8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 17:24

Film de Radu Jude (Roumanie)

Avec Teodor Corban, Toma Cuzin, Alexandru Dabija

Ours d'Argent du meilleur réalisateur au festival de Berlin

Aferim

"Western" valaque et "picaresque",  au format scope,  en noir et blanc et en costumes !,  Aferim nous plonge dans la Roumanie du XIX° ou plutôt la Valachie 1835 (car la Roumanie en tant que telle naîtra en 1859 par l’union de la Valachie et de la Moldavie). Les deux hommes à cheval (le brigadier Costandin et son fils Ionita) tels des "chasseurs de primes"  recherchent un esclave gitan qui s'est enfui (il aurait "séduit" la femme du potentat local) et dans leur traque que d'espaces parcourus!  que de rencontres inopinées ou non (c'est l'aspect picaresque)!

Le réalisateur fait alterner les pauses dans des villages ou des intérieurs (cf. l'inénarrable séquence de la taverne!!) et les duos père/fils chevauchant dans des immensités, filmées en larges panoramiques. On entendra tout au long du film des propos vulgaires et venimeux sur la haine de l'autre, le sexisme, la xénophobie, soit toutes les formes de racisme tandis que vénalité et poltronnerie font bon ménage (les réticences du fils à livrer Carlin l'esclave capturé, car il le sait innocent et beaucoup plus "cultivé" que tous les personnages rencontrés) resteront des vœux "pieux". La séquence d'émasculation illustre le triomphe de la barbarie dont la cause est à chercher dans un racisme primaire, une vengeance primitve!  Au XIX° le "gitan" c'est le "corbeau" (à cause de son teint), un sous-homme juste bon à être exploité par les potentats certes mais aussi par la population locale....  En écho on devine la dénonciation satirique du racisme dont sont victimes aujourd'hui les "Roms"!

Aphorismes, jurons,  images, le père s'exprime avec verve et faconde; un pope haineux  voue aux gémonies  tous les peuples car différents; quant au  mari "trompé",  il  s'inspire de la Bible. Or d'après le générique de fin (qui souligne l'importance de la documentation) le réalisateur n'a pas "inventé" de tels propos essentialistes. Et certains individus, aujourd'hui, s'en gargarisent encore et encore!!

 Comédie loufoque ou fable outrancière, peu importe,  Aferim (qui signifie bravo, en turc) aura  le "mérite" de remonter  aux sources du Mal! 

Aferim: une "leçon d'histoire" plus que salutaire!

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 12:23

De Andreï Kontchalovski (Russie)

Avec Aleksey Tryapitsyn, Irina Ermolova, T. Silich

Lion d'Argent du meilleur réalisateur à Venise 2014

Les nuits blanches du facteur

On se laisse aisément emporter comme hypnotisé aux côtés d'Aleksey Tryapitsyin dit Lyokha (qui joue son propre rôle de facteur) sur les eaux si calmes de ce lac immense, le Kenozero dans la région d'Arkhangelsk. On se sent très vite en empathie avec Timur ce gamin dont Lyokha est comme le père adoptif, avec Brioche qui titube à longueur de journée, Youri, Vitya et surtout Irina la mère de Timur revenue au village, aimée en secret depuis si longtemps...avec tous ces êtres que côtoie le facteur à la fois passeur et médiateur. Personnages que nous surprenons, dans leur intimité, grâce à un montage parallèle, en train d'effectuer les gestes les plus anodins ou scotchés devant le poste de télévision.

Mais ce film dépasse "la simple chronique de gens ordinaires" qui, miséreux attendent du facteur non seulement le paiement de leur retraite mais aussi tous les menus objets nécessaires à leur survie. Dans cette région de la Russie, les nuits "blanches" une partie de l'année réveillent des fantômes -quand Lyokha est filmé allongé sur son lit, une lumière blanche qui contraste avec le gris d'un énorme chat, nous met en éveil... rêve ou réalité? la frontière est bien poreuse!! Et quand dans la barque, le facteur raconte à Timur l'histoire de la sorcière Kimora, qui sévit dans les abymes lacustres, alors que résonne le requiem de Verdi, la "chronique" confine au "surnaturel": le lac, lieu de passage entre deux mondes, serait aussi le réceptacle des peurs, des fantasmes, millénaires à l'instar de sa mythologie. La "chronique" peut tout uniment inviter à la contemplation: photos du générique commentées par Lyokha, pan de mur vert, motifs fleuris de la taie d'oreiller, du papier peint mais surtout  présence d'un arbre qui inévitablement évoque Tarkovski !

