23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 09:31

d'Olivier Assayas 

avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne, Nora Hamzavi

Film présenté à la Mostra  de Venise 

Alain, la quarantaine, dirige une célèbre maison d’édition, où son ami Léonard, écrivain bohème publie ses romans. La femme d’Alain, Séléna, est la star d’une série télé populaire et Valérie, compagne de Léonard, assiste vaillamment un homme politique. Bien qu’ils soient amis de longue date, Alain s’apprête à refuser le nouveau manuscrit de Léonard… Les relations entre les deux couples, plus entrelacées qu’il n’y paraît, vont se compliquer.

Doubles vies

Doubles vies ? ou  castigat ridendo mores ?

Il y a celles des personnages. Et là on est en plein vaudeville si l’on adopte un point de vue réaliste ou marivaudage -si l’on joue l’élégant hypocrite. Alain l’éditeur couche avec Laure sa conseillère à la transition numérique alors que sa femme Séléna a des rapports avec l’écrivain Léonard édité par son mari. La conseillère elle-même mène une double voire triple vie...Séléna joue dans la série télévisée Collusion (et non collision) à défaut d’obtenir des rôles au théâtre ; Valérie la femme de l’écrivain est conseillère parlementaire au service d’un élu qui mène une "double vie"...

 

Plus intéressante serait la problématique moins sur le passage au numérique (double vie du livre?) que sur la pertinence de ce passage (quasi obligé?) mais elle est galvaudée par le ressassement de clichés récités avec plus ou moins de pédantisme ; quant à celle du contenu romanesque -l’autofiction ne renvoie-t-elle pas au roman à clés? -elle est délibérément discréditée (je sais il s’agit d’une caricature) à la fois par l’écrivain (et là Vincent Macaigne semble s’en donner à cœur joie pour interpréter un écrivain empêtré dans ses apories et ses comportements d’enfant gâté) et par un panel de lecteurs qui s’interrogent plus sur l’image littéraire que sur l’être du langage...L’éditeur quant à lui constate une baisse des ventes (même si les critiques sont très positives) et rechigne à éditer le nouveau manuscrit de son protégé !

 

Bien sûr le réalisateur propose un miroir déformant sur le monde de l’édition germanopratin  (les discussions dans ces "soirées" entre-soi se réduisent à des verbiages plus ou moins convenus) mais ce qui m’a le plus gênée est ce dévergondage de champs-contrechamps (même s’ils sont censés illustrer la dualité). Le ton était donné dès la longue séquence d’ouverture dans le face-à-face entre l’éditeur et l’écrivain !

 

Par bonheur le casting est une bouée de sauvetage

(mention spéciale à l’humoriste Nora Hamzavi pour son être-là et sa diction)

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 17:35

Le 2ème volume du "Ciné-Piscine" s'annonce samedi 26 janvier 2019 à l'île Lacroix. L'événement, porté par Le Courtivore et la Ville, propose, à partir de 18h, de plonger dans une bouée gonflable installée à la piscine Guy-Boissière et ainsi profiter d'une expérience "aqua-cinéphile".

Au menu, deux programmes de courts-métrages, le "Petit bassin" - à destination du jeune public - et le "Grand bassin", pour les plus grands.

En détails, le "Petit bassin" (à partir de 18h30) verra la diffusion de :

  • "5 m 80", de Nicolas Deveaux
  • "Drôle de poisson", de Krisna Chandran
  • "Déluge à sous bois les bains", de Mathieu Auvray

Pour le "Grand bassin" (dès 20h30), seront projetés :

  • "Grand bassin", de Héloïse Courtois, Chloé Plat, Victori Jalabert et Adèle Raigneau
  • "Aquabike", de Jean-Baptiste Saurel
  • "Lucky Day", de Julien Léo Wolfenstein
  • "La piscine", de Rosa Bursztein
  • "5 m 80", de Nicolas Deveau
  • "Quand j'ai remplacé Camille", de Nathan Otano, Rémy Clarke, Leïla Courtillon
  • "Vihta", de François Bierry

Les réservations sont d'ores et déjà possibles au guichet de la piscine.

