18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 06:58

De Tarik Saleh (film franco-suédois-finno-danois 2024)

 

Avec Fares Fares (George Fahmy), Zineb Triki (Suzanne), Lyna Khoudri (Donya), Cherien Dabis (Rula), Amr Waked (Dr Mansour) Donia Massoud (la femme de George)

 

Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2025

L'acteur le plus adulé d'Égypte, George El-Nabawi, tombe du jour au lendemain en disgrâce auprès des autorités. Sur le point de tout perdre, il est contraint d'accepter le rôle du Président Al-Sissi dans un biopic à sa gloire. Il se retrouve alors plongé dans le cercle étroit du pouvoir, et réalise vite qu'il ne risque pas seulement d'y perdre son âme, mais qu'il s'est littéralement jeté dans une dangereuse danse macabre

Les Aigles de la République

Troisième volet d’une trilogie (après Le Caire Confidentiel et La Conspiration du Caire) le nouveau film de Tarek Saleh (suédo-égyptien) s’inscrit dans l’évocation d’une Egypte au pouvoir corrompu (ici plus particulièrement les luttes au sein de l’appareil militaire entourant le président Abdel Fattah al-Sissi ainsi que la censure dans le milieu du cinéma.) Et il entremêle une fois de plus satire sociale et suspense propre au polar (organisation secrète des Aigles de la République), avec le même acteur d’origine libanaise Fares Fares. Policier corrompu puis agent des services secrets, il incarne ici un acteur adulé de tous les Egyptiens George Fahmy engagé (contraint et forcé…) pour interpréter le rôle du président dans un film de propagande.

La dynamique interne -soit la progression du vaudeville , de la comédie à l’italienne, du grotesque vers la terreur- va de pair avec l’évolution du personnage (ses réticences et son narcissisme volubile, son dilemme, son acceptation forcée jusqu’à la dépossession de soi) Les effets spéculaires (film dans le film) illustrent la mainmise du politique (omnipotent) sur les médias, une mainmise qui -sans être hélas l’apanage des dictatures -, aboutit par la désinformation, à des "purges "(maquillées en accidents ou répression justifiée) La dernière séquence (inattendue ?) -attentat  , représailles, prises de conscience de George - est traitée de façon plus  "conventionnelle"  et s’étire …inutilement

Un film aux effets certes bien huilés : le plateau sera à la fois -en dénotation- celui des studios de tournage, de la télévision et -en connotation- celui d’un "laboratoire" où l’on fabrique une image officielle (cf l’opinion ça se travaille) Tout est passé au crible : - cf l’omniprésence du Dr Mansour -garde chiourme de Sissi- qui cumule   tous les pouvoirs, dont celui de vie et de mort. Sur les plateaux de tournage il  "dirige"  l’acteur impose ses diktats, dans un habitacle il est à l’écoute de tous les faits et gestes de Georges (dont la relation avec la femme du Ministre de la Défense).

Diffuser une certaine "vision de l’histoire" -qui n’a plus rien à voir avec la vérité !!!

La religion dominante (l’islam) est présentée comme une arme idéologique. George est copte, appartient de ce fait à une minorité chrétienne (tout comme Suzanne d’ailleurs) le réalisateur n’hésite pas à prouver soit de façon allusive soit plus frontalement comment une dictature s’appuie sur la religion dominatrice pour isoler les minorités

Un thriller de facture classique, à la mise en scène assez élégante, ses costumes ses ambiances ses clinquants avec ses longueurs aussi….

Un film divertissement mais qui interroge la violence d’Etat, qui "durcit l’ordre social étouffe toute échappée individuelle"

Un film à voir ? pourquoi pas ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Nb rappeler que  Sissi le  " dictateur  préféré" de Trump a été décoré par Macron en 2020  "du plus haut grade de la Légion d’honneur Cérémonie en catimini immortalisée par un caméraman de la délégation égyptienne. Une décoration qui avait soulevé un tollé parmi les défenseurs des droits humains…

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17 novembre 2025 1 17 /11 /novembre /2025 06:02

De Joachim Lafosse (France Belgique 2024)

 

avec Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teoudor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos   

 

Présenté en Compétition au Festival de San Sebastian (septembre 2025)

Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.

