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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 07:59

De Robin Campillo 

avec Nathuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel

 

Grand Prix Festival de Cannes 2017

Les années 90. Alors que le sida tue depuis 10 ans, les militants d'Act-Up Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan est touché par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l'action...

120 battements par minute

"120 battements par minute" ou l’histoire d’Act-Up Paris dans les cinq premières années de son existence, avec ses militants, son organisation, ses actions, ses morts ? Un militantisme radical transgressif et novateur tout à la fois ?. Certes. Mais Robin Campillo s’intéresse surtout à ces personnages dévorés par le virus, abandonnés par les pouvoirs publics mais dont les pulsions de Vie sont étonnantes -le cas de Sean est exemplaire. Et sa "fiction" (qui puise dans son vécu) obéit à cette dynamique interne qui va du général (réunions hebdomadaires, discussions, manifestations offensives, soirées en boîte, recours au montage parallèle souvent) au particulier (enchevêtrement lascif de deux corps, flash-back, surimpression, jusqu’à cette mise au tombeau quasi liturgique en présence de la mère…) et vice-versa;  il en va de même pour le rythme : soutenu ou ralenti.

Eros et Thanatos ; Thanatos et Eros

Car les 120 battements par minute sont ceux du coeur, de l’amour et de la Vie tout à la fois, en harmonie avec le tempo de la house music (celle précisément qui est née dans les communautés gay et afro-américaines de Chicago)

 

La Seine s’est métamorphosée en un long ruban rouge qui sinue à travers la capitale (le rêve d’Act-Up s’est incarné à l’écran) ; l’étudiant en histoire conscient de l’imminence de sa mort récite un passage de l’Éducation sentimentale (Révolution de 1848) voix off alors que nous voyons sur l’écran une manifestation des militants d’Act -Up (continuum dans l’insurrection ? )

 

Maîtrise des cadrages, des raccords, des changements de rythme (le réalisateur est aussi monteur et scénariste), sens de la dramaturgie, séquences "chorégraphiées", tout cela à partir d’un questionnement sur des problèmes d’actualité, telle est bien "la marque" (sens aiguisé de l'écriture) de Robin Campillo (cf aussi l’excellent Eastern boys)

Bien plus son empathie pour tous ses personnages (filmés, quand ils sont isolés, en plans serrés) est désormais la nôtre! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

On peut penser que le film est un hommage aux gens qui sont morts; mais c'est aussi un hommage à ceux qui ont survécu et qui tiennent encore aujourd'hui et auxquels je pense énormément ce soir, qui ont toujours des traitements lourds et sont dans des situations précaires, parce que lorsqu’ils étaient militants, ils ont mis leur vie entre parenthèses (ainsi s'exprimait le réalisateur sur la scène du Palais du festival en recevant sa récompense)

 

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 12:54

De Sergei Loznitsa

Avec Vasilina MakovtsevaMarina KleshchevaLia Akhedzhakova

 

 

Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelque temps plus tôt à son mari incarcéré pour un crime qu’il n’a pas commis. Inquiète et profondément désemparée, elle décide de lui rendre visite. Ainsi commence l’histoire  d’un voyage, l'histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.

 

Une femme douce
Si le réalisateur ukrainien a voulu dénoncer la barbarie du système soviéto-russe c’est malheureusement raté.
 
Le film  n’est pas situé dans le temps, mais il est au croisement, par une série d’indices, du régime soviétique de la période stalinienne et de la Russie d'aujourd’hui.
 
Serguei Loznitsa nous fait subir un enfer kafkaïen pendant 2 h 25 mn. Parmi les personnages, relais d’un monde absurde et totalement déshumanisé, aucun ne laisse entrevoir quelque espoir. On ne respire à aucun moment.
Vassilina Makovtseva qui interprète  la victime traverse ses épreuves comme une zombie, sorte de sainte biblique quasi mutique sans que son expression  change une seule fois : la même expression que celle sur l’affiche du film : la tristesse et le malheur incarnés. Rien d’autre.
Au bout de deux heures d’ennui à être témoin de la brutalité alcoolisée, de scènes interminables des bas-fonds de l’humanité, d’une société de non-droit déjà archi dénoncée au cinéma, le réalisateur nous fait subir un viol pendant d’interminables minutes qui finit de nous plomber complètement.
 
