28 mars 2025 5 28 /03 /mars /2025 06:38

 De Kazuya Shiraishi (Japon 2024)

 

avec Jun Kunimura, Takumi Saitoh, Tsuyoshi Kusanagi, Kaya Kiyohara, Masachika Ichimura,  Kioko Koisumi

Ancien samouraï, Yanagida mène une vie modeste avec sa fille à Edo et dédie ses journées au jeu de go avec une dignité qui force le respect. Quand son honneur est bafoué par des accusations calomnieuses, il décide d’utiliser ses talents de stratège pour mener combat et obtenir réparation...

Le joueur de go

Le Joueur de go, ou la guerre psychologique sur damier noir et blanc ?


Le joueur de go c’est Yanagida, (Tsuyoshi Kusanagi) samouraï déchu -suite à une fausse accusation de vol- joueur au visage impénétrable, joueur aussi redoutable avec ses "coups tranchants et inattendus"  qu’il le fut sans doute avec son sabre, forçant admiration et envie de la part des regardeurs ou des adversaires…Mais comme il aura gardé intact au profond le  code de l’honneur , gare à celui qui l’enfreint !!!, les " coups tranchants" Yanagida les portera sur  l’infâme. Et c’est précisément la dynamique de ce film qui débute par la quiétude (apparente placidité) se prolonge par la colère la soif inextinguible de vengeance et s’accomplit en acmé dans une forme d’ataraxie 

 

Rivalités et malentendus, trahisons et faux semblants (-et l’apparente linéarité du récit se double de flashback sans autre raccord que la "parole du récitant" qui révèle à Yanagida par exemple tout un pan de son passé, le "suicide" de sa femme, les accusations non fondées) quand se mettent en place la  "quête de vengeance"   (honneur bafoué)-  et le respect coûte que coûte de la parole donnée (argent retrouvé, décapitation acceptée), c’est bien la marque du virilisme du machisme qui perdure chez certains samouraïs (Yanagida va jusqu’à  "donner en gage"  sa propre fille  auprès de la tenancière d’une maison close, Okou (Kioko Koisumi)


Or la bande-son qui accompagnait le geste du joueur de go - transformait déjà la position de la pierre en « assaut quasi militaire »


On appréciera la beauté plastique de ce film, souvent proche de l’épure - et simultanément cette impression d’un ralenti poétique envoûtant !! même les parties de go pour un non initié ont le charme languide de l’attente

Costumes, coiffes, chaussures d'époque (début de l'ère Meïji?), les gros plans et leur fonction dramatique, les zooms qui isolent ou au contraire enserrent: la reconstitution ne peut que séduire  Le cinéaste  accorde  une attention particulière aux ambiances (dans une salle dédiée au jeu de go,  en tête à tête chez Yorozuya (Jun Kunimura ) et son luxueux plateau , dans l’intimité du modeste chez soi que Yanagida -devenu graveur de sceaux-, partage avec sa fille Okinu (Kaya Kiyohara) les intérieurs sont traités tels des décors de théâtre aux lumières feutrées, parfois même telles des estampes « vivantes » comme si le cinéaste était aussi calligraphe.

Et ce, même quand un très gros plan met en évidence le doigt qui avance le pion (pierre) le pose sur le goban, le plateau quadrillé …

Et ce, même quand le luxueux plateau volera en éclats, éclats qu’un léger ralenti transforme en message « calligraphié »… Celui où les antagonismes apparents et bien réels (ceux des pierres, inhérents au jeu, ceux des humains adversaires ou ennemis) sont comme dépassés par une forme de transcendance (d’ordre métaphysiqu) -ce qui n’exclut nullement les dénonciations criantes d’ordre politique et social (dont le machisme forcené d’un autre âge( ?)

 


Un film à voir ! 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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27 mars 2025 4 27 /03 /mars /2025 11:50

de Halfdan Ullmann Tønde   (Norvège 2024)

 

avec Renate Reinsve(Elisabeth la mère d’Armand)  Ellen Dorrit Petrerson et Endre Hellestveit (les parents de Jon)  Thea Lambrechts Vaulen (l’enseignante) Oystein Roger (le directeur)

 

Caméra d'Or Festival de Cannes 2024

Lorsqu'un incident se produit à l'école, les parents des jeunes Armand et Jon sont convoqués par la direction,. Mais que s'est-il réellement passé? Les récits s'opposent, les points de vue s'affrontent..., jusqu'à faire trembler les certitudes des adultes.