Six jours,  ce printemps-là

L’explicite ? Une mère offre à ses jumeaux (les garçons) de « belles» vacances de printemps dans la villa de ses ex beaux-parents, villa à laquelle elle n’a plus accès depuis son divorce. Et voici en creux -et hors champ-: le déclassement, le racisme larvé ou non, le délit de facies renforcé dans le milieu huppé de la Côte

Comment concilier les deux ? par une tension….feutrée ? Or les incursions venues de l’extérieur (Damien Bonnard et ses propos comminatoires suite à l’escapade des jumeaux 500 euros ou j’appelle les flics… la voisine Emmanuelle Devos qui s’enquiert des résultats scolaires mais qui en fait s’en vient fouiner dans l’intimité),  semblent artificiellement plaquées…Plus angoissante eût été la stridence du téléphone (appels réitérés auxquels Sana ne répond pas)  tout au plus  quelques instants de qui-vive   C’est dans l'avant-dernière  séquence, au moment de quitter la villa qu’une cohorte de gendarmes alertés par une plainte -infondée- s’en vient  "contrôler" les squatters( ?) Sana imperturbable s’affaire sous le regard méfiant des représentants de l’Ordre…Une bifurcation (inattendue?) va clore le film (ne pas spoiler)

La thématique des déboires familiaux si chère au réalisateur (cf à perdre la raison, les intranquilles un silence) est là, bien réelle (le cinéaste s'inspire d'un souvenir d'enfance...)  mais son traitement est dépourvu de la puissance qui irriguait les films précédents. Pourquoi ? Ténuité scénaristique ? or la ténuité présidait aussi à l’économie du couple. Interprétation ? Eye Haïdara qui incarne la mère -elle est d’ailleurs quasiment de tous les plans – est au contraire convaincante de justesse.

Un  "je ne sais quoi"   empêche l’adhésion

6 jours de vacances "clandestines" (cf le mot d’ordre répété « ne rien dire », éclairage à la bougie). Répétition des mêmes scènes -plage baignade petits déjeuners sur la terrasse  soirées. Certes Joachim Lafosse peut varier les plans -au tout début, des plans très serrés avec zooms sur une nuque des mains un sourire ; -une façon de filmer qui d’ailleurs vire au procédé. Puis élargissement (presque panoramique) quand à l’habitacle de la voiture succède l’azur où se confondent la mer et les cieux. Certes il peut varier aussi les ambiances – clair-obscur des soirées, évidence solaire des plages fréquentées de jour, il peut jouer avec les effets de lumière sur les vagues et leur écume,  sur la verdure printanière où se niche la "villa"  Certes les contrastes entre les mouvements délicats (baisers furtifs, rideaux et voilages minutieusement tirés) et les tourments intérieurs (découverte de la relation Sana/Jules par un des jumeaux, dilemmes de la mère) plaideraient pour la mise en forme d’une tension feutrée… et pourtant... Ce cinéma des petits riens souffre d’atonie et trouve rapidement ses limites  

Reste un hors champ dévastateur sur les clivages de classe et de "couleur"  Son dépassement?  Le  dernier plan qui se prête en outre à une lecture plurielle- n'est-il  pas  l'illustration d'une revanche ???

Impression mitigée 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 05:32

D'Alexe Poukine  (Belgique 2024)

 

avec Manon Clavel, Ethelle Gonzalez Lardued  Makita Samba 

 

Semaine de la Critique festival de Cannes 2025

Alors qu’elle est enceinte, Kika perd brutalement l’homme qu’elle aime. Complètement fauchée, elle en vient à vendre ses petites culottes, avant de tenter sa chance dans un métier… déconcertant. Investie dans cette activité dont elle ignore à peu près tout, Kika entame sa remontée vers la lumière.

