1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 20:32

de Daniel Brühl (Allemagne 2021)

avec Daniel Brühl, Peter Kurth, Aenne Schwartz, Rike Eckermann, Vicky Krieps

 

Sélection officielle Berlinale 2021

A Berlin, Daniel est un acteur célèbre qui vit dans un bel appartement avec sa charmante compagne, leurs deux enfants et la nounou. Il s’apprête à décoller pour Londres où l’attend le casting d’un film de superhéros. En attendant son chauffeur, Daniel se rend au bar du coin sans savoir qu’il est suivi par son mystérieux voisin, Bruno. Cette rencontre préméditée va emmener Daniel vers les recoins sombres de son intimité. Bruno est bien décidé à lui faire vivre un enfer

Next Door

Daniel Brühl, un acteur mondialement connu, dont c’est le premier long métrage et interprétant lui-même un acteur prénommé Daniel ! une gageure ? de l’auto-dérision ? dans une  mise en scène de tous les problèmes liés au métier d’acteur (vie publique et vie privée, mégalomanie, infatuation, importance du regard de l’autre quand on est une « célébrité »), avec une critique grinçante de  la superproduction cinématographique (Marvel) et en toile de fond, un  questionnement sur les  « plaies » encore vives, séquelles de  la réunification des deux Allemagne ?

 

Dès la première séquence le ton est donné : voici l’acteur dans sa « vie privée » : immense loft dans un quartier chic de l’ex Berlin Est rénové (gentrification ?), exercices physiques (rame), choix vestimentaire, petit déjeuner (un bol de céréales et  de fruits bien rangé.e.s telle une œuvre d’art) en solitaire (la maisonnée est encore ensommeillée) des recommandations (en espagnol) à la nounou, des bises furtives aux enfants, ou un baiser sur les pieds de sa compagne…. C’est que Daniel est fier de se rendre, ce matin-là,  à Londres pour un casting (un rôle de super héros !!) Son regard son sourire de fanfaron   en témoignent aisément

Mais ce départ sera sans cesse différé par un processus d’effeuillements successifs jusqu’au dénuement: jeu des portes que l'on ouvre et ferme, celle du bar et du taxi entre autres ou plus métaphorique celui de cloisons qui séparent le réel du fantasme et dupliquées par les effets spéculaires des miroirs/glaces  

 

L’essentiel du film se passe à huis clos, dans le bar « la rincette » où Daniel répète (une incongruité qui vaut son pesant de ridicule) mais où un inconnu (en réalité un voisin) va lui asséner  - tel un couperet- des vérités comme autant de constats négatifs -sur sa vie privée et sexuelle, sur ses talents « contestables » d’interprète etc…-,  en une escalade à la fois verbale et « dramatique ». Le voisin ? C’est Bruno un de l’ex RDA qui se comporte comme le faisait la Stasi ! (ce dont témoigne la liasse de documents accablants et « vérifiables ») :démoniaque il distille des détails sur Daniel, sur Clara sa femme, sur Mattis l’assistant,  sur Conchita la nurse, sur Merten l’ami, sur la gentrification, la boboïsation, les clivages sociaux ; vengeance personnelle?  constats amers empreints d'humour? 

 

Une structure pour le moins artificielle et convenue.  Et ce malgré le refus du « statisme » théâtral dans la façon de filmer les deux personnages principaux, assis ou debout, côte à côte ou éloignés, en plans rapprochés ou moyens, (filmé de dos à  plusieurs reprises Daniel ne livrera qu'à son interlocuteur le "texte" de son visage) , avec quelques profondeurs de champ et malgré quelques "ouvertures" sur le quotidien urbain . Primauté accordée aux dialogues, dont certains malgré quelque invraisemblance ne manquent pas de piment, ainsi qu’à l’acharnement (supposé ou réel) de Bruno à « démolir » l’image …trop lisse du tout début. Ou ne s’agirait-il pas d’une simple répétition d’un scénario à venir sur la déconstruction/reconstruction -alors qu’ on assiste ici  à une entreprise de démolition (l'acteur et son double) tempérée, certes,  par l'auto-dérision

 

Et  malgré l’interprétation « impeccable » des deux acteurs principaux, la joute -bel exercice de style- a tendance à tourner en rond…

 

Tout cela n’est qu’une impression

Je vous laisse juge !!

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

 

 

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 07:08

de Pedro Almodovar (Espagne 2021) 

avec Penelope Cruz, Milena Smit, Israel Elejade, Rossy de Palma 

 

Venise 2021 meilleur rôle féminin: Penelope Cruz

Janis et Ana, deux femmes célibataires et enceintes par accident, sont sur le point d'accoucher. Elles se rencontrent dans leur chambre d'hôpital. Janis, photographe professionnelle, quarantenaire, n'a aucun regret. Ana, encore adolescente vivant chez sa mère actrice, est effrayée. Ces quelques jours à la maternité vont créer un lien étroit entre ces deux femmes.

 

 

 

Madres paralelas

Une histoire de destins croisés (ou parallèles?) mais surtout une histoire de « mères » (cf le titre). Deux mères que tout semblait opposer (grossesse désirée tardive pour l’une, grossesse subie et précoce pour l’autre, parcours conception et mode vie, attaches familiales) et qui à la faveur de quelques mots échangés à l’hôpital où elles accouchent s’en viendra sceller leur « destin » de manière inattendue.

 

Mais cette " intrigue" (très « romanesque » avec parfois des renversements de situations qui rappellent la « farce » ou la simple comédie) se « double » d’une autre qui s’inscrit dans l’Histoire du peuple espagnol et qui   fait encore débat : rouvrir ou non les plaies de la guerre civile ? déterrer les victimes du franquisme de leur charnier ?  Janis  est convaincue -d’autant que son arrière-grand-père fait partie de ces victimes. Lambeaux et plaies d’un passé à revisiter et à exhumer, Almodovar semble les faire sien.ne.s en les insérant comme ouverture (tel un exergue, avec une charge contre l’ex-premier ministre espagnol Mariano Rajoy, telle que le « ton » politique est d’emblée donné !) et épilogue (dernière séquence l’excavation), entre ces deux séquences nous aurons assisté au « destin croisé de deux mères » soit une trame politique encadrant une trame plus romanesque ! …. Or, inscrire la « petite » histoire dans la « grande » est devenu  un  "marronnier" (en littérature comme au cinéma, ) et cette construction (encadrement comme arc-boutant ou clef de voûte) pèche une fois de plus (hormis dans certains docu-fictions) par facticité et facilité !!!  Madres paralleles mêle donc maternité, identité et mémoire. Si exhumer les « morts » c’est exhumer la mémoire (et Janis/Penelope Cruz est obsédée par ce travail de mémoire !!!), donner la vie c’est aussi transmettre ….thématique pour le moins éculée de la descendance, des liens du sang !! Et la scène finale de l’excavation sans grandiloquence certes et qui aurait pu émouvoir, ne saurait convaincre tant elle s’inscrit dans la complaisance (avec cette superposition des corps, mariage du présent et du passé…)

 

La critique est assez dithyrambique : on loue les "couleurs chaudes" la "science du montage" "l'excellent portrait de femmes"  etc.. Certes l’interprétation, le rythme (hormis le montage alterné long et systématique au moment de l’accouchement) une certaine densité picturale (aplats de couleurs chaudes et  palette plus « impressionniste ») le syllabaire  almodovarien et/ou ses thèmes de prédilection (maternité, bisexualité, héritage, éducation, entre autres) sont la marque inviolée du cinéaste.

 

Mais que de facticité (et de complaisance) : pour ne mentionner que quelques exemples : la confession-soudaine, brutale- de Teresa (la mère d’Ana) à Janis, la cohabitation/rupture entre la mère (Janis) et le « père » (Arturo) comme illustration du contexte politique, présent ou passé (?),  la rapidité avec laquelle Ana "récupère"  l’enfant -comme un dû-, la mention du viol collectif minimisé par un juge …en "abus sexuel",  une certaine "désincarnation"  dans « l’incarnation » trop lisible (des rôles du contexte)

 

Bref une déception à la hauteur d’attentes (qui me semblaient  justifiées)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 09:08

de Radu Jude (Roumanie 2021)

avec Katia Pascariu (Emi), Claudia Ieremia (La principale), Olimpia Malai (Mrs. Lucia), Nicodim Ungureanu (Lt. Gheorghescu), Alexandru Potocean (Marius Buzdrugovici), Andi Vasluianu (Mr. Otopeanu)

 

Ours d'Or Berlin 2021

 

Emi, une enseignante, voit sa carrière et sa réputation menacées après la diffusion sur Internet d’une sextape tournée avec son mari. Forcée de rencontrer les parents d’élèves qui exigent son renvoi, Emi refuse de céder à leur pression, questionnant ce qui est obscène dans nos sociétés

Bad luck banging or loony por

Un beau délire, mais touffu -surcharge visuelle- et tout fou -cacophonie sonore. Telle serait ou pourrait être une première impression. Impression…vite corrigée après réflexion. Car ce film est beaucoup moins touffu qu’il en a l’air, surtout si l’on fait de l’obscénité (et de ses multiples représentations : des  plus évidentes -le sexe intime- aux plus insidieuses – celles qui accompagnent par leur violence tapageuse notre quotidien ou celle de certaines idéologies qui renouent avec l’obscurantisme) le fil directeur, d’une part, et si l’on s’interroge sur la force persuasive du « collage » ou de « l’image-constellation » d’autre part

