29 décembre 2024 7 29 /12 /décembre /2024 06:47

Documentaire réalisé par Leon Gast (1996 USA) Version restaurée

 

Festival Sundance 1996

Oscar du "meilleur documentaire"  1997

Argument: En 1974, à Kinshasa, capitale du Zaïre, a lieu une rencontre historique entre les deux poids lourds les plus réputés des Etats Unis, Mohammed Ali, alias Cassius Clay, et George Foreman. A trente-deux ans, Ali va tenter de reconquérir le titre de champion du monde face à Foreman, vingt-cinq ans, auréolé de ses victoires sur Frazier et Norton. Le 30 octobre, le stade de Kinshasa ouvre ses grilles à 4 heures du matin.(pour  "coller" à l’heure américaine…)

When we were Kings

Pour fêter les 50 ans (30 octobre 1974) du duel "historique"  Rumble in the Jungle -, est sortie en salle une version numérique restaurée du documentaire réalisé par Leon Gast (un travail étalé sur 20 ans…) 

 

En 1974 le pari était audacieux, combiner un événement sportif opposant deux Afro-Américains et un festival musical autour d’artistes noirs, éminemment politique (Ali vient combattre sur la terre de ses ancêtres), impudent aussi (le dictateur Mobutu en finançant le projet instrumentalisait l’événement  …)

Et rappelons que le cinéaste Leon Gast  s’était rendu au Zaïre (aujourd'hui RDC) pour filmer le black Woodstock …mais… Bien plus, les dés semblaient pipés "Nous regardions un homme qui allait à l’échafaud" dit un témoin tant le contraste était patent entre l’adipeux Mohamed Ali et l’"invincible" (?) Foreman âgé de 25 ans et donné favori…et pourtant…. Politiquement les  "deux poids lourds"  sont opposés : Ali ou le porte étendard du contre-pouvoir, Foreman plus conforme aux valeurs américaines (leur attitude réciproque avec les Zaïrois avant le match est finement analysée dans ce documentaire.) 

 

Mêlant habilement images d’archives et témoignages (recueillis dans les années 1990 ceux de Norman Mailer, Spike Lee, George Plimpton) avec le souci constant de la contextualisation (le Zaïre de Mobutu dictateur cruel, par exemple) faisant la part belle aux propos militants et savoureux du vibrionnant Mohamed Ali (entre autres sur ses frères autochtones ou afro américains) ainsi qu’à la musique (James Brown, BB King, the Spinners,  Myriam Makeba, ) when we were kings par ses fulgurances au rythme trépidant, ses  audaces au montage (coexistence présent passé et futur), illustre cette adéquation entre fond et forme, gage d'une qualité indéniable et raison suffisante pour ne pas rater un tel événement 


De ce documentaire foisonnant d’archives  "qui parle autant d’une époque que d’un combat",  on pourra retenir ces propos de Cassius Clay devenu Mohamed Ali (après son refus de faire la guerre au Vietnam et sa conversion à l’islam)  "Je me suis battu contre un alligator, j’ai lutté contre une baleine, j’ai attrapé un éclair, emprisonné la foudre… la semaine dernière, j’ai tué un roc, blessé une pierre, envoyé une brique à l’hôpital"  " hier soir, j’ai éteint la lumière; j’étais au lit avant qu’il ne fasse noir!"
 

Un film à la gloire d’Ali ? peut-être ! sûrement ! 
 

Mais  loin de sortir ko de la projection, on aura eu loisir de s’interroger aussi sur un "désastre"  psychologique et humain et sur le futur de ces épousailles entre cinéma et boxe …

 

A ne pas manquer ! 

 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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28 décembre 2024 6 28 /12 /décembre /2024 05:56

Film documentaire réalisé par  Kilian Armando Friedrich et Tizian Stromp Zargari (2023 France Allemagne)

 

 

avec Jérôme Biemon,  Vincent Jouet,  Florian Wernert  et Marie-Laure Porcher  

 

 

En compétition :  6e édition de CitéCiné Festival International du Film Politique de Carcassonne 2024 (janvier) 

 

  Festival international Jean Rouch 2023  Prix Gaïa (IRD, Institut de recherche pour le développement)

 

