13 février 2025 4 13 /02 /février /2025 13:54

11ème édition

 

Du vendredi 28 février au dimanche  2 mars 2025

 

Cinéma Omnia

Rue de la République Rouen

Festival Elles font leur cinéma (28 février 1 et 2 mars 2025)

"Pour cette édition 2025, nous sommes heureuses de mettre en valeur le travail de réalisatrices talentueuses venues des quatre coins du monde. Au programme : une sélection de longs-métrages, dont 4 documentaires et une séance de courts-métrages, qui exploreront des thèmes variés avec sensibilité et audace.
 

Le festival offrira également l’opportunité unique d’échanger directement avec certaines des réalisatrices lors de temps d’échange en fin de séance.

Venez découvrir des histoires inspirantes, rencontrer des femmes passionnées par leur métier et célébrer ensemble la diversité et la richesse du cinéma féminin"

 

https://www.elles-font-leur-cinema.info/wp-content/uploads/2025/02/Programme_web.pdf

 

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12 février 2025 3 12 /02 /février /2025 09:08

de Naoko Ogigami (Japon 2024)

 

avec Mariko Tsutsui (Yoriko Sudo ) Tamae Ando Misae Watanabe Noriko Eguchi (Hitomi Ogasawara) Hana Kino (Mizuki) Akira Emoto (Taro Kadokura ) Kami Hiraiwa  (Setsuko Ito)  Hayato Isomura (Takuya Sudo)

Luxe, calme et volupté. Tout va pour le mieux dans la vie parfaitement réglée de Yoriko et de tous ceux qui, comme elle, ont rejoint la secte de l'eau. Jusqu'au jour où son mari revient à la maison après de nombreuses années d'absence.

Le jardin zen

L'appel de l'eau réclame un don total, un don intime


Premier long métrage à être distribué en France-(alors que la cinéaste japonaise Naoko Ogimami en a réalisé bien d'autres...) , le jardin zen allie avec élégance, perfection formelle, humour pince-sans-rire parfois ravageur, performance d’acteur (Mariko Tsutsui vue entre autres dans Harmonium est magistrale dans le rôle de Yoriko). Ce film se prête en outre à une lecture plurielle (rôle de la femme dans la société japonaise, "zénitude", critique acerbe des sectes, etc. ) Mais dans le traitement c’est bien la  thématique de l’eau qui  infuse toutes les autres – la "goutte d'eau" sa récurrence en des circonstances diverses,  l’eau contaminée suite à la catastrophe de Fukushima, l’embrigadement par la gourou de la secte Eau de la vie verte, l’entretien méticuleux de ce jardin zen (plutôt sec) où l’eau doit être suggérée car elle est "en nous"  , piscine, pluie. Aux mouvements ondulatoires du gravier -symbolisant une "mer apaisée"- voici en écho inversé l’accumulation en cercles concentriques de différents maux perturbateurs qui renforcent les dérives hygiénistes et les comportements pudibonds de Yoriko (dès la scène d’ouverture la position  tête bêche des  époux intriguait le spectateur …) 


On pourrait certes déplorer certains excès (cf le plan récurrent d’une nappe d’eau où s’affrontent deux personnages, censée illustrer le conflit intérieur de Yoriko ; le très gros plan sur une goutte d’eau à la fonction symbolique, l’appartement de Mizuki d’abord étouffant et étouffé  par un fatras  d’objets et de détritus  et que Yoriko transformera en épure à l’instar de son jardin zen). Mais ces excès  semblent  s’inscrire dans la longue liste des séquelles de Fukushima ....
 

Le jardin zen frappe par son humour multiforme (froid, décalé, pince-sans-rire ou acerbe) qui tout sous-tend et par l’adéquation entre la forme et le fond -les plans cadrés au millimètre près avec un jeu sur les horizontales et les verticales, les couleurs pastel, les effets de lumière, soulignent les contrastes entre des apparences bien lisses (comme aseptisées) et des …tourments intérieurs, entre un calme de surface et une violence latente qui éclatera dans des propos sarcastiques. A vélo ou à la caisse du supermarché, en position d’offrant (chants prières mains jointes) ou à l’écoute des conseils vengeurs de Mizuki (quand elle ne profère pas elle-même des "vacheries"  avec élégance voire une éloquence cynique), Yoriko est de tous les plans sans jamais envahir l’écran et ses "mimiques" en coin ou ses faux silences sont plus éloquent.es que la parole. 

