22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 09:44

d'Alain Guiraudie  2020

 

avec Jean-Charles Clichet , Noémie Lvosvsky, Illiès Kadri, Michel Masiero, Doria Tillier, 

Clermont-Ferrand, à la veille de Noël. Un attentat terroriste plonge la ville dans un état de panique. Dans ce climat tragique, Médéric, un jeune homme d’une trentaine d’années, tombe follement amoureux d’Isadora, une prostituée plus âgée. Mais la paranoïa collective va bientôt fragiliser leur nouvelle union.

 

 

 

Viens je t'emmène

 

Viens je t’emmène au rythme de mon jogging incertain de quadra, place de Jaude et la statue de Vercingétorix,  dans ces rues, ruelles, dans cet hôtel de passe Le France, dans mon appartement  ou à l'affût près du pavillon d'Isadora; viens je t'emmène savourer les fragrances de la ville, respirer les odeurs de ce corps fellinien entendre l'explosion l'apothéose au cri primal

 

Viens je t’emmène Ailleurs loin des apparences convenues (est-on immanquablement terroriste quand on est musulman?) dans des coïts ou des cunnilingus inespérés (une prostituée âgée n’en serait-elle pas moins nympho?)  

viens je t’emmène loin des discours convenus (les commentaires télévisés suite à un attentat frappent par leur vacuité) loin des idées reçues (les palabres sur le palier  "résonnent"  comme un conciliabule en haut lieu que rythme une lumière qui ...s’éteint ...à intervalles réguliers)

 

 

Le personnage principal Médéric (admirablement interprété par Jean-Charles Clichet) non seulement est au cœur de cette comédie parfois grinçante, aux allures de vaudeville qui mêle tous les problèmes de notre société (attentat terroriste, prostitution, conflits avec les jeunes des cités, violence conjugale, repli identitaire) mais il incarne avec une fausse distance ou du moins un semblant d'impassibilité (humour  décalé) des problématiques dont il serait peu ou prou -et à son insu- à la fois le fomentateur et la victime (amoureux d’une prostituée, il subit les foudres du mari jaloux ; il accueille un SDF... qu’il suspecte d’être terroriste, etc..)

 

Certes le comique de situation, de répétition, des dialogues peut sembler éculé mais ne s’inscrit-il pas dans cette volonté de  "tordre le cou"  aux faux semblants , aux stéréotypes dans une valse des désenchantements à la redoutable efficacité !!

 

A ce comique par l’absurde on peut bien évidemment préférer l’inconnu du lac L'inconnu du lac - Le blog de cinexpressions ou rester vertical Rester Vertical - Le blog de cinexpressions

 

Mais viens je t’emmène n’en reste pas moins une œuvre troublante dérangeante (explorer radiographier nos angoisses avec burlesque), et ….jubilatoire !

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 17:35

Documentaire d'Emmanuel Gras (2021)

En octobre 2018, le gouvernement Macron décrète l’augmentation d’une taxe sur le prix du carburant. Cette mesure soulève une vague de protestations dans toute la France. Des citoyens se mobilisent dans tout le pays : c’est le début du mouvement des Gilets jaunes. À Chartres, un groupe d’hommes et de femmes se rassemble quotidiennement. Parmi eux, Agnès, Benoît, Nathalie et Allan s’engagent à corps perdu dans la lutte collective. Comme tout un peuple, ils découvrent qu’ils ont une voix à faire entendre.

