12 juillet 2026 7 12 /07 /juillet /2026 18:58

De Brandt Andersen   (Jordanie USA 2025)

Avec Yasmine Al Massri (Amira la médecin), Yahya Mahayni (Mustafa le soldat) Omar Sy (Marwan le passeur) Ziad Bacri (Fathi le poète) Constantine Markoulakis (Stavros le capitaine)

Festival du film américain de Deauville 2024 Prix du Public de la ville

Amira travaille dans un grand hôpital à Chicago. Un message d'anniversaire fait vibrer son téléphone et le passé refait surface. Des années plus tôt, le soir de ses 40 ans, une bombe pulvérise son appartement à Alep. Amira n’a alors qu’un réflexe : saisir sa fille et fuir. Sur le chemin de l'exil, elle découvre que l'espoir a parfois le visage d'un inconnu, la force d'un geste simple et le pouvoir immense de changer une vie. Jusqu'où iriez-vous pour sauver ceux que vous aimez ? telle est votre inhumanité",

Le passage

Une longue citation de Shakespeare en exergue plaidoyer en faveur des immigrés prend le spectateur à partie Imaginez que vous voyez ces misérables étrangers, /Leurs bébés sur le dos et leurs pauvres bagages,/S’acheminant vers les ports et les côtes pour s’embarquer,/Et que vous trôniez, rois comblés de vos désirs /L’autorité tout à fait muette devant votre tumulte,/ Mais que des droits leur soient reconnus./Que penseriez-vous d’être ainsi traités ?/ tel est le triste sort  des étrangers./telle est votre incommensurable inhumanité

Spectateur qui va assister à une pièce en 5 actes chacun étant consacré à une personne en particulier si l’on se réfère aux encarts, (la médecin le soldat le passeur le poète et le capitaine)- ainsi qu'aux indications spatio-temporelles  (prologue Chicago, 8 ans plus tôt Alep ; Turquie, Grèce (Lesbos) mais tous les personnages sont reliés entre eux sans se connaître,  sur ce « canot de fortune » Et si le cinéaste a une prédilection pour les effets « coupes » d’un acte à l’autre, d’une séquence  à l’autre et pour le suspense, il reprend les mêmes éléments informatifs mais appréhendés d’un point de vue différent -certains qualifient le passage de  « film choral » ;  ce serait plutôt un enchevêtrement un entrelacement de 5 destins -chaque personnage identifié par sa « fonction » cherchant sa propre rive, entraîné malgré lui dans les soubresauts de l’Histoire avec comme toile de fond la guerre civile en Syrie à l’époque de Bachar. Des mini  scènes d’un réalisme très cru ponctuent la tragédie (on abat à bout portant et peu importe si la victime est un enfant (terroriste en puissance…)

Voilà un film qui affiche son ambition : une chaîne migratoire où les enfants paient un lourd tribut, où chaque personnage même le plus odieux et cynique (le passeur) est tourmenté par  le sort de sa progéniture ou écœuré comme le soldat par le sort réservé aux enfants…Ampleur des mouvements de caméra et de la tempête en mer, encerclement d’une humanité qui tente de « survivre » au chaos (cf les travellings sur les corps de souffrance en mode apnée, gros plans sur des visages dévastés par  la peur de mourir) mais le sensationnalisme (images choc) une tendance fâcheuse au manichéisme, une bande son qui sature l’espace sonore, empêchent un « semblant » d’émotion ; on regarde extérieur à la tragédie (peut-être  quelque empathie pour le capitaine grec) tant l’artifice semble la règle ; si l’on ajoute le ton mélodramatique et l’indigence des dialogues on peut affirmer que le film est décevant.

Un bémol toutefois la dernière séquence (épilogue ?) où en fondu-enchaîné se lit le « sort » de chacun des protagonistes avant qu’Amira n’appose sur une radio de poumons …(mais ne pas spoiler) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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