Kika

Alexe Poukine. ? …Nous avions beaucoup apprécié les documentaires Sans frapper - Le blog de cinexpressions Sauve qui peut - Le blog de cinexpressions Avec Kika (clin d’œil à Almodovar ?) elle signe une fiction singulière aussi intense que désarmante !

 

Au début (les 30 premières minutes) le film ne peut que séduire par son jeu d’ellipses (avec écran noir) par des raccords audacieux, par ses plans prolongés sur ces corps dénudés - plasticité romantique plus qu’esthétisante- ou sur ces visages de profil où lentement les lèvres vont sceller leur union, mais aussi par cette immersion fiévreuse dans le milieu de l’assistance sociale.

Car Kika est assistante sociale. Elle a une fille. Rencontre David. Coup de foudre. Elle quitte le père de sa fille. Enceinte elle emménage avec l'être aimé. Promesses d’une aurore nouvelle ?  Une tragédie et l’impossibilité d’assumer financièrement son quotidien, celui de sa fille. L’assistante s’essaie au métier du sexe..…d'abord la vente de culottes  crottées.. Puis elle va s'adonner  à des pratiques dont elle ignore TOUT (jusqu’à leur appellation BDSM …) Formée sur le tas …On change de décors: intérieurs velours rouge des chambres de passe, Défilé des hommes aux fantasmes sexuels tels qu’ils suscitent plus la pitié que la nausée… Des flagellations et douleurs maîtrisées par le safeword jusqu’à la scène de l’emmaillotage, du changement de couches où le sexagénaire ( ?) revit dans  les cris de la fureur et les larmes qui foudroient, l’inceste qu’il a vécu gamin, en passant par ces léchages de chaussures qu’agrémente une litanie d’engueulades …) 

 

Les hésitations de Kika à satisfaire leurs désirs provoquent sinon le rire (les excréments dans un sac plastique à défaut de déféquer sur le visage, comme exigé par un être assez pervers…) du moins le sourire ( elle s’excuse de faire mal, c’est elle qui prononce le safeword ; MAIS elle le prononcera en suppliant quand , à sa demande, elle sera ce corps qui plie sous la douleur à force d’être matraqué flagellé percuté par les coups de poing…Une douleur conjuguée à celle de la perte,... Kika ou le récit d’une "reconstruction" ?  Ce que confirmerait le dernier plan (mère enceinte et fille, pédalant souriantes, dans un espace enfin reconquis) 

 

Ni apex comique ou orgastique -comme chez Almodovar – ni pornographie comme dans certains films BDSM ni comédie déconcertante (cf la vie selon Ann) mais une forme de continuum dans le parcours de Kika : la quête de  l’humain (une histoire de cœur et non de cul a-t-on pu écrire avec justesse) Humain trop humain porté par une actrice Manon Clavel virtuose aussi déconcertante désarmante (raucité de la voix naturel en bandoulière) que peut l’être ce film sur le deuil

 

Kika, un film que je vous recommande -malgré ici et là quelque complaisance et artificialité 

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 04:53

De Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys. (Belgique 2024)

 

Avec Myriem Akheddiou (Alice la mère), Laurent Capelluto, (le père) Natali Broods (la juge) Ulysse Goffin (Etienne) Adèle Pinckaers (Lila) Alisa Laub (Avocate de la mère) –– Marion de Nanteuil (Avocate du père ) Mounir Bennaoum (Avocat des enfants)

 

Mention spéciale dans la section Perspectives du Festival de Berlin 2025,

Aujourd’hui, Alice se retrouve devant une juge et n’a pas le droit à l’erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu’il ne soit trop tard ?

