10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 08:55

de Harold Crooks

 

le-prix-a-payer.jpgVous méconnaissez le monde insaisissable -quasi virtuel- de la finance, de l'offshore, des géants du numérique; ou vous vous perdez dans ses arcanes et ses labyrinthes; mais vous constatez avec amertume que le "pacte social" inhérent à toute démocratie part en vrille à cause précisément de l'impunité fiscale; eh bien ce documentaire du Québécois Harold Crooks (co-réalisatrice, Brigitte Alepin,  entendue récemment sur TV5 Monde) en explique la genèse, le décrypte en mettant en évidence ses mécanismes, des rouages si bien huilés!. Découpé en chapitres, agrémenté de graphiques, il fait alterner images d'archives, extraits d'audiences, interviews d'experts -historiens, économistes, philosophes, associatifs. Il pointe du doigt la City -responsable historiquement de ce phénomène- et les territoires liés au Royaume-Uni (Bermudes, Caimans, Jersey). Absence de contrainte juridique! Procédés légaux pour éviter d'être taxé! clament les "accusés" dont Matt Brittin vice-président de Google pour le Royaume Uni -ce à quoi répond la présidente de la commission Margaret Hodge "ce que vous faites n'est peut-être pas illégal mais immoral"

À ce jour les multinationales sont défendues par des "légions" de fiscalistes et d'avocats !!!!! Car répétons-le, il ne s'agit pas de "fraude fiscale" mais "d'évasion fiscale". Hallucinant mais ô combien réaliste et amer ce constat de la journaliste Brigitte Alepin "c'est comme si 225 ans après la Révolution française on était revenu au point de départ. À l'époque le tiers état croulait sous le poids des impôts tandis que la noblesse n'en payait pas. Les classes moyennes et modestes sont le nouveau tiers état paupérisé du XXI° siècle, les multinationales, sa nouvelle noblesse"

Le documentaire ne se contente pas de mettre à plat (et lorsque ce n'est pas possible, tout semble si dématérialisé, l'image récurrente d'un ciel tourmenté de nuages menaçants le métaphorise) il "propose" aussi des "solutions". Et les témoignages d'experts aujourd'hui farouchement hostiles au système qu'ils préconisaient autrefois, des ex insiders, sont assez "convaincants" -imposer les transactions financières, adapter les règles d'imposition à l'économie numérique. Nous retiendrons la proposition de l'économiste français Thomas Piketty "seule la coopération au niveau fiscal entre les nations peut empêcher la disparition de l'impôt sur le revenu des multinationales dans les décennies à venir" ce que corrobore le message du réalisateur "dans un monde où la richesse des multinationales n'a plus d'adresse fixe, la démocratie ne peut être préservée que si nous agissons en coopérant au-delà des frontières", sinon  le prix à payer sera de toute évidence la mort de ladite démocratie !!!

 

Un documentaire à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 09:19

Film russe d’Andreï Zviaguintsev

Avec Aleksey Serebryakov, Elena Lyadova, Vladimir Vdovitchenkov

 

Prix du scénario Cannes 2014

 

 

leviathan.jpgSorti en septembre 2014 sélectionné pour le "festival Télérama" en janvier 2015, ce quatrième film d’Andreï Zviaguintsev (on se rappellera "Le retour" 2003 et plus récemment "Elena" 2011) Leviathan a obtenu à Cannes le prix du scénario et pour cause!! le réalisateur s'inspirant du Livre de Job lui confère une dimension à la fois sociale (la misère) et mythique (le titre désigne tout autant la bête de l'Apocalypse que la bête "sociale et politique"russe) dans un ancrage historique facilement identifiable (la Russie post soviétique) qu'accompagne la musique répétitive et souvent inquiétante de Philip Glass

La première séquence, en train, entraîne le passager (Dmitri l'avocat venu plaider la cause de Kolia) et le spectateur, de Moscou vers la Russie du nord, au bord de la mer de Barents; Pribejny où Kolia garagiste risque d'être expulsé; le maire (incarnation du "pouvoir" ) souhaitant s'approprier ses biens pour....(on l'apprendra vers la fin dans cette scène assez terrifiante où le ballet mécanique et très sonore des grues et des pelleteuses matérialise l'inexorable dépossession)

 

Il y aura toujours des contempteurs pour dénoncer un excès de "formalisme" et pourtant!!!

