17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 08:41

Documentaire d'Anna Roussillon

Projeté en ouverture de la sélection de l'ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) à Cannes 2015

Je suis le peuple

Il ne vous reste que deux séances (dimanche 13h45 et lundi 17h 10) pour aller voir ce documentaire d'Anna Roussillon

 

Une autre approche de la révolution en Egypte. Nous la voyons à travers le regard de Ferraj un paysan de La Jezira à 50kms de Louksor-, qui lui-même la voit et commente par écran interposé, celui de son téléviseur, tandis que la réalisatrice jouant le rôle d'animatrice restera hors champ;  et du coup elle nous immerge dans un environnement où la lutte pour la survie est quotidienne; loin et si "proche" de la place Tahrir

 

La réalisatrice  nous propose aussi une autre approche de la démocratie; c'est moins une victoire sur la dictature (et pourtant "voir" Moubarak derrière les barreaux est "incroyable" pour les habitants de La Jezira) qu'une forme de lutte permanente; les virevoltes de Farraj le prouvent; mais aussi les menaces en haut lieu par ceux-là mêmes qui s'en réclamaient; il faut entendre Al-Sissi appeler à l'union "sacrée" avec les militaires contre le nouvel ennemi "le terrorisme"....Tout un programme... interrompu par une panne de courant....

 

Elisabeth

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 08:19
Yolande ou les blessures du silence

Elles font leur Cinéma   www.elles-font-leur-cinema.info 

 UBI et Pôle Image Normandie 

 présentent  -en avant-première-,

Yolande ou les blessures du silence

un documentaire (dont la réalisation vient juste de se terminer)  de Léandre Alain Baker

 

à l'UBI  (lieu artistique mutualisé 20 rue Alsace-Lorraine 76000 Rouen)

samedi 23 janvier - 18h30

 

 

Ce film a été soutenu par Pôle Image Normandie.

UBI l'accueille pour vous le faire découvrir.

 

La projection sera suivie d'une rencontre-débat (en présence d'un des producteurs du film Rufin Mbou Mikima) et d'un verre

Yolande ou les blessures du silence

Synopsis Rescapée du génocide rwandais, Yolande Mukagasana a perdu son mari et tous ses enfants. Elle se bat aujourd’hui contre le silence qui continue de peser sur ce drame et aide les habitants à parler, à dire l’indicible, à comprendre ce qui s’est passé. Elle veut rendre un visage et une identité à ceux qui ont disparu.

 

Avec le soutien du Pôle Image Haute-Normandie (fonds d'aide Région Haute-Normandie/CNC), Procirep, Angoa, CNC, le Fonds Francophone de Production Audiovisuelle du Sud, l'Organisation internationale de la Francophonie

 

 

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 15:33

Embarquez-vous pour une séance de courts métrages des pays de l' Europe Centrale et Orientale à bord de la Lutèce, Mercredi 20 janvier

Festival à l'Est du Nouveau

 

 

Le Festival A l' Est du Nouveau est trés fier de vous proposer la première séance de cinéma à bord de la Lutèce. En effet, nous avons été sollicités pour assurer la programmation de la première soirée d'une série consacrée au cinéma d' Art et d' Essai sur cette grande vedette amarrée sur le quai rive droite à Rouen.

 

La sélection de courts métrages projetée mercredi 20 janvier à bord de la Lutèce, dans le cadre de la première projection organisée à bord provient de Tchéquie, Pologne, Georgie, Roumanie, Ukraine. Cette soirée nous permettra également de vous donner des nouvelles du prochain festival qui aura lieu du 4 au 13 mars prochain.

 

Le bateau sera ouvert au public dès 19heures.

La séance commencera à 20 heures,

L'entrée est de 4€, les consommations sont en sus.