On vous croit

Eblouissant ce premier long métrage tant par sa construction magistrale que par la singularité de son propos (le sujet? un pan méconnu de l'inceste : l'épreuve du passage au tribunal, dans un système judiciaire traumatisant,, qui inflige des persécutions  aux "mères protectrices"... )

 

Le format 4,3, le huis clos, (l’essentiel du film,55’, est consacré à l’audience du juge de la jeunesse en Belgique) le minimalisme de la mise en scène, les décors austères d’un blanc bleuté glacial, les cadrages sur les visages, les plans fixes, le recours au flou, tout concourt à créer une impression d’enfermement, voire de malaise étouffant (faisant de nous des citoyens attentifs ou des voyeurs)…D’autant que la parole -personnage principal,- entendue mais souvent hors champ du locuteur – se double d’un langage corporel, par les émotions qu’elle suscite, émotions  lisibles sur les visages, sur certains gestes; Ainsi le visage de la mère, dont la caméra capte un pincement des lèvres, les yeux humidifiés par des larmes, des yeux inquiets brillants, face aux accusations proférées par l’avocate du père mais aussi plus insidieusement par l’avocat des enfants, ce visage donc si expressif contraste avec l’inexpressivité clinique ambiante, ce visage où se lit la tourmente de tout ce que cette "mère protectrice" a subi et ce qu’elle risque encore de subir si "on ne la croit pas". Serait-elle la perverse l’hystérique  la manipulatrice? Celle que décrit l’avocate (du père) celle qu’accuse le père ? Une maso au point de prendre plaisir à langer son fils Etienne qui souffre d’encoprésie… Le spectateur à l’instar de la juge (dont le visage impassible n’apparaît pas de suite à l’écran) aura non seulement entendu les plaidoiries des différentes parties (qui se sont exprimées tour à tour); mais il  aura vu les "ravages" d’un système …La prestation de l’actrice Myriem Akheddiou est impressionnante, tant elle vibre de justesse, de véracité,  de naturel.

Les enfants ? car c'est bien de leur "protection"  qu'il s'agit en priorité... Le film dénonce une violence institutionnelle qui oblige le frère et la sœur en l'occurrence, à "voir" leur père "violeur".. (Qui voudrait maintenir un lien avec son violeur ? Personne. Alors pourquoi les enfants, on les oblige à le faire ? s'insurgera Alice dans son plaidoyer pro domo)

Lila et Etienne encadrent ce film (prologue épilogue soit avant et après l'audience)   Dès la scène d'ouverture Etienne le rebelle refuse de se présenter à l'audience il court s’enfuit, accuse sa mère, une mère déjà effondrée...  Alice en est consciente ; cette nouvelle convocation ne fait qu’alourdir le trauma  Or le système  se doit de faire cohabiter  protection  (la victime) et présomption d’innocence (le violeur) !!!…-rappelons que dans ce cas précis une enquête est en cours au pénal : 

La  parole de l'enfant, censée être au centre, sera entendue, captée (et enregistrée) dans une autre salle, un autre huis clos hors champ celui-làAprès l’audience nous  retrouvons Lila et son frère Etienne  dans une brasserie souriants et moqueurs Sont-ils apaisés pour autant? Seraient-ils enfin " sujets"  ? Qui les écoute ?  

On vous croit  s'affiche en gros caractères  dans cet ultime plan qui leur est destiné...

à eux et aux 160000  enfants victimes de violences sexuelles chaque année, qu’on refuse aujourd’hui encore de voir. 

 

Un film d'une puissance sugegstive à ne pas manquer!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 novembre 2025 3 12 /11 /novembre /2025 07:22

De  Thierry Klifa ·(France Belgique 2024)

 

avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Raphaël Personnaz, André Marcon, Macha Lescot  

 

Festival Cannes 2025 Sélection officielle Hors compétition

Marianne Farrère, à la tête d'une immense fortune, verse des sommes considérables à Pierre-Alain Fantin, un artiste-photographe plus jeune qu'elle. Sa fille Frédérique Spielman voit là un abus de faiblesse et attaque en justice pour mettre fin à ces dons.

ou 

La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu'il ne dit. Des secrets de famille. Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

La femme la plus riche du monde

Ni pure fiction ni documentaire (cf les deux synopsis) le film, ni flamboyant ni franchement terne, s’inscrit dans un genre hybride dont il a du mal à se départir .