A  voir sur Artekino jusqu'au 31 décembre 2024

https://www.arte.tv/fr/videos/ 121747-000-A/nomades-du-nucleaire

Marie-Lou, Florian, Jérôme et Vincent sont employés par des sous-traitants de l’industrie nucléaire française. Leur travail consiste à effectuer la maintenance et le remplacement du cœur des réacteurs chaque fois que cela est nécessaire. Pour ce faire, toujours prêts à être envoyés en mission, ils vivent dans des camping-cars devant les centrales. Tous luttent contre la solitude et l’incertitude auxquelles leur travail les expose. Et rêvent de leur vie future, loin des aires de parking et des centrales

Nomades du nucléaire

Commentaire du jury Jean Rouch

 

Dans ce film, les réalisateurs ont choisi de s'intéresser à la vie et au travail des "invisibles" du nucléaire, ces précaires qui vont de centrale en centrale effectuer des travaux de maintenance. Leur vie est pleine d'incertitudes sur le lieu de travail, si bien qu'ils vivent dans des camping cars, sur des aires d'autoroutes ou des campements de gens du voyage, avec comme horizon les tours de refroidissement de centrales nucléaires dans lesquelles la caméra ne pénètre jamais.

Les doses de radiation reçues, ou "LA dose", constituent la deuxième incertitude qui déterminent la vie des protagonistes. Pourront-ils travailler le lendemain, la semaine ou le mois suivant ?

 Les chemins de vie s'entrelacent en montage parallèle sans pour autant se rencontrer puisque l'enjeu est de témoigner d'une vulnérabilité profonde dans ces activités qui ne créent plus de sociabilité dans le travail, où les projets familiaux se retrouvent fragilisés par ces ruptures successives où le travail devient un sacrifice.

 

Le jury a particulièrement apprécié l'engagement ethnographique des cinéastes, qui filment au plus près leurs personnages, dans leur intimité, leur quotidien. Ils les laissent exprimer leurs rêves, leurs envies de construire leur "après nucléaire".
 

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27 décembre 2024 5 27 /12 /décembre /2024 06:22

D'Edward Berger (USA, GB 2024)

 

avec Ralph Fiennes (Thomas Lawrence) Carlos Diehz ( Benetz) Stanley Tucci (Bellini) John Lithgow (Tremblay) S Castelitto (Tadesco) Isabella Rossellini (Mère Agnès)  

Argument: Alors que le pape vient de mourir de façon inattendue et mystérieuse, le cardinal Lawrence est chargé — malgré ses réticences — de superviser le conclave. Des cardinaux venus du monde entier doivent voter pour la succession. du souverain pontife. Ce poste de chef de l’Église catholique attire les convoitises et va intensifier les stratagèmes politiques au sein du Vatican. Lawrence par ailleurs  se rend compte que le défunt leur avait caché un secret qu'il doit découvrir avant qu'un nouveau Pape ne soit choisi.

Ce qui va se passer derrière ces murs changera la face du monde....

Conclave

Servi (ou desservi ?) par une affiche racoleuse Conclave plébiscité par une bonne partie de la presse et du public n’est-il pas avant tout un  "divertissement aux accents de thriller"?  Les premiers plans où la caméra semble coller au dos à la nuque du doyen organisateur nous invitent à pénétrer les arcanes d’un  "monde"  hermétique  habituellement fermé (interdit) au profane…


Qu’en est-il ? Sur le fond ? hormis le twist final (ultime rebondissement ...ne pas spoiler) affirmer que « les cardinaux sont des hommes comme les autres » (entendons qu’ils ont leurs défauts …) la belle affaire !!!… L’intervention du cardinal traditionaliste italien Tadesco -qui rappelle les pires déclarations de Matteo Salvini -frise la bouffonnerie …Montrer de l’intérieur, (dans le huis clos des coulisses aux vitres scellées) les querelles intestines et les tractations auxquelles se livrent les « papables » et leurs « supporters » (manipulations, propos comminatoires,  accusations de simonie , egos hypertrophiés , semonces,  enquêtes menées par le doyen devenu momentanément «Hercule Poirot ») on connaissait l’adage vaticanesque « qui entre pape au conclave en sort cardinal » devenu presque un « marronnier »  … Quant à l’irruption d’attentat islamiste ( ?) dont la déflagration s’en vient briser carreaux et maculer la pourpre cardinale, elle relève de l’absurde. Et tout cela filmé pour mettre sur le devant de la scène le jeu d’acteurs et saluer leurs prestations (cf Sergio Castellito en cardinal Tadesco ou Lucas Msamati en cardinal conservateur nigérian Andeyemi) L’homélie du cardinal Lawrence (le pire ennemi ce sont les certitudes) et ses propres interrogations, (il se dit taraudé par le doute…moins dans la foi que dans l’Eglise) ? Plaquées et non abouties, elles sont loin d’être convaincantes … (rien à voir avec Habemus papam). Opposition entre conservateurs et progressistes ?? une grossière galéjade là où on était en droit d’attendre une réflexion plus métaphysique ou théologique…tout en conservant les sinuosités d’un argumentaire.