 

Comptant sur votre présence

bien cordialement

l'équipe du Festival

 

pour réserver vos places, c'est ici : alest-dunouveau@orange.fr

Festival à l'Est du Nouveau
Partager cet article
Repost0
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 20:56

Documentaire-fiction réalisé par Alexander Nanau    Roumanie 2014

(Grand prix du festival d'Angers  "premiers plans" janvier 2015)

Toto et ses soeurs

Synopsis C'est l'histoire singulière d'une famille Rom en Roumanie d’aujourd’hui, celle de Toto (10 ans) et de ses sœurs, Ana (17 ans) et Andrea (15 ans). Pendant que leur mère est en prison, Toto apprend passionnément à lire, écrire et danser, tandis que ses sœurs essayent de maintenir l'équilibre familial dans un monde qui a oublié depuis longtemps ce que devrait être l'innocence de l'enfance.

Ce documentaire est si réussi, si émouvant qu’on croirait une fiction tout comme Hope, ce film fiction de Boris Lojkine , (sorti en 2014) sur couple de migrants africains, qui, lui, ressemblait à s’y méprendre à un documentaire. Dans les deux cas, il s'agit d'histoires renversantes, qui marquent, percutent même, nos esprits à l’abri du malheur social.

Toto est ses sœurs ne tombe pas dans le glauque bien qu’il dépeigne la grande misère des Roms en Roumanie. Le film est tonique, filmé à la fois avec bienveillance et  beaucoup de distance. Il rend hommage aux travailleurs sociaux de Roumanie; et ils ne sont  pas du tout absents du paysage, contrairement à ce qu'on  aurait pu  supposer.

Enfin, le personnage de Toto est attachant sans jouer, étonnamment;  les sœurs tour à tour évoluent et nous surprennent;  la mère qui purge une peine de prison pour drogue est omniprésente par son absence. La dernière scène où elle rentre chez elle après avoir purgé sa peine de 7 ans d’emprisonnement, accompagnée de sa fille cadette et de Toto est un morceau d’anthologie qui mérite le déplacement à lui seul.

Vite, ne ratez pas ce film !

 

Serge Diaz

Dans cette chronique "familiale" qui s'étale sur plus d'une année, le cinéaste filme au plus près les 3 enfants – les enfermant encore plus dans l'inconfort d'une pièce exiguë –; et il lui suffit de quelques travellings ascendants sur des façades délabrées ou des vues en plongée sur la chaussée pour mettre comme en exergue leur environnement sociologique minable ...

Si la dernière séquence comme l'écrit Serge est un "morceau d'anthologie" elle ne prend sens que comparée à une autre séquence à laquelle elle fait écho; dans l'une, les enfants allaient au-devant de la mère en lui rendant visite à la prison et ils scellaient une union "sacrée" (blottis dans le sein d'une mère aimée); dans la séquence finale, plus d'une année s'est écoulée, chemin inverse: la mère revient au logis mais elle est désacralisée, déchue; les rôles sont inversés: Andrea qui a su protéger son petit frère en l'absence de la mère peut tancer cette dernière et ne tolérer aucune excuse...dans le train elle joue le rôle de procureur, Toto est recroquevillé dans son sommeil alors que la mère peine à plaider non coupable

Comme l'auteur procède par ellipses (une constante dans ce film) tout en ne masquant rien d'ailleurs (c'est une des forces de son film) c'est au spectateur de questionner et de combler, éventuellement, les interstices...

Il conviendrait d'ajouter la "force" de ces scènes où Andrea se filme avec son petit frère, relayant ainsi le "rôle" du cinéaste...

CLD (le 11/01/2016)

.

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 14:44

De Quentin Tarantino

Avec Samuel Jackson (Le chasseur de primes marquis Warren) Kurt Russell (le bourreau John Ruth) Jason Leigh (la prisonnière Daisy Domergue) , Demian Bichir (le mexicain Bob),Tim Roth (le court-sur-pattes Mobray) , etc.