Des scènes en miroir (prologue et épilogue avec leurs plans assez brefs sur une mer agitée); la récurrence de certains plans sur des carcasses de poissons, de baleine (voir l'affiche), des paysages désolés, des ruines; le travail exigeant sur les lumières les cadres, la structure même de la narration; la dialectique ombre /lumière qui parcourt tout le film; les analogies entre le métier de Lylia (elle vide des poissons décapités) et le substrat du livre de Job hameçon et capture -rappelé d'ailleurs par le pope Vassili à Kolia désemparé face à l'inclémence de Dieu- Tout cela témoigne de la puissance suggestive du film,  et de la maîtrise de son réalisateur

Malgré quelques saynètes comiques (anniversaire de Stepanytch avec le tir de portraits de présidents; "remariage" entre Kolia et Lylia) le message est assez sombre: l'individu est broyé par la mécanique d'un système où tous les pouvoirs pactisent dans une corruption généralisée; et comme la contestation est impossible car la répression est féroce, il semble "accepter" cette servitude avec la vodka comme seul exutoire...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 05:09

Réalisé par Christian Petzold
Avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf, Michael Maertens, Imogen Kogge 

 

phoenix.jpgAprès "Barbara", voici le nouveau film de Petzold.

Une jeune femme juive miraculeusement rescapée d'Auschwitz revient chez elle à Berlin. Elle est défigurée et doit faire appel à la chirurgie plastique pour retrouver son visage. Alors que son amie Lene ne rêve que de partir en Israël, elle aspire à retrouver son mari. Elle retrouvera un homme qui ne la reconnait pas mais qui veut se servir d'elle et de sa ressemblance avec sa femme qu'il croit morte, pour capter son héritage.

S'ensuit une sorte de poursuite affective pour elle, cupide pour lui qui revêt une grande violence psychologique, à certains moments difficilement supportable.

L'ambiance glauque de l'Allemagne de l'immédiat après-guerre est très bien rendue.

On peut y voir des invraisemblances mais ce n'est pas le plus important

Les acteurs sont excellents. On avait déjà vu les deux principaux dans Barbara.

La fin est formidable.

 

Isabelle Lepicard

 

 

 

 

 

Si la chanson Speak Low, (et l'interprétation dans la scène finale est saisissante) de Kurt Weill revient tel un leitmotiv est-ce parce que c'est l’histoire d’un Pygmalion qui veut épouser une femme"?.

Ne peut-on voir en outre dans le parcours de Nelly/Esther mais surtout dans la volonté du mari à "recréer" une épouse -certes dans un but bassement matériel- , une métaphore de l'Allemagne qui, après la période noire du nazisme, se "réédifia" avec opiniâtreté ?

Le film est  traversé de tant d'indices et de références (Phoenix, nom du bar américain mais qui renvoie aussi à une légende; allusions à Vertigo, Les yeux sans visage; rôle de la bicyclette comme dans Barbara) qu'il se prête à une lecture plurielle....

Colette le 11/02 

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 10:12
Au cinéma Ariel  Mont-Saint-Aignan
du 11 au 18 février 2015
 
      www.montsaintaignan.fr    
la dove batte il sole   
horaire.jpg
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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 07:37

de Ruben Östlund

avec Johannes Bah Kuhnke (Tomas) , Lisa Loven Kongsli (Ebba) Clara Wettergren (Vera) Vincent Wettergren (Harry)

Prix du jury Un certain regard à Cannes

 

 

 

snow-therapy.jpgBizarre comme c'est bizarre! Ce quatrième long métrage (à Angers, les festivaliers ont pu (re)voir les trois films précédents de ce cinéaste suédois de 40 ans) s'intitulait lors de sa présentation à Cannes "turist" "force majeure" un titre international; mais lors de sa sortie nationale en France, il sera rebaptisé "snow therapy" …Vous avez dit bizarre!

 

La remise en cause du modèle scandinave est une constante dans l'oeuvre d'Östlund. Ici dans un environnement laiteux -la station de ski Les Arcs- le modèle de la famille nucléaire Ebba, Tomas et leurs deux enfants Vera et Harry, si lisse au départ, (voir la scène liminaire où un photographe hors champ cherche à l'immortaliser par un cliché en "imposant" un angle de vue, une pose, pour un séjour édénique) va se lézarder suite à ….(mais vous connaissez cette suite elle est dans tous les pitchs …) et la carte postale va se fissurer