Après tout l’intrigue de Conclave ne déparerait pas à l’Assemblée juste avant un vote ou chez les mafieux au lendemain de la mort du Parrain souverain...

 


Quant à la forme ! que de complaisance ! que de surcharges inutiles ! tout semble surdimensionné. A commencer par la musique (très démonstrative, trop illustrative). Des gros plans insistants mais à l’évidente vacuité (l’anneau que l’on arrache du doigt du pontife décédé, un fragment de fresque, des doigts gonflés de bijoux etc..) des ralentis certes spectaculaires mais plus expressifs que signifiants ! Clinquant (rutilance) fortement théâtralisé dans quelques profondeurs de champ, quelques travellings latéraux et dans ces vues en plongée (où la ronde en blanc et rouge est censée chorégraphier les pas cadencés des cardinaux) ; un goût prononcé pour la symétrie les cadres; tout cela conjugué ne fait qu’accentuer la rigidité de l’étiquette (le décorum surtout déjà bien exploité dans les films consacrés au Vatican) et une mise en scène assez  "pompière " 

 

Un film qu’on « peut éviter » 

 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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26 décembre 2024 4 26 /12 /décembre /2024 06:01

De Hiroshi Okuyama  (Japon 2024)

 

avec Sosuke Ikematsu (Arakawa l’entraîneur) , Keitatsu Koshiyama (Takuya) Kiara Nakanishi (Sakura)

 

Présenté au festival de Cannes 2024 Un Certain Regard

Argument: Sur l’île d’Hokkaido, l’hiver est la saison du hockey pour les garçons. Takuya, lui, est davantage subjugué par Sakura, tout juste arrivée de Tokyo, qui répète des enchaînements de patinage artistique. Il tente maladroitement de l’imiter si bien que le coach de Sakura, touché par ses efforts, décide de les entrainer en duo en vue d’une compétition prochaine… À mesure que l’hiver avance, une harmonie s’installe entre eux malgré leurs différences. Mais les premières neiges fondent et le printemps arrive, inéluctable.

My Sunshine

Il était une fois en hiver. C’est l’histoire de … Serait-on tenté d’écrire tant le film a les allures d’un conte. Un conte initiatique. 
 

Le format choisi 4,3 (enfermement dans un monde intérieur ?) la dominante pastel, l’impression de flouté - halos d’irréalité onirique, ou lumière cotonneuse-, l’apprentissage sur une glace qui crisse et se strie, une glace tout à la fois étincelante et tranchante, dans une patinoire/sanctuaire, la circulation de regards, des paysages traités telles des estampes, les non-dits et les ellipses qui infusent les silences,  tout dans ce film  renvoie au monde de l’enfance avec ses épiphanies dont la découverte de l’amour  et avec son douloureux passage vers  le monde dit "adulte" ! ( la séquence finale est délibérément équivoque - le bégaiement de Takuya est devenu aphasie, submergé par l’émotion-, il est incapable  face à Sakura, de dire  je t’aime  ou son contraire , ce qu'illustre cette chanson dont le texte s’affiche en même temps que le générique de fin)
 

 

Une île. Les premiers flocons Ceux que devine,  rêveur , Takuya les yeux levés au ciel au lieu de se concentrer sur le baseball, puis sur le hockey… qu’il pratique sans conviction apparente. Regard subjugué et comme ébloui par ce "soleil",   cette jeune Sakura qui évolue avec grâce sur la piste de la patinoire. Regard du coach -lui qui a préféré vivre son homosexualité loin des métropoles ( ?) n’est-il pas attiré par cet ado ? son double ? ou ne projette-t-il pas sur lui sa  conception de l’amour (j’ai senti en Takuya la force d’un amour total avoue-t-il à son compagnon C’est grâce à vous que Takuya a réussi dira-t-il à Sakura…). 
Gestes à fleur de peau, sourires -éclats de rire devenus, quand les trois "répètent" en extérieur sur un lac gelé (acmé du film ou la réunion "synchrone" des trois "danseurs".. avant … cette pointe de misogynie (Sakura, jalouse,  accuse son coach d’être  dégueulasse et on devine le rôle majeur qu’elle a dû jouer dans son éviction )

