3 septembre 2021 5 03 /09 /septembre /2021 04:25

d' Andreï Kontchalovski (Russie  2020)

avec Julia Vyssotskaïa,  Andreï Goussev, Ioulia Bourava

 

Prix Spécial du Jury à la 77ème Mostra de Venise

 

À Novotcherkassk, petite ville industrielle de l’URSS des années 60, Lyudmila est une communiste convaincue et membre du pouvoir exécutif local de la ville. Son idéologie est profondément ancrée dans le stalinisme et elle fait une confiance aveugle à son gouvernement soviétique. Après une sanglante répression de la grève des ouvriers de la ville, Lyudmila va néanmoins tout faire pour retrouver sa fille qui a disparu lors des manifestations…

Chers camarades

 

Si on ne peut plus croire au communisme, alors il nous reste quoi ?

Certes le réalisateur rappelle à notre mémoire la répression sanglante d’une grève (les événements de juin 1962 à Novotcherkassk seront occultés jusqu’en 1992). Mais à travers l’itinéraire d’une femme, membre du comité local, fervente admiratrice du défunt Staline, à l’ère de la « déstalinisation » entreprise par Khrouchtchev, mais qui en tant que mère voit sa foi, ses idéaux vaciller, se fissurer, il rend palpable un basculement et sans oublier vraiment les enjeux initiaux il les humanise, les inscrivant dans une histoire personnelle qui pourrait être universelle

Après les somptueuses couleurs ocres ambrées et les ambiances « renaissance italienne » du biopic Michel Ange, Konchalovsky a choisi pour « chers camarades » le noir et blanc. Pourquoi ? l’histoire russe et soviétique est toujours en noir et blanc, très manichéenne. La mentalité russe n’a pas de gris, de neutralité, c’est toujours les extrêmes. C’est très médiéval finalement affirme-t-il non sans humour non sans cynisme. Mais ce faisant c’est aussi un hommage au cinéma russe, à une forme d’académisme qu’accentue le format 1,33 :1 (qui rappelons-le enferme le(s) personnage(s) dans le cadre). Et la comédienne Julia Vyssotskaïa , femme du réalisateur, théâtralise par son jeu certaines « situations » (cf les réunions où s’affrontent les représentants du KGB et ceux de l’Armée, la tourmente d’une épicerie assaillie par la foule affamée qu’elle parvient à juguler grâce à «son « laisser passer », la confrontation grévistes et forces répressives qu’elle défie à la recherche de sa fille, etc.)

Une scène -parmi tant d’autres- au puissant symbolisme :  Lyudmila est assise sur un banc public (dévastée par l’attente torturante…sa fille est-elle vivante ?)  elle regarde une chienne qui vient de mettre bas, ses chiots tètent avec avidité, pour leur …survie... alors qu’au même instant la Russie cette fameuse Mère Russie « massacre ses propres enfants »…

Comme dans Paradis le réalisateur préfère suggérer plutôt que montrer avec insistance (la place maculée de sang qu’on doit de nouveau asphalter tout comme on ensevelit l’histoire sous une chape de silence, une chaussure comme métonymie de l’ampleur de la répression) et comme dans le film de 2016 aussi les héros seront volontairement ambivalents ; c’est que le réalisateur traque ce qu’il peut y avoir à la fois de pur et de corrompu dans la croyance aveugle en un système.

Un film au titre ironique à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 06:30

écrit et réalisé par Eugène Green (France Pays basque) 2020

coproduit par les frères Dardenne 

avec Saia Hiriart, Lukas Hiriart, Ainara Leemans, Thierry Biscary..

 

La déesse Mari confie au Diable ses deux fils, nés d’un père mortel, pour leur éducation. Lorsqu’ils atteignent leur majorité, l’un, Mikelats, décide de rester auprès du maître, tandis que l’autre, Atarrabi, s’enfuit. Mais le Diable réussit à retenir son ombre.