 

Un Peuple

La maison près des HLM a fait place à l’usine et au supermarché. Les arbres ont disparu, mais ça sent l’hydrogène sulfuré, l’essence, la guerre, la société... »

C’est sur cette chanson de Nino Ferrer que s’ouvre le film (tout un symbole! et la thématique annoncée  de la mise en périphérie aux sens propre et figuré) …alors que nous découvrons en surplomb la cathédrale de Chartres et par des travellings latéraux un quartier pavillonnaire, des HLM, des zones industrielles avant qu’une vue aérienne ne fige l’hypermarché : ce « carrefour » de la « voiture » de l’essence, du coût du carburant…déclencheur de la révolte en 2018 (à noter que la figure circulaire, le carrefour, le rond-point reviendra en leitmotiv, parée de significations différentes selon qu’elle est déserte, habitée par des humains cf l'affiche ou des « voitures »)

 

Cette « entrée en matière » donne l’impression d’un paysage apparemment sans âme

C’est alors que s’embrase la Vie. Oui celle de ces être soudés par leur soif de justice, leur volonté d’en découdre avec un système qui ne cesse de les précariser. Celle de ceux qu’on appellera « les gilets jaunes »

Emmanuel Gras va à leur rencontre et les suivra durant six mois Un carton nous avait avertis dès le début (le film ne « raconte pas les gilets jaunes mais un groupe qui a pris racine près de Chartes).

Le documentariste les filme sur leurs lieux de rassemblement -les ronds-points, les péages- leurs lieux de réunions (salles ou appartements), à Paris lors de manifestations de plus en plus violentes. Il multiplie aussi les approches : portraits (dont quatre fortement individualisés) avec entretiens face à la caméra, mouvements de masse ; tout comme il diversifie les « moments » - de ces petits matins où le froid gerce les visages, de ces soirs embrasés par les flammes des palettes, de ces ciels plombés ; il alterne les « ambiances » : sulfureuses (Paris) intimes (des « confessions » d’une sincérité émouvante) conviviales

 

 

Ce qui frappe c’est la parfaite adéquation entre la « dramatisation » intrinsèque au film et celle du mouvement. De sa naissance dans l’euphorie, la solidarité, les tâtonnements, jusqu’au découragement en passant par des attentes aussi insensées que nécessaires, des frictions au sein même du groupe et des constats désabusés 

 

Et si depuis 2018 les spectateurs ont connu d’autres drames, la sortie de ce film en 2022 ne peut être que salutaire !!

Oui la parole existe et la citoyenneté n’est pas liée au calendrier électoral, elle est de tous les jours !! 

 «On s’est aperçus qu’on était nombreux à avoir honte chacun dans notre coin, Ensemble, on s’est aperçus que l’on avait beaucoup moins honte"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

sur Emmanuel Gras 

 

Bovines ou la vraie vie des vaches - Le blog de cinexpressions 2012 

300 hommes - Le blog de cinexpressions 2015 

Makala - Le blog de cinexpressions 2017

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 06:46

Documentaire de  Marta Popivoda et  Ana Vujanović (Serbie 2021)

 

Prix des bibliothèques - Cinéma du réel 2021

 

à voir sur Tënk

https://www.on-tenk.com/fr/documentaires/les-films-de-cin-ma-du-r-el/paysages-resistants?utm_campaign=FR-NL%20Hebdo%20%23296&ut

 

"Paysages résistants” plonge dans les souvenirs de Sonja, 97 ans. Cette combattante antifasciste fut l’une des premières Femmes Partisanes de Yougoslavie et également une des chefs de file du mouvement de résistance au camp d’Auschwitz-Birkenau. Son histoire voyage à travers le temps et s’incarne dans une nouvelle génération antifasciste, entretenant l’idée qu’il est toujours possible de penser et de pratiquer la résistance.

Paysages résistants

 

Marta Popivoda et sa compagne Ana Vujanović filment Sonja Vujanović à Belgrade depuis quatorze années, recueillant le récit tumultueux d’une femme à la guerre. Des paysages viennent se poser délicatement sur cette parole, la faisant résonner, au passé comme au présent. Le militantisme de l’aînée vient alors progressivement en rappeler un autre, celui du couple, ayant fui la Serbie et son "capitalisme sauvage de périphérie européenne, l’homophobie et le populisme". Deux résistantes antifascistes dans un nouveau siècle où la lutte semble plus que jamais nécessaire. La passation s’opère au fil du film, la parole de résistance de Sonja vient s’incarner dans les lieux et corps des deux femmes. Elles composent ainsi non seulement un mémorial cinématographique, mais surtout, un "film partisan" pour le futur proche, par refus du silence. Car du sang versé au siècle dernier, il reste dans les champs de blé des coquelicots, toujours présents pour en témoigner.

 Aurélien Marsais Programmateur

 

Je vous recommande aussi le court métrage  de Marie Ward

Un mal sous son bras 

Prix du court métrage Tënk - Cinéma du réel 2021

 

Le soir, un groupe d’hommes se réunit sur le stade d’une école d’élite qu’ils ont autrefois fréquentée. Certains d’entre eux sont les grands gagnants de cette société nouvelle. Les successeurs des colons dont ils épousent les usages.

D'un mouvement double, allant des limbes vers les hauteurs d'une part, et d'un rivage conquis vers des zones sauvages d'autre part, voici une spirale filmique dont l'axe est l'histoire du Liban. La narration emprunte au récit onirique, au détournement d'images, au traité politique marxiste, au conte philosophique… Dérouté·e, curieux·se, la spectatrice et le spectateur sont incité·es à réadapter leur perception, leur perspective et par là-même à aiguiser le regard. Comme un indicateur subtil, la voix off cède la narration au titrage et, comme par une passe d'art martial, le regard se renverse. D'un pas de côté, d'un coup d’œil vers l'obscur, s'amorce une reconquête joyeuse. Par l'opération d'un regard, les conquérants sont conquis, et l'Histoire peut se retourner, le temps d'un film.

 François Waledisch Ingénieur du son

 

 Un mal sous son bras - Tënk (on-tenk.com)

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7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 17:27

Voir la version en ligne 

 

 

 

 

 

 

 

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3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 21:10

Court métrage expérimental de Peter Tscherkassky (Autriche 2021) 20'

en hommage à Kurt Kren

 

présenté à la quinzaine des réalisateurs Cannes 2021

 

Voici une balade fantôme dans la salle des machines du septième art, une cérémonie de la mécanique violente des véhicules ferroviaires et des transporteurs d’images. Tscherkassky parcourt l’histoire de l’avant-garde cinématographique, centrant son travail sur des citations du cinéma visionnaire

Train again

Le plan d'ouverture sera le seul plan fixe de ce court métrage  au rythme vertigineux.

Voici deux femmes : l'une debout, avec une valise, sur le chemin de fer, l'autre, accroupie, la tête posée sur le rail. L'objet de leur attente? de leur quête? 

Nous les reverrons dans le plan final après un "voyage" presque halluciné, où leurs regards se seront confondus avec ceux des spectateurs -du film et de la salle,- qui eux-mêmes regardent "passer le(s) train(s) " tout en étant leurs "passagers" 

 

Un voyage où se mêlent, se superposent, trépidantes, frénétiques, des images empruntées à de vieilles pellicules recyclées, à des rushes de films, découpés en collages; les perforations de la pellicule se confondant avec les voies ferrées. 

 

Cinéma et train ne sont-ils pas étroitement liés? Par le mode de fonctionnement certes (une avancée, un mouvement) par d'évidentes ressemblances (fenêtres du train et photogrammes, rails et perforations de la pellicule), mais surtout par l’époque de leur apparition l’un comme l’autre incarnant ce moment de l’Histoire où la vitesse du monde s’est considérablement accélérée.

 

Deux « transporteurs » donc  dotés de ces capacités à « fabriquer » des bouleversements (fussent-ils anxiogènes !!) et la "machine"  imaginée (recréée à partir de ...)  par Peter Tscherkassky nous embarque en 2021 dans des accélérations (cf les traverses clouées au moment même où le train s’avance…) ...jusqu’à l’accident …Ascension effondrement (tout comme on assiste à l'extinction de l'outil primitif du cinéma) 

 

Laissons-nous entraîner comme dans un "train fantôme", avec carrosses, destriers à l’assaut du  "cheval de fer" , le « découpant » et par lui  "découpés" ,  au son d’une musique qui n'est pas sans rappeler  celle de Steve Reich (different trains)

Ce court métrage expérimental  du maître autrichien avant-gardiste est sans conteste un hommage frénétique à l’histoire d’amour entre les trains et les débuts du cinéma,   un voyage fantasmagorique au cœur de la mécanique des images animées !

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

à voir sur Mubi

Train Again (2021) | MUBI

 

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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 09:39

Le 17 octobre 1982, l'astronome Edward L. G. Bowell découvrait un astéroïde situé entre les orbites de Mars et Jupiter. Sept mois plus tôt, le 3 mars, Georges Perec disparaissait. Il fut alors décidé de nommer l'objet céleste (2817) Perec, en hommage à l'auteur.

Quarante ans presque jour pour jour après sa mort, alors que l'astéroïde tourne encore, nous sommes très heureux de vous présenter une sélection de quatre films de – ou sur – cet homme, écrivain, cinéaste et verbicruciste (liste non exhaustive)

 

 

dont "Un homme qui dort"

Film à double signature, celle de l’écrivain disparu et du cinéaste Bernard Queysanne, travaillé à partir du texte initial de Georges Perec, dûment calibré par les auteurs. Une réflexion commune, un propos très concerté ont généré une œuvre novatrice, singulière, hors du temps. En voici le livret - car le film est construit comme une partition musicale, en plusieurs mouvements : un étudiant remet en cause toutes ses activités et tous ses projets et se plonge volontairement dans une sorte d’hibernation. Pendant plusieurs mois, il vit ainsi en dehors du temps, en dehors du monde jusqu’à ce qu’apparaissent les limites et les dangers de cette expérience radicale et c’est douloureusement qu’il reprend pied sur la terre des vivants. Histoire qui induit une recherche formelle et sonore importante, au service de l’idée "d’infra-ordinaire", chère à Georges Perec, qui la sous-tend.

Georges Perec sur Tënk

 

On aimerait tout d’abord relever la beauté des images et de cette bande-son composée des bruits de la ville (et de la voix de Ludmilla Mikaël), où le dehors et le dedans s’entremêlent jusqu’au vertige – vertige du temps et de l’espace. S’émerveiller ensuite de la capacité de Georges Perec (ici avec Bernard Queysanne), en chacune de ses œuvres, livres et films, à saisir une époque, les ambiances qui la caractérisent et les détails qui la composent, les objets et les mots qui en font la couleur. S’étonner comme à chaque fois des nombreuses affinités existant entre Perec et Jean Eustache, “Un homme qui dort” étant bel et bien le contemporain de “La Maman et la putain”. Il l’est également de films d’Alain Cavalier et de Marguerite Duras auxquels on songe ici notamment. Étrange invitation au voyage que ce film-ci – voyage immobile, hypnotique et somnambule au cours duquel vous croiserez peut-être votre double. Fabien David Programmateur du cinéma Le Bourguet de Forcalquier (cité par Tënk)

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25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 08:06

Premier long métrage de Madiano Marcheti ( Brésil 2021)

avec Natália Mazarim (Luziane), Rafael de Bona (Cristiano), Pâmella Yulle (Bianca), Joana Castro (Nadia), Mariane Cáceres (Francine), Lua Guerreiro (Tiffany), Chloe Milan (Madalena), Lucas Miralles (William), Nadja Mitidiero (Cilene), Antonio Salvador (Gildo)

Trois protagonistes, Luziane, Cristiano et Bianca – qui ne se connaissent pas – sont pour autant tous liés d’une manière ou d’une autre à Madalena, une femme trans retrouvée morte, quelque part dans l’ouest du Brésil.