La convocation

Passer par la case  "école" pour mieux stigmatiser les travers d’une société, le cinéma dit d’auteur s’y est employé avec plus ou moins de panache. Avec La convocation le réalisateur Halfdan Ullmann Tønde  (petit-fils d’Ingmar Bergman et Liv Ullmann) soigne particulièrement mise en scène, rythme, effets ; son huis clos -avec clins d’œil à Persona ou encore A travers le miroir et  Le silence n’en sera que plus suffocant.

Un film trop formaliste ??
 

Il est encadré par deux scènes d’extérieur : voici une voiture qui roule à toute allure (la carrosserie envahit l’espace tel un bolide) au volant Elisabeth qui se rend pour la…convocation à l’école où son fils Armand serait accusé de ... La même voiture au final, mais un personnage rasséréné…une conduite apaisée (comme le sera le tout dernier plan dans la quiétude de la nuit et des draps protecteurs). Entre les deux le huis clos où s’affrontent  des personnages et ce qu’ils représentent ;  la vérité et le pouvoir de la parole ! (les problèmes de harcèlement scolaire -en ses causes et ses conséquences- liés aux excès de langage qui les vident de leur sens ce dont témoigne le trio administratif ou ce qu’illustrent les saignements de nez à répétition ; telle est bien la thématique du début jusqu’au basculement qu’opère la séquence du fou rire et avant le final -un déluge qui emplit l’espace jusqu’à « noyer » le tout ……)  

La sonnette d’alarme n’était-elle pas d’emblée détraquée ? 


Des couloirs (et l’on pense inévitablement à Shining ou au Silence ) des escaliers des profondeurs de champ,  des murs ornés de portraits -murs au pouvoir mémoriel !- un tableau mi figuratif mi abstrait (à l’œil scrutateur), un numéro de fou rire (trop insistant ?) une danse allégorique (cauchemar revisité d’une société malade de ses mensonges autant que de sa pudibonderie) tout cela est bien –(trop peut-être?) ciselé ..jusqu’à transfigurer l’espace de l’établissement scolaire en un univers mental. Et l’actrice Renate Reinsve -que nous avions déjà vue dans Julie( en 12 chapitres) de Joachim Trier rayonnante de talent et de charisme y contribue amplement!


La découverte progressive des événements et du passé des protagonistes (c’est un procédé narratif éculé mais efficace) ainsi que la mise en place d’une communication non violente (c’est une tendance idéologique et sociétale) n’échappent pas -outre les rebondissements - à une multitude de détails souvent redondants (cf les très gros plans sur les visages, les mains que l’on asperge d’eau dans les toilettes, sur un aspect de la parure de la chevelure). De même les fondus enchaînés du début au service de la dualité sinon du « double » pèchent par leur surabondance


S’interrogeant plus sur les névroses jalousies et mensonges des « géniteurs » que sur les « mensonges » de leur « progéniture » (comme le laissait entendre le titre originel Armand) ce suspense psychologique- vaut malgré tout, le déplacement…

 

Colette Lallement-Duchoze

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25 mars 2025 2 25 /03 /mars /2025 07:43

Documentaire réalisé par  Thierry Frémaux (2024)

Thierry Frémaux, après avoir réalisé un premier documentaire sur les frères Lumière intitulé 'Lumière, l'aventure commence', propose ici un second, rempli de courts-métrages inédits (environ 120 de  50 secondes chacun) et entièrement rénovés.

Lumière, l'aventure continue !

Le cinéma domina le XXe siècle : que deviendront les films, les salles et les spectateurs de son deuxième centenaire ? En célébrer la mémoire, c’est prendre soin de lui. Veiller à son avenir, c’est prendre soin de nous-mêmes. » Thierry Frémaux 
 

« Avec des films de Lumière voici UN film de Lumière »

 

D’emblée le spectateur est informé à la fois sur le sujet -compilation de 120 mini-films, les fameuses "vues photographiques animées" sur les 1 500 environ réalisées par Louis, Auguste Lumière et leurs équipes- ainsi que  sur l’accompagnement sonore (Fauré, un contemporain des « frères Lumière ») 
 

Un film chapitré en 10 thématiques, commenté -voix off- par Thierry Frémaux lui-même. Las ! la raucité de sa voix le ton monocorde souvent hormis quand il se permet quelque facétie et surtout une tendance fâcheuse à « pontifier » - ou à proférer des  "tautologies" (ça c’est le cinéma) seront perçu.es par certains spectateurs -dont je suis -comme de « lourds handicaps » auxquels il convient d’ajouter le « rendu sonore » souvent crispant de la bande-son  (problème d’acoustique ?)