D’emblée le spectateur est prévenu : le cinéaste ne s’intéressera pas à l’aspect juridico politique de l’affaire Banier/ Bettencourt affaire dont il s’inspire très librement . Plus sensible aux aspects romanesques -le duo improbable entre une milliardaire et un opportuniste qui dégouline de vulgarité assumée, et la relation mère/fille -,  il inscrit son film dans une pseudo comédie de mœurs dominée par les excès de Laurent Lafitte et la prestation cardinale d’Isabelle Huppert

Or, tout ce qui est rapporté  -jusqu’à certains détails dont la cuisson des asperges- , la séance photo initiale, en passant par le passé antisémite du mari, ou les accointances notoires du père avec les ligues fascistes, l’amitié avec le président Mitterrand ou encore le malaise aux Baléares-,  tout cela renvoie explicitement à un réel vérifiable. Bien plus, le cinéaste incorpore tels des médaillons, les apartés des protagonistes qui, frontalement, dans une fonction testimoniale, disent sans ambages leur version de "l’affaire". Et quand bien même la relation entre la patronne de l’empire des cosmétiques et le photographe gay, est le fil directeur du film, force est de reconnaître que cette relation ne sera pas entachée par les affres du vieillissement, à peine seront évoquées fatigue et perte de mémoire. O cette intemporalité qui transcende la finitude !!.

La femme la plus riche du monde serait bel et bien une "réécriture" de ‘l’Affaire Banier/Bettencourt … Dès lors ne risque-t-on pas de tomber dans un piège ? (on comprendrait mieux grâce à ce film tout ce qu’on n’a pas bien compris avec la presse… alors que …) 

 

Il se présente comme une succession de "tableautins"  où les cadrages, le choix des couleurs,  la position des protagonistes (dans leur appropriation de l’espace) rappellent étrangement le théâtre (dans ses sens propre et figuré,) Un échiquier qui fait la part belle au "fou de la reine" ? Un théâtre de la cruauté dans des lieux édéniques? (intérieurs somptueux de la maison où les objets,  le mobilier,  les tableaux de "maîtres" s’inscrivent dans un quotidien ...assez kitsch et clinquant ; villa sur la Côte avec vues en plongée sur l’immensité d’une mer "toujours recommencée" ; en opposition -ou en parallèle- ambiances enfumées des bars nocturnes gays où Marianne Farrère/Isabelle Huppert et son gigolo Pierre-Alain Fantin/ Laurent Lafitte savourent les effets des "poppers". Théâtre où la signature réitérée de chèques aux montants de plus en plus astronomiques scande la marche vers …ce qui va devenir le  "feuilleton judiciaire"

Il est regrettable que certains interprètes  donnent la fâcheuse impression de  "réciter" (à moins que ce  ne soit une forme de distanciation)  alors que d’autres incarnent avec plus ou moins de panache des stéréotypes  et que Laurent Lafitte par ses excès, surenchère verbale et gestuelle, peine à communiquer la jubilation du manipulateur onctueux (quant à son amant ….)

Impression très mitigée…

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 06:28

De Sébastien Demoustier (2024)

 

Avec Claes Bang, Sidse Babette Knudsen, Xavier Dolan Swann Arlaud Michel Fau  

 

D'après le roman La Grande Arche de Laurence Cossé  (2016)

 

Présenté au festival de Cannes 2025 Section Un Certain Regard

 

1982. François Mitterrand lance un concours d'architecture anonyme sans précédent pour la construction d'un édifice emblématique dans l'axe du Louvre et de l'Arc de Triomphe. À la surprise générale, c'est Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois de 53 ans, qui l'emporte. Il est alors propulsé à la tête du plus grand chantier de l'époque. Et s'il entend bâtir sa Grande Arche telle qu'il l'a imaginée, ses idées vont très vite se heurter à la complexité du réel et aux aléas de la politique.

L'Inconnu de la Grande Arche

A cube is a cube 

il n’y a pas de création sans volonté politique.