La narration n'est plus fragmentée comme dans "happy sweden" ou "the guitar mongoloid"- même si le réalisateur se plaît à couper brutalement une scène-; linéaire, elle est ponctuée par les indices temporels "premier jour de ski" "deuxième" etc ., et scandée d'une journée à l'autre par la musique de Vivaldi et par les coups de canon déclencheurs d'avalanches "contrôlées". Elle repose aussi sur l'alternance entre scènes d'intérieur et d'extérieur que relie le couloir/tunnel avec son tapis roulant. Dans un appartement somptueux -chambre 413- d'un hôtel cossu; on assiste (et la caméra est souvent fixe) aux séances de brossage de dents toujours savoureuses avec ces effets spéculaires ...on capte le regard de l'autre -cet employé vigilant- qui scrute muet la "crise" du couple; on entend les arguments fallacieux de Tomas, vaines réponses au questionnement/ ressassement d'Ebba, et on mesure les effets collatéraux de la "crise" sur les enfants qui se calfeutrent ou tancent sévèrement leurs parents. Sur les pistes, dans un univers immaculé, les personnages ne sont plus (apparemment) face à eux-mêmes, car ils sont comme "dévorés" par un environnement qui les happe dans ses sinuosités ,ses bifurcations ad infinitum. Au départ les quatre sont réunis; puis un jour Ebba désire skier seule; puis ce sera Tomas accompagné de son ami Mats (une des plus belles scènes du film quand les deux se confondent avec la poudreuse ou quand harassés ils s'agrippent comme à leur destin) et le dernier jour, le brouillard qui rend fantomatiques les quatre personnages aura "paradoxalement" un rôle rédempteur...

Un événement apparemment anodin, mais quelle "onde de choc"!!! Et si la remise en cause du couple, de son mode de fonctionnement, du rôle dévolu -abusivement- au mâle patriarche n'était qu'un cas de figure! Comme Ruben Östlund s'intéresse au comportement humain en général, la question posée n'a-t-elle pas une portée universelle "comment réagir face à une catastrophe"? l'instinct de survie l'emporte-t-il sur tout le reste? La peur quasi panique est-elle l'apanage de l'homme?



Méfions-nous  des drones domestiques qui dans la nuit ressemblent à des Ovni....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 
 
    
Nous avons vu ce film en équipe au festival d'Arras en novembre dernier (il y portait ce titre):
 Il a suscité un débat animé sur la place attendue de l'homme dans le couple et la société... la place de l'instinct dans le fonctionnement apparemment maîtrisé, policé de cette famille suédoise.
L'univers luxueux de la station des Arcs pourrait faire oublier que la montagne peut être dangereuse, que la nature peut prendre le dessus (voir actuellement dans les Pyrénées).
La bande son du film crée pourtant dès le début une atmosphère inquiétante, on a d'emblée le sentiment que tout ne va pas être aussi simple que ça le pourrait...
Ruben Östlund était l'invité la semaine dernière de la Grande Table sur France Culture:
 Jacqueline
mardi 3/02  
     

 

 

 

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 07:12

de Morten Tyldum

Avec Benedict Cumberbatch, Keira Knightley

 

 imitation-game.jpg

Un destin "romanesque"

 

Alan Turing mathématicien cryptologue influe sur le cours de l'Histoire en décodant Enigma (la machine allemande de cryptage)

 

Alan Turing un homosexuel qui jugé pour "indécence" en 1952 préfère la castration chimique à l'incarcération

 

Alan Turing mort en 1954 à 42 ans (pomme empoisonnée???) ...réhabilité en ….2013

 

Mais le film de Morten Tyldum ("based on a true story") biopic oscarisable est infesté par les remugles du conformisme "bien pensant"

 

L'homosexualité? Hormis quelques flash back sur l'enfance..(et encore!) elle est maquillée refoulée à l'écran par la présence de Joan Clark (Keira Knightley. peu convaincante...)

 

La découverte? Eurêka? Non elle n'est pas le fait d'un scientifique autiste...

 

Le traitement? Flash back démonstratifs, plans larges sur la machine (l'ordinateur Colossus) et ses rouages (tiens tiens la métaphore au cas où...) et même une sous-intrigue d’espionnage impliquant un des « cinq de Cambridge » et même la musique d'Alexandre Desplat n'arrangent rien...

 

 

Geeks de la planète et cinéphiles unissez-vous pour boycotter "Imitation Game"

 


J-M Denis

 

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 13:59

De Boris Lojkine

 avec Justin Wang, Endurance Newton

     

 

J’ai eu la chance de voir en avant-première au festival d’Angoulême en août dernier ce film prodigieux, inoubliable qu’est Hope. (Ce film a obtenu, sous l’enthousiasme du public, le prix de la mise en scène (Valois)

          

hope.jpgHOPE est une de ces rares fictions qui donnent envie de claironner partout qu’il est urgent, indispensable, essentiel d’aller le voir !
Sur un sujet qu’on croit connaître déjà : l’exode à travers l’Afrique depuis le Cameroun pour lui (Léonard) , le Nigeria pour elle (Hope), afin d’ atteindre la terre promise... l’Europe via l’Espagne. Il fallait le talent d’un jeune cinéaste documentariste pour faire surgir un tel degré de réalisme dans la fiction.
 
On ressort de ce film épuisé, abasourdi, avec l’envie de pleurer et une immense envie d’agir. Car on y découvre le calvaire de ces pauvres hères qui se font racketter à chaque étape. La situation est encore pire pour les femmes obligées de masquer leur identité ou alors violées à chaque passage de frontières (et ils sont nombreux jusqu’au Maroc !)...La caméra filme cette escapade avec une proximité respectueuse, nous oblige à les accompagner dans ce périple infernal. Scénario d’une grande maîtrise avec un suspense au bord de l’insoutenable. On découvre avec eux l’horreur de ces refuges communautaristes à chaque étape de leur périple, gérés par une mafia de la même origine que leurs victimes. Les deux personnages tiennent grâce à leur détermination qui force l’admiration mais aussi parce qu’ils n’ont guère le choix. Dans ces exodes là on ne peut qu’essayer toujours d’avancer jusqu’à la destination. Le retour est impossible. Le réalisateur, fort modeste, en répondant à une question nous a informés qu’il existait à Tanger une douzaine de milliers d’émigrants qui sont coincés sur place, dépouillés de tout leur argent et qui ne peuvent plus continuer ou rentrer au pays. Tragédie qui augmente d’année en année, à notre porte.
 
Elle porte bien son nom la jeune femme Nigériane, (Hope) fuyant sa condition de pauvre, d’une solitude extrême, et pleine d’espoir. Elle tente de se raccrocher à cet émigrant, seul aussi, mais simplement humain. L’union fait la force et  peut même, ici, provoquer un commencement d’amour.
Boris Lojkine : un très grand réalisateur dont on reparlera !  
Serge Diaz
 
  
Des acteurs recrutés dans les bas-fonds de Casablanca....Une volonté de ne pas verser dans le manichéisme  facile (oui les migrants peuvent ête violents tout comme les passeurs et surtout le chairman); une sorte de dialectique ombre/lumière (même s'il y a plus de séquences filmées de nuit -c'est qu'il faut sans cesse se cacher);   le metteur en scène réussit son projet "raconter des vies traversées de quelque chose de plus grand qu'elles" (le dernier tableau sur le bateau de fortune dit à la fois la rupture avec le pays d'origine et l'immersion dans l'humain malgré la mort....)
Colette    
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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 11:15

Du 22 au 31 janvier 2015  

festival-regards-sur-le-cinema-du-monde.jpg

 

"Porter un autre regard sur le monde, ses multiples facettes et ses différentes cultures à travers l’art et le cinéma". Créée en 1992  l'association "Regards sur le Cinéma du Monde"  a donné naissance au festival du même nom en 1995. Le but? promouvoir la culture des pays du monde entier et valoriser la création indépendante des pays du Sud et du Nord".

 

 

 

 Association du festival "Regards sur le cinéma du monde"

BP 30631 – 76001 Rouen Cedex

Tél. +33 (0)2 32 76 12 75 

contact@cinemadumonde.org


http://www.cinemadumonde.org/

 

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 13:29

De Larry Clark

Avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel, Hugo Behar-Thinières, Théo Cholbi...

 

2010 les photos de Larry Clark exposées au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris seront interdites aux moins de 18 ans au prétexte qu'elles sont "pornographiques" . 2013 à côté du Musée, Palais de Tokyo, et la "place forte du skateboard français", Larry Clark commence le tournage de "the smell of us"

 

  the-smell-of-us.jpg

  On retrouve dans ce film le thème de prédilection du réalisateur: la jeunesse, le sexe,  la drogue, l'alcool, le stupre. Il nous invite à suivre, entre autres, Math, Marie, JP, Pacman, Guillaume et Toff qui chaque jour se retrouvent au Dôme pour faire du skateboard et se "refiler" de  la drogue. Le soir certains acceptent des plans d'escort boys -histoire de se "faire du blé". Les parents? Certaines scènes en disent long sur les adultes "dégénérés" (la mère de Math alcoolo déjantée qui, pour rompre la vacuité de son existence, invite son fils à se laisser "sucer" ... par elle... ). Mais inutile ici  de chercher voire d'analyser un substrat sociologique!

Le rythme est souvent "trépidant" (comme la musique) : scènes de skate et de coucheries -avec gros plans sur des fesses, des seins, des corps en plein coït -mais parfois la caméra se pose et caresse un visage (celui de Math, gueule d'ange à la Léonard de Vinci ou de ragazzi pasolinien) un bras, une aisselle, une cuisse, un torse, un dos comme métonymies de corps; des corps fragmentés; tout comme est fragmentée la narration qui ressemble à un kaléidoscope où se mêlent, s'entremêlent les images du réalisateur dupliquées d'images numérisées, rêves et flash back. Et à plusieurs reprises des vues en plongée assez vertigineuses.

Une innovation toutefois par rapport à Kids: c'est le rôle prépondérant d'Internet  -pour l'escorting, la commande de board, de drogue certes mais aussi pour les relations entre potes; Toff par exemple filme avec son portable toutes les scènes et peut les divulguer via facebook. Internet pourvoyeur d'illusions! Absence notoire de communication authentique directe! Pour preuve: quand Math se trouve face à Marie il reste coi...car il ne sait que dire -comme s'il était plus aisé de communiquer à distance en tapant sur un clavier!

Une mention spéciale à la scène d'ouverture: un clodo (interprété par le réalisateur) bien imbibé, est allongé et des jeunes voltigent au-dessus de son corps avec leur skate. Une épave figée comme tremplin à une envolée fulgurante! Quant au brasier final....

Mais le constat est amer: car malgré les rires, les fous rires, l'apparente joie de vivre, le sexe débridé, ne serait-ce pas le triomphe d'une solitude fondamentale? celle d'une jeunesse  "dévorée"  par des aînés irresponsables? 

     

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 06:28

De Abel Ferrara

Avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, R Scamarcio, Adriana Asti, Maria de Medeiros 

 

 

pasolini.jpgNovembre 1975. Dernier jour de la vie de Pasolini. Une journée apparemment banale -depuis son lever dans l'appartement de sa mère, jusqu'à son lâche assassinat sur la plage d'Ostie, nous le voyons au travail, répondre aux questions des journalistes, participer à un match de foot, fréquenter les ragazzi, etc... -. Et pourtant ! Abel Ferrara nous fait passer par des fondus enchaînés et/ou des surimpressions, de la fiction-réalité à la fiction pure. Ainsi quand Pasolini (Willem Dafoe) tape le texte de son roman Petrole ou la suite de Porno teo Kolossal le spectateur est invité à pénétrer son imaginaire car le cinéaste Ferrara/Pasolini met "littéralement" en images ce support écrit qui de ce fait se mue en texte iconographique. C'est, de mon humble point de vue, la partie "faible" de ce long métrage même si "la mort accomplit un fulgurant montage de notre vie" (écrivait Pasolini); car les "délires" des projets de Pasolini devenus "délires" de Ferrara sont inévitablement déformés dans cette approche mimétique....

En revanche le travail sur les décors (le film a été tourné essentiellement en intérieurs et l'on reconnaîtra furtivement un Morandi) les lumières et  les profondeurs de champ; le rôle dévolu à la mère (figure tutélaire, elle éveille son fils des limbes; piéta désormais orpheline, elle fermera la partition de la Mort); la présence de Ninetto Davoli (l'ami le complice l'acteur fétiche, sexagénaire au visage lunaire) interprétant un personnage du film en gestation et reliant ainsi Pasolini public et Ferrara; la prestation de Willem Dafoe à l'élégante sobriété; les choix musicaux; tout cela fait de ce faux biopic un film  lumineux (malgré toutes les ombres portées) et attachant (malgré quelques critiques sur le semblant de mimétisme)  qui ne verse nullement dans l'hagiographie.

Sans oublier bien évidemment la ferveur iconoclaste du cinéaste/écrivain; interviewé ce premier novembre 1975, il affirmait "Je pense que scandaliser est un droit; être scandalisé c'est un plaisir et le refus d'être scandalisé c'est une attitude moraliste"

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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