Rens. au 02 35 07 94 70 sur courtivore.com et sur l'événement Facebook Ciné-Piscine vol.2

2ème édition du Ciné-Piscine samedi 26 janvier

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20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 07:05

De Sergey Dvortsevoy (Russie,  Kazakhstan) 

Avec Samal Yeslyamova, Zhipargui Abdilaeva, David Alavverdyan 

Présenté en Compétition Officielle au festival de Cannes.

Prix  d'interprétation féminine 

 

Ayka vient d'accoucher. 
Elle ne peut pas se permettre d'avoir un enfant.
Elle n'a pas de travail, trop de dettes à rembourser, même pas une chambre à elle.
Mais c'est compter sans la nature, qui reprendra ses droits
.

Ayka

Aux allures de documentaire Ayka invite le spectateur à suivre le "calvaire" d’une jeune femme de 25 ans, pendant 5 jours.

Ayka personnage éponyme vient d’accoucher. Désespérée (elle doit impérativement trouver du travail pour rembourser ses dettes) elle fuit la maternité, perd son sang, se vide de son lait, se fait rabrouer, insulter, cherche vainement des petits jobs, vit dans un gourbi tenu de main de maître par des marchands véreux, elle est talonnée par des mafieux de son pays d’origine qui lui feront la peau si elle ne rembourse pas ses dettes….Contexte social noir, apparemment sans issue pour cette réfugiée kirghize. Ajoutons les conditions climatiques exceptionnelles : Moscou est paralysée par une tempête de neige : les doigts d’Ayka sont engourdis par le froid, la capuche de son anorak dessine un ovale aux cristaux de givre (voir l'affiche)

Caméra portée, gros plans insistants, bande son qui amplifie l’halètement de celle qui court, fuit, s’égare, alors que les perles de sueur qui suintent sur le visage trahissent son état de fébrilité. Le réalisateur emprisonne son personnage avec cette façon de filmer au plus près et n’épargne aucun détail au spectateur (sang qui dégouline le long des cuisses, lait expulsé comme au forceps)

 

Le ton était donné dès le premier plan : trois bébés ligotés dans un chariot  ; où les conduit-on ? Et cet écho inversé quand, dans une clinique vétérinaire, on verra trois chiots bien traités se nourrissant avec avidité aux mamelles de leur "mère" . La "morale" ? on traite mieux les chiens que les humains, à condition de payer bien évidemment! (viens donne la papatte on va te soigner;  Ayka employée-remplaçante dans cette clinique, s’échine à laver le sol maculé par le sang  l’urine et les excréments de  cette  "opérée" de la gent canine ....)

 

Une vision bien pessimiste d’une société qui - hormis les soins médicaux - "propose"  aux réfugiés des conditions de vie indignes, des jobs précaires, alors que règne souveraine et despotique la corruption!!

 

En filmant son personnage souvent plein cadre (et l’actrice Samal Yeslyamova interprète à merveille ce rôle de damnée de la terre,  jouant sur la "seule note de souffrance imposée"  ), le réalisateur emprisonne du même coup le spectateur dans cette peinture crue abordée frontalement à tel point qu'on en vient à oublier les intentions louables (dénonciation de tout un système, hommage au courage d’une femme vaillante) et ne pas être convaincu par ces partis pris de mise en scène, de mise en images 

 

A vous de juger!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 08:03

d'Ali Abbasi (Suède Danemark) 

avec Eva Melander, Eero Milonoff, Jörgen Thorsson

Prix "Un Certain Regard" Cannes 2018

Tina, douanière au physique étrange et à l’efficacité redoutable, est connue pour son odorat extraordinaire. Comme  si elle pouvait flairer la culpabilité d’un individu. Mais quand Vore, un homme d'apparence suspecte, passe devant elle, ses capacités sont mises à l'épreuve pour la première fois. Tina sait que Vore cache quelque chose, mais n’arrive pas à identifier quoi. Pire encore, elle ressent une étrange attirance pour lui...