 

Le final (une apothéose) avec le rouge du parapluie, le ruissellement de la pluie, la danse, le rire, la musique restera gravé dans les mémoires…

Ce final ne corrobore-t-il pas les propos de la cinéaste Je trouve étouffant d'être une femme au Japon et j'ai fait ce film dans l'espoir de changer cela ? 

 

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze
 

 

 

Complètement d'accord Colette, vraiment un film à voir... j'en eu cette chance : c'était le "film surprise" au cinéma "Le Sénéchal" de Lectoure le mois dernier.

Un film qui bouscule les relations homme -femme telles que nous les voyons traitées le plus souvent au cinéma, sans pour autant faire dans le manichéisme.

Un régal que la dernière scène : une japonaise dansant le flamenco voilà qui casse les codes (en tout cas ceux que nous avons en tête nous les occidentaux).
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10 février 2025 1 10 /02 /février /2025 08:01

Documentaire réalisé par Alessandra Celesia  (Irlande/G B 2024)

 

avec Joe McNally, Jolene Burns, Rita Overend, Sean Parker, Angie B. Campbell, Gerard Magee (iels jouent leur propre rôle)

Dans sa tour HLM de New Lodge, Joe met en scène des souvenirs de son enfance vécue durant les « Troubles » conflit armé qui déchira l’Irlande du Nord des années 60 à 1998, et fit particulièrement des ravages dans ce quartier catholique de Belfast. Jolene, Sean, Angie et d’autres voisins se joignent à lui pour revisiter leur mémoire collective, qui a façonné leur vie et leur quartier.

The flats

Un homme nettoie un espace dédié à la Vierge en vue d’une rencontre le soir avec une quinzaine de résidents âgés catholiques ; Joe accompagné de Freedom décline l’invitation.  C’est la séquence d’ouverture (un quartier un rituel un personnage)
Joe et l’enfant Sean ont « capturé » des grenouilles mais après une caresse, celles-ci vont rejoindre l’élément liquide alors que leur coassement sert de champ sonore au générique de fin. 
Entre ces deux scènes la réalisatrice aura pris le spectateur à témoin du trauma qui perdure plus de 50 ans après les événements (les troubles) de la guerre civile en Irlande du Nord, et qui hante la mémoire individuelle et collective 


Voici des immeubles à l’architecture brutaliste, les tours du quartier de New Lodge Cet espace urbain « délimite » les itinéraires des personnages, et la récurrence de plongées et contre-plongées souligne l'effarante compacité verticale saturant un espace sans toutefois l'obstruer -( Angie de son balcon suit en plongée la prière et les chants liturgiques ; dans la nuit qui crépite de feux d’artifice (ô le bien nommé) Joe et l’enfant Sean regardent du dernier étage de la tour,  les feux de joie allumés par ces unionistes protestants chaque 11 juillet … ; de sa voix de stentor, il interpelle de jeunes dealers qui œuvrent en contre bas )


Récurrence de ces plans, Récurrence des face à face Joe McNally,/Rita la psy, entrecoupés par les images mentales du « patient »,  par des images d’archives bleutées et par des sketches « reconstituant » les épisodes les plus traumatisants de son passé de gamin (l’épisode du cercueil qui dans un autre contexte relèverait du comique burlesque "prépare"  la "reconstitution"  de la veillée funèbre : Joe avait 9 ans quand il a vu son oncle bien aimé mort à 17 ans assassiné par l’armée anglaise, il en avait 14 quand Bobby Sands a succombé aux 66 jours de sa grève de la faim en prison (cf le film très éprouvant de Steve McQueen avec Fassbender  Hunger 2008);  sketches où les  voisins d’aujourd’hui interprètent les protagonistes d'hier  (Sean sera le fantôme de Joe enfant, Jolene la mère et Angie la grand-mère)  
C’est que le présent contaminé par le passé garde béantes des cicatrices, indélébiles les empreintes et pleure dans la parole libérée. 