 

Une perspective (Louvre Arc de Triomphe Défense) ou  le continuum de l’axe royal  ? ce dont témoignerait le plan où le visage du mécène/Mitterrand (Michel Fau) est comme encastré dans la miniature du cube, …transpercé de vide -Une "ligne de fuite" qui inscrit  le film dans une "perspective" à la fois politique et historique? . Le choix du marbre de Carrare (clin d’œil à Michel Ange ?) la façon de filmer la cour qui gravite autour du président (au vibrionnant Subilon interprèté par Xavier Dolan s’oppose l’impassibilité du Maître) confortent cette remarque.

Parallèlement la dynamique du film obéit à une dialectique (plutôt une dichotomie) -construction/déconstruction :  en pénétrant dans les coulisses d’un projet quasi pharaonique Sébastien Demoustier montre quasi simultanément le Cube en cours d’érection et la déconstruction de son concepteur, déconstruction à la fois mentale et psychologique (ses projets ne sont pas respectés, lui-même se sent bafoué, croit en l’existence d’un complot, en réaction il exerce sa violence à l’encontre de sa femme interprétée par Sidse Babett Knudsen)

A la verticalité imposante (celle de l’acteur Claes Bang qui interprète « magistralement » Johan Otto von Spreckelsen) vont succéder la position accroupie (seul dans la cour de l’Elysée il aura attendu en vain, une nuit, le président) puis l’horizontalité du gisant, terrassé, sur un banc public. L’inconnu de la grande Arche miniaturisé pour l’éternité par cette plaque dorée se détachant sur le vert ?  Trois lettres gravées JOS que cherchent en vain l’architecte français Paul Andreu et Subilon…

Un chien gravit seul les marches, tache noire sur fond blanc, présence animale dans un monde déserté par l’humain, espaces minéral et céleste, marches kafkaïennes et abysse sidéral,  diagonales verticales et horizontales ;  tout dans ce plan semble  "résumer" tout à la fois  le travail colossal et sa fausse inanité (juste auparavant le même chien avait léché la main de l’architecte … à jamais effondré)

L'inconnu de la Grande Arche ou comment sculpter une double obstination (celle de l'instigateur et celle de l'artiste) !!!

A voir !

Colette Lallement-Duchoze

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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 07:14

De Sergei Loznitsa (Europe 2024)

 

Avec Alexandr Kuznetsov (Kornev) Alexander Filippenko (Stepniak) Anatoli Belly (Vychinski)

 

Festival Cannes 2025 présenté en Compétition officielle 

Prix François-Chalais Cannes 2025

Union Soviétique, 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées. Cependant, l'une d'entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev. Kornev se démène pour rencontrer le prisonnier, victime d'agents corrompus de la police secrète, la NKVD. Bolchévique chevronné et intègre, le jeune procureur croit à un dysfonctionnement. Sa quête de justice le conduira jusqu'au bureau du procureur-général à Moscou.

Deux procureurs

Inspiré de la nouvelle éponyme de Gueorgui Demidov (interdite de publication pendant 40 ans elle paraîtra en 2009 après sa mort) le film de Sergei Loznitsa met en scène sous forme d’un conte très théâtralisé (aux accents de documentaire) les ravages dévastateurs de l’engrenage d’oppression, qui bafoue le « droit », pratique impunément l’arbitraire Nous sommes en 1937 époque des grandes purges staliniennes. (Comme le rappelle d’emblée un encart) Ce film se passe durant la terreur stalinienne des années 1930, c’est en réalité un film d’aujourd’hui ; hélas ! ce pourrait être mutatis mutandis non seulement l’apanage des régimes totalitaires mais aussi la « pratique » de prétendues démocraties…

La composition circulaire (au plan d’ouverture sur la porte d’une prison répondra en écho le plan final) la mise en scène épurée, figée, le choix du format, la lenteur du rythme, les plans fixes, les décors blafards (hormis l'épisode du train de Moscou à Briansk), l’aspect dédaléen de la prison ou du palais de justice, avec des huis clos en enfilade, (tout comme le défilé des visages de ces êtres inféodés au système-, mutiques et méfiants) tout concourt à rendre palpable un enfermement sans issue, une atmosphère viciée, un univers carcéral, à l’oppression « codifiée » et à la peur diffuse, antichambre d’une mort….annoncée