Les 8 Salopards

Prologue. Un calvaire dans une immensité blanche; un Christ que la caméra approche progressivement avant un zoom sur le visage; (la symbolique inversée se dévoilera au cours du récit); chevaux et "diligence" paraissent de minuscules stries noires... Nous sommes dans le Wyoming quelques années après la Guerre de Sécession

Le "western" va se déployer en plusieurs chapitres annoncés par des encarts; l'ordre chronologique est une seule fois perturbé par un retour en arrière et un commentaire (la voix du réalisateur en off) explicite le titre du chapitre "le secret de Daisy Domergue" au cas où le spectateur n'aurait pas été suffisamment attentif...le réalisateur reprend les mêmes plans qui étaient hors champ...  à la fin du chapitre précédent. Et quand Warren raconte au général Sanford Smithers le supplice qu'il a infligé à son fils, des images viennent illustrer ses propos (homme nu entravé, traîné dans la neige jusqu'à épuisement; l'horizontalité du supplicié  contraste avec la verticalité du Christ du prologue) . Voilà pour des "astuces" formelles (mais elles n'ont rien d'original... )

Après les séquences dans les paysages enneigés  (certains plans et cadrages sont d'une beauté stupéfiante) l'essentiel se passera à huis clos dans la mercerie de Minnie, un relais sur la route de Red Stock, où la cohabitation "forcée" (car les 4 de la diligence étaient "attendus" par 4 autres) se vit d'abord sur le mode oral (les commentaires perspicaces de Warren) puis donne lieu aux "règlements de compte" en un véritable jeu de massacre...

Que dire sinon que l'on retrouve tous les ingrédients qui font le "charme" ou provoquent la détestation des films de Tarantino: violence et outrance; dialogues ou récits "interminables" et ralentis assez spectaculaires;  musique expressive (ici Morricone) , bande-son tonitruante dans les scènes gore (sang et cervelle qui giclent..); atmosphère grand-guignolesque parfois; très gros plans (visages, bouches, pieds, mouvements des têtes ou pattes des chevaux); plans appuyés sur le visage déformé et maculé de sang de Daisy.

Warren est le seul Noir. Daisy est le seul personnage féminin -ses propos racistes et ses mensonges sont éhontés, sa vulgarité est surprenante ; mais c'est une instrumentiste douée; elle  résiste assez longtemps (parfois on se demande comment) aux pires brimades (verbales et physiques). Ambiguïté recherchée? Ou misogynie latente? La lettre que le président Lincoln aurait écrite à Warren (et dont on apprendra assez vite que c'est un faux), provoque in fine l'émotion de Mannix, celui qui aurait dû être le nouveau shérif de Red Stock. C'est qu'il est question de Mary Todd, l'épouse d'Abraham Lincoln....

 

Au final ne pourrait-on pas affirmer que le huis clos de la mercerie où s'affrontent les 8 salopards est comme le microcosme de la société américaine qui n'a pas encore "digéré" sa guerre de Sécession; une société où perdurent "relents d'injustices, ressentiments militaires et tensions raciales"? Mais ce n'est qu'une hypothèse...

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 19:33

Premier long métrage de Pengfei Song (2014)

Avec Ying Ze, Luo Wenjie, Zhao Fuyu, Lin Xiaochu

Prix Fedeora meilleur film à la Mostra de Venise

Argument: Beijing. (Pékin) 23 millions d’habitants et une croissance urbaine démesurée. Sans cesse des quartiers sont détruits et reconstruits pour la nouvelle classe moyenne. Pour gagner sa vie, Yong Le récupère des meubles usagés dans les maisons abandonnées. Xiao Yun, elle, danse dans un bar. Tous deux habitent la « ville souterraine » et rêvent d’en sortir. Jin, lui, a sa maison. Il rêve pourtant d’ailleurs. Son quartier va être détruit. Il a accepté de partir mais il doit d’abord vendre sa maison à un prix décent. Trois rêves, trois destins, trois histoires de la ville. De la Chine d’aujourd’hui.”

Beijing Stories

Ne pas trop se fier au pitch ...

