25 septembre 2025 4 25 /09 /septembre /2025 07:05

De Radu Jude (Roumanie 2024)

 

avec Eszter Tompa,(Orsolya) Gabriel Spahiu : (Ion ) Adonis Tanța : (Fred)  Oana Mardare : (Dorina)  Șerban Pavlu : (Șerban, le prêtre) Annamária Biluska :( la mère d'Orsolya)  Ilinca Manolache :( Irina)

*

Ours d’argent Berlinale 2025 (prix du meilleur scénario)

Orsolya est huissière de justice à Cluj, en Transylvanie. Elle doit un jour expulser un sans-abri qui vit dans le sous-sol d'un immeuble du centre-ville transformé en hôtel de luxe. Un événement inattendu la met brusquement face à ses contradictions, entre son devoir professionnel, sa morale et son humanité

Kontinental '25

Tourné en 10 jours, avec un I-Phone, Kontinental '25 (clin d’œil au film de Rossellini Europe 51), du "facétieux et iconoclaste" Radu Jude  frappe par une construction apparemment plus "sage" que celle de ses films précédents  (cf N’attendez pas trop de la fin du monde - Le blog de cinexpressions Bad luck banging or loony por - Le blog de cinexpressions)

Empruntant à Rohmer la puissance du "logos" comme authentique matière cinématographique, il invite le spectateur à partager les soubresauts d’une conscience dévorée par la culpabilité –(depuis l’acte d’expulsion jusqu’à la décision finale (ne pas spoiler): Le suicide du SDF (resté hors champ) ? Orsolya huissière de justice, hantée par sa vision et convaincue de sa propre responsabilité, le dit et répète sans fard à son supérieur, à son mari, à sa mère, à sa meilleure amie, à un prêtre orthodoxe et au final à un ex étudiant -avec des variantes, et une seule fois dans une version très condensée. A chaque fois des plans séquences et  de longs plans fixes -à noter ici leur dissonance calculée avec le dérèglement intérieur du personnage principal.  Voici   les deux amies filmées assises, de face,  en écho filmé.es de dos, Orsolya et le prêtre, la main énorme du prêtre sur le dos de la femme, un geste qui "accable" tout  en prolongeant le "discours".  A chaque fois, des pleurs accompagnent le "récit", à chaque fois la dénégation de l’interlocuteur qui dédouane la «locutrice récitante» de toute responsabilité (propos cyniques  "de toute façon ce sdf se serait suicidé .. plus tard … ;excuse   "l’administration a accompli son « devoir"  - justifiant d'ailleurs les pires exactions quel que soit le régime, quel que soit le pays…)  comparaison avec le film de Wim  Wenders perfect days quand l’amie se prend à rêver d’un monde sans … crasse.  Nullement convaincue Orsolya s’en vient à réciter des "pater" agenouillée près d’un arbre, dans Dino Parc tout près d’un dinosaure en plastique -plan d’ouverture du film d’ailleurs- Ô la coexistence ironique d’un monde absurde artificiel et la religiosité d’un acte frappé d’inanité !  Délestée  du fardeau qui l’accable, déridée (provisoirement ?) cette huissière de justice  le sera par l’alcool et une relation sexuelle, dont les cris étouffés répondent aux profondeurs  de la nuit  …Au spectateur d’interpréter cette séquence qui mêle à un rythme rapide des historiettes supposées "marrantes"  (l’ex étudiant converti en livreur et narrateur excellent au demeurant) et l’ingestion d’alcool

Le récit est ancré dans la ville de Cluj-Napoca, au cœur de la Transylvanie, ville emblématique symbole à la fois de la réussite économique roumaine et des tensions sociales et mémorielles qui la traversent. Surnommée San Francisco roumaine », (propos du réalisateur) Et ce n’est pas pur hasard si le film se clôt sur une succession silencieuse de plans fixes prolongés, sur des façades sur des chantiers sur une vision déshumanisante d’une cité où triomphe la spéculation immobilière (et son corollaire expulsion des populations précaires) soit une représentation quasi  " monstrueuse"  du capitalisme. Et l'on devine sous l’apparence urbanistique les traces d’une histoire traumatisante (ghetto transformé en briqueterie, guerre avec la Hongrie ; sur les réseaux sociaux d’ailleurs Orsolya se fait conspuer à cause de ses origines hongroises…Ô  la prégnance des nationalismes exacerbés!!

Kontinental '25 apparemment plus dépouillé n’en est pas moins incisif.

