Girl in the Hallway Canada, 2019, 11 minutes
- Réalisation : Valerie Barnhart Écriture : Valerie Barnhart, Jamie DeWolf
- Image, animation et montage : Valerie Barnhart Son : Pat Mesiti Miller
- Voix off : Jamie DeWolf Musique originale : Alex Mandel
- Production : Valerie Barnhart
À l’occasion du festival d’animation d’Annecy qui débute le 8 juin, Mediapart et Tënk vous proposent de découvrir le puissant film de Valerie Barnhart, primé en 2019. Illustration d’un fait divers qui interroge l’inaction et le poids de la culpabilité.
https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/culture-et-idees/la-fille-dans-le-couloir-quand-le-silence-est-violence
l’histoire d’une porte fermée. Un conte de bêtes affamées et d’ogres. Un souvenir de loups armés. Le récit d’un artiste qui se retrouve au cœur d’un fait divers. Il témoigne des circonstances qui entourent la disparition d’une enfant et porte avec difficulté le lourd poids de son silence et de son inaction. « Parce qu’il y a des petites filles qui ne reviennent jamais de la forêt. »
Quinze ans après, la petite fille du couloir le hante toujours. Cet homme, c’est Jamie DeWolf. Il était le voisin de Xiana Fairchild, âgée de 7 ans au moment de sa disparition. C’est son récit qu’on entend du début à la fin du film. Écrivain, cinéaste, performeur, il est réputé pour ses slams poétiques, dont celui qui sert les dix minutes de bande-son du film.
Un texte qu’il jouait depuis longtemps sur scène et dont la réalisatrice Valerie Barnhart s’empare pour son premier court métrage. Elle utilise le tout premier enregistrement public, le plus fragile, le plus torturé, chancelant et âpre. La jeune illustratrice canadienne le sublime à l’image par une animation en stop motion 2D, une technique qu’elle a apprise en réalisant ce film. Confrontant la mémoire douloureuse de Jamie DeWolf avec un travail au fusain et au pastel sur papiers découpés qui s’autodétruisent au fur et à mesure. Un chaos cauchemardesque d’ombres et d’éclats rouges qui collent parfaitement avec la scansion de la voix et la noirceur du texte.
« Les aveux de Jamie sont incroyablement intimes. J’ai senti qu’en disant ces mots pour la première fois, Jamie avait créé quelque chose de brut et imparfait. Et qui permet de se projeter. C’est très facile de voir le background de cette histoire et pourquoi il a, malheureusement, pris ces décisions. Il y a un peu de nous tous en Jamie. Le silence et l’inaction sont une forme passive de violence. Le mal devient banal lorsqu’il est toléré par ceux qui le rencontrent », détaille la réalisatrice dans un entretien avec Nicolas Bardot.
Si l’histoire personnelle est terrible et dépeint une réalité très (trop) sombre, habitée par la peur de l’autre, la crainte générale du monde extérieur, dénuée de toute lueur d’espoir, de foi dans une humanité minée par la violence, sa grande force est d’être un avertissement contre nous-mêmes. Contre les dynamiques du silence, contre toutes les souffrances à côté desquelles nous passons sans y prêter attention ou, pire, en les ignorant sciemment. C’est ce sentiment qu’on ressent dans l’urgence de la voix à dénoncer le loup qui sommeille en nous.
Mediapart et Tënk
Le festival international du film d’animation d’Annecy se déroule cette année du 8 au 14 juin, retrouvez ici l’intégralité de la programmation 2025.
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