10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 02:26

de Julien Gaspar Oliveri

 

avec Diego Murgia Bastien Bouillon Romane Fringeli

 

Présenté en séance spéciale » à la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2026.

Festival du film francophone d’Angoulême : Valois de la mise en scène pour Julien Gaspar-Oliveri et Valois de l’acteur pour Diego Murgia

Enzo, 19 ans et sa sœur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.

La frappe

C’est par la chair qu’on entre dans ce film : la caméra scrute en effet en un très gros plan (zoom ?) tout un pan d’un corps dénudé puis un plan très serré découvre une nuque et les contours d'un visage   et quand le plan s’élargit voici deux corps endormis dans la chaleur de l’été

Enzo et sa sœur Carla.

Convaincu d’appartenir à une famille Enzo veut accueillir le père qui sort de prison dans la joie,  recréer les liens;   la sœur farouchement hostile hurle à la trahison et veut rompre avec ce frère qui ne respecte pas le « contrat » (casse - toi sommation par trois fois vociférée) Enzo dans un premier temps est comme exalté. Joie  qu’il voudrait tant partager avec l’univers (cf la séquence à la sortie de prison) Inversant les rôles, il sera l’’employeur de son père Anthony. sur les marchés!!!

Or jusque-là le spectateur ne sait rien ni du passé du père (les raisons de son incarcération, la nature de sa relation avec ses deux enfants) ni du « lourd secret » qui unit et désunit le frère et la sœur. Mais…

Nous suivons ce fils qui refuse de voir dans son père un bourreau et persévère dans un "amour insensé " (cf la séquence où il caresse la peau de son père endormi … et dans une autre séquence il regarde en retrait les gestes de son père  avec une jeune femme et la façon dont il la  plaque sur les cuisses ,, va "exhumer" les attouchements  dont il fut victime (la puissance suggestive de la séquence en est comme décuplée) de même quand Carla dit (hors champ) et toi c’était le jeudi… ce rappel a la force d’un uppercut. Le corps matière vivante organique que l’on abuse d’autant qu’il s’agit hélas le plus souvent de violences intrafamiliales !!! ce n'est pas n'importe quel agresseur autour de nous, ce sont nos dieux. (Propos du cinéaste présent lors de la séance du vendredi 4 septembre) Ô la béance de la blessure !

Bonimenteur sur les marchés, Enzo va se murer dans le silence (son huis clos intérieur sera  impénétrable)

Tel est bien le parti pris du réalisateur Suggérer l’indicible (le mot inceste ne sera jamais prononcé), refuser le voyeurisme (un père qui a abusé de ses deux enfants) Se focaliser sur le présent (les deux enfants sont désormais adultes) et rendre palpables sans flash-back les séquelles du passé, traumatismes indélébiles encore à fleur de peau…le film en sera d’autant plus éprouvant et glaçant 

Un film coup de poing ! Où les non-dits ont la puissance de l’évidence, où le silence au moment du procès est bien la preuve de l’impuissance à  verbaliser .le mal qui ronge au profond  

Un film porté par la prestation talentueuse des deux jeunes acteurs

Un film qui plonge le public dans le désarroi tout comme le jeu trouble et si pertinent de Sébastien Bouillon l’avait mis mal à l’aise (un air détaché maquillant une violence sourde)

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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