Atarrabi & Mikelats (un mythe basque)

 

Le film s’ouvre (comme la Sapienza, et le fils de Joseph) sur des « images » de contemporanéité qui l’apparenteraient à un documentaire (ici des panneaux de signalisation et des vues de Saint Jean de Luz) ; ….Mais très vite le cinéaste invite le spectateur à pénétrer dans une terre de fiction (une grotte entre autres qui rappelle une cave de DJ) après l’avoir guidé avec cet exergue emprunté à Pessoa « le mythe est le rien qui est tout »

C'est  à la "renaissance"  d’un mythe basque que nous allons assister, un mythe que l’art -consommé- d’Eugène Green revisite avec sa science  des cadrages et de l’architecture, sa répartition des couleurs contrastées (le rouge et le blanc à la Zurbaran)  et  par la toute-puissance de la parole -importance de la diction pour restituer une "langue qui structure la pensée à l’envers"  ainsi, on commence par l’aboutissement et l’on remonte vers la cause (cf le dépliant dans le hall de l’Omnia)

 

Voici deux frères, deux parcours, deux destins (jusqu’à l’ordalie) deux conceptions de la « grâce », du Bien, du Mal (leur mère, la déesse Mari était à la fois lumière et ténèbres. Le diable éducateur ravit l'ombre d'Atarrabi au moment de sa "fuite";  or celui qui n’a pas d’ombre ne peut recevoir la lumière  et ce sera sa malédiction !! ). Dichotomie et opposition qu’illustrent les chorégraphies chantées contrastées, les « théories », le champ contre-champ,  le montage alterné et qu’irradie la dialectique ombre/lumière 

 

 

La critique sociale affleure çà et là, elle peut se lire dans la scène cocasse des « baigneuses » (bizarrement transformées en nains …elles paraboliseraient la théorie du « genre » ? ),  dans la représentation subliminale du diable (il écoute du rap, fait le DJ, les dits « modernes » sont de son côté ; alors que les plus « classiques » seraient incarnés par Atarrabi et son âne – Je ne sais pas si je suis moderne. Je voudrais servir répond-il aux nains)

 

« tu fais partie du monde vivant », dit Atarrabi au rocher. L’homme seul possède la parole, mais toi tu nous entends » lui dit le hibou. Oui C’est bien un modèle de relation et de partage sensible, propre au monde vivant, qu’offre le réalisateur face à l’opposition des frères – et nous retrouvons dans ce film habité, les thèmes qui lui sont chers : le don de soi et une certaine forme de mystique

 

Dans ce film complexe, à la beauté formelle exigeante, Eugène Green rend hommage à la langue basque, une langue qui -après le nationalisme castillan franquiste en Espagne et le centralisme uniformisateur en France- avait pu enfin  "renaître"

Mais il est vrai que la diction neutre et le "statisme"  des acteurs/ récitants -filmés souvent de face-, auront leurs détracteurs !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 09:10

 

 Court métrage de Bruno Collet (12' 2019)

 

A voir en accès libre sur le site KUB

 

Mémorable - KuB (kubweb.media)

 

 

+ entretien  +  clip making-of 

 

 

 

Lire (ou relire)  le commentaire (mars 2021 sur le blog cinexpressions)

 

Mémorable - Le blog de cinexpressions

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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 06:18

de Cédric Jimenez (France 2019)

avec Gilles Lellouche (Grégory) Karim Leklou (Yassine) François Civil (Antoine)

 

Présenté hors compétition festival Cannes 2021

2012. Les quartiers Nord de Marseille détiennent un triste record : la zone au taux de criminalité le plus élevé de France. Poussée par sa hiérarchie, la BAC Nord, brigade de terrain, cherche sans cesse à améliorer ses résultats. Dans un secteur à haut risque, les flics adaptent leurs méthodes, franchissant parfois la ligne jaune. Jusqu'au jour où le système judiciaire se retourne contre eux

 

 

BAC Nord

 

 

(Dès le prologue, le public est averti: BAC Nord est  une fiction librement inspirée du scandale de 2012 au sein de la brigade anticriminalité de Marseille : 18 de ses membres avaient été déférés en correctionnelle pour trafic de stupéfiants et rackets;  tout comme le générique de fin l'informera sur le  "destin" des trois baqueux à leur sortie de prison) 

 