Nous connaissons tous bien sûr La Sortie de l'usine Lumière à Lyon. (et pourtant il en existerait plusieurs versions que le montage en split screen permet de comparer et cette comparaison telle une mise en perspective est un document précieux sur la France qui travaille en 1895). De même s’il « reprend » certaines « vues photographiques animées » (en affirmant avec cette insistance bien inutile « nous voici de nouveau en présence de ».) c’est pour mieux les contextualiser ou insister sur un aspect (avec humour parfois) 
 

La diversité des thématiques (famille Lumière, monde du travail, militaires, paysans, ouvriers, enfants, paysages)  et des lieux (rappelons que les techniciens Lumière ont arpenté plusieurs continents -de New York à Alger en passant par le Japon)-, preuve d’une appétence à TOUT filmer,  est commentée avec une admiration sans borne, la  "composition"  d’un plan quant à elle, l'est avec l’enthousiasme propre au cinéphile qu’est Thierry Frémaux (délégué général du Festival de Cannes et directeur de l’Institut Lumière de Lyon) 
 

L’hommage qu’il rend aux inventeurs du cinématographe, se double d’une certitude (incluse d’ailleurs dans le titre du film documentaire « l’aventure continue » outre sa référence - ou continuum- au précédent documentaire Lumière : l’aventure commence) à savoir que les bases du cinéma moderne sont déjà -ô confondante évidence !-, dans l'œuvre des industries Lumière : "Lumière et ses opérateurs se posent des questions de mise en scène, celles de milliers de réalisateurs qui viendront après eux : le rôle de la caméra, la force d'un sujet, l'idée d'un mouvement" .Thierry Fremaux affirme ainsi – et sa conviction est empreinte de sensibilité et non de didactisme - qu’il y a déjà Ozu dans cette façon de filmer une famille japonaise, Godard (qu’il cite souvent d’ailleurs) Chantal Akerman Agnès Varda ou du western américain dans telle ou telle "vue  photographique animée"

Lumière non seulement célèbre inventeur mais premier cinéaste MODERNE

Lumière ou l’invention d’un « langage » cinématographique
 

 

A voir c’est une évidence -malgré les bémols énoncés ci-dessus…

Comme le signalent plusieurs synopsis "ce film offre le spectacle intact du monde au début du siècle dernier et un voyage stimulant aux origines du cinéma"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 mars 2025 5 21 /03 /mars /2025 14:12

De Constance Tsang  (USA 2024; langues  mandarin et anglais )

 

avec  Lee Kang-sheng (Cheung), Wu Ke-Xi,(Amy)  Haipeng Xu (Didi) Min Han Hsieh (Josie)

 

 

FESTIVAL DE CANNES, Prix French Touch de la Semaine de la Critique - 2024

Une perte soudaine cimente une relation inattendue entre deux migrants de la communauté chinoise du Queens. Loin de chez eux et travaillant sans relâche pour subvenir à leurs besoins, ils font leur deuil ensemble dans l'espoir de trouver une famille.

Blue sun palace

Nous sommes dans le quartier chinois de Flushing, dans le Queens à New York. Didi (Haipeng Xu) et Amy (Wu Ke-xi) travaillent dans un salon de massage. Lieu de travail,  espace vital légèrement en sous sol, il abrite aussi les amours clandestines de Didi et son amant Cheung (un autre exilé ...dont la femme légitime est restée au pays).

Le film s’ouvre d’ailleurs sur un long plan séquence où les deux « amants » attablés, filmés à hauteur de visage savourent poulet pimenté et promesses d’un futur " heureux" . En écho mais traité différemment,  voici le même Cheung avec Amy, dans le même restaurant, proférant les mêmes (?) promesses ...…

C’est qu’entre les deux « séquences » le film a basculé; à la 30ème minute en effet apparaît le générique (soit juste après la « disparition » de Didi lors du nouvel an lunaire, une tragédie inspirée par la vague de haine à l’encontre de la diaspora chinoise aux USA pendant la Covid)

Générique annonciateur d’une rupture et d’un continuum tout à la fois? L’exil la clandestinité le mal-être des déracinés comme  "continuum" certes mais l’apparent  "naturalisme" » du début se mue en une « fiction » plus douloureuse plus cruelle, sur l’impossible ( ?) deuil ; la sororité (et ses éclats de rires et de lumière) la complicité dans la précarité a cédé la place à un chagrin torturant (Cheung et Amy « pleurent » l’être cher disparu ; revisitent les lieux hantés par sa présence. Peut-on se  "reconstruire"  en "survivant" à l’absence de l’autre ?