Certes Jin   rêve de vivre dans une résidence de luxe (des extraits d'un film publicitaire sur grand écran  en proposent une vision idyllique), lui et sa femme   attendent depuis plus de 8 ans de vendre à un prix  honorable leurs biens, et ils seront les victimes -naïves?- des magouilles immobilières. Certes l'omniprésence de grues et de gravats sur les lieux où Yong récupère du mobilier usagé, montre efficacement les chantiers incessants de destruction / reconstruction ainsi que le rôle d'investisseurs corrompus. Certes, 3 destins vont s'entrecroiser, se croiser (c'est Yong qui nous conduit auprès de Jin, c'est Jin qui remplace Yong au volant de sa camionnette;  Yong et Xiao Yun se côtoient se cherchent dans  les entrailles labyrinthiques de la Ville). Et ces trois personnages sont habités par le rêve d'un ailleurs!

Mais le film nous  plonge surtout dans les bas-fonds;  ces ex abris anti-nucléaires construits à l'époque de Mao; nous pénétrons  dans les entrailles de la méga(lo)pole où "survivent" les laissés-pour-compte du fameux "miracle chinois"; et plus particuliérement Yong Le et Xiao Yun 

Il faut sans cesse marcher tête baissée, se recroqueviller, pour arpenter ces ruelles glauques afin de retrouver un semblant de "chez-soi" minuscule, il faut affronter la promiscuité (sanitaires communs), devenir  malgré soi un "muridé "; une séquence toutefois illumine de joie ces ténèbres quand plusieurs "locataires " partagent des agapes!

 

Instantanés, caméra fixe souvent, maîtrise des cadrages, dialogues minimalistes, va-et-vient entre les abîmes souterrains et un  extérieur saturé de gravats, ou un extérieur qu'emplit une foule compacte,  ramassée en un grand corps indifférencié; un va-et-vient qui se double d'un "mouvement" dialectique le bas et "l'en-haut", le noir et la lumière, la dure survie souterraine et le rêve d'un "ailleurs": tel est le choix de Pengfei Song, ce jeune réalisateur né en 1982 aussi doué que certains  de ses devanciers!

 

Douloureuse solitude que nous découvrons  par petites touches, Beijing Stories se donne à voir comme un  film  "d'atmosphère" ... à la fois réaliste et humain (malgré l'individualisme forcené dont rend  bien compte la scène d'inondation obligeant les "locataires" à quitter provisoirement les lieux...)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 17:41

Film russe de Yuri Bykov

Avec Artem Bystrov, Natalia Surkova, Dmitry Kulichkov

L'Idiot (Durak)

Argument: Dima est un jeune plombier qui doit gérer les canalisations des logements sociaux d'une petite ville de Russie. Un soir lors d'une inspection de routine, il découvre une énorme fissure qui court le long des façades de l'immeuble. Selon ses calculs, le bâtiment est sur le point de s'effondrer et d'ensevelir les 800 locataires qui y vivent. Une course contre la montre va s'engager...

Dima n'est pas le prince Mychkine du roman de Dostoïevski, c'est Durak (= le crétin) un technicien compétent un peu "idéaliste"... il essaie de tout mettre en œuvre pour sauver de la catastrophe les locataires de l'immeuble qui se fissure mais il se heurte au pouvoir des "décideurs"

Même si la métaphore: craquelure, lézarde d'un immeuble et délabrement, délitement de la Russie sous l'ère poutinienne est un peu appuyée, le film entraîne l'adhésion du spectateur; car ce conte politique est mené tambour battant (unité de temps: Dima dispose d'une nuit pour...) sur fond de société gangrenée par la corruption et l'alcool (dans The Major le cinéaste dénonçait déjà la collusion des "pouvoirs"... face à un problème d'ordre moral) 

 

Un film à voir absolument !!