Madalena

Voici un immense champ de soja que ne perturbe aucun bruit, voici des autruches (nandous?)  qui se dandinent offrant leur cou,  le duvet de leurs plumes et leur regard scrutateur à celui de la caméra. C’est le plan d’ouverture. Un plan récurrent qui signera les moments d’une partition, partition composée de trois récits incarnés par des personnages différents.

Et dans ce vert éblouissant une tache blanche, furtive…

D’emblée le spectateur sera sensible  à la beauté formelle (et le film frappera par ses indéniables qualités esthétiques) mais il sera peut-être perturbé quand le réalisateur va déjouer ses attentes … Or précisément ce n’est pas le mystère qui entoure le meurtre de Madalena qui intéresse Madiano Marcheti

Il est  d’autres enjeux : une forme de radiographie de la société brésilienne, par des choix formels, le recours à des touches de paranormal et le « destin » de quelques personnages de milieux différents. Le champ de soja, les routes de terre rouge, croisements et passages des différentes histoires, vont illustrer ou incarner ces « enjeux »

Tombeau de Madalena, le champ de soja, illustration de la monoculture imposée par les exigences du libéralisme outrancier, devient la métaphore d’une société uniformisée où l’altérité est rejetée et où triompherait la transphobie. Champ de soja où s’en viendraient percuter les non-dits ; une lecture en filigrane des collusions entre politique et propriété foncière -incarnée par Cristiano- , des inégalités sociales -lisibles dans l’utilisation de véhicules témoignant du niveau social de chacun, véhicules empruntant ces routes « bucoliques »

Cristiano est l’héritier d’un empire foncier dont les signes de richesses envahissent parfois l’écran (ballet de drones, voitures engins sophistiqués, hectares de culture intensive) mais il a commis une erreur et redoute les foudres paternelles ….En parallèle voici deux autres univers -celui de Luziane, celle que nous avons rencontrée en premier ; issue d’un milieu modeste, elle travaille comme videuse la nuit dans un club privé. Et celui de ce groupe, queer -un transsexuel, une jeune fille et une jeune lesbienne obèse, amies de Madalena. La dernière séquence consacrée à ce groupe, frappe par l’ambiance sereine dans un cadre presque idyllique (alors que plane le fantôme de leur amie); sérénité comme antidote aux tourments d'une mort annoncée ? ou volonté de ne pas verser dans le fatalisme ? à vous de juger

Car le réalisateur s’abstient de toute intrusion, il suggère sans expliquer (fébrilité de Cristiano, bribes de discussion avant et après la baignade des trois amies, dialogue mère-fille parasité par des infos radio);  au spectateur de "recouper", de mettre en parallèle les parties du film  !!

Un même niveau de récit pour trois mondes différents et, partant, c’est peut-être un regard nouveau sur le Brésil contemporain qui est sollicité.

Sans voyeurisme ni sentimentalisme, Madalena est un film original sur la transphobie (le Brésil détient ce taux record le plus élevé au monde, de meurtres de personnes transgenres, nous apprend le générique de fin).

Un film que je vous recommande 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

à voir sur Mubi 

Madalena (2021) | MUBI

 

 

 

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21 février 2022 1 21 /02 /février /2022 07:05

de De Jacqueline Lentzou Grèce 2021

 

avec Sofia Kokkali, Lazaros Georgakopoulos

Musique originale composée par Delphine Malaussena

Berlinale 2021

 

Première diffusion : 19-02-2022 (Exclusivement sur MUBI) 

Moon, 66 Questions (2021) Prix & Festivals (mubi.com)

 

Lorsqu’une grave maladie frappe son père Paris, Artémis décide de rentrer chez elle en Grèce après quelques années d’absence. Sans s’y attendre, père et fille se lancent dans un voyage d’apprentissage et de révélation, annonçant un nouveau départ pour leur relation

 

 

Moon 66 questions

 

Un film sur les flux, les mouvements et l’amour (et leur absence) annonce le prologue