Et la façon de filmer l’exigüité des lieux , de mettre en valeur les voilages, de créer une ambiance vaporeuse aux couleurs plus ou moins délavées, est bien au service de ce  douloureux déracinement  (les Chinois ne sont pas à l’abri de « meurtres », les Chinoises des abus de mâles prédateurs ) que renforcent les plans prolongés sur les visages les très gros plans sur les perles de sueur.

 

Optant ainsi pour des plans larges (dans la durée) la réalisatrice sino-américaine rend palpable un enfermement (tant spatial que psychologique) à un point tel que les  "échappées" dans la ville de New York seront quasi inexistantes (hormis les deux départs en synchro) Et le plan final c’est celui du visage de Cheung qui envahit tout l’écran…(ne pas spoiler)

 

Un film à voir c’est une évidence ! tant l’émotion y est contenue, la mélancolie feutrée et l’interprétation exceptionnelle,  toute en nuances…

Ce qui n’exclut pas des longueurs …( diront certains spectateurs !)

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 mars 2025 2 18 /03 /mars /2025 16:52

 Film documentaire réalisé par Sandra Gugliotta (2023 Argentine France)

 

Présenté en avant-première dans le cadre du festival A l'Est  à l'Omnia  le 16 mars 2025

A l'été 2019, le procès contre France Télécom et trois de ses dirigeants pour harcèlement moral s'ouvre à Paris. Le film suit le déroulement, jour après jour, du point de vue des victimes offrant un portrait émotionnel de la nature dévastatrice du capitalisme et une réflexion sur les limites et les possibilités du système juridique comme outil de lutte

El proceso El caso France Telecom

Une politique managériale lancée en 2006, visant à faire partir 20 % des effectifs en trois ans « Par la fenêtre ou par la porte » Tel s’incarnait ce capitalisme éhonté qui accula au suicide des salarié·es (par immolation défenestration entre autres). Certains ont survécu à leur tentative (la mort n’a pas voulu de moi dit et répète Béatrice Pannier ; c’est grâce à ma femme si  je suis ici témoigne Yves Minguy tous deux invités pour l’avant-première du film dans le cadre du festival à l’Est, en présence de la réalisatrice Sandra Gugliotta ) Rappelons que le plan NExT avait pour objectif  de dégrader les conditions de travail, afin de pousser psychologiquement une partie des employés au départ volontaire, réduisant ainsi les indemnités à payer 

 

Voici une succession de plans fixes aux cadrages maîtrisés avec incrustation (lieux et identité) une succession telle une contextualisation géographique (Guyancourt Caen Mérignac entre autres) -l’habitat lieu de vie, perçu de l’extérieur dans sa diversité, et même si la caméra est « objective » son œil éclairant « dit » ». C’est le prologue. Le spectateur est ainsi familiarisé avec ce qui est un « quotidien » hors les murs de l’entreprise. Une entreprise mortifère . Puis il sera comme immergé dans une "intimité" : il franchit les « murs », la caméra l’invitant par exemple à s’asseoir aux côtés de ce couple sur un canapé.

 

Les témoignages sont vibrants d’émotion (paroles de ceux qui ont « survécu » , paroles des membres de la famille de ceux qui ont "disparu") Jamais filmées en frontal (comme  dans les documentaires « traditionnels ») les personnes interviewées  disent avec leurs mots simplement sincèrement leur désarroi, leur volonté d’en finir, leur combat,  le harcèlement institutionnel….

 

Et dans l’immense palais de verre (nouveau Palais de Justice  au cœur des Batignolles (17e). aussi labyrinthique que le palais dédaléen  où Thésée devait affronter le Minotaure  les voici comme perdus… rapetissés. C’est que Sandra Gugliotta  varie les angles de vue -plongée ou contre plongée- ainsi que les échelles – Vastitude de lumière; mais la « supposée transparence » abrite en fait une angoissante opacité - derrière des formules plus ou moins triomphalistes ou dédaigneuses (celles des avocats des prévenus François Esclatine Jean Veil ou encore Maisonneuve, à l’opposé de Maîtres Jean-Paul Teissonnière ou Sylvie Topaloff). Des nuées de micros brandis -cliquetis en furie -(pour telle ou telle station radio ou chaîne de TV),  alors que la caméra de la cinéaste plus bienveillante est plus discrète.