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

On attend fébrile la sortie de Dracula en octobre …

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23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 11:43

De Lucile Hadzihalilovi (France 2024)

 

Avec Marion Cotillard (Cristina) Auguste Diehl (Max)  Clara Pacini (Jeanne) Gaspar Noé (Dino le réalisateur) Dounia Souchov (l’assistante du réalisateur)

 

Berlinale  Ours d’argent pour la meilleure contribution artistique

Dans les années 1970, Jeanne, orpheline, fugue de son foyer perché en altitude, pour atterrir dans les lumières d’une petite ville au creux de la nuit, avec sa patinoire à ciel ouvert… Elle finit par échouer dans l’entresol d’un immeuble où elle s’endort, épuisée. Au petit matin, elle découvre qu’elle a atterri dans un studio de tournage, une équipe s’activant autour de la sublime et imprévisible Cristina, que l’on sent prête à claquer la porte. Une relation trouble s’installe entre les deux femmes.

La Tour de glace

Un conte un rêve qui rejoint le réel : Jeanne fait un rêve inspiré d’un conte qu’elle lisait à une jeune orpheline pour l’endormir et voici qu’il se confond avec la réalité laquelle est elle-même fiction car nous sommes sur un plateau de cinéma où l’on tourne une adaptation de La Reine des neiges  Ainsi va le cinéma,  ainsi va le film de Lucile Hadzihalilovic :  jouer avec les apparences et les niveaux de réalités (le studio de tournage comme mise en abyme, le choix du film dans le film, le double (je)  jeu de Jeanne et de Cristina, deux femmes en miroir (Cristina se revoyant en Bianca à une croisée de sa vie; Jeanne/Bianca comme médusée par la beauté d’une actrice fétiche (gros plan sur un visage aux  cils englués de paillettes) interprétant un personnage de son conte fétiche) ; jouer avec les doubles  - l’emprise fonctionnera dans les deux sens : la Reine des Neiges a une emprise sur l’actrice qui l’interprète ; l’actrice a une emprise sur la jeune fille laquelle exerce une emprise sur l’actrice…Emprise réciproque donc qui culminera dans la séquence du baiser et  son aspiration vampirique 

Mais les effets beaucoup trop appuyés et la lenteur "calculée"  risquent d’aller à l’encontre des intentions ou du moins de les galvauder  -givre et glace en tous leurs fragments éclatés, miroitement de la patinoire (Bianca la patineuse représentant un autre modèle pour Jeanne),  effets spéculaires ad nauseam (dont le cristal qui figurant la lentille de la caméra que traverse la lumière  devient la métaphore  de l’essence du cinéma …)

Du conte d’Andersen la réalisatrice pousse à l’extrême la donnée initiale ("qui traite d'un miroir et de ses morceaux "); elle est surtout intéressée par la figure ambivalente  de la Reine des Neiges (cf la voix  off), par le monde du froid et des miroirs. Est-ce   le regard émerveillé de Jeanne / Bianca qui procèdera aux  transfigurations ? Le "coupez"  du réalisateur,  la pseudo- contemplation des rushes comme passage  d'un irréel (ré)inventé à un "faux" réel? 

S’il est vrai que trop de métaphores tuent la métaphore, l’excès dans les "superpositions" comme autant de surimpressions, et dans les surgissements (saugrenus parfois) du fantastique ou de l’onirisme tuera à la fois les  intentions de la cinéaste (conte initiatique) et les attentes du spectateur (qui avait tant apprécié Innocence 2004)

Que penser aussi de ces références qui saturent le dispositif (ambiances à la Hitchcock à la Hopper ou Lynch) de ces gros plans prolongés sur le corbeau (prédateur) ses croassements et le sang qui macule le blanc d’un visage ou d’un costume, sur ces baisers qui vampirisent …On pourrait multiplier les exemples

Hélas!  trois fois hélas!  Qu’il est loin le temps de l’Innocence !!!

Mais il y a le "son"  dans le silence sépulcral

Mais il y a la musique de Messiaen La Fête des Belles-eaux (ondes Martenot) et la Turangalîla-Symphonie  

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 08:44

De Shih-Ching Tsou (2024 Taïwan France USA G-B)

Sean Baker coproducteur et monteur

 

Avec Janel Tsai (la mère) Shi-Yuan Ma (la fille aînée ) Nina Ye (la gauchère)  Brando Huang (Johnny)

 

Cannes 2025 Semaine de la Critique Prix de la Fondation Gan pour la distribution

Une mère célibataire et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d'un marché nocturne de la capitale taïwanaise. Chacune d'entre elles doit trouver un moyen de s'adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l'unité familiale

Left-handed Girl Une famille à Taïwan

Cet endroit est magique (dit émerveillée la jeune I-Jing en arrivant à Taipei)

 

D’origine taiwanaise Shih-Ching Tsou signe avec Left-handed Girl son premier "solo" (jusque-là collaboratrice de Sean Baker, son compagnon) En s’inspirant d’ailleurs de son propre vécu (elle la gauchère, vilipendée par un grand-père inféodé à des croyances ancestrales ; main gauche = main du diable)

Le spectateur est immergé dans l’univers grouillant de la tumultueuse capitale Taipei et plus particulièrement dans celui d’un marché nocturne. Le rythme les couleurs la musique la foule tout concourt à faire de ce lieu - poumon de la capitale -,  un personnage vibrionnant

Qu’il soit cut –quand la gamine I-Jing passe d’une séquence à l’autre dans l’illusion de l’instantanéité -qu’il soit parallèle -quand la mère Shu-Fen (Janel Tsai), et la fille aînée I-Ann (Shih-Yuan Ma), sont captées dans la singularité de leurs fonctions, -restauration ou betel nut beauty– ou qu’il soit alterné -, le montage est vif, ne laisse aucun temps mort, et la fragmentation apparente s’inscrit en fait dans une polyphonie et la dynamique du contrepoint. La gamine dans ses tribulations va d’un univers à l’autre (appartement, marché, école, ruelles et recoins) à pied ou en scooter. La caméra la filme à sa hauteur, adopte son point de vue (et ce, dans toutes les acceptions de l’expression) I-Jing a la naïveté mais aussi la frénésie de l’enfance ; une enfance mise à rude épreuve … éplorée elle le sera à la mort de son compagnon Goo-Goo un suricate, effarée quand le grand-père la semonce pour ne pas faire usage de sa main droite, et bien décidée à « tuer » sa main gauche, « diabolique »

Le film obéit ainsi à une dynamique interne narrative certes mais aussi dramatique -illustrée par la tension entre la forme flamboyante de néons et la précarité des conditions de (sur)vie)-, qui culminera dans la longue séquence de l’anniversaire de la grand-mère  - les éléments apparemment disjoints de la « mosaïque » vont s’imbriquer, faire éclater au grand jour les non-dits, les « secrets » contribuant à créer un twist (alors que le film était déjà traversé par moult rebondissements…rapports de classe, relations familiales, figures apparemment secondaires soudainement exhaussées)

Mettre en scène des « femmes » (sur plusieurs générations) faire leur portrait (au quotidien), filmer le prolétariat contemporain (et la ville regorge de travailleurs exploités), c’est simultanément fustiger un système politique et social qui privilégie le « mâle » ; c’est, en désamorçant par le rire ou le sourire amer le drame latent ou à venir, dénoncer les stéréotypes toujours en vigueur. Oui la société taiwanaise au XXI° est encore corsetée dans des préjugés … (que les révélations de la fille aînée, in fine, étaleront au grand jour)

Un film à voir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 septembre 2025 4 18 /09 /septembre /2025 08:03

Oui

De Nadav Lapid (France Israël 2024)

 

Avec  Ariel Bronz (Y), Efrat Dor (Yasmine), Naama Preis (Leah) Alexeï Serebriakov (le milliardaire) Sharon Alexander ( Avinoam) Idit Teperson (la "banquière")

 

Cannes 2025 Quinzaine des Cinéastes 

Israël au lendemain du 7 octobre. Y., musicien de jazz précaire, et sa femme Jasmine, danseuse, donnent leur art, leur âme et leur corps aux plus offrants, apportent plaisir et consolation à leur pays qui saigne. Bientôt, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance : mettre en musique un nouvel hymne national.

Oui

Ce n’est ni un brûlot ni, j’ajoute ce terme qui revient souvent même si c’est sous la forme d’un compliment, une satire.

Face au feu, le film choisit de sauter à l’intérieur de l’incendie pour le regarder de très près 

 

Désormais -soit après le 7 octobre 2023- le seul  "rêve" qui habite les détenteurs du pouvoir, (et tous ceux qui profitent de la guerre) serait d’anéantir "l’autre" "le monstre"; anéantissement que Y (le clown de service) doit mettre en musique…Anéantissement/vengeance qui ira de pair avec la gloire et la survie d’Israël. La mère de Y (morte à 69 ans d’un cancer des poumons et que le fils implore à plusieurs reprises) aurait été scandalisée -, comme l’explicite une voix off-, par cette propension à dire "oui" en léchant les bottes, le cul des plus offrants ; et plusieurs saynètes "montrent" une langue bien pendue dans l’exercice de cette servitude, exercice pris au pied de la lettre… Car c’est bien l’acquiescement à la servitude que fustige le cinéaste dans ce film de bruit et de fureur.  Y.  avait décidé de tout accepter (ce dont témoignerait cette litanie de "il est bon" qu’il décline en se promenant à vélo avec son fils dans une rue de Tel Aviv)