Pour évoquer le moment fugitif de leur éclosion, leur surgissement leur évanouissement, leur sens qui se dérobe affleure  et la permanence d’une incomplétude, la réalisatrice place son film sous le signe de l’astrologie (titre Moon  comme référence à la cosmogonie) de la magie (des plans fixes sur des cartes de tarot vont scander la narration) et de la mythologie (le choix des prénoms : Paris serait-il à l’instar de son homologue légendaire grec,  le déclencheur d'une  "guerre",  le conflit avec sa fille ? Artémis doit-elle à la déesse de la chasse et de la nature, associée à la lune, les fluctuations  de ses sentiments ?)

Comme si les incertitudes les inconstances les intermittences venaient du fond des âges et que les réponses -aux 66 questions- devaient rester dans les limbes de l’indécidable....

 

La première séquence peut surprendre  : voici des images filmées au caméscope, ( ?) datées de 1996, on entend des bribes de discussions ; on ne peut  "identifier" ni  les lieux, ni les personnages qui, d’ailleurs, sont  absents du petit écran comme embué, lequel se  confond bientôt   avec celui du hublot  Et pourtant Artémis est bel et bien à bord d’un avion qui la mène de Paris à Athènes où elle doit rejoindre un père, atteint d’une maladie dégénérative incurable, un père qu’elle connaît à peine…Le voyage comme Odyssée ? avec ces strates du passé comme filtres de la mémoire

 

La relation père/fille oscille constamment entre rejet, rancœur et affection, parfois fusionnelle, entre mutisme et violences verbales, comme si la vraie maladie était moins celle qui paralyse le père que celle de l’amour (avec son cortège d’affects de sentiments fluctuants opposés voire contradictoires, ce qu’illustrent les regards, les zooms, les silences, les suspensions de la narration, l’intrusion d’images mentales ou de flash back, des déformations d’images et des discordances sonores), Comme si le motif de la maladie n’avait été convoqué que pour  "contraindre"  Artémis à retourner dans son pays d’origine, à se confronter à son passé et à  ses attentes dans sa relation au père (avec le poids des non-dits) 

 

Dans ce film, très riche en questionnements/dévoilements, jusqu’à cette scène finale assez inattendue !!-, nous assistons ainsi à une double  "rééducation".  Celle du père dans son cheminement vers un semblant d’autonomie, celle de la fille dans son apprentissage de la découverte de l’autre " Ça veut dire quoi être proche de quelqu’un" c’était sa question initiale (la première des 66?).. Si l’opposition entre la « paralysie » de l’un et la « bougeotte » quasi permanente de l’autre accentue -formellement- le contraste, on mesure les efforts d’Artémis pour mimer, s’adapter au rythme de l’autre et progressivement en « être proche », dans les deux acceptions de cette expression (ce qui n’exclut nullement les moments de refus catégorique). Une rééducation qui se double d'une recherche mutuelle de la vérité vers une forme de réconciliation.

Réconciliation  qui frise parfois  le burlesque : ce dont témoignent, entre autres, la scène de franche rigolade (dégustation côte à côte d’une glace) ou la réunion de la maisonnée afin de tester les capacités d’une infirmière bulgare …qui ne connaît pas la langue…

Réconciliation qui emprunte (et l'on comprend mieux le procédé de duplication présent dès le début du film)   les chemins détournés des vidéos - les aveux du père -, comme si le recours à ce filtrage de la mémoire (avec éloignement dans l’espace et le temps) s’en venait  "recadrer"  l’énigme du présent

 

Un film que je vous recommande !

