16 août 2026 7 16 /08 /août /2026 06:30

D'Haifaa al-Mansour (Arabie Saoudite 2025)  

avec Mira Al Zahrani Abdullah Al-Qahtani, Aziz Gharbawi, Shafi Al Harthi.

Toronto International Film Festival 2025

Festival Reims Polar 2026

Dans le désert saoudien, une adolescente est retrouvée morte sans qu'elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l'affaire est rapidement classée. Cependant, Nawal, une jeune employée de commissariat, refuse de lâcher ce dossier. En enquêtant sur la victime, elle met au jour des éléments qu'elle n'aurait jamais dû découvrir et se retrouve bientôt entraînée dans une affaire qui la dépasse.

Les silences de Riyad

Premier film réalisé par une femme en Arabie Saoudite, Wadjda fut pour le public occidental une révélation  …Or en 2011 Haifaa al-Mansour la cinéaste fut contrainte de filmer à "distance" (elle dirigeait d’une camionnette garée en bord de rue, au talkie-walkie,) la ségrégation lui interdisant de se tenir près de ses actrices. Quinze après, Les silences de Riyad  a été  soutenu par  la Saudi Film Commission…Entre les deux The Perfect Candidate, fut la première production financée par le Conseil saoudien du cinéma . Rappeler ces faits aura peut-être des incidences sur la "compréhension" du troisième volet de la trilogie 

Si la réalisatrice a opté pour un thriller (qu'elle mène souvent tambour battant) le retournement final (inattendu) oblige le spectateur à porter un autre regard sur ce qu’il vient de voir et à se poser d'étranges  questions... Twist énigmatique: l’intégration de la femme dans la société saoudienne passerait sous d’insolites fourches caudines confondant intégration et inclusion (?) et l'organisme de financement (le pouvoir) aurait "payé" pour que sa mise en cause fut  pure manoeuvre  (?) Bizarre...

Soit une jeune employée de commissariat, elle y numérise des dossiers, sollicitée pour porter un regard de femme sur le meurtre d’une adolescente non identifiée (si au bout de quinze jours le corps n'est pas réclamé, l'affaire sera classée sans suite).Vite "remerciée", Nawal -passionnée pour "le vrai crime" -et le geste de l’égorgement qu’elle brandit  avec aplomb en direction de son supérieur est éloquent-, va  mener sa propre enquête sans autorisation (tout en rendant compte à son "chef"  de ses "découvertes") Elle brave les interdits, se drape (en certaines circonstances) du voile total (femme invisibilisée), force les  portes  (de villas ou de voitures) interroge les adolescentes censées avoir été amies avec Amal, la directrice de l’établissement, le cousin accusé à tort, elle choisit l’empathie de la « sororité » pour convaincre les plus réticentes dont la mère, etc  Et même si on la "menace" les propos comminatoires ne seront jamais exécutoires.

Embûches et anomalies...

Seule contre tous ? Dans une société patriarcale où le mariage est arrangé (quand il n’est pas forcé et c’était le cas d’Amal) où l’enfermement familial et ses silences n’encouragent pas l’éducation des filles …où les silences du "pouvoir" (hors champ) tétanisent.

Seule avec elle-même…Seule avec sa conscience…- dont témoigne la récurrence de mini scènes de cauchemars.

Mais elle aura identifié la victime…(et ce faisant lui aura rendu une forme de dignité  soit le contraire de l'effacement, de l'invisibilité)

Le rythme au gré des  "révélations" successives est globalement "soutenu"   et l’actrice (qui est quasiment de tous les plans) porte le film de sa grâce fébrile mêlée à son inébranlable pugnacité. Mais il y a des cadrages trop insistants et répétitifs, des images aussi lisses que des cartes postales (l’immensité des dunes) des effets  "faciles"  (habit noir qui flottera à jamais dans l’oubli ocre du paysage) et surtout le twist final est plus que problématique (on en conviendra aisément)

Faut-il pour autant bouder ce film ?

Je vous laisse juge

 

Colette Lallement-Duchoze

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