Et quand nous sommes transportés sur l’Ile de la Cité, là encore Sandra Gugliotta en quelques plans fixes (panneau signalétique « Sainte Chapelle », extérieur en enfilade de pierre, salle vide aux anciennes boiseries) semble dessiner en creux l’impossible passerelle entre des univers si opposés. 
Une autre passerelle invisible relierait-elle deux systèmes de justice si éloignés dans la durée ??? ou le vide quasi sidéral de cette salle dit-elle en filigrane l’inefficience de la  justice comme « outil de lutte» ??? Le couperet est tombé... . Sentence dérisoire! 


Oui ce long métrage (aux allures de documentaire) a les qualités de ces œuvres cinématographiques qui emportent l’adhésion du public par leur pouvoir évocateur ou suggestif (ici la fixité des plans contraste  avec l'épouvantable destruction de l'humain-  intégrité  physique et mentale meurtrie broyée)  

A ne pas rater !! 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

 

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14 mars 2025 5 14 /03 /mars /2025 06:52

Film américain britannique et hongrois de Brady Corbet (2024)

 

Avec Adrien Brody, (László Toth) Felicity Jones, (Erzsébet Toth) Guy Pearce (Harrison Van Buren) Joe Alwyn (Harry van Buren), Araine Lebed (Zsófia en 1980), Stacy Martin (Maggie van Buren), Isaac Bankolé (Gordon)

 

 

Prix Mostra de Venise 2024 Lion d’Argent du meilleur réalisateur, 
BAFTA 2025 (meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure musique, meilleure photographie)
Oscars 2025 (meilleur acteur, meilleure musique, meilleure photographie)

 

Fuyant l'Europe des années 40  l'architecte juif hongrois László Toth arrive en Amérique pour y reconstruire sa vie, sa carrière et son couple que la Seconde Guerre mondiale a gravement  mis à mal...

The brutalist

Composé de deux parties, (l’énigme de l’arrivée 1947-1952, la quintessence du beau 1953-1960), suivies d’un épilogue (Biennale d’architecture Venise 1980) et que séparait un entracte de 15’ (une photo fixe alors que défile le compte à rebours, telle une bombe à retardement ?) ce film tourné en Vistavision (procédé de défilement horizontal de la pellicule 35 mm) auréolé de nombreux prix  a suscité un engouement tel que l’égratigner serait frappé de suspicion… Et pourtant !


Certes le plan séquence introductif va encoder partiellement (et magistralement ?) le film Voici une caméra comme collée au dos d’un personnage (on pense au Fils de Saul) qui tente de s’extraire du chaos ambiant, traversant des couloirs aux couleurs sombres, sans profondeur de champ, puis à l’avant du bateau, sur le ponton, il émerge vers la lumière alors que s’impose à son regard la statue de la Liberté …à l’envers… Tout cela accentué par la musique de Daniel Blumberg.

Le prologue ou les prémices d’un cauchemar ? Effondrement du « rêve américain » ? Oui le parcours de cet architecte hongrois (qu’incarne avec maestria Adrien Brody), formé au Bauhaus, rescapé des « camps de la mort » censé se « reconstruire », se doublera d’une « déconstruction » quasi méthodique des Etats Unis triomphants de l’après-guerre. 


Mais autant la première partie qui s’attaque soit frontalement soit de façon biaisée aux traumas de la Shoah (dont l’impuissance sexuelle), aux difficiles conditions de vie et survie de l’immigrant sur le sol américain, aux espoirs d’une reconquête de soi, aux jeux de pouvoir du capitalisme triomphant (incarné tant par le père faussement débonnaire que par le fils trumpien avant l’heure) serait assez convaincante autant la seconde partie verse dans le didactisme « facile » (lequel va culminer dans un épilogue théâtral …discutable)
 

Autant l’alternance entre les séquences au rythme rapide (excavations, chantier aux silhouettes quasi dantesques, conduites à vive allure, défilements comme ininterrompus) et celles plus statiques (dialogues qui opposent ou confrontent des points de vue) crée une forme de tempo, autant le traitement de toutes les scènes consacrées au sexe ou à la toxicomanie pèchent par un excès de lisibilité au premier degré (pour exemple la scène de viol prétendue métaphore des rapports entre l’art et le capitalisme)
 

Un film censé s’attaquer à la « mère des arts » l’architecture, à sa forme avant-gardiste, et qui opte pour une forme de classicisme narratif, loin d’un dispositif -attendu ??- plus conceptuel… ? Quand bien même les génériques imitent une graphie stylisée penchée contrastant avec la verticalité du béton, quand bien même la recherche ingénieuse de la lumière préside aux constructions quasi cyclopéennes de Toth (et d’ailleurs la croix inversée qui orne la chapelle ne serait-elle pas l’écho de la Statue du prologue ?)  Soit l'alliance entre gigantisme  et minimalisme? Pourquoi pas? 
 

