25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 04:21

De Quanan Wang Mongolie 

Avec Dulamjav Enkhtaivan, Aorigeletu, Norovsambuu Batmunkh, B. Anujin, Gangtemuer Arild

Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur les lieux du crime. Dans cette région sauvage, une jeune bergère, malicieuse et indépendante, vient l’aider à se protéger du froid et des loups. Le lendemain matin, l’enquête suit son cours, la bergère retourne à sa vie libre mais quelque chose a changé.

La femme des steppes, le flic et l'oeuf

Méditation sur les cycles de la Vie et de la Mort dans l’interpénétration fusionnelle des règnes et des espèces, Initiation à l’amour, hymne à la sagesse immémoriale des femmes dans la steppe mongole ? Oui le film de Quanan Wang (rappelez vous le mariage de Tuya) est tout cela à la fois et c’est à un voyage poétique qu’il invite le spectateur, à travers le portrait d’une femme libre : la bergère, la femme des steppes surnommée le « dinosaure » .

Une poésie qui n’exclut pas humour facétie et prosaïsme

 

C’est la nuit. La steppe immense, balayée par la cadence des phares d’une jeep, s’illumine de jaune ...quand soudainement...la jeep s’en vient buter sur le cadavre d’une femme…Fin du prologue. Mais la piste "film policier"  est  vite abandonnée. On comprend que le "crime" (et partant la recherche du "coupable") n’est qu’un " prétexte"  (dans les deux acceptions du mot) pour aller au contact du personnage principal, nous faire partager les croyances, le mode de vie de cette  femme des steppes  à la royauté animale

 

Des plans à la beauté sidérante ; des ciels qui envahissent l’écran, ciels dont les couleurs -ocre or pâle mauve rouge vermeil - déclinent une partition de lumière et/ou la ligne "mélodique" de pénombres aux vagues lueurs et de brume errante; ciels dont le chromatisme renvoie à la peinture mais dont l’impalpable merveille chante la primauté de la Nature sur la Culture.

Infinitude céleste, finitude de l’être sur terre ? Et pourtant l’oeuf du dinosaure fossilisé s’en viendra saluer celui de la fécondation (ne sommes-nous pas les descendants des dinosaures ? )

 

Dans la nuit se détachent -telles des ombres portées- les deux bosses d’un chameau au repos; la bergère et le flic sont adossés à cet animal tutélaire : s’y lover chuchoter fumer boire, et...apprendre à aimer.. le jeune homme aura transcendé son noviciat ! .Love me tender love me sweet

 

Nuit d’un Éternel toujours recommencé !

 

Dans la yourte de la bergère, aux couleurs vives et chaudes, cohabitent humains et jeunes animaux. Ogil a été mandé pour aider au vêlage; alors que l’animal nouvellement né respire la chaleur de la Vie, le couple humain va perpétuer le cycle de l’espèce et l’image au flouté fébrile célèbre leur accouplement

 

Un film à ne pas rater ! (Omnia aux Toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:35

D' Eliza Hittman (USA)

 

Avec Sidney FlaniganTalia RyderThéodore Pellerin

 

Grand Prix du Jury à la Berlinale février 2020

Deux adolescentes, Autumn et sa cousine Skylar, résident au sein d'une zone rurale de Pennsylvanie. Autumn doit faire face à une grossesse non désirée. Ne bénéficiant d'aucun soutien de la part de sa famille et de la communauté locale, les deux jeunes femmes se lancent dans un périple semé d'embûches jusqu'à New York.

Never Rarely Sometimes Always

Une œuvre réaliste sur le droit à l’avortement ; dans un pays où  l’actuel président est décidé à en limiter l’accès ; dans un pays où les mouvements "pro-vie" se présentent tous les samedis de chaque mois devant les cliniques  en rassemblements légaux ; dans un pays où pullulent les "fausses cliniques"  tenues par des bénévoles qui culpabilisent les "patientes" ; dans un pays où déserts médicaux et absence de couverture universelle dissuadent les plus fragiles. Autumn, 17 ans,  sera confrontée à cette dure réalité, que nous allons vivre de l’intérieur !!!

 

Une œuvre militante -comme ciselée au scalpel-  mais dont la charge programmatique ne saurait provoquer l’ennui. Pourquoi ?