BAC Nord -  fiction aux allures de documentaire parfois-  est un film « nerveux » ( de par son rythme) viril  (au sens où  ça gueule ça éructe ça cogne ça montre ses biceps) obéit à un tempo -alternance séquences « musclées » au rythme effréné et scènes plus intimistes-, avec pour acmé  la longue et impressionnante séquence d’assaut ; la mise en scène est « immersive » (j’avais proposé de ne pas trop introduire les actions et les personnages pour être toujours dans le vif, revendique le réalisateur) Gilles Lellouche faisant la promo de ce film use et abuse de cette épithète ; de même, en assimilant Bac Nord à un « western urbain » non seulement il insiste sur le côté « grand spectacle » mais il semble oublier que les poursuites les chevauchées le manichéisme typiques du western américain avaient contribué -de par leur force politique intrinsèque - à réécrire l’histoire des USA….

En faisant des « quartiers nord » (que d’ailleurs il ne filme pas) une masse d’affreux jojos de dealers de balances Cédric Jimenez occulte (délibérément ?) une réalité « sociale » que d’autres cinéastes -tout en refusant les clichés réducteurs et manichéens- ont su porter à l’écran (cf Les Misérables de Ladj Ly)

 

Certes des aspects et non des moindres sont abordés parfois frontalement (la politique du chiffre principe cardinal depuis le passage de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur ; plus je fais mon métier moins je le fais déplore un policier  cantonné à des tâches administratives; les « rodéos urbains » contrôlés; et l’IGPN cette police des polices tant haïe de ceux qui œuvrent sur le terrain) MAIS leur traitement dans ce film équivaut trop souvent à exonérer les baqueux ripoux de toute responsabilité

 

Suivre des unités d’intervention (ici 3 baqueux Grégory, Yassine et Antoine, interprétés par Gilles Lellouche Karim Leklou, et François Civil) est une chose. En faire les victimes à la fois d’un système gangrené  qui exige  du « rendement », et des "voyous" qu'ils sont censés "désarmer",  se contenter de survoler la situation des quartiers nord, est un choix à la fois politique et idéologique.

On en doute ? il suffirait pourtant d’analyser quelques scènes, d’isoler quelques plans (cf dans la deuxième partie (après l’arrestation) la façon de filmer au plus près les visages les regards apeurés les pleurs qui perlent sur la joue de Gilles Lellouche (qui a la larme facile dans ce film), la réunion des « camarades » chez la femme de Yass (justifiant leur  désolidarisation) ; bien plus, filmés au plus près,  soumis à de fortes pressions, gardant leur « sang-froid » face à une « meute » qui éructe hurle provoque,  les 3 baqueux forcent l’admiration…!!.

Oui!  ils ont franchi la ligne jaune (récupération de l’argent des trafics, partage de butin, détournement de l’argent saisi, rémunération des indics avec de la drogue) mais ne sont-ils pas  les  boucs émissaires de jeux politiciens et des victimes ...C'est ce qu'affirme, illustre et démontre Cédric Jimenez  Conclusion le rackett se fait en toute bonne foi,  tout errement est  justifié 

Condamnés,  ils clameront leur innocence (sens étymologique) 

Pôvres pôvres baqueux !!!!

 

Ite missa est 

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 août 2021 7 22 /08 /août /2021 06:07

de Tony Gatlif  France 2020

avec David Murgia (Tom) Slimane Dazi (Ulysse), Karoline Rose Sun (Stella) , Suzanne Aubert (Suzanne)

 

Festival Cannes 2021

 

Dans la mystique Camargue, Tom Medina débarque en liberté surveillée chez Ulysse, homme au grand cœur. Tom aspire à devenir quelqu’un de bien. Mais il se heurte à une hostilité ambiante qui ne change pas à son égard. Quand il croise la route de Suzanne, qui a été séparée de sa fille, Tom est prêt à créer sa propre justice pour prendre sa revanche sur le monde…

 

 

 

Tom Medina

 

Il interprétait le fiancé fougueux de Geronimo (Geronimo 2014) le voici dès la première séquence de Tom Medina dans les arènes d’Arles remplaçant un toréador superstitieux (fantasme ou réalité ?). David Murgia son sourire, son ardeur impétueuse.