 

Or la "démarche" proche de la maïeutique de la psychanalyse et de la catharsis, interpelle le spectateur entraîné dans un voyage mémoriel, il s’interroge ; Discours politique toujours tenu à distance ? Images d’archives qui alourdissent le propos ou qui sont frappées d’inanité ? allers et retours et  captation d'un emprisonnement  à la fois mental et social ??  mais les questions restent …. en suspens
 

On retiendra cependant la puissance de la  solidarité, qui unit ces éclopés de la vie,  ces êtres à jamais abîmés,  ainsi que le sourire qui illumine le visage de Sean  (serait-ce l'accomplissement -du moins les prémices- de la prophétie de Bobby Sands   Notre revanche sera le rire de nos enfants ?? 

 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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7 février 2025 5 07 /02 /février /2025 14:03

De Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha  (Iran 2024)

 

avec Lili Farhadpour  Esmaeel Mehrabi

 

Prix du Jury Œcuménique 74e Festival international du film de Berlin 

Mahin a 70 ans et vit seule à Téhéran. Bravant tous les interdits, elle décide de réveiller sa vie amoureuse et provoque une rencontre avec Faramarz, chauffeur de taxi. Leur soirée est inoubliable

Mon gâteau préféré

Tu dois te défendre ! Plus tu es docile, plus ils en profitent. J’ai compris ça depuis peu».( Mahin à la jeune fille incriminée .... )

 

2022 éclate le mouvement Femme, vie, liberté (suite à la mort de Mahsa Amini); Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha sont alors en plein tournage -sans autorisation- de mon gâteau préféré ; certains de l’équipe sont dans la rue et manifestent, d’autres sont arrêtés et emprisonnés ; le couple décide de terminer coûte que coûte ; ce sera leur soutien au mouvement. Car ce que "montre"  ce  film est précisément interdit voire condamné par le régime: : des femmes sans hidjab, l’arrestation, par la police des mœurs, de jeunes filles "mal voilées" et on entend l’injonction de Mahin qui "ose" affronter la police  'Tu dois te défendre ! Plus tu es docile, plus ils en profitent. J’ai compris ça depuis peu" On danse, on boit du vin, on s’exprime sans fard (politique mariage raté) tout en se sachant "épié" on contourne, on brave certains interdits.   …

Après la sélection en compétition de la Berlinale, en février 2024 ce sont les mesures de rétorsion: confiscation des passeports, perquisition (chez le monteur) et le couple est interdit de « quitter le territoire » mais grâce à des copies piratées le film aura son public en Iran…

Tenir compte de ce contexte influera inévitablement sur le commentaire et la critique sera bienveillante….saluant avant tout le courage (exemplaire) des cinéastes

Ce film que l’on peut assimiler à une  comédie romantique du troisième âge  joue sur la dualité opposant forme et fond (soit légèreté et gravité); la fausse innocence, l’apparence ludique voire inoffensive maquille en fait des problématiques douloureuses (bien imbibés les deux septuagénaires se gaussent de leurs mini forfaits (distiller… malgré la loi sur l’abstinence ; remettre  en cause le mariage imposé). 


Plans fixes (intérieur de la maison) et  cloisonnement sont en harmonie avec  la lenteur des déplacements de Mahin (Lili Farhadpour) son corps se meut avec difficultés, son sommeil est fortement perturbé (elle s’endort au petit matin et à midi elle est encore alitée). Mais ses rondeurs -accumulées par l’âge et la gourmandise- séduisent ce chauffeur de taxi qu’elle a osé inviter chez elle pour la soirée et pourquoi pas ....la nuit ?

Ce corps Mahin le pare de plusieurs atours dans un élan oblatif tout comme elle maquille son visage dans un élan de séduction ; ce corps elle l’accorde au chant et à la danse tout comme ses mains cherchent celles de Faramarz , et si l’épisode de la douche tient du burlesque on ne se moque pas, car la pudeur est toujours aux aguets 

Justesse du ton (même paradoxalement dans l’onctuosité); on rit de bon cœur, on partage tendresse et …audaces…dans la montée du désir !  