 

Malgré la délicatesse et une forme de grâce voire d’évanescence (qui peut envahir le paysage) malgré l’insertion musicale de Clair de lune,   malgré la dénonciation, tout en retenue certes, d’une société homophobe, malgré tout cela, il manque un quelque chose qui entraînerait une entière adhésion … Des glissades ? de subtiles harmoniques ? peut-être Je ne sais..

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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24 décembre 2024 2 24 /12 /décembre /2024 11:28

De Gilles Deroo et Marianne Pistone (France 2024)

 

avec Julien Nortier, Jade Laurencier, Michael Mormentyn, Dany Hermetz Thierry Zirnheld

Mathurin Milan, mis à l’hôpital de Charenton le 31 août 1707 : "Sa folie a toujours été de se cacher à sa famille, de mener à la campagne une vie obscure, d’avoir des procès, de prêter à usure et à fonds perdu, de promener son pauvre esprit dans des routes inconnues et de se croire capable des plus grands emplois."

La vie des hommes infâmes

Quel film !!

Plans fixes (la durée de certains  risque d'irriter des spectateurs),  minimalisme des dialogues (et quand certains personnages s'expriment nous entendons une voix de récitant, théâtrale, comme venue d’un ailleurs ..) plans conçus comme des tableaux (répartition des couleurs, de la lumière, de l’espace, position du personnage) lenteur des mouvements de groupe (défilés à l’instar de théories à l'antique) lenteur de tous les mouvements que les deux cinéastes ont pris soin de décomposer (hormis la fougue qui anime Mathurin après une première  "libération" courant dans cette forêt tutélaire où il a précieusement et provisoirement  enterré  le bulbe qui va faire éclore la « tulipe ») etc.

Oui la comparaison avec Bresson est justifiée

 

Face à une immense porte (qui envahit tout l’écran) on entend une voix (celle de Gilles Deroo ?) qui lit une archive de la Bastille 1707 concernant un certain Mathurin Milan (énoncé des chefs d’inculpation motivant l’enfermement) ; voix relayée par celle de Marianne Pistonne ( ?) lisant un extrait d’un ouvrage de Michel Foucault, « Dits et écrits »…fragment  dont s’inspire le film,  qui insiste sur l’émotion ressentie par le philosophe. Une émotion. Maître mot. Il présidera à l’illustration de ce qui fut considéré comme infâme…

Le procès va commencer...

 

Et voici restitués sous forme de « tableautins » des épisodes de la vie de Mathurin Milan. Ecran noir quand on passe de l’un à l’autre. Forêt, intérieurs de maison, taverne, tribunal, cloître/prison, cellules, costumes, coiffes et perruques, on est à la fois hic et nunc, à peine dépaysé. On aura reconnu l’infâmie au cœur d’un système où  juges et notables -aux perruques mal ajustées- se comportent en scélérats. La folie de Mathurin? son anticonformisme  Trahi par les siens, traqué par des  "policiers" (à pied et à cheval) il va faire corps avec cette Nature Prodigue (panthéisme? animisme? ) à la fois naturans  et naturata 

 

On retiendra Magdeleine parlant à son troupeau, Magdeleine telle une pietà caressant un veau, Magdeleine pétrissant de la pâte entre ses cuisses nues, Mathurin contemplant un insecte sur son bras, le peintre qui exécute en quelques traits un portrait ô combien ressemblant ….alors que les remarques d’un chasseur accompagné de son chien -tout droit sorti d’un tableau de Carpaccio- en faisaient une icône chtonienne  – Il (Mathurin) semble sortir du sol qui s’étale à ses pieds, et qui semble être le prolongement de son corps. Ils sont de la même couleur, de la même espèce, telluriques et silencieux. Mais quand il bougeait, il était souple et obligeant. Comme si le vent agissait sur lui 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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23 décembre 2024 1 23 /12 /décembre /2024 06:38

De Tyler Taormina (2024 USA)

 

