16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 05:49

de Ognjen Blavonic (Serbie) 

avec Leon Lucev, Pavle Cemerikic, Tamara Krcunovic

 

Présenté au festival de Cannes (Quinzaine des Réalisateurs) 

1999, alors que la Serbie est bombardée par l’OTAN, Vlada travaille comme chauffeur de poids lourds. Dans son camion, il transporte un mystérieux chargement du Kosovo jusqu’à Belgrade et traverse un territoire marqué par la guerre. Lorsque sa tâche sera terminée, il devra rentrer chez lui et vivre avec les conséquences de ses actes.

 

Teret

Le film frappe par son minimalisme, ses non-dits, ses ellipses et Vlada (interprété par l’excellent Leon Lucev vu récemment dans the miner) est peu loquace voire mutique (même les deux conversations au téléphone avec sa femme se réduisent à un essentiel bien laconique). Pour éviter monotonie et répétitivité (nous suivons le chauffeur qui le mène du Kosovo à Belgrade pendant une journée) le cinéaste va multiplier les angles de vue (Vlada est vu de profil de dos de trois quarts et parfois à l’habitacle du chauffeur se substituent un "paysage" marqué par la guerre -elle aussi plus suggérée qu’illustrée- ou la route vue à travers le rétroviseur ou encore des mini-scènes prises sur le vif lors des rares pauses plus ou moins tolérées par les donneurs d’ordre (mariage, prostituée quittant un poste militaire et fredonnant une chanson bien nostalgique, gamins qui maraudent)

 

Métaphorique, le titre rend compte des choix du réalisateur et propose une lecture plurielle au spectateur -lequel ne pourra réagir de la même façon s’il a connu ou non  la douloureuse guerre du Kosovo, s’il est Serbe ou non, s’il a suivi les épisodes via des médias... très manichéens, etc.)

Teret : la charge, le chargement ou encore le fardeau . C’est bien sûr la cargaison que transporte Vlada dans son camion cadenassé verrouillé (comme pourrait l’être une mémoire collective que le réalisateur tente de réveiller ou du moins d’alerter). Son contenu ? Nous le devinons (bruits insolites de cliquetis, réponse évasive à la question formulée par le jeune auto-stoppeur rockeur, bénédiction accordée lors d’un contrôle (rappelons que Vlada a été embauché par l’armée pour le transport) avant que tard dans la soirée des grues treuils et engins enfouissent le "contenu" -vision biaisée à travers des vitres- et qu’au matin Vlada soit pris de nausées…

Cette charge c’est  aussi le fardeau qui habite l’individu à travers le personnage de Vlada, celui d’une mémoire individuelle qui se décline avec une mémoire collective. Car le trajet dans l’espace (souvent brumeux...) est aussi un trajet dans le temps. Le passé -dont le briquet légué par le père était l’effigie; ce que rappelle Vlada à son fils Yvan, - seul moment où il est prolixe d’ailleurs- , tant il admire le courage héroïque de son père et de son oncle pendant la Seconde guerre mondiale luttant contre les nazis.  Le présent celui du film 1999 cette guerre que Vlada compare à des "jeux vidéos"….de ce pays que veut quitter le jeune auto stoppeur pour aller en Allemagne. Ce présent plus proche encore (2018) celui de l’oubli que Ognjen Glavonic tente de convertir en "mémoire" en exhumant un passé relativement proche...

 

L’itinéraire initialement imposé sera dévié (destruction de certains axes) tout comme l’histoire vécue (sinon racontée) peut emprunter des chemins de traverse !!! le huis clos du camion s’est métamorphosé, et la béance laissée par le Vide n’en sera pas pour autant "purifiée" (Vlada est obligé de "laver" le camion avant de s’en retourner de Belgrade au Kosovo le soir même….pour un nouveau convoyage de….le dernier affirme-t-il à sa femme...)

 

Un récit allusif qui, sollicitant constamment le spectateur, en fait un "acteur" à part entière

Un film que je vous recommande vivement !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

sur l'intervention de l'Otan en 1999 lire -entre autres-  l'article 

https://www.monde-diplomatique.fr/2000/03/HALIMI/2172

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