 

Mais quand l’amour naissant (?) bascule dans le conte tragique (dernier quart du film) on s’interroge ; on peut déplorer qu’un tel choix n’ait pas permis d’explorer tous les possibles de la transgression, à moins que le "virilisme" ne serve de repoussoir ou encore que l’épilogue renoue avec ce qui était précisément dénoncé…(cf  le lamento de Mahin et le très gros plan final sur son dos qui envahit l’écran…)


A vous de juger !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

On s'attendait à un film tire-larmes et un peu "déjà vu" sur la solitude de deux septuagénaires iraniens, de sexe opposé. Il n'en est rien. Efficace témoignage de de la réalité de la vie en Iran aujourd'hui pour cette infirmière veuve d'un mari militaire, et un chauffeur de Taxi, ancien militaire lui aussi, désespérément seul, confrontés au mal universel de la solitude des vieux, de la difficulté d'une rencontre ; cette réalité se croise avec les préjugés sociétaux, religieux, de la population iranienne, alliée du régime Tout est parfaitement juste et surprenant. Un film romantique, drôle, au beau et riche contenu joué par des acteurs vent debout contre la dictature, et terriblement touchants à l'écran.

A ne pas manquer ! En ce moment au cinéma.

 

Serge Diaz  

dimanche 9 février

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5 février 2025 3 05 /02 /février /2025 11:45

De Leonardo Van Dijl (2024 Belgique Suède)

 

avec Tessa Van Den Broeck, Ruth Becquart 

Julie, une star montante du tennis évoluant dans un club prestigieux, consacre toute sa vie à son sport. Lorsque l'entraîneur qui pourrait la propulser vers les sommets est suspendu soudainement et qu'une enquête est ouverte, tous les joueurs du club sont encouragés à partager leur histoire. Mais Julie décide de garder le silence.

Julie se tait

Quand tu m’as demandé d’arrêter, j’ai arrêté (Jérémie à Julie lors d’une rencontre dans un bar)

 

Un service sans balles et sans partenaire c’est sur ce plan que s’ouvre le film. Un corps comme terrassé en position fœtale à même le sol c’est sur ce plan que se clôt le film alors que continue à défiler le générique de fin (tant pis pour les spectateurs habitués à quitter la salle dès que s’affiche le générique …)

Solitude et cloisonnement ou l’enfermement dans le silence…douleur du trauma douleur du silence 

 


Au tout début on attend l’entraîneur Jérémie. Il ne viendra pas et pour cause…(serait-il impliqué dans le suicide d’Aline ??? pour l’heure il est « suspendu ») la scène liminaire ne serait-elle pas ainsi par le choix délibéré du mime le premier stigmate de la « solitude » post traumatique ? D’abord imposée cette solitude sera pleinement assumée quelles que soient les réticences suggérées quelles que soient les sollicitations bienveillantes invitant à la « confession ». Sophie a décidé de mener une enquête, mezza voce dans des structures spécifiques sans contrainte…Julie elle a choisi de se taire. Elle sera seule face à elle-même face à son secret 

 


Ne pas céder aux clichés sur les relations abusives entre un adulte et une ado, ne pas filmer en frontal une relation « toxique » c’est le parti pris du réalisateur (une seule et unique scène met face à face Jérémie et Julie ; elle le questionne sur Aline, elle refuse tout attouchement …des mains…mais la phrase qu’il répète  "quand tu m’as demandé d’arrêter j’ai arrêté", censée plaider sa non culpabilité, suggère dans son ambigüité même (dite sur les modes assertif et interrogatif) la force d’une emprise ; elle fait écho d’ailleurs à toutes celles que Julie écoute sur son portable (toutes empreintes de cette volonté de puissance,  "prétendus" conseils qui systématiquement dénigrent l’autre....)  

 

Co produit par les frères Dardenne ce film entraîne le spectateur dans une forme inhabituelle d’immersion. L’actrice Tessa Van Den Broeck,- ex joueuse de tennis- non seulement est crédible pour toutes les scènes d’entraînement mais filmée de très près (visage de profil ou de trois quarts) elle a su rendre presque lisible voire palpable ce qui la taraude (regard furtif, paupières closes) ; caresser sa chienne (seule confidente !!) écouter ou refuser un appel c’est un dilemme existentiel !

Et quand la salle de tennis avec ses couleurs bleu gris se donne à voir comme la  "réplique possible"  de la chambre à coucher de Julie, n'est-ce pas "mettre à jour"    le trauma,   inviter à écouter ce  silence que scande ici et là cette respiration de la douleur, jusque dans la prostration (plan final) ? 