 

Elisabeth

 

Hélas ce film n'est plus programmé

Je regrette de l'avoir "raté"

Colette 5/01/2016

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:53

De Zhang-ke Jia Chine

Avec Zhao Tao, Zhang Yi, Liang Jin-dong, Dong Zijian

Au-delà des montagnes

Tel un entomologiste Jia Zhang-ke ausculte de film en film son pays la Chine de l'ère post communiste avec la montée du capitalisme, la précarité, l'opulence, la corruption et la violence et ce, à travers le destin de personnages (faisant ainsi coïncider histoires individuelles et Histoire collective; on se rappellera A touch of sin par exemple). Dans Au-delà des montagnes il s'agit du destin de trois puis quatre personnages sur une génération allant de 1999 à 2025, en deux lieux différents: à Fenyang province du Shanxi et en Australie (en 2025). La fragmentation en trois mouvements, le choix d'un format particulier et d'une coloration spécifique pour chacun (on passe du 1,33 au 1,8 et au scope; de la luminosité inaugurale à la grisaille avant les larges panoramiques des paysages australiens) autorisent le cinéaste à bien mettre en évidence comme en exergue d'ailleurs -car le premier mouvement joue le rôle de prologue- le délitement progressif des "rêves" et implicitement à se poser la question comment 1999 a préparé tout cela?

Si la chanson Go West des Pet Shop Boys ouvre et clôt le film, elle n'a évidemment pas du tout la même connotation ni la même résonance en 1999 et 2025. Chanson des rêves, d'un ailleurs à conquérir en 1999 et Tao (qu'interprète ZhaoTao, femme égérie du cinéaste) danse avec cette bande de jeunes dont ses deux amis qui la courtisent Zhang Jinsheng incarnant la réussite sociale et Liangzi ouvrier mineur. À partir du moment où Tao a choisi le premier, à partir du moment où Liangzi renvoyé par le nouveau patron son ex camarade Jinsheng est contraint de quitter Fenyang, à partir du moment où Tao est arrachée à son fils que le père veut éduquer à l'américaine, en Australie (rejoignant la diaspora chinoise la plus huppée), la tonalité du film est plus amère et le constat cruel: un jeune exilé de son pays, dès l'enfance, n'en connaîtra peut-être jamais ni la langue ni la culture...(c'est le cas de Dollar)

Le dernier plan nous ramène à Fenyang; Tao vieillie, seule dans la grisaille enneigée, danse sur la musique Go West, son corps ne dessine plus d'arabesques, sa gestuelle s'est alentie et son visage s'est terni, à l'instar des rêves brisés! À l'instar du fleuve Jaune:  hier force vive, il est désormais tari et figé !

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 08:52

De Leyla Bouzid (Tunisie)

Avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari

Prix du public à Venise

A peine j'ouvre les yeux

À peine j'ouvre les yeux est un extrait de la chanson interprétée par Farah bachelière de 18 ans; une jeune fille rebelle et insouciante, sensuelle et pudique. Mais sous Ben Ali chanter la désolation du pays et celle d'une génération c'est se mettre dans la gueule du loup, en l'occurrence la police via ses mouchards

A peine j'ouvre les yeux, je vois des gens éteints, coincés dans la sueur, leurs larmes sont salées, leur sang est volé et leurs rêves délavés

Le film suit (non sans quelques longueurs et lourdeurs..) le parcours de cette jeune femme; et  on le comprend très vite il symbolise non seulement l'élan et la fougue d'une génération  détruits par la famille la société et le système politique- mais aussi l'éveil de son pays la Tunisie, dans les dernières années de la dictature (un détail qui en dit long: le père ne peut travailler à Tunis car il n'a pas la carte du parti...).

Film solaire dans la première partie même si l'essentiel se passe la nuit dans des bars underground; solaire et sensuel ce dont témoignent les gros plans sur le visage bon enfant, le sourire de bébé de Farah et les très gros plans sur le grain de sa peau que lèche amoureusement l'homme aimé, Borhène, parolier et joueur d'oud dans le groupe rock; une partie irriguée par la musique le rire l'amour et l'alcool.