Une petite incursion dans le monde urbain (Lyokha avait décidé de quitter le village...suite à deux fâcheux contretemps) oppose -avec complaisance- les déboires de ce monde mécanisé (exiguïté du logement, proximité assourdissante du train) aux bienfaits d'une Russie "immémoriale", celle des bords du lac Kenozero

Les paysages sont sans conteste magnifiques mais la façon de les capter flirte parfois avec le chromo. Plus subtilement filmés, les intérieurs des maisons en bois au mobilier si rudimentaire-avec effet de fish-eyes ou cadrages qui renvoient à des peintures aux couleurs chaudes ou froides!

On l'aura compris ce film est un hymne à une Russie rurale, immuable

Pourquoi malgré les retraites confortables et les magasins bien achalandés, on est victime du stress"  ? s'interroge l'un des protagonistes ....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

La bande annonce du film était prometteuse mais l'ennui gagne car le scenario est mince.

De plus il n'y a pas d'humour et ça manque, on aurait pu imaginer quelques scènes drôles comme les Russes savent le faire, ce qui aurait donné de l'épaisseur à cette langueur triste qui ressemble à du déjà vu.

Serge Diaz 6/08

La ténuité d'une intrigue (ou la minceur d'un scénario) n'induit pas forcément "ennui ";

tout repose sur la "façon de filmer" ....

Colette

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 06:21

Premier long métrage de Jairo Boisier (Chili)

Avec Paola Lattus, Cataline Saavedra, José Soza, D Antivillo

Le retour de Fabiola

Caméra fixe, plans séquences, absence de musique, parcimonie des dialogues, teintes souvent froides, hivernales, tels sont les choix du réalisateur chilien pour illustrer un problème à la portée universelle "peut-on retourner à ses origines, revenir aux sources, quand un passé largement décrié vous colle à la peau?" Fabiola, 30 ans,  est de "retour" de Santiago où elle jouait dans des films X (nous n'en saurons pas plus, c'est le parti pris de Jairo Boisier et nous lui en saurons gré). Seule, descendant du bus avec sa valise à roulettes (lieu de l'enfouissement?) -c'est la séquence d'ouverture-, elle "revient" dans sa ville natale. Mais elle va devoir "affronter" à la fois son père et sa soeur (voilà pour le microcosme familial) et tous les "autres" (Moises le patron de la déchetterie pour qui demander des "faveurs" est tout à fait légitime, son fils Tarentule qui se branle en visionnant les films pornos dans lesquels elle a joué, l'amie de jadis avide d'histoires croustillantes, etc.). Gestes de tendresse à peine esquissés (relation au père), démentis et discours de justification censés l'exonérer; dur dur d'imposer une autre image de soi !!!

L'actrice Paola Lattus est de tous les plans, de tous les tableaux. Grâce à la variété des cadrages et des lumières, à la diversité des attitudes et des positions  le spectateur l’accompagne plutôt qu’il ne regarde à travers ses yeux;  (comme une forme de distanciation qui romprait avec la subjectivité psychologique du personnage). Personnage central certes; mais le village des origines n'est-il pas lui aussi un personnage à part entière? avec ses tensions internes, avec ses non-dits, etc.?