 


Un film que je vous recommande 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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4 février 2025 2 04 /02 /février /2025 06:00

Programme de quatre courts métrages de Man Ray réalisés entre 1923 et 1929 (USA) 

 

Avec  Kiki de Montparnasse (Alice Prin), André de la Rivière, Robert Desnos, Jacques Rigaut, Rose Wheeler, Man Ray, Jacques-André Boiffard, Georges Auric..

 

 

Célébrant le 100ème anniversaire du premier film de Man Ray "retour à la raison" est la première restauration des films muets du photographe cinéaste  avec une nouvelle bande originale composée et interprétée par Jim Jarmusch et Carter Logan , groupe Sqürl 

Retour à la raison

L’étoile de mer Emak Bakia Retour à la raison Les mystères du château du Dé soit quatre « films insolites » regroupés sous le titre « retour à la raison » et qu’accompagne la superbe bande-son minimaliste du duo Sqürl, (Jim Jarmusch et Carter Logan)

Le résultat ? Un envoûtement ! Quand l’avant-garde musicale new yorkaise rencontre la beauté -qui sera convulsive ou ne sera pas (André Breton manifeste du surréalisme) 

 

Se faire voyant, appliquer le précepte rimbaldien à l’image à la singularité d’un regard, en allant au-delà de l’apparence des mots, Tout en se laissant guider par une étoile de mer ? Un gros plan sur ses piquants alors qu’elle est enfermée dans son bocal semble symboliser ces « dents des femmes ». Le sous-titre de ce premier court métrage « l’étoile de mer » est explicite « poème de Robert Desnos tel que l’a vu Man Ray 


Obtenir une image sans appareil en posant l’objet entre le papier et la source de lumière (cf clous punaises ressorts dans « retour à la raison ») poser des morceaux de verre cathédrale devant l’objectif : les personnages nous apparaissent flous (dans l’étoile de mer Kiki de Montparnasse André de la Rivière et Robert Desnos qui apparaîtra furtivement vers la fin). Démarche de qui pratique un cinéma expérimental et simultanément le rêve éveillé (et les paupières closes sur lesquelles l’artifice de ces yeux peints donne l’illusion de la vie …) 

 

Des gymnastes des baigneurs aux débardeurs rayés s’en viennent peupler le « château » de la comtesse de Noailles (villa conçue réalisée par l’architecte Mallet-Stevens à Hyères) Dans cet hommage à Mallarmé « un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (cf l'affiche) et qui clôt notre  voyage » la confondante unité des personnages de l’architecture du ciel et de la mer a remplacé la "plume solitaire éperdue" du Maître (qui avait vu s’effondrer dés, vagues, mots) Le duo Jarmusch Carter Logan en décuple l’onirisme 


Inviter le spectateur à constamment se mouvoir comme l’a analysé Yannick Lemarié ? Oui certainement  Marche. Danse. Voiture. Train. Bateau. Rêverie d’une dormeuse, peut-être, qui s’élance vers des espaces infinis, depuis les abîmes marins jusqu’au ciel des poètes. L’étoile de mer ne conjugue-t-elle pas les deux ? Emak bakia n’évoque-t-il pas le « bassin de Neptune » et l’aviateur Marcel Doret ? Les Mystères du château de Dé ne propulse-t-il pas les nageurs dans les airs ?

 

A ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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3 février 2025 1 03 /02 /février /2025 09:04

d’Antoine Chevrollier (2024)

Coécrit avec Bérénice Bocquillon et Faïza Guène,

 

musique : Evgueni et Sacha Galperine 

 

Avec Sayyid El Alami (Willy) Amaury Faucher (Jojo) Artus Solaro (Teddy l’entraîneur) Damien Bonnard (David le père de Jojo) Florence Janas (Séverine la mère de Willy) Mathieu Demy (le nouveau compagnon de Séverine) Léonie Dahan Lamort (Marina) 

 

Festival Premiers Plans d'Angers 2025 :Prix du public  Prix d'interprétation masculine pour Sayyid El Alami Prix de la diversité

Festival de Cannes 2024 : sélection en compétition dans la section Semaine de la critique
 

 

Projeté en avant-première à l'Omnia le 2/02 en présence du réalisateur et de l'acteur Amaury Faucher ce film sort en salle le 5 février

Willy et Jojo, deux ados inséparables, passent leur temps à chasser l’ennui dans un petit village au cœur de la France. Ils se sont fait une promesse : ils partiront bientôt pour la ville. Mais Jojo cache un secret. Et quand tout le village le découvre, les rêves et les familles des deux amis volent en éclat.

