De Victor Erice (Espagne 1983 version restaurée)
avec Omero Antonutti (Agustín Arenas, le père) Sonsoles Aranguren (Estrella enfant) Iclar Bollain (Estrella à quinze ans) Lola Cardona (Julia, la mère) Rafaela Aparicio (Milagros, la nourrice) Aurore Clément : (Laura/Irene Ríos)
Le réalisateur a reçu en décembre 2025 le prix d'honneur du festival Laceno d'Oro à Avellino, en Italie,
Dans l’Espagne des années 1950, Estrella, une jeune fille de huit ans, vit avec ses parents au nord du pays, dans une maison appelée “La Mouette”. Son père, Agustín Arenas, médecin taciturne et mystérieux, radiesthésiste à ses heures, est originaire du sud de l’Espagne, région qu’il n’évoque jamais. Intriguée par ses silences, Estrella grandit en essayant de percer le mystère qui entoure la jeunesse et les blessures passées de cet homme qu’elle admire profondément...
"Le nœud essentiel du Sud n'est pas la perte, la mort du père. Mais la reconstruction de sa personnalité à travers l'accession de sa fille à l'âge adulte " (Victor Erice)
Le film aurait dû comprendre deux parties dont une consacrée au Sud…(à l’instar du texte dont il s’inspire) mais pour des raisons financières le producteur en a décidé autrement. Or, la fin brutale est loin de résonner comme un « couperet » ou quelque chose d’inachevé ; n’ajoute-t-elle pas une part de mystère à ce Sud -que nous ne verrons pas…Un Sud énigmatique que les fantasmes de la jeune Estrella ses questionnements sur les non-dits du père (dont il est originaire) non-dits devenus stigmates de douleur -, transforment en mythe. Mythe des origines, mythe de la Vie (amour caché) et de la Mort (guerre civile, choix du père ostracisé par les siens, combattant « dormeur du val » …)
La toute première séquence -écran noir bleuté, présence d’une fenêtre, alors que progressivement émergent quelques touches de couleur et que se dessine le drapé d’un lit - alors que retentit l’appel répété « Augustin » alors qu’Estrella découvre l’écrin (du pendentif) et que sa voix off commente les faits, cette scène inaugurale semble contenir le tout : une chambre comme caisse de résonance et chambre noire, une voix off explicative, un père régulièrement absent (l’absence sera d’ailleurs déclinée dans sa polysémie) le rôle du pendentif et surtout le traitement très pictural de la thématique : enfance, secret, ombre et lumière ; une scène qui reviendra comme pour scander ce récit rétrospectif
Récit intimiste et contemplatif aussi fait d’une succession de mini scènes comme autant de tableaux (dont certains rappellent les peintures de Vermeer ou du Caravage), paysages et ambiances de clairs-obscurs tout cela en harmonie avec la dialectique de l’ombre et de la lumière, avec celle du conscient et du rêve, de la réminiscence et du fantasme, en harmonie aussi avec le contraste entre le Nord (là où vit a vécu Estrella dans cette maison La Mouette à la périphérie d’une bourgade innommée) et le Sud (sa connotation de chaleur et de passion) De même les ouvertures et fermetures au noir qui jalonnent le récit n’illustrent-elles pas la dichotomie perte et remémoration ? Récit initiatique enfin car après s’être interrogée sur les énigmes d’un père adulé, -que percer les mystères se fasse à pas feutrés ou plus frontalement -, après avoir idéalisé ce père médecin, sourcier, ce cavalier lors de la cérémonie de sa première communion, cet homme qui aurait aimé en secret Irène, Estrella se rend à l’évidence -et le face à face au restaurant, le dernier de son vivant, le prouverait aisément- il n’y a pas de magie, il n’y a pas de héros ...
Malgré les qualités formelles indéniables, et surtout le traitement de la lumière diffuse rasante ou réfractée, malgré le rôle du hors champ, la puissance suggestive des non-dits et des ellipses, la voix off est beaucoup trop présente, démonstrative et explicative
Dommage
Colette Lallement-Duchoze
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