15 novembre 2021 1 15 /11 /novembre /2021 16:55

Documentaire de  Alyx Ayn Arumpac  (Philippines 2019)

 

 

  • Prix FIPRESCI au Festival International du Documentaire d’Amsterdam
  • White Goose Award (Grand Prix) au DMZ International Documentary Festival
  • Prix Amnesty International au Festival du documentaire de Thessalonique
  • Prix Beyond the Screen à Docaviv : Festival international du film documentaire de Tel Aviv
  • Grand Prix à Corsica Doc : Festival International du Film Documentaire

A voir sur Tënk

https://www.on-tenk.com

 

 

Élu président des Philippines en juin 2016, Rodrigo Duterte, fidèle à sa promesse de campagne, a mis immédiatement en branle une machine d’exécution massive des toxicomanes, des dealers et autres petits malfrats de Manille. En un peu moins de deux ans, 20 000 hommes, femmes et enfants ont été tués

Aswang suit les trajectoires d’individus frappés par cette répression sanglante et aujourd’hui contraints, ou décidés, à y faire face."

Aswang

Dans la légende philippine, l’Aswang est une créature diabolique qui hante la ville, un métamorphe qui s’en prend aux humains. Enfant, la documentariste avait tremblé de peur, effrayée par le "monstre" mythique ; Jomari le gamin qui l’accompagne aujourd’hui dans sa quête/enquête dit et vit  avec une étrange lucidité l’horreur au quotidien. Aswang ou la métaphore du président Rodrigo Duterte ?

 

En parcourant les rues de Manille, sa ville natale, la réalisatrice   "documente la réalité de ces nuits moites et assassines. Sur les lieux des crimes, je rencontre les familles en état de choc. Émergent de cet enfer la figure d’un petit garçon à la recherche de sa mère et celle d’un homme de Dieu qui tente d’agir"

 

Aswang! Un témoignage coup de poing ! un documentaire qui attaque en frontal une réalité tragique, un documentaire accablant, sans concession sur les dérives de la corruption, sur le rôle monstrueux de la police, ces brigades de la mort

Certaines images sont à la limite du supportable. Voici des cadavres à même le sol sur les trottoirs,  dans ces quartiers  aux remugles de sang, de mort et de peur. Voici une morgue : les cadavres non identifiés iront à la fosse commune. Voici une procession d’hommes qui s’autoflagellent le dos strié de balafres sanguinolentes, ils prient et implorent le pardon. Une effigie du président au visage démoniaque embrasée par le feu de la colère. Une rue envahie par des tonnes d’immondices d’où émerge la silhouette d’un homme qui furète et trie. D’autres images disent la ferveur religieuse : le corps du Christ sur la croix que l’on caresse avec vénération, une foule de croyants unis dans la prière (long plan séquence fixe) au sein d’une église où l’on recevra l’hostie de la Communion

 

Des témoignages bouleversants : celui d’une mère dont le fils aurait été tué "au volant de sa moto"….or il n’a jamais possédé de véhicule; elle demande justice réparation !! Celui de cette femme dont on ne verra pas le visage, elle a été enfermée derrière le placard (d’un commissariat) dans un minuscule couloir étroit et sombre où s’entassaient d’autres femmes au prétexte que …En dessinant les lieux elle en vient à se considérer « mauvaise » pour avoir subi une telle vilénie. Une commission des droits de l’homme découvre cette « prison secrète » et les témoignages seront sans appel (électrocution, marchandage "100 000 pesos ou condamnation pour vente ou consommation de drogue") MAIS simultanément il y eut comme une  "trahison"  car la commission n’a pu empêcher ( ?) l’inculpation des « détenus »

 

La guerre contre la drogue accentue les inégalités sociales   "si un homme pauvre commet un acte répréhensible il est tué ; alors qu’un riche aura droit à une cellule climatisée"  Des personnes sans abri élisent domicile pour la nuit, dans la rue ou sur des tombes.  Assistant à une réunion, Alyx Ayn Arumpac apprend que le programme de l’église fournissant l’assistance funéraire aux pauvres a vu les demandes passer de 1 à 2 par semaine à 3 à 5 par jour

 