La Pampa

Ecran noir;  des voix s’élèvent, envahissent l'obscurité de leur champ sonore (invectives  rires  et défis ) puis voici auréolé de lumière Jojo encouragé dans son "challenge"  griller le stop qui croise une route départementale très passante  "on n’a qu’une vie vas-y": et ce, malgré  l’avis  contraire de Willy son meilleur ami. Cette injonction/défi résonnera d’une étrange façon au cours de la narration quand Jojo adulé sera l’objet de l’opprobre quasi généralisé et que le « tombeau ouvert » du challenge initial sera la pierre tombale d’un geste désespéré…

 

Oui ce film plein d’énergie de folie et de bienveillance aussi fait précisément « se croiser » des destins dans un village angevin pétri de « préjugés » (préjugés dont Marina (Willy en est amoureux), désormais étudiante à Angers, s’est affranchie J’ai l’impression d’être dans les années 50 avec les rumeurs, les réputations…) Un croisement qui n’est pas simple juxtaposition  mais aussi (et surtout) engrenage de problématiques diverses (ruralité ennui déterminisme social homosexualité homophobie deuil) et tout l’art du cinéaste sera d’entraîner le spectateur là où il ne s’y attendait pas…. tout en privilégiant le parcours quasi initiatique de Willy. Conséquence inévitable : le scénario va donner l’impression (désagréable pour certains) d’accumuler des  "micro récits" …Jamais il ne sacrifiera les personnages dits secondaires (cf les rôles de la mère, de la petite sœur, de Marina dans le parcours/trajectoire de Willy ; cf aussi la métamorphose du père de Jojo, admirablement interprété par Damien Bonnard)

 

Voici deux adolescents à l’amitié indéfectible. L’un souffre du caractère impitoyable d’un père -qui vit par procuration la victoire (championnat de France de motocross) de son fils entraîné par Teddy ; l’autre dévasté par la mort de son père ne peut envisager une  autre vie dans une autre maison et un autre compagnon pour sa mère. Mais voici qu’homosexualité et homophobie vont changer la donne, et le cours des destins… 


La pampa ce circuit de motocross est à n’en pas douter un microcosme (ou du moins il est traité comme tel). Or, les deux grandes séquences le jour du championnat (dans lesquelles Jojo et plus tard Willy sont filmés tels des voltigeurs) si elles se font écho n’ont pas la même fonction dans la narration ; la seconde s’est en effet délestée du virilisme si patent dans la première ; et ce faisant ce sont aussi les limites de l’éducation parentale qui éclatent au grand jour. 

 

Un film qui "déconstruit"  tous les clichés de la « masculinité toxique » liés au motocross dans le contexte d’une certaine ruralité, sans recourir à une  démonstration plus ou moins moralisatrice…

 

L'Apocalypse, ce n’est pas la fin du monde, c’est un dévoilement : la fin d’un monde avant un nouveau."

On serait tenté d’appliquer à La Pampa (mutatis mutandis) ce commentaire de Marina destiné à Willy lors de leur visite au château d’Angers où est exposée la tapisserie médiévale l’Apocalypse

 

Un film que je vous recommande 

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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1 février 2025 6 01 /02 /février /2025 10:34

de Déa Kulumbegashvili (Géorgie 2024)

 

avec Ia Sukhitashvili,(Nina) Kakha Kintsurashvili,((David) Merab Ninidze (médecin-chef)

 

 

 

Musique Matthew Herbert

 

Mostra de Venise 2024 Prix spécial du Jury

Nina, une obstétricienne de la Géorgie rurale aide les patientes souhaitant avorter malgré l'interdiction légale. Elle doit défendre ses valeurs et ses actions lorsqu'elle est accusée de négligence et est soumise à une enquête1

April

"Explorer une société où la désobéissance féminine est jugée comme le pire des péchés, une société où la femme est forcément liée à son statut de mère ou d’épouse, où rester célibataire est suspect" tel est le pari de la réalisatrice;  lutter contre les « préjugés » c’est le quotidien de Nina. Mais ce sera avec une "singularité déconcertante" 


Oui April est un film étrange déroutant voire dérangeant. Un film choc (on sort de la séance comme sonné après un uppercut). La mise en scène est radicale, le réalisme cru, le format (1,3) et la lenteur de certains plans fixes enserrent dans une forme d’étouffement, que vient amplifier une bande son qui fait la part belle à un souffle une respiration,  celle  d'un double -vivant ou mort-vivant (à l’instar de l’alter ego de Nina humanoïde à la combinaison couleur chair et ocreuse, boueuse).

