Documentaire réalisé par Rubika Shah (Allemagne France 2026)
avec Nick Davis, Ben Mankiewicz, Sydney Stern, Steven J. Ross, Thomas Doherty
En 1932, Herman J. Mankiewicz, qui deviendra célèbre dix ans plus tard pour son scénario de Citizen Kane, écrit The Mad Dog of Europe : un script visionnaire dénonçant la menace hitlérienne. Entre pressions diplomatiques et intérêts économiques, les studios hollywoodiens préfèrent se taire et enterrer le projet. L'histoire de ce film jamais produit semble résonner avec les fractures de plus en plus menaçantes de notre époque.
L’extrême droite attend la disparition des derniers témoins comme moi pour réécrire l’histoire Jean Lafaurie, ancien résistant déporté à Dachau
The mad dog of Europe est moins l’anatomie d’un film avorté que l’analyse clinique -très documentée- de TOUS les mécanismes qui ont contribué à sa NON EXISTENCE. Et la réalisatrice britannique en interrogeant l’Histoire, en explorant ses zones d’ombre (l’inaction en Europe "fragilisée" par les séquelles de la première guerre et la crise de 1929, le silence "complice " et la complaisance d’Hollywood avec l’hitlérisme) interroge parallèlement en creux notre présent. Oui il y va de la responsabilité de tous les pouvoirs dans l’acquiescement tacite aux horreurs, dans le choix du silence ou des prétextes fallacieux pour cautionner l’innommable….
Le scénariste Herman J Mankiewcz (frère du cinéaste) aura fait les frais… d’une collusion idéologique et économique (le documentaire est d’ailleurs sous-titré « comment le nazisme a infiltré Hollywood »)
Dès 1932 il conçoit un scénario visionnaire qui devait alerter sur la menace hitlérienne (à travers l’histoire de deux familles l’une juive l’autre catholique) Mais ce projet ne verra jamais le jour…Pendant 8 ans le scénariste va se heurter à l’antisémitisme qui sévit aux USA, aux tractations entre l’ambassadeur du Reich Georg Gyssling, et la MPA (Motion Picture Association) -refus de TOUS les studios à produire son scénario ; on fera croire qu’un film anti-nazi ne peut qu’être le fruit de juifs américains (nombreux dans l’industrie cinématographique) et partant refuser de le produire c’est anticiper les représailles du Reich sur l’exportation voire la production d’autres films. Un opportunisme économique qui épousait sans vergogne la pire idéologie
Voici comme intervenants : Ben Mankiewicz, -petit-fils du scénariste, Nick Davis,, des journalistes et chercheurs, amis et historiens ; interrogés ils sont filmés en frontal le plus souvent Voici des images d’archives sur des rassemblements du Ku Klux Klan, des manifestants pro nazis, voici des extraits de journaux, ou du film Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl; voici Herman et son père et à chaque fois un commentaire en voix off, Voici à intervalles réguliers des extraits du scénario, pages qui envahissent l’écran, en surimpression leur adaptation cinématographique (il sera de "bon ton" d’être antinazi…. après l’entrée en guerre des USA …mais trop tard pour Mankiewicz….)
Herman J Mankiewicz après son accident sera sollicité par Orson Welles ; il écrit le scénario de Citizen Kane et le documentaire de Rubika Shah dans sa dernière partie met en parallèle certains plans de ce film devenu culte avec The Mad Dog of Europe dont inévitablement il s’est inspiré…
Un documentaire où l’on devinera un continuum, entre les années 1930 et les années « Trump » isolationnisme, capitalisme outrancier, complaisance avec le Mal- Et partant, un documentaire efficace -quand bien même le côté pédagogique et télévisuel est prégnant ne serait-ce que dans cette façon de tronçonner les interviews, de répéter certains plans d’ensemble, et surtout d’accompagner le tout d’une musique trop souvent sirupeuse (surtout si on le compare avec le long métrage biographique Mank cf Mank - Le blog de cinexpressions)
Colette Lallement-Duchoze
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