Bref, un film caricatural qui manque sa cible
à fuir !
 
Serge Diaz
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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 07:18

De Rodrigo Sorogoyen  (Espagne 2016)

 

Avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira 

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît  XVI. Dans ce contexte tendu, deux policiers sont chargés de l‘enquête sur un serial killer….assez particulier

Que dios nos perdone

On s’extasie -non sans raison- devant la qualité, la vitalité du film policier espagnol….incluant que dios nos perdone 

Mais le film de Rodrigo Sorogoyen n’a pas l’envergure des deux films de Rodriguez (la isla minima, l’homme aux mille visages) ni l’ingéniosité de la colère d’un homme patient de Raùl Arévalo)

Certes les personnages sont aussi -sinon plus- importants- que l’intrigue. Que le duo de policiers que tout semble opposer soit aussi « taré » que le criminel recherché, est devenu un classique du genre. L’un Alfaro une brute épaisse -mais efficace- l’autre Velarde, apparemment plus réservé desservi par son bégaiement cache en fait des pulsions de violence… Le "tueur"- dont l’identité est dévoilée bien avant la fin du film- illustre une psychopathie lourdement "expliquée" (relation à la mère, assouvissement de l’inceste gérontophile, le délire oedipien dans tous ses états…). Les trois partagent une "frustration sexuelle"  (d'où le questionnement sur la virilité...)

Que la hiérarchie tienne à "minimiser" pour la presse la violence des faits (les vieilles ne sont pas violées mais meurent suite à une chute ou une crise cardiaque), quoi de plus "banal" dans une société très catholique -et qui de surcroît attend cet été là la visite du pape Benoît XVI  Le titre renvoie d’ailleurs à la religion catholique -dont la prégnance est illustrée par des images presque sulpiciennes..-

 

Mais il y a dans ce film une sorte d’éparpillement malgré le choix d’un tempo qui fait alterner rythme fou ou saccadé et moments d’intimité et malgré la récurrence d’un thème musical.  Bien plus l’atmosphère de torridité (température et climat social politique religieux) n’est qu’un prétexte, car elle n’est pas exploitée. La ville elle-même aurait pu devenir personnage à part entière. Une vue en plongée sur la place que ce matin-là on "nettoie", ouvre le film ; en écho Alvaro perché sur le toit d’un camion scrute la foule -après une course poursuite dans les rues ; des ruelles labyrinthiques où l’on se perd caméra à l’épaule ou des rues bondées, des vieux appartements madrilènes etc... Or tout cela semble "plaqué" comme  simple décorum

 

Cela étant, les trois acteurs principaux sont "formidables" (rappelons qu’Antonio de la Torre interprétait Rodrigo, père de famille taciturne dans la isla minima et José "vengeur" placide dans la colère d’un homme patient)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 09:31

Documentaire réalisé par Lisa Immordino Vreeland (USA)

Peggy Guggenheim, la collectionneuse

Celle qui de son propre aveu ne connaissait rien à l’expressionnisme abstrait – le confondant avec le surréalisme- aura fait connaître Pollock (grâce au flair de Mondrian), Rothko et Motherwell entre autres

Celle qui a commencé sa collection à Paris -grâce aux conseils de Marcel Duchamp et de Cocteau- puis à Londres (ouverture d’une galerie) saura user de subterfuges pour la sauver

Celle qui a aidé financièrement Varian Fry, aura permis à des artistes (dont Max Ernst qu’elle épousera d’ailleurs) et des intellectuels (dont Breton et sa famille) de fuir l’Occupation

Oui elle fut mécène et collectionneuse (art addict)

Oui elle a mené une "vie de femme libre" collectionnant aussi les hommes, diront ses détracteurs...

