De Gus Van Sant (USA 2025)
Avec Bill Skarsgärd (Tony Kiritsis) Diacre Montgoméry (Richard Hall) Colman Domingo (Fred Temple) Cary Elwes (détective Michael Grable) Al Pacino (M L Hall) John Robinson (le cameraman)
Mostra de Venise Sélection officielle hors compétition
festival Polar Reims 2026
festival international de Toronto 2025
Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?
Plus que le récit d’une prise d’otage - qui a d’ailleurs réellement eu lieu à Indianapolis en février 1977- , le film de Gus Van Sant transforme un fait divers hypermédiatisé en une comédie humaine panachée de thriller, lui-même étant -pour le traitement des images- comme le double du DJ du film -auquel s’adresse avec courtoisie le "ravisseur"…
Alors que Tony Kiritsis (admirablement interprété par Bill Skarsgärd) contrôle avec un certain brio la "narration de son geste" -grâce à une radio locale et au basculement exigé sur l’échelle nationale, le cinéaste lui, ne se contente pas de "restituer" l’événement (cf les étapes depuis le ravissement à la Meridian Mortgage Company jusqu’à l’appartement de Kris, les tractations) il se plaît surtout à multiplier les points de vue en les " manipulant" (au sens de triturer) dans un jeu d’alternance -cf l’air ébahi de la journaliste soucieuse avant tout de sa propre carrière, les gros plans sur le visage de l’animateur radio, sur le fils du courtier, sur les policiers obséquieux, etc) tout en utilisant les techniques de l’époque, les formats (dont le 1,66 :1 ) De ce fait il transforme assez vite un acte (désespéré ?) en immersion dans une Amérique qui souffre de ses inégalités et d’une violence latente -laquelle ne demanderait qu’à exploser ? (cf ces plans d’ensemble sur la foule qui semble se "reconnaître" dans le ravisseur -du moins dans ses motivations : œuvrer pour plus de justice sociale quand on a cru en toute bonne foi au "rêve américain" Oui Tony Kiritsis a été trahi… …Oui Tony serait la victime d’un système "pourri" Oui la vengeance est possible et précisément le cinéaste touché par la solitude d’un homme qui ose se dresser contre le système rend palpable la solitude dans le huis clos de l’appartement même si sa caméra alterne les points de vue (comme pour un face à face ravisseur/otage séquestré), et la peint dans sa nudité sans les oripeaux de la morale
La séquence d’ouverture rappelle les fondamentaux et du banditisme et des polars (on entre par effraction, on ouvre une mallette qui contient un manuel ….pour monter un fusil… et très rapidement le fils du banquier (alors en Floride) est "attaché" à l’arme par un fil de fer enroulé autour de son cou… Sortie (triomphale ?) impuissance du service d’ordre ! Début des "négociations" Or progressivement s’opère un glissement, à cause de la "métaphore" de la "corde" -sens propre et sens figuré ; Qui a les jugulaires prises en étau ?? Or le titre original Dead Man’s Wire. Le fil de l’homme mort dit explicitement ce qui lie ravisseur et otage (quel que soit le cas de figure envisagé le dispositif meurtrier engage la vie de chacun simultanément)
Quoi qu’il en soit, en "adaptant" ce fait divers de 1977 Gus Van Sant ne fait-il pas "entendre" les tintements (affreux et dissonants) de l’Amérique actuelle ???
A voir (et pour les fans de Gus Van Sant à comparer avec ses autres films !)
Colette Lallement-Duchoze
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