

 

Argument: Turin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale. Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

Fais de beaux rêves

Elle vient de lui susurrer « fais de beaux rêves » il est endormi ; déflagration ; elle est morte; l'enfant sera désemparé.... Le film de Bellocchio adapté d'un roman autobiographique de Massimo Gramellini, met en scène cette "blessure originelle" Massimo adulte saura-t-il, pourra-t-il se libérer de ses "démons intérieurs"?

 

Elle danse, filmée à hauteur des yeux du jeune Massimo, elle danse et entraîne son fils dans ce rock endiablé . Nous sommes à Turin 1969 Massimo a 9 ans

Il danse lors des noces de diamant du grand-père d’Elisa ; il danse et entraîne Elisa dans ses mouvements acrobatiques sous les regards et sourires complices des invités et leurs applaudissements. Massimo a quarante ans.

Deux scènes en écho ; deux scènes fondatrices ; deux scènes ouvertes à toutes les connotations ; amour fusionnel dans l’une, amour rédempteur dans l’autre ?

 

Enfant adolescent adulte Massimo reste hanté par le sourire de sa mère tragiquement disparue ( on lui a « caché » les circonstances exactes de sa mort)

Des va-et-vient entre deux périodes (1969 et fin des années 90) des flash back -ce qui n’exclut pas des ellipses- ponctués de clins d’oeil à la « réalité » italienne ( V Gassman sur petit écran, séries Belphégor, rappel du drame de 1949) ainsi se construit le film à l’instar de la « reconstruction » mentale et psychologique de Massimo.

Car c’est à partir du présent de son enfance que les doutes les peurs voire les angoisses hantent le présent de l’adulte. Belphégor longtemps sollicité n’est plus un sauveur. De même c’est à partir de l’appartement (Massimo doit le vider pour le vendre) que s’élabore cette « reconstruction » - La dernière image du film -souvenir d'un jeu de cache-cache où mère et enfant sont blottis dans un meuble- a certes une connotation oedipienne… Mais on est loin des clichés faciles (se débarrasser de son passé en se débarrassant des meubles qui l’ont abrité)

La gouvernante qui repousse l’enfant en manque de caresses, la relation quasi incestueuse entre Enrico (l’ami de Massimo) et sa mère (Emmanuelle Devos) , la photo truquée à Sarajevo, les mensonges entretenus sur les circonstances de la mort de la mère, autant de moments de critique acerbe alors que la lettre réponse dans le journal la Stampa, (c’est la première fois que Massimo exprime sa douleur d’éternel orphelin…) est peut-être une étape vers...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 13:52

de Kenneth  Lonergan 

avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges

 

argument: Après le décès de son frère,  Lee un homme solitaire et peu aimable est désigné comme le tuteur de son neveu. A son contact il se retrouve confronté à un passé tragique dont il ne s'est jamais remis...

Manchester by the sea

Qui est ce personnage solitaire, taciturne accomplissant des gestes répétitifs comme gardien d'immeuble dans la banlieue de Boston, alors que la scène d'ouverture -sur le bateau de pêche avec son frère et son neveu- nous l'avait montré enjoué?

Une série de flash back  incessants va mettre en parallèle présent et passé; à l'insouciance du père, de l'époux aimant qu'il fut, s'oppose la brisure d'un homme désormais rongé par la culpabilité. Et progressivement -par bribes- le passé - à la chronologie éclatée- sera  exhumé

La séquence du trauma d'abord restituée sans bande-son puis sous forme de huis clos où se libère la parole de Lee, est la clé de voûte de ce mélodrame. Oui il est coupable d'une négligence fatale. Il est condamné (il se condamne) à errer tel un fantôme, un "mort-vivant"

A la mort de son frère aîné il est chargé de la tutelle de son neveu Patrick (la mère était une alcoolo notoire...) . Non seulement il doit revenir dans la ville de son enfance mais il lui faut assumer un héritage dont il se serait volontiers passé. Prémices d'un long et lent cheminement vers la "rédemption"? Pas sûr

A l'inverse, Patrick ne se laisse nullement enfermer dans la douleur du deuil (les séquences "amoureuses" jamais abouties  -bien que téléguidées et "appuyées"- sont censées apporter un semblant d'humour...)

Le seul intérêt de ce mélodrame serait l'harmonie entre les paysages côtiers baignant souvent dans une lumière voilée (encore que certains plans et cadrages font penser à des cartes postales au chromatisme éculé...) et la mélancolie du personnage

Personnage admirablement interprété d'ailleurs par Casey Affleck. Quel que soit le contexte, la rondeur enfantine de son visage, les yeux embués -scènes de bistrot ou de bagarres- ou rieurs et comme illuminés, sa façon d'être là hic et nunc, ses silences ou ses prises de bec, tout concourt à faire de son jeu d'acteur une véritable performance 

Sinon c'est le triomphe du mélo, avec l'adagio d'Albinoni: un comble!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

