30 avril 2026 4 30 /04 /avril /2026 05:17

de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad France )

 

Avec Maïmouna Miawana, Eriq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane, Christ Assidjim Mbaihorno

 

Berlinale 2026 prix FIPRESCI

Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.

Soumsoum, la nuit des astres

C’est un village isolé- où préjugés racistes empreints d’animisme ont la vie dure et dictent la vie de la «  communauté » ,- c’est un désert, les plateaux de l’Ennedi, où les immenses blocs minéraux embrasés de rouge incandescent et de lumière,  les grottes préhistoriques gardent les secrets des morts, (le désert de l’Ennedi est d’une telle majesté qu’il mérite un récit aux dimensions mythologiques affirme le cinéaste ) et quand la caméra (ou l’œil de Kellou) scrute le firmament c’est l’ensemble stellaire qui se pare du divin.

Ce long métrage (qui se démarque du réalisme auquel l’auteur de "l’homme qui crie" nous a habitués) peut s’apparenter à un voyage initiatique -réaliste et fantastique à la fois- mais aussi à une ode célébrant la sororité (Kellou entretient et revendique sa relation amoureuse avec Baba lequel  d'ailleurs ne saura enfreindre les préceptes patriarcaux  ; Aya qui, souveraine, a gardé le récit de « la nuit des astres »   Aya ou le retour suspect de l’exilée devenue la « sorcière » infréquentable, Aya la paria le bouc émissaire que le village (son chef suivi par ses sbires) rend responsable de la mort de nourrisson et de cette pluie torrentielle (dont le vacarme dévastateur envahit le prologue) une pluie susceptible d’effacer  la "mémoire collective" 

Kellou si proche d'Aya;  Kellou qui, par-delà la mort, accomplit sa promesse...

Avec l’adolescente nous déambulons dans de vastes "tableaux" - panoramiques  bien cadrés où alternent ambiances solaires et ambiances nocturnes (la lenteur de certains travellings et le choix du scope accentuent cette impression) et les visages (dans la première partie) filmés de très près ont la majesté sculpturale de paysages à tel point que  dans la seconde partie le spectateur ne sera pas surpris de voir  dans tel bloc rocailleux un visage identifiable… Avec Kellou nous pénétrons dans ce fantastique onirique où les âmes des morts vous parlent vous touchent et revendiquent leur terre 

Un film à la beauté somptueuse et …pourtant !

Quelque chose s’en vient heurter (presque de plein fouet) ce dispositif à l’esthétique très recherchée. : maladresse du jeu des acteurs (hormis Kellou,)  théâtralité outrancière, (le conte africain a -surtout dans la deuxième partie -les allures de la tragédie grecque d'Antigone ; on sait aussi que le romancier Gaudé a participé au scénario le dotant ainsi de références aux mythologies antiques), absence d’aspérité dans le déroulé au récitatif trop lisse à force d’impassibilité

On est séduit ….sans être convaincu !

 

Colette Lallement-Duchoze

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