de Harold Crooks
Vous méconnaissez le monde insaisissable -quasi virtuel- de la finance, de l'offshore, des géants du numérique; ou vous vous perdez dans ses arcanes et ses labyrinthes; mais vous constatez avec amertume que le "pacte social" inhérent à toute démocratie part en vrille à cause précisément de l'impunité fiscale; eh bien ce documentaire du Québécois Harold Crooks (co-réalisatrice, Brigitte Alepin, entendue récemment sur TV5 Monde) en explique la genèse, le décrypte en mettant en évidence ses mécanismes, des rouages si bien huilés!. Découpé en chapitres, agrémenté de graphiques, il fait alterner images d'archives, extraits d'audiences, interviews d'experts -historiens, économistes, philosophes, associatifs. Il pointe du doigt la City -responsable historiquement de ce phénomène- et les territoires liés au Royaume-Uni (Bermudes, Caimans, Jersey). Absence de contrainte juridique! Procédés légaux pour éviter d'être taxé! clament les "accusés" dont Matt Brittin vice-président de Google pour le Royaume Uni -ce à quoi répond la présidente de la commission Margaret Hodge "ce que vous faites n'est peut-être pas illégal mais immoral"
À ce jour les multinationales sont défendues par des "légions" de fiscalistes et d'avocats !!!!! Car répétons-le, il ne s'agit pas de "fraude fiscale" mais "d'évasion fiscale". Hallucinant mais ô combien réaliste et amer ce constat de la journaliste Brigitte Alepin "c'est comme si 225 ans après la Révolution française on était revenu au point de départ. À l'époque le tiers état croulait sous le poids des impôts tandis que la noblesse n'en payait pas. Les classes moyennes et modestes sont le nouveau tiers état paupérisé du XXI° siècle, les multinationales, sa nouvelle noblesse"
Le documentaire ne se contente pas de mettre à plat (et lorsque ce n'est pas possible, tout semble si dématérialisé, l'image récurrente d'un ciel tourmenté de nuages menaçants le métaphorise) il "propose" aussi des "solutions". Et les témoignages d'experts aujourd'hui farouchement hostiles au système qu'ils préconisaient autrefois, des ex insiders, sont assez "convaincants" -imposer les transactions financières, adapter les règles d'imposition à l'économie numérique. Nous retiendrons la proposition de l'économiste français Thomas Piketty "seule la coopération au niveau fiscal entre les nations peut empêcher la disparition de l'impôt sur le revenu des multinationales dans les décennies à venir" ce que corrobore le message du réalisateur "dans un monde où la richesse des multinationales n'a plus d'adresse fixe, la démocratie ne peut être préservée que si nous agissons en coopérant au-delà des frontières", sinon le prix à payer sera de toute évidence la mort de ladite démocratie !!!
Un documentaire à ne pas rater!
Colette Lallement-Duchoze
Sorti en septembre 2014 sélectionné pour le "festival Télérama" en janvier 2015, ce quatrième film d
Après "Barbara", voici le nouveau film de Petzold.
Bizarre comme c'est bizarre! Ce quatrième long métrage (à Angers, les festivaliers ont pu (re)voir les trois films précédents de ce cinéaste suédois de 40 ans) s'intitulait lors de sa présentation à Cannes "turist" "force majeure" un titre international; mais lors de sa sortie nationale en France, il sera rebaptisé "snow therapy" …Vous avez dit bizarre!


Novembre 1975. Dernier jour de la vie de Pasolini. Une journée apparemment banale -depuis son lever dans l'appartement de sa mère, jusqu'à son lâche assassinat sur la plage d'Ostie, nous le voyons au travail, répondre aux questions des journalistes, participer à un match de foot, fréquenter les ragazzi, etc... -. Et pourtant ! Abel Ferrara nous fait passer par des fondus enchaînés et/ou des surimpressions, de la fiction-réalité à la fiction pure. Ainsi quand Pasolini (Willem Dafoe) tape le texte de son roman Petrole ou la suite de Porno teo Kolossal le spectateur est invité à pénétrer son imaginaire car le cinéaste Ferrara/Pasolini met "littéralement" en images ce support écrit qui de ce fait se mue en texte iconographique. C'est, de mon humble point de vue, la partie "faible" de ce long métrage même si "la mort accomplit un fulgurant montage de notre vie" (écrivait Pasolini); car les "délires" des projets de Pasolini devenus "délires" de Ferrara sont inévitablement déformés dans cette approche mimétique....