15 septembre 2025 1 15 /09 /septembre /2025 06:05

De Pauline Loquès (France 2024)

 

Avec Théodore  Pellerin (Nino) William Lebghil, (Sofian l'ami) Salomé Dewaels (Zoé) Jeanne Balibar (la mère de Nino) Mathieu Amalric (l'inconnu des bains douches)

 

Semaine internationale de la Critique Cannes 2025

Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation  pour Théodore Pellerin

Prix d'Ornano-Valenti : Festival du cinéma américain de Deauville 2025

 

Omnia dimanche 14 septembre en présence de Pauline  Loquès,   Théodore Pellerin  et Salomé Dewaels 

 

Sortie le 17 septembre 

Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.

Nino

Un verdict / couperet-  papillomavirus transformé en cancer de la gorge-. et voici le personnage éponyme, Nino  trentenaire, confronté  brutalement au double problème de  la (sur)vie (vous êtes jeune vous êtes prioritaire) et de la  paternité (dans l’urgence il doit congeler son sperme qui ne sera plus fertile après le traitement).

Nous allons le suivre pendant les trois jours qui précèdent la première séance de chimio. Une errance dans un Paris bleu soudainement, bleu entièrement -alors que dominait le blanc chirurgical avant, pendant et juste après l’annonce, blanc sur lequel se détachaient visage et nuque filmé.es au plus près, dans le silence abyssal de la confrontation de soi avec soi …

La caméra le suit dans cette déambulation -immersion physique presque tactile- où le corps va comme se diffracter au gré de "rencontres"  - dont certaines  épiphaniques. Corps sur lequel les perles de l’eau s’emparent soudainement -mais en la caressant-  de la tumeur…Et si l’acte manqué (oubli des clefs de l’appartement) révèle l’impossibilité d’un retour chez soi, le corps "nouveau" - celui qui abrite, insidieuse, la maladie- va être à l’écoute de l’autre (un SDF aux bains-douches qui dans un élan presque oblatif est fier de communiquer à l’inconnu la photo de "sa" femme .. morte, !!! (un Amalric génial comme à l’accoutumée !). Corps et âme perdu.es qui s’accrochent aux bribes d’un passé (cf ce questionnement sur le père mort accidentellement quels furent ses premiers mots à ma naissance? et la mère (formidable Jeanne Balibar) de poser ses lèvres sur la paupière close avant l’endormissement de son fils alors que 29 ans plus tôt le père s’était extasié face à des yeux grands ouverts qui regardent sans voir.  En écho (inversé) cette affiche de Marina Abramovic ? - cette performeuse, qui avait passé 700 heures au MoMA à New York assise sur une chaise dans un face à face, les yeux dans les yeux, avec le  visiteur-

D’abord insensible  à tout langage de circonstance (à la volonté de son ami d’interrompre les festivités On ne peut pas faire comme si tout allait bien,  il rétorque lucide  c’est pourtant ce qu’on fait tout le temps ) Nino s’émancipe des carcans grâce à Zoé, ancienne camarade de collège, mère célibataire, rencontrée par hasard. Zoé (épatante Salomé Dewaels) bienveillante, délicate, lui insuffle une respiration … nouvelle, l’aide à remplir le « fameux échantillon » (ah la trouvaille du babyphone et la lecture d’un passage érotique d’Anaïs Nin…) Zoé ou l’incarnation d’un "après" ? Accepter de lutter contre la maladie serait-ce retrouver vitalité et désir ?

Le film est dédié à un certain Romain : (lors de la rencontre dimanche 14 septembre, la réalisatrice a expliqué longuement la genèse de ce film) Une dédicace qui se situe avant les dernières images et avant le générique de fin ; et de ce fait a valeur de message : ne pas percevoir la vulnérabilité comme un  effondrement mais comme modalité de résistance, manière d’habiter le monde autrement et Théodore Pellerin par sa prestation exemplaire incarne de bout en bout les choix de la réalisatrice

Un film qui vibre de justesse et d’humanité , à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 08:10

De Chie Hayakawa (Japon 2024)

 

avec Yuhi Zuzuki (Fuki) Ikari Ishida (Itako Ikita) Yūmi Kawai  Lilly Franky 

 

Présenté au festival de Cannes 2025

Au cœur de l’été 1987 à Tokyo,  une jeune fille excentrique et sensible de onze ans doit faire face au cancer de son père en phase terminale et au stress de sa mère déjà surchargée de travail. Chacun d’eux recherche désespérément des interactions humaines.

