7 août 2019
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Ils se sont rencontrés à une fête et se sont aimés tout de suite. C'est une belle et grande histoire d'amour, racontée à travers les souvenirs du jeune couple - des souvenirs altérés par le temps, leurs états d'âme, leurs différents points de vue. Des souvenirs qui finiront par influer sur leur relation.
Ce beau film italien nous promène dans le cheminement de pensée de deux jeunes êtres qui se rencontrent et s’aiment. Les souvenirs se mêlent au présent et se fondent si bien qu’on est entraîné imperceptiblement dans ce labyrinthe d’ images tantôt douloureuses tantôt oniriques.
Beauté de la photographie et surtout de l’actrice qui porte bien son prénom Linda Caridi (Linda signifie jolie en espagnol)
Elle a une aptitude innée au bonheur, lui, avec un passé difficile est happé par le morbide. Leur rencontre passionnelle se heurte à son incapacité à lui de vivre au présent les plaisirs simples de l’amour, au point que Roméo finit par décolorer sur le psychisme de sa Juliette.
Lumières vibrantes d’été, neige en contrepoint, le montage est d’une fluidité extraordinaire. Le spectateur glisse dans ce voyage de sensualité qu’un mal de vivre irrémédiable, une obsession de nostalgie, viennent déchirer par moments.
La musique est douce et le sourire de Linda Caridi est tel que lorsqu’il disparaît de son visage, la vie s’éteint.
Ce long métrage aurait gagné à être un peu plus court tant le film est dense mais il nous renvoie à notre manière de vivre le présent ou pas, à notre aptitude ou pas au bonheur, à notre construction mentale forgée pendant l’enfance et si difficile à modifier au cours de notre existence.
Ce film d’amour original au propos intéressant est à voir.
Serge Diaz
Published by cinexpressions
31 juillet 2019
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De Youri Bykov (Russie)
avec Denis Shvedov, Vladislav Abashin , Andrey Smolyakov
festival de Beaune 2019
Réagissant à la vente frauduleuse de leur usine, plusieurs ouvriers décident d'enlever l'oligarque propriétaire des lieux. Ils sont menés par 'Le Gris', un ancien des forces armées. L'enlèvement tourne à la prise d'otage, et, rapidement, la garde personnelle du patron encercle les lieux.
Youri Bykov (Le major, l'Idiot) vilipende avec un certain brio la corruption qui gangrène la société russe, la répartition très inégalitaire des richesses, l'engluement dans le fatalisme. Thèmes qui sont au coeur de Factory, un film qui mêle polar et drame social, avec unité de lieu de temps et d'action
Le lieu c'est l'usine (factory). D'abord vue de loin fantomatique dans le brouillard glacial du matin alors qu'Alexeï dit Le Gris se rend à pied seul vers ce lieu de travail (en écho dans le dernier plan c'est le mercenaire Fog qui désabusé fera le chemin en sens inverse...). Puis avec Le Gris nous pénétrons dans le ventre de ce monstre métallique. Et le temps d'une nuit (après que la patron a décidé de la fermeture et que quelques ouvriers sous la houlette du Gris ont procédé à son enlèvement) l'usine devient le siège d'une bataille. Bataille autant idéologique qu'à balles réelles; c'est l'unité d'action: séquestration, demande de rançon, rebondissements avec changements de stratégie
C'est bien la rage qui habite le Gris (admirable Denis Shvedov dont nous avions apprécié le talent dans Le Major) avec cet oeil d'acier qui fixe la machine-outil, cette force herculéenne, une maîtrise des mécanismes retors de la pensée dominante qui l'empêche de tomber dans le piège, lui, Le Borgne, le rescapé de la guerre, porte avec sincérité tout le poids du malaise social dans le face-à-face l'opposant aux adversaires de "classe" (et à certains de son clan, les traîtres en puissance ou les "lâches").
La critique virulente de Bykov épouse son scénario (ou l'inverse) : qui a l'audace de remettre en cause le statut des possédants sera pris dans un étau mortifère!!
Hélas des moments inspirés et haletants côtoient trop de ressassements (dans les discours entre l'ouvrier qui cogite et l'oligarque ou le patron de la milice) un sur-jeu quasi permanent, de sorte que la "maîtrise formelle" incontestable se perd dans une forme de théâtralité (à un moment qui se veut suprême le décor de l'usine constellé de coups de feu se mue en un vaste écran "d'opéra"); et le discours politique (idéologique) trop appuyé a parfois des allures de "virilisme"
Cela étant, Factory n'en reste pas moins un film audacieux que je vous recommande
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
29 juillet 2019
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de Phuttiphong Aroonpheng (Thaïlande 2018)
avec Wanlop Rungkumjad, Aphisit Hama, Rasmee Wayrana
Sacré meilleur film de la section Orizzonti à la Mostra 2018,
Près d’une côte où des réfugiés Rohingyas ont été retrouvés noyés, un jeune pêcheur thaïlandais trouve en pleine forêt un homme blessé et inconscient. Il lui porte secours et le soigne. L’étranger se révèle être muet. Il le nomme Thongchai et lui offre son amitié. Un jour, le pêcheur disparaît mystérieusement. Thongchai va peu à peu prendre sa place...