On ne peut rester insensible à l'esthétique de ce film (au service d’ailleurs d’un plaidoyer en faveur de l’avortement) Certains spectateurs vont déplorer un excès de rigueur formelle ; j’en conviens il y a un étirement qui va (parfois) au-delà du « nécessaire » Cela étant …. 


Les trois premières séquences resteront gravées dans les mémoires  D’un point de vue purement narratif elles encodent le film -que l’interprétation soit naturaliste ou symbolique- , d’un point de vue esthétique (plastique) elles « dérangent » par leur anti conformisme (silhouettée une femme nue semble s’enfoncer dans les marécages, et sa chair se drape d’une viscosité flasque ; un accouchement filmé en un long plan fixe comme en surplomb léger  avec l’accroche de cette lampe froide, l’œil du spectateur rivé sur le sexe de la parturiente ; le frémissement de l’eau qui se métamorphose en crépitement mugissement insolite et qui envahit l’écran au son tonitruant du tonnerre foudroyant) 
 

L’alternance entre scènes à l’hôpital et en extérieur (on imagine Nina au volant de sa voiture qui zigzague de nuit s’octroyant des « pauses » susceptibles de satisfaire une libido contrariée,) qui est aussi une alternance entre cadres fixes et mouvements, exprime cette volonté de « capturer » l’instabilité constante d’un monde. A la froideur des architectures de ces longs couloirs désertés par l’humain (et souvent les personnages sont vus de dos ou restent hors champ) s’opposent si contrastés un champ de coquelicots inondé de lumière, des fleurs en gros plan vibrant sur des branchages gorgés de soleil, un ciel qui « se noie dans son sang qui se fige » Avril et le renouveau 
 

Le plan final (opacité gluante dans l’effacement par engloutissement … ) n’est-il pas empreint  de cet onirisme  aux multiples interprétations ? 
 

 

A ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 04:26

De Robert Guédiguian (2024)

 

avec Ariane Ascaride, J-P Darroussin, Louis Leprince Ringuet, Gérard  Meylan, , Robin Stévenin, Marilou Aussilloux, Lola Naymark

Maria, la soixantaine, aide des personnes plus âgées qu'elle. Tirant le diable par la queue, elle ne se résout pas à sa précaire condition et, par-ci par-là, vole quelques euros à tous ces braves gens dont elle s'occupe avec une dévotion extrême et qui, pour cela, l'adorent.

La pie voleuse

Commentaire de Serge Diaz

 

La pie voleuse est un doux battement d'ailes dans un monde de brutes. Nul autre réalisateur français actuel ne dépeint aussi bien les petites gens que Robert Guédiguian. Son humanisme nous traverse, sans violence, sans exagération, sans manichéisme, sans voyeurisme sexuel. La bonté et l'amour sont au cœur des préoccupations

 

On pardonne à Ariane Ascaride qui joue simplement une assistante de vie qui arrondit ses fins de mois en rapinant les vieux dont elle s'occupe et qui l'adorent .  On s'attache à l'ami d'enfance du réalisateur Gérard  Meylan, qui joue un ancien mécanicien à la petite retraite (à cause des ses nombreux boulots au noir,) perd le peu d'argent du ménage au jeu de cartes, au bistrot avec ses copains.

 

Il y a du suspens(e) dans ce déroulement de vie ordinaire avec une intrigue banale mais bien ficelée. Et une jolie musique de piano, jouée par le petit fils prodige, qui s'envole par les fenêtres des maisons populaires de l'Estaque.  La fin est comme le reste du film, délicate, sensible et généreuse.

Enfin, la bonté domine ce film sans niaiserie au ras de la vraie vie de ceux qu'on appelle à tort les petites gens.

 

Un vrai feel-good movie comme disent les Anglais , qui nous laisse un goût de nostalgie dans le cœur.