"Il  y a au cinéma 4 catégories dans lesquelles tous les films peuvent se retrouver. Première catégorie : la grande qualité que les gens ne reconnaissent pas. Deuxième : la grande qualité que les gens apprécient. Troisième: la mauvaise qualité que les gens prennent pour de la bonne. Et quatrième catégorie: la mauvaise qualité que personne n'aime. Je vous laisse décider où ranger Manchester by the sea " Kenneth Lonergan (extrait d'une interview)

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 20:28

Documentaire réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbato (USA, Allemagne)

Mapplethorpe : look at the pictures

Robert Mapplethorpe, photographe américain mort du sida à 42 ans en 1989, avait dit-on le côté libertin d’Arthur Rimbaud, la poésie de Jean Genet et l’intérêt pour le corps sculptural de Michel-Ange

Le sénateur qui éructe en conspuant la morbidité  de ses photos et qui veut interdire une rétrospective n’était pas de cet avis… C’est sur cette séquence que s’ouvre le biopic (soit juste après la mort du photographe)

 

De facture classique, ce documentaire suit le parcours de Robert Mapplethorpe (depuis l’enfance dans une famille catholique du Queens, puis l’époque du Chelsea Hotel avec Patti Smith jusqu’à la dernière soirée qu’il organisera dans  un dévergondage de luxe). Chaque étape est commentée (avec force détails   dont certains assez truculents) par nombre de personnes interviewées : la soeur et le frère, les amis, les amants, les galeristes, etc.

Certains ne cachent pas une certaine gêne notamment devant l'autoportrait avec un fouet enfoncé dans l'anus, d'autres insistent  sur sa soif de reconnaissance,  sur son opportunisme, sur sa provocation ou sa jalousie (avec Andy Wahrol par exemple) mais tous reconnaissent sa liberté artistique et sexuelle face à l'intolérance et l'homophobie et ne remettent nullement en cause son talent (une scène -trop rapide- le montre en train de chercher cet instant de fulgurance, quand il impose tel ou tel geste, tel ou tel mouvement à peine perceptible, à ses modèles )

 Et à travers ce "portrait" c'est toute une époque qui revit: celle des lieux underground notamment  (le club gay Mineshaft, qui par la suite.sera fermé ..)  

 

Il "photographiait les fleurs comme des bites et les bites comme des fleurs"  C'est  avec la banane, bite revolver, qu'il a fait sauter un verrou. " Le sexe est magique; si vous le canalisez bien il y a plus d'énergie dans le sexe que dans l'art"  affirmait-il.

Non pas un pornographe -le porno cherchant   à provoquer l'excitation- mais un "artiste" qui veut  montrer la  "perfection de l'acte sexuel, la sensualité

Photo-érotisme plus que porno donc !

 

Cela étant, ce biopic très documenté  (certaines interviews d'archives inédites sont rendues publiques pour la toute première fois, dit le dépliant) est loin d'être aussi "sulfureux" que le fut Robert Mapplethorpe et dans sa vie et dans son oeuvre! Il serait même soft par rapport à Larry Clarke. Et la multiplicité et le défilement rapide des points de vue, censés garantir l'authenticité des faits rapportés, nuisent  trop souvent à l'écoute d'une autre présence celle qui émane majestueuse de  tous ces clichés (en couleur ou en noir et blanc) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Mapplethorpe : look at the pictures
Mapplethorpe : look at the pictures
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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 07:57

Documentaire de Thanos Anastopoulos et Davide del Degan (Grèce Italie)

Présenté à Cannes (Hors Compétition)

 

Argument: Au Pedocin, plage populaire de Trieste, hommes et femmes sont séparés par un mur de béton. Bienheureux dans l'entre soi, chacun amène sa vie avec lui et nourrit ce lieu unique et pittoresque...

L'ultima Spiaggia

Trieste: Une ville européenne au carrefour de diverses cultures ? des "plagistes"  témoins d’une Europe vieillissante, finissante ? Un mur de "séparation" métaphore d’autres murs ?? Autant de questions qui s’imposent au spectateur !!

Les deux documentaristes s’en tiennent, tels des entomologistes, à l’observation d’une vingtaine de plagistes du troisième âge..(en contrepoint la caméra peut suivre un couple de jeunes filles sur le parking extérieur). Ils les filment en groupes (les femmes ou les hommes en alternance ; et rarement une vue aérienne sur l’ensemble  s’en vient abolir la « frontière » de séparation des "sexes"). Des  duos en plans moyens ou encore gros plans sur une personne isolée. Corps dénudés bourrelés à la  peau tannée, ces seniors goûtent les joies du farniente : étaler sa chair -souvent flétrie - en offrande au soleil, boire, chanter, nager ; on joue aux cartes, on discute politique on commente de petits événements, on s’étonne de la disparition de untel ; on se rappelle son passé (héritage balkanique) on parle italien, triestin et même serbe. Rien ne semble les troubler ni ce passage au loin de cargos ou paquebots de luxe, ni la mort prématurée de une telle, ni le problème des migrants  (hormis cette réflexion « je ne mange plus de poisson depuis qu’il y a eu des morts dans la mer »)

Un bonheur simple comme l’innocence retrouvée (celle qui ne connaît ni fard ni calcul) ? Un bain de jouvence dans une ambiance cosmopolite ?