Un drame, étouffant au début, -heureusement empreint d'humour- et qui ira se déliant jusqu'à la scène finale

Cela étant, il n'est pas exclu que ce film soit pour certains fort ennuyeux!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 19:53

De Alberto Rodriguez

Avec Raul Arevalo, Javier Gutteriez, A de la Torre

Récompensé par 10 Goya (équivalent de nos César)

La isla minima

Voici un polar dont la maîtrise formelle est indéniable et qui, tout en empruntant les codes spécifiques du genre, véhicule (en filigrane ou de façon plus patente) une réflexion politique. La présence de deux flics "que tout oppose" (dit le résumé) n'est pas traitée de façon manichéenne. Certes Juan le plus âgé a fait partie de la milice franquiste, et Pedro a été formé aux "valeurs de la nouvelle démocratie" (la fameuse période de "transition", nous sommes en 1980); mais leurs portraits sont plus subtils car plus nuancés. Et le fait de "pactiser" pour lutter ensemble contre le crime, ne revient-il pas à poser la question "le compromis serait-il la solution?" le réalisateur semble en douter...

Dès le prologue, les vues aériennes sur la vallée du Guadalquivir avec ses méandres, son labyrinthe végétal en forme de circonvolutions, permettent à Alberto Rodriguez d'établir des analogies entre tissu géographique et complexité humaine. Dans cette région de l'Andalousie, encore imprégnée de l'image de Franco (voir à un moment, de gros plans sur des slogans pro franquistes..) sévissent corruption et collusion avec les autorités locales (qui se soucient plus des manifestations de grévistes que des trafics en tout genre; le pouvoir des propriétaires terriens triomphe toujours...). Le monstre du passé est là, tapi sous la fange... L'omerta est de rigueur (la tenancière du pavillon de chasse n'a-t-elle pas été payée pour se taire?). Dans cette région de marécages où l'on se perd, non seulement l'enquête sur les meurtres de jeunes filles risque de s'enliser (malgré le rythme étourdissant des rebondissements) mais on risque aussi d'y "perdre son âme"...Une "voyante" qui écaille, évide des poissons saura le rappeler. Le vol d'oies sauvages, la matérialisation en rouge vif de cauchemars, transportent le polar aux confins de l'irréel, du fantastique!

Des séquences à valeur d'anthologie: course poursuite le long des canaux dans la poussière qui aveugle, course dans la boue sous une pluie torrentielle, une musique signée  Julio de la Rosa qui de bout en bout envoûte, sans être purement illustrative; tout dans ce polar est fascinant!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Inutile de comparer ce film avec la série "true detective" Pure coïncidence"J’étais en montage quand ils ont commencé à diffu­ser, je ne connais­sais donc pas cette série" avoue le réalisateur....  

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 17:32

De Peter Greenaway

Avec Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata, Lisa Owen, Stelio Savante, Rasmus Slätis, Jakob Öhrman

Que viva Eisenstein

D'emblée on est subjugué par la luxuriance baroque, l'exubérance souvent loufoque du film de Peter Greenaway où se côtoient fiction et documentaire (images d'archives, extraits de films, portraits en médaillon de tous les "acteurs" que le cinéaste russe avait été amené à croiser); le tout sur un rythme échevelé et la musique de Prokofiev (entre autres)

Guanajuato, Mexique, 1931,  Eisenstein doit tourner "que Viva Mexico" mais … la découverte de l'amour avec son guide Palomino Cañedo, aura bien vite raison de toutes ses convictions; (à noter ici que la séquence de sodomie s'étire en spasmes de plaisir délirant sur un lit immense au milieu d'une immense pièce, d'un étrange hôtel et où tout semble démultiplié par les reflets). Une extraordinaire expérience initiatique amoureuse qui durera dix jours!

 Et la façon de filmer va épouser le rythme endiablé: superpositions et fondus enchaînés, passage du noir à la couleur, images fractionnées, écrans divisés en split-screen, mouvements de caméra circulaires (qui parfois donnent le tournis); gros plans sur les corps nus, le ruissellement de l'eau, le vomi ou très gros plans sur les mouches (images récurrentes au début et à la fin). Aux scènes d'amour vont succéder des scènes macabres (telles les danses de la Mort interprétées par les deux acteurs affublés de masques ou virevoltant avec des squelettes) car "Eros et Thanatos sont dans un bateau, et aucun ne tombe à l'eau"

L'acteur finlandais Elmer Bäck est admirable de "justesse" dans ce rôle pour le moins délirant!