Renoir

Si le film s’ouvre sur une séquence "tragique" (bébés en pleurs, gros plans saturant le cadre d’un écran de téléviseur, Fuki étranglée, et dont une voix sépulcrale nous parvient d’outre-tombe) ne serait-ce pas à la fois pour  désamorcer  la tragédie et pour mettre en évidence la singularité du personnage de Fuki?  (cette gamine de 11 ans qui durant l’été 1987 sera confrontée à une multitude d’ événements (réels ou fantasmés)

Solitaire -entre un père qui se meurt à l’hôpital- et une mère soit trop souvent absente, soit trop brusque -,  elle se doit de "décoder" ,seule,  les arcanes du monde adulte…

Mais de Renoir le spectateur ne verra que cette reproduction du portrait La petite Irène Cahen d’Anvers (accrochée à un mur de l’hôpital où le père vit ses derniers instants) et retiendra la question posée par la gamine intriguée par le « romantisme  mélancolique» d’Irène ‘ Ce peintre il est toujours vivant ? (réponse :Il est mort depuis longtemps »

Certes on pourra toujours mettre en parallèle la méthode picturale dite impressionniste (touches de couleurs séparées sur la palette mais comme imbriquées vues de loin, importance de la lumière, de sa vibration diffractée) et la structure du film : une succession de saynètes (à la durée plus ou moins longue) où la cinéaste tente de capter dans sa fugacité même l’éclat d’une émotion ou d’un regard, et de "couper" au moment où s’annonçait un "drame" (cf quand répondant à une annonce téléphonique la gamine accepte de « suivre » l’inconnu…), afin  de «cerner » la personnalité  de cette gamine, à la sensibilité hors du commun 

De même que Fuki (à la demande d’ailleurs de son professeur d’anglais vers la fin du film), est amenée à « revisiter » les contours et détours de l’intermède que fut l’été 1987 (rieur douloureux énigmatique) à s’infiltrer dans les interstices, - le spectateur est convié à « lire » ce film comme une sorte de diaporama fait d’instantanés (souvent) -feux de camp, hippodrome avec le père, dégustation d’un gâteau, etc.- où s’enchâssent  sans morbidité le réel et le fantasmé, où abondent les ellipses Tout en sachant que le décodage va déconstruire l’apparente  "mosaïque"  pour  "reconstruire" ce que recèlent les profondeurs , le non-dit  -ce dont témoigneraient à la fois et presque simultanément la récurrence du flou (cf le dépli des rideaux) et le hors champ (cf la mort du père)

Soit il  "acceptera " ce pacte avec la cinéaste soit il le récusera.

Soit il sera séduit par la maîtrise incontestée des cadres, le formalisme esthétique soit il sera réfractaire à tous ces "regards suspendus"….

Colette Lallement-Duchoze

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10 septembre 2025 3 10 /09 /septembre /2025 04:45

 

MOTEUR , LE RESEAU DES FESTIVALS DE CINEMA DE ROUEN, 

 VOUS INVITE A LA SOIREE DE PRESENTATION DE LA SAISON 2025 /2026

 

 

LE MARDI 30 SEPTEMBRE 

OMNIA REPUBLIQUE 

19h30

Soirée Moteur

SOIREE  COURTS METRAGES 

 

 Eraserhead dans un filet à provisions de Lili Koss  (Bulgarie 2025) (A L'EST)

 

Sorry Cinema de Ahmed Hassouna (2025 Palestine Gaza)(REGARDS SUR LA PALESTINE)

 

Tant que je marcherai d'Isabelle Montoya (2024 France) (ELLES FONT LEUR CINEMA)

 

Fagnes 1986 de Nicolas Monfort(2024 Belgique) (FESTIVAL DU FILM FANTASTIQUE)

 

Revolvo de Francy Fabritz (2020 Allemagne) (CINE FRIENDLY)

 

Push d'Elly Condron (2024 Royaume Uni) (THIS IS ENGLAND )

 

Les fleurs bleues de Louis Douillez (2024 France)  (COURTIVORE)

Soirée Moteur

 

SAISON 25/26

 