Fable politique ? (dès le générique on apprend que le film est dédié aux Rohingyas). Conte fantastique et poétique? (ne serait-ce que par la présence récurrente de ces fines pierres au scintillement magique, par la permanente ambiguïté des éléments -forêts, eau, pierres lumineuses- et des êtres -le pêcheur à la fois samaritain et braqueur encagoulé- et par l’intrigue délibérément sibylline) le film de Phuttiphong Aroonpheg est certes tout cela à la fois. Il intrigue il déroute il captive il envoûte !
Une explosion sensorielle qu’illustre la bande-son confiée aux Strasbourgeois de Snowdrops (ondes Martenot)
Dès la séquence d’ouverture on pénètre dans le labyrinthe d’une forêt qui n’est pas sans rappeler la jungle de Apichatpong Weerasethakul (rappelez-vous Tropical Malady et Oncle Boonmee la palme d’Or en 2010)
Et dès le début on devine à travers l’ombre et la lumière (le film joue constamment sur cette simultanéité discordante) la thématique de l’altérité que le cinéaste va transformer en identité acceptée par des glissements progressifs et la circularité de son propos (le rescapé prend la place du pêcheur quand ce dernier a disparu ; mais à son « retour » -réel?fantasmé ? ou antérieur au présent?- ce « sauveur » ressemblera étrangement à Thongchai…)
Abolition de la frontière ; acceptation de l’autre (le mutisme de Thongchai symbolise un état de fait : les Rohingyas n’ont pas le droit à la parole...Or, vers la fin du film le réalisateur fera entendre leur « chant parlé » alors que sous l’humus croupissent leurs cadavres….)
Et voici que danse légère et translucide une raie manta.
C’est le dernier plan de ce film hermétique certes mais ô combien envoûtant !
(Mais il pourra énerver certains spectateurs, agacés par trop de joliesse photographique et/ou par les guirlandes d’ampoules….)
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
28 juillet 2019
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06:18
de Wang Xiaoshuai (Chine)
avec Jing-chun Wang, Mei Yong, Qi Xi
Au début des années 1980, Liyun et Yaojun forment un couple heureux. Tandis que le régime vient de mettre en place la politique de l’enfant unique, un évènement tragique va bouleverser leur vie. Pendant 40 ans, alors qu’ils tentent de se reconstruire, leur destin va s’entrelacer avec celui de la Chine contemporaine.
Superposition des temps narratifs, éclatement chronologique avec raccords (audacieux ou fluides), ellipses, changement de points de vue, telle est bien la structure complexe de cette fresque familiale sociale et politique, de ce puzzle qui vibre d’émotions contenues (la mort de l’enfant en ouverture…) qui mêle l’intime et le collectif, l'histoire individuelle et l'Histoire, le passé et le présent
Qui oserait encore prétendre que seule l’histoire prime dans l’appréciation d’une œuvre ?
Ici c’est bien plus la façon dont l’histoire est racontée...qui suscite l’intérêt et crée le suspense
Au montage vertigineux (où les changements d’époques épousent aussi les changements de lieux) s’ajoute l’interprétation des deux acteurs principaux (Wang Jing-chun dans le rôle de Liu Yaojun le père et Yong Mei dans celui de Wang Liyun la mère) récompensés d’ailleurs à Berlin (Ours d’argent) interprétation qui va de pair avec la direction d’acteurs. Ajoutons la maîtrise des cadrages et la science des lumières; ce tempo - qui fait alterner duos, et scènes de groupes ; intimité toujours pudique et collectif, colères vives et paroles apaisantes etc.- ; la récurrence d'un thème musical et la reprise de "ce n’est qu’un au revoir"
Le cinéaste illustre les conséquences de la politique mise en place par Deng Xiaoping (celle d’une démographie planifiée) sur la vie d’un couple pendant plus de 30 ans (de 1980 à 2015). Un couple qui à l’écran est bouleversant d’humanité et d’abnégation. Le mélo (et la tentation guette insidieuse…) est .à chaque fois évité …Et si la longue séquence finale éclate de ferveur oecuménique voire d’irénisme, elle s’inscrit dans un contexte qui échappe forcément à "notre" façon d’appréhender d’autres pratiques culturelles que les nôtres…Esprits chagrins évitez l’ethnocentrisme !
Un film à voir!
Absolument!!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
26 juillet 2019
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11:54
de Kirill Mikhanovsky
avec Chris Galust, Lauren "Lolo"Spencer, Maxim Stoyano
Présenté au festival de Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)
Vic, malchanceux jeune Américain d'origine russe, conduit un minibus pour personnes handicapées à Milwaukee. Alors que des manifestations éclatent dans la ville, il est déjà très en retard et sur le point d'être licencié. A contrecoeur, il accepte cependant de conduire son grand-père sénile et ses vieux amis Russes à des funérailles. En chemin, Vic s'arrête dans un quartier afro-américain pour récupérer Tracy, une femme atteinte de la maladie de Lou Gehrig.