Jamari a retrouvé sa mère ;la caméra filme avec une tendre bienveillance cette intimité ; nous les suivons dans les ruelles au sol bourbeux,  aux murs constellés de fils électriques, puis dans cette artère où ils récupèrent des bouteilles vides des cd etc. pour les "vendre" et  "survivre". Au volant de sa voiture le journaliste  sillonne les grandes artères -travellings de plus en plus rapides sur les façades d’immeubles- puis les tunnels ,avant de disparaître du champ de la caméra,  alors qu’on entend la voix (off) de la réalisatrice "Chaque fois qu’ils disent qu’un aswang rôde, ils veulent  signifier « ayez peur »

 Cette ville est son champ de la mort, elle peut vous dévorer. Comme lorsque la peur peut parfois étouffer le courage. Mais, certains refusent d’avoir peur. Ils choisissent de se tenir debout et de regarder le monstre droit dans les yeux. Voilà comment ça commence "

In memoriam

Colette Lallement-Duchoze

Aswang

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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 06:26

de James Vaughan (Australie 2021) 

avec   Fergus Wilson, Emma Díaz, Amelia Conway, Greg Zimbulis, David Gannon, Malcolm Kennard

 

Festival Rotterdam 

Après une rencontre fortuite, Ray et Alice décident d’aller camper. Pendant le voyage, la tension monte alors qu’ils s’essaient à la romance. De retour à Sydney, leurs mésaventures se poursuivent, lorsque Ray essaie d’obtenir un emploi de vidéographe de mariage chez un client étrange.

ou

Ray et Alice, la vingtaine, ne manquent pratiquement de rien dans la vie – et c’est peut-être leur plus gros problème. Que ce soit en termes d’amitié ou d’amour, de temps libre ou de travail, il n’y a guère d’enjeux dans leur existence. Une fois qu’ils ont tacitement enterré leurs vagues ambitions, tout ce qui reste, ce sont des tentatives timides aux résultats indéterminés…

Friends and strangers

« Cette comédie pleine d’esprit, empreinte de la célèbre ironie australienne, à l’esthétique rohmérienne trompeuse, donne un aperçu du désœuvrement millénaire. Une nouvelle facette de Sydney est dévoilée, tandis que le paysage urbain se transforme en un lieu de rencontres maladroites. » ( Mubi)

 

 

 

J’ai toujours su que le film serait majoritairement composé de plans fixes. C’est un parti-pris esthétique qui laisse énormément de place aux détails, et qui donne lieu à un travail de précision sur le placement des comédiens, des lumières et des décors à l’intérieur du cadre. De façon générale, cela rend la mise en scène plus riche.

Je prends plaisir à consacrer du temps à cette étape, qui demeure un travail collégial.

Cela me paraissait également être un choix adéquat dans la mesure où cela souligne qu’il s’agit d’un film d’observation, même si paradoxalement les personnages observés sont si énigmatiques qu’ils défient toute interprétation. A mes yeux, les plans fixes permettent de mettre le doigt sur cette contradiction-là.

De plus, j’ai toujours aimé me fier à la structure classique des différentes gammes de plans (gros plans, rapprochés, d’ensemble…). Aussi approximatives soient-elles, ces catégories génériques sont pour moi une honnête retranscription de la manière dont on voit et observe les choses. A l’intérieur-même de ces conventions somme toute banales se trouve un océan infini de contrastes, de jeux et d’expérimentations. C’est surtout en travaillant avec le brillant chef opérateur Dimitri Zaunders que j’ai pu établir le style visuel du film. Nous avons réduit les éclairages au plus strict minimum (ce qui était paradoxalement loin d’être simple), et nous avons utilisé le plus possible les éclairages naturels. Nous avons soigneusement élaboré le planning de tournage en fonction de la lumière du jour. C’est cela (ainsi que les plans d’insert sur les rues calmes de Sidney, les parcs et les points de vue sur le port) qui crée ce sentiment de voluptueuse sérénité et de profondeur. Je souhaitais que ces paysages soient presque dignes du jardin d’Éden. Je souhaitais qu’ils traduisent à la fois le charme esthétique de Sidney (tout en conservant des indices sur son histoire précoloniale), et une certaine superficialité. Celle de certaines personnes aisées et paresseuses du milieu de l’art, léthargiques à force de trop s’écouter et de rester sans but, mais aussi la superficialité de la société dans son ensemble : notre auto-satisfaction permanente, notre lâcheté morale et la profonde illusion sur qui nous sommes vraiment. (propos du réalisateur)

Un film que je vous recommande 

 

à voir sur la plate-forme Mubi

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 13:05

 

 

10ème  festival  This is England

 

du 12 au 21 novembre 2021

 

Cinéma Kinepolis Rouen

This is England Festival du court métrage britannique

 

