De Yoon Ga-Eun (Corée du Sud 2025)
Avec Seo Su-bin, Jang Hye-jin, Kim Jeong-sik
Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face
La société coréenne se soucie peu de la manière dont [les victimes] continuent à vivre. C’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes. (Yoon Ga-Eun) Dont acte
Un projet original et audacieux (ou du moins considéré comme tel par un public occidental) ne serait-ce que dans le traitement de sujets «graves » (violences sexuelles irresponsabilité parentale) mais la légèreté apparente n’exclut pas la gravité et le choix d’une "mosaïque" de générations (3 ou 4 seront représentées) permet à la réalisatrice de "montrer" -mettre en scène- avec pertinence la façon dont le "trauma" attaque corrode et se métamorphose, comment il s’infiltre dans les relations les oriente (choix du silence complice ou non) , comment il taraude le corps en dehors des plaies évidentes, à colmater, comment il persiste .contamine ou au contraire se dissimule. Rien d’étonnant à ce que les "réactions" soient très différentes…Or la personnalité de la jeune lycéenne semble les contenir toutes ou du moins illustrer leur tension.
Après un long plan sur un baiser entre deux lycéens, voici une succession rapide de tableautins, tels des fragments, où s’impose la personnalité facétieuse de la lycéenne (excellente Seo Su-bin) et ce, quel que soit le contexte (en famille, en classe , dans la salle de sport où elle pratique le taekwondo -la voie du coup de pied et du coup de poing- ) ; elle a ses fans, elle séduit mais ne s’attache pas ; son jeune frère pratique la magie, sa mère (alcoolique …) a aussi la charge de l’établissement scolaire, son père absent ne répond pas à ses sms …
Mais dès l’instant où elle refuse de signer une pétition (qui s’oppose au retour d’un pédocriminel) ou du moins exigera -t-elle d’en supprimer une phrase, tout se fissure…le passé ressurgit. Elle avoue avoir été victime de violence sexuelle… se rétracte.. et simultanément son univers relationnel s’étrécit (ce dont témoigne une "suspicion" quasi générale)
La séquence la plus terrible (celle qui prend aux tripes celle qui fait hérisser le poil) est bien celle dans la voiture, où mère et fille sont filmées de dos ; la voiture est à l’arrêt dans une station de lavage automatique ; l’eau asperge progressivement le pare-brise la carrosserie ; la parole se libère, plus le bruit des balais-brosses ira s’amplifiant plus la jeune fille va hurler son désespoir; mère accusée impassible … Et….le mouchoir offert n’est pas cynique dérision !
Un film qui refuse les stéréotypes et les clichés faciles sur les difficultés d’une "reconstruction" (suite au trauma lié à des violences sexuelles)
The world of love un film à ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
Nb s’interroger sur la récurrence de la pomme (qui n’a sûrement pas les connotations liées à la culture biblique occidentale…)
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