Border

Border ; la frontière. C’est bien aux confins de l’humain et du non-humain que le réalisateur nous entraîne ; et son film  renverse les frontières habituelles de "genre" en mêlant fantastique naturalisme et thriller. Une œuvre éminemment organique où nature et culture se marient harmonieusement ou s’opposent avec violence ; une œuvre parabole sur l’identité (sa découverte son acceptation ou son refus) ; une œuvre qui peut déranger tant elle renvoie -comme un effet de boomerang- à notre propension à l’ethnocentrisme ; une lecture plurielle pour un film suédois réalisé par un Iranien exilé au  Danemark  qui s’interroge sur la dualité (par le biais de personnages hybrides empruntés à la mythologie scandinave)

 

Tina au physique de Neandertal, appréciée des siens (le père, le "compagnon parasite" Roland, les voisins) constamment sollicitée pour son flair hors pair (au poste de douane à l’aéroport de Stockholm, elle sait déceler en retroussant ses lèvres/babines des produits illicites mais aussi subodorer la culpabilité, la honte) vit en fait "en marge"  "à la marge": son milieu de prédilection est la nature (elle est à l’écoute de son micro et macrocosme); la caméra la suit, pieds nus, caressant du regard un animal ou de ses doigts un insecte ; dans ce milieu originel (soit l’inné) sauvage (soit "non domestiqué" par l’homme) elle devra faire un autre apprentissage : la quête de ses origines -suite à sa rencontre avec Vore son alter ego masculin…(à la douane elle a "senti" chez ce "passager suspect" une bizarrerie qu’elle n’avait pu identifier!)

 

Comme le film procède par dévoilements progressifs et "rebondissements" inattendus (à l’instar des quêtes initiatiques) il convient de ne pas entacher le plaisir de la découverte chez le spectateur !

 

Un film parfois grandiose (cf cette symphonie des sens qu’accentue la bande-son alors que retentit l’énorme cri primal des deux partenaires) et sublime (quand Tina a flairé le passage de cerfs et qu’elle arrête momentanément le moteur de la voiture ou qu’elle tente de communiquer avec un renard à travers la vitre) ; un film qui fait alterner les gros (voire très gros) plans sur les mimiques bestiales des deux protagonistes (saluons au passage la performance d’Eva Melander et d'Eero Milonoff) et les plans d'ensemble sur l'environnement; un film fait de va-et-vient constants, d'allers et retours entre des "genres" et des sentiments multiples dont certains sont exacerbés; un film qui nous interpelle sur notre certitude "d’être humain" face à l’autre et à l’altérité, face à l’étranger et à l’étrangeté !

 

Un film à ne pas rater !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Dans le cinéma fantastique :"Ce qui m'intéresse c'est de regarder la société à travers le prisme d'un univers parallèle, de parler de politique de façon subtile, plus souterraine" (propos du réalisateur)

 

Monstre-moi qui tu humes,  je te dirai qui tu es   David Fontaine (Canard Enchaîné )

 

 

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 05:22
Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci : elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : « Cyrano de Bergerac ».
 
Edmond
Les fêtes de fin d’année continuent avec ce film très enjoué d’Alexis Michalik. C’est gai, ça virevolte à toute allure, les répliques touchent et font mouche allègrement, quelques pointes d’émotion à propos des lettres d’amour, des comédiens nombreux qui visiblement s’amusent, des cotillons de rire traversent la salle.
 
Nous sommes en 1898 en plein théâtre de boulevard à la veille du cinéma que certains craignent de voir assassiner le théâtre mais ce dernier résiste bien avec une pièce qui fut un triomphe populaire : Cyrano de Bergerac.
Nous assistons aux répétitions, à la préparation foldingue de cette pièce, à son accouchement rabelaisien, peu importe la réalité historique, tout est bien orchestré pour nous distraire au maximum, d’un cœur léger.
 
On ressort du film ébouriffé comme après un french cancan, cela fait du bien en ces temps de récession sociale, comme une absinthe.
Alexis Michalik, auteur au théâtre du superbe  “le porteur d’histoires” nous offre un film léger, soigné, bien joué, outré et si amusant qu’on en redemande !
 
Mieux qu’un Alka-Seltzer, aller voir Edmond !
 
