De Yūho Ishibashi (Japon 2023)
Avec Erika Karata (Nozomi Iizuka) Haruka Imo (Kanako Omo) Kazuma Ishibashi (Shunsuke Moriguchi) Yūto Nakayama (Keisuke Tabuchi) Oto Abe (Ayano Saito) Toshiro Yashiba (Sugimoto Minoru)
Musique Abe Umitaro
Film d’ouverture Festival des cinémas d’Asie Vesoul
d'après le roman La Fille de la Supérette de Murata Sakaya
À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l'uniforme modeste d'une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Cependant, l'irruption d'une ancienne amie du lycée dans le "konbini" vient bouleverser sa routine et la confronter à ses choix de vie.
Se méfier de certaines réactions « Que c’est ennuyeux, il ne se passe rien » En tout cas ne pas se fier à
Oui il ne se passe pas grand-chose. Et comment pourrait-il en être autrement dans un film qui se veut minimaliste et délicat afin d’être en harmonie avec le personnage principal (tout en intériorité en proie à ses problèmes existentiels à l’opposé d’ailleurs de sa collègue extravertie) ? Une ténuité scénaristique doublée de répétitivité n’est pas pour autant synonyme d’ennui…
Accomplir au quotidien les mêmes gestes (prise de repas seule dans l’appartement, couchers et réveils, déplacement à vélo, attente du client dans le konbini, dans la position figée d’une statue filmée en frontal, encaisser rendre la monnaie, encaisser aussi la mauvaise humeur de certains clients, accepter les remplacements à la demande du « boss ») serait un « choix » assumé quand il s’agit de jeunes étudiants (le job est passager) mais problématique pour Nozomi Iizuka ? ( on apprendra par bribes qu’elle sort d’un burn out et qu’elle n’ose avouer à sa mère avoir quitté son métier de cadre commerciale …)
Dès le premier plan les couleurs pastel délavé (on a l’impression que le personnage se fond dans le vide de l’environnement), et la voix off, même si je n’étais plus là, le monde n’arrêterait pas de tourner laissent perplexe. Tentation du suicide d’autant que le personnage s’est arrêtée, accoudée sur la rambarde du pont ? Ou acceptation d’un sort ? celui que précisément l’on met en scène ou en image afin de dénoncer l’aliénation et la banalité du travail dans un monde normatif
La répétition des mêmes gestes (à signaler que la réalisatrice en modifie les approches par différents angles de vue) va être perturbée d’abord par la défaillance d’une tringle à rideaux (à l’instar d’ailleurs d’une pensée qui titube avant les choix décisifs) Mais la transformation profonde de la jeune femme va s’opérer au contact de ses co-équipiers (dont le jeune Moriguchi) certes et surtout par la rencontre inopinée d’une ex camarade de classe ; la fragile la solitaire la pudique et quasi muette Nozomi Iizuka progressivement se confie, prend conscience de, et après avoir dépassé son mal-être, assume le quotidien qui s’est mué en choix de vie - (l’excellente Erika Karata que nous avions admirée dans Asako I & II de Ryusuke Hamaguchi interprète, délicate et raffinée, ce cheminement)
Oui quitter un emploi « prestigieux » aura été synonyme de rupture avec les injonctions d’un système qui bannit le bien-être personnel Et n’est-ce pas le « message » de cette chronique que de signaler l’échec d’un modèle en mettant en exergue l’authenticité de certaines relations ? « Le sens d’une vie peut émerger du simple fait d’exister, de voir, de s’incliner vers les petites joies et les rencontres fortuites »
A voir
Colette Lallement-Duchoze
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