Dans ce film au titre  éponyme, Tom Medina  incarne l’audace du matamore et la fragilité de l’enfant cabossé par la vie, le charmeur et l’oiseau blessé, le fantasque, le poète, le justicier. Il est de tous les plans -souvent en duo avec Ulysse, Suzanne ou Rose, filmé de près (visage sourire regard pénétrant) De plain-pied dans le réel (dont l’embourbement liminaire pourrait être la métaphore) et simultanément dans cet ailleurs halluciné où il affronte l’énorme taureau blanc. Le film est ainsi traversé de ces fulgurances oniriques qui avec les images somptueuses de la Camargue (marais, chorégraphies de flamants, cavalcades) le parent de cette magie qui sert de contrepoint à l’aspect erratique du scénario et du montage (ce film n’a-t-il pas été tourné juste avant le premier confinement de mars 2020 ?).

Flamboyant le film l’est aussi par sa musique. Chants gypsies, musique gitane certes mais aussi rock hurlé de Karoline Rose Sun (qui interprète Stella, la fille d’Ulysse) C’est que « les forces telluriques traversent le delta camarguais bousculent les âmes et la musique est son medium »

 

Les plaies d’un passé, (Tom le taiseux les confiera, vers la fin du film à Ulysse), sont encore béantes   Et dans ces plaies, se devinent tel un  palimpseste, des éclats d’autobiographie. Rappelons tout simplement cet épisode des années 60 -Michel Boualem Dahmani dit Tony Gatlif a quitté l’Algérie natale pour la métropole- où un juge pour mineurs l’expédia, entre deux maisons de correction, auprès d’un éducateur et éleveur de chevaux. Ce « gardian » est devenu dans le film Ulysse (que de connotations !!!) interprété par un Slimane Dazi, tendre aimant généreux. A travers lui c’est à la communauté des éducateurs que rend hommage le cinéaste

Un autre thème cher au réalisateur : la lutte contre l’invasion du plastique (pour des raisons tant écologiques qu’esthétiques) c’est Suzanne ( double féminin de Tom ?) qui l’incarne. Combat écologique qui d’ailleurs va de pair avec un combat humanitaire -une constante dans les films de Tony Gatlif - le respect de l’autre de l’étranger du migrant

 

Mais…longue, longue est la route sur laquelle chemine le duo Tom Suzanne !!!

Vers ce point de fuite comme centré sur une ligne d’horizon.

C’est le dernier plan de Tom Medina avec cet effet de profondeur -un clin d’œil au plan final des Temps modernes?

 

 

Un film généreux et tonique que je vous recommande vivement

 

Colette Lallement-Duchoze

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 06:23

de Danielle Arbid (France, Belgique, Liban 2020)

avec Laetitia Dosch, Sergei Polunin, Lou-Teymour Thion, Caroline Ducey, Grégoire Colin

 

Sélection officielle festival de Cannes 2020

Hélène mère célibataire, ne vit plus que pour Alexandre, marié et père d'un enfant. Cette passion charnelle et sexuelle envahit totalement Hélène au rythme des allers et venues de son amant, jusqu'à perdre pied avec son entourage

Passion simple

 

Comment adapter un texte littéraire réputé inadaptable ? Car Passion simple d'Annie Ernaux n'est pas un récit (Je ne raconte pas une histoire (qui m’échappe pour la moitié) avec une chronologie précise il n’y en avait pas pour moi, dans cette relation, je ne connaissais que la présence ou l’absence) mais plutôt l'analyse d'une addiction amoureuse et douloureuse (et cependant émancipatrice). …ou « l’anatomie d’une femme sous l’emprise de la passion 

Les choix de la réalisatrice se lisent dès le premier plan : le visage lumineux de Laetitia Dosch en gros plan est comme « dévoré » par le cadre…dévoration dévastation emprise de la chair

Danielle Arbid qui  aime filmer les corps en saisir la grâce la lumière la sensualité s’est, dit-elle,  inspirée de la danse contemporaine de la photographie et de la peinture pour exalter la toute puissance de la « passion charnelle » Et de fait les très nombreuses scènes d’amour, de désir irrépressible où se mêlent pour mieux s’emmêler bras et jambes, où les ventres se frôlent se caressent pour mieux s’aspirer, où la peau exulte d’impatience, où la respiration spasmée scande en la modulant l’intensité des ébats, sont imprégnées de lumière (Hélène et Alexandre se rencontrent  le jour, et la chevelure blonde de la femme acquiert en force suggestive) et d’une aura très sensuelle érotique. Tout cela est certes bien filmé mais …paradoxalement  comme  "désincarné", tel un « catalogue de positions » qui devient (trop) vite exercice de style !!!