FESTIVAL DU FILM FANTASTIQUE  DU 1 AU 8 NOVEMBRE 2025

THIS IS ENGLAND DU 15 AU 23 NOVEMBRE 2025

ELLES FONT LEUR CINEMA  DU 5 AU 8 FEVRIER 2026

A L EST MARS 2026

CINE FRIENDLY DU 8 AU 11 AVRIL 2026

COURTIVORE DU 13 MAI AU 13 JUIN 2026

REGARDS SUR LA PALESTINE  OCTOBRE 2026

 

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9 septembre 2025 2 09 /09 /septembre /2025 11:34

D'Oliver Laxe (Espagne 2024)

 

Avec Sergi Lopez (Luis le père) Bruno Núñez Arjona  (Esteban son fils ) Stefania Gaddia (Steff) Tonin Janvier (Tonin) Joshua Liam Herderson (Josh) Jade Oukid (Jade) Richard Bellamy  (Bigui)

 

Bande originale composée par Kangding Ray

 

Festival Cannes 2025 Grand Prix du Jury

Prix Cannes Soundtrack Award pour Kanding Ray

Palm Dog  Grand Prix du jury pour les deux chiens Pipa et Lupita

"Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites."

Sirāt

Sirât "voie, chemin",  mais aussi "pont suspendu entre le paradis et l’enfer ; fin comme un cheveu et tranchant comme une lame" ;c’est sur fond noir  le carton d’introduction. Définition ô combien précieuse quand le spectateur sera amené -qu’il le veuille ou non -à interpréter le  "voyage" des protagonistes, qu’il aura accompagné leur quête intérieure, pansé leurs blessures - dans cette traversée du désert ! jusqu’à la trajectoire finale… …

On édifie un mur d’enceintes (très gros plans voire  zooms sur les mains les bras qui s’affairent avec méthode) le gigantisme (apparent) de ce mur va faire exploser les décibels alors qu’un autre mur de falaises impose (en écho) sa minéralité millénaire (orgues de pierre ocre rouge dans la réverbération du jour déclinant). Et voici la foule en transe, vue en plongée telle une masse indistincte où s’enchevêtrent les corps La bande-originale composée par Kangding Ray (prix Cannes Soundtrack Award ) entraîne le spectateur dans ce tourbillon avant que des plans rapprochés ne se focalisent sur le couple « père/fils » qui distribue (en vain) des photos de Mar ..Un père en quête de sa fille disparue (cf le pitch) …  C’est l’ouverture en guise de prologue. Après le passage de la police l’évacuation forcée, première bifurcation : Luis, Esteban et leur chien vont suivre vers le sud, vers une autre rave (là où peut-être sera Maria), 5 personnes (acteurs non professionnels) un chien, des enceintes et des règles de conduite (le vivre ensemble)

SIRAT les lettres majuscules dressées elles aussi au son de décibels envahissent l’écran … ’Et c’est le début d’un long périple que le réalisateur transforme en odyssée où les difficultés matérielles (une roue qui s’enlise, la traversée problématique d’un point d’eau comme le passage du Styx ? ) se doublent de chausses trappes narratifs inattendus et tragiques (surtout ne pas spoiler),

Odyssée où un gamin dicte à son père les "règles du vivre ensemble" dans une famille recomposée, où un chien risque la mort pour avoir ingéré de la merde mêlée au LSD, où la nouvelle coupe de cheveux s’est muée en cartographie.

Odyssée dans l’immensité ocreuse pierreuse qui, souveraine dans sa magnificence  , impose une beauté inaltérable, et hostile. Mais où le lâcher prise va percuter l’insondable des abysses. Et là où tout n’est que poussière le cri primal du père se perd dans les limbes de la Douleur. Les pieds qui foulent le sable ne seront pas empreintes. Les enceintes isolées, totems devenues, dispersent les sonorités de la mort. O cauchemar ! quand en surplomb on assistera au passage d’un immense convoi militaire. Le voyage est un calvaire, Les survivants des loques. Et la dernière séquence où s’entassent dans un train (de fortune) les "passagers" (pour la plupart enturbannés) est aussi noire dans une luminosité reconquise (oui osons l’oxymore) que les messages d’apocalypse qui nous étaient parvenus par bribes… de postes autoradios cabossés eux aussi. La ligne d’horizon devenue ligne sonore s’efface dans le grand tout

On sort comme terrassé par un uppercut

Et pourtant le corps vibre encore de cette musique hypnotique qui psalmodiait les prémices d’une ère nouvelle

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 06:14

De Julia Ducournau (France Belgique 2024)

 

Avec Melissa Boros (Alpha) Tahar Rahim (l'oncle) Golshifteh Farahani (la mère)

 

Sélection officielle Cannes 2025

Prix CST de l'artiste technicien pour Ruben Impens, directeur de la photographie, et Stéphane Thiébaut, mixeur son

Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l'école avec un tatouage sur le bras.

