A l'occasion de la rénovation d'une aile du Musée de l'Histoire de l'Art à Vienne, le film nous plonge au coeur de cette institution colossale, et nous fait partager l'intimité de ses employés. Directeur général, conservateurs, équipes de nettoyage, manutentionnaires, historiens de l'art... nous entraînent dans leur quotidien, au service des oeuvres...
Ceux qui ont aimé le documentaire sur le Grand Louvre de Philibert seront déçus par ce documentaire sur le musée des beaux arts de Vienne. Aucune cocasserie ni humour, aucune émotion sur l’art, de la méthode saxonne omniprésente, du cirage de pompe pour le président autrichien et sa ministre de la culture, on est en plein film de commande.
Les dirigeants de ce musée ont choisi de mettre l’accent sur la collection d’objets et costumes ayant appartenu à François Joseph et la nostalgie pour le grand empire rivalise avec l’absence de pédagogie autour des tableaux.
C’est froid, tout avait été dit, en mieux dans le documentaire français sur les coulisses d’un musée de cet acabit, et ça ne donne pas envie de visiter particulièrement ce musée aux frais immenses pourtant engagés : un comble ! La seule séquence intéressante est celle où une gardienne exprime en réunion avec le Directeur, sa frustration de n’avoir jamais été présentée aux autres services depuis 10 ans qu’elle y travaille. Gageons que ce n’est toujours pas fait. Les Autrichiens ne sont pas connus pour leur humanisme....
L’association rouennaise Courtivore vous invite à venir déguster sa sélection annuelle de courts-métrages. Mélange gourmand de tous genres cinématographiques - du film d’animation au thriller en passant par la comédie- le Courtivore donne encore cette année la priorité à la découverte, à la qualité et à la créativité des réalisations - chacune d’elles n’éxcèdant pas les 20 minutes.
L’explosion du nombre des candidatures reçues cette année (plus de 1100 courts-métrages ! ), a rendu la préselection d’autant plus ardue pour les jurés de l’association.
Les films seront présentés au public lors des trois actes, qui auront lieu les 13, 20 ET 27 MAI 2015 au cinéma Ariel de Mont-Saint-Aignan. Chaque séance proposera 9 courts-métrages aux spectateurs, cette organisation leur permettra de savourer trois programmations différentes, aussi riches les unes que les autres. Au terme de chaque acte, les spectateurs voteront pour le film qu’ils souhaitent retrouver en finale.
Les trois films ayant reçu le plus de voix seront sélectionnés pour la clôture du festival, le 3 JUIN 2015 au cinéma Omnia République, dans le centre-ville de Rouen.
Cinéma Ariel Place Colbert 76130 Mont-Saint-Aignan Bus : 4 8 40 43 Teor 1 > Station Place Colbert Les mercredis 13 - 20 - 27 mai 2015
Cinéma Omnia République 28, rue de la République 76000 Rouen Bus : 6 7 Toutes lignes Teor > Station République La Finale du mercredi 3 juin 2015
Avec Holger Anfersson (Jonathan), Nils Westblom (Sam) Charlotta Larsson (Lotta la boiteuse) Viktor Gyllenberg (le roi Charles XII) Lotti Törnros (le professeur de flamenco) Jonas Gerholm (le colonel solitaire) Ola Stensson (le capitaine/barbier) Roger Olsen Likvern (le gardien)
Musique: traditionnelle
Lion d'Or festival de Venise 2014
Voici le troisième volet de "la trilogie des vivants"; 39 tableaux, 39 plans-séquences et cette façon de filmer si caractéristique de ce cinéaste suédois: caméra et plans fixes, importance des premiers et arrière-plans (quelque chose se joue ou se noue dans la profondeur de champ) choix de personnages en déshérence -pantins mutilés par la vie-, choix de couleurs ternes délavées, mélange de réalisme et d'onirisme. Mais si dans "Chansons du deuxième étage" (découvert à Rouen grâce au festival du cinéma nordique 2000/2001) les emprunts à Otto Dix et le thème de la culpabilité collective dominaient, ici "tout serait onirique mais sans explication" . Et de fait nous pouvons voir un homme brusquement s'effondrer alors qu'il tentait d'ouvrir une bouteille de vin, une patronne de bar (Lotta la boiteuse) offrir une coupe en échange de baisers, mais aussi le roi Charles XII demander dans un bar où sont les toilettes, les veuves éplorées suite à la bataille de Patlova (ah ce fourbe de Russe!) et surtout vers la fin un énorme cylindre en cuivre mis au point par les colonialistes pour broyer des esclaves...
Le cinéaste alterne scènes d'intérieur (appartement, bar, salle de gym, couloir et chambre d'un asile, etc.) et extérieurs (des décors bien évidemment avec des fenêtres aux improbables reflets et cette ambiance de désolation!). Sam et Jonathan à la mine terreuse et triste sont vendeurs de "farces et attrapes" (dents de vampire, masques et coussins péteurs) et ce duo sert de fil conducteur à la thématique de la joie de vivre (lebenslust) même si leur sort est peu enviable (hébergement dans un asile de nuit à l'atmosphère sordide, glauque). Mais au-delà du décalage entre leur fonction et leur apparence, ils rappellent le couple Laurel et Hardy dans la relation dominant dominé....Et Roy Andersson qui déteste l'humiliation est toujours parti en guerre contre cette forme d'aliénation qu'il a dénoncée dans des séquences mémorables et inimitables depuis "Chansons du deuxième étage"
Ainsi la joie de vivre c'est la panoplie des deux vendeurs (à plusieurs reprises on entendra des personnages dire au téléphone "je suis content(e) de savoir que vous allez bien" même si...) Roy Andersson, lui, a cherché à créer une tension entre le comique et le tragique, entre le banal et l'essentiel" Pari réussi!
En tout cas, on devine son bonheur de filmer dans le sillage de ce tandem -et surtout dans la veine des peintres Otto Dix, Georg Scholz - et de signer ainsi une oeuvre/fable où dominent "humour et horreur" ; n'en déplaise à tous ses contempteurs, et ils sont nombreux !
De Lisandro Alonso (Argentine, Danemark, Mexique, France, USA, Brésil)
Avec Viggo Mortensen, Ghita Norby, Viilbjork Malling Agger
musique de Viggo Mortensen
Présenté à Cannes (un Certain Regard)
Jauja terre mythique? édénique? "Tous ceux qui ont essayé de trouver ce paradis se sont perdus en chemin" : c'est le prologue avec son encart qui résonne comme une mise en garde: il y a la légende; il y a cette fiction qui risque elle aussi de dérouter le spectateur. Et d'abord le choix du format 1,33; contrastant avec le décor (ces immensités de la Patagonie que va parcourir le capitaine, d'abord à cheval puis à pied) ne contribue-t-il pas à souligner l'enfermement du personnage dans sa quête? Obnubilé par la disparition de sa fille il oublie la mission qui l'a conduit du Danemark en Argentine, et téméraire il affrontera seul les forces vives de la nature!
Plans fixes, rares mouvements de caméra, peu de dialogues; une façon de filmer en harmonie avec le thème, celui du dépouillement? (du moins à partir de la disparition d'Ingeborg)
Des cadavres affreusement mutilés rappellent le contexte (guerre contre les indigènes menée par l"Argentine fin XIX°) mais l'essentiel est ailleurs. La quête de l'inconnu bouleverse (voire anéantit) les repères spatio-temporels. rares indices pour marquer le passage de la lumière à la nuit; et la toute dernière séquence "déboussole" encore plus le spectateur en faisant cohabiter présent et passé, rêve et réalité (or dès la scène d'ouverture la conversation entre le père (capitaine Dinesen) et la fille (Ingeborg) portait sur le "chien" (notre) fil conducteur dans cet entremêlement...) Perte des notions d'espace? Filmé de face, de dos, de très près ou de très loin, le personnage traverse la champ de la caméra, s'évanouit puis revient, mais dans quelle direction ? A-t-il avancé? ou tourne-t-il en rond? -car les vastes plaines et les monts rocailleux sont comme "déréalisés" , les rochers apparemment "hostiles" jusqu'à cette anfractuosité où vit une femme/sorcière (?) avec ses chiens...et là tous les "délires" existentiels, psychologiques peuvent prendre corps!
Paysage réel et paysage fantasmé- ou intérieur? Chemin de croix faussement initiatique ? Le spectateur à l'instar du capitaine est invité à "pénétrer" dans les arcanes d'une fiction -qui se prête à une lecture plurielle (c'est presque un truisme...)
Un film déroutant, certes, hypnotique assurément, sauf pour certains spectateurs...
Avec Bertrand Bonello (Bertrand) Jeanne Balibar (Célia Bhy) Géraldine Pailhas (l'autre Célia Bhy) Joana Preiss (Barbara) Barbet Schroeder (le médecin) Pascal Gregorry (Pascal) Nicolas Maury (le jeune journaliste)... et la voix de Charlotte Rampling
Image Antoine Parouty
musique Bertrand Bonello
Festival international du film de Berlin 2015
Prix d'intrprétation pour Bertrand Bonello -festival de La Roche-Sur-Yon 2014
Voici un cinéaste en crise d'inspiration (la tache rouge dans le dos ou les affres de la création?) interprété par le cinéaste Bertrand Bonello; voici le film en gestation et le film abouti (?). Des extraits de plusieurs films (dont la séquence avec Isild Le Besco dans la Madeleine d’entre les morts) dans le film. Une déambulation dans les musées (Gustave Moreau Beaubourg Le Louvre) et les commentaires d'une historienne de l'art (j'ose espérer que le phrasé de Jeanne Balibar se prête à la "critique" des discours pédants et abscons). Des clins d'oeil (peut-être appuyés) à Vertigo -la thématique du double -deux historiennes de l'art et l'on passe de l'une à l'autre sans ménagement, la scène du musée. D'autres (tout aussi appuyés) à la filmographie de Bonello (la statue de l'Hermaphrodite, des commentaires sur Tiresia; certaines ambiances aux couleurs chaudes qui rappellent l'Apollonide, etc...).
Mais si tout convergeait vers le tableau "Autoportrait au miroir" de l'artiste belge Léon Spilliaert?
“je voudrais bien… faireun film… autour de la monstruosité” dit le cinéaste à sa productrice et à ses acteurs (dont Pascal Gregorry) ; la voix off de la mère (Charlotte Rampling) au début du film nous informait déjà sur les goûts esthétiques de son "fils". Après Chasseriau Moreau Miro Balthus, le cinéaste se trouve face au tableau de Spilliaert et par un jeu de champ contrechamp, lui le regardeur est devenu le regardé. Spilliaert révèle le caractère inquiétant de notre propre reflet (il surgit dos au miroir et voici son visage en décomposition: une bouche, trou béant, un oeil vitreux; la présence d'une horloge sous cloche rappellant la menace du Temps, et la perspective en contre-plongée renforcent l'étrange étrangeté). Dans le film "le dos rouge", le cinéaste (mais aussi son interprète) devenu un "monstre" se "vampirise" en même temps qu'il vampirise ses comparses?. Est-ce là le prix de la Création? En tout cas l'autoportrait au miroir (et ce serait une mise en abyme) illustre les thèmes du reflet et de la solitude chers au réalisateur ainsi que ses partis pris dans les choix de cadrages pour les oeuvres d'art (vision frontale ou parcellaire; vision globale ou fragmentée et fragmentaire; déformations; vues en contre-plongée)
Mais quelles que soient les "interprétations" ce film est "avant tout construit comme une fiction, sur le rapport d'un homme à l'art et aux femmes -mère, épouse, amante amie etc.- comme créatures multiples, fascinantes mystérieuses et abyssales" (propos du réalisateur)
Pas de liste artistique ni technique "le ministère de l'Orientation Islamique valide les génériques des films diffusables. A mon grand regret, ce film n'a pas de générique. J'exprime ma gratitude à tous ceux qui m'ont soutenu. Sans leur précieuse collaboration ce film n'aurait pas vu le jour"
Ours d'Or au festival de Berlin
"Si mes premiers films se passaient tous dans la ville, je pourrais désormais essayer de faire rentrer la ville dans mon taxi" Optant pour la caméra Black Magic (petite, souple, facile à dissimuler) le réalisateur peut ainsi contourner les diktats : il préserve la dimension documentaire en ne dévoilant pas le tournage et en préservant la sécurité de l'équipe (tout comme dans "ceci n'est pas un film" il s'était laissé filmer par un ami dans son propre appartement; on m'a interdit de filmer mais pas d'être acteur...)