Bref, un film à ne pas rater!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:05

film franco-turc de Deniz Ganze Ergüven

avec Elit Iscan, Erol Afsin, Tugba Sunguroglu, Gunes Sensoy, Ilayda Akdogan, Doga Doguslu

présenté à la Quinzaine des réalisateurs Cannes 2015

Mustang

C'est le genre de film qui ne peut que plaire -même si la thématique n'est pas originale, à savoir le statut des femmes muselées dans une société patriarcale traditionaliste en l'occurrence la Turquie -, tant la fougue juvénile irradiante de beauté, vous emporte et vous habite! Le titre d'ailleurs n'est pas anodin; il renvoie à ce cheval d'Amérique du Nord vivant à l'état sauvage capturé pour le rodéo. Ainsi deux forces en présence: d'une part la belle impulsivité d'autre part la "tragique" domestication

La scène d'ouverture en bord de mer avec ses panoramiques où se confondent le bleu céruléen du ciel et le bleu roi de l'eau, ses mouvements de caméra qui captent les ébats ludiques des jeunes filles et jeunes garçons dans les vagues, sa bande-son (les rires, les cris), est placée sous le signe de la joie de vivre, de la liberté.... Mais à partir du moment où ces jeux seront interprétés comme les signes indéniables de "débauche" (attouchements libidineux, rien que ça!! honte à la famille!!) le sort des cinq sœurs sera (définitivement?) scellé. Séquestrées, contraintes de substituer à l'enseignement de l'école, ceux de la couture et de la cuisine, esclaves d'un oncle tyrannique (une scène d'inceste est pudiquement suggérée hors champ), soumises aux diktats de la grand-mère (apparemment plus humaine mais corsetée dans son respect irrépressible de la tradition), elles sont victimes tour à tour du "mariage forcé", et ce, malgré leur farouche rébellion...Certains cadrages les montrent comme appartenant à un seul et unique organisme vivant (un cheval fou!), organisme qui se crevasse, se délite avec les départs forcés des trois jeunes "mariées"

Le point de vue adopté dans ce film est celui de la petite dernière, Lale (commentaires en voix off) et son comportement subversif d'insurgée  sera au final récompensé!!.( elle est aidée dans son "émancipation" par Yasin – le livreur en camionnette- et l'institutrice).

Un premier film à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

Un premier film, donc, à ne pas rater pour tout ce qu'en dit Colette mais qui aurait eu encore plus de force sans la fin un peu laborieuse ( les barricades dans la maison ) et surtout son happy end.

M Elkaim 12/07

D'accord pour l'essentiel avec ce qui précède

Cependant un aspect semble occulté: l'humour -situations propos etc.-. Il permet (mais c'est un point de vue) à la réalisatrice de ne pas trop noircir ou du moins de tempérer un état des lieux assez cruel, inhumain

MHL 13/07

Très bon film .Les habiles, gracieux, mouvements de caméra sur ces beaux corps adolescentes, sans insistance, toujours en mouvement avec les cheveux qui ondulent si bien qu'ils sont un langage et complètent les dialogues. Pour répondre à Marcel Elkaim : l'excellente fin lest justement habilement pédagogique bien qu'elle laisse le champ libre à toutes les interprétations, mais c'est bien par l'éducation qu'incarne la prof bien aimée, femme vivant à la capitale de plus, que viendra la sortie de cet enfer où vivent les jeunes filles dans ces régions arriérées. Pour répondre à MHL : La révolte des deux dernières adolescentes donne au film sa note optimiste, elle montre que leur libération ne s'obtiendra que par leur lutte.La situation est objectivement noire, c'est grâce à sa forme que ce film très réaliste nous aide à respirer et ça fait du bien.

Serge Diaz 16/07

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 14:21

De Matteo Garrone

Avec Salma Hayek, Vincent Cassel, John C. Reilly, Toby Jone

Présenté à Cannes 2015

 

"Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile"

Tale of Tales

Adapté du Conte des contes, (soit cinq volumes écrits par Giambattista Basile au début du XVII° siècle) , le film de Matteo Garrone nous transporte dans un univers assez foutraque. Le réalisateur de Gomorra (2008) a délaissé la réalité (en l'occurrence la mafia napolitaine) pour un certain fantastique qui mêle habilement fantasme et réalité.