 

 

Sélection 

Après plusieurs mois de visionnage et de sélection par une équipe de sept personnes qui ont regardé plusieurs centaines de films, voici le produit de leurs travail et de leurs discussions parois acharnées pour défendre leurs coups de cœurs. C'est une sélection variée, éclectique, qui fait la part belle aux réalisateurs émergents tout en vous proposant des films d'une grande qualité cinématographique.f

Retrouvez les 49 films de la sélection 2021 et les 50 films de la sélection 2020 en cliquant dans l'onglet Edition 2020/2021 sur notre page d'accueil

This is England - Festival du court métrage britannique de Rouen

 

 

 

This is England Festival du court métrage britannique

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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 08:31

De Jacques Audiard 2021

avec Lucie Zhang, Makita Samba, Noémie Merlant

 

Présenté en compétition officielle Cannes 2021

Paris 13ème quartier des Olympiades, Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora, elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis parfois amants, souvent les deux 

 

Adaptation de trois nouvelles graphiques de l’auteur américain Adrian Tomine : « Amber Sweet », « Killing and dying » et « Hawaiian getaway ».avec Céline Sciamma et Léa Mysius au scénario,

Les Olympiades

De l’aveu même du réalisateur (France Inter) les Olympiades serait l’exact inverse de Ma nuit chez Maud. Pourquoi ? Chez Rohmer les personnages parlent toute la nuit, dans les Olympiades on baise d’abord on parle ensuite…Or Jacques Audiard reconnaît « avoir du mal à filmer le sexe » Comment filmer au plus près du « réel » une jeunesse avec laquelle on se sent en décalage ? celle de trentenaires diplômés qui acceptent comme « boulots alimentaires » des jobs aux antipodes de leur formation ? celle apparemment « libérée et libertine » (incarnée par Emilie) mais très respectueuse de certains rites familiaux et au final très sentimentale? celle qui dans les rapports sexuels fait la « part belle » à la femme tout en la confinant parfois dans une attitude « genrée » (Nora décide des positions à prendre, Emilie avoue ex abrupto « j’ai envie de te sucer »)

Et pour le choix du noir et blanc ? « J’avais envie  de moderniser ou plutôt urbaniser l'image par le noir et blanc et le 13ème arrondissement s’y prêtait très bien » (Lignes de force saisissantes et possibilités de cadres très variées, reconnaît le chef op) Et de fait des plans (aériens ou en contreplongées) souligneront l’architecture « brutaliste » de ces Olympiades, « ville dans la ville » au cœur du XIII° où le film a été tourné.

Brutalisme et sentimentalisme, deux forces contradictoires ? ou complémentaires ? Quant à l’aspect « social » du quartier il est peu exploré (hormis quelques saynètes en rapport avec le parcours des trois personnages principaux) c’est que l’essentiel se déroule en intérieur…où précisément le noir et blanc va sublimer l’apparent prosaïsme.

La scène liminaire peut intriguer. En fait, n’encode-t-elle pas tout le film? (dans le sens où elle donne la tonalité de l’ensemble, tant pour la forme que pour le fond). Emilie en belle odalisque (une Olympia ?) chante mezza voce en mandarin un micro à la main; mais la voix d’un personnage jusque-là hors champ s’en vient comme anéantir la fugitive douceur qu’illuminait le choix du noir et blanc ; voix de Camille qui propose un …yaourt ! Curieuse alliance: mélancolie drapée dans le blanc de la chair nue et prosaïsme des relations !

Oui le film se déroule telle une comédie légère qui tiendrait du marivaudage (ce que résumerait le pitch) avec toutes les « données technologiques » du XXI° siècle (réseaux sociaux, incrustations de SMS à l’écran, plaisirs tarifés par écrans interposés) ; comédie qui,  n’excluant pas le drame (cf passé douloureux de Nora que l’on devine au détour d’un regard d’un silence, par exemple),  serait proche des « fragments du discours amoureux » (Barthes 1973)

Dans l’époque actuelle, cette espèce d’amour passion, d’amour romantique, n’est plus à la mode. (…) Ce qui apparaît obscène aujourd’hui, ce n’est pas la sexualité, c’est la sentimentalité affirmait Roland Barthes en 1973 « C’est donc un amoureux qui parle et qui dit ». Cette phrase inaugurale du texte de  Barthes pose d’emblée l’idée que le sujet amoureux n’est ni masculin ni féminin : celui ou celle à qui il s’adresse est appelé l’être aimé.