 

 

 

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28 janvier 2025 2 28 /01 /janvier /2025 12:04

De Pablo Larrain (Chili USA 2024)

 

avec Angelina Jolie (Maria Callas) Haluk Bilginer (Aristote Onassis) Pierfrancesco Favino (Ferrucio Maezzadri) Alba Rohrwacher (Bruna) Valeria Golino (Yakinthi Callas) Caspar Phillipson (J Fitzgerald Kennedy) Vincent Macaigne (Dr Fontainebleau) Kodi Smit-McPhee (Mandrax)

 

Présenté en avant-première à la Mostra de Venise (août 2024)

Angelina Jolie nommée aux Golden Globes pour son interprétation 

 

Présenté en avant-première à l'Omnia dimanche 26 janvier (festival Télérama)

 

Sortie le 4 février 2025

 

 

 

La soprano américano-grecque Maria Callas se retire à Paris après une vie glamour et tumultueuse aux yeux du public. Dans ses derniers jours, la diva s’interroge sur son identité et sa vie ; elle se remémore ses plus grands succès, entre solitude et nostalgie Pablo Larraín dresse ainsi le portrait d'une femme à la fois adulée et profondément vulnérable.

Maria

Troisième volet d’une trilogie consacré au féminin blessé, après Jackie et Spencer ce film s’intéresse aux 7 derniers jours de la Callas en septembre 1977. Voici une femme désespérée d’avoir perdu sa voix, une femme bourrée de médocs, une femme blessée dans ses amours, une femme recluse dans son appartement parisien et qui « s’interroge sur sa vie et son identité ».

 

Maria est structuré en trois parties annoncées par les « claps » et se donne(rait) à voir comme un film dans le film La Callas : the last days. Mais très astucieusement le personnage de Mandrax (Kodi Smit-Mcphee) censé être le documentariste n’est qu’une projection de l'esprit de la chanteuse, ce qui accentue l’enfermement mental de Maria. 
La séquence liminaire qui nous introduit avec lenteur dans l’appartement luxueux peut s’apparenter à une marche funèbre : silhouettés seront les personnages (dont le médecin Fontainebleau interprété par V Macaigne) qui se penchent sur le corps de la défunte gisant à même le parquet. Cette scène d’ouverture est reprise en écho à la fin : une telle circularité, certes formelle, s’inscrit en fait dans une volonté de désacralisation et d’ailleurs le plan fixe qui clôt le film est dédié au couple de serviteurs fidèles (Alba Rohrwacher, et Pierfrancesco Favino) alors que vont défiler en même temps que le générique de fin, des images d’archive en couleurs avec ….la Callas… loin de ses rôles de diva …

 

Pénétrant sa psyché (le visage d’Angelina Jolie filmé en très gros plan étant le miroir à traverser), Pablo Larrain déploie ses talents incontestés de cinéaste : éclatement de la chronologie, enchâssement des épisodes revisités en images réelles ou mentales, présentes et remémorées tout à la fois; récurrence de certaines scènes, agencement des couleurs avec passage du clair-obscur, du noir et blanc à la couleur, variations des cadres et angles de vue ; à cela il convient d’ajouter ces dialogues (certains assez drôles) la somptuosité des décors (et des costumes…). Et c’est bien pour « restituer » la « voix » (l’actrice américaine aurait suivi des cours de chant) que le cinéaste use des artifices qui « brouillent » les pistes - (de loin sur scène la Callas (la vraie?) mais voici entremêlés les rushs du film faussement vieillis… - dans la même séquence voici un extrait d’un concert aussitôt revisité ou fantasmé par… Angelina Jolie)

Cinéma et opéra, cinéma et intériorisation théâtrale


En contrepartie certains épisodes tombent à faux, à moins qu’il ne s’agisse d’auto dérision (revisitant son passé Maria peut le travestir) rencontre avec le président Kennedy, ultime visite à Onassis mourant;  et que penser de ces flash-back sur les « dérives » de la mère qui a prostitué ses deux filles ? faire du personnage une « victime » ? 


Certes le cinéaste refuse l’hagiographie tout en faisant de Maria la seule maîtresse de son « nouveau » destin (ce dont témoignerait la scène d’autodafé) mais force est de constater que la virtuosité formelle l’emporte créant ainsi une paroi de verre entre l’écran et le public….

Dommage

 

Colette Lallement-Duchoze
 

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