Structuré en 3 chapitres, le film s’ouvre sur une fête orgiaque emplie de tous ces dirigeants, de ces millionnaires et milliardaires ; le couple Y /Yasmine est payé pour les distraire goulûment, voracement jusqu’à l’écœurement. (lui Y pianiste de jazz, elle Yasmine danseuse) Nadav Lapid excelle dans ces mouvements de caméra qui virevolte qui capte l’obscène avec une forme de cynisme endiablé, un déchaînement de tous les sens. Il nous avait habitué (cf Le genou d'Ahed - Le blog de cinexpressions) à des décadrages violents et à ces dépenses d’énergie chez les comédiens…

A l’outrance orgiaque -et immanquablement au tournis provoqué -va se substituer dans le deuxième acte (le chemin) une autre forme de violence, mais lovée sous les apparences de la mélancolie. Traversant un paysage ocre et pierreux, aux côtés de son amour de jeunesse, Y (cheveux teints) payé par un oligarque russe, compose la musique de l’épuration ethnique ; face aux fumées noires dévastatrices, face à l’embrasement de Gaza il embrasse Leah (Naama Preis)  –Un baiser qui scelle le futur de la vengeance -Leah qui travaille pour Tsahal avait récité en les psalmodiant les atrocités commises le 7 octobre et aux spasmes de sa voix répondaient les cahots/soubresauts du véhicule-, baiser qui scelle aussi l’impossible retour vers le passé et la rupture définitive entre les deux personnages

On a entendu le 7 octobre et simultanément on a vu Gaza . C’est il me semble l’acmé de cette composition en trois mouvements..

Revenu au foyer familial Y.  accepte, résigné, sa propre servitude (la décision de Yasmine - soustraire leur fils Noah au carcan de la malédiction, serait-ce pure velléité ?) Or cet acte 3, qui signe la capitulation, met aussi en évidence la puissance comminatoire et dévastatrice de tous les détournements éhontés (dont celui d’un texte originellement composé à la gloire de la fraternité, devenu l’hymne de la destruction, comme expliqué au final avant le générique et dont s’est inspiré le cinéaste qui a d’ailleurs bandé de noir les yeux des jeunes choristes)

Oui, on sort un peu sonné et comme abasourdi par ce film survolté (souvent) par sa musique tonitruante, par une forme d’hystérie capable de transformer la tête d’un personnage en transe en écran de télévision  et comme dans le film de 2021 de transfigurer un décor urbain par de rapides anamorphoses ; un film où triomphe la trivialité -Y. carbure au viagra.- où le geste supplante très souvent  la pensée 

"Oui," un film qui joue presque constamment sur la "déstructuration" à l’instar de la peinture de George Grosz? (Artiste d’ailleurs cité)

"Oui", un film que je vous recommande (malgré de nombreux malgré....)

 

Colette Lallement-Duchoze

PS Le personnage principal n’a ni nom ni prénom il est désigné (comme celui du Genou d’Ahed 2021) par la lettre Y. Aux glosateurs exégètes d’interpréter ce choix -quand on sait que le « yod » hébraïque est à la fois l’initiale du tétragramme YHWH et celle du juif (yehud) ….

 

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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 06:58

d'Aurélien Peyre (2024)

 

avec Félix Lefebvre (Hugo) , Anja Verderosa (Queen) Suzanne Jouannet (Colombe) Victor Bonnel (Paul) Nolan Masraf  (Kamil)

 

Prix du public Biarritz Film Festival Nouvelles Vagues 2025

Hugo a dix-neuf ans. Comme chaque été, il passe ses vacances sur une île atlantique, dans la petite maison familiale. Mais cette année est différente, Hugo s’est transformé physiquement et arrive accompagné de sa petite amie, Queen, une esthéticienne dont la verve et les longs ongles strassés détonnent avec la sobriété et la timidité du jeune homme. Rapidement, le couple devient l’objet de tous les regards.

L'épreuve du feu

Film estival, choix d’une île comme huis clos à ciel ouvert , pression des déterminismes sociaux sur une relation amoureuse, rôle du hors champ, c’est presque une tradition du cinéma français. On comprend aisément pourquoi. Ici -et le titre est suffisamment éloquent- le personnage principal sera mis à l’épreuve