Sombre et crépusculaire suite à la trahison et l'arrestation, (même si les séquences sont essentiellement diurnes) le film ne versera pas pour autant dans le tragique. Car -et c'est là un autre aspect majeur du film-, nous suivons le parcours parallèle et pourtant inversé de Hayet la mère de Farah. Ex-contestataire, elle se comporte en tant que mère consciente des dangers, comme une "castratrice"; mais au final, après l'angoisse, la hantise de perdre son enfant -et l'époustouflante scène dans la gare routière en communique le vertige - elle incitera Farah à réaliser ses rêves : "chanter"; son visage s'est illuminé (admirable Ghalia Benali), ses bras enserrent en la lovant sa fille qui,  ayant vaincu le mutisme, recouvre la VOIX

Je vois des gens qui s’exilent, traversent l’immensité de la mer en pèlerinage vers la mort

 

CLD

J'y ai vu surtout un film décevant tant les critiques sont élogieuses ! Ce film aux bonnes intentions en direction de la jeunesse ne nous apprend pas grand chose sur le régime policier de Ben Ali, ni sur le machisme arabe, les scènes de concert et de répétitions musicales sont démesurément longues et ennuyeuses car ni les paroles ni l'interprète ne sont renversantes. Problème de montage, mauvais rythme mais aussi faiblesse de scénario. Le sujet méritait mieux

Serge Diaz 28/12

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 08:44

Premier long métrage de Nicolas Pariser

Avec Melvil Poupaud (Pierre Blum) André Dussolier (Joseph Paskin) , Clémence Poésy (Laura), Sophie Cattani (Caroline)

 

Récompense: Prix Louis-Delluc du premier film

Le Grand Jeu

Un film qui s'annonçait prometteur...

Prologue, intérieur nuit : des couloirs, des chambres, une lumière feutrée,  des regards scrutateurs, un homme entravé; attente; on comprendra plus tard que ce réseau (dont le labyrinthe était la métaphore) est dirigé par Joseph Paskin qui a commandité l'enlèvement

Première séquence, extérieur nuit, terrasse d'un Casino; deux hommes se rencontrent, devisent -apparemment sans se connaître....en fait cette "entrevue" a été programmée par l'un d'eux, Joseph Paskin (personnage aux manières onctueuses,  au sourire patelin) et malgré des réticences purement formelles, le quadragénaire Pierre Blum  accepte d'entrer en contact avec ce roublard ...si fier d'avoir "ferré sa proie".

L'intrigue peut se déployer

Hélas à partir du moment où Pierre ("écrivain un peu oublié" qui vit très modestement dans une chambre de bonne) accepte le contrat: écrire un pamphlet , non signé -invitation à l'insurrection- afin de déstabiliser le gouvernement et de faire chuter le ministre de l'Intérieur, le film sombre dans les clichés les plus éculés (surtout les séquences consacrées à la communauté gauchiste) et la complexité apparente du scénario (chasse aux gauchistes, manipulations en haut lieu, règlements de compte, ébauche d'une romance amoureuse..) est alourdie par des discours-fleuves peu convaincants (hormis l'intervention laconique du général interprété par Bernard Verley)

Et que dire de cette "relation" amoureuse entre Pierre et Laura jeune gauchiste? Une romance qui patauge à l'instar de l'actrice Clémence Poésy qui a du mal à se dépêtrer dans la gadoue du jardin potager de sa communauté.. et qui au final sauvera Pierre d'une course-poursuite téléguidée ...

Ainsi les thèmes abordés -engagement politique, coulisses du pouvoir, manipulations (véritables arcanes pour le non-initié), crimes-, non seulement ne sont pas originaux mais ils souffrent de leur "mise en forme" (et non de l'interprétation d'André Dussolier ou de Melvil  Poupaud).

Resterait la thématique dite "générationnelle": le père de Louis tente de l'analyser lors du repas "communautaire" ; en fait il se contente de formuler un constat … sur le "rapport au temps"...

Quel serait donc le message de Nicolas Pariser? Lui qui a eu la prétention de se comparer à Chabrol, Rohmer et d'écrire sous l'égide de Pakula ou Coppola?

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche