22 août 2026 6 22 /08 /août /2026 03:06

De Cristian Mungiu (Roumanie Norvège 2025)

Avec Sebastian Stan (Mihai Gheorghiu), Renate Reinsve (Lisbet Gheorghiu),  Vanessa Ceban (Elia Gheorghiu, leur fille aînée ); Jonathan Ciprian Breazu (Emmanuel Gheorghiu,  leur  fils aîné) Lisa Carlehed  (Mia Halberg, leur voisine ), Markus Tønseth  (Mats Halberg, mari de Mia et directeur de l'école ) Henrikke Lund-Olsen  (Noora Halberg, fille de Mats et Mia) 

Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026  

Palme d'or  Prix du Jury œcuménique et  Prix François Chalais

Les Gheorghiu,- un couple roumano-norvégien très pieux, et leurs 5 enfants-  s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause.

Fjord

"Nous sommes là pour aider" “Nous devons protéger l’intérêt supérieur de l’enfant.”

"Alors pourquoi cela ressemble-t-il à un enlèvement approuvé par l’État ?

Voici un film qui  "met mal à l'aise"  qui dérange sans pour autant dérouter Pourquoi ? insidieusement (frontalement aussi) il met le spectateur face à une alternative tendancieuse, transformée en dilemme : absoudre des parents (présentés comme des victimes) qui inculquent une idéologie évangéliste (et frapper la femme et les enfants n’est-il pas inscrit dans la Bible..):  ou s'insurger contre une décision inique émanant d’un organisme social dit progressiste ? Dérangeant Fjord l’est tout simplement dans la "façon " de traiter chacun des deux clans ( ?)  Voici  une fiction aux allures de documentaire sur les difficultés du  "vivre ensemble"   mais à la charge presque caricaturale: impavidité des représentants de l’Aide à l’Enfance d’une part (impavidité si inhumaine dans son mépris affiché assumé revendiqué de qui ne partage pas ses "convictions progressistes" ), et d’autre part  "apparente"  souffrance des parents (on les devine habités par une force supérieure qui la transcende) ou alors frénésie vengeresse (le père plante sa "hache" avec violence sur le billot telle une hache de guerre, il alerte l’opinion internationale; délégation de fonctionnaires et de religieux roumains, manifs aux relents de trumpisme…) L’intervention de Mia Halberg (femme du directeur d’école et mère de Noora,) qui plaide en faveur des Gheorghiu et l’amitié entre Noora et Elia seront frappées d’inanité!

Dérangeant ce film, car à aucun moment les enfants n’auront "dit"  explicitement ce qu’ils ont "subi" ni ce qu’ils ont  "vécu" dans la famille provisoire. Or les deux clans ( ?), incarnant deux modèles d’éducation opposés sont mus par le même souci de bienveillance -sens étymologique "vouloir le bien" .(hélas l’enfant reste une "abstraction" ) Les témoignages "écrits" ?…Mais on sait la "trahison"  de toute traduction, on sait la trahison du langage en général, la polysémie des mots, leur usage dans telle ou telle culture

On est ballotté au milieu de  paradoxes. On est contraint d'avoir  pitié de Lisbet la mère (admirable Renate Reinsve -vue entre autres dans Valeur sentimentale et Julie en 12 chapitres- )…Qui serait insensible à cet arrachement ? ( 5 enfants -dont un bébé qu’elle allaite…- placés d’office le temps de l’enquête dans des familles d’accueil) ! Mais aussi à son prosélytisme  qui s’insinue -discret- dans le "courage"  auprès des moribonds et dans la consolation aux survivants (à noter ici que l'impotent  Ake, entravé sur son fauteuil, n’en représente pas moins la figure de la "conscience" tout comme le fauteuil silhouetté sur la jetée  a la puissance suggestive   d'une allégorie)

Le spectateur aura assisté -dans la première partie- à l’intégration dans le « groupe » scolaire (accueil chaleureux du directeur, naissance d’une amitié entre sa fille et celle des Gheorghiu,) de même qu’il s’était immiscé dans ces cours de gym (séquences assez violentes de placage au sol). Le réalisateur roumain avait eu soin de baliser un chemin auréolé de certains symboles (les remous de l’eau, la ville portuaire isolée d’Ålesund, le fjord tel un rempart, le drapeau norvégien flottant à l’arrière-plan, une toilette mortuaire, des mains qui se croisent pour les prières à heures fixes, des baisers de circonstance) et la scène liminaire surtout - Elia semoncée par son père  Tu dois apprendre à admettre tes erreurs ! Oui de tout cela le spectateur doit se souvenir quand témoin clandestin il assiste au "procès civil", aux interrogatoires ….dans un huis clos étouffant (deuxième  partie) 

 

On retrouve chez Cristian Mungiu (deuxième palme d’or après Quatre mois, trois semaines, deux jours) ce goût prononcé pour les longs plans séquences et cette prédilection pour les questionnements, -à partir des problèmes de société-, culturels politiques sociétaux-, hélas sans réponses : une fois de plus on est face à des fractures qui vont perdurer -le cri d’amour de Noora n' est-il pas  suspendu à jamais inaudible, hors du temps? 

 

Illustrer  par une mécanique qui se veut implacable l’impossible "communication entre des groupes d’individus convaincus du bien- fondé de leurs principes", tout en prônant en creux les vertus d’un  "vivre ensemble"  débarrassé de cette tare. c'est le propos de ce film dérangeant à défaut d’être convaincant...

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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