Ainsi Jafar Panahi chauffeur/réalisateur transforme l'habitacle d'un taxi jaune (pourri dira la nièce) en réceptacle d'une société tout entière: défilent une institutrice, un voleur, un vendeur DVD, un blessé (sur le corps ensanglanté duquel se lamente sa jeune femme), les deux femmes et leurs deux poissons rouges (censés représenter la "bonne fortune"), un étudiant cinéphile (le neveu du réalisateur) la petite Hana (sa nièce) ainsi que l'avocate Nasrin Sotoudeh son amie (la femme aux fleurs). Leurs discours, leurs échanges, leurs préoccupations en disent long sur les lois, les interdits et les mœurs de la société iranienne, non sans humour ! Le chauffeur est à l'écoute, "bienveillant". Dans ce microcosme social, idéologique qui semble s'adapter à l'exiguïté de l'espace clos, pas de sensation d'enfermement, d'étouffement; c'est que les 3 caméras orientables alternent gros plans sur les visages et plans moyens; elles saisissent aussi le dehors en captant les mouvements de circulation, l'affairement des piétons etc. Au tout début, on a l'impression que l'on filme une rue en extérieur (plan fixe); mais un mouvement à peine perceptible nous indique que la caméra était sur le tableau de bord d'une voiture; le réalisateur/chauffeur n'apparaît pas de suite, restant volontairement hors champ. Quand lui-même n'oriente pas la caméra, c'est Hana qui prendra le relais avec son appareil numérique, se conformant (ironiquement) à des règles, les "fameux" codes transmis par son institutrice, et qu'impose le régime, via le comité de censure, aux "films diffusables".
Au-delà de cet aspect "documentaire" (et dont se gargarise la presse occidentale!) Taxi Téhéran c'est aussi une leçon de cinéma (comme dans "ceci n'est pas un film" 2011) et surtout, une interrogation sur fiction et réel; ou comment ce dernier est perçu dès qu'il est comme emprisonné et/ou transgressé. Car ne nous leurrons pas: il faudrait (si l'on en croit les codes énoncés par Hana) déformer le réel pour faire un film "diffusable" Eh bien, Jafar Panahi lui, va faire du réel une "fiction impropre à la diffusion"; voici des règles pour "domestiquer" le réel mais voici précisément et simultanément leurs limites et leur absurdité!!!!
En ce moment et jusqu'au 24 avril dans l'agglomération rouennaise: un festival du cinéma d'Europe centrale et orientale: l'occasion de voir des films de cinéastes engagés, de vivre des expériences cinématographiques originales et intenses avec des films encore jamais programmés en France, pour en avoir plus:
Hier après-midi à l'Omnia pour la projection de Sayat Nova de Paradjanov, 12 spectateurs et 3 sont partis avant la fin....(séance à 15h30)
Certes un film étrange: succession de tableautins traités telles des enluminures, frontalité, raccords bizarres, magie à la Méliès; bref loin du biopic bel hommage au poète arménien du XVIII° et ce dans une version restaurée
de Edward Berger (cinéaste germano-suisse né en 1970)
Avec Ivo Pietzcker (Jack) Luise Heyer (Sanna la mère) Georg Arms (Manuel)
Jack? C'est le personnage éponyme. Il sera de tous les plans (comme certains de ses devanciers E Berger le filme souvent de dos dans ses errances). C'est par son regard et seulement par son regard que les "autres" prennent corps (ainsi des critiques plus ou moins oiseuses sur le manque d'envergure ou de consistance des personnages secondaires tombent à faux...).