Et son nom restera immanquablement lié au Musée  qu’elle a créé à Venise

 

Hélas le documentaire de Lisa Immordino Vreeland, certes très riche en images d’archives est "plombé" par la profusion d’interviews (des spécialistes en art le plus souvent, ayant ou non  connu Peggy Guggenheim, et qui face à la caméra, imposent, doctes et sentencieux, leurs interprétations). Il est entaché  par le classicisme de sa structure chronologique en 6 chapitres, et par des musiques souvent illustratives. Même si ça et là affleurent des séquences qui marqueront les mémoires (l’inauguration de la galerie à New York dans les décors de Kiesler  par exemple) Alors que le rythme saccadé censé  épouser  les déplacements de cette femme -entre les  USA et l'Europe-, souffre de troublants raccords 

Dès lors le portrait d’une femme -pourtant hors norme- va entrer dans le cadre "réducteur" d’un portrait télévisuel... une compilation (qui se veut érudite) sans grâce hypnotisante (le spectateur ne se sent pas habité...)

Vilipendons le faux message subliminal : propos sexistes du biographe de Picasso, A cause de son physique ingrat elle n’allait jamais devenir une figure glamour, désirable, de la haute, mais bon Dieu elle s’est imposée comme collectionneuse

 

Seule originalité, l’interview audio réalisée au début des années 70 comme "fil conducteur" ; (la documentariste a retrouvé la cassette dans la cave de la biographe… hasard objectif ???)

Peggy de sa voix chuintante, nasillarde répond sans fard aux questions de Jacqueline Bogard, (même si elle feint la légèreté quand on évoque le suicide de sa fille Pegeen...même si faussement naïve elle prévient parfois "cela ne doit pas figurer dans ma biographie")

 

Sa vie ne fut-elle pas un roman ?

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 07:54

Out

Film slovaque, hongrois et tchèque de György Kristof.

Avec Sandor Terhes, Eva Bandor, Judit Bardos, Ieva Norvele Kristof

 

Présenté à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard

 

Out

Bratislava. Des ouvriers -filmés en un lent travelling latéral- écoutent silencieux la parole amplifiée par le mégaphone qui leur signifie leur licenciement -un discours qui dépasse les frontières tant il est enrobé d'arguments fallacieux.... Puis en quelques instantanés voici l’intimité d’Agoston mise à nu dans son rôle de père et d’époux jusqu’à la prise de décision : partir ...à la recherche d’un emploi.

C’est le prologue:  son contenu -crise de l’emploi- dont le lave-linge déglingué serait la métaphore ?? - et la façon de le filmer -distanciée- rappellent les ambiances à la Kaurismaki !

 

 

À partir de là, nous allons  suivre le personnage dans un périple qui le conduit en Lettonie ; un parcours fait de déconvenues, d’aventures, de rencontres; l’incongruité et l’extravagance de certaines font sourire: une femme hyper botoxée compagne d’un Russe;  une basketteuse taxidermiste qui se balade avec son lièvre empaillé; dans un bar le patron offre une chope de bière à qui se met à poil et voici filmés  les fessiers des buveurs assis au zinc; comment le gardien d’un hôtel entretient un cactus avec une lampe importée du Mexique, etc.. D’autres sont plus cruelles -gros plan sur le visage du docker qui éructe des propos racistes "des gens comme vous viennent nous prendre notre emploi", avant de renvoyer Agoston ; bagarres avec le Russe à cause du lièvre naturalisé ….sans oreilles.. Certaines semblent artificiellement "plaquées" (ce pêcheur jupitérien !)

 

Certes dans ce périple assez picaresque, nous partageons les décalages dus aux différences de langue et de culture (sources de malentendus) et nous sommes constamment aux côtés de ce quinquagénaire un peu hébété parfois même sonné, admirablement interprété par l’acteur hongrois Sandor Terhes

Mais nous restons "à côté" car le film ne nous entraîne pas "out"

La "dérive" d’Agoston (si dérive il y a) est circonscrite dans des limites….presque "convenues" même si l’objectif initial -trouver du travail- a cédé la place au rêve : pêcher un gros poisson et que la "dynamique" du film semble illustrer l'adage "partir, se perdre  pour mieux se retrouver"

 

Presque 20 ans après la chute du Mur que sont les anciennes républiques soviétiques… devenues....??