Le choix de personnages si divers dans le film d’Audiard n’est-il pas au final la preuve d’un multiculturalisme accompli ? (Typique du XIII° arrondissement ?) et ce faisant ne peut être que salutaire  dans l’ambiance délétère de la précampagne (quand des « candidats » à la Présidence abreuvent le spectateur de propos racistes, via des médias complaisants !!!)

Et -cerise sur le gâteau- leurs interprètes sont des acteurs inconnus (hormis Noémie Merlant) au talent fou !!!

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 05:45

De Wes Anderson (2021 USA )

 

Avec Bill Murray (Arthur Howitzer Jr), Tilda Swinton (J K L Berensen) Léa Saydoux (Simone la gardienne de prison) Benicio del Toro (Moses Rosenthaler) Timothée Chalamet (Zeffirelli) Frances McDormand (Lucinda Krementz) Christoph Waltz (Boris Schommers) Mathieu Amalric (le commissaire) Willem Dafoe (un prisonnier)

 

Présenté au festival de Cannes 2021

À la mort de leur rédacteur en chef, les employés d’un journal situé dans la ville fictive d’Ennui-sur-Blasé se réunissent. L’heure est venue de rédiger la fatidique nécrologie, mais aussi de se remémorer certaines des histoires les plus palpitantes qu’ils ont pu écrire sous l’autorité de leur ancien boss au cours de leur carrière.

The french dispatch

Nous sommes dans la ville imaginaire d’Ennui-sur-Blasé, qui emprunte à la ville d’Angoulême son architecture, sa configuration - (les bâtiments à étages et les rues pavées deviendront ainsi les lignes directrices de la cartographie urbaine).  C’est là que le journal américain The evening sun de Liberty Kansas possède une antenne The french dispatch. A la mort de son rédacteur en chef Arthur Howitzer Jr (Bill Muray) la  "crème"  de la rédaction doit à la fois composer sa nécrologie et rédiger un dernier numéro à sa gloire !

 

The french dispatch : un conte où se mêlent burlesque et recherche esthétique. Un conte composé telle une mosaïque, de quatre récits reportages. D’abord annoncés par l’encart du journal (couleur locale, art et artistes, politique/poésie et goûts et odeurs) ils seront illustrés tant par le discours  que par leur mise en scène et en image.  Et nous allons suivre  un reporter à vélo, un génie de la peinture en prison, dont la gardienne (Léa Seydoux)  est la …Muse, la révolution de 1968 à Nanterre, le kidnapping du fils d’un policier "bobo" (Mathieu Amalric) sur fond d’enquête gastronomique et la mort assurée des brigands grâce au « sacrifice » du cuisinier !!.  Ils se suivent à un rythme fou, -avec toutefois des arrêts sur images, tel un temps suspendu; arrêts qui figent momentanément les personnages dans une position très théâtralisée, aux gestes convenus de marionnettes ; un même rythme scande emboîtements et désemboîtements des décors

 

Le passage de la couleur au noir et blanc, de l’image filmée à l’image animée, les paroles (parfois logorrhéiques) en anglais et français, les marches les échelles -sur lesquelles on grimpe à grande vitesse (à l’instar des poursuites en voiture) tout cela évolue au gré de "l’inventivité"  du réalisateur…si bien que the french dispatch tient à la fois du théâtre, du cinéma et de la BD, avec cette empreinte singulière à laquelle  Wes Anderson a habitué son public : zooms, panoramiques, symétries split screen (cf les clins d’œil complices à The grand Budapest Hotel par exemple). Un univers dense, une mise en scène minutieusement orchestrée, une galerie de personnages,  des situations surréalistes comiques ou tout simplement réalistes

 

 

Or ce foisonnement narratif et cette pléthore de personnages risquent de déplaire! Il est vrai que le choix narratif - enchaîner les  "historiettes"  feuille après feuille (le dispatch) - s’il est justifié du point de vue artistique (et en ce sens ce serait un bel hommage au cinéma français de Tati Godard Melville sous forme de collages dont Marx Ernst revendiquait la puissance créatrice) perd en force persuasive (le personnage est trop souvent réduit à un pantin voire un guignol sur lequel on va "coller" la "représentation"  désirée par l’auteur, qu’elle ait la fugacité d’une apparition ou la prégnance du discours/saynète (le fil conducteur étant le patron de presse et partant,  l’hommage à une forme de journalisme) De plus malgré ses qualités esthétiques indéniables The french dispatch reste singulier à défaut d’être original, en ce sens qu’il ne renouvelle pas les "ambitions"  de l’auteur  

