De Géraldine Nakache (France Belgique 2025)
avec Niels Schneider (Jacques) Monia Chokri (Gil) Clémentine Célarié ( la mère de Gil) Christian Benedetti
Présenté section Cannes Première au Festival de Cannes 2026
Prix d'interprétation au Festival du film francophone d'Angoulême pour Monia Chokri
Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Toutefois, l'intensité des débuts laisse place à une relation dans laquelle elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu'à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien.
Le titre renvoie aux propos du rabbin à Gil la veille de son mariage L’omniprésence de la religion dans ce film ne risque-t-elle pas de contaminer le propos - l’emprise au sein d’un couple- d’en faire éclater les limites ? Homme d’affaires et juif pratiquant Jacques utilise sa religion dont il tord les préceptes pour exercer son emprise sur sa femme ; il incarne un radicalisme religieux un dogmatisme que dénonce bien évidemment la réalisatrice mais qui oriente (voire impose) une "certaine" lecture de la domination conjugale, … La séquence d’ouverture où nous voyons Gil, en temps réel, ôter son vernis (doigts et orteils), se dépouiller de ses bijoux, avant que son corps ne pénètre dans l’eau purificatrice reviendra en leitmotiv : le rite du mikvé filmé sous d’autres angles comme leitmotiv musical (je veux que ce soit l’eau qui jalonne le son de mon film) et leitmotiv thématique ( la femme purifiée de ses impuretés, les menstruations, disposerait d’un pouvoir décisionnaire alors que Jacques simultanément et insidieusement met tout en œuvre pour la "dépouiller" de ce pouvoir après l’avoir "fragilisée" -il ne cesse de répéter c’est toi qui décides
Le choix d’une narration fragmentée, déstructurée, serait en revanche plus pertinent. En optant pour des flashbacks (citations de la Torah enchâssées dans les mentions temporelles) en refusant le sensationnalisme dans le traitement de la violence (hormis les éructations et le crachat…) la réalisatrice rend palpables par une "succession" de détails restitués sans linéarité chronologique, les étapes de l’emprise que l’on pourra "juger" rétrospectivement de plus en plus coercitive, de sa permanence dans la durée, jusqu’à la …rupture. Partir 6 ans auparavant, revenir 7 mois avant, être au présent, c’est -affirme la cinéaste- montrer que "tout était là dès le premier jour" et que pourtant on a décidé de ne pas voir Voir ne pas voir. Ce n’est pas un hasard si Gil est pointeuse (assistante caméra sur les plateaux de cinéma) et à travers le film c’est toute une circulation de regards que capte la caméra de Géraldine Nakache (ceux des parents de Gil, la mère surtout, des amis, des collègues de travail) comme si les regards extérieurs au couple se dessillaient et mettaient en lumière le double processus -l’homme dans l’exercice de son emprise, la femme qui ne parvient pas à s’en sortir, tant elle est aliénée par son amour…Processus étalé sur 6 ans, …(le plan final à l'embuage ambigu , joue le rôle d’épilogue)
Et filmer les deux acteurs (Monia Chokri Niels Schneider) au jeu souvent convaincant en plans serrés sur leur visage et leur corps contribue à créer ce climat d’étouffement (quasi carcéral parfois) malgré (ou à cause de ?) le recours au scope
Récit d’une émancipation Si tu penses bien est un film à voir ….Malgré de nombreuses réserves...
Colette Lallement-Duchoze
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