On est loin de ce que revendiquait Annie Ernaux dès le prologue -après avoir commenté un film porno vu sur Canal+ -l’écriture devrait tendre à cela, cette impression que provoque la scène de l’acte sexuel, cette angoisse et cette stupeur, une suspension du jugement moral »

 

En revanche l’attente (c’est d’ailleurs l’incipit du texte) et ses manifestations contrastées (exaltation et douleur) les rêves cauchemardesques ou idylliques, Laetitia Dosch se les approprie avec un certain brio.

 

« je voulais forcer le présent à redevenir du passé ouvert sur le bonheur » écrivait Annie Ernaux pendant la longue (et définitive ?) absence de A

Mais « réciter » face au médecin tout un pan du texte originel m’a paru saugrenu, en citer des extraits en off par-ci par-là, m'a semblé redondant (précisément à ces moments-là)  Que dire du choix de certaines « chansons » (hormis celle d’A Cohen) , des musiques, et surtout de la « modernisation » (omniprésence addictive du portable) de l’intervention de l’ex mari ? Surcharges inutiles ? tout comme serait inutile -dans cette volonté de « coller » au texte- la symbolique appuyée du tunnel par exemple

 

Impression mitigée

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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17 août 2021 2 17 /08 /août /2021 05:46

Film documentaire de Bojina Panayotova  Bulgarie 2019  23'

 

 Festival les films de cinéma  du réel 2019

"Sofia , 13 juin 2014. Comme chaque jour, Ivan revient devant l’immeuble dont il s’est fait expulser. Il vient nourrir ses enfants, Gigi et Sara, deux chiens errants qui vivent encore là. Mais ce matin, les chiens ont disparu. Ivan dans tous ses états alerte le quartier et se lance dans une quête éperdue à travers la capitale bulgare pour retrouver les chiens"

 

 

 

 

 

L'immeuble des braves

Ivan est un Don Quichotte du postcommunisme. Je cherche à épouser la fièvre de cet homme brimé qui fantasme le chaos autant qu’il le subit. En accompagnant son manège, j’invoque un portrait de la Bulgarie contemporaine, ce pays en mutation, pétri de contradictions, violent, paranoïaque, nostalgique et en même temps bouillonnant d’espoir et d’ardeurs humaines. Dans cette journée où le cinéma est venu s’immiscer dans la vie d’Ivan, les fictions intérieures et le réel ne font plus qu’un. Ivan se met à faire du polar, la caméra se met à faire du polar et même la réalité se met à faire du polar.

Comme dans mon long métrage Je vois rouge je m’intéresse à la manière dont une matière brute purement documentaire s’élabore en récit et emprunte à la fiction. Comment, à partir du moment où elle est filmée, une situation convoque des archétypes. Je travaille un cinéma intime et brut qui ne cache pas les coulisses de sa propre fabrication. Plutôt que d’effacer la présence de la caméra, je souhaite montrer comment le film surgit pas à pas, dans la temporalité de l’instant, avec toutes les surprises que cela engendre. Bojina Panayotova

 

 

 

 

Caméra embarquée ou dissimulée, cadre brinquebalant et haletant, voix de la réalisatrice en interaction directe : les supposés repérages deviennent matière à film.
La recherche des deux animaux échappe au cours ordinaire des choses pour se charger peu à peu de la tension sociale de la ville. L'anecdote se meut en drame, tandis que la paranoïa d'Ivan semble partagée par  les gens qu'il rencontre. La réalité se déforme à l'instar de ce bâtiment, bancal, vidé de ses habitant·e·s, démis de sa fonction, abandonné comme Ivan à l'absurdité.