Générique ? écran rose incrusté de lettres blanches sur la musique de Boby Lapointe. Et sans transition voici la projection pour le moins inattendue d’un petit film porno. Puis nous allons suivre Emi (la femme filmée dans cette sexetape diffusée sur les réseaux sociaux) dans sa longue déambulation dans les rues de Bucarest c’est la partie I Un abécédaire constitue la deuxième partie alors que la troisième est entièrement consacrée au procès d’Emi (en plein air dans la cour du lycée où tous les protagonistes portent le masque -consignes sanitaires obligent) : une enseignante quasiment seule face à ses détracteurs, les parents d’élèves et un épilogue pour le moins « savoureux » (twist à ne pas spoiler)

 

La déambulation dans les rues de Bucarest a semblé longue à certains spectateurs ? Certes le rythme de cette « errance » est assez lent. Mais cette séquence est nécessaire comme contrepoint à la première (film porno) et simultanément elle rend « palpable » la détresse du personnage,- convoquée en urgence au collège Eminescu- ;  la déambulation s’apparente à un chemin de croix bordé de multiples agressions (publicités, engueulades sur le marché, engueulades d’automobilistes, vrombissement incessant, mannequin amputé gisant sur le trottoir, immeubles délabrés bientôt remplacés par des promoteurs cupides… ) et si la caméra abandonne momentanément Emi (quand elle téléphone à son mari par exemple) voici des panoramiques arrière ou des gros plans (cette fleur qui éclot sur un trottoir défoncé) comme autant de signaux pour un public distrait ! Enfin cette partie permet au cinéaste de « radiographier » la capitale au moment dramatique de la pandémie (qui a exacerbé la violence dans les relations !!) et de revisiter le passé par la prégnance de vestiges

Quant à l’abécédaire il frappe par le décalage entre la définition d’un mot et son illustration ; or n’est-ce pas le propre de la « propagande » ? (celle de n’importe quelle dictature- Ceausescu, Antonescu-, certes mais aussi celle de ces formes de gouvernement dit démocratique et qui usent et abusent de la crédulité des citoyens). Car le rapprochement d’images pour « faire sens » est la pire intoxication ; mais Radu Jude a l’art « consommé » de « faussement contextualiser » dans des clips ou montages d’archives, des scénettes oniriques ou burlesques et de multiples  citations empruntées à Bertolt Brecht, Jean-Paul Sartre, Virginia Woolf, Isaac Babel, Walter Benjamin…Les thématiques énoncées (histoire de la Roumanie, antisémitisme, fascisme, racisme) annoncent celles qui seront développées dans la troisième partie : le procès où l’accusée Emi devra rendre compte au final -moins de la sexetape- que de ses méthodes d’enseignement, de son approche de l’histoire du pays (à un moment certains parents se tournent et regardent la caméra comme dans un passage du film précédent « uppercase print » cf Uppercase print - Le blog de cinexpressions) Les arguments d’Emi seront-ils convaincants ?

 

Oui les membres du jury (Berlin 2021) ne s’y sont pas trompés en couronnant Mauvaise baise ou porno barjo, (traduction proposée par le réalisateur) de l’Ours d’Or Un film aussi élaboré que sauvage » « un film qui ébranle nos conventions sociales et cinématographiques, un film à la fois enfantin et intelligent géométral et vibrant (Nadav Lapid membre du jury (cf Le genou d'Ahed - Le blog de cinexpressions)

 

Colette Lallement Duchoze

 

Le cinéma c'est la vérité 24 fois par seconde (Godard). 

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 09:51

Un film de Kavich Neang  ( Cambodge 2020) 

avec Piseth Chhun, Sithan Hout, Sokha Uk, Chinnaro Soem, Sovann Tho, Jany Min, 

 

Première mondiale, Festival de Venise 2021

Samnang, 20 ans, doit faire face à la démolition de la maison qu'il a toujours habitée à Phnom Penh , le White Building, et aux nombreuses pressions de son entourage -famille, amis et voisins, alors que sonne la destruction du bâtiment...

White Building

 

Vue aérienne ralentie sur le White Building : ainsi s’ouvre le film. Or si cette barre d’immeuble fut détruite en 2017 le réalisateur qui avait commencé le tournage en 2016, a puisé dans ses images d’archives et ses souvenirs...

"Le White Building était une barre d’immeuble conçue par l’architecte cambodgien Lu Ban Hap et le franco-ukrainien Vladimir Bodiansky en 1963, suivant un plan d’urbanisme du modernisateur Vann Molyvann, à l’époque du roi Sihanouk. Cette résidence d’état, située en plein cœur de la ville, était destinée aux fonctionnaires du ministère de la Culture. Elle a été vidée de ses habitants pendant le régime des Khmers rouges. Puis dans les années 1980, la population s’y est réinstallée, comme mon père, sculpteur et moi j’ai grandi avec les nouveaux voisins. C’était un immeuble unique qui était devenu emblématique d’une époque qui disparaît. On y vivait en communauté, des peintres, des musiciens, des couturières, la porte ouverte sur le couloir. Il y régnait une atmosphère spéciale qui m’a fait grandir en tant qu’artiste".

 

Composé de trois parties distinctes, Bénédiction, La maison aux esprits, Saison de la mousson, chacune ayant sa spécificité (atmosphère couleurs tonalité) le film établit des parallèles entre la destruction de l’immeuble et celle des rêves, entre les dégâts du capitalisme et ceux de l’histoire tragique du Cambodge (le départ forcé des habitants ne rappelle-t-il, pas l’exil imposé par les Khmers vers les campagnes?) il montre avec pertinence tous les « dégâts collatéraux » sur les habitants, dont le jeune Samnang, le « double » de Kavich Neang 

Voici un trio d’adolescents, que l’on suit sur leur scooter (cf l’affiche) l’ambiance électrique, le rythme, les néons les pétarades rappellent Diamond Island de Davy Chou. cf Diamond Island - Le blog de cinexpressions Insouciance, période des rêves fous!. Mais l’ambiance délétère, les thèmes de la perte, de la maladie (on comprend vite que le pied nécrosé du père est la métaphore d’une autre nécrose….. pourriture qui détruit l’immeuble, pourriture du capitalisme et sa gentrification programmée) vont imprimer aux deux autres parties une certaine mélancolie. Aux nuits cambodgiennes de la capitale, à leur plasticité cinégénique, succèdent les journées à l’intérieur du building, et sur l’expulsion des habitants. . Le rire franc,  le sourire (sur le visage de Samnang) se sont estompés, s’impose désormais une certaine gravité ! Il y a ces clivages opposant ceux qui acceptent l’indemnisation malgré tous les malgré, personnes âgées,  après des décennies de guerre et d’épuisement et ceux qui résistent dont la famille de Samnang…(le père d’ailleurs mène un triple combat : contre les financiers, contre  la copropriété et contre son diabète…)

La façon de filmer le White Building (lents travellings latéraux sur des parties éventrées, sur des murs lépreux ou ambiance apaisante d’ensommeillement pendant la sieste alors que flotte le tulle des rideaux) semble insister sur le fait qu’on assiste non seulement à la disparition définitive d’un "taudis" mais aussi et surtout à celle d’une âme, celle qui habitait ces lieux. Qu’est-ce l’indemnisation comparée à la force d’une vie, à la puissance de souvenirs, à jamais enfoui.e.s ??

 

On regrettera toutefois qu’en s’inscrivant dans la lignée d’un Apitchapong Weerasethakul, Kavich Neang ne parvienne pas (comme le maître !) à « convaincre » -du moins à entraîner l’adhésion du spectateur-, dans les moments fantasmés oniriques ou plus contemplatifs (quand Samnang par exemple arpente les coursives du bâtiment et qu’apparaissent les « fantômes du passé »)

Hormis ces quelques réserves, White building est un film à voir !

Assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze  

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 05:01

Bouleversés par l’art, transcendés par la pratique artistique, tous les humains ont accès au sublime, même ceux qui partent de loin. Dès lors, nous devons revoir nos préjugés sur ceux que nous considérons comme des artistes légitimes. Ce constat est au carrefour des trois documentaires sélectionnés par KuB parmi les films étoilés en 2021 par la Scam : 

 

    - Danser sa peine de Valérie Müller 

    - Le monde est un théâtre d'Anouk Burel 

    - Celui qui danse d'Olivier Lemaire 

 

Jusqu’au 31 janvier, profitez en accès libre de ces trois documentaires primés qui donnent la parole à des passionnés prêts à bousculer toutes les barrières sociales pour atteindre leur rêve.

Les étoiles 2021 sur KuB

Documentaires étoilés de la Scam

Danser sa peine "Elles s'appellent Sylvia, Litale, Sophia, Annie et Malika. Elles sont incarcérées aux Baumettes à Marseille dans le quartier des longues peines. Pendant quatre mois, deux fois par semaine elles vont suivre l'atelier du célèbre chorégraphe Angelin Preljocaj. Le film raconte l'histoire de ce projet bouleversant et audacieux d'entraîner et de faire danser les détenues qui se produiront hors les murs sur une scène prestigieuse, celle du Pavillon noir à Aix et à Montpellier au Festival international de la danse."