Alpha

Tempête de sable. Aridité d’un paysage. La terre elle-même est devenue « peau » Celle d’un bras sur lequel une gamine de 5 ans va relier les « points » d’ulcération, au feutre noir (c’est plus joli). Ouvrant sa main l’adulte lui confie « je crois que j’ai attrapé quelque chose » et voici qu’une coccinelle chemine avant de s’envoler, ailes éployées Premiers tableaux : encodage du film, prémices narratifs

Et de fait Alpha, troisième film de Julia Ducournau (palme d’or pour Titane 2021) sera encadré par deux scènes flash-back (Alpha âgée de 5 ans, en compagnie de son « oncle » toxicomane) la seconde explicitera les « vraies » causes d’un trauma

Mais ce film manifeste trop de complaisance dans les bifurcations de la narration, l’entremêlement de deux temporalités passé/présent, (couleurs sépia vs gris métallisé, changements de coiffure de la mère) l’enchevêtrement rêves cauchemars et réel, l’exploitation de ce qui aurait pu être apprécié comme « trouvailles visuelles » (la peau qui se craquèle devenue carapace pierreuse, rappelant à s’y méprendre les gisants de la statuaire, l’émanation de poussière, symptômes d’un « mal » qui ravage une société un pays, un mal mélange Sida et Covid ? et dont Amin toxico est entre autres la victime (Amin interprété par un Tahar Rahim étonnamment amaigri) trouvailles comme allégories de la mort mais qui trop visibles et lisibles ne sauraient entraîner le spectateur dans l’univers auquel la cinéaste nous avait habitué.(du côté de Cronenberg entre autres) Un film qui affiche ainsi les défauts de ses qualités.

Porté par une musique signée Jim Williams (compositeur britannique dont c’est la 3ème collaboration avec la cinéaste ; on aura reconnu au passage la 7ème de Beethoven, mais hélas plaquée sur…du vide…) et par trois acteurs certes formidables mais dont la « direction » est discutable (chaque rôle dépassant les clivages générationnels devait incarner un archétype ou une allégorie mais non le(s) surjouer ) tourné dans un faux décor apocalyptique (les rares plans d’extérieur à peine décelables dans leur embu et leur flou bleuté), traversé ça et là par de saisissants cauchemars, ce film qui explore la métamorphose des corps (due à un mal réel et existentiel à la fois) aurait pu « séduire » le spectateur, en le dérangeant et/ou l’hypnotisant,  mais bien au contraire il l’enferme dans une forme de « resucée » ad nauseam …  Alpha enfant contaminé,  Alpha ostracisée, Alpha  « morte vivante » ? (pleur ensanglanté, plaie béante, eau de la piscine qui rougeoie ….) 

Le contexte kabyle (cf la fête de l’Aïd, cf aussi la « croyance-mythique » -que professe la grand-mère- en un « vent rouge, ce vent mauvais ») n’est pas anodin : il illustre « un pur shoot d’Enfance », inscrit le propos dans les souvenirs de famille mais suffit-il à lui conférer une valeur universelle? (Enfance avec un grand E pas seulement la mienne avait précisé Julia Ducournau).

Ô décevante dystopie !

 

Colette Lallement-Duchoze

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5 septembre 2025 5 05 /09 /septembre /2025 06:50

De Guillermo Galoe (Espagne 2025)

Avec Antonio Fernandez Gabarre , Bilal Sedraoui Jesus Fernandez Silva  

 

Présenté en avant-première dans la section parallèle de la Semaine de la critique lors du Festival de Cannes 2025  ce film a remporté le prix SACD de la Semaine de la critique pour les scénaristes Guillermo Galoe et Víctor Alonso-Berbe

Toni, un garçon Rom de quinze ans, vit dans un bidonville en périphérie de Madrid. Fier d’appartenir à sa communauté, il est très proche de son grand-père. Poussés par les promoteurs, certains choisissent de partir vivre en ville, mais le grand-père de Toni refuse de quitter leurs terres. Au fil des nuits, Toni doit faire un choix : s’élancer vers un avenir incertain ou s’accrocher au monde de son enfance.