 

avec Matilda Fleming (Emily), Michael Cera (Officer Gibson), Francesca Scorsese (Michelle), Gregg Turkington (Sergeant Brooks), Elsie Fisher (Lynn), Sawyer Spielberg (Splint), Maria Dizzia (Kathleen)

 

Présenté au festival de Cannes  2024 Quinzaine des Cinéastes

et  en compétition au festival du cinéma américain de Deauville (2024)

Argument: Tyler Taormina filme un réveillon qui réunit les membres d’une famille italo-américaine de classe moyenne (Les Balsano) . C'est dans la banlieue résidentielle de Long Island. Ce sera sans doute le dernier réveillon: la matriarche ne peut plus vivre seule dans cette immense maison...  Alors que la nuit avance et que des tensions éclatent, l’une des adolescentes s’éclipse avec son ami pour conquérir la banlieue hivernale

Noël à Miller's Point

 La bande annonce était séduisante ainsi que le synopsis Une boule de Noël irisée, à la fois réconfortante et crépusculaire

Hélas !!

 

Nous voyons défiler une succession de vignettes certes très colorées (à l’instar de toutes les préparations culinaires qui défilent en travelling latéral, de toutes les décorations  de tous les cadeaux qui s'amoncellent sous le sapin.)..Mais des vignettes qui semblent provenir de camescopes différents… elles ne se suivent pas ne se complètent pas à tel point que le spectateur reste(ra) extérieur (un parti pris ? peut-être ! sûrement) à cette « fête » de famille dans une maison où des abat- jour à franges, des bibelots plastique, des napperons sont le syllabaire du passé, d’un passé saturé de « souvenirs »


Voici une prolifération de personnages censés participer à un film choral . Or la caméra se pose (furtive et fugace le plus souvent) mais sans capter  une personnalité ; le cinéaste ayant préféré l’éclatement à une narration , les dissonances seront légion …Dissonances et non tonalités différentes au service de... Car ici l’atomisation met à mal la cohérence d’une polyphonie maîtrisée. On pourra toujours rétorquer que ce choix s’inscrit dans celui plus vaste de la « nostalgie du souvenir » n’empêche :  cet éparpillement s’épuise assez (trop) vite 


Les différences de rythme ? trépidant mais aussi mollasson, il est censé coller aux différences de génération (course des gamins, palabres d’adultes dont ne nous parviendront que des bribes) 

 

La présence de flics ? l’insolite est moins la permanence de leur être là que ce mutisme impavide qui tranche (c'est le côté burlesque )  avec l’ambiance exubérante de la famille (dont ces rires déformant des bouches lippues) bien avant que l’officier Gibson ne se lance dans une tirade sur un ton monocorde - « avance » non déguisée destinée à son complice… 


Présence d’une pin-up (en carton) que l’on trimballe soit en arrière-plan soit floutée … ???

 

Dans la dernière partie on est invité à quitter la maison et suivre de jeunes couples, censés s’adonner aux plaisirs de la chair dans les réceptacles refuges que sont les voitures ….Mais cette suite de plans sur les variations amoureuses n’est pas suffisamment (ou mal) exploitée pour entraîner une quelconque adhésion 

 

A vous de juger…

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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21 décembre 2024 6 21 /12 /décembre /2024 05:55

De Matthew Rankin  (Canada 2024)

Scénario Matthew Rankin, Pirouz Nemati, Ila Firouzabadi

 

Avec Rojina Esmaeili (Negin), Saba Vahedyousefi (Nazgol), Mani Soleymanlou (Iraj Bilodeau), Matthew Rankin (Matthew/Massoud), Pirouz Nemati (Massoud/Matthew).

 

Cannes 2024 Quinzaine des cinéastes Prix Public Chantal Akerman

 

Sélectionné pour les Oscars 2025

Argument: Afin de revoir sa mère malade, l’introverti Matthew quitte Montréal où il travaillait pour retourner dans son Winnipeg natal. L’espace-temps paraît bouleversé et tout le monde parle désormais persan dans la métropole canadienne

Une langue universelle

Autobiographie hallucinée; comédie de désorientation (propos du réalisateur)


Oui ce film s'inspire de souvenirs très personnels (dont le billet de banque à extraire de la glace) oui ce film à l’étrangeté parfois expérimentale est dans la ligne droite de Tati (humour décalé distancié)  ; le cinéaste revendique  en outre une certaine parenté avec le cinéma iranien dit de la nouvelle vague (Pinahi Kiarostami le ballon blanc, le goût de la cerise  où est la maison de mon ami  ) auquel il rend hommage