Alexandr Kuznetsov (que nous avions vu dans Leto (cf /www.cinexpressions.fr/2018/12/leto.html)  va incarner avec brio la seule figure du "droit"  qui, hélas (malgré la circulation de  formules  telles que  procédure régulière ) n’est plus que cendre (à l’instar de ces lettres de prisonniers politiques dénonçant l’arbitraire et qu’un préposé -figure fantomatique venue d’outre-tombe- est chargé de "brûler" ; flammes, effacement de l’histoire… ). Il oppose une candeur imperturbable et sincère à la duplicité, au soupçon généralisé. Opposition qui culmine dans le face à face avec l’autre procureur (acmé du film) visage hermétique, impassible d’un côté du bureau (le procureur général de Moscou Andrei Vychinski) logorrhée et sourire de l’autre côté au moment où Kornev est persuadé que sa requête est acceptée…

Ironie de la tragédie : Kornev n’est pas un opposant ni un traître, s’il n’a pas connu la Révolution, il est fier d’en être l’héritier. Il incarne une génération d’idéalistes, (or ces personnages sont souvent devenus les premières victimes du régime soviétique. Le temps les a impitoyablement balayés constate amèrement le cinéaste)

Un film à voir certes ; malgré certaines complaisances - les gros plans sur le corps torturé du prisonnier Stepniak l’auteur de la doléance écrite avec son sang par exemple- ou la surenchère démonstrative dans une mise en scène d’inspiration kafkaïenne 

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 04:17

14ème  festival du film fantastique

 

7 et 8 novembre 2025

 

Omnia ROUEN

Festival du film fantastique

Vendredi 7 novembre 

19h30

Diffusion des courts métrages en compétition première partie

21h30

SHOCKER de WesCraven 1989

 

 

Samedi 8 novembre 

19h30

diffusion des courts métrages en compétition deuxième partie

21h30

remise des Piranhas Alien d'Or Prix du jury et du public

22h

EVIL DEAD de Sam Raimi  1981

Festival du film fantastique
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3 novembre 2025 1 03 /11 /novembre /2025 15:43

DU 15 AU 22 NOVEMBRE 2025

LIEUX

 

 KINEPOLIS Centre Commercial Saint-Sever
Bus : Lignes F1 – 6 – 32 - 304 + Noctambus : arrêt Place Saint Sever
Métro : Arrêt Saint Sever
-

OMNIA 28 rue de la République
Bus : Lignes 6, 7 et T1, T2 ou T3, arrêt République
Métro : arrêt Théâtre des arts

 

"Le festival de courts-métrages britanniques This is England a été initié  par le comité de jumelage Rouen Norwich Club. À l'époque, un groupe de passionnés a souhaité créer un pont culturel entre les deux rives de la Manche par le biais du cinéma. D'une poignée de films. montrés à des groupes scolaires au départ, l'événement s'est peu à peu installé dans le paysage culturel et éducatif rouennais, pour proposer aujourd'hui à plus de 20 000 spectateurs (publics et scolaires) une semaine entière de compétition à la mi novembre.

This is England en chiffres, c'est 6 programmes de 90', soient 50 courts-métrages en moyenne, dans des salles de cinéma des 2 rives.

Grâce aux retours toujours plus enthousiastes des invités et spectateurs, le festival accueillera cette année, du 15 au 23 novembre, une soixantaine de professionnels du cinéma venant présenter leurs films (réalisateur.trices, producteur.trices, scénaristes, comédien.nes).

L'occasion rêvée d’échanger chaque soir avec des artistes autour de leurs films et de leur vision libre et audacieuse de la création cinématographique !"

14ème Festival du court-métrage britannique This is England

Voici le nouveau visuel 2025 créé par @jls.phntm, notre talentueux graphiste.

