25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 08:52

De  Leyla Bouzid  (Tunisie France 2025)

 

Avec Eya Bouteraa (Lilia) ,Hiam Abbass,(la mère Wahaida)  Marion Barbeau   (Alice) Feriel Chammari (Hayet une tante) Selma Baccar (Mélissa la grand-mère)

Présenté en Compétition à la Berlinale (février 2026)

-5e Best Emerging Filmmaker Award,  Rendez-Vous With French Cinema in New York

De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes.

A voix basse

Voici un film de facture  très (trop) classique - la démarche -passer par l’intime pour explorer une société , le  découpage - ces jours qui scandent la narration comme autant d’étapes dans le cheminement intérieur de Lilia-; l’alternance entre scènes d’intérieur dans la maison familiale gardienne des secrets et tabous et ces extérieurs lieux de l’émancipation, se détacher des carcans qui ligotent-,  avec parfois des insistances inutiles (cf au final le drapé évanescent au flou hamiltonien où s’épanche la sensualité  caressante des deux corps féminins  et le tout dernier plan quand le poème de Victor Hugo s’en vient saluer la venue de l’enfant…) le recours à un procédé nullement novateur (faire coexister dans le même plan des bribes du passé ressuscité et le moment présent ; coexistence comme substitut de la pensée ? et de la dialectique ?) 

A voix basse n’en reste pas moins un film "militant" . On sait que l’homosexualité masculine est sévèrement réprimée en Tunisie (l’homosexualité féminine étant considérée comme un phénomène annexe  ….: le flic ne portera pas plainte contre les "provocs" de Lilia ;  alors que la mère qui avait adopté les choix de son frère se refuse dans un premier temps à être complice de sa fille ) … Layla Bouzid s’attaque à ce "tabou" et plaide pour la reconnaissance des choix sexuels de chacun et pour l’abolition de la loi

Frontalement (dans les face à face) mais le plus souvent mezza voce avec cette circulation de regards si éloquents et une caméra très proche des protagonistes (plans serrés rapprochés alternant avec de très gros plans sur des visages au mutisme suggestif) la réalisatrice entremêle " enquête" et dépassement des "tabous". L’enquête sur les zones d’ombre qui entourent la mort suspecte de l’oncle sera double (celle menée officiellement et simultanément celle menée par Lilia) avec une figure centrale et pourtant effacée -tel un fantôme- celle de l’amant regardeur. Et simultanément le dépassement des tabous passera par une déconstruction (cette dernière concerne  surtout  Lilia mais aussi sa mère!)   Alice la compagne de Lilia est d’abord présentée comme colocataire.  Lilia se met à l’abri- comme si elle se cachait- pour vivre ses amours "clandestines" afin de se  "protéger" contre les diktats de la famille ; mais progressivement le furtif devient visible (sans être ostentatoire), le non-dit, cette part d’héritage familial, s’affiche en explicite (sans être "trop ostensible"   malgré ces "baffes"  qui claquent ou ces mots perturbateurs)

La voix jusque-là contenue (basse) aura fait advenir l'indicible, (et ce malgré l’ironie des dernières paroles à propos de l’enfant qui ressemble à son père  … )

A voir …en dépit  de nombreuses réserves !

 

Colette Lallement-Duchoze

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