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 09:12

De  Tarik Saleh

Avec Fares FaresMari MalekYasser Ali Maher 

 

Le Caire, janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution. Une jeune chanteuse est assassinée dans une  chambre d’un des grands hôtels de la ville. Noureddine, inspecteur revêche chargé de l’enquête, réalise au fil de ses investigations que les coupables pourraient bien être liés à la garde rapprochée du président Moubarak.

Le Caire Confidentiel

Un polar à l’égyptienne...ça intrigue ! en plus on voyage.

Ce film méritait bien le grand prix du film policier à Beaune.

 

L’histoire est bien construite et s'inscrit en 2011 en plein dans le commencement des révoltes du peuple égyptien place Tahir.

 

L’ambition du réalisateur est d’abord de nous distraire avec une histoire bien ficelée mais surtout bien ancrée dans son contexte pré-insurrectionnel. On visite le Caire dans ses recoins reculés où vivent des migrants soudanais comme des esclaves. L’acteur principal a le charisme voulu pour que l’on croie à son personnage, ni ange ni bête, mais tenace et juste au milieu d’une foule de policiers corrompus, d’un homme d’affaires  proche du pouvoir et donc tout puissant, d’un pays de non-droit.

Les scènes sont en huis clos ou de nuit mais jamais étouffantes, simplement anxiogènes, dans cette ville grouillante, sale, où les riches ont établi un état qui les sert exclusivement et où les les pauvres trinquent.

Dépaysement garanti et fin ouverte sur une situation qui n’en finit pas d’être violente, et globalement désespérante.

 

Cette fiction nous donne le sentiment de voyager dans un univers que les touristes ne voient pas. C’est captivant et édifiant. Qu’on aime les films policiers ou pas, ce film réussi sur le plan de la mise en scène est à voir avec plaisir et intérêt sans risque aucun d’être déçu.

 

Serge Diaz

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 07:46

Emir Kusturica

avec E Kusturica, Monica Bellucci, Predrag Manojlovic, Sloboda Micalovic

 

 

Sous le feu des balles, Kosta, un laitier, traverse la ligne de front chaque jour au péril de sa vie pour livrer ses précieux vivres aux soldats. Bientôt, cette routine est bouleversée par l’arrivée de Nevesta, une belle réfugiée italienne. Entre eux débute une histoire d’amour passionnée et interdite qui les entraînera dans une série d’aventures rocambolesques.

On the Milky Road

 

 

Un déluge d’images abracadabrantesques, une course folle dans les Balkans, du loufoque vraiment dingue et des moments de grâce..Kusturica est un poète de l’image parfois tragique mais toujours drôle.

 

Les spectateurs se diviseront certainement en deux camps : ceux qui comme le critique de Télérama n’a pas aimé, n’y a vu qu’une hystérie de metteur en scène en panne, d’autres comme moi qui ont beaucoup aimé, transporté par le foisonnement des images toutes superbes, la mise en scène maîtrisée, le rythme soutenu de l’imaginaire et ses plages de grâce.

 

Difficile de ne pas être bercé par le charme fou de Kusturica acteur dans un rôle d’homme à part, limite anormal, et la beauté des deux actrices. Monica Bellucci nous donne du bonheur rien qu’à la regarder sourire et marcher, l’autre actrice, genre Carmen, est aussi fascinante de par sa fantaisie, sa vitalité, sa liberté.

On voyage ! On rit on a peur on souffle.

Kusturica ne prend rien au sérieux mais prend soin de faire un film soigné en dépit du désordre.

 

Ce film est à voir comme un conte, très beau, qui fait des pieds de nez à la guerre absurde des Balkans.

Un film sensuel qu’une musique extra accompagne à merveille.

A ne pas manquer pour ceux qui comme moi.... !

