De Markus Schleinzer (Allemagne 2025)
Avec Sandra Hüller (Rose) Caro Braun (Suzanna), Marisa Growaldt (Erzählerin) Godehard Giese (agriculteur) Robert Gwisdek (huissier) Augustino Renken (vieux serviteur) Maria -Victoria Dragus (agricultrice) Sven -Eric Bechtolf (juge) Rainer Egger : (docteur)
Gerard Kerkletz (direction photographique)
2026 :Berlinale Ours d’argent de la meilleure interprétation pour Sandra Hüller
2026 :Festival du film de Telluride : Silver Medallion Festival international du film d'Istanbul : Meilleur scénario Diagonale : Prix du scénario et Meilleure bande originale de long métrage
Au lendemain de la guerre de Trente Ans, (1618-1648), un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.
Un noir et blanc somptueux qui restitue l’austérité de la vie rurale en ce milieu du XVII° en Allemagne, vie rurale soumise aux pouvoirs conjugués de la religion protestante et des propriétaires terriens locaux, une mise en scène et en images théâtralisée à la froideur clinique, une actrice, Sandra Hüller, dont la performance fut récompensée à la Berlinale - elle porte le film comme elle porte l’habit masculin, celui qui précisément confère puissance et liberté-, une voix off explicative (trop), ainsi se présente ce film d’époque qui s’inspire d’ailleurs de faits avérés (le spectateur était d’emblée informé par un carton en forme d'avertissement)
Markus Schleinzer s’intéresse ainsi à ces cas de femmes ayant par le passé pris l’apparence des hommes pour pouvoir jouir de tous les privilèges du patriarcat, et s’émanciper. Mais sous les apparences d’un conte social autour d'une imposture, il propose une sorte de manifeste féministe !! Rose (acceptée en tant que soldat "étranger" balafré, détenteur de "biens meubles" ) a su faire siennes toutes les prérogatives, dévolues traditionnellement aux "chefs mâles" - commander, faire preuve de courage viril, rentabiliser le domaine, être "pieux" etc. C’est qu’elle aura réussi à "abattre les cartes d’un pouvoir fondé sur la déclaration de force, l’affirmation brutale du pouvoir. Quand des soupçons pèsent sur son "genre" et que les villageois désirent être les artisans d’une justice immanente expéditive, Rose éructe, en un monologue vindicatif et bouleversant, tous les défis censés les "clouer" et les résonances avec l’actualité (queer entre autres) sont assez troublantes. Au moment du procès et avant la sentence elle répond avec calme et lucidité, en assumant ses choix; après l’énoncé de la sentence, elle demande à "répéter" la scène d’exécution ; elle pleure sur le sort réservé à Suzanna alors qu’elle avait imploré l’indulgence, - Suzanna ne devient-elle pas une figure de l’émancipation ? comme si la femme "légitime" de Rose en avait épousé la rébellion, et comme si la relation entre les deux s’était transfigurée en archétype de la sororité…
Le clin d’oeil final à Dreyer est certes évident (visage couronné d’osier) MAIS Rose, elle, mezza voce, a rejeté l’idée même d’un Dieu.... créateur !
Malgré toutes ces "qualités" (exigences formelles aux références artistiques multiples et plaidoyer aux accents très modernes) le film n’emportera pas toujours l’adhésion (cherchez l’erreur…)
Colette Lallement-Duchoze
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