Roxanne Riou
Responsable de l'éditorial à Tënk

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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 16:38

de Stéphane Mercurio 2015   27'

 

 un film produit par Viviane Aquilli, ISKRA

 

"Un père, un fils, devant l’objectif de Grégoire Korganow. Même regard intense, souvent ils se ressemblent, pas toujours. Par leur attitude, une expression sur le visage, nous laissant imaginer des histoires sereines ou douloureuses. Ici une réconciliation, là de la distance, de la tendresse ou de la peur, de l’abandon ou de la froideur. Ils sont à demi nus. La peau marque le temps inexorable qui passe de l’un à l’autre.
Il y a quelque chose d’insaisissable dans cette relation. D’inépuisable aussi. Qui échappe".

 

 

Quelque chose des hommes

 

 

"Un film impressionniste, fait de corps, de gestes, de récits de la relation des hommes à la paternité et à la filiation. Seule femme, la cinéaste s’est glissée avec sa caméra dans l’intimité de ces hommes au cours des séances de prises de vue "père et fils" du photographe Grégoire Korganow, pour saisir quelque chose des hommes. Mission impossible et pourtant..." (Tënk)

 

 

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 06:58

de Georgis Grigorakis Grèce 2020

avec Vangelis Mourikis, Argyris Pandazaras, Sofia Kokkali, Theo Alexander 

 

Présenté dans la section Panorama  Berlinale 2020.

En sélection officielle au  festival premiers plans d'Angers 2021,  il a obtenu le prix des activités sociales de l’énergie

 

Quelque part au nord de la Grèce, à la frontière de la Macédoine. Nikitas a toujours vécu sur son bout de terrain au cœur de la forêt. En lutte depuis des années contre une compagnie minière qui convoite sa propriété́, Nikitas tient bon. Le coup de grâce tombe avec le retour de Johnny, son fils qui, après vingt ans d’absence et de silence, vient lui réclamer sa part d’héritage. Nikitas a désormais deux adversaires, dont un qu’il ne connaît plus mais qui lui est cher.

 

 

Digger

Un homme seul, sur un promontoire rocheux ; vu en légère contre plongée ; de son langage particulier il s’adresse à cette vaste nature qu’il surplombe et dont il est partie intégrante. Lui c’est Nikitas. Elle c’est la forêt jusque-là indomptable source d’énergie -et le réalisateur nous la présentera dans sa saison pluvieuse automnale, sans les atours dont les clichés touristiques parent habituellement la Grèce-. Une forêt que la logique capitaliste du rendement tend à faire disparaître. Et si nous voyons Nikitas dégager la boue c’est à la fois pour dénoncer les risques mortifères de l’embourbement et pour opposer les forces inégales en présence -un homme seul contre les excavatrices géantes. David contre Goliath ? Un énième combat perdu d’avance ?

 

Nikitas doit aussi lutter sur un autre front. Un combat avec son fils (de retour après 20 ans d’absence celui-ci vient réclamer sa part d’héritage et qui plus est,  il travaille pour cette compagnie qui a jeté son dévolu sur la propriété du père). Une relation faussée, mais sa mise en perspective avec le premier combat crée le suspense et aussi la dynamique du film

Deux hommes, deux générations, deux points de vue. On s’épie, on se hait, on se traque, on se confie aussi (le spectateur apprend ainsi par bribes les raisons de l'exil du père, de sa volonté inébranlable de sauver ses terres, de ses échecs familiaux aussi)

 

Ce film qui privilégie les ambiances (cf les séquences au bistrot aux allures de saloon,  les face-à-face père-fils à la cuisine ; le gigantisme des excavatrices dans leur tornade métallique) et les sons (bruissements de la forêt, ruissellements des  pluies diluviennes,  pétarades de la moto, bruits du chantier) est sous-tendu par la dichotomie destruction-reconstruction. Destruction programmée de l’espace vital, reconstruction du lien père-fils.

L’acmé étant cette vue en plongée du père embourbé dont le corps quitte progressivement le sol alors que le fils affolé tente de le sauver…. Comme les hôtes de la forêt ils ont réussi à communiquer par un langage celui des survivants, celui que l’on se transmet de génération en génération et qui vibre d’échos feutrés ou diffractés

 

A noter l’ambigüité (délibérée ? ironique ?) du   "monstre"  ! Car cette excavatrice (digger) est capable de détruire (métaphore du capitalisme prédateur) mais aussi de sauver (elle va consolider les liens père/fils ???….)