Ciudad sin sueño

C’est une fiction, certes mais aux allures documentaires  Avec des acteurs non professionnels, le réalisateur "suit" Toni, sa famille de ferrailleurs dans une des communautés du plus grand bidonville d’Europe aux portes de Madrid. La Cañada Real. Maisons  effondrées ou en passe de l’être, (cf  la séquence des pelleteuses) champs avoisinants immenses (ce dont témoignent les deux longs plans qui " encadrent" le film) soirées près du feu, transmission orale ( le rôle des doyennes) vie communautaire où l’on passe trop vite de l’enfance à l’âge adulte (voyez ces gamins en train de fumer, de conduire des mobs ou  des quads, braquer le fusil , monnayer, ou se droguer) oui tout cela traité avec réalisme (sans jugement moral et sans misérabilisme) inscrirait Ciudad sin sueño dans la catégorie « documentaire » cinéma du réel…

Mais il y a comme un film dans le film. Toni avec son portable s’amuse à utiliser des filtres de toutes les couleurs qui transfigurent tant le paysage que les personnages -devenus soudainement jaunes rouges ou verts-;  le spectateur est invité  à pénétrer dans un monde presque onirique (la toute dernière séquence est à ce titre plus qu’éloquente, elle est enchanteresse ….)

Les animaux étonnamment agrandis par de gros plans ou des zooms peuvent envahir l’écran (la chienne Atomica, le coq, le cheval, l'iguane) tant la fusion entre les deux règnes animal et humain s’inscrit dans les mœurs et le quotidien de ces « communautés » (cf l'affiche)

Le film obéit aussi à une dynamique interne : le tiraillement de Toni écartelé entre le désir de rester (avec son Paï) et celui de partir (appartement plus confortable certes mais aussi attirance de l’inconnu ?) Cuedad sin sueño un adieu au monde de l’enfance ? Monde si vaste dans son horizontalité qui s’oppose à la vertigineuse compacité verticale  des immeubles urbains…  Dans le plus grand délabrement se sont nichés tant de souvenirs que le choix est douloureux, forcément douloureux …  

A défaut de dormir (sens littéral du titre La ville sans sommeil ) cette jeune génération peut … encore…rêver…….

Un film à voir c'est une évidence ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 11:58

de Scandar Copti (Palestine 2024)

Avec : Manar Shehab, Wafaa Aoun, Toufic Danial

 

Prix du meilleur scénario • Mostra de Venise 2024, section Orizzonti

Dans une famille palestinienne de Haïfa, Fifi 25 ans, est hospitalisée après un accident de voiture qui risque de révéler son secret. Son frère, Rami, apprend que sa petite amie juive est enceinte. Leur mère, Hanan, tente de préserver les apparences tandis que le père affronte des difficultés financières. Quatre voix, une maison, entre conflits générationnels et tabous, dans une société où tout peut basculer à tout moment.

Chroniques d'Haïfa

Explorant le quotidien d’une famille palestinienne aisée vivant à Haïfa (ville portuaire au nord d’Israël, où étaient censés « cohabiter » sereinement musulmans et juifs) Scandar Copti a opté pour une narration à la chronologie  éclatée (avec ses flash-back), une fragmentation en chapitres (à la manière de chroniques), un goût prononcé (trop ?) pour les plans serrés et gros voire très gros plans ; un choix censé épouser le craquèlement des apparences, les fissures qui vont voler en éclats (tout comme la mère à un moment brise la vaisselle, éructe de colère  tant elle se sent trahie par les siens…elle qui s’est efforcée d’imposer ses « diktats », elle qui prépare le mariage de sa fille, Leila filmée souvent à l’ombre de…)

4 histoires 4 points de vue (cf le pitch) certes et pourtant le film obéit à une construction interne plus savante ou subtile, Effets spéculaires (échos intérieurs) fils et arcanes de ce film/écheveau s’imposeront progressivement au spectateur, pris lui aussi au piège de ces prises de vue qui l’enserrent