 

Le monde est un théâtre  "On le sait, dans un monde obsédé par la performance et la séduction, le handicap est doublement malvenu. Des soubresauts de mauvaise conscience individuelle et collective nous conduisent à leur ménager une place, à leur porter assistance. Or les valides ont beaucoup à apprendre des personnes handicapées. La preuve par le film d’Anouk Burel qui nous met en présence d’une troupe de comédiens en situation de handicap, dont elle suit le cheminement au fil des répétitions de leur prochain spectacle. La manière dont chacun d’entre eux parvient à dépasser ses limites, à ruser avec ses déficiences pour qu’advienne le moment de grâce, cette lutte permanente est pour le moins inspirante. En les regardant à l’œuvre l’on pourrait même oser avancer que leur folie leur permet de donner aux textes – Shakespeare, Racine, Novarina – une dimension nouvelle. Laissez-vous emporter par le monologue intérieur de Thierry, acteur principal de Le monde est un théâtre."

 

Celui qui danse "Soane, jeune rugbyman métis, est admis au conservatoire de Bordeaux. Face au miroir du studio de danse, il est entouré de jeunes femmes blanches, autant d’incarnations de la grâce. Pour se trouver là, il a dû surmonter bien des obstacles et se passer du soutien de ses proches. Des chaussures à crampons aux ballerines, Celui qui danse est un éloge de l’audace et de la réussite pour tous, un film sur les corps adolescents qui s'ouvrent au monde.Pour Soane, le rêve hors de portée devient peu à peu réalité. Le plus difficile pour lui sera finalement d’obtenir son bac. Dès lors, le spectateur est émotionnellement solidaire de ses réussites et de ses difficultés.

Olivier Lemaire filme avec élégance ce parcours d’émancipation par la danse et le rapport de son héros à son milieu de départ, dont il devient un transfuge."

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 08:32

Premier long métrage de Karin Heberlein (Suisse 2020)

avec  Ania Gada  (Sami)   Rabea Lüthi Rabea (Joe)  Jana Sekulovska  (Leyla )  Karim Daoud  (Nadi)

 

 

Zurich Film Festival 2020, Focus Competition Zurich Film Festival 2020, Audience Award

 

à voir sur Arte Kino 

 

Voter pour vos films - ARTE Kino

 

 

Sami, Joe et Leyla ont seize ans et sont prêtes pour le meilleur été de tous les temps. Enfin, la vie peut commencer, comme elles l'avaient toujours imaginé. Mais ce que l'été leur réserve n'a rien à voir avec leurs rêves. Au contraire. Il leur arrache le tapis sous leurs pieds. C'est nager ou couler - et couler, comme le savent les trois amies, n'est pas une option.

Sami Joe und Ich

Non pas un énième film sur l’adolescence et le passage difficile vers ce qu’il est coutume d’appeler « l’âge adulte » mais un portrait sensible sincère ( ton juste) de l’amitié au moment où s’imposent des choix décisifs et que l’on bascule vers…ou dans…

Avec cette devise comme fil d’Ariane que Leyla, la narratrice,  emprunte à sa mère

« Garde toujours dans ton âme plus de rêves que la réalité ne peut en détruire »

 

Construit comme un drame en plusieurs « actes » il débute par des séquences au rythme enlevé- avec une alternance entre scènes d' extérieur où les adolescentes se confondent dans l’unité du trio et scènes de la vie familiale -où chacune doit assumer des relations plus ou moins complexes avec ses parents, et dans un cadre de vie spécifique.

C’est l’été : on rit bavarde on se confie des secrets on s’éclate on caresse des rêves fous et ce, dans cet environnement de barres d’immeubles que la réalisatrice filme en plongée ou contre plongée pour mieux opposer la compacité verticale aux aplats des espaces verts

C’est l’été et la fin de l’année scolaire.

 

Progressivement la confrontation avec le « monde du travail » (Leyla puis Joe) et l’insoutenable éducation punitive (Sami) risqueraient de balayer les « rêves » liés jusque-là à l’insouciance de l’été (conçu comme un temps lequel on peut profiter de la liberté retrouvée) et de fissurer l’amitié ? MAIS

Garder la tête haute ! malgré tous les malgré ! sauvegarder cette amitié seule « planche de salut » dans ce monde où des adultes autoritaires pervers mesquins cherchent à les déstabiliser. Seule l'enseignante Mme Novak (Linda Olsansky)   semble être à l’écoute de ces adolescentes !

Il est des stigmates indélébiles ! (cf les gros plans sur le visage devenu sérieux de Joe ou les pleurs qui perlent sur celui de Sami) ! il est des vengeances redoutables (ici ne pas spoiler)

 

Authenticité et naturel ! oui c’est bien la qualité d’une interprétation, qui colle au quotidien, au service d’une interrogation sur la « normalité » et les formes que revêt le combat pour « survivre »

 

Un film à voir de toute évidence

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 19:00

de Asghar Farhadi

Avec Amir Jadidi, Mohsen Tanabandeh, Sahar Goldust...