 

Colette Lallement-Duchoze

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19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 16:49

de Giacomo Abbruzzese (Italie) 58’ 2019

 

 

"L'été dernier, ma grand-mère me dit pour la première fois que mon grand-père n'était pas mort d'un accident de voiture à New York, comme je l'avais toujours cru. Il avait été assassiné à Harlem, dans les années soixante-dix. Le documentaire, combinant la forme d'un film d'essai et du cinéma familial, émerge de mon voyage de recherche à New York, enquêtant  sur sa mort

 

à voir sur Tënk 

America - Tënk (on-tenk.com)

 

Nommé pour le César 2022 du meilleur court métrage documentaire

 

 

America

 

Le documentaire s’ouvre et se clôt sur le plan prolongé d’une allée ; chemin d’accès à la villa familiale .

Point de départ et de retour d’un « voyage » dans le temps (remonter aux origines) et l’espace (des deux côtés de l’océan) qu’a  entrepris  le petit-fils de Claudio, Giacomo Abbruzzese

Et si la révélation finale renvoie à la thématique de l’abandon,  elle ne pouvait que s’inscrire dans ce cadre comme pour en souligner « l’éternel recommencement »

Né en Grèce, élevé à Venise, marié à Tarente, père de trois enfants, parti aux USA (un "rêve américain"  poursuivi pendant 20 ans, avec des retours de plus en plus rares en Italie), décédé dans des circonstances inconnues-  Claudio est  un être complexe,  a priori insaisissable car "fuyant" ( les réponses des deux  "épouses"  à des questions précises se font écho   "je ne sais pas" ) mais  le petit-fils est décidé à en sonder  les mystères, tant sa recherche du "vrai" est irrépressible

Une quête des origines illustrée et concrétisée par le recours à différents médiums (photos agrandies aux dimensions de l’écran, album de la grand-mère italienne, photos prises par Claudio quand il vivait à NY avec Esther (Portoricaine) ,  conversations par skype (avec les enfants de Claudio, soit  oncle et tantes de Giacomo) vidéo tournée sur smartphone, images/photos d’archives et actuelles de New York. Une quête ! un périple dans lequel il embarque le spectateur ! 

 On assiste parfois (compte tenu du rythme et du commentaire en voix off) à un film/enquête, genre thriller : pourquoi Claudio a-t-il été assassiné ? Aurait-il fait partie de la Mafia ? Et  des extraits d'un film de Scorsese, jouent le rôle de  référence, intégration élargissement voire  exhaussement (un membre de la famille tel  "L'Affranchi"?) 

Vitalité, rancunes, apaisement, figures mémorielles, couleurs grises, pastel ou éclatantes, ambiances urbaines, passé exhumé, c'est au montage que l'ensemble des  "traces"  suivies (avec un  jeu de superposition et de  surimpression par-delà les décennies) et de témoignages recueillis,  fait d'America (le titre en gros caractères n'apparaît qu'à la 27ème minute ) un  film familial , un récit "libre et attachant qui surfe sur la face B de l’Americana et se glisse dans les interstices de nos contradictions. (Pauline David Programmatrice, directrice du festival En ville ! (Bruxelles) citée par Tënk) 
 

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 février 2022 4 17 /02 /février /2022 13:10

Film coréalisé par Luc Hermann et Valentine Oberti. (sortie le 16 février) 

coproduction Mediapart et Premières Lignes

 

programmé le 17/03 - 20 h - Rouen - Omnia. En présence de Lénaïg Bredoux et l’équipe du Poulpe Média

 

Produit par Mediapart et Premières Lignes, une société de production spécialisée dans le journalisme d’investigation et notamment productrice de Cash Investigation sur France 2, ce documentaire réalisé dans un style très télévisuel est davantage un best-of du pire des menaces auxquelles doit faire face la presse aujourd’hui qu’une véritable enquête. En moins d’une heure trente, il démontre à partir d’une série d’exemples concrets en quoi la concentration des médias entre les mains de quelques grands patrons pose un réel problème pour la démocratie. 

 

Media crash  Qui a tué le débat public?

Il y a ce que vous voyez, ce que certains souhaitent que vous voyiez, et ce que vous ne voyez pas.