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 08:18

de Arthur Harari (2020 Japon, France) 

avec ENDŌ Yūya, TSUDA Kanji, MATSUURA Yūya, CHIBA Tetsuya, KATŌ Shinsuke, INOWAKI Kai, Issey OGATA, NAKANO Taïga, SUWA Nobuhiro, YOSHIOKA Mutsuo, ADACHI Tomomitsu, SHIMADA Kyūsaku, Angeli BAYANI et Jemuel Cedrick SATUMBA

 

Présenté en ouverture festival Cannes 2021 Section Un certain regard

 

Fin 1944. Le Japon est en train de perdre la guerre. Sur ordre du mystérieux Major Taniguchi, le jeune Hiroo Onoda est envoyé sur une île des Philippines juste avant le débarquement américain. La poignée de soldats qu'il entraîne dans la jungle découvre bientôt la doctrine inconnue qui va les lier à cet homme : la Guerre Secrète. Pour l'Empire, la guerre est sur le point de finir.  Pour Onoda , coupé de tout avec ses hommes,  elle s'achèvera 10 000 nuits plus tard.

 

 

 

Onoda, 10 000 nuits dans la jungle

 

 

Un film-gageure ! le cinéaste est français, les acteurs japonais, le lieu de tournage la jungle cambodgienne, et le sujet s’inspire d’une histoire vraie (cf le résumé). Son prologue correspond au retour du militaire en 1974 Odona sera donc un long flash back (couvrant les trois décennies de 1944 à1974) où la linéarité évidente - dont témoignent les encarts, la rédaction d'un journal de bord et les passages écran noir-, est entrecoupée çà et là de souvenirs et d’images mentales.

 

Un film qui refuse l’emphase et le spectaculaire. Certes la forêt frémissante est admirablement filmée -surplombs plans larges plans serrés-, mais sa touffeur et ses pluies diluviennes,  ses anfractuosités  sa luxuriance dévoratrice, si elles sont cinégéniques, sont exploitées par rapport à la psyché du personnage éponyme (à un moment lui-même camouflé devient tableau de verdure) et à ses relations avec les autres soldats (Onoda sera d’ailleurs le seul survivant, celui qui n’a pas dérogé au principe n°1 inculqué par le major Taniguchi lors de sa formation en 1944 « tu ne dois pas mourir »).

 

Onoda un anti-héros ? Son parcours débute par des échecs : jeune conscrit en décembre 1944, il est recalé de la formation de pilote de chasse et se révèle encore trop attaché à la vie pour finir kamikaze. Echecs qui engagent, à la fois son honneur et sa relation au père. Dès lors qu’on lui confie une mission (guerre secrète) il se doit de l’accomplir coûte que coûte (par obéissance et patriotisme) et la violence des exécutions (paysans philippins entre autres) s’inscrit dans ce schéma. Ne  pas oublier que la longévité  de sa mission,  il la vit sur le mode expiatoire. Un tel héroïsme marqué par l’absurde se mue en son contraire… .à l'insu même du prétendu héros

 

A travers Onoda 10 000 nuits dans la jungle, le réalisateur met en exergue des thèmes à portée universelle -dont certains, le complotisme, l’embrigadement et l’obéissance, la méfiance quant à l’information, le rapport à l’étranger, la déconnexion vis-à-vis d’une certaine marche du monde ont une résonance particulière aujourd’hui !!!

Les tentatives pour convaincre le lieutenant Onoda que la guerre est finie, que le Japon a capitulé, que …et que…seront frappées d’inanité (les propos du père mandaté en 1950 pour aider son fils à comprendre que « les choses ont réellement changé depuis 1945 "? Tentative de diversion, telle est  la conviction du fils…)

 

Une écriture dense, un style épuré, une interprétation brillante (Endo Yuya/ Odona jeune et Tsuda Kanji/Onoda plus âgé) au service d’un film qui propulse le spectateur dans « l’enfer végétal » certes mais surtout dans  l'enfer d’une conscience.

Une immersion de presque 3h ! et l'on sort de la salle   "subjugué" !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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