D'Isabel Coixet (Italie 2025)
Avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi
Titre original Tre Ciotole (trois bols)
Toronto Film festival 2025 Festival film Cabourg 2026 Festival cinéma Menda Espagne 2025 Festival cinéma espagnol Nantes 2026
Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l'appétit. Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l'envie de vivre sans peur.
Adapté de l’œuvre autobiographique de Michela Murgia (tie ciotole 3 bols) le film d’Isabel Coixet frappe par l’approche singulière de la maladie (hymne au "temps qui reste" au "vivant") et une façon très particulière de filmer : ellipses, flash back sous forme d’instantanés, éclatement de la chronologie, filigranes, alternance entre gros plans sur les visages des protagonistes et plans d’ensemble dans le contexte d’une capitale loin des clichés touristiques, oui tout cela fait cohabiter (ou superposer) paysage intérieur et environnement (appartement terrasse salle de sport quartiers de Trastevere et Testaccio arpentés à pied ou à bicyclette) mais à un point tel que le spectateur sent venir à lui ces fragrances, cette lumière qui se diffracte sur les façades orangées, ces bruits de la ville et que simultanément il est aux côtés de Marta, suit son cheminement vers la mort, un cheminement vécu comme une manière de "réhabiter son propre corps, d’écouter ce que la vie tente encore de lui murmurer"
Dès la première scène (après un prologue en voix off sur le vol des étourneaux) alors que nous suivons le couple en scooter dans les bouchons de la capitale voici les reflets de l’effervescence urbaine sur les rétroviseurs et sa déformation sur les carrosseries qu’accompagne une tempête de klaxons. Une telle entrée en matière -de "fureur et de bruit" va contraster avec la froideur du face à face Marta/Antonio avant que n’éclate la dispute prélude à la rupture,. Contrastes .. et …similitudes !!!
Refusant l’apitoiement facile, le tire-larmes du mélodrame Isabel Coixet nous entraîne non dans l’immense tristesse de qui se prépare à quitter la vie mais dans la redécouverte de plaisirs simples dont la "nourriture" (l’épisode de la glace que Marta suçote délicatement ou goulûment est révélateur ou encore les préparations culinaires en présence de ces trois bols que le couple avait gagnés suite à des achats en grande surface) Er on sera bouleversé par le jeu tout en délicatesse de l’actrice italienne Alba Rohrwacher La cinéaste convoque aussi la fantaisie en faisant d’une silhouette découpée grandeur nature du chanteur de K-pop, un confident et un ami ( au final en épilogue cette silhouette prend vie et corps, souffle vivant de l’inanimé)
Au moment où défile le générique de fin on entend une blague racontée par Antonio (la toute dernière séquence post mortem avait mis l'accent sur la fête comme l’avait préconisé Marta …) blague refusée par le même Antonio dans la séquence d'ouverture alors que la blague semblait liée étroitement à un rite dans l’évidence de la nécessité…)
Un film à ne pas manquer -(quand bien même on peut déplorer des effets d’insistance (dont l’enterrement du pigeon en présence des deux jeunes filles coutumières de l’auto mutilation, les confidences réitérées à l’ami silhouetté) ou encore le didactisme de certains "discours" philosophiques-)
Colette Lallement-Duchoze
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