Au moins The Brutalist aura-t-il illustré avec plus ou moins de panache (grâce au jeu des trois acteurs Guy Pearce, Adrien Brody, Felicity Jones) à la fois les propos de Le Corbusier l’urbanisme est brutal parce que la vie est brutale et l’affirmation cynique du protestant Harrison Van Buren nous vous tolérons …

 

Colette Lallement-Duchoze
 

The brutalist
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9 mars 2025 7 09 /03 /mars /2025 06:46

Documentaire réalisé par Nada Riyadh & Ayman El Amir (Egypte, Qatar, Arabie Saoudite  2024)

 

Récompense: Œil d’or au  Festival de Cannes  2024 (prix du meilleur documentaire)

Dans un village du sud de l'Égypte, une bande de jeunes filles se rebelle en formant une troupe de théâtre de rue. Rêvant de devenir comédiennes, danseuses et chanteuses, elles défient leurs familles coptes et les habitants de la région avec leurs performances audacieuses. 

Les filles du Nil

Filmée de dos une jeune fille (Majda) traverse un espace « public » (ruelles) largement investi par les hommes -de tous âges- Nous sommes à Deir  El Bersha (village copte à 200 kms au sud du Caire) et nous en saisissons la quintessence de l’intérieur (en écho inversé à la toute fin du film ce village sera filmé de l’extérieur tel un monolithe étagé mais vidé de sa substance vivante sonore …délimitant the brink of dreams ?  titre originel ) 

 

Majda s’apprête à réaliser un spectacle « vivant » (précisément « à l’ombre » de ces cours ruelles maisons) dont les sujets abordés sont essentiellement féministes car ils remettent en cause les diktats du patriarcat : le refus du mariage précoce par exemple


Le film sera traversé par deux forces antagonistes – soumission, imposée par un frère un futur époux les institutions, émancipation grâce à l’art vivant qu’est le théâtre
 

Au premier tableau   "hors les murs"  baigné de lumière et de vie (herbes hautes et folles, eaux du Nil au pouvoir lustral, rires fougueux) répondent tous ceux consacrés au théâtre de rue où les jeunes filles, "actrices" devenues, interpellent le public mi complice mi réprobateur -à propos de thèmes qui fâchent…

Et parallèlement la caméra va capter le "quotidien" de trois d’entre elles qui vont connaître le "statut" d'épouses...(Rappelons que  les réalisateurs filmant sur quatre années, ont suivi les jeunes filles  qui deviennent "femmes").  La scène où le "fiancé"  joue verbalement le futur époux autoritaire, rompant ainsi avec ses promesses, frappe par son ambigüité … celle où une des jeunes filles arrache la télécommande pour  "choisir" son programme ou encore celle où le  "fiancé"  exige que sa  "compagne"  efface du répertoire  tous les numéros de ses amies du théâtre,  illustrent cette forme de subordination…Un père aimant toutefois fait figure d’exception…

 


Question impérieuse cruciale :  hors de l’espace domestique y a-t-il un destin pour la femme ? (dans certains pays??  ou certaines contrées??)
Le théâtre  «miroir de nos sociétés et lieu de débats et de réflexion ? Le théâtre 
ré-enchantement du monde ?

 

Une réponse dans ce documentaire – à ne pas rater-  !!

 

Colette Lallement-Duchoze
 

 

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7 mars 2025 5 07 /03 /mars /2025 09:19

de Guan Hu. (Chine 2024)

 

Avec Zhang Yi, Jing Liang, Eddie Peng, Liya Tong, Jia Zhangke 

 

Festival Cannes 2024 Prix Un Certain Regard

 

 

Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu'il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d'amitié avec l'un d'entre eux. Une rencontre qui va marquer un nouveau départ pour ces deux âmes solitaires.

Black dog

Une séquence d’ouverture à « couper le souffle » D’abord un  long panoramique suivi d’un lent travelling latéral sur un paysage rocailleux à l’ambiance quasi sépulcrale ; puis déboule avec fracas une horde de chiens -sont-ils enragés ?, simultanément une tempête venteuse arrache des lambeaux de végétation, et à cause de ce brouillard  de poussière, un accident : un bus se renverse….
Et ce sera l’entrée en scène du personnage principal Lang, (Eddie Peng) ex-star locale de rock, il sort de prison  Retour à Chixia (aux abords du désert de Gobi)  et promesse d’un futur meilleur ? 