Le film est encadré par le personnage de Fifi ; d’abord alitée, corsetée dans sa minerve (à la symbolique un peu facile…) mais vêtue d’une mini-jupe en cuir, elle s’étonne de la présence de la mère, aux …urgences, qui elle-même s’étonne d’une telle tenue vestimentaire, c’est la scène d’exposition. Figure de l’émancipation Fifi sera le sujet du dernier chapitre où parole et gestes seront frappés d’inanité…Et tel un épilogue voici un plan en plongée sur une rue de Haïfa -un des rares plans du film sur l’extérieur d’’ailleurs- où tous les personnages comme statufiés observent une minute de silence pour honorer la mémoire des soldats de Tsahal, « morts » au combat… alors qu’elle avance décidée… Son frère Rami, impuissant face au choix de son amie, juive, Shirley qui, enceinte, veut garder l’enfant (premier chapitre) en vient à se confier à Walid (le petit ami de Fifi…) lequel inocule (sciemment ?) le doute quant à la sincérité de la femme …aimée…Propos annonciateurs de ses propres paroles de rupture ( ?)

Se déploie tout un "jeu" de combinatoires, avec effets spéculaires: ainsi les duos amoureux (Rami/Shirley, Fifi/Wilad) ou mère/fille  (Hanan et sa  fille cadette éprise de liberté , Miri/ et sa fille qui refuse le joug militaire) se répondent  en écho (car mutatis mutandis ces personnages sont confrontés à des problématiques similaires ...)

Masques mensonges (banqueroute inéluctable de la compagnie d’assurances mal gérée par le père), faux semblants (que tient à préserver la « mamma ») poids de la tradition, les questions du mariage, de la grossesse de l’avortement, tout cela (très visible à défaut d’être toujours lisible) s’imbrique dans une approche éminemment politique, - la toute-puissance de l’éthos juif et le mépris pour la population arabe : (cf l’éducation/intoxication où les gamins récitent comme des mantras à la gloire de Bibi, les « enseignements » dispensés, -en écho, les propos glaçants de Miri, la sœur de Shirley ? ou les menaces racistes dont est victime Rami ? ; cf aussi cette manif de rue où de jeunes nationalistes juifs incitent leurs compatriotes, les « vrais » juifs à rester « purs  -ne pas se mêler aux palestiniens)

 Nous sommes en 2022 ….Les événements tragiques de 1948 à Haïfa (campagne de terreur menée par la Haganah) ont la ténacité de l’Histoire ….qui n’oublie pas

Un film à ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 septembre 2025 2 02 /09 /septembre /2025 11:47

De  Ratchapoom Boonbunchachoke  (Thaïlande 2025)

 

avec Mai Davika Hoorne, Witsarut Himmarat, Apasiri Nitibhon 

 

Grand prix de la Semaine de la critique Cannes 2025

Après la mort tragique de Nat, victime de pollution à la poussière, March sombre dans le deuil. Mais son quotidien bascule lorsqu'il découvre que l'esprit de sa femme s'est réincarné dans un aspirateur. Bien qu'absurde, leur lien renaît, plus fort que jamais — mais loin de faire l'unanimité. Sa famille, déjà hantée par un ancien accident d'ouvrier, rejette cette relation surnaturelle. Tentant de les convaincre de leur amour, Nat se propose de nettoyer l'usine pour prouver qu'elle est un fantôme utile, quitte à faire le ménage parmi les âmes errantes..

Fantôme utile

Inspiré d’un conte folklorique thaïlandais ce premier long métrage de Ratchapoom Boonbunchachoke  ne peut laisser indifférent. Certes la thématique (contenue dans son titre explicite) n’est pas novatrice ainsi que le pouvoir (maléfique ou non) d’objets du quotidien (on pense bien évidemment au pneu télépathe Rubber de Quentin  Dupieux) Mais ici la construction en gigogne avec enchâssement de récits (celui du "réparateur" au tout début, qui deviendra l’intrigue principale) la coexistence des temporalités, (audacieuse simultanéité !) la charge à la fois mémorielle (cf les événements tragiques du samedi noir de Bangkok en  avril 2010) contestataire et politique, le burlesque, une forme de lenteur (celle des plans fixes prolongés, celle du débit des locuteurs), et le mélange des genres (queer entre autres ) en font un film singulier, à la narration insolite, une fable truffée de métaphores (cf les grains de poussière qui au début tombent sur la ville, "poussière" de la pollution urbaine et économique mais, telles des particules fantomatiques ces grains  métaphorisent aussi la porosité entre les mondes visible et invisible ; l’appareil ménager qui aspire l’air lequel ramasse la poussière peut aussi donner souffle (anima) aux disparus, et métaphoriser cette  "aspiration" de l’Histoire par les détenteurs de pouvoir …)