Pour TIE, on casse les codes! Pas de tasse de thé, pas de black cab ni de chapeau melon, tout en subtilité on retrouve le rouge et le bleu de l’Union Jack mais aussi le vert irlandais ou le violet du chardon écossais. Une séance de courts-métrages de This is England, c’est comme l’affiche de Maxime Prieux, des vitamines en tube, de l’énergie en barre, plein d’écrans qui s’ouvrent sur des problématiques variées, un regard sur le monde multiple et toujours en mouvement, et des couleurs qui explosent dans les salles obscures. Et tout cela pour 6/4 euros? On vous attend dès le 15 novembre pour faire le plein d’énergie au milieu de la grisaille hivernale.

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2 novembre 2025 7 02 /11 /novembre /2025 06:50

De Hong Sang-soo (Corée du Sud 2024)

 

avec :Kang So-yi, Ha Seong-guk,  Kwon Hae-hyo , Park Mi-so, , 

 

Festival Berlin 2025

Donghwa, un jeune poète de Séoul, conduit sa petite amie Junhee chez ses parents, aux alentours d’Icheon. Émerveillé par la beauté de leur maison nichée dans un jardin vallonné, il y rencontre son père qui l’invite à rester. Au cours d’une journée et d’une nuit, il fait la connaissance de toute la famille et la nature de chacun se révèle.

Ce que cette Nature te dit

Une œuvre foisonnante une maîtrise revendiquée du "processus" de création cinématographique (cf le générique de fin) -de la réalisation au montage en passant par la musique- un cinéaste plébiscité depuis des décennies... mais par une certaine presse -les entrées restant modestes dans l’hexagone……-Hong Sang-soo a imposé un style "identifiable" et une méthode singulière ; une prédilection pour les "intermittences du cœur", un dispositif resserré, favorable aux discussions, mais en évitant gros plans ou champ contrechamp – pour ne pas installer le spectateur dans le regard de l’un des protagonistes, caméra fixe, peu d’acteurs (5 ici). longs plans séquences dialogués, ’importance accordée aux repas (et à la prise d’alcool) (ainsi tout un chapitre dans ce dernier opus est consacré au repas concocté par la mère de Junhee;  et par trois fois nous verrons les personnages attablés (à l’intérieur de la maison en famille ou au restaurant le poète entouré de son « amie » et de sa future ( ?) belle-sœur). Dans ce film l’échange portera sur la création poétique mais aussi sur les déterminismes sociaux jusqu’à l’emportement violent du prétendu ( ?) "poète"

Une nouveauté l’importance de la voiture, une antiquité de 1996. Elle ouvre et clôt le film. Vu de dos à l’intérieur de l’habitacle puis de profil, le couple -Jun-hee et Dong-wha - semble accomplir un rituel (à la semaine prochaine) de débutants balbutiants. (or leur relation s’inscrit déjà dans la durée ) A la fin, seul au volant après une soirée bien imbibée le poète voit le capot lui désobéir … (ne pas spoiler).

Le récit apparemment linéaire découpé en 8 chapitres, avec une unité de temps, fait advenir cet apparent paradoxe:   abondance des paroles et incommunicabilité notoire Les  "choses" au tout début semblent se mettre en place d’elles-mêmes , sans préparation. Donghwa raccompagne sa dulcinée chez ses parents, il salue le père (Kwon Hae-hyo,) devant la maison, puis entre quelques minutes, avant d'aller  fumer une cigarette dans le jardin, et  accepte l’invitation à dîner …Politesses jusqu’à cette acmé où tout bascule.- s'affrontent deux conceptions de la Vie.. du "métier de poète"  (les deux clans appartenant à une classe moyenne aisée)

Dong-wa un poète minable, raté ? (c'est le jugement sans appel des parents en tête à tête).  Et pourtant ! n’est-ce pas un autoportrait?  détourné, certes .. Lui qui revendique indépendance et simplicité,   lui qui est à l’écoute de la Nature (cf le titre) lui qui préfère regarder le vivant dans le flou (cf il porte rarement ses lunettes avoue-t-il et l’on pense inévitablement à in water In water - Le blog de cinexpressions)

La musique, longtemps absente,  épousera-t-elle  la prosopopée de la nature (ce que cette Nature te dit) par le " truchement" de la poésie ? Au spectateur de décider…

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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