Si un prologue a pour vocation d'encoder un film, ici il met en évidence en un long plan séquence l'incroyable énergie de ce gamin de 10 ans qui assume le rôle d'un adulte (père ou mère) : préparer le petit déjeuner, habiller son frère Manuel, le conduire à l'école et tout cela, sur un rythme effréné (tout au long du film nous verrons Jack courir, courir, prêt à vaincre tous les obstacles, à la recherche de.... la mère). Après le prologue, voici la scène d'ouverture: quelques mouvements de caméra et quelques propos échangés sur la pelouse de Tiergarten et l'on comprend que cette "femme/adolescente" est la mère des deux garçons; Sanna l'insouciante, l'irresponsable, l'immature??? Le réalisateur ne jugera pas; il se contente de "montrer"
Le film va suivre l'itinéraire de ce gamin: d'abord chez lui, dans cet appartement où il assure la gestion quotidienne à défaut de ..., où il se plaît à "renvoyer" les amants de sa mère; au centre de placement où il est victime de brimades, et surtout pendant les 3 jours d'errance dans les rues de Berlin à la recherche de sa mère l'éternelle Absente! Il entraîne son frère "petit poucet rêveur" désarticulé (par trop de fatigue). Parcours marathonien: que d'espoirs caressés, vers lesquels on fonce et que de désillusions -(avec dessiné en creux le portrait du monde adulte)
Le cinéaste a d'ailleurs paré à une éventuelle objection sur l'enfance livrée à elle-même dans une capitale C’était important de tourner dans l’anonymat d’une grande ville où les gens, notamment les plus jeunes, peuvent se perdre. La métropole, c’est une jungle où tout le monde est occupé, ce qui rend la présence d’enfants quasiment invisible ».
Au bout de ce parcours ce sera une prise de conscience terrible (pour des parents); absolue, définitive....
Et si dans sa quête Jack n'avait poursuivi qu'une chimère? ?
Documentaire réalisé par Emmanuel Gras et Aline Dalbis
"J’étais sans abri et vous m’avez recueilli" -cetteinscription figure sous la fresque du foyer Saint-Jean-de-Dieu, centre d'hébergement de nuit, à Forbin, Marseille.
300 hommes c'est la capacité d'accueil de ce centre. 300, pas un de plus; à un moment le gardien de nuit refusera -au nom de la sécurité- l'accès à un homme (le 301) en quête de chaleur...
Emmanuel Gras et Aline Dalbis nous immergent dans ce lieu : depuis la réception (au guichet), jusqu'aux dortoirs en passant par la cour (où avant de se coucher certains fument leur dernière clope) avec intrusion dans la chapelle (lieu de la prière et du recueillement pour les Frères ).
Ce travail d'immersion est celui de deux "humains" parmi des "humains hébergés". Ni empathie, ni distance critique. Les hommes ne sont pas filmés face à la caméra mais en train de discuter entre eux, ou avec un(e) responsable; et si un plan en isole un, c'est pour le montrer comme figé dans sa tourmente intérieure. Certains plans (plongée ou contre plongée ou plans d'ensemble) semblent décomposer l'ossature de ce centre -murs et fenêtres; salles, escaliers- quand l'homme est hors champ.... (et pourtant si "présent")
Si la charité est de rigueur, elle a forcément ses limites (des gardiens peuvent houspiller, rudoyer, menacer). Car la violence est quasi omniprésente (gestes paroles); une violence souvent due à l'alcool, violence qui se nourrit de la misère; les disputes éclatent et les tensions sont bien réelles.
Toutes les générations sont confondues: un jeune de 20, 22 ans rêve de se procurer un appartement qui abriterait le "couple" à venir...; un trentenaire est persuadé qu'il sera conseiller de personnalités politiques; un homme plus âgé, alcoolique notoire, est convaincu qu'il sera le "seul survivant". Ainsi, certains "hébergés" sont comme des "morts-vivants" quand d'autres refusent ce statut, conscients que leur décrépitude est "passagère, mais tous -à leur façon- semblent revendiquer leur part d'humanité tapie, au profond, malgré tous les malgré... .