Grand prix Cannes 2021

 Rahim est en prison à cause d’une dette qu’il n’a pas pu rembourser. Lors d’une permission de deux jours, il tente de convaincre son créancier de retirer sa plainte contre le versement d’une partie de la somme. Mais les choses ne se passent pas comme prévu…

Un héros

Malheureux le pays qui a besoin de héros  Bertold Brecht La vie de Galilée
 

 

Voici un immense échafaudage (filmé à Chiraz capitale historique de la Perse).  Rahim en permission grimpe allègrement les marches et bien vite il semble se dissoudre dans ce réseau arachnéen…Escaliers qui ne sont pas sans rappeler les constructions de motifs en deux ou trois dimensions de Maurits Cornelis Escher ou du moins cette structure (dans les deux sens du terme) qui « ouvre » le film nous rappelle que le cinéaste aime prendre au piège à la fois ses personnages et le spectateur dans un échafaudage/écheveau -qui sert aussi de radiographie de la société iranienne (cf Le client, Une séparation, Le passé). Plus tard les rues et ruelles qu’arpente Rahim sont comme des impasses (métaphores des pressions qu’il subit ?).

 

Comme dans « à propos d’Elly » les personnages sous l’effet (ou choc) de « stimuli » sont obligés d'affronter d'une autre manière les contraintes ordinaires …Dans Un héros il y a eu un premier faux pas (Rahim n’a pas remboursé une dette, raison pour laquelle il a été emprisonné) -et il dispose de 48h de permission pour convaincre son créancier de retirer sa plainte contre un versement partiel-, puis il y aura un acte de rédemption (il a rendu les pièces d’or trouvées dans la rue) et enfin la tentative de « restaurer » son image quand il est accusé de mensonge; c'est le "canevas" , ou les trois étapes d'un  "drame" (au sens d'action),  drame  où le "héros"  lutte pour sa dignité bafouée (ce qu'illustrent les dernières  images :   celles du   "citoyen héroïque" - en harmonie avec sa conscience-  qui a rompu avec  le statut  galvaudé du  "héros"  médiatisé) 

On sait que la "réputation est un enjeu très important en Iran"  affirme le cinéaste, d’où l’attention incisive accordée aux organes de diffusion  -télévision et réseaux sociaux- et à l'administration tatillonne.  On peut être adulé -pour son honnêteté- après un passage télévisé puis voué aux gémonies quand la sincérité est frappée de suspicion; et cette "réputation"  affecte toute la famille, le service pénitencier, le rôle d’associations,  organisations caritatives (qui collectent l’argent nécessaire à la libération de prisonniers)

 

Cloisons, portes que l’on coulisse, -ou métonymies de l'enfermement-, vitres et miroirs, plans resserrés dans le logement de la sœur (ou celui de la « promise ») alternance scènes d’intérieur et scènes de rue avec ses grouillements et pétarades, rebondissements, le film est construit comme un thriller au service d’une fable (inspirée d’un fait divers) sur le mensonge et/ou la vérité!

On en vient à douter !! Des mots et des actes identiques : autant de preuves d’héroïsme que de culpabilité ! Rahim s’est-il complu dans l’engrenage de mensonges qu’il aurait créé ? et le sourire arboré n’est-il pas gage de fausseté ? …Fahradi a laissé au spectateur suffisamment d’indices, pour qu’il devienne lui-même enquêteur (à partir d’une mécanique bien « huilée ») et il l’invite aussi à se poser ces questions « cruciales » : un geste généreux est-il forcément suspect?  qu’est-ce qu’une bonne action ? est-ce sa valeur apparente à un instant t ? faut-il prendre en considération les délits antérieurs ? Accepter l’image officielle de l’honnête homme ne participe-t-il pas de la stratégie communicante du pouvoir ? du sensationnalisme des médias ?

 

Et au final le sac (convoité puis restitué) ne serait-il pas (sens cryptique) la métaphore du capitalisme,  dans sa forme contestée contestable  et punitive ?

 

Un film que je vous recommande !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 06:06

Premier long métrage de Cécile Ducrocq (2020)

avec Laure Calamy, Nissim Renard, Béatrice Facquer, Romain Brau

A Strasbourg Marie se prostitue depuis 20 ans Elle a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté. Et un fils, Adrien, 17 ans. Pour assurer son avenir, Marie veut lui payer des études. Il lui faut de l'argent, vite.

Une femme du monde

Non ce n’est pas un film brûlant sur la prostitution » (titre de Marianne)

Ce premier long métrage de Cécile Ducrocq met en scène une mère (certes elle  a fait le choix de la prostitution indépendante) qui coûte que coûte (sens propre et figuré) se bat pour assurer à son fils (viré de son établissement où il préparait un BTS de cuisinier, il risque d'être marginalisé après avoir été déscolarisé ) un cursus à peu près « honorable » (en écho une prostituée du bordel transfrontalier agit de façon identique et planque un magot destiné à sa fille en Afrique...)