Mais tout en évitant une forme de caricature -encore qu’il soit bourré de clichés dont le stéréotype de la cagole, ce premier long métrage d’Aurélien Peyre (et ses trois mouvements bien structurés) se veut par trop didactique. L’opposition entre l’authenticité, le naturel  de Queen, la prolo, et le dédain moqueur des autres "bourgeoises" (Queen serait un stabilo sur pattes) culmine dans l’affrontement trop "facile" Colombe -Queen ; la première jouant le rôle de faire-valoir (inversé?)  de la seconde ; Colombe dessine des corps de femmes poilues afin de dénoncer l’arbitraire patriarcal de l’épilation alors que la seconde a fait de l’épilation de  chattes son gagne-pain ; maladroite Queen glisse sa main sur un fusain, qui n’a pas encore  été « fixé » : la catastrophe !!! et le déclenchement d’hostilités …Idem pour la nouvelle coupe de cheveux d’Hugo (trop footballeur ?)  dont se gaussent les prétendus « potes » (hormis Kamil …)

La perte du poids (jusqu’alors Hugo, marginalisé, était moqué par ses "amis bourgeois" à cause de sa surcharge pondérale) n’a pas pour corollaire la perte d’illusions, ,bien  au contraire et la nudité que s’impose in fine Queen (les faux ongles étalés en corolle sur laquelle s’appesantit la caméra subjective, soit le regard d’Hugo) signent l’habitus de classe (concept cher à Bourdieu) (d’ailleurs la « cicatrice » que découvre Queen sur le corps d’Hugo semble illustrer l’incorporation des structures sociales. ….)

Illustration (presque scolaire) de « lutte de classes » le film est aussi (et ainsi) le douloureux apprentissage de la maturité.  L’acteur Félix Lefebvre (cf Eté 85 d’Ozon) incarne avec élégance les méandres des hésitations, des volte-face. Queen serait dans un premier temps son "faire-valoir" tant il est fier de s'exhiber à ses côtés  ; encore trop influençable il se laissera berner par Paul le manipulateur (ah le jeu Action ou Vérité!  ah la chanson de Nicole Croisille Parlez-moi de lui..! )  

Hélas la fin résonne comme une sanction/châtiment (Hugo le traître est puni , et  Queen aura été la victime sacrificielle)

 

 

Lumineux délicat juste on ne compte plus les épithètes louangeuses du public pour qualifier ce film

Je vous laisse juge…

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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15 septembre 2025 1 15 /09 /septembre /2025 06:05

De Pauline Loquès (France 2024)

 

Avec Théodore  Pellerin (Nino) William Lebghil, (Sofian l'ami) Salomé Dewaels (Zoé) Jeanne Balibar (la mère de Nino) Mathieu Amalric (l'inconnu des bains douches)

 

Semaine internationale de la Critique Cannes 2025

Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation  pour Théodore Pellerin

Prix d'Ornano-Valenti : Festival du cinéma américain de Deauville 2025

 

Omnia dimanche 14 septembre en présence de Pauline  Loquès,   Théodore Pellerin  et Salomé Dewaels 

 

Sortie le 17 septembre 

Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.

Nino

Un verdict / couperet-  papillomavirus transformé en cancer de la gorge-. et voici le personnage éponyme, Nino  trentenaire, confronté  brutalement au double problème de  la (sur)vie (vous êtes jeune vous êtes prioritaire) et de la  paternité (dans l’urgence il doit congeler son sperme qui ne sera plus fertile après le traitement).

Nous allons le suivre pendant les trois jours qui précèdent la première séance de chimio. Une errance dans un Paris bleu soudainement, bleu entièrement -alors que dominait le blanc chirurgical avant, pendant et juste après l’annonce, blanc sur lequel se détachaient visage et nuque filmé.es au plus près, dans le silence abyssal de la confrontation de soi avec soi …

La caméra le suit dans cette déambulation -immersion physique presque tactile- où le corps va comme se diffracter au gré de "rencontres"  - dont certaines  épiphaniques. Corps sur lequel les perles de l’eau s’emparent soudainement -mais en la caressant-  de la tumeur…Et si l’acte manqué (oubli des clefs de l’appartement) révèle l’impossibilité d’un retour chez soi, le corps "nouveau" - celui qui abrite, insidieuse, la maladie- va être à l’écoute de l’autre (un SDF aux bains-douches qui dans un élan presque oblatif est fier de communiquer à l’inconnu la photo de "sa" femme .. morte, !!! (un Amalric génial comme à l’accoutumée !). Corps et âme perdu.es qui s’accrochent aux bribes d’un passé (cf ce questionnement sur le père mort accidentellement quels furent ses premiers mots à ma naissance? et la mère (formidable Jeanne Balibar) de poser ses lèvres sur la paupière close avant l’endormissement de son fils alors que 29 ans plus tôt le père s’était extasié face à des yeux grands ouverts qui regardent sans voir.  En écho (inversé) cette affiche de Marina Abramovic ? - cette performeuse, qui avait passé 700 heures au MoMA à New York assise sur une chaise dans un face à face, les yeux dans les yeux, avec le  visiteur-