À des actrices « chevronnées » Eliza Hittman  a préféré de jeunes talents -c’est le premier rôle pour l’actrice Sidney Flanigan qui interprète la jeune fille à la fois silencieuse dure et décidée authenticité plutôt qu’expérience avoue la réalisatrice.

Elle opte pour les gros voire très gros plans (visage, mains ou doigts qui se cherchent, épingle, objets dont la dureté métallique va contraster avec la fébrilité et l’angoisse du personnage). De même elle préfère le silence à une musique illustrative, les allusions aux discours explicatifs (on ne saura jamais qui est le père géniteur peu importe d’ailleurs ; l’essentiel est ce que ressent Autumn et que l'on devine  sur son visage à la fois obstiné et tourmenté), des réponses évasives ou lapidaires à des dialogues plus ou moins structurés et/ou redondants; enfin le réalisme (parfois cru) de certains tableaux est en harmonie avec les questionnements de la  jeune fille 

Le film suit la chronologie des événements depuis le test positif jusqu’à l’avortement à New York ; un parcours odysséen (fait d’embûches, de confrontations, de réprimandes, de "découvertes" traumatisantes) et surtout cette solitude douloureuse quand on a 17 ans, que l’avortement en Pennsylvanie est interdit sans le consentement des parents et que l’on ne peut communiquer avec ses proches, hormis avec sa cousine !! Et précisément Skylar va l’accompagner, en bus jusqu’à New York (soit à plus de 300km); Skylar (Talia Ryder) à la frêle silhouette traînant la valise à roulettes dans les couloirs du métro, Skylar dont le regard anxieux  interroge dans le silence partagé la Douleur de sa cousine ! Figure de la sororité dans cette tragédie... ?

 

La scène où Autumn filmée en frontal doit répondre au choix  par « jamais rarement parfois toujours »  à des questions très précises concernant sa sexualité, son rapport à l’autre, le partenaire, entaché ou non de violence, est d’une incroyable intensité dramatique ; hésitations silences pleurs et c’est l’intime de la jeune fille, les traumas enfouis qui sont suggérés ou qui affleurent, alors que se dessine en filigrane le rôle prédateur de l’homme, du mâle !

 

Un film souvent poignant dont on oubliera vite les quelques longueurs et la complaisance de certains plans fixes

 

(à voir en vo aux docks )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 05:41

Documentaire réalisé par Hubert Sauper (2017) USA France Autriche

Le cinéaste Hubert Sauper — réalisateur de Nous venons en amis et du Cauchemar de Darwin, nommé aux Oscars — a réalisé Epicentro, portrait immersif et métaphorique de Cuba, utopiste et postcolonial, où résonne encore l’explosion de l’USS Maine en 1898. Ce Big Bang a mis fin à la domination coloniale espagnole sur le continent américain et inauguré l’ère de l’Empire américain. Au même endroit et au même moment est né un puissant outil de conquête : le cinéma de propagande. Dans Epicentro, Hubert Sauper explore un siècle d’interventionnisme et de fabrication de mythes avec le peuple extraordinaire de La Havane — en particulier ses enfants, qu’il appelle “ les jeunes prophètes ” — pour interroger le temps, l’impérialisme et le cinéma lui-même.

 

 

Epicentro

Des vagues puissantes s’en viennent percuter le Malecon (la jetée) à La Havane ; le visage d’un Cubain fumant le cigare se détache comme en médaillon : c’est la scène inaugurale. À la fin d’Epicentro le même homme, des vagues identiques, mais leur puissance est telle que l’eau a pénétré dans les maisons et les enfants (ces jeunes prophètes que nous avons côtoyés dans la seconde partie) glissent chutent surfent sur l’élément liquide, devenu partie intégrante de leur univers. Dans la Joie l’Allégresse .! .On va gloser sur l’intensité des vagues : symbole d’une catastrophe ou métaphore d’une situation qui aurait empiré sur l’île ? .. J’en doute...

