21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 12:36

Suite au scandale de la projection de L’ÂGE D’OR à Paris en 1930, Luis Buñuel se retrouve totalement déprimé et désargenté. Un ticket gagnant de loterie, acheté par son ami le sculpteur Ramon Acin, va changer le cours des choses et permettre à Buñuel de réaliser le film TERRE SANS PAIN et de retrouver foi en son incroyable talent. 

Buñuel après l’Age d’or

Ce film d’animation raconte le tournage (assez épique) du documentaire "terre sans pain", réalisé en 1932  par Bunuel (1900-1983) Sorte de making of il  mêle réalisme et onirisme, incrustant aussi des images en noir et blanc du documentaire lui-même.

Nous voici projetés à la fois dans l’univers mental du cinéaste (ne serait-ce que par la récurrence de scènes de son enfance traumatisée par la relation au père et par des cauchemars), dans le paysage et les mœurs d’une des régions les plus pauvres d’Espagne, les Hurdes, et au coeur même de l’acte Créateur.

L’équipe de tournage ? Un jeune poète parisien Pierre Unik, le photographe français Eli Lotar, l’ami sculpteur Ramon Acin -qui a financé le projet après avoir gagné à la loterie... - et Luis Buñuel. Salvador Simo (ex dessinateur pour Disney) a opté pour les couleurs à dominante mordorée jaune-brun et brunâtre ; il a fait appel à Arturo Cardelus pour la partition -dont certains extraits hanteront la sensibilité du spectateur bien après la projection…

.Et le portrait qu’il brosse du cinéaste est sans complaisance : non seulement par souci de "réalisme"  (quitte à le « forcer ») ce dernier n’a pas hésité à faire décapiter un coq, à "tuer" des chèvres afin de les filmer dans leur chute dans le ravin, ou encore à sacrifier un âne ….dévoré par des abeilles ; il va jusqu’à  "mettre en scène"  une liturgie funèbre, un bébé mort, dans un moïse qui s’en va rejoindre l’élément liquide…..

Mais au cours de ce tournage, cet homme autoritaire, exigeant et fantasque va s’humaniser -et en cela le film de Salvador Simo est aussi un récit initiatique- ; de même que "Terre sans pain" -même s’il fut un temps interdit de projection- marquera un tournant dans le parcours du cinéaste (il devient ce qu’il sera)

Choquer pour conscientiser les esprits ? Donner à VOIR une population laissée à l’abandon, aux conditions de vie insalubre (et c’est un euphémisme). Une vue en plongée sur des toits qui ressemblent étrangement à des carapaces de tortues, un labyrinthe de ruelles, des êtres faméliques, des bouches édentées, un environnement austère, la mort qui rôde. Après le délire surréaliste de L’Age d’or, voici le documentaire social Terre sans pain .

Mais dans Bunuel après l’âge d’or, la veine surréaliste coexiste avec le making of. Voici des éléphants aux pattes graciles, (on pense à la tentation de Saint Antoine de Dali) voici une théorie de poules au bec rouge prédateur: ils envahissent l’écran comme ils taraudent l’esprit tourmenté de Luis Bunuel...Et le voici lui-même déguisé en Bonne Sœur (au grand dam des autorités locales…) Pied de nez à ??? Toute sa filmographie -à venir- sera à jamais marquée par la coexistence du rêve et de la réalité, du vécu et du fantasmé, de l’intériorité et de l’extériorité bousculant l’ordre existant obligeant le spectateur à douter de sa pérennité

Un film d’animation à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

Voici un lien pour  visionner terre sans pain 

https://www.dailymotion.com/video/x2t72xy

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