D’abord insensible  à tout langage de circonstance (à la volonté de son ami d’interrompre les festivités On ne peut pas faire comme si tout allait bien,  il rétorque lucide  c’est pourtant ce qu’on fait tout le temps ) Nino s’émancipe des carcans grâce à Zoé, ancienne camarade de collège, mère célibataire, rencontrée par hasard. Zoé (épatante Salomé Dewaels) bienveillante, délicate, lui insuffle une respiration … nouvelle, l’aide à remplir le « fameux échantillon » (ah la trouvaille du babyphone et la lecture d’un passage érotique d’Anaïs Nin…) Zoé ou l’incarnation d’un "après" ? Accepter de lutter contre la maladie serait-ce retrouver vitalité et désir ?

Le film est dédié à un certain Romain : (lors de la rencontre dimanche 14 septembre, la réalisatrice a expliqué longuement la genèse de ce film) Une dédicace qui se situe avant les dernières images et avant le générique de fin ; et de ce fait a valeur de message : ne pas percevoir la vulnérabilité comme un  effondrement mais comme modalité de résistance, manière d’habiter le monde autrement et Théodore Pellerin par sa prestation exemplaire incarne de bout en bout les choix de la réalisatrice

Un film qui vibre de justesse et d’humanité , à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 08:10

De Chie Hayakawa (Japon 2024)

 

avec Yuhi Zuzuki (Fuki) Ikari Ishida (Itako Ikita) Yūmi Kawai  Lilly Franky 

 

Présenté au festival de Cannes 2025

Au cœur de l’été 1987 à Tokyo,  une jeune fille excentrique et sensible de onze ans doit faire face au cancer de son père en phase terminale et au stress de sa mère déjà surchargée de travail. Chacun d’eux recherche désespérément des interactions humaines.

Renoir

Si le film s’ouvre sur une séquence "tragique" (bébés en pleurs, gros plans saturant le cadre d’un écran de téléviseur, Fuki étranglée, et dont une voix sépulcrale nous parvient d’outre-tombe) ne serait-ce pas à la fois pour  désamorcer  la tragédie et pour mettre en évidence la singularité du personnage de Fuki?  (cette gamine de 11 ans qui durant l’été 1987 sera confrontée à une multitude d’ événements (réels ou fantasmés)

Solitaire -entre un père qui se meurt à l’hôpital- et une mère soit trop souvent absente, soit trop brusque -,  elle se doit de "décoder" ,seule,  les arcanes du monde adulte…

Mais de Renoir le spectateur ne verra que cette reproduction du portrait La petite Irène Cahen d’Anvers (accrochée à un mur de l’hôpital où le père vit ses derniers instants) et retiendra la question posée par la gamine intriguée par le « romantisme  mélancolique» d’Irène ‘ Ce peintre il est toujours vivant ? (réponse :Il est mort depuis longtemps »

Certes on pourra toujours mettre en parallèle la méthode picturale dite impressionniste (touches de couleurs séparées sur la palette mais comme imbriquées vues de loin, importance de la lumière, de sa vibration diffractée) et la structure du film : une succession de saynètes (à la durée plus ou moins longue) où la cinéaste tente de capter dans sa fugacité même l’éclat d’une émotion ou d’un regard, et de "couper" au moment où s’annonçait un "drame" (cf quand répondant à une annonce téléphonique la gamine accepte de « suivre » l’inconnu…), afin  de «cerner » la personnalité  de cette gamine, à la sensibilité hors du commun 

De même que Fuki (à la demande d’ailleurs de son professeur d’anglais vers la fin du film), est amenée à « revisiter » les contours et détours de l’intermède que fut l’été 1987 (rieur douloureux énigmatique) à s’infiltrer dans les interstices, - le spectateur est convié à « lire » ce film comme une sorte de diaporama fait d’instantanés (souvent) -feux de camp, hippodrome avec le père, dégustation d’un gâteau, etc.- où s’enchâssent  sans morbidité le réel et le fantasmé, où abondent les ellipses Tout en sachant que le décodage va déconstruire l’apparente  "mosaïque"  pour  "reconstruire" ce que recèlent les profondeurs , le non-dit  -ce dont témoigneraient à la fois et presque simultanément la récurrence du flou (cf le dépli des rideaux) et le hors champ (cf la mort du père)

Soit il  "acceptera " ce pacte avec la cinéaste soit il le récusera.

Soit il sera séduit par la maîtrise incontestée des cadres, le formalisme esthétique soit il sera réfractaire à tous ces "regards suspendus"….