Ce qui frappe au final (et nous émeut tout autant) c'est le ressassement, celui d'un parcours de "survie" toujours toujoursrecommencé; et surtout cette façon de filmer qui bannit les pièges d'un documentaire par trop "voyeur"
De Eugène Green (Italie) Avec Fabrizio Rongione, Christelle Prot, Ludivico Succio
Pour "entrer" dans ce film et se laisser "habiter" il convient d'accepter les partis pris du cinéaste concernant la langue et la façon de filmer. Si la jeune Lavinia affirme "parler français me donne des forces" en s'adressant à Alienor, c'est qu'Eugène Green amoureux des langues latines, du français donne aux dialogues les tournures de la langue écrite très châtiée (dans les choix lexicaux, les constructions syntaxiques, le refus des gallicismes et des élisions), et il impose une diction qui peut nous sembler surannée ou "pédante" (prononcer toutes les liaisons, sonoriser les "e" muets, par exemple) l'acteur étant comme "extérieur" à son discours, (on devine bien sûr le refus de toute forme de "naturalisme" ou d'exubérance qui gangrènent tant de productions). Filmer en frontal les personnages (et parfois le regard de l'acteur Fabrizio Rongione qui fixe la caméra semble vous "transpercer"), travailler comme au cordeau chaque plan (deux verres vides avec en toile de fond le lac et c'est une nature "morte" qui s'impose à notre regard) chaque cadrage (dans la reconstitution de la dernière nuit de Borrimini seuls en gros plans des mains et des objets). Telle est bien la marque du réalisateur
Tout cela au service d'un double propos: sur l'architecture et la transmission (les deux thèmes majeurs du film selon le cinéaste), l'architecture, cet art de créer des vides destinés à accueillir lalumière; la transmission " base de toute civilisation". Dans le film s'insinuent parfois des incongruités assez triviales (le touriste australien et son outrageuse prétention; certains personnages de la Villa Médicis) mais elles sont destinées moins à faire rire (trop facile) qu'à participer (comme en négatif ou en creux) de/à ce propos.
Ainsi à l'instar du terme "sapienza" qui recouvre deux acceptions (l'église construite par Borrimini reproduite sur l'affiche du film et la sapience, latinisme qui désigne la "sagesse") le film opte pour la forme duale: au décor parisien du prologue (avec les lignes horizontales du périphérique et celles verticales d'immeubles) s'opposent les rives du lac Majeur (large panoramique où se confondent le bleu et la lumière); la relation maître et élève qui s'inversera en relation élève/maître; le montage parallèle (Rome et l'architecture baroque revisitées par Alexandre et Goffrado; les bords du lac Majeur pour la convalescence de Levinia assistée par Alienor); le réel et le fantastique (Alienor et la rencontre improbable d'un Chaldéen interprété d'ailleurs par le réalisateur; Alexandre et la "reconstitution" de la dernière nuit de Borromini) etc...
La musique de Monteverdi accompagne, souveraine, cardinale, le parcours "initiatique", de ces personnages! En quête...de la lumière...
Colette Lallement-Duchoze
J'ai eu l'impression en regardant ce film que Julien Green copiait Kaurismaki, Ozou et Rohmer pour essayer de donner du fond à sa métaphysique pâteuse. Mais copier ses maîtres n'est pas gage de réussite. Quête de lumière ? ...et puis après ?...De l'esbrouffe prétentieux, beaucoup de silences accompagnent ce film que la musique au final de Monteverdi ne vient pas rattrapper. On y bâille ! On y baîlle !...
Serge Diaz 31/03/2015
Le culte de la diction baroque (sonorisation des "e" muets", prononciation de toutes les liaisons) Eugène Green le pratiquait dès la fin des années 70 (avec sa troupe "théâtre de la sapience"...ça ne s'invente pas). Quant à son film, n'est-ce pas prétentieux de la part d'un spectateur (qui s'est ennuyé) de décreter que le réalisateur n'est qu'un imitateur? Quand bien même ce dernier se "réclamerait" de x ou y, il conviendrait de chercher plutôt du côté de Bresson pour l'exigenceformelle et certes du côté de Rohmer pour la légèreté apparente; mais Kaurismaki??? Ah ce besoin d'étiqueter à tout prix (besoin de se rassurer...???)