 

Media crash n’est pas œuvre de cinéma mais une « contribution citoyenne » aux malaises actuels pour un débat public privatisé (confisqué) par les 9 milliardaires qui possèdent 90% des grands médias.

Ce qui explique la programmation dans les salles en présence de journalistes ou spécialistes à partir du 16 février 2022

 

Le documentaire est scindé en 3 parties Les Incendiaires /Les Barbouzes/Les Complices. Il allie interviews, face-à-face, (en donnant la parole à des experts, journalistes, chercheurs du CNRS) images d’archives que commente une voix off (ainsi de ces vues en plongée étonnantes sur le port d’Abidjan pour les « affaires africaines » du groupe Bolloré). Et quand on ne dispose pas d’images/preuves, les appareils d’enregistrement envahissent l’écran (on entend les voix de Squarcini Arnault Pierre Godé)

Liberté de presse bafouée, entraves et représailles. Ainsi le Monde privé de « publicités » par Havas (propriété de Bolloré) suite à une enquête dénonçant les activités de barbouzes du groupe en Afrique; un journaliste d’investigation de France 2 Tristan Waleckx, présentateur de « Complément d’enquête », accusé de suborner des témoins en Roumanie lors de son enquête sur la fabrication de chaussures, avant que n’éclate la vérité…Valentine Oberti, victime de pressions gouvernementales, puis d’un « rappel à la loi » durant six ans, (elle avait osé interroger la ministre des armées Florence Parly sur la vente d’armes destinées à l’Arabie saoudite dans la guerre contre le Yémen)

Les exemples ne manquent pas …. Certains sont glaçants…

 

Sur le « fond » proprement dit, hormis les séquences de la fin, les abonnés de médiapart (qui ont bénéficié de l'avant-première mardi 15) auront l’impression de « revoir » certaines  « affaires » (Cahuzac, Ruffin et le making-of de  son film  « merci patron », financement de la campagne de Sarkozy, les palinodies de Ziad Takieddine) et d’assister à une forme d’auto promotion du journal (indépendance affichée, pugnacité de ses journalistes d’investigation, etc …) tout en sachant que Médiapart  n’est pas à l’abri de certaines critiques « justifiées »...

 

Quant à la « promotion » d’Eric Zemmour, elle n’est pas née avec CNews ni C8 (TPMP), mais il y a bien longtemps avec la complaisance de journalistes (télévision publique) (cf. analyse dans le n° 41 d’Acrimed « médias et extrême droite ») Droitisation du champ politique (1980 1990) et reconfiguration du champ médiatique aligné sur une course aux revenus publicitaires, sur le mode de traitement de l’info importé de la tv ….La polarisation médiatique autour d’Eric Zemmour est une matérialisation concrète de 30 années de banalisation de l’extrême droite dans et par les médias dominants

 

Collusion pouvoir et médias ? (Troisième partie « les complices ») je vous renvoie au film documentaire coup de poing Les nouveaux chiens de garde (2012) LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE - Le blog de cinexpressions

 

 

Un documentaire synthétique et pédagogique certes dont la portée va dépendre des débats qui suivront les projections dans les 50 salles où il est programmé en février et mars 2022

 C'est un documentaire d'intervention qui, une fois terminé et que la salle se rallume, nous l'espérons, suscitera le débat et la discussion. Valentine Oberti

 

Au final, les vrais « perdants » de cette mainmise éhontée sur les médias, ne seraient-ils pas -comme souvent d’ailleurs- les citoyens ?

 

Colette  Lallement-Duchoze

 

 

PS à  méditer " le mensonge prend l'ascenseur quand la vérité prend  l'escalier " (proverbe africain) 

PS lire  l'article revue Reporterre

https://reporterre.net/Pour-la-liberte-de-la-presse-et-la-democratie-stoppons-Bollore?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_hebdo

Face aux poursuites-bâillons de Bolloré : nous ne nous tairons pas (reporterre.net)2018

 

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