 

Epicentro : le titre du « documentaire » (à ce terme générique qui renvoie à documents protocole vérité supérieure Hubert Sauper préfère l’expression anglo-saxonne non fiction cinema) n’est pas anodin. Cuba serait le  point de la surface terrestre où un séisme a été le plus intense. De quel « séisme » s’agit-il ? Le réalisateur (voix off) explique qu’en 1898 les Etats Unis ont pris prétexte de l’explosion de l’USS Maine pour mettre fin à la domination espagnole sur l’île et inaugurer une nouvelle ère celle de leur impérialisme (qui prévaut encore à l’échelle planétaire) ...et simultanément c’est l’invention du cinéma qu’Hollywood va « utiliser comme outil de propagande »

Là est sans conteste l’originalité d’Epicentro ; et la mise en parallèle de phénomènes concomitants ira de pair avec un double questionnement (qui sera le fil conducteur du film) sur la toute puissance américaine et la toute puissance de l’image (cf les images truquées de l’explosion de l’USS Maine…)

 

Images d’archives (guerre hispano américaine Roosevelt funérailles de Castro) et plongée en « immersion » dans le Cuba d’aujourd’hui (venelles et avenues, odeurs et musiques, déconstruction et reconstruction, fugacité et permanence, luxe et misère  ) Nos guides ? Ces enfants incroyablement matures (même s’ils répètent les slogans du castrisme) qui promènent un regard à la fois circonspect et désabusé sur les « touristes » (le plan où un immense navire  de croisière pénètre dans le port de La Havane est presque terrifiant : vorace, le vaisseau semble engloutir la capitale;  alors que la visite de la ville en voiture américaine décapotable ridiculise les visiteurs hurlant leur joie!  Et que dire de ces photographes amateurs si fiers de leurs clichés ( confondant les époques, usant abusant de ce voyeurisme primaire).

 

Léonelis se « bat » avec sa mère, un vrai pugilat ! (propos outranciers venimeux, gifles qui claquent). Mais on va découvrir qu’il s’agit d’une scène jouée -entre Léonelis qui rêve d’être actrice et Oona Chaplin qui a proposé une engueulade comme scène d’improvisation- et Hubert Sauper filme  tel un reporter captant ce « qui se passe » ».

Tel le spectateur d'un  jeu entre le vrai et le faux !

Ou quand la « réalité jouée devient réelle »

 

Un documentaire qui met en exergue une double manipulation, 

un documentaire à la déambulation ludique

un documentaire à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 03:42

de Jonas Trueba (Espagne 2019) 

avec Itsaso Arana (Eva) Vito Sanz (Agos) Isabelle Stoffel (Olka) 

"Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une torpeur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme..."

Eva en août (la virgen de agosto)

«  Tout un chacun veut être lui-même et moi de même", (propos attribué au philosophe espagnol Augustin Garcia Calvo, cité dès le prologue  dans la présentation du personnage éponyme Eva )

 

Le film de Jonas Trueba, aux accents rohmériens, découpé en journées tel un éphéméride, s’ouvre et se clôt sur un emménagement.

Entre le 1er août,-jour de la pré-installation dans le quartier du Rastro-, et le 14 -acceptation d’une colocation avec Agos-, nous allons suivre Eva dans ses déambulations, au musée, au cinéma, dans les bars, en boîte; participer aux conversations -sur les chakras les ovocytes l’amitié, la quête de soi. Car cette femme trentenaire -dont nous ne savons pas grand-chose hormis cette volonté affichée de « s’essayer à une nouvelle façon d’être au monde » accueille avec bienveillance tous ces instants qui font les jours, et les rencontres qui les ponctuent en les magnifiant ; elle va même jusqu’à provoquer l’imprévu (cf sa relation avec Agos l’homme des « rituels » ), elle s’invite dans des conversations (Maria et Violetta); va au devant d’Olka, s’en vient féliciter Solea Morente pour son concert ; une voix intérieure les commente parfois et/ou le récit consigné dans son « journal »

On pense bien sûr à Rohmer dans cette façon d’évoquer la flânerie, le hasard(?) amoureux l’apparente légèreté, l’élégance du naturel et de faire advenir la banalité du propos au rang de dialogue.

 

Itsaso Arana (qui interprète avec naturel et brio le personnage : une Eva à la fois ingénue et déterminée) est de tous les plans ; la caméra peut la filmer à distance (dans la rue dans la foule en terrasse) ou faire vibrer les effets diffractés de la lumière sur son corps ou encore privilégier, par le gros plan, son visage et son sourire.

 

Un film en osmose avec l’été madrilène : Madrid son quartier du Rastro, ses rues animées, sa touffeur et sa torpeur ; Madrid et ses fêtes religieuses estivales San Lorenzo, la vierge de Paloma, San Cayetano dont la procession vue en plongée semble bouleverser Eva !!

Osmose avec le personnage par le détournement (ironique?)  de la théorie de l’Immaculée Conception;  la promenade à la recherche de soi -un "acte de foi" - (et les références philosophiques le confirment aisément ) se métamorphose en ballade (presque au sens premier du terme)

 

Un bémol toutefois: la longueur;  plus court ce long métrage n’aurait-il pas gagné en intensité ce qu’il perd en superflu ? 

 

Colette Lallement-Duchoze

  

 

 

Oui, 30 minutes de trop.

On aurait aimé voir dans ce film rohmérien comment elle s'y prenait pour rompre avec ses différentes rencontres puisqu'une série de rencontres intéressantes il y a...

On aurait aimé aussi voir davantage de Madrid au mois d' Août.

Mais pour l'essentiel on reste captivé par le charme fou de l'actrice principale et la grande justesse du jeu d'acteurs

Serge Diaz 25/08/2020

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 04:57

 

Mediapart  Du 17 au 22 août des projections et des rencontres avec des professionnels auront quand même lieu. Les séances en plein air sont maintenues et deux salles de projection seront reliées à d’autres structures à Lyon, Paris, Marseille, Nîmes… afin qu’un public, le plus large possible, puisse dialoguer partout en France et en visioconférence avec des réalisateurs et réalisatrices. Le format de cette édition hors du commun a été décidé vers la mi-juillet, une fois connue la circulaire de la préfecture.[...]  Bien sûr, dans cette forme allégée, l’équipe a dû renoncer à inviter des cinéastes ou collaborateurs étrangers ou à se rendre dans des centres d’archives incroyables hors de France pour programmer des œuvres ouvertes au monde. Mais, avec le précieux partenariat proposé par la plateforme Tënk (créée par l’ancien directeur général des États généraux, Jean-Marie Barbe, elle est également installée à Lussas), des programmations spécialement pensées pour une diffusion numérique ont été élaborées. Parmi la soixantaine de films ainsi mis en ligne dès aujourd’hui, dimanche 16 août, un 16 minutes sorti en 1943 signé Humphrey Jennings : The Silent Village a pour origine « le massacre de cent soixante-dix hommes du village minier de Lidice perpétré par les nazis, pendant l’invasion allemande de la Tchécoslovaquie. Jennings a déplacé l’histoire dans un village minier gallois et fait jouer certains de ses mineurs », annonce le programme. Intéressant, sans doute. Mais savoir qu’il a été déniché par Federico Rossin, passionnant historien du cinéma qui, l’an passé, a programmé à Lussas une fantastique série de films – parfois très courts et très drôles – autour de l’invention d’une culture populaire yougoslave au sortir de la Seconde Guerre mondiale, cela promet de belles surprises. Sur Tënk, la programmation de Rossin, « Histoires de forme », entend « faire penser les films autrement, les regrouper dans de nouveaux ensembles pour en tirer de nouvelles leçons d’histoire ». Et les onze films proposés autour de trois séances introduites par Rossin s’articuleront autour des questions d’esthétique, d’éthique et de politique, « cherchant à engager avec le public un vrai lien de réflexion, tout en sachant que c’est lui le grand absent, et qu’il nous manquera », écrit l’historien. On peut recommander aussi deux avant-premières, qui seront simultanément diffusées en plein air à Lussas et sur le Net via Tënk, à chaque fois suivies de débats avec les auteurs.

Extrait de « Mes chers espions ». © Vladimir LéonExtrait de « Mes chers espions ». © Vladimir Léon

Mes chers espions, de Vladimir Léon : une valise de souvenirs de ses grands-parents amène le réalisateur à se demander si ces derniers étaient des espions soviétiques dans le Paris des années 1930. (Mardi 18 août, de 21 h 30 à minuit, sur Tënk.) Et Une fois que tu sais, d’Emmanuel Cappellin, une enquête qui mêle l’intime et des entretiens avec des scientifiques pour aborder une question cruciale en ces temps de changement climatique : comment vivre l’effondrement le mieux possible, le plus humainement possible ? (Jeudi 20 août, de 21 h 30 à minuit, sur Tënk.)

Emmanuel Cappellin présente son documentaire : «Quand on sait»

On sera aussi curieux de voir, dès le 23 août, sur Tënk, An Unusual Summer, de Kamal Aljafari : à la suite d’un acte de vandalisme, le père du cinéaste palestinien a installé une caméra de surveillance pour enregistrer ce qui se passe devant chez lui. Le fils en a fait un film où les allers-retours des voisins, les jeux des enfants et quelques moments de poésie fugaces se posent sur le quotidien de Ramla, ville sur territoire israélien, tiré comme une toile de fond. Un essai filmique comme Lussas a l’audace d’en présenter chaque année.

Bande annonce de «An unsual Summer», de Kamal Aljafari

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Sans illusions démesurées sur les conditions dans lesquelles la rencontre avec ce genre de film peut se faire en ligne, « il est possible qu’elle ait lieu, espère Christophe Postic, on peut alors imaginer que des personnes découvriront une forme de cinéma qui les inspirera à aller voir plus loin, jusqu’à Lussas pourquoi pas, sachant qu’ils pourront y rencontrer les réalisateurs ». Mais « à titre personnel, poursuit-il, je ne pense pas que les États généraux s’engageront plus avant dans une édition en ligne. Un festival, ce sont des projections en salle, des débats que l’œuvre génère, une plongée dans une programmation qui peut durer des heures, des rencontres »Mais l’expérience de cette édition 2020 ne sera pas sans lendemain. Lussas, c’est aussi, chaque année, une université d’été du documentaire. Alors, en ce mois d’août, un petit groupe va se créer ici pour engager une réflexion avec quelques personnes concernées, autour notamment de la philosophe spécialiste des images Marie-José Mondzain, de la critique Marie Anne Guérin (Cahiers du cinéma, Trafic, Vertigo…), de l’enseignant-chercheur en arts visuels Jacopo Rasmi (La Revue documentaire)… Alors que cette crise sanitaire a vu exploser la diffusion des œuvres en streaming, il s’agira d’interroger nos manières de regarder les films, de penser les œuvres et de voir comment tout cela pourrait transformer le cinéma et notre façon de voir le monde. D'après.

***

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 19:29

 

de Koji Fukada (Japon 2019)

avec Mariko Tsutsui Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu

 Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d'une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d'enlèvement. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

L'infirmière

Malaise et questionnements, non-dits et ellipses, structure en deux temporalités : le film l’Infirmière (après Harmonium) peut certes désorienter

Ichiko infirmière « modèle » est « victime » d’un malentendu. Sa faute ? Être la tante du kidnappeur et ne pas l’avoir « avoué » ? Avoir osé présenter son neveu à la famille où elle soigne la grand-mère et donne des cours aux petites-filles. C’est du moins ce que l’on est tenté de croire !!! 

Elle sera la victime toute désignée à la vindicte médiatique et populaire (n’a-t-elle pas avoué à Motoko la sœur de la disparue, avoir baissé la pantalon de son neveu quand il était enfant ? Ne serait-ce pas là l’origine de la monstruosité ?)

Mais le réalisateur va nous entraîner dans des labyrinthes insoupçonnés…Par quels procédés ?

Une construction fondée sur deux temporalités, (il y a l’avant kidnapping -Ichiko heureuse apparemment et dans l’exercice de son métier et dans sa vie amoureuse- et l’après dont la scène d’ouverture sert de charnière : Ichiko (désormais Risa Ichida) décide de changer de coiffure alors qu’elle est condamnée à changer de profession et son comportement va basculer lui aussi...  Un avant revisité et transformé par l’après ? ... ou plutôt l'inverse?.  Des incursions dans l’onirisme et le cauchemar -révélateurs de fantasmes- des changements brusques de perspectives. Tout cela au service non d’une vérité à dévoiler coûte que coûte mais d’une analyse psychologique. Et l’on passe de l’un à l’autre sans transition car le cinéaste traite au même niveau ce qui est décalé dans le temps et dans l'espace (l'étrange étrangeté )  et  l’on voit  Ichiko au sourire bienveillant, apeurée seule dans son appartement, broyée par la meute des inquisiteurs avides d'une "justice immanente",  Ichiko frémissante de désir, ou/et  en proie à la folie vengeresse . Anfractuosités et béances! 

À travers le parcours erratique de cette "infirmière", cette femme au "double visage" (cf l'affiche) et l’ambiguïté du personnage de Motoko (amoureuse d'Ichiko , à la fois complice et délatrice...) c’est tout un pan de la société japonaise que le réalisateur semble vouloir illustrer  (hypocrisie, faux semblants,  poids de la tradition etc..) 

 

Un film énigmatique

Un film très esthétique (sans être pour autant esthétisant)

Un film que je vous recommande

 

 

Colette Lallement-Duchoze  

 

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 07:40

ANGÈLE À LA CASSE
Court métrage de fiction
de Matthieu Chatelier et Daniela de Felice
Une casse automobile en bordure de périphérique. Angèle, la vingtaine, vient d'en hériter. Elle y travaille sans relâche, faisant face à ses nouvelles responsabilités. Un matin, un homme se présente à la recherche d'une voiture rouge.

CASQUE PAS POUR TES OREILLES
Film d'atelier
de Jean-Jacques Lion
L’équipe du concert pédagogique Peace & Lobe vient au lycée pour sensibiliser les élèves aux risques auditifs. Parmi les élèves, une jeune fille porte un casque un peu particulier sur les oreilles…

LE BONHEUR EST DANS LE FOOT
Documentaire
de Fabrice Tempo
Le foot fait chavirer le cœur des supporters au gré des rebondissements du championnat. Parfois on rit, parfois on pleure, mais c’est comme ça qu’ils l’aiment. Olivia, Vincent Réo, et les autres ne sont pas les caricatures souvent présentées par les média. Au sein de leur club, ils vivent une passion qui remplit les vides et les blessures de leur existence. Leurs rendez-vous sportifs sont dès lors un prétexte pour se retrouver, nouer des liens, tisser des amitiés. Pour certains, c’est une seconde famille. 10 mois durant, nous partageons leur joies, espoirs et déceptions, en plongeant au cœur du mystère de la passion du ballon rond.

MÉTIERS ARTISANAUX ET SAVOIR-FAIRE
Montage de films amateurs
Le cinéaste amateur Michel Batel, ébéniste de métier, s'intéresse à la transmission des gestes du travail par cette série intitulée : "Nature et couleurs", tournée dans la Manche au début des années 1950. On y découvre le travail du sabotier de la Chaise-Baudouin, maniant avec habileté différents outils tel que : l'herminette, la tarière, le paroir, la cuillère, la rouanne ou encore le boutoir... ou celui d'un charron à Romagny (au lieu-dit de la Raimbodière) sollicitant bon nombre de compagnons pour ajuster le bandage lors de ce ferrage de roues à domicile.
Quand le cinéaste Guy Robert, horticulteur près d'Elbeuf, témoigne du savoir-faire des forestiers et bûcherons en forêt de Bord, près de Pont de l'Arche dans l'Eure, avec ces séquences de martelage, sciage, encrouage.

 

115 boulevard de l'Europe 76100 Rouen FR


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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 06:19

Documentaire de Julie Deliquet  Karim Moussaoui Sergei Loznitsa et Jafar Panahi (France Algérie Ukraine Iran) 

 

D'un village iranien au Palais Garnier, d'un hôpital de Villejuif au sud de l'Algérie, des voix s'élèvent....Quatre cinéastes internationaux filment des chants de femmes et évoquent à leur façon le monde où vit chacune d'elles...

La scène digitale de l’Opéra national de Paris 3e scène a proposé à quatre artistes, de réaliser des courts-métrages sur le chant et la musique. 

