28 juin 2026 7 28 /06 /juin /2026 06:01

De Naomi Kawase (Japon France 2025)

 

avec Vicky Krieps (Corry) Kan'ichirô (Jin), Ojiro Nakamura (Hisashi), Midori Matsuo (la mère de Hitomi), Misaki Kakano (Hitomi), Haruto Tsuchiya (Kakeru), Ukyo Todoshi (Ukyo), Rei Okamoto (la mère de Hisashi)

Musique : Koki Nakano

Festival de Locarno 2025

Corry, une jeune femme française, est infirmière coordinatrice de transplantation cardiaque pédiatrique. Formée dans les hôpitaux parisiens, elle a été envoyée dans un hôpital au Japon pour améliorer le fonctionnement d'un service de transplantations où les greffes d'organes sont encore largement un sujet tabou. Corry se bat au quotidien pour réussir la greffe d'un jeune patient d'une douzaine d'années et vit avec Jin, un photographe originaire de l'île de Yakushima, à l'extrême sud du Japon.

L'illusion de Yakushima

Deux lignes narratives qui s’entrelacent dans l’exaltation quasi panthéiste de la nature (une constante dans la filmographie de la cinéaste japonaise ?) deux approches culturelles de la vie et de la mort (dont la transplantation serait l’illustration avec le questionnement sur ce qui entrave au Japon les greffes d’organes)  deux interrogations sur la disparition (Jin, photographe rencontré dans la forêt de Yakushima et devenu l’amant de Corry serait-il un  johatsu, ces individus qui disparaissent volontairement sans laisser de traces ? ) oui à l’instar de tous ces embranchements végétaux, tout cela mêlé est au service d’une narration non seulement  "croisée" mais non linéaire (comme si la chronologie éclatée avec des flash-back  autorisait des variations - approches et ambiances-  et surtout une volonté informative voire  explicative

Mais le spectateur peine à « retrouver » chez Naomi Kawase le traitement d’antan (cf la nature mystique  de Hanezu l’esprit des montagnes; le rapport à la mort de la forêt de Mogari)  alors que tous les thèmes chers à la cinéaste  sont abordés -dont l’œil du photographe et la caméra subjective, les mystères de la « nature »  leur dévoilement si on sait contempler, écouter  -les mains … en cornet ? - les réseaux inextricables foisonnants, exaltés d’ailleurs dans et par la poésie. Alors que le passage récurrent du métro en ville (Kobé) est censé s’opposer au bruit cristallin de l’eau que le couple avait su capter dans la forêt

Facticité ? symbolisme appuyé ? redondances ? dans la déclinaison de la thématique de la  "greffe" - ses dénotations clinique et culturelle et toutes ses connotations ad libitum…

Isolons la dernière séquence aux allures de thriller. L’instant est sacré (les parents ont accepté de "donner" le cœur de leur enfant mort prématurément) tout est savamment mis en place (autant la liturgie des comportements que les prémices au bloc opératoire) Mais un typhon géant (et la bande son accentue sa force  dévastatrice) risque de compromettre l’intervention (le transport du greffon rappelle pour un spectateur occidental le roman de Maylis de Kérangal adapté d’ailleurs  par Katell Quillévéré) Avion ,taxi, routes embourbées  le temps est minuté chaque seconde est décisive, précieuse …Et ce sera la scène de la transplantation filmée en gros plan (là encore le circuit tubulaire et les pulsations du  "cœur qui bat " renvoient mutatis mutandis au tout début, plongée dans les arcanes de la forêt de Yakushima)

Et d’ailleurs la tempête menaçante était-elle réelle ou mentale ? en tout cas ne serait-elle pas la preuve in fine que la vie continue ? (c’est le credo de Corry…elle l’a fait sien après la disparition du père, et celle de Jin ; elle a tenté de convaincre enfants et parents)

Un film que porte de bout en bout Vicky Krieps éclatante de justesse, un film à voir (malgré quelques réserves)

 

Colette Lallement-Duchoze

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