De Pauline Loquès (France 2024)
Avec Théodore Pellerin (Nino) William Lebghil, (Sofian l'ami) Salomé Dewaels (Zoé) Jeanne Balibar (la mère de Nino) Mathieu Amalric (l'inconnu des bains douches)
Semaine internationale de la Critique Cannes 2025
Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation pour Théodore Pellerin
Prix d'Ornano-Valenti : Festival du cinéma américain de Deauville 2025
Omnia dimanche 14 septembre en présence de Pauline Loquès, Théodore Pellerin et Salomé Dewaels
Sortie le 17 septembre
Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.
Un verdict / couperet- papillomavirus transformé en cancer de la gorge-. et voici le personnage éponyme, Nino trentenaire, confronté brutalement au double problème de la (sur)vie (vous êtes jeune vous êtes prioritaire) et de la paternité (dans l’urgence il doit congeler son sperme qui ne sera plus fertile après le traitement).
Nous allons le suivre pendant les trois jours qui précèdent la première séance de chimio. Une errance dans un Paris bleu soudainement, bleu entièrement -alors que dominait le blanc chirurgical avant, pendant et juste après l’annonce, blanc sur lequel se détachaient visage et nuque filmé.es au plus près, dans le silence abyssal de la confrontation de soi avec soi …
La caméra le suit dans cette déambulation -immersion physique presque tactile- où le corps va comme se diffracter au gré de "rencontres" - dont certaines épiphaniques. Corps sur lequel les perles de l’eau s’emparent soudainement -mais en la caressant- de la tumeur…Et si l’acte manqué (oubli des clefs de l’appartement) révèle l’impossibilité d’un retour chez soi, le corps "nouveau" - celui qui abrite, insidieuse, la maladie- va être à l’écoute de l’autre (un SDF aux bains-douches qui dans un élan presque oblatif est fier de communiquer à l’inconnu la photo de "sa" femme .. morte, !!! (un Amalric génial comme à l’accoutumée !). Corps et âme perdu.es qui s’accrochent aux bribes d’un passé (cf ce questionnement sur le père mort accidentellement quels furent ses premiers mots à ma naissance? et la mère (formidable Jeanne Balibar) de poser ses lèvres sur la paupière close avant l’endormissement de son fils alors que 29 ans plus tôt le père s’était extasié face à des yeux grands ouverts qui regardent sans voir. En écho (inversé) cette affiche de Marina Abramovic ? - cette performeuse, qui avait passé 700 heures au MoMA à New York assise sur une chaise dans un face à face, les yeux dans les yeux, avec le visiteur-
D’abord insensible à tout langage de circonstance (à la volonté de son ami d’interrompre les festivités On ne peut pas faire comme si tout allait bien, il rétorque lucide c’est pourtant ce qu’on fait tout le temps ) Nino s’émancipe des carcans grâce à Zoé, ancienne camarade de collège, mère célibataire, rencontrée par hasard. Zoé (épatante Salomé Dewaels) bienveillante, délicate, lui insuffle une respiration … nouvelle, l’aide à remplir le « fameux échantillon » (ah la trouvaille du babyphone et la lecture d’un passage érotique d’Anaïs Nin…) Zoé ou l’incarnation d’un "après" ? Accepter de lutter contre la maladie serait-ce retrouver vitalité et désir ?
Le film est dédié à un certain Romain : (lors de la rencontre dimanche 14 septembre, la réalisatrice a expliqué longuement la genèse de ce film) Une dédicace qui se situe avant les dernières images et avant le générique de fin ; et de ce fait a valeur de message : ne pas percevoir la vulnérabilité comme un effondrement mais comme modalité de résistance, manière d’habiter le monde autrement et Théodore Pellerin par sa prestation exemplaire incarne de bout en bout les choix de la réalisatrice
Un film qui vibre de justesse et d’humanité , à ne pas rater !
Colette Lallement-Duchoze
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