Séduit, le public n’en déplorera pas moins le didactisme parfois trop appuyé (dans le deuxième mouvement) Et si la comparaison avec les devanciers (et surtout l’aîné Apichatpong Weerasethakul Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures 2010 ne plaide pas en faveur de Ratchapoom Boonbunchachoke, acceptons ce dépaysement tous azimuts,, cette plongée dans un univers à la fois loufoque (barré) et protestataire et qui renvoie tant à la « réincarnation bouddhiste qu’à la spectralité en général »

« Revenir est un acte de protestation », affirme un personnage ressuscité des limbes de l’histoire… vilipendant  ceux qui déplorent que  les jeunes ruminent plus le passé que les vieux conservateurs …

Voici en gros plan un visage, aux contours bien nets, or il va disparaître dans le flou de l’arrière-plan… « aspiration » de la mémoire et du passé ?

Oui les fantômes sont utiles, ils empêchent l'aspiration vers l’amnésie…Encore faut-il apprendre  à se souvenir

 

Colette Lallement-Duchoze

 

La Thaïlande est un pays rempli de fantômes, car de nombreux décès ne sont pas officiellement clos, avec plusieurs meurtres non élucidés et des disparitions forcées. Je pense que les artistes en général, et les cinéastes en particulier, sont les alliés des fantômes. Nous mettons notre expertise, nos instruments et nos compétences à leur service, pour donner forme à leurs paroles. Alors que les fantômes sont généralement difficiles à percevoir de façon directe, le cinéma est le moyen idéal pour leur donner une forme. (propos du cinéaste)

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31 août 2025 7 31 /08 /août /2025 08:21

De Nader Saelvar (Iran 2024)

 

avec Maryam Boubani (Tarlan) Hana Kamkar (Zara), Ghazal Shojaei

 

Prix du public à la Mostra de Venise 2024

En Iran, Tarlan, professeure à la retraite, est témoin d'un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement. Elle le signale à la police qui refuse d'enquêter. Elle doit alors choisir entre céder aux pressions politiques ou risquer sa réputation et ses ressources pour obtenir justice.

La femme qui en savait trop

une fois que vous commencez à danser, allez jusqu’au bout, .recommande Zara  à ses élèves 

Le film s’ouvre sur une scène de répétition : lumière qui sature l’espace, grâce des mouvements aériens, costumes aux couleurs gaies.  En écho au final un solo, la caméra suit de dos Ghazal (la fille de Zara) et sa danse libératrice. Tempête qui fait voler en éclats tous les remparts installés pour soustraire la femme aux yeux des " autres"  (les mâles...)

Entre ces deux "moments" nous aurons assisté à une sorte de descente aux enfers : machiavélisme tortueux d’un mari qui impose ses diktats,  son droit de vie et de mort sur son épouse (on apprend entre autres -article 630 du code de procédure pénale iranien- que   le mari a le droit de tuer sa femme et son amant s’il les surprend en train de commettre l’acte d’adultère ) Zara (Hana Kamkar) la femme qui refuse de se soumettre, Zara la femme violentée dans son intégrité physique, aura trouvé du réconfort (avant de quitter définitivement la scène…) auprès de sa mère  "adoptive" la femme qui en savait trop

Comment lutter face aux intimidations, aux menaces aux propos comminatoires à l’obstruction à la méfiance généralisée astucieusement inoculée ? pour que justice éclate ? que le meurtrier réponde de ses actes ? Tarlan, (excellente Maryam Boubani) militante syndicaliste, aura TOUT tenté : elle doit affronter  les reproches de son fils, récemment sorti de prison, pris dans l’engrenage d’un nouveau "contrat" car il est précisément redevable au "tueur" ; abandonnée dans la montagne déserte dont la vastitude vertigineuse accentue son isolement, elle n’abandonnera pas son combat…Et quel combat!  quand les détenteurs du Pouvoir transforment insidieusement son "courage" en faute impardonnable !