 

A voir (malgré tous les malgré) 

 

Colette Lallement-Duchoze 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 07:46

de Juho Kuosmanen (Finlande Russie 2021)

avec Seidi Haarla et Yuriy Borisov

 

Festival de Cannes 2021 – Grand Prix du Jury

 

Une jeune finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d’improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

Compartiment n° 6

Au-dessus des vieux volcans/ Glissent des ailes sous les tapis du vent/ Voyage, voyage/ Éternellement

Voyage, voyage Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage) Voyage (voyage) Dans l'espace inouï de l'amour 

cette chanson des années 80  scande et rythme le deuxième long métrage du Finlandais Juho Kuosmanen (la chanson envahit tout le générique de fin, générique  que d'aucuns  ont l'habitude d'ignorer...)

Inspiré du roman de Rosa Likson le film nous invite à partager le huis clos d'un compartiment d'un train soviétique -reconstitution des années 90 (?)  au vu de l'état lamentable de certaines prestations sanitaires, de l'absence de portables,  entre autres- pour un long périple de Moscou à Mourmansk

 

Soit deux êtres, deux parcours, et on serait tenté de dire deux épopées intérieures. Laura (une Finlandaise étudiant à Moscou, en partance pour découvrir les pétroglyphes) et Ljoha (ouvrier russe très fruste en partance pour les mines du grand nord) vont-ils le temps de ce "voyage" chercher à s'apprivoiser? Si tel est le cas ce sera loin des clichés faciles (le voyage comme initiation par exemple) et le refus constant du pittoresque. Certes l'extérieur s'invite à intervalles réguliers (à travers les vitres et lors des escales dont la plus longue laissait deviner un premier déraillement: - excédée voire écœurée par la grossièreté de l'inconnu Laura était décidée à prendre un autre train...- un extérieur dans lequel le réalisateur nous immerge par petites touches mêlant paysages et traditions locales.

L'image est souvent (délibérément?) comme floutée embuée; image d'un autre temps fané???

 

Mais dans le dernier quart du film où les deux personnages bravent interdits et conditions météorologiques voici des immensités neigeuses (plans larges) auront-elles recouvert de leur linceul les fameux pétroglyphes?- ces dessins symboliques gravés dans la pierre- mais que l'absence de camescope (un passager l'a volé "tout mon Moscou y habitait" déplore Laura) ne pourra immortaliser!!!

N'était-ce pas l'objectif premier du "voyage" pour Laura , voyage qu'elle aurait dû entreprendre avec Irina -qui lui a fait faux bond? (dans la longue séquence d'ouverture la désunion se lisait sous le masque de la beuverie, désunion que la sécheresse des appels téléphoniques va confirmer)

Si la cohabitation forcée dans le compartiment n°6 n'a pas viré au cauchemar si le froid et le blizzard n'ont pas enseveli Laura et Ljoha (filmés sur l'épave d'un bateau en légère contreplongée, ils semblent avoir dessillé leurs yeux dans la même contemplation) l'injonction finale "va te faire foutre"  provoquera le rire franc de Laura seule dans le taxi qui la reconduit...Elle qui enviait l'intellectuelle moscovite Irina, se rend à l'évidence: elle est en fait de la même trempe sauvage et solitaire que Ljoha.

 

Un film qui frappe par la justesse du ton, la vivacité naturelle des interprètes et l'humour .

Compartiment n°6 le pétroglyphe de Juho Kuosmanen?

Un film que je vous recommande   

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

 

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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 18:36

De Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha (Iran 2020)

avec : Maryam Moghadam , Alireza Sani Far , Pouria Rahimi , Avin Poor Raoufi , Mohammad Heidari , Farid Ghobadi , Lili Farhadpour 

 

 

Iran, de nos jours. La vie de Mina est bouleversée lorsque son mari est condamné à mort. Elle se retrouve seule, avec leur fille à élever. Un an plus tard, elle est convoquée par les autorités qui lui apprennent qu'il était innocent. Alors que sa vie est à nouveau ébranlée, un homme mystérieux vient frapper à sa porte. Il prétend être un ami du défunt et avoir une dette envers lui.

Le pardon

Ce film est dans la lignée des grands films iraniens que nous avons aimés tel "la séparation".