Colette Lallement-Duchoze

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10 septembre 2025 3 10 /09 /septembre /2025 04:45

 

MOTEUR , LE RESEAU DES FESTIVALS DE CINEMA DE ROUEN, 

 VOUS INVITE A LA SOIREE DE PRESENTATION DE LA SAISON 2025 /2026

 

 

LE MARDI 30 SEPTEMBRE 

OMNIA REPUBLIQUE 

19h30

Soirée Moteur

SOIREE  COURTS METRAGES 

 

 Eraserhead dans un filet à provisions de Lili Koss  (Bulgarie 2025) (A L'EST)

 

Sorry Cinema de Ahmed Hassouna (2025 Palestine Gaza)(REGARDS SUR LA PALESTINE)

 

Tant que je marcherai d'Isabelle Montoya (2024 France) (ELLES FONT LEUR CINEMA)

 

Fagnes 1986 de Nicolas Monfort(2024 Belgique) (FESTIVAL DU FILM FANTASTIQUE)

 

Revolvo de Francy Fabritz (2020 Allemagne) (CINE FRIENDLY)

 

Push d'Elly Condron (2024 Royaume Uni) (THIS IS ENGLAND )

 

Les fleurs bleues de Louis Douillez (2024 France)  (COURTIVORE)

Soirée Moteur

 

SAISON 25/26

 

FESTIVAL DU FILM FANTASTIQUE  DU 1 AU 8 NOVEMBRE 2025

THIS IS ENGLAND DU 15 AU 23 NOVEMBRE 2025

ELLES FONT LEUR CINEMA  DU 5 AU 8 FEVRIER 2026

A L EST MARS 2026

CINE FRIENDLY DU 8 AU 11 AVRIL 2026

COURTIVORE DU 13 MAI AU 13 JUIN 2026

REGARDS SUR LA PALESTINE  OCTOBRE 2026

 

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9 septembre 2025 2 09 /09 /septembre /2025 11:34

D'Oliver Laxe (Espagne 2024)

 

Avec Sergi Lopez (Luis le père) Bruno Núñez Arjona  (Esteban son fils ) Stefania Gaddia (Steff) Tonin Janvier (Tonin) Joshua Liam Herderson (Josh) Jade Oukid (Jade) Richard Bellamy  (Bigui)

 

Bande originale composée par Kangding Ray

 

Festival Cannes 2025 Grand Prix du Jury

Prix Cannes Soundtrack Award pour Kanding Ray

Palm Dog  Grand Prix du jury pour les deux chiens Pipa et Lupita

"Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites."

Sirāt

Sirât "voie, chemin",  mais aussi "pont suspendu entre le paradis et l’enfer ; fin comme un cheveu et tranchant comme une lame" ;c’est sur fond noir  le carton d’introduction. Définition ô combien précieuse quand le spectateur sera amené -qu’il le veuille ou non -à interpréter le  "voyage" des protagonistes, qu’il aura accompagné leur quête intérieure, pansé leurs blessures - dans cette traversée du désert ! jusqu’à la trajectoire finale… …

On édifie un mur d’enceintes (très gros plans voire  zooms sur les mains les bras qui s’affairent avec méthode) le gigantisme (apparent) de ce mur va faire exploser les décibels alors qu’un autre mur de falaises impose (en écho) sa minéralité millénaire (orgues de pierre ocre rouge dans la réverbération du jour déclinant). Et voici la foule en transe, vue en plongée telle une masse indistincte où s’enchevêtrent les corps La bande-originale composée par Kangding Ray (prix Cannes Soundtrack Award ) entraîne le spectateur dans ce tourbillon avant que des plans rapprochés ne se focalisent sur le couple « père/fils » qui distribue (en vain) des photos de Mar ..Un père en quête de sa fille disparue (cf le pitch) …  C’est l’ouverture en guise de prologue. Après le passage de la police l’évacuation forcée, première bifurcation : Luis, Esteban et leur chien vont suivre vers le sud, vers une autre rave (là où peut-être sera Maria), 5 personnes (acteurs non professionnels) un chien, des enceintes et des règles de conduite (le vivre ensemble)

SIRAT les lettres majuscules dressées elles aussi au son de décibels envahissent l’écran … ’Et c’est le début d’un long périple que le réalisateur transforme en odyssée où les difficultés matérielles (une roue qui s’enlise, la traversée problématique d’un point d’eau comme le passage du Styx ? ) se doublent de chausses trappes narratifs inattendus et tragiques (surtout ne pas spoiler),

Odyssée où un gamin dicte à son père les "règles du vivre ensemble" dans une famille recomposée, où un chien risque la mort pour avoir ingéré de la merde mêlée au LSD, où la nouvelle coupe de cheveux s’est muée en cartographie.