Co-écrit avec Panahi (condamné en 2010 à 6 ans de prison pour « propagande contre le système, il avait contourné les interdits ; arrêté en 2022 libéré en 2023 ; il vient d’obtenir la Palme d’or pour Un simple accident) « la femme qui en savait trop » fait écho à la propre vie du réalisateur Nader Saeivar (exilé à Berlin) et au mouvement « femme vie liberté » créé au lendemain de la mort de Masha Amini, Le générique de fin (ne pas quitter la salle…SVP)  salue la mémoire de ces jeunes femmes « mortes pour leur liberté » (scènes de téléphone portable montrant les arrestations sommaires des filles iraniennes ou des jeunes femmes dévoilées dansant, et médaillons commémoratifs)

Un film coup de poing -grâce à l’audace du scénario, à l’analyse méthodique (comme au scalpel) de tous les mécanismes de la corruption et de l’omnipotence des "mollahs", film pamphlet féministe (il met d’ailleurs en scène trois générations de femmes habitées par les mêmes revendications contre le pouvoir patriarcal) un film dont le suspense et les ellipses "suggèrent" ce qui est en jeu à tous les échelons dans le pays et dans les familles, la récurrence du plan en plongée sur le trafic urbain, sur ces habitacles de voiture est loin d’être anodine .- non-dits qui dépassent l’opposition entre le  "dehors" (la ville) et le  "dedans" (intimité d’un appartement, d’une maison), une circulation du "Mal" à la force tentaculaire !

A voir 

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 août 2025 5 29 /08 /août /2025 08:44

De Christian Petzold (Allemagne 2024)

 

Avec Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs

 

Quinzaine des cinéastes Cannes 2025

 

Film vu en avant-première Omnia Rouen samedi 28 juin 2025

Ce drame met en scène une jeune pianiste qui, après la mort accidentelle de son compagnon, trouve refuge dans une famille qu'elle ne connaît pas. Très vite, elle découvre de sombres secrets de famille et remet en question les motivations apparemment honorables qui lui sont présentées.

Miroirs n°3

Laura part avec son ami et un autre couple ; arrivée à destination elle décide de "revenir" ; Il conduit. Accident …Au duo désaccordé de ce tout début, succèdera  celui formé par  Laura -la miraculeuse rescapée, ébranlée physiquement certes mais apparemment non affectée (traumatisée) par le décès de son  "ami" - et par Betty, seule témoin de l’accident. (un regard de connivence avait d'emblée alerté le spectateur ...) Elle s'épanouit , en  compagnie de sa "protégée", car on le comprendra assez vite, elle voit en elle la force messianique de la résurrection. Laura une figure de la substitution ! Puis ce sera le quatuor quand le père et le fils regagnent le  "foyer" , qu’ils avaient déserté …Le récit avance avec ses combinatoires de duos solos et quatuors en une succession de "scènes" et comme le titre emprunté à Ravel le dit explicitement, il est ainsi traversé d'effets spéculaires, un "jeu" sur  les "variations" 

Laura est pianiste, elle étudie à l'Université des arts de Berlin, elle s'exerce régulièrement sur le piano de la fille ...disparue...,   Elle jouera Chopin, interprétera la 3ème pièce musicale "une barque sur l'océan" des Miroirs de Ravel ...alors que parallèlement se répondent  en "miroirs" les différentes destinées  .

La récurrence de certains itinéraires (en voiture et/ou à vélo) -comme autant de cheminements intérieurs, de lignes de conduite -, délimite en fait un espace très circonscrit où s'impose la   thématique de la "réparation" (en dénotation elle illustre la fonction du garage, en connotation elle concerne de plus profondes blessures ) 

Simple, épuré, minimaliste (le regard souvent se substitue à la parole) et force convaincante de certains acteurs (Paula Beer en Laura et Barbara Auer dans le rôle de la mère dévastée par la perte de sa fille)  tel se donne à voir  "Miroirs n°3" 

Et pourtant...!!  si certaines ambiances rappellent l'étrange étrangeté des toiles de Hopper, que dire de la citation de Tom Sawyer, personnage de M Twain- lors de la peinture de la clôture? de ces magouilles  effectuées par les garagistes père et fils -suppression du suivi GPS des automobiles Mercedes? de cette intrusion saugrenue du burlesque?

Mais surtout on a la fâcheuse impression que le récit refusant le "suspense" (c'est un choix certes) n'avancera plus  dès l'instant où l'on aura compris (trop vite) les enjeux (le deuil et  en miroir la famille )

Impression mitigée donc! 

On aurait tant aimé passer  de "l'autre côté du miroir" 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS sur Arte  à voir ou revoir "Le ciel rouge" (2023) 

 

 

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