Oui ce film pince sans rire nous entraîne dans un monde loufoque (parfois foutraque) où le bizarre va de soi : une dinde passagère d’un autocar ? (normal elle a payé sa place,..) On peut jouer et gagner toute une vie de kleenex ? (normal on est mélancolique, normal des larmes sont stockées dans des bocaux…) Dans une classe -où le professeur de français arrive en retard et prend un plaisir sadique à humilier ses élèves,  on placardise (sens premier) d’emblée  un gamin déguisé en Groucho Marx, avant de renvoyer toute la classe dans ce cagibi… Une pierre tombale gît au milieu de nulle part ? mais n’est-elle pas  au carrefour  d’un vaste réseau et trafic routier ? comme si toutes les villes convergeaient vers une seule métropole … 


Et comble d’une métamorphose « espace/temps » : les horloges comme dans certains tableaux surréalistes sont orphelines de leurs aiguilles... Temps suspendu? Mathew (interprété par le cinéaste lui-même) en  "retrouvant " sa mère après tant et tant d’errances, (il vient de Montréal) assiste impuissant à son éviction,  "remplacé" par  Massoud, son  "double" … auquel la voix chevrotante dédie des mots d’amour…dans la pénombre d’une chambre à la lumière tamisée

 


Bienvenue à Winnipeg (capitale du Manitoba) où l’on s’exprime en farsi- (avec quelques tournures de français mais où l’anglais n’existe plus). Bienvenue dans un univers où domine le beige -celui de ces édifices de type brutaliste- beige et gris sans oublier le blanc de l’enneigement permanent, et la bande-son restitue le crissement des pas, ceux  des promeneurs (enfants touristes particuliers )  ils   déambulent  tels  des vagabonds en bordure de cadre,  ils  courent ,  quand ils ne sont pas figés  -filmés de profil ou en frontal. Déambulation qui d’ailleurs va épouser les différences de niveaux et d'échelles du  décor "urbain" géométrique : surplomber ou se fondre s’évanouir dans la brique la pierre avant de  "réapparaître"   en sens inverse dans le plan suivant 

 

Je vous invite à pénétrer dans cette  "bulle iranienne,  cet  univers parallèle" (?)  à  vous laisser  guider par l’extravagance des saynètes ,  à  déguster cette   pizza hawaïenne ...
(certains spectateurs réfractaires resteront peut-être à quai...)

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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20 décembre 2024 5 20 /12 /décembre /2024 04:39

de Victor Rodenbach (France 2024)

 

avec  Vimala Pons  (Nora) William Lebghil (Henri)  Jérémie Laheurte (François) Pauline Bayle (Lou) 

Argument: Depuis des années, Henri et Nora partagent tout : ils s'aiment et elle met en scène les pièces dans lesquelles il joue. Quand Henri décroche pour la première fois un rôle au cinéma, la création de leur nouveau spectacle prend l'eau et leur couple explose.

Le beau rôle

Un baiser Plan resserré sur deux acteurs. Ça manque de fougue dit excédée la metteuse en scène Nora (pétulante Vimala Pons) ; et de montrer elle-même à (et sur) l’acteur Henri (le lunaire William Lebghil) ce qu’est le BAISER le VRAI celui qui dit " je veux fuir avec toi je veux tout détruire pour mieux me reconstruire avec toi "

 

Une scène de répétition (Ivanov) qui est aussi la scène inaugurale de ce film, telle une mise en abyme…(?)  Rencontre amoureuse, (?) plénitude -ou non-  du toujours recommencé, (?)  Et parce qu’Henri accepte un "rôle"  (le beau rôle ??) au cinéma, la « permanence » va-t-elle glisser dans l’impermanence ? le couple peut-il  "résister"   à une fêlure ? Couple si fusionnel qu’il communiquait en dehors de  tout système (et l’astuce est d’afficher sur l’écran -à destination du spectateur- la "traduction" de cette communication non verbale…)

 
Et voici que les allers et retours entre Reims et Paris,(comme autant d’itinéraires pour se séparer se perdre ou se retrouver) les bifurcations entre théâtre et cinéma, l’investissement dans l’un ou l’autre, à défaut (ou dans l’impossibilité) de l’un ET l’autre semblent avoir raison de la « solidité » du couple…

Or nous "assistons" à une "comédie romantique" .