Odyssée dans l’immensité ocreuse pierreuse qui, souveraine dans sa magnificence  , impose une beauté inaltérable, et hostile. Mais où le lâcher prise va percuter l’insondable des abysses. Et là où tout n’est que poussière le cri primal du père se perd dans les limbes de la Douleur. Les pieds qui foulent le sable ne seront pas empreintes. Les enceintes isolées, totems devenues, dispersent les sonorités de la mort. O cauchemar ! quand en surplomb on assistera au passage d’un immense convoi militaire. Le voyage est un calvaire, Les survivants des loques. Et la dernière séquence où s’entassent dans un train (de fortune) les "passagers" (pour la plupart enturbannés) est aussi noire dans une luminosité reconquise (oui osons l’oxymore) que les messages d’apocalypse qui nous étaient parvenus par bribes… de postes autoradios cabossés eux aussi. La ligne d’horizon devenue ligne sonore s’efface dans le grand tout

On sort comme terrassé par un uppercut

Et pourtant le corps vibre encore de cette musique hypnotique qui psalmodiait les prémices d’une ère nouvelle

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 06:14

De Julia Ducournau (France Belgique 2024)

 

Avec Melissa Boros (Alpha) Tahar Rahim (l'oncle) Golshifteh Farahani (la mère)

 

Sélection officielle Cannes 2025

Prix CST de l'artiste technicien pour Ruben Impens, directeur de la photographie, et Stéphane Thiébaut, mixeur son

Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l'école avec un tatouage sur le bras.

Alpha

Tempête de sable. Aridité d’un paysage. La terre elle-même est devenue « peau » Celle d’un bras sur lequel une gamine de 5 ans va relier les « points » d’ulcération, au feutre noir (c’est plus joli). Ouvrant sa main l’adulte lui confie « je crois que j’ai attrapé quelque chose » et voici qu’une coccinelle chemine avant de s’envoler, ailes éployées Premiers tableaux : encodage du film, prémices narratifs

Et de fait Alpha, troisième film de Julia Ducournau (palme d’or pour Titane 2021) sera encadré par deux scènes flash-back (Alpha âgée de 5 ans, en compagnie de son « oncle » toxicomane) la seconde explicitera les « vraies » causes d’un trauma

Mais ce film manifeste trop de complaisance dans les bifurcations de la narration, l’entremêlement de deux temporalités passé/présent, (couleurs sépia vs gris métallisé, changements de coiffure de la mère) l’enchevêtrement rêves cauchemars et réel, l’exploitation de ce qui aurait pu être apprécié comme « trouvailles visuelles » (la peau qui se craquèle devenue carapace pierreuse, rappelant à s’y méprendre les gisants de la statuaire, l’émanation de poussière, symptômes d’un « mal » qui ravage une société un pays, un mal mélange Sida et Covid ? et dont Amin toxico est entre autres la victime (Amin interprété par un Tahar Rahim étonnamment amaigri) trouvailles comme allégories de la mort mais qui trop visibles et lisibles ne sauraient entraîner le spectateur dans l’univers auquel la cinéaste nous avait habitué.(du côté de Cronenberg entre autres) Un film qui affiche ainsi les défauts de ses qualités.

Porté par une musique signée Jim Williams (compositeur britannique dont c’est la 3ème collaboration avec la cinéaste ; on aura reconnu au passage la 7ème de Beethoven, mais hélas plaquée sur…du vide…) et par trois acteurs certes formidables mais dont la « direction » est discutable (chaque rôle dépassant les clivages générationnels devait incarner un archétype ou une allégorie mais non le(s) surjouer ) tourné dans un faux décor apocalyptique (les rares plans d’extérieur à peine décelables dans leur embu et leur flou bleuté), traversé ça et là par de saisissants cauchemars, ce film qui explore la métamorphose des corps (due à un mal réel et existentiel à la fois) aurait pu « séduire » le spectateur, en le dérangeant et/ou l’hypnotisant,  mais bien au contraire il l’enferme dans une forme de « resucée » ad nauseam …  Alpha enfant contaminé,  Alpha ostracisée, Alpha  « morte vivante » ? (pleur ensanglanté, plaie béante, eau de la piscine qui rougeoie ….) 

Le contexte kabyle (cf la fête de l’Aïd, cf aussi la « croyance-mythique » -que professe la grand-mère- en un « vent rouge, ce vent mauvais ») n’est pas anodin : il illustre « un pur shoot d’Enfance », inscrit le propos dans les souvenirs de famille mais suffit-il à lui conférer une valeur universelle? (Enfance avec un grand E pas seulement la mienne avait précisé Julia Ducournau).

Ô décevante dystopie !

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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