Moins qu’il y paraît. Car si « ultima spiaggia » signifie aussi « ultime chance » cette plage ne représente-t-elle pas pour eux cette région intermédiaire d’avant la mort ? (un homme le dit d’ailleurs expressément). Des images d’ensemble sur les bâtiments administratifs vieillots en mauvais état disent les ravages du temps. Hors saison la plage vivote sous un ciel gainé de gris et les derniers plans du documentaire la figent telle une carte postale….

 

Un kaléidoscope de la liberté nonchalante dans un éden balnéaire coupé du monde ? Certes, mais beaucoup trop long il émousse l’attention et l’intérêt du spectateur….

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

L'ultima Spiaggia

 

merci pour votre commentaire auquel j'adhère. Je me permets de vous signaler que "spiaggia" signifie plage et non chance. Ce titre donne sans doute plus de subtilité au scénario.

Isabelle Lepicard 21/12/2016

Bien sûr

mais "essere  all'ultima spiaggia" (être à la dernière plage) est une expression -comme je le signalais- qui signifie le dernier recours, le dernier espoir, la dernière chance...

Colette 21/12/2016

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 06:04

De Jim Jarmusch (USA) 

avec Adam Driver, Golshifteh Farahani, Kara Hayward

Présenté en compétition officielle festival Cannes 2016

Argument: "Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg,aujourd'hui  en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…"

Paterson

Composé de 7 tableaux correspondant aux 7 jours de la semaine ce film n’est répétitif qu’en apparence. Si  Paterson accomplit chaque jour les mêmes gestes, Jim Jarmusch ne les filme pas de la même façon -ajout de détails, changements de cadres ou d’angles de vue, variations des plans ; un rituel non pas du  ressassement mais de l'accomplissement..Pour exemples : le plan sur le couple avant le réveil (c’est sur lui que s’ouvre chaque tableau) est certes cadré de la même façon mais il fait varier la position des bras du visage des corps alanguis dans un drapé dont les plis n’épousent pas toujours ni de la même façon, le corps des endormis ; la montre « magique » indiquera 6h 10 puis progressivement 6h30 ; le bus au volant duquel Paterson sillonne les rues de la ville  peut être filmé en frontal ou en travelling latéral ;avec ou sans les reflets des façades...On pourrait multiplier les exemples !

Mais ce qui frappe ce sont tous les effets spéculaires au service d’une évidente gémellité. Le premier jour en se rendant au dépôt de bus, Peterson croise deux vieux assis sur un banc public, des sosies ; parmi les passagers voici -un autre jour- deux petites filles,des jumelles (or Laura venait de rêver être la mère de jumeaux) ; gros plan sur deux chaussures de deux garçons ; les poèmes qu’écrit Paterson dans son carnet secret sont d’abord imaginés récités en voix off.  D’ailleurs le cinéaste joue sur le nom propre  Paterson : simultanément patronyme de la ville (New Jersey), nom du personnage principal qui conduit le bus Paterson 23 et titre d’un recueil de poèmes de William Carlos Williams…Le Même et pourtant  Autre, le Même et son ondulante phonie démultipliée! 

Est-ce le réel qui est transfiguré quand le réalisateur recourt au flou et aux surimpressions ? Le pouvoir « poétique » de l’écriture qui réenchante le monde ?

Paterson  puise son inspiration dans le réel qu'il capte souvent dans des bribes de conversation. Ses écrits - prose poétique ou poésie prosaïque- font référence à Williams Carlos Williams qui avait dédié une ode à sa ville. Jim Jarmusch les a empruntés à Ron Padgette (cf le générique de fin), mais il a écrit celui que récite une gamine « la verse »… et la rencontre entre le chauffeur et cet enfant/poète a la  vertu magique  de toute épiphanie ! 

Par son jeu impassible, par son équanimité, par sa démarche assez raide - qui contraste avec l’exubérance de Laura- l’acteur Adriam Adam donne paradoxalement de l’épaisseur au personnage (là où d’autres en feraient un impavide falot).

On pourra reprocher l’excès de théâtralité dans la scène ultime où Paterson rencontre un poète japonais (même si  cet événement est censé livrer le sens de tout le film et si le décor a le rendu de certaines estampes), l’humour un peu facile et appuyé qu’illustrent les grognements du chien Marvin (désapprobateurs ou non) ainsi que l’enthousiasme souvent naïf de Laura.

Qu’importe ! Paterson est un film à voir absolument tant  son réalisateur  sait réinventer le quotidien le plus banal, grâce à et par la poésie !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

éprouvé un pur bonheur tout au long de ce film et à la sortie. Trés difficile de retrouver en ligne les textes des poèmes du film. Leur incrustation sur l'image dans cette typographie si légère et la diction très pesée, posée, contribue à nous transporter. "Currently our favorite brand is Ohio Blue Tip..."

Guy Foulquié 1/02/2017

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