Certes l’amour est momentanément mis à mal. Mais tous les clichés " attendus" (sur la jalousie par exemple ) le seront eux aussi Car le réalisateur et les acteurs (dans les deux sens du terme celui qui tient un « rôle » sur scène ou à l’écran et celui qui « agit » sur son propre destin) prouvent par leur énergie de tous les instants que la désunion conjugale dans le milieu artistique (et l’on pense inévitablement à Septembre sans attendre) peut être assumée, et que l’on peut « reconfigurer » « reconstruire » un « scénario »: après tout cela n’est-il pas « inscrit » dans le (leur) métier…?

 

Est-ce soluble dans la "vraie vie" ?  Tel est bien l’enjeu de ce film porté par un duo d’acteurs étonnant 

 

Un film qui fait  la part belle aux "rôles secondaires" ( de beaux rôles aussi) incarnés par Jérémie Laheurte, Pauline Bayle ou encore Salif Cissé

 

On se laissera donc séduire par cette dynamique quasi explosive où l’expression  avoir le beau rôle a perdu de sa superbe 

Le beau rôle ou l’équilibre entre soi et soi, entre soi et l’autre ???
 

Colette Lallement-Duchoze

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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 06:37

De Philippe Van Leeuw  (2024 Belgique USA)

 

avec Vicky Krieps (Jessica Comley), Steve Anderson (Adam Comley), Mike Wilson (Jose Edwards), Ezekiel Velasco (Zeke le petit fils )..

Argument: Jessica Comley fait partie de la police des frontières américaine entre l'Arizona et le Mexique. Dans ce désert impitoyable, elle est fière et déterminée à défendre par tous les moyens l'Amérique contre les trafiquants de drogue et l'immigration clandestine. Lors d'un déploiement, elle tire sur une personne

The wall

"Vous mettez tellement de foi dans la loi que vous ne voyez plus les gens." ces propos de l’aîné amérindien à la longue chevelure blanche résument assez bien la « dynamique » interne de ce film incarnée par l’agente Comley, elle-même représentante d’une Amérique bigote et xénophobe (à la Trump) 


Un crucifix dans l’habitacle de la voiture ; premier indice…Un soin tout particulier accordé à passer l’uniforme (et le reflet dans la glace duplique le sentiment de satisfaction) symbole d’une mission dont l’agente Jessica Comley se sent investie : chasser le migrant (forcément un drogué un passeur un être maléfique) qui s’en vient souiller le sol américain… Un homme à la peau colorée monnayé tel un otage sexuel (cagoulé il le restera jusqu’à sa chambre, puis après les « ébats », tenu en respect avant d’être invité à déguerpir) Des hurlements sauvages à l’encontre de son collègue qui l’invite à la « modération » 


C’est Comley dans l’exercice de ses fonctions …garder la frontière entre le Mexique et l’Amérique (Arizona). Personnage interprété par l’épatante Vicky Krieps elle est de tous les plans, elle distille par son jeu subtil toutes les nuances d’une haine viscérale, ou quand elle est en famille du moins avec sa belle-sœur les marques d’une bienveillance amicale ou les sanglots de la tristesse due à la perte de l’être cher

Le récit "bifurque" ou du moins fait se "croiser"  Comley et un membre de la communauté des Tohono O’odham, Zeke (Ezekiel Velasco) lui qui arpente le chemin de la "séparation"  MAIS dans une perspective humanitaire aider les migrants déshydratés,  n'est-ce pas  d’un point de vue narratif opposer la froideur glaçante à l’humanisme samaritain; d’un point de vue symbolique métaphoriser la conflictualité et d’un point de vue dramatique illustrer  "la stratégie des deux poids deux mesures" ? cet Amérindien aurait été témoin d’un  "crime gratuit" ? ce sera  "sa parole contre la nôtre" ….On conclura à la légitime défense… l’honneur est sauf (c’est l’essentiel dit le père…) 

 

Aridité des paysages et âpreté de la vie de Jessica présentée tel un bourreau. Envahie par la haine de l’autre,  l’étranger (haine que lui a inculquée l’éducation) elle transforme son crime en  "erreur "  -qu'elle déplore- mais n'a cure  de la « vie humaine » de ces « étrangers » (état d’esprit qui hélas n’est pas l’apanage des Américains….)