 


Le paysage rappelle ceux des romans « post apocalyptiques » de Volodine (immeubles désertés aux façades comme éventrées, ruines, vestiges dérisoires d’un temps révolu couleur charbonneuse - identique à celle du lévrier malingre qui sera le compagnon de Lang ?

C’est que tout est voué à disparaître, un vaste plan de « refonte urbaine » a fait fuir les habitants, l’espace est désormais occupé par des chiens errants (que la municipalité se doit d’enfermer dans des chenils) et par…une population trop pauvre et  comme bloquée dans son passé … les laissés-pour-compte 


Nous sommes en 2008. A quelques semaines de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Beijing.  On attend aussi une éclipse de soleil « historique » (et les rares animaux -dont un tigre de Mandchourie, famélique- qui survivaient dans le zoo plus ou moins abandonné franchissent les portes ouvertes…). 


D’emblée la charge politique est patente : le cinéaste propose une image de la Chine aux antipodes de celle que les JO devaient imposer à l’imaginaire planétaire  et pour les habitants, les locaux surtout, les promesses d’un mieux être social ne sont que billevesées  Le dilemme auquel Lang est confronté (tuer la bête peut-être enragée et en cela agir comme le gouvernement qui laisse mourir ses citoyens ou au contraire la protéger mais en risquant sa propre vie…) le choix qu'il a opéré,  et son itinéraire (ses virées à moto, sa connivence avec le lévrier le black dog, sa rencontre amoureuse, l’aide qu’il prodigue tel un samaritain à son voisin) tout cela n'illustre-t-il pas  une forme d’indépendance et le refus de la « rentabilité » à tout prix ?

"Marcher la tête haute"  ? Exit son passé  tumultueux,   place désormais aux formes d’affection humaine ou canine désintéressée
Le prix obtenu à Cannes serait-il plus étroitement lié à ce « message » ? qu’à des qualités purement cinématographiques ? La comparaison (inévitable ?) avec le film hongrois White God ne plaiderait pas en sa faveur… Pourquoi ? Illustration sonore trop envahissante, insistance quasi tautologique sur des lieux inhospitaliers, contrastes complaisants avec des récurrences / éparpillements, etc…

 

Toutefois le « désespoir » est largement compensé par la force explosive de l’humour (cf la guerre de territoire à l’urine entre Lang et son chien, ce black dog aussi hilarant parfois que des acteurs comiques professionnels, la séance photo …) et il est comme détrôné par les rires et quelques gestes de cette jeune fille dont la témérité et la conscience aigüe du temps désarment Lang


Un film à voir certes ….malgré tous les malgré…

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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5 mars 2025 3 05 /03 /mars /2025 09:12

Film d'Hélen Doyle (Canada 2024)

 

Présenté dans de nombreux festivals (en France en Grèce au Canada au Kurdistan aux USA, en Italie) ce film a obtenu : 


🏆Prix de l'UNAFORIS, Prix CNAHES - Fonds de dotation Françoise Tétard, Prix de l'URIOPSS Île-de-France
Festival de cinéma de Castel Volturno (Italie) 2024
🏆PRIX DOCUMENTAIRE FCCV pour le meilleur documentaire en compétition
Festival du Film Indépendant de Rome (Italie) 2024
🏆Prix du meilleur documentaire international
 

Présenté à l'Omnia Rouen dimanche 2 mars (dans le cadre du festival de femmes "elles font leur cinéma") en présence de la réalisatrice 

Au terme d'un périple dantesque, des femmes venues du Nigéria arrivent seules et de plus en plus jeunes en Italie en quête d'une vie meilleure. De la traite humaine à l'esclavage sexuel qui les attend, on propose des récits poignants, mais dont la pudeur épargne l'insoutenable.

Au lendemain de l'Odyssée

Une rencontre marquante avec la photographe Letizia Batatglia (décédée en 2022) , une question affolante à propos des migrants de plus en plus jeunes  « mais où sont les filles » et ce sera le point de départ de cette "quête /enquête" (ainsi s’exprimait la cinéaste québécoise Helen Doyle  invitée par l’association  "elles font leur cinéma"  dimanche 2 mars à l’Omnia)

 


Voici des sculptures qui en une longue théorie balisent les eaux du Saint Laurent, voici des barques immergées dans les "abysses", barques où les corps minéralisés de femmes aux yeux mi clos habitent une mémoire collective (musée à Lanzarote) . Voici des gouttes d’eau qui se transforment s’anamorphosent tels des corps flottants. Ces images, très stylisées, reviendront à intervalles réguliers, tels des leitmotive (qui scandent la narration), telle la patience des traces  (symbole), telle une sororité universelle (message) 


Trois témoignages - celui de Stéphanie la plus jeune qui a quitté seule le Nigeria à 14 ans, qui a vu la mort de tous les passagers , qui a vécu un calvaire en Libye, filmée souvent de dos,  Celui de Joy filmée en frontal elle qui a choisi la prostitution veut témoigner à visage découvert. Celui de Sabrina l'écrivaine "fière" d'avoir deux mères elle sera la mémoire vivante de tout un peuple.  trois témoignages trois parcours mais où cardinale  s’impose la volonté  de retrouver LA, SA dignité. Trois histoires de  "courage"  (malgré les atrocités  subies - froid faim viol prostitution - une foi inébranlable en un avenir plus clément, foi dictée par cette pulsion de vie ? Simultanément trois histoires « d’accueil  J’ai choisi l’angle de la rencontre pour traiter le problème complexe de la migration. Enchevêtrement et entrelacement dans des mouvements ascensionnels (du fond des abymes vers l'azur) ou dans des affrontements sur une surface faussement étale !  

 

Car Au lendemain de l’Odyssée n’est pas un énième documentaire sur la  traite  l'esclavage sur les réseaux mafieux la surexploitation (rembourser les 50 000 euros, alors que la passe se monnaye à 5 euros…)   En refusant le voyeurisme , le misérabilisme, la fausse compassion, et l'aversion scopique  de la mort;  Helen Doyle a trouvé la "juste distance" celle qui lui fait dépasser le strict constat du documentaire ; embrassant une réalité (politique autant que sociale) elle suggère l'horreur  -qui  n'en sera que plus  terrifiante ...!!

C'est plutôaffirme-t-elle un film sur la société civile qui se mobilise. Sur la solidarité ou l’accueillance Oui ces femmes   accueillantes, travailleuses humanitaires, artistes, journalistes sont préoccupées avant tout par l’altérité, la rencontre avec l’autre dans toute sa différence Filmées en plans rapprochés (parfois de gros plans sur leurs visages  souriants alors que...) elles sont tout simplement cette part frémissante d'humanité à préserver coûte que coûte...

 


Un film à ne pas rater !!

 

 Colette Lallement-Duchoze
 

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4 mars 2025 2 04 /03 /mars /2025 05:53

La 19ᵉ édition du Festival À l'Est se tiendra du 3 au 16 mars 2025,

mettant à l’honneur le cinéma d’Europe centrale, orientale et d’Amérique latine.

 

 

 

"Malgré les vents contraires nous avons choisi de maintenir cette 19ème édition du Festival à l'Est. Face à l'interruption soudaine d'une subvention essentielle à notre survie, notre engagement envers le cinéma et les publics de notre territoire reste intact " (David Duponchel directeur du festival)


 

FESTIVAL A L'EST  19° EDITION

                                               

 

                                                     PROGRAMME

Lieux 
 

Auditorium des Beaux-Arts 26 bis rue Lecanuet Rouen
 

Cinéma l’Omnia rue de la République Rouen
 

Cinéma l’Ariel Place Colbert Mont Saint Aignan

FESTIVAL A L'EST  19° EDITION

Projection spéciale :

20 jours à Marioupol de Mstyslav Chernov (Ukraine, 2023, 92 min), 
Omnia République | Lundi 10 mars | 20h

Projection suivie d’un débat en présence de :Anna Koriagina, journaliste et traductrice ukrainienne et Emmanuel Grynszpan, reporter au service international du Monde, spécialiste sur l'Ukraine. 

  

Kafka, de l’écrit à l’écran

 

Nicolas Geniex,  animera une discussion sur les enjeux de l'adaptation au cinéma 

•    Le Procès d’Orson Welles (6 mars, 20h00 – Studio, Le Havre)
•    Amerika de Vladimír Michálek (15 mars, 15h00 – Auditorium du Musée des Beaux-Arts)
•    L’Audience de Marco Ferreri (12 mars, 19h30 – Cinéma Ariel)

 

En complément, lecture de textes par Thomas Rollin, Angelique Ristic et Daniela Postolkova  
à La Baraque, bar associatif , 59 rue du Pré de la Bataille,  ROUEN

jeudi 13 mars 19h
 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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