 

Serge Diaz

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 08:04

d' Amat Escalante (Mexique) 

 

Avec Ruth Ramos (Alejandra) Simone Bucio (Veronica) Jesus Meza (Angel) Eden Villavicencio (Fabian) 

 

Ce film a obtenu le Lion d'Argent du meilleur réalisateur lors de la 73ème Mostra de Venise

La région sauvage

Moins violent moins vertigineux que Héli, « la région sauvage » n’en est pas moins troublant ; à la fois par sa puissance autant suggestive que démonstrative et par le mélange de réalisme (la dynamique familiale dans une région très conservatrice, entre autres) et de fantastique (qui emprunte à la SF et au cinéma d’horreur)

 

On ne peut raconter ce film -même sous forme de pitch- au risque de le dénaturer. Car dans la construction, la mise en place de ce qui est le cœur du dispositif (une Créature dispensatrice de volupté mais aussi de mort) se fait progressivement (cette Créature n’apparaîtra dans son entièreté opérationnelle qu’aux deux tiers du film…)

La succession initiale de plans ou tableaux -plan prolongé sur un météorite, sur une jeune femme dénudée encore frémissante de désir malgré une blessure au flanc...petite scène sur l’intime d’un couple ; vision d’une cabane dans une atmosphère embrumée et présence insolite d’un couple de savants d’un autre âge- ces prémices créent une forme de suspense tout en faisant coexister dénonciation sociale (le machisme du mari) et intrusion du fantastique.

 

La cabane et ce qu’elle abrite, comme lieu du refoulé, comme métaphore du Ça freudien… ? Peut-être, sûrement! Mais en fustigeant simultanément l’hypocrisie les humiliations subies par les femmes et l’homophobie Amat Escalante n’abandonne pas la veine de ses films précédents...

Cartographie des sentiments, des désirs et du refoulement ?

Veronica double pasolinien de Théorème ? Elle joue ici le rôle de passeur entraînant vers la cabane des délices ou de la mort, Fabian (l’infirmier qui a soigné sa blessure) et plus tard Alejandra l’épouse et mère, sœur de Fabian. En suivant de dos ces deux personnages l’oeil de la caméra (réalisateur ? Veronica ? ) devient celui du Conscient avant le basculement dans l’Inconscient

La dévoration (par le sexe par l’amour) ne rappelle-t-elle pas « possession » de Zulawski ? Peut-être mais sans sa beauté vénéneuse…

 

Tant de questionnements ! dont je vous laisse juge...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 19:40

De Sebastien Lelio (Chili) 

avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco

 

Prix du meilleur  scénario à la Berlinale (février 2017) ce film  a reçu le Teddy Award -qui distingue un film traitant le mieux des questions homosexuelles, bisexuelles ou transgenres- 

Une Femme Fantastique

L’actrice transgenre Daniela Vega porte de bout en bout ce film. Un film qui n’est pas  un plaidoyer militant, mais avant tout un hymne à l’amour ; ce que tendent à prouver les premières scènes consacrées à l’intimité des deux personnages Orlando et Marina ; mais le plan prolongé sur les chutes d’Iguazù qu’accompagne une musique presque féerique met d'emblée en exergue une bivalence : magnificence et bouillonnement; exaltation et enfouissement abyssal

La mort soudaine d'Orlando va contraindre Marina à affronter la famille "normale" du défunt, une famille corsetée dans ses convictions et son rejet de l'altérité (Marina transsexuelle? c'est une "chimère" affirme l'ex épouse d'Orlando, un monstre de pédé dira le fils; le frère d'Orlando serait plus conciliant mais il ne peut échapper -par lâcheté?- à l'opprobre familial.... )

 

Jeu de miroirs,  jeu de portes (celle de l’appartement d’Orlando, celle de la cabine du Finlandia clé 181) que l’on ouvre et ferme -comme si le personnage était dans un entre -deux ; d’ailleurs sur sa carte d’identité figure encore son ancien prénom Daniel (« les formalités sont en cours » affirme sereine Marina). Grâce à sa ténacité et à l’amour qui l’habite, elle arpente seule les chemins tortueux et tordus d’un tunnel d’où elle émergera rayonnante ; elle qu’on a bafouée, humiliée -en lui interdisant d’assister aux funérailles de l'être aimé, par exemple. Son seul soutien est sa famille ; le père l’initie d’ailleurs à l’art lyrique et sa sœur l’héberge quand elle doit quitter presque manu militari l’appartement dans lequel elle allait précisément s’installer pour vivre intensément sa relation amoureuse avec Orlando