Le réalisateur d’une famille syrienne (cf http://www.cinexpressions.fr/2017/09/une-famille-syrienne.html, ) s’attaque ici et ainsi à cette  "haine tenace, ce racisme viscéral, nourri.es par une foi aveugle"

 

Le mur ? Oui c’est bien évidemment celui érigé par Trump (triomphe d’une forme de patriotisme …) 
Mais n’est-ce pas aussi l’ensemble de tous ces murs qui en cartographiant le « réel » le «balafrent » de revendications qui sont souvent à la limite du « supportable »? 
Et la séquence finale où l’agente est filmée de face arborant le sourire à l’écoute des  "consignes"  en dit long sur tout " dérapage éventuel"  à venir…

 

Le mur ou la banalisation du mal ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS Mike Wilson:  Amérindien ,  a été soldat pendant 20 ans au Salvador, devenu pêcheur, puis a milité dans une association déposant des réserves d'eau pour les migrants et des médicaments (comme dans le film) il écrit, donne des conférences,  a une présence et une beauté fascinantes; "cet homme est une somme d'humanité"  (Philippe Van Leeuw)
 

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17 décembre 2024 2 17 /12 /décembre /2024 10:45

de Carolina Cavalli (Italie 2022)

 

 

avec Benedetta Porcaroli , Galatea Bellugi , Michele Bravi , Monica Nappo , Margherita Missoni , Giovanna Mezzogiorno

 

Présenté à la 79ème Mostra Venise section Orizzonti Extra

Toronto section Contemporary World Cinema.

A voir dans le cadre de Arte kino 2024

https://www.arte.tv/fr/videos/121569-000-A/amanda/

 

 

Argument: Issue d'une riche famille dysfonctionnelle, une femme de 24 ans en quête d’amitié, s'efforce de convaincre une connaissance de son passé qu'elles ont été et sont toujours de grandes amies…

Amanda

Un prologue énigmatique : vue en plongée sur une gamine allongée sur un matelas gonflable de piscine alors qu’une autre se prélasse sur un transat. Un « plouf » La femme de ménage apporte des boissons fraîches… Un hurlement « Amanda » Ecran noir. Que s’est-il passé ? (nous l’apprendrons au cours du récit…) la bande son insiste sur le fracas de verres brisés dont les éclats semblent rebondir !!!

 

Nous retrouvons Amanda x années plus tard. Du moins nous entendons sa voix qui « raconte »; elle évoque l’impossibilité d’une rencontre authentique suite à des prémices dans un salle de cinéma; c'était il y a 5 ans à Paris; les « spectateurs » qui font la queue devant la cinémathèque sont comme figés… …à l'instar de sa propre quête
Dans la vaste salle à manger  d’un manoir( ?) attablée elle subit l’opprobre - de la famille (de la mère en particulier) ou se croit victime…

Pour mettre en évidence la quête fébrile de l’amitié de l’amour (afin de vaincre une solitude fondamentale) la réalisatrice (c’est presque contrainte que Carolina Cavalli a mis en scène son propre scénario …) passe du réel à l'imaginaire sans les repères attendus ; ainsi un plan succède à l’autre dans une sorte de continuum, obéissant en cela à l’itinéraire « mental » du personnage ; Amanda se nourrit de chatRoulette s’invente des relations ou poursuit dans l’imaginaire ce qui a été esquissé dans la réalité… Un cheval un ventilateur led; une maison bunkerisée des rues désertes, l’enseigne d’un hôtel, des escaliers qui descendent au tréfonds, un lit immense tel le reposoir de rêves ou cauchemars, c’est l’univers "familier" (?) d’Amanda ; souvent acariâtre désagréable 

 

Mais dès l’instant où elle est persuadée que Rebecca (cloîtrée) fut son amie d’enfance (cf prologue) elle n’aura de cesse de revitaliser cette supposée amitié. Affinité élective absurde? le film va démontrer moins le contraire que la tentative parfois désespérée de « créer » une relation authentique fondée sur la confidence le partage la complicité

Le plan final où les deux femmes cheminent sur une route au milieu d’une nature luxuriante et lumineuse - l’une habillée l’autre dévêtue pourrait jouer le rôle d’épilogue- avant que n’apparaisse le nom de Paolo Sorrentino 
Oui il y a cette ironie mélancolique propre au réalisateur de « la grande Bellezza »  plus que l’héritage de Wes Anderson (cf les cadrages symétriques ou la patine pastel)

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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