Des décors somptueux de magnificence, des êtres mus par des désirs "monstrueux", un rythme diabolique, ce qui n'exclut pas la satire du pouvoir!

Mais pourquoi avoir choisi un casting international et une langue étrangère (l'anglais!) ??

Qu'on me le dise

J'attends vos réponses ...

Elisabeth

 

Merci de nous avoir prévenu ! Effectivement : un film italien en anglais, ça coupe l'envie d'y aller. Mais le casting international tend vers ça, la crise du cinéma italien, l'exigence de la production qui veut exporter son film, (un acteur français connu aux USA) bref des raisons de rentabilité et l'adaptation pour un large public pousse à ce blasphème...mais c'est peut-être un mauvais calcul de la part de la production. Bientôt nous aurons Mozart avec de l'électro à la place des violons...aîe aîe nous sommes mal barrés dans ce monde qui nivelle par le bas pour ratisser large.

Serge Diaz 10/07

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 07:05

De Paolo et Vittorio Taviani (2014)

Avec Riccardo Scarmacio, Kim Rossi Stuart, ....

Contes italiens

Le titre original "Maraviglioso Boccaccio" (= merveilleux Boccace)  nous informe d'emblée sur les intentions des frères Taviani: rendre hommage au "père de la prose italienne". À la limite, il serait plus question de forme " l'art de conter" que de fond. Il serait donc vain de comparer "contes italiens" (il y en aura cinq) -certes librement inspirés du Décaméron- avec l'oeuvrre de Pasolini puisque les frères octogénaires ont opté pour un parti pris inverse: chez eux ni bouffonnerie, ni "grotesque", ni anticléricalisme forcené, un opus non irrévérencieux; car même dans le traitement de la "fornication" -ah cette abbesse prêchant l'abstinence, elle-même prise en flagrant délit de péché ...- la scène n'a rien de libertin et ne provoque qu'un léger sourire. Et que dire de la farce où un attardé mental se convainc d'être invisible? Kim Rossi Stuart en fait trop et l'effet attendu tombe à faux! Car il faut bien l'avouer tout est bien lisse, bien académique dans ce film.  À commencer par ces jeunes personnes (3  hommes et 7  jeunes filles) qui, rescapés de la peste qui ravage Florence, installés dans une demeure en Toscane, récitent chaque jour un "conte" Ils évoluent dans une nature qui semble inviolée; mais dans les intermèdes (scène de fabrication du pain, course vers un point d'eau, babillages, attouchements, etc..) ils semblent assez "gauches" dans leur déambulation, même si leur beauté qui épouse le paysage toscan, renvoie à des peintures préraphaélites!  (plus évidentes que celles du Quattrocento!)

La scène d'ouverture en revanche frappe à la fois par son réalisme, son rythme et sa composition musicale: nous sommes à Florence: un homme va se jeter du haut d'une tour, un chariot transporte les morts vers les charniers, la foule s'attroupe et/ou recule; gros plan sur des bubons pestilentiels (mais la pestiférée sera sauvée par l'amour et c'est le thème d'un conte...bientôt récité par la ressuscitée elle-même qui a rejoint le groupe des rescapés...)

Ainsi cette ouverture dit simultanément l'urgence d'aimer (face aux pires catastrophes et à la mort) et l'urgence de le conter (en des récits exemplaires ou métaphoriques)!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:35

De Guillaume Nicloux

Avec Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, Dan Warner

Film présenté à Cannes (Compétition Officielle)

Valley of Love

Parce que les deux acteurs sont des "monstres" du cinéma, parce qu'ils sont "bankable", le film écoeurant de grossière niaiserie risque de donner une bien piètre image du cinéma français!

Film lourdingue comme l'est Depardieu qui, dégoulinant de sueur, peine à marcher, qui, étalant son énorme ventre, en vient à cacher parfois le décor de la Vallée de la Mort. Et le contraste avec la frêle Isabelle Huppert n'en est que plus ridicule!