 

La coréalisatrice Maryam Moghadam qui est en même temps l'actrice principale  a des accents raciniens en toute retenue. Nous sommes en pleine tragédie et les silences, les visages expressifs prolongent admirablement des dialogues ciselés, des silences chargés de sens. Les problèmes moraux sont au centre en permanence et nous plongent dans l'univers mental perse si mystérieux, aux nombreux paradoxes, aux déroulements inattendus.

Pas de manichéisme ici, de l'intelligence partout. Il est remarquable de constater à quel point les individus sont coincés de tous les côtés par un régime théocratique autoritaire, la famille, le travail, des croyances et des considérations sur la femme d'un autre siècle.

La discrétion est de rigueur, chacun reste à distance pour ne pas entrer dans l'intimité d'autrui.

Pas de jeu appuyé, une ellipse pour décrire une situation érotique d'une immense élégance. On ne se touche pas même pour consoler l'autre en pleurs. Ce film est tout en pudeur et noble émotion.

Le personnage principal qui élève  sa fille seule après que son mari a été exécuté pour un crime qu'il n'a pas commis, est forte d' une douleur et d'une énergie rentrée tellement présente !

 

Quel bel hommage aux femmes iraniennes victimes des préjugés, de l'absolutisme, du machisme ! Le scenario s'inspire de l'histoire familiale de la réalisatrice et ça n'en est que plus touchant. 

 

Allez voir ce grand et très beau film, il ne peut laisser personne indifférent.

 

Serge Diaz

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30 octobre 2021 6 30 /10 /octobre /2021 05:48

de Catherine Corsini (2021)

avec Valeria Bruni Tedeschi, Marina Foïs. Pio Marmaï , Aïssatou Diallo Sagna,  Jean-Louis Coulloc'h

 

présenté au festival de Cannes 2021

Raf et Julie, un couple au bord de la rupture, se retrouvent dans un service d’Urgences proche de l'asphyxie le soir d'une manifestation parisienne des Gilets Jaunes. Leur rencontre avec Yann (Pio Marmaï), un manifestant blessé et en colère, va faire voler en éclats les certitudes et les préjugés de chacun. À l'extérieur, la tension monte. L’hôpital, sous pression, doit fermer ses portes. Le personnel est débordé. La nuit va être longue

La fracture

Le titre n’est pas anodin. Il frappe tout d'abord par son évidente polysémie   (fracture de l’amour incarné par le couple Raf et Julie, fracture sociale illustrée par la lutte de classes, le sort d’un routier blessé, fracture politique: gestion lamentable du service public et outrecuidance du service d’ordre) mais il invite en outre à différencier une lésion (fût-elle impressionnante à l’image du bras de Raf) d’une cassure ; la fracture se situant dans un entre-deux, avant une rupture définitive ; en s’insinuant dans le domaine "médical" ou "chirurgical" le film va procéder à une sorte de radiographie d’une société à un instant T -un des plus dramatiques- de son histoire (de même que des radiographies seront exigées avant opération éventuelle de la jambe de Yann, ou  du bras de Raf). Derrière les plâtres (et là encore que de connotations !!) du service des urgences saturé, apparait en filigrane l’image d’un pays qui boîte…Pourra-t-il se relever ?

 

C'est la nuit. Ecran noir ronflements, respirations bruyantes ; et soudain une lumière!!! Celle de l’écran d’un portable...Gros plans sur les Sms incendiaires vulgaires. Voici un couple de femmes, l’une l'amante trop aimante va se "fracturer"  le bras en courant vers l’être aimé qui a décidé de "rompre" définitivement… C’est la séquence d’ouverture. Un chauffeur routier fier de participer à la manifestation des gilets jaunes se fait violemment tabasser et sa jambe est "explosée"  par une grenade d’encerclement…A partir de ce moment un lieu unique : celui des "urgences", du "confinement"  où se retrouvent tant les manifestants blessés que les patients aux différentes pathologies. Une infirmière (excellente Aïssatou Diallo Sagna) y exerce son métier avec dévouement (alors que gronde en elle une forme de révolte, prémices d’une fracture voire d'une cassure ). Tels seront les protagonistes principaux de ce huis clos.

