23 avril 2026 4 23 /04 /avril /2026 08:51

D'Akio  Fujimoto.  (France , Malaisie et Allemagne 2025)

Avec Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin

 

Festival Venise 2025 Section Orizzonti prix spécial du jury

 

Dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, quittent un camp Rohingya du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.

Les fleurs du manguier

Le cinéaste japonais -dont les deux films précédents l’un sur des immigrés au Japon et l’autre sur de jeunes vietnamiennes clandestines -sont restés inédits en France, a travaillé sur « le terrain en Birmanie » et s’est intéressé au sort tragique des Rohingyas. (Rappelons ici le puissant documentaire de Barbet Schroeder qui avait impressionné, ébranlé le public Le Vénérable W - Le blog de cinexpressions)

Mi documentaire mi fiction les fleurs du manguier filmé à hauteur d’enfant -souvent caméra portée-, s’ouvre sur un jeu de cache-cache et 1,2,3 soleil dans une hutte au Bangladesh. Voici Somira 9 ans et son petit frère Shafi 4 ans (et le réalisateur rappellera à intervalles réguliers cette force explosive de l’enfance capable de préserver un espace ludique, au plus fort de la tourmente et de la tragédie…)

Sommés de plier bagage, les deux gamins vont entreprendre un périple (du Bangladesh où ils sont réfugiés à Kuala Lumpur Malaisie) ; 28 jours -ces jours comme égrenés s’affichent ainsi à l’écran- ; 28 jours !  Une éternité quand on est ballotté sur les flots, brinqueballé dans des camions de fortune, qu’on avance péniblement à pied dans la jungle, qu’on affronte autant la fatigue la faim que les garde-côtes armés ou des passeurs véreux avides de profit Et le réalisme (certains passages frappent par leur évidente crudité) se mêle souvent astucieusement d’ailleurs à la douceur préservée dans la relation entre la sœur et le frère

Et pourtant… Le spectateur, certes souvent ému, (les protagonistes sont des gamins !), peut éprouver une certaine lassitude quand bien même il aura été sensible à tous ces « effets » de lumière qui traversent la nuit – horreurs marchandages corps exténués, contrastant avec la bienveillance de ces Rohingyas capables d’humanité de solidarité…

Oui dans le concert du dithyrambe osons une dissonance -car n’est-ce pas à la fois la force et la limite de cette « immersion » dans laquelle veut nous entraîner le cinéaste ? L’enfance dont on sauvegarde la miraculeuse vitalité dans l’onirisme et la fiction ? Force et limite aussi du genre hybride ? l’esthétisation qui dévitalise la portée du propos ? …

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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