22 avril 2026 3 22 /04 /avril /2026 15:19

De David Roux (France Belgique 2025)

 

avec Mélanie Thierry, Eric Caravaca, Arnaud Valois, Jérémie Rénier  Sarah Le Picard  Alexandra Stewart , Jérôme Deschamps

 

 

Festival du Film Francophone d’Angoulême 2025,

Hors compétition, au Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz 2025.

 

 

Voilà Marianne aujourd’hui : femme d’un riche industriel, enviée et admirée, épouse modèle et mère de famille dévouée. Elle va avoir 40 ans et le confort de la vaste demeure familiale a lentement refermé sur elle son piège impitoyable. Prisonnière d’un inextricable réseau d’obligations sociales, familiales et conjugales, complice de son propre effacement, elle a, sans même s’en apercevoir, renoncé à elle-même. Alors, quand resurgit l’ombre de son passé, une brèche s’ouvre. Une autre vie serait-elle possible ? Et à quel prix ?

La femme de

Adapté du roman d’Hélène Lenoir  Son nom d’avant (1998),  le film de David Roux fait la part belle à ces bâtisses cossues (cf les plans d’ouverture) comme écrins de l’hypocrisie bourgeoise d’un autre temps (XIX°) et qui a perduré .Bâtisse que le couple Marianne/Antoine va habiter (suite à la mort de sa belle-mère, Marianne avait pourtant répondu par la négative à la demande de son mari …mais  dès le plan suivant le couple a emménagé ; la succession rapide de ces deux plans illustre le manque (ou l'absence) de considération de la femme  au sein de la bourgeoisie catholique de province   Ce sont les quelques  confidences « lucides » de Marianne au photographe, les fredaines apparentes de l’aînée en pension qui, par-delà les invectives du beau-père omnipotent (tout en étant physiquement diminué) qui le diront explicitement. Oui Marianne et Antoine Casella font chambre à part, oui Antoine a « prié » pour que le premier enfant soit un garçon digne héritier des Casella, oui Marianne s’étiole … engluée dans des obligations sociales familiales conjugales dont elle semble complice. Mais un regard à l’église, une discussion, des photos (le prologue rappelait cette circulation de regards, lorsque adolescente Marianne fut agressée en pleine rue, traitée de « putain » et que réfugiée dans un bus, elle scrutait (en vain ?) la bienveillance d’autrui...) tout cela conjugué "ouvre une brèche; une autre vie est-elle possible? (cf le pitch)

Récit d’une émancipation, d'une "reconstruction" à partir de …porté par le talent de Mélanie Thierry dont la délicate sensualité affleure à chaque plan

Certes les promenades dans les sous-bois, avec les déclinaisons de vert et les multiples fonctions du pont, les teintes ocres et parfois flamboyantes, la douceur quasi angélique de Jérémie Renier (qu’accentue la coupe de cheveux) les cloisons d'intérieur balisant un parcours obligé , alanguissent un récit au rythme déjà nonchalant (quand bien même l’espace est souvent saturé des invectives colériques du beau-père patriarche) . Et même quand la décision semble prise (définitive) la rupture ne sera pas immédiate -moins pour donner le temps au temps- que pour annihiler une  "dépossession"  jusque-là assumée la transformer  en une plénitude (dont les détails resteront hors champ)

Surtout ne pas comparer avec Chabrol… car David Roux en s’intéressant à l’emprise morale ne choisit pas le cynisme corrosif …Son huis clos n’en reste pas moins troublant, de l’indolence peut naître une forme de sublime (qu’accompagne cette voix plaintive dans le quatuor, tel un appel à la liberté)  

Et voici sur l’écran TV (que regarde la famille réunie…) des extraits de Peau d’âne de Jacques Demy (1970), Delphine Seyrig prodigue ses conseils de Fée des lilas  Ecoutons-la

 

Colette Lallement-Duchoze

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