Un huis clos qui tient de la cour des miracles  et de la tragédie. Patients entassés en attente de... , personnel soignant  (qui exerce  alors qu'il est en grève)  débordé  (c'est un euphémisme),  pénurie de médicaments, la liste serait longue!  La caméra virevolte au gré d'un rythme échevelé,  tout comme bouillonnent les esprits. C’est la chienlit.  A la bataille en extérieur (qui entre comme par effraction via les écrans des portables et des téléviseurs) répond la bataille en interne (un lieu qui se fissure -sens propre et figuré-, des patients à bout de nerfs, des dysfonctionnements qui s’ils ne correspondaient pas à une réalité susciteraient le  rire.., la lutte de soi avec soi, la lutte de soi avec l’autre). Des situations hilarantes (dignes de la meilleure comédie) côtoient le tragique….

Valérie Bruni-Tedeschi en amante éplorée insupportable (une "chieuse" ) est tout simplement épatante, de même Pio Marmaï en routier anti-sympa à la grande gueule (même s’il éructe des clichés et force un peu le trait) est hilarant. Il convient de saluer Aissatou Diallo Sagna, véritable aide-soignante qui interprète …..son propre rôle

 

On pourra déplorer l’insistance complaisante de certains gros plans (jambe explosée de Yann, visage tuméfié), la longueur de la scène "prise d’otage" (un patient qui aurait dû être hospitalisé en psychiatrie veut se venger sur Kim) l‘artificialité de certaines rencontres (Julie, interprétée par l’excellente Marina Foïs et Laurent) comme prétexte (fictionnel bien évidemment) à l’intrusion d’un passé revisité et au questionnement sur le devenir !!

 

Cela étant La fracture n’en reste pas moins un film qui détonne et détone tout à la fois

 à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 05:38

Premier long métrage de Maxime Roy (2020)

avec François Créton (Michel), Roméo Créton (Léo) , Richard Bohringer (Claude), Ariane Ascaride (Josiane) Patrick D’Assumçao (Jean-Pierre) Clotilde Courau (Hélène)

 

Présenté au festival de Cannes 2021 Sélection officielle, séance spéciale

 

Michel ancien junkie, est un éternel gamin qui ne rêve que de motos et traine avec son grand fils Léo et ses copains. À cinquante ans, il doit gérer le bébé qu’il vient d’avoir avec son ex, et se bat pour ne pas répéter les mêmes erreurs et être un mec bien.

Les Héroïques

 

"je ne suis pas un gars propre

 

La scène d’ouverture donne le ton : voici Michel filmé de très près de profil ou de trois quarts ; dans un long monologue, il évoque avec une violence contenue et une certaine force persuasive, ses démons intérieurs, son combat quotidien et cette farouche volonté de s’en sortir (Je ne suis pas un gars propre). Les autres visages, à l’écoute, sont comme floutés et quand le plan s’élargit on comprend qu’on assistait à une réunion des AA (Alcooliques anonymes) ce lieu de la solidarité et de la thérapie (même si la « liturgie » rappelle une  "grand messe"  où l’on supplie en l’invoquant un dieu tout puissant)

 

Michel, biker, ex junkie, identifiable avec sa maigreur, ses tatouages, ses bagues, ses boucles d’oreille, sa façon de chevaucher sa Harley, arbore sur son blouson l’inscription "loser" : auto dérision ? ou tout simplement grande lucidité ?  C’est que le fardeau est lourd à porter et ce d’autant plus qu’il sort d’une longue période d’addictions ! Père, Michel l’est deux fois : à plus de 50 ans il doit assumer la garde alternée de son bébé -et les allées et venues entre sa cave/logement et l’immeuble où réside Hélène (formidable Clotilde Courau) ressemblent aux étapes d’un chemin de croix. Quant au fils aîné Léo -qui aime le titiller avec la chanson Kid d’Eddy de Pretto -« virilité abusive »-, il incarne la connivence la complicité à condition que Michel ne  "rechute"  pas dans la drogue et l’alcool ; un fils qui « porte » le père. Tout comme Michel d’ailleurs va "porter"  son propre père mourant (Richard Bohringer excellent de sobriété et de justesse). Une vie en rupture totale avec ses habitudes d’antan. N’est-ce pas là une forme d’héroïsme ?

 

Le film construit sur une succession -au rythme souvent rapide- de scènes de galère (inondation de la cave par exemple; cartons que l'on emballe à l'instar de lambeaux de vie empaquetés, froidure et de jour et de nuit) dans un décor d’entre deux (une périphérie ? où subsisteraient des vestiges du passé ?), est aussi un film d’apprentissage (et pas seulement au sens de formation technique) :  le quinquagénaire est sommé de  "grandir"  (recommandations formulées même par sa belle-mère). Se « guérir » définitivement du syndrome de Peter Pan…. !!!