 

Programme de quatre courts métrages. «Une nuit à l'Opéra». Sergei Loznitsa recrée une soirée de gala organisée au Palais Garnier dans les années 50 et 60. En grande pompe, le Tout-Paris et les célébrités internationales de l'époque gravissent les marches de l'Opéra devant un public en liesse. - «Les Divas de Taguerabt». Accompagné de son équipe de tournage, Karim Moussaoui part dans le désert à la recherche des mystérieuses Divas du Taguerabt. - «Violetta». Dans les couloirs de l'Opéra Bastille et de l'hôpital Gustave-Roussy de Villejuif, deux femmes incarnent en miroir la maladie. -«Hidden». Jafar Panahi part à la recherche d'une jeune femme à la voix d'exception que les autorités religieuses iraniennes interdisent de chanter

Celles qui chantent

Au-delà de l’altérité bien réelle et qualitative, et par-delà des oppositions si patentes (lieux histoire culture) le film "Celles qui chantent" loin d’être une mosaïque, propose une dynamique faite de superpositions de rémanences de surgissements, qui ressemblerait étrangement au contrepoint

 

Il s’ouvre sur un montage assez facétieux d’archives ( pastiche ?), du réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa (voyez ces têtes couronnées ce monde du show-biz et de la politique gravissant les escaliers de l’Opéra Garnier, puis  s’installer - pleins de compoction -  avant que ne retentissent les vibratos de La Callas, seule sur le devant de la scène) alors qu’à l’extérieur la foule compacte trépigne d’applaudissements ...Il se clôt sur Hidden de Jafar Panahi ; assigné à résidence ce réalisateur iranien a su contourner les diktats de la censure (cf ceci n’est pas un film ; taxi Téhéran) Le dispositif adopté pour Hidden rappelle celui de Trois visages ; au volant de sa voiture Jafar Panahi conduit une amie qui pour son futur spectacle, recherche la jeune femme à la voix enchanteresse….Une voix qui restera sans visage car « la femme qui chante est toujours indécente là où règne l’obscurantisme » Dans Trois visages c’était la voix de la poétesse recluse Sharzad interdite de tournage depuis 1979 que nous entendions ; voix sans visage elle aussi !!!

Exubérance et ténuité,  richesse et dénuement (qui se double d'un message politique) mais une voix qui transcende! 

 

C’est un même dépouillement qui prévaut dans les divas de taguerabt (Après la « société du spectacle » d'une nuit à l'Opéra). Le réalisateur nous entraîne dans ces grottes où les femmes filmées le plus souvent dans leur compacité font retentir la pierre millénaire de leurs chants eux aussi archaïques. Une mélopée qui traverse les âges et les frontières ; une mélopée et sa dialectique mémoire et oubli, proximité et distance, simultanéité et décalage (avant d’explorer cette béance le réalisateur s'interrogeait sur l’incongruité voire l’absurdité de construire un opéra en Algérie, (proposition de la Chine) pays qui « regorge » de chanteurs traditionnels !

Les deux « faux » documentaires tournés tels des road movie « encadrent» Violetta. Un court métrage pour le moins surprenant et avouons-le assez bancal : le scénario? La maladie incarnée par deux femmes . Le procédé ? l’alternance. On suit le parcours de la soprano Aleksandra Kurzak qui interprète La Traviata mise en scène par Benoît Jacquot et le parcours d’une jeune femme atteinte d’un cancer dans le service d’oncologie à Villejuif. D’où les effets spéculaires assez artificiels : la maladie frappant à la fois l’héroïne de Verdi et le personnage de fiction. L’artificialité étant toutefois compensée par une interrogation sur les jeux de masques et sur les fonctions du double !

 

Or n’est-ce pas à ce " jeu" que nous conviaient  Sergei Loznitsa (un patchwork de plusieurs soirées de gala pour donner l’illusion de …) et Moussaoui (après des questionnements propres au documentaire sur la place de l’art dans la société algérienne il reconstitue -fiction- la scène de la grotte)

 

 

La réponse ne s’inscrit-elle pas dans le dernier plan de Hidden ?

Un drap (mortuaire) qui recouvre la voix de celle qui chante

 

Un film à ne pas rater (Omnia aux toiles)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Nous avons vu le doc "Celles qui chantent "

 Très décevant

 En dehors de l'extrait avec la Callas, sublime, et le doc iranien vraiment intéressant.  Le reste est  sans intérêt aucun. Le doc Algérien est même pénible, beaucoup trop long et mal filmé . Sur un sujet pareil on peut facilement faire mieux! 