 

On pourra reprocher certains excès dans la mise en scène; ce plan prolongé où Marina affronte seule une tempête de vent, elle se cramponne arc-boutée sur  elle-même,  malgré l'impétuosité des rafales, trop appuyé ce plan dénature le symbolisme sous-jacent ; ou ce très gros plan sur son visage déformé par des bandes de scotch suite au tabassage de la famille, ou encore cette envolée fantasmée sur une musique disco en costume kitch…

 

Cela étant, le  film n’en est pas moins fascinant; il est  servi par une actrice au jeu magistral et une bande son très originale (signée par le compositeur britannique Matthew Herbert)

 

Colette Lallement-Duchoze


 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 09:23

De Kim Ki-duk (Corée du Sud)

avec Ryoo Seung-bum, Lee Won-geun, Young-Min Kim

 

 

Sur les eaux d'un lac  marquant la frontière entre les deux Corées l'hélice du bateau d'un modeste pêcheur nord-coréen se retrouve coincée dans un filet. Il n'a pas d'autre choix que de se laisser dériver vers les eaux sud-coréennes, où la police des frontières l'arrête pour espionnage. Il va devoir lutter pour retrouver sa famille....

Entre deux rives

 

La réunification de la Corée est-elle possible ? Non tant que des deux côtés de la frontière perdurent incompréhension, méfiance voire une forme de paranoïa, semble dire le réalisateur à travers l’histoire d’un pêcheur entraîné bien malgré lui dans un enfer aux accents kafkaïens …

Si l’éducation communiste dans un régime dictatorial dynastique l’empêche de "regarder" le miroir aux alouettes d’un système capitaliste, lui qui ne vit que pour sa famille (et son instrument de travail, le bateau, est précieux) comprend progressivement que des systèmes politiques opposés ne sont pas sans failles. Privation rédhibitoire de liberté ? ou impossibilité de profiter d’une liberté réservée aux plus nantis? : le cas de la prostituée à Séoul est exemplaire….

 

Les scènes d’interrogatoire, les procédés musclés, la torture physique et mentale, la manipulation des médias, la fabrication des images, sont quasi identiques des deux « côtés » (seul change l’environnement plus précaire voire sordide d’un côté, plus sophistiqué de l’autre). Les inquisiteurs eux-mêmes sont victimes d’une forme de parano et les sous-fifres obéissent docilement aux diktats des supérieurs

 

Si la critique dénonce des failles au niveau formel (schématisme, raccords, démonstration trop appuyée etc. ) ne serait-ce pas plutôt une forme de maquillage hypocrite ? (on met en avant des lacunes formelles pour éluder un message qui ne sied pas à la doxa, en évitant de l’attaquer frontalement) Car en Occident les médias diabolisent (certes avec raison) la Corée du Nord mais sont assez indulgents envers la Corée du Sud. Kim Ki-duk, lui, sud-coréen, dénonce une incompréhension mutuelle entre les deux pays et s’intéresse avant tout à l’humain et à la quête du « bonheur »

Non Kim Ki duk n’est pas manichéen (il s’interroge sur la déshumanisation dans toute forme de régime politique) Non il n’a pas bâclé son travail (il faut imaginer tout le travail de documentation en amont et comme il disposait de peu de moyens il fut à la fois scénariste réalisateur et monteur) Non le film n’est pas entièrement « noir » (le cas du garde du corps sud-coréen qui s’insurge contre les pratiques ignobles de l’inquisiteur, son amitié naissante avec le pêcheur le prouvent aisément)

 

Certains spectateurs auraient aimé « retrouver » la poésie symbolique de « locataires » ou de « printemps été automne... » ? La poésie ici est celle de ces eaux troublées, (filmées en de grands aplats) de ces filets (sens propre et figuré), de ce corps nu recroquevillé dans une tourmente indicible ! La poésie est celle du quotidien, de cette peluche que serre avec un mélange de délicatesse et de force la gamine….l’unique fille de ce pêcheur ...que les rets vont embourber jusqu’à l’effacement...

 

Colette Lallement-Duchoze

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