(Notons qu’à plusieurs reprises , le visage de Michel dans un cadre rapproché, est auréolé de lumière, signe patent de la métamorphose, liée au passage des ténèbres vers plus de clarté ?)

L’acteur qui est de tous les plans, pourra agacer par ses postures son verlan ses refus de gamin ses sautes d’humeur. Et pourtant…que d’humanité et de bienveillance, même dans le désespoir !

 

Mêlant réel (le réalisateur s’est inspiré  du vécu de François Créton) et imaginaire (Michel n'est pas François), docu et fiction, acteurs professionnels et amateurs, ce film nous présente des "héros", ces invisibles qui luttent au quotidien contre la maladie la pauvreté l’isolement et en ce sens il peut rappeler Ken Loach ou Guédiguian (mais....sans la maîtrise ni l'humour du premier) 

 

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 07:15

réalisé par les frères D'Innocenzo (Italie Suisse 2020)

avec Elio Germano (Bruno Placido)  Barbara Chichiarelli :( Dalila Placido) Gabriel Montesi : (Amelio Guerrini ) Max Malatesta :( Pietro Rosa)  Ileana D'Ambra :( Vilma Tommasi) Giulia Melillo :( Viola Rosa) Cristina Pellegrino : (Susanna Rosa)  Lino Musella (professeur Bernardini) Justin Korovkin : Geremia,  Tommaso Di Cola :( Dennis Placido)  Barbara Ronchi :

 

Ours d'Argent du Meilleur Scénario Berlin 2020

 

 

La chaleur de l'été annonce les vacances prochaines pour les familles de cette paisible banlieue pavillonnaire des environs de Rome. Des familles joyeuses, qui parviennent à créer l'illusion de vraies vacances malgré leurs faibles moyens. Des familles normales. Enfin presque. Car leurs enfants vont bientôt pulvériser le fragile vernis des apparences

Storia di vacanze

D’abord une voix off ; la découverte d’un cahier d’enfant…  Dans un bac de recyclage, à côté de quelques guides télé, j’ai trouvé le journal intime d’une petite fille

et l’annonce Ce qui suit est inspiré d'une histoire vraie.  L'histoire vraie a été inspirée par un mensonge. Le mensonge est assez peu inspiré

 

Brouillage ? goût du paradoxe ? en tout cas nous voici immergés, sous l’égide d’un narrateur, dans une banlieue pavillonnaire des environs de Rome (quelques vues en légère plongée l’assimileraient à un jeu de lego) et dans un quartier qui deviendra un personnage à part entière. Le quotidien de quelques familles (3) est marqué  par la  morosité  (celle due à une frustration : vivre en-deçà d’espérances, ne pas habiter une banlieue plus cossue). Morosité et  toxicité -en diabolique harmonie avec la torridité étouffante – vont être « déconstruites » par les enfants -souvent muets-. Car si les adultes sont grotesques, immatures, irresponsables leur progéniture apparemment « servile » (la scène d’ouverture où le frère et la sœur sont sommés de lire leurs appréciations scolaires ; le tabassage du fils d’une violence inouïe - hors champ il se lit dans les larmes de la sœur témoin impuissant ; la tonte des cheveux, mutilation vécue avec résignation, du moins en apparence) n’en sera pas moins consciente et révoltée. Comme dans n’importe quel conte cruel, la violence peut sourdre sous l’apparente placidité de la victime malheureuse. Et les gamins de ces trois familles sont « prêts à imploser » ; leur « lucidité » les condamnant à l’acte suprême ....afin de ne pas perpétuer le vécu de leurs parents!!!!

 

On pourra être dérangé par les grands angles et les légers surplombs, la lenteur de certains plans séquences, par une bande-son amplifiée, par l’opposition systématique entre la placidité des enfants et la crudité comportementale des adultes, par les exagérations caricaturales, mais storia di vacanze n’en reste pas moins un film puissant qui tient à la fois de la chronique du thriller et de la fable tragique, sur la « déliquescence des gens ordinaires ».

La seule issue pour les enfants -ressort de la tragédie-  n’était-elle pas suggérée dans le « journal intime »?

Storia di vacanze une « métaphore d’un malaise sociétal » 

 Cette histoire pourrait être tout droit sortie de l’œuvre des frères Grimm. Un monde de sensations, de couleurs vives et d’odeurs, même si en arrière-plan, tout brûle » (propos des frères D’Innocenzo)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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