23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 11:43

De Lucile Hadzihalilovi (France 2024)

 

Avec Marion Cotillard (Cristina) Auguste Diehl (Max)  Clara Pacini (Jeanne) Gaspar Noé (Dino le réalisateur) Dounia Souchov (l’assistante du réalisateur)

 

Berlinale  Ours d’argent pour la meilleure contribution artistique

Dans les années 1970, Jeanne, orpheline, fugue de son foyer perché en altitude, pour atterrir dans les lumières d’une petite ville au creux de la nuit, avec sa patinoire à ciel ouvert… Elle finit par échouer dans l’entresol d’un immeuble où elle s’endort, épuisée. Au petit matin, elle découvre qu’elle a atterri dans un studio de tournage, une équipe s’activant autour de la sublime et imprévisible Cristina, que l’on sent prête à claquer la porte. Une relation trouble s’installe entre les deux femmes.

La Tour de glace

Un conte un rêve qui rejoint le réel : Jeanne fait un rêve inspiré d’un conte qu’elle lisait à une jeune orpheline pour l’endormir et voici qu’il se confond avec la réalité laquelle est elle-même fiction car nous sommes sur un plateau de cinéma où l’on tourne une adaptation de La Reine des neiges  Ainsi va le cinéma,  ainsi va le film de Lucile Hadzihalilovic :  jouer avec les apparences et les niveaux de réalités (le studio de tournage comme mise en abyme, le choix du film dans le film, le double (je)  jeu de Jeanne et de Cristina, deux femmes en miroir (Cristina se revoyant en Bianca à une croisée de sa vie; Jeanne/Bianca comme médusée par la beauté d’une actrice fétiche (gros plan sur un visage aux  cils englués de paillettes) interprétant un personnage de son conte fétiche) ; jouer avec les doubles  - l’emprise fonctionnera dans les deux sens : la Reine des Neiges a une emprise sur l’actrice qui l’interprète ; l’actrice a une emprise sur la jeune fille laquelle exerce une emprise sur l’actrice…Emprise réciproque donc qui culminera dans la séquence du baiser et  son aspiration vampirique 

Mais les effets beaucoup trop appuyés et la lenteur "calculée"  risquent d’aller à l’encontre des intentions ou du moins de les galvauder  -givre et glace en tous leurs fragments éclatés, miroitement de la patinoire (Bianca la patineuse représentant un autre modèle pour Jeanne),  effets spéculaires ad nauseam (dont le cristal qui figurant la lentille de la caméra que traverse la lumière  devient la métaphore  de l’essence du cinéma …)

Du conte d’Andersen la réalisatrice pousse à l’extrême la donnée initiale ("qui traite d'un miroir et de ses morceaux "); elle est surtout intéressée par la figure ambivalente  de la Reine des Neiges (cf la voix  off), par le monde du froid et des miroirs. Est-ce   le regard émerveillé de Jeanne / Bianca qui procèdera aux  transfigurations ? Le "coupez"  du réalisateur,  la pseudo- contemplation des rushes comme passage  d'un irréel (ré)inventé à un "faux" réel? 

S’il est vrai que trop de métaphores tuent la métaphore, l’excès dans les "superpositions" comme autant de surimpressions, et dans les surgissements (saugrenus parfois) du fantastique ou de l’onirisme tuera à la fois les  intentions de la cinéaste (conte initiatique) et les attentes du spectateur (qui avait tant apprécié Innocence 2004)

Que penser aussi de ces références qui saturent le dispositif (ambiances à la Hitchcock à la Hopper ou Lynch) de ces gros plans prolongés sur le corbeau (prédateur) ses croassements et le sang qui macule le blanc d’un visage ou d’un costume, sur ces baisers qui vampirisent …On pourrait multiplier les exemples

Hélas!  trois fois hélas!  Qu’il est loin le temps de l’Innocence !!!

Mais il y a le "son"  dans le silence sépulcral

Mais il y a la musique de Messiaen La Fête des Belles-eaux (ondes Martenot) et la Turangalîla-Symphonie  

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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