Bref un patchwork fait n'importe comment

Serge Diaz 

4 août 2020

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29 juillet 2020 3 29 /07 /juillet /2020 06:11

de Rodrigo Sorogoyen (Espagne) 

avec Marta Nieto (Elena)  Jules Porier (Jean) Alex Brendemühl  (Joseba le compagnon d'Elena ) Anne Consigny (Léa la mère de Jean) Frédéric Pierrot, (Grégory le père de Jean) Raùl Prieto (Ramon le père de l'enfant disparu) 

 

 

 

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

Madre

"Madre est l’histoire d’une mère et d’un fils, qui n’est pas le sien. Et c’est une histoire d’amour.”

 

Le  film s’ouvre sur une séquence qui restera dans les annales ; un plan séquence de plus de 15 minutes ; de son appartement de Madrid, une mère affolée tente de  "guider"   son fils de 6 ans seul sur la plage (sud-ouest de la France?) -le père s’étant absenté momentanément ; un homme s’approche ; menace : le gamin est en danger ;  brisure de l’univers apollinien ; la mère zigzague dans l’appartement ; s’arrête , gros plan sur son visage hébété, son regard affolé ; elle respire , suffoque tout comme l’enfant au bout du fil...; la ligne est coupée ; plus de tonalité. Enfant disparu ?

Ellipse

10 ans après.

Ce sera le film, l’après drame

 

Elena travaille dans un restaurant en bord de mer sur la côte basque française là où précisément 10 ans plus tôt son fils a disparu. Pendant ses moments de "loisir" elle arpente, seule,  hagarde la plage (récurrence d’un plan filmé en grand angle,  bande son qui amplifie le mugissement sauvage des vagues,  flux et reflux épousant la sidération d’une mère dévastée par la perte de son enfant, le ressassement ad libitum ad nauseam « la mer la mer toujours recommencée »)

 

. Jusqu’ au jour où elle croit reconnaître son fils …en la personne d’un adolescent... de 16 ans...Jean.

Ce fut comme une apparition.

Dès lors se noue une amitié amoureuse étrange. Dès lors vont triompher les non-dits et les ambiguïtés dans un univers où les frontières entre amour maternel, amour incestueux, amitié amoureuse semblent fragiles et  poreuses -d'autant que de très gros plans sur les visages des deux protagonistes ou sur les mains qui se cherchent semblent célébrer le frémissement de la peau et que la lascivité de certaines positions n'échappe pas à Joseba -le fiancé d'Elena- alors que les parents de Jean laissent éructer leur verbe accusateur !!!

 

Si ce « thriller » psychologique se veut assez tortueux, si l’actrice incarne avec brio la « madre » la « folle de la plage » (elle a reçu un prix d’interprétation à la Mostra de Venise) que dire du jeu de Jules Porier ? Des rôles secondaires ? Et surtout de cette mise en scène par trop insistante ? Co-existence deuil (disparition et trauma) et animation (<anima le souffle) celle des surfeurs des feux de camp des bains de nuit .. 

Si certains plans par leur cadrage et leur lumière renvoient à E Hopper et si l’on retrouve avec plaisir la prédilection du cinéaste pour les plans séquences, force est de constater que le transfert affectif -thème majeur du film- et une "possible" reconstruction souffrent de complaisance dans cette "dilatation" (espace temps )

 

Dommage

Rappelons que la séquence d’ouverture est en réalité la reprise d’un court métrage tourné en 2017 (qui fut nommé  aux Oscars et récompensé d’un Goya du meilleur court métrage) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Madre

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 10:41

DANS LA FAMILLE CROQUE-MORT
documentaire de Valérie Denesle et Anne Peyrègne

En 1995, Valérie Denesle et Anne Peyrègne réalisaient un documentaire sur les frères Girard, entrepreneurs de pompes funèbres depuis deux générations à Semur-en-Auxois. 20 ans se sont écoulés et les enfants prennent la relève, engageant l'entreprise familiale dans la modernité. 
Entre les images du passé et celles du présent, "Dans la famille croque-mort…" explore l'histoire d'une transmission familiale et l'évolution de notre rapport collectif et intime à la mort.

 

 
 


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