De Chloé Zhao (USA 2025)
avec Jessie Buckley (Agnes Shakespeare) Paul Mescal (William Shakespeare) Emily Watson (la mère de William) Jacobi Jupe (Hamnet) Joe Alwyn (le frère d’Agnes)
Musique de Max Richter
Prix du public festival de Toronto
4 janvier 2026 Critics Choice Movie Awards prix de la meilleure actrice pour Jessie Buckley
11 janvier 2026 le Golden Globes de la meilleure actrice dans un film dramatique pour Jessie Buckley
Vu en avant-première dimanche 18 janvier
sortie en salle le 21 /01/ 2026
Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel
Toute tentative de démêler le « vrai du faux » serait frappée d’inanité. Car en adaptant le texte de Maggie O’Farnell (co-scénariste d’ailleurs) qui fait de la douleur, du deuil, la naissance d’un chef d’œuvre, la réalisatrice imagine de manière fictive les coulisses de la création. Et de fait on assiste à une forme de déplacement /décentrement -par rapport aux attendus historiques ou autres sur le dramaturge -…Ainsi le rôle éminent joué par l’épouse Agnes, herboriste et magicienne, (même si le passage de Wil à William Shakespeare est un des ressorts de la dynamique interne), la nature comme force tellurique voire chtonienne très puissante (cf son omniprésence au début), le pouvoir structurant du deuil - le vide éprouvé par la mort d’un enfant, au plus profond de soi dans sa chair dans son être tout entier, s’il est impossible à combler, pourra être mis en mots : seul l’art serait habilité à dire la perte ? Ajoutons que la mort d’Hamnet est présentée comme un rite sacrificiel (le jumeau veut sauver Judith) et que de bout en bout vie et mort loin de s’opposer en dichotomie sont corrélées (depuis la tache rouge dans le vert au tout début, l’habitacle de vie en forme de sépulcre, le bébé mort-né lors du second accouchement soudainement ressuscité, jusqu’aux larmes de William interprétant le fantôme du père dans la pièce nouvellement créée Hamlet, en passant, par l’équivalence des prénoms : Hamlet comme variation élisabéthaine de Hamnet …Et c’est bien le récit du mythe d’Orphée et d’Eurydice qui émeut Agnès…alors que Wil précepteur de latin fauché le récitait comme "jeu" de séduction…mythe qui s’inscrit dans la méditation sur la vie et l’art (ou l’inverse)
Le film se déploie en fragments structurés en actes (passage écran noir) avec ellipses (temporelles) qui ne nuisent pas à la « compréhension » Il privilégie le « sensoriel » (qui n’évitera pas les pièges du sensationnel). La réalisatrice alterne les ambiances ocrées des scènes d’intérieur et les couleurs plus franches des extérieurs, les gros plans sur les visages des deux protagonistes et des plans plus larges sur les membres de la famille, de même elle alterne -ou fait cohabiter- le sombre et le lumineux, le charnel et le poétique, le lyrique et le tragique, le prosaïque et le mystique, avec cette lenteur qui lui est propre. Et la métamorphose de la mère de William (surprenante Emily Watson) -la réprobation initiale se mue en bienveillance- s’inscrit elle aussi dans cet entremêlement thématique- lumière ténèbres- et qui culminera dans la dernière partie (espace scénique du Globe Theatre reconstitué)
être ou ne pas être ! étrange résonance !
Mais hélas comme pour Nomadland il y aurait beaucoup de nuances à formuler comme autant de bémols : des étirements inutiles où se devine la complaisance - mort de l’enfant Hamnet -, cris en échos, visages déchirés dévastés par la douleur, paroles et spasticité, champs-contrechamps tout à la fin trop appuyés quand bien même il convenait d’alterner les points de vue et de "réconcilier " par l’art les époux endeuillés et comme …séparés; quand bien même le dénouement aurait la force d’une catharsis à l’ancienne. De même on pourra regretter cette propension à "lénifier" une légitime empathie ou carrément -après tout n’est-ce pas la même chose ? - manipuler l’émotion (et l’extrait musical signé Max Richter qui clôt le film corroborerait cette impression)
Colette Lallement-Duchoze
/image%2F1527451%2F20260119%2Fob_f39da6_hamnet.jpg)