Serge Diaz

 

27/01/2019

A déconseiller pour ceux qui ont apprécié  la pièce de Michalik (couronnée d'ailleurs par 5 Molières) car ils verront les limites du passage à la réalisation cinématographique (déception comparable à celle éprouvée pour "les chatouilles")

Pour tous les autres ce sera  un "bon" moment; le rythme est si enlevé qu'on en oubliera les mouvements amples et inutiles de caméra  (panoramiques travellings ascendants et descendants vues en plongée)  alors que les mises en abyme semblent triompher (parallèle insistant d'ailleurs entre l'inspiration d'Edmond et celle de son personnage !!!)

Film servi par un casting assez époustouflant :Thomas Solivérès en Edmond fragile et pugnace, pétulant et naïf,  Olivier Gourmet impeccable en Constant Coquelin  , Dominique Pinon en régisseur et Michalik en Geroges Feydeau impressionnent  

Colette 

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 09:41

De Lucas Bernard 

avec Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker

Le commissaire Beffrois attend la retraite avec un enthousiasme mitigé quand un vol de tableau retient son attention. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre volée ? Beffrois se lance à la recherche d’un voleur atypique, véritable courant d’air, acrobate

Un beau voyou

Rothko oui je connais ; Opalka je sais reconnaître… dit sans conviction ni vantardise le commissaire Beffrois. Ce qui le motive -pour sa dernière enquête, (il va bientôt être retraité), c’est moins le monde de l'art que la personnalité du "voleur" aussi agile qu’Arsène Lupin ; quelles sont ses motivations ? . Cette ultime affaire ne peut que le séduire car elle “sent le beau voyou et pas le délit qui sent la misère” et il découvrira les ruses et astuces d’un personnage apparemment  "bien né"

On va assister à un jeu de cache cache, celui du chat et de la souris, entre flic et voyou. Or Charles Berling -avec ses chemises à fleurs d’une autre époque, ses marques d’essoufflement symptômes d’un âge avancé que narguent ses deux fils, est de tous les plans, à tel point que le titre du film serait  "suspect" !! ("un beau voyou" ou enquête sur la personnalité d'un commissaire? )

Quoi qu’il en soit, hormis quelques rebondissements (surtout l’avant-dernier) bien venus, ce film "faussement" policier peine à convaincre. Certes la course sur les toits ou dans les dédales haussmanniens a son pesant de sueur, certes le "jeu" récurrent de portes qu’on claque (appartements surtout) est énergique -on passe allègrement avec Beffrois de l’autre côté de... Certes les trois acteurs principaux (Charles Berling, Swann Arlaud et Jennifer Decker) jouent à merveille.

Mais on s’ennuie vite -le film a la fâcheuse tendance à s’essouffler tout comme le commissaire... Et ce n’est pas l’empathie du réalisateur pour ses personnages (dont rend compte dans sa façon de filmer l’alternance entre scènes de "face à face" et incursions dans la vie privée ou intime de chacun) qui fera de ce film une "enquête jubilatoire sur le monde de l’art";  d’ailleurs on avait vite compris que la trame policière n’était que prétexte à la peinture de personnages....

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 06:51

De Rohena Gera (Inde)

avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkami

 

Prix du Public au Festival du Film Romantique de Cabourg 2018

Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d'une riche famille de Mumbai. En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu'il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n'a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément. Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s'effleurer....

Monsieur / Sir
J’avais très peur d’être déçu, de voir un film hollywoodien ou bollywoodien,  un de ces films à l’eau de rose sur fond social, eh bien ..pas du tout !
 
Ce film est pleinement réussi, et le public du festival romantique de Cabourg 2018, qui lui a attribué son prix, ne s’est pas trompé non plus. Scènes d’intérieur tamisées, tout comme la discrétion des personnages, au jeu tout en retenue. Scènes d’extérieur lumineuses telle la fête de Ganesh ou danse des domestiques devant l’immeuble cossu de leurs patrons, sont des moments de respiration qui ne sont pas là pour faire joliment exotique mais servent le propos. L’Inde, vue du dedans, pays fascinant où la transgression sociale est quasiment impossible.
 
Les rapports de classe sont finement montrés au contour d’un geste, d’une simple remarque, d’un silence. Le spectateur vit dans l’appartement que partage étrangement ce couple jeune maître/employée à demeure comme simple témoin, sans voyeurisme. Le scénario est crédible de bout en bout pour qui connaît le corset dans lequel la société indienne enferme ses sujets. L’actrice est superbement choisie car pour une fois elle n’est pas belle mais bien plus : une authentique personne prisonnière de ses rêves et de ses origines.
 
