De Mattéo Eustachon, Léo Couture et Anton Balekdjian (2024)
Avec Baptiste Perusat (Laurent) Beatrice Dalle (Sophia) Suzanne de Baecque (Coline) Thomas Daloz (Santiago) Monique Crespin (Lola) Djanis Bouzyani (Farès)
Festival Cannes 2025 ACID (association du cinéma indépendant pour sa diffusion créée en 1992)
À 29 ans, Laurent cherche un sens à sa vie. Sans travail ni logement, il atterrit dans une station de ski déserte hors-saison et s’immisce dans la vie des rares habitant·es qu’il rencontre. Quand les touristes arrivent avec l’hiver, Laurent ne peut plus repartir.
Le premier plan a de quoi surprendre… il agit telle une mise en condition (un état de flottaison comme les pieds de Laurent dans le vide); et le spectateur ira de surprise en surprise …La placidité affichée du personnage éponyme (extraordinaire Baptiste Perusat) quel que soit le contexte, quelles que soient les rencontres - placidité et son corollaire la distanciation-, la lenteur du rythme en conformité avec l’allure dégingandée de Baptiste Perusat (ou l'inverse) , le minimalisme des dialogues, qu’accentue une diction monotone, l’ambivalence " apparente" d’un individu capable de troquer - avec une surprenante douceur ou désinvolture - l’accompagnement à la mort contre un lit (silence glacial que perturbe le visage de la future morte, Lola, clope au bec…) ou une relation sexuelle (traitée avec une étonnante délicatesse) avec Sophia, la mère de Santiago, contre un "toit", tout cela ne suscite ni rejet, ni mépris , l’astuce des trois réalisateurs est de nous prendre au piège, à notre propre piège dont la teneur variera selon l’âge…
Voici un trentenaire sans travail, sans appartement, sans racines (hormis sa relation avec sa sœur) Voici un personnage dans le vent, un errant, (errance à la fois géographique physique et mentale) mais qui souhaite aimer, être aimé (réponse sans équivoque à la question posée par Santiago) Serait-il le prototype d’une génération à la dérive ?
La magnificence des montagnes enneigées, leur silence sidéral et minéral à la fois, dans leur verticale immensité, en harmonie d’ailleurs avec la solitude de Laurent, (la station de ski hors saison est désert(é)e, la vallée peuplée par quelques êtres "en marge"…), le paraître presque doucereux du personnage, son être profond fait de douleurs accumulées ?), tout cela participe d’une volonté d'ausculter un "vide existentiel" Le trio de réalisateurs s’interroge en effet sur les aspects, la genèse d'un "malaise" dont les aînés seraient à la fois les pourfendeurs et les instigateurs ?
Sophia (le choix du prénom est astucieux) interprété par une Béatrice Dalle au jeu étonnamment sobre et que l’habit noir transforme en Parque moderne, énonce peut-être la morale de cet apologue des temps modernes (ça peut rester comme ça toute la vie) ; un apologue parfois loufoque (Laurent en combinaison de pisteur, sa sœur Coline et ses ruptures répétées avec sa compagne, Santiago en Viking, ) apologue qu’accompagne la musique de Léo Couture (violoncelle et sifflements)
Choix de l’ACID, un gage d'excellence? pas forcément (si l'on excepte les effets spéculaires liés à la montagne, aux archétypes qu'incarnent les gens rencontrés et à la fonction symbolique des animaux de passage...)
On peut déplorer l’allure "train de sénateur", le mélange pas toujours convaincant entre absurde et mélancolie et les (inévitables ?) redondances… Et la comparaison avec les films d'Alain Guiraudie (dont le récent Miséricorde Miséricorde - Le blog de cinexpressions) à mon humble avis n'est pas pertinente...
Colette Lallement-Duchoze
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