Combat d’une mère donc. Une mère habitée par la rage de « vaincre » Marie  est décidée  (accepter l’esclavage des bordels, renoncer provisoirement à son statut de prostituée indépendante) à se procurer ce sésame- quand on vit dans une forme de précarité, qu’on n’est pas né du bon côté- pour entrer dans une boîte privée. De défaites en défaites, d’humiliations en humiliations, un chemin accidenté et scabreux. Une mère courage ? Oui et non . Marie aveuglée par l’ambition de « sortir son fils Adrien » des ornières de sa « classe sociale » d’échapper au « déterminisme social » n’est pas à même de comprendre que cet ado a d’abord besoin qu’on lui fasse confiance et la séquence avec l’avocat (travelo que dans un premier temps Adrien refuse) est à cet égard révélatrice

 

Le tempo du film est précisément assuré par la succession de ces démarches qui virent à l’engueulade (prises de bec entre Marie et son fils, entre Marie  et certains de ses clients, engueulade avec le boss et les prostituées du  bordel, avec la secrétaire de l’institution et plus en sourdine avec les parents), C'est l'équivalent des  "rebondissements" dans n’importe quelle intrigue scénarisée. Envolée acmé retombée, un schéma narratif et dramatique répété ad libitum jusqu’au moment où …le fils réussit à se prendre lui-même en charge…. On peut discuter de ce dénouement (politiquement c’est le triomphe du statu quo « vous les précaires ne sortez surtout pas des clous » et contentez-vous de…)

 

Certes Laure Calamy interprète avec talent cette mère fougueuse et bienveillante.

Certes le film brosse sans complaisance le portrait d’une société précarisée (où l’argent-roi dicte les pires comportements) de même qu'il ne cède jamais à la tentation du voyeurisme et du misérabilisme -en nous introduisant dans l'univers de la prostitution

Mais pourquoi diable une démonstration  aussi longue qui flirte avec  la tautologie ? 

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 14:46

film documentaire de Karolina Bielawska (Pologne 2015)

avec Marianna  Klapcynska Jowita Budnik Katarzyna Klapcynska

 

Festival du film de Cracovie 2015 Corne d’or Prix du public Maciej Szumowski

Prix de la Chambre de commerce des producteurs audiovisuels polonais

Festival du film de Locarno - Semaine de la critique Premio Zonta

 

 

en sélection sur arte kino (6ème édition) 

 

Voter pour vos films - ARTE Kino

 

A 40 ans la belle Marianna vient de traduire ses parents en justice pour pouvoir officiellement changer de sexe. Face au risque de perdre les êtres qu’elle aime le plus au monde elle doit apprendre à vivre avec la douleur des sacrifices qu’exige l’accès à soi-même

Call me Marianna

Voici sur une scène de théâtre, une table deux chaises deux verres mais avant que les deux « acteurs » présumés prennent place,  c’est un troisième personnage qui entre en scène en fauteuil roulant (qui commente les deux voix des récitants « lui quand il était Wojtek, elle Kasia l’épouse ») Fin du prologue. En écho au final (avant le dernier plan au bord de la mer) la même scène de théâtre: on apporte une table, deux chaises mais le plan s’est élargi sur la salle aux fauteuils vides. Circularité : la scène liminaire comme répétition générale ? ou le théâtre comme thérapie ? 

En alternant deux dispositifs (dont l’un -théâtre- est le miroir et/ou le "sous-texte" de l’autre -image) en jouant avec les temporalités, en insérant des photos et des vidéos de famille, la réalisatrice propose un documentaire assez original.

Nous allons suivre Marianna (ex Wojtek) dans le processus de finalisation de « changement de sexe » (la loi polonaise permet de poursuivre ses parents pour obtenir le droit de changer d’identité et de se faire opérer cf l’entretien avec la réalisatrice sur le site arte kino) . Mais un « accident » assez grave va créer comme une distanciation entre Marianna épanouie dans son nouveau corps (alerte coquette sportive) et Marianna diminuée par… A l’apprentissage initial, aux démarches menées tambour battant répond la longue convalescence avec d’autres apprentissages…Distanciation et disjonction

Celles qu’aura vécues quasiment au quotidien la future Marianna (rejetée par les siens elle souffre de ce manque d’empathie). Et pourtant quelle ivresse quelle exultation de  "sentir -après l’intervention à Gdansk- un corps qui lui appartient vraiment"  ! et en ce sens le documentaire est un hommage voire un hymne à « la liberté d’identité »

A la patinoire avec son nouvel ami, au bord de l’eau, sur le marché, c’est l’allégresse. Une allégresse qui contraste si vivement avec cette solitude (exiguïté d’un appartement avec un chat pour seul compagnon, image récurrente d’une façade peu accueillante, fin de non-recevoir aux appels téléphoniques) et cette souffrance de ne plus « voir » ceux que l’on continue à chérir. Et en ce sens le film documente sur la douleur torturante des personnes qui ont changé de sexe !