A voir avec grand intérêt et grande émotion.
 
Serge Diaz

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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 13:01

de Ryusuke Hamaguchi (Japon)

avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Koji Seto

présenté au festival de Cannes (Compétition officielle)

La jeune Asako est éperdument éprise de Baku, un jeune homme imprévisible, fantasque et poétique, et très beau. Un jour, il disparaît laissant Asako désespérée. Fuyant Osaka, la ville du drame, la jeune femme tente de s'en remettre et se reconstruit tant bien que mal à Tokyo, où elle finit par rencontrer un garçon qui ressemble trait pour trait à Baku. D’abord effrayée et incrédule, elle s’abandonne à cette attirance (partagée), et s’installe avec le sosie du disparu. Asako voudrait lui dire la vérité mais ne veut pas perdre ce nouvel amour inespéré...

Asako I & II

Ce film dont on vante la beauté formelle et la finesse psychologique, m'aura laissé une impression mitigée; ou pour parodier le titre original "netemo sametemo" "éveillé(e) ou endormi(e)"

 

Faisons fi des ressemblances -un peu hâtives et faciles- avec Rohmer  -pour la tonalité- et avec Vertigo -pour la thématique du Double même si elle est inversée.

 

Dualité, gémellité, amour rêvé, amour fantasmé et amour vécu, cristallisation (stendhalienne) antagonisme passion/raison, sur fond de séisme(s) (sens propre et figuré) et de machisme ancestral, le cinéaste explore tout cela à travers le personnage d'Asako  de l'adolescence à l'âge adulte

 

Baku l'être aimé et désiré au premier regard, au premier baiser, disparaît...Plus tard Asako rencontre son "sosie" ...s'apprête à l'épouser quand -et c'est le climax du film- retour du premier....Acceptation d'une forme de routine? ou constat assumé de l'ambivalence de toute chose? Comme le dit au final Asako "oui c'est beau" alors que son compagnon Ryhoei évoquait  la laideur des flots boueux que charrie la rivière... 

 

 

On retiendra toutefois quelques séquences .

La scène d'ouverture. La rencontre Asako Baku au sortir d'une expo est traitée avec une grâce quasi aérienne  et le premier baiser a pour toile de fond des mini feux d'artifice lancés par des enfants; ce mélange de délicatesse et d'onirisme est d'une intense beauté suggestive.

Ou encore la scène de rupture : les lignes horizontales et verticales délimitent le champ visuel tout comme elles délimitent le champ des possibles (par-delà la digue abrupte ouverture sur l'infini de la mer) avant que l'épilogue  ne concrétise le choix....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 06:24

de Hiner Saleem (Turquie France)

avec Mehmet Kurtulus, Ezgi Mola, Mesut Akusta 

Lady Winsley, une romancière américaine est assassinée sur une petite île turque. Le célèbre inspecteur Fergan arrive d'Istanbul pour mener l'enquête. Très vite il doit faire face à des secrets bien gardés dans ce petit coin de pays où les tabous sont nombreux, les liens familiaux étroits, les traditions ancestrales et la diversité ethnique plus larges que les esprits...

Qui a tué Lady Winsley?

Loin des afféteries symboliques de Kilomètre zéro, loin du surréalisme et de l’absurde de Vodka Lemon et après s’être frotté au genre western « à la kurde » dans My sweet pepper land, Hiner Saleem (d’origine kurde il vit à Paris) va utiliser les codes du polar pour les déjouer avec facétie -sa marque de fabrique- et les mettre au service du thème qui le taraude : l’oppression de son peuple

 

Dès le générique des images/peintures kitsch d’un mauvais goût ou d’un goût grossier- et qui seront reprises en partie seulement- semblent illustrer un propos et servir de mode d’emploi. Ce roman photo est relayé par des plans majestueux: un homme seul filmé de dos, à la proue d’un bateau ; le plan s’élargit : on franchit le Bosphore, ellipse : c’est la jetée, l’homme élégant toujours seul vient de débarquer  sur une île. Nous sommes à Büyükada où un meurtre a été commis ; lui c’est l’inspecteur Fergan envoyé d’Istanbul ; avec ses faux airs de Grégory Peck, son imper à la Bogart, il a décelé dès le début deux indices qui en bonne logique aideront à trouver rapidement le coupable : l’arme utilisée et la goutte de sang dans l’oeil gauche de la victime (car si c’était le droit????)

