De Sophy Romvari (Canada Hongrie 2025)
avec Iringó Réti (la mère) Edik Beddoes (Jérémy) Ádám Tompa (le père) ) Eylul Guven (Sasha 8 ans ) Amy Zimmer (Sasha adulte) Liam Serg et Preston Drabble (les frères)
Festivals ; Locarno, San Sebastian 2025
Un été à la fin des années 90. Une famille, dont la mère est d’origine hongroise, s’installe sur l’île de Vancouver, au Canada. Parmi les quatre enfants, il y a Sasha, la petite fille de 8 ans, les deux jumeaux, tout juste adolescents, et le grand frère, Jeremy, la plupart du temps mutique. Les actions de ce dernier, parfois agressives, parfois complices, souvent incompréhensibles, inquiètent de plus en plus les parents
Je pense qu’il y a beaucoup de choses dont tu ne te souviens pas” (une des rares paroles de Jérémy )
Le film s’ouvre (et se clôt) sur l’écran d’un I Phone ; Sasha trentenaire, documentariste, agrandit l’image -c’est la cartographie de l’île de Vancouver, réalisée avec précision -noms lignes courbes- par Jérémy son frère aîné ; elle le tutoie (voix off), dit aller à sa rencontre grâce à ces/ses souvenirs, tout en signalant leur impuissance notoire
Tout l’art de la réalisatrice (dont c’est le premier long métrage) sera précisément d’entremêler mémoire familiale documentaire et fantastique, confronter passé et présent, pour « redonner » un semblant de vie (comme dans Aftersun ?) aux êtres chers …disparus…tout en étant consciente des limites d’une telle démarche
Voici une famille recomposée (-Jérémy l’aîné est né d’un premier mariage)- installée sur l’île de Vancouver- C’est l’été. Le contraste est très net entre la vitalité l’énergie des enfants (courses rires baignades ) et le mutisme et l'isolement de Jérémy, . dont le mal être de plus en plus prégnant va contaminer les relations familiales ; il incarne la détresse adolescente, face à laquelle la sollicitude des parents, la complicité apparente (ou l'indifférence) des frères et sœurs, sont impuissantes, idem en ce qui concerne les "services sociaux" . Jérémy menotté -il a été pris en flagrant délit de « vol »- Jérémy sur le toit du pavillon et la tentative quasi désespérée de la mère, de son bras suppliant; Jérémy et ses scarifications sa tentative de suicide... On apprend que la famille a dû déménager plusieurs fois, et que , immigrée, elle est victime de la réprobation du voisinage
Le film - regard rétrospectif- interroge : aurait-on pu aider Jérémy ? comment ? La séquence où sont réunis des "professionnels" et que filme Sasha (telle une mise en abyme elle renvoie à toutes les images prises par le père) sera le prélude à l’intrusion du « fantastique » : la même Sasha en revisitant le pavillon de son enfance va côtoyer l’enfant qu’elle était, et même lui susurrer à l’oreille, et dans un long discours à l’irréel du passé elle dit, éplorée, face à "ses" parents, ce qu’il serait inévitablement advenu si… alors que l’irréparable a déjà eu lieu….
Jérémy le héron bleu ? Blue Heron ou le souvenir comme lieu que l’on visite? Blue Heron ou la puissance cathartique du cinéma?
Blue Heron un film à ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
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