24 août 2026 1 24 /08 /août /2026 07:48

de Ryūsuke Hamaguchi (France Japon)

 

avec Virginie Efira (Marie-Lou Fontaine) Tao Okamoto (Mari Morisaki ) Kyözö Nagatsuka (Goro Kiyomiya) Kodai Kurosaki (Tomoki Kuboder) Marie Bunel (Sophie) Marie Denarnaud (Laurence) Jean-Charles Clichet (Olivier) Romain Cottard (Damien) Gabriel Dahmani (Djibril)

Adapté librement d'un recueil de lettres échangées entre la philosophe Makiko Miyano et l'anthropologue médicale Maho Isono,. Soudain, je me sens mal 

Festival de Cannes 2026 : Prix d'interprétation féminine (ex-æquo pour Virginie Efira et Tao Okamoto)

Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d'une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes vont faire de l'établissement un symbole de résistance et d'humanité.

Soudain

Comment passer de l’écrit (correspondance entre la philosophe Makiko Miyano atteinte d’un cancer qui s’interrogeait sur la notion de hasard et l’anthropologue médicale Maho Isono) à l’image tout en restituant la puissance intellectuelle et émotionnelle du premier ? une gageure que le cinéaste japonais relève avec l’élégance que nous lui connaissons…Et la longue séquence sur le capitalisme sur ses effets pernicieux qui poussent le Japon vers la « mort » et dans laquelle Virginie Efira et Tao Okamoto échangent en japonais n’a pas la lourdeur du didactisme (quand bien même certains spectateurs auront déploré l’aspect « plaqué » d’une « récitation apprise par cœur »)

Marie Lou directrice d’un établissement pour personnes âgées tente de concilier la méthode de l’humanitude et les impératifs financiers propres à toute gestion (qu’illustrent les réunions animées par Olivier (Jean Charles Clichet)  les interpellations/dissensions dont celle de Sophie (Marie Bunel), la « visite des financeurs  les bras encombrés de dossiers » visite  guidée par Laurence (Marie Denarnaud) Cette directrice (deux plans la surprennent ensommeillée) va trouver en Mari la personne idéale à une révélation tant espérée. Et le film reposera en effet sur l’« amitié » nouée avec la metteuse en scène japonaise,(dont la rencontre pourrait s’apparenter à un « hasard objectif » ).Une amitié qui va au-delà de la sororité (mot trop galvaudé)  au-delà de l’amour (l’agapé et non l’eros), elle va au-delà des mots (tout en sachant que le mot, véhicule de la pensée, aura scellé l’authenticité de la même vision de la vie et des valeurs)  la relation est, existe, elle résiste(ra) à l’imprévisibilité- si « soudaine » soit-elle  

Deux pays (quelques allers et retours) deux paysages (encore que les deux « collines » filmées à Paris et au Japon se répondent en écho comme par un effet spéculaire troublant) deux langues (dont le japonais) mais un seul monde, désespéré !  or ce désespoir Mari le revendique au moment même où sentant sa mort prochaine elle va le quitter– on ne peut écarter ici la pensée camusienne du mythe de Sisyphe

Quand s’impose à l’écran la séquence,  théâtrale, où résidents et personnel soignant devenus acteurs sous l’égide de Goro (Kyözö Nagatsukaà), entremêlent leur corps et lentement « massent » qui la plante des pieds qui un bras - s’opère le « miracle » (du verbe mirari s’étonner) du « tourbillon sensoriel », l’humanitude incarnée palpée dans ce Jardin des libertés (ex hôpital psychiatrique) Rarement les « vieux » auront eu un tel droit de cité à l’écran (le visage de Micheline le regard vert happé vers l’infini, le dos de cette femme qui envahit l’écran et qu’une main vigilante toilette de ses soins, le corps comme hébété de cet homme mutique sondant l’insondable) Et simultanément la sérénité (apparente) est souvent traversée par des « cassures » qu’incarne le jeune autiste Tomoki (cassures qui affectant autant le cadre que l’ambiance sont toujours inattendues…et pourtant si fécondes en enseignement !)

Scandé par des indices temporels (encarts calligraphiés) le film suit ainsi la trajectoire de deux femmes sans verser dans le biographique (quelques bribes seulement sur leur passé réciproque) Jamais désincarné (et ce malgré la toute-puissance de la parole cardinale) il s'inscrit dans la corporéité, le toucher, dans l’espace autant que dans les relations humaines.

Par-delà il convie le public à Marcher, rester vertical Rendre possible l’impossible -malgré toutes les formes de déliquescence

A ne pas manquer !

 

Colette Lallement-Duchoze

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