Mais c’est sans compter sur la mesquinerie, les mensonges, le racisme, la xénophobie, le sexisme des habitants ; séparés par les conventions ancestrales très machistes, filmés séparément en groupes avec ces plans qui les montrent en enfilade ou en frontal comme dans « si tu meurs je te tue »,  femmes et hommes, Iliens consanguins, éructent la même rancœur à l’encontre de l’étranger, du Kurde en particulier, revendiquent la même justice immanente comme dans une zone de non-droit ! (ici on tue qui on veut affirme péremptoire une femme)

 

Intrigue policière (avec effet de miroir car l’inspecteur est comme le double de la romancière assassinée qui avait remué des secrets!!) intrigue sentimentale (ce serait le point faible du film) quête de soi (ou quand des révélations sur les origines de Fergan exacerbent les inimitiés) Qui a tué Lady Winsley est tout cela à la fois ; et si le réalisateur lorgne toujours du côté du burlesque (façon Otar Iosseliani), le ton facétieux et l’humour se sont un peu émoussés et avouons-le certains gags sont convenus…

 

Mais pour ceux qui découvriraient Hiner Saleem, Qui a tué lady Winsley est un film agréable à voir ; une fable non corrosive certes mais empreinte d’humour sur l’intolérance et le racisme 

 

Colette Lallement-Duchoze

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 11:40

de Gustavo Pizzi (Brésil)

avec Karine Teles, Otavio Müller, Adriana Esteves

Irène, mère de famille brésilienne, a des journées bien remplies. Entre 4 garçons, un mari rêveur, une sœur au bord de la crise de nerfs et une maison qui prend l’eau, elle tâche de tout orchestrer. Quand son aîné de 17 ans, recruté par une équipe de handball, annonce son départ pour l’Europe, Irène est prise de court : saura-t-elle, avec son optimisme bienveillant, inventer un nouveau quotidien pour sa tribu ?

La vie comme elle vient

Le film se présente comme une suite de petites scènes, de tableautins, d’où émerge une figure tutélaire, celle d’une mère aimante  (Irène a quatre garçons; le départ imminent de l’aîné sélectionné par une équipe allemande de handball est vécu comme une amputation), celle d’une épouse qui ne s’en laisse pas conter (son mari est un brin mollasson en tout cas velléitaire). Comme les ratés domestiques (plomberie, porte condamnée qui oblige à passer par la fenêtre) elle perd parfois pédale (une seule séquence toutefois où elle crie son désarroi et risque de flancher ...mais son enthousiasme sa vitalité reprennent vite le dessus).

Une famille élargie (car la sœur d’Irène, victime de violences conjugales a élu domicile chez elle avec son fils) ; une famille modeste dans un contexte socio-économique que l’on devine au détour de transactions (avec la bureaucratie locale) d’humilités (la scène où Irène fière d’avoir réussi son bac pour adultes invite son ex employeuse à la cérémonie de remise de diplôme, frappe par ses non-dits si éloquents) de constats amers (délocalisation des usines qui hésitent à embaucher)

L’essentiel pour le réalisateur (qui est aussi le mari de l’actrice) est de montrer la vitalité d’un personnage quasi "loachien". Un personnage ordinaire qui par son énergie sa bienveillance en deviendrait presque extraordinaire ! Et l’actrice Karine Teles - qui est de tous les plans- interprète à merveille ce rôle 

 

Et pourtant !

Est-ce la répétition (échelle qu’on escalade pour entrer ou sortir) est-ce l’insistance de certains plans -là où on eût aimé un peu plus de sobriété (l’exemple le plus frappant est celui où les deux corps de la mère et de son fils blotti en position fœtale semblent dériver sur une bouée) ou encore ? Est-ce tout cela qui fait que  ces petits riens qui jalonnent le quotidien d’une vie « comme elle vient » perdent de leur intensité ?

 

Un film à voir ! Bien évidemment !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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