L'itinéraire de ce couple, (séparé depuis quelques années, convoqué par Michael leur fils suicidé qui doit leur apparaître tel jour à tel endroit dans la Vallée de la Mort) est balisé de "signaux" aussi artificiels qu'improbables (un chien esseulé dans le désert, les stigmates -marques sur les chevilles de la mère et au final sur les mains du père- tête de chien borgne baignant dans son sang dans les toilettes, apparition d'un "fantôme" dans les jardins du Motel, etc.) même si le spectateur a l'intime conviction qu'il s'agit de fantasmes hallucinatoires. Les effets d'échos ou de parallélismes (d'abord Isabelle Huppert vue de dos, puis vers la fin Depardieu), le procédé de l'alternance ou du montage parallèle, avant la rencontre des deux "parents", les plans sur les deux acteurs de face ou de dos, sont éculés et ici trop appuyés. Et ce ne sont pas quelques réparties "j'ai les pieds comme des rumstecks", "où veux-tu que je trouve du poivre ici", etc. dites avec un semblant de "sérieux" qui vont racheter la fadeur d'un scénario où manifestement le réalisateur maquille l'inconsistance de son propos par des panoramiques sur la Vallée de la Mort

Bien sûr on pourra toujours alléguer que le rendez-vous prévu par le fils  est à la fois un rendez-vous avec eux-mêmes avec leurs propres fantômes leurs angoisses (donc interpréter le tout comme un voyage initiatique), que la Vallée de la Mort peut se métamorphoser en Vallée de l'Amour, que Guillaume Nicloux tente d'opposer "vision et croyance", que son film résonne d'indices  biographiques (Gérard Depardieu et son propre fils, Gérard et Isabelle à nouveau partenaires depuis le film de Pialat), et que... et que...

Rien n'y fait!

 

Hormis la musique de Charles Ives!

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 16:28

Documentaire réalisé par Denis Robert et Nina Robert

 

Pour rendre hommage à l'iconoclaste, le fondateur d'Hara Kiri en 1960 (hebdomadaire bête et méchant), au pourfendeur des "culs bénits", héraut de la liberté d'expression, mais aussi à l'écrivain, Denis Robert a réalisé un documentaire (au sous-titre évocateur "jusqu'à l'ultime seconde j'écrirai) où se croisent interviews, images d'archives et témoignages (Siné, Willem, Delfeil de Ton et Sylvie Caster.). Un documentaire qu'il a dû financer avec prêt participatif -aucune chaîne n'ayant consenti à l'aider financièrement!

Ironie de l'histoire: son travail commencé bien avant 2014, vient percuter sur le roc de l'immanence: la mort de Cavanna en janvier 2014 et un an après, sur l'atroce fêlure de l'Histoire: les événements tragiques de janvier 2015 (le rendez-vous prévu avec Wolinski ne put avoir lieu...). Il s'en trouve illuminé d'autres feux!

Cavanna

Cela étant, alors que dans sa déclaration d'intention Denis Robert affirme "ne pas faire oeuvre hagiographique", le choix au montage de prendre comme fil directeur les extraits d'oraisons funèbres de témoins et amis (Charb, Laclavetine, pour ne citer qu'eux) lors des funérailles de Cavanna, verse malgré tout dans la litanie spécifique de l'hagiographie. Donner à voir des paragraphes calligraphiés en exergue aux chapitres consacrés à l'oeuvre de Cavanna (Les Ritals, Les Russkoffs, Lune de miel, etc.) tourne au procédé "facile". Le recours aux très gros plans (visage de Cavanna répondant aux questions de Denis Robert, lequel reste la plupart du temps hors champ) est assez plombant (et ce, malgré une beauté inaltérée par l'âge et la maladie!). Parfois même alors que le spectateur entend en off certaines voix amies, son attention est perturbée par un défilement rapide d'images qui donnent l'impression d'une accumulation à peine maîtrisée

 

On l'aura compris: un sujet très porteur mais une mise en forme décevante

Résonne malgré tout la vibration du Vivant par-delà la Mort!

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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