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

Le film de Karolina Bielawska est un documentaire fougueux non seulement à cause de son sujet, mais aussi parce qu’il est un portrait extrêmement perspicace du protagoniste […] C’est merveilleux que de jeunes cinéastes puissent créer des films si matures et vivants.  Andrzej Wajda (1926-2016)

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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 06:31

de Sara Summa (2019 Italie Allemagne)

avec Canio Lancellotti (‘Renzo Durati) Barbara Verrastro (Dora la fille ) Pasquale Lioi (Matteo le fils ) Donatella Viola (Alice Durati)

 

Sélection  arte kino (festival 6ème édition)

 

 

Voter pour vos films - ARTE Kino

 

L’Italie du Sud, la fin de l’été : la famille Durati vit dans une maison isolée au milieu de l’imposant paysage rocheux. A la fois protégés et coupés de tout, ils sont reliés au monde extérieur par une seule route qui traverse leur plantation d’oliviers. Aujourd’hui, alors qu’ils se préparent à célébrer le mariage imminent de la sœur aînée, le temps passe vite dans cette réalité isolée. Dora, Matteo, Renzo et Alice Durati ne réalisent pas que c’est leur dernier jour en vie.

The last to see them

Fin été 2012 des cambrioleurs s’introduisirent dans la maison des Durati et tuèrent toute la famille.

D’emblée le spectateur est prévenu. Compte tenu de ce « pacte » ou de cette « prolepse » son regard sur les quatre membres de la famille sera comme « altéré » ou du moins mis en alerte (chaque geste du quotidien pourtant banal,  questionne, est frappé de suspicion), ou alors tout simplement tout est mis en œuvre pour que le spectateur éprouve de l’empathie envers ces personnages dont il est le seul à partager les dernières heures minutes et secondes ; à un moment Dora évoque au téléphone la soirée passée avec son ami Tommaso « après, on a vu un film d’horreur » il est évident que cette remarque énoncée avec sourire par la jeune fille, aura  une connotation particulière pour nous....

La réalisatrice s’est inspirée de Truman Capote : non seulement le titre du film est celui de la première partie du roman De sang-froid,  mais elle emprunte aussi le schéma narratif   -description/évocation de l’environnement d’abord, puis personnages successivement passés à la loupe- de même qu’elle mentionne certains détails qu’elle transpose dans l’Italie du sud et à une autre époque (le téléphone, le coffret -celui que peaufine le frère – la maladie de la mère - à noter ici que le visage d'Alice renversé sur le lit, filmé en gros plan , avec les cernes et le teint terreux peut s’apparenter au masque de la Mort !!!!

Nous sommes ainsi  conviés  à assister  aux derniers instants.... d’une famille…Et tous les menus détails de leur vie domestique (le père attablé qui épluche une orange, le fils qui lustre le coffret,  la fille et sa machine à coudre (robes des demoiselles d'honneur), ou se lissant les cheveux,  les petites altercations entre frère et sœur, le benedicite avant le repas, l’autoritarisme du père, un même geste répété mais selon des points de vue différents, le passage fugace  de chasseurs, la visite d’un assureur) , tous ces détails "anodins" nous allons les revêtir  d’une certaine gravité, celle du "never more" : tel est bien l'enjeu du film! 

Nous sommes dans la Basilicate. Une route serpente, ruban immense qui traverse (éventre ?) un paysage aride. rocheux Ce plan revient à intervalles réguliers mais avec des changements de lumière (selon le moment de la journée) de perspective, de direction (on peut voir une éolienne à droite puis à gauche)  ; à la toute fin, dans le noir de la nuit,  la voiture de Tommaso quitte la propriété des Durati alors qu’une voiture se dirige en sens inverse…. (celle des cambrioleurs annoncés dès le prologue !!  la tragédie restera hors champ !)

Les plans au début sont, de l’aveu même de la réalisatrice, (cf entretien sur le site arte kino)  assez abstraits : pas de son juste un flux comme la vie qui s’écoule -mais on peut imaginer que ce sont les tueurs qui avancent vers leurs proies!. Et les répétitions inscrites dans ce "décor"  particulier (sauvage escarpé désertique ou plus verdoyant) sont comme des "tronçons" temporels qui personnifient ce paysage ,- en font un personnage -  La Basilicate : son aridité ET son archaïsme!!!

Un film étrange où la  "tension" naît précisément d’un pacte avec le spectateur !

À lui (à vous) de réagir : vacuité d’une telle démarche ? ou interrogation subtile  sur  la meilleure façon de vivre face à notre fin inéluctable ?

 

Colette Lallement- Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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