D’ Alexandre Steiger (2025)
Avec lui-même (Serge) Andranic Manet, (Felix) Salomé Rose Stein.(Lola) Abraham Wapler (Abraham)
Vu en avant-première en présence du réalisateur Omnia lundi 6 juillet
Sortie le mercredi 8 juillet
Félix, un jeune homme timide et fantasque, travaille en tant que réceptionniste dans un petit hôtel parisien tenu par son père. Lorsque Lola, une jeune femme énigmatique, s'installe à l'hôtel, son petit monde se retrouve totalement chamboulé.
Science de l’habitat , étude des organismes vivants et leur environnement. C’est le sens étymologique strict de l'écologie. Politique (Lola ?) elle défend la protection de l'environnement et la préservation des ressources naturelles. Que signifie "écologie des sentiments" ? Quelle est la place des "sentiments" dans un monde ravagé ? La réponse est dans ce film…Chacun des deux protagonistes (Lola et Félix) , chacune des deux subjectivités tout en gardant sa spécificité aura reconnu dans l’autre son "entièreté" jusque dans ses fragilités Observation -de soi de l’autre- acceptation
Le film a pour cadre principal le huis clos d’un hôtel. Facilement identifiable par les Rouennais cet hôtel "premier Consul" se distingue par ses tentures rouges et son mobilier. Serge en est le gérant et son fils Félix le réceptionniste Que de portes, de couloirs, de miroirs, de cloisons, de lumières (ou d’éclairages indirects voire des bougies !!) de baignoires comme autant de fragmentations, d’intimités préservées ou violées ! d’habitacles (théâtre des sentiments) que le cinéaste nous invite à pénétrer et où vont se connecter (ou se déconnecter) des animaux (les poules ocre rouge encagées dans une chambre rouge), le tableau réalisé par Lola tel l’étendard de la « révolte écolo » et les humains (connexions père/fils ; prémices de l’amour Lola/Felix) Un hôtel à l’image d’un monde fragmenté et dans lequel deux êtres (que tout oppose) vont parvenir à dépasser d’inexorables contingences
La séquence d’ouverture donne le ton celui du décalage. Voici un long plan fixe sur un paysage -aux couleurs verdâtres voire délavées- cadré telle une peinture, une voiture le traverse crissements changement de direction avant que la conductrice armée d’un couteau n’avance d’un pas décidé vers…l’œil da la caméra puis désenchaîne un chien …Premier acte de militantisme de l’activiste écolo ? Au volant elle semble savourer une victoire …Une cliente se plaint de la présence d’un homme dans sa baignoire…le patron (père de l’homme en question, claustrophobe) va « arranger les choses ». Père et fils filmés en plan rapproché en frontal disent laconiques et entre les volutes de leur cigarette un désarroi profond (mais jamais celui-ci ne sera traité avec gravité bien au contraire) Deux situations en parallèle avant que les deux personnages principaux Lola et Félix ne se rencontrent et progressivement après moult détours et situations (cocasses) ne savourent l’écologie de leurs sentiments
Décalage ? le titre lui-même (qui invite à métaphoriser la psyché) ; l’intrusion de la philosophie : les propos empruntés à Nietzsche et Schopenhauer sur la "relation pseudo amoureuse" propos condescendants destinés au couple Lola/Félix; intrusion de la "répression" par le combat figé en plusieurs vignettes (aux accents godardiens) entre la police et sa matraque et Lola ; intrusion de l’art avec la contemplation des toiles de Poussin (précédée par l’invite veux-tu voir des Poussin(s) les commentaires ampoulés de Lola malgré leur fonction "pédagogique" voire cathartique (via le transfert) Décalage aussi dans la communication (la mère ne peut s’exprimer qu’enfermée dans son armoire à l’HP ; d’une voix suave elle enjoint son fils à "courir" vers l’amour ); Décalage au sein de la "cellule" activiste écolo (le chef plus porté sur la drague, l’acolyte benêt qui confond anonymat et ostentation, seule Lola serait "sincère" elle croit à sa « mission » ; elle crée des toiles aux slogans provocateurs persuadée de leur bienfondé) ..Les déambulations à travers arbres à travers cloisons au milieu d’une allée de musée ou de verdure, à intervalles réguliers grâce aux sauts d’images (procédé récurrent) donnent à lire un imaginaire (celui de Félix ?) et créent le tempo qui scande un cheminement, des étapes comme autant de révélations au sens d’épiphanies (et où l’acte sexuel ne serait pas perçu comme conquête, où l’amour ne serait certes pas le remède à toute angoisse mais espace où il la rendrait plus « supportable » -un film qui fait du bien disait un intervenant
Un film où alternent cocasseries (parfois trop appuyées..) comique (situation et dialogues) réalisme et onirisme
Un film porté de bout en bout par l’extraordinaire Andranic Manet
Un film que je vous recommande
Colette Lallement-Duchoze
/image%2F1527451%2F20260707%2Fob_12ce17_l-ecologie-des-sentiments.jpg)