Un film pour le moins exubérant, parfois « confus » (raccords surimpressions cacophonie), au rythme effréné, une caméra virevoltante, et nous voici embarqués pour une journée dans un convoi de handicapés mentaux et moteurs et autres inadaptés (des obèses par exemple)…. Huis clos du bus, huis clos d’intérieurs détériorés qui sont comme les étapes qui jalonnent le parcours à travers la cité de Milwaukee (état du Wisconsin). Vic conduit chaque jour des personnes à mobilité réduite, qui à l’école, qui à un concert, qui...Mais ce jour-là il accepte (quitte à perdre son boulot s’il ne respecte pas les horaires imposés!) de conduire son grand-père (Alzheimer) et des femmes de la communauté russe à un enterrement ainsi qu’un certain Dima (Russe) -lequel se fait passer pour le neveu de la défunte !!!
Le film va se focaliser sur les trois personnages de Vic le chauffeur (Chris Galust) Dima l’intrus loufoque (Maxim Stoyanov) et Tracy munie de son épée et en fauteuil roulant à cause de la maladie de Lou Gehrig, (Lauren Lolo Spencer) dont Vic est amoureux (le tourne disque qu’ils ont bricolé semble sceller leur union…) La cité hétéroclite aux communautés cloisonnées -afro-américaine, russe entre autres - (cf l’épisode de la manif) devient elle aussi un personnage à part entière . (On sait que Kirill Mikhanovsky né à Moscou et installé aux Etats-Unis fin 1980 s’est inspiré de sa propre expérience d’ambulancier pour ce film)
Ce qui frappe c’est l'énergie enthousiaste et communicative qui habite chacun des éclopés ; la longue séquence d’ouverture en avait donné le ton : un tétraplégique allongé, la cigarette aux lèvres (qu’une main vigilante -celle de Vic le chauffeur- dégage pour chaque bouffée) clame avec sérénité son amour de la vie « elle doit être chérie » Ce personnage -que nous verrons et entendrons à intervalles réguliers -, est de l’aveu même du réalisateur la "conscience du film"
« Give me Liberty » Plus sournois que le handicap mental ou physique est celui de l’aliénation due à l’immigration .
Et si le "handibus" devenait la métaphore d’un melting pot assumé ??? la concrétisation du fameux rêve de Martin Luther King "nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots"
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
24 juillet 2019
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de F Henckel von Donnersmarck (Allemagne)
avec Tom Schilling, Paula Beer, Sebastian Koch, Saskia Rosendahl
À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l’exposition sur "l’art dégénéré" organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s'adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». Tandis qu'il cherche sa voix et tente d’affirmer son style, il tombe amoureux d'Ellie. Mais Kurt ignore que le père de celle-ci, le professeur Seeband, médecin influent, est lié à lui par un terrible passé. Epris d’amour et de liberté, ils décident de passer à l’Ouest…
Ce film en deux parties s’inspire de la vie et l’oeuvre du peintre Gerhard Richter . Né en 1932 cet héritier de "la tradition académique enseignée à Dresde s’empare de la photographie dès les années 1960 pour construire une réflexion sur la peinture et la finalité de l’art" .(il est exposé d’ailleurs en ce moment avec d’autres artistes contemporains à la fondation Vuitton jusqu’au 26 août).
L'oeuvre sans auteur (qui certes n’est pas un biopic) a été mal accueilli par cet artiste qui l’a jugé « racoleur » (Et on peut aisément imaginer ce qu’il a pensé de la reconstitution de son fameux tableau Ema Auf einer Treppe .....!!!)
Et de fait que de clichés dans le traitement (très académique de surcroît), que de platitudes dans certains dialogues, que de mièvrerie dans le couple Kurt et Ellie, que de phrases sur la finalité de l’art qui semblent plaquées, que de difficultés à filmer l’artiste « au travail » face à son chevalet ou en mal d’inspiration -suite aux conseils du professeur en qui on aura reconnu ...Beuys! cf le flash back sur sa "résurrection" après un crash en Crimée grâce à des Tatares qui l’ont enduit de graisse et enroulé dans des couvertures de feutre!
Est-ce parce qu’il accorde trop d’importance au gynécologue (père d’Ellie d’ailleurs) interprété par Sebastian Koch, qui a oeuvré sans complexe avec les nazis (donnant son aval à la stérilisation et à la solution finale pour malades mentaux…) puis en RDA avec les Russes (pour avoir réussi un accouchement difficile – la parturiente étant la femme d‘un gradé) puis en RFA … sans oublier l’avortement pratiqué sur sa propre fille (le gendre n’étant pas digne de sa lignée!!!) ? Un individu qui incarne et symbolise le Mal, parasite le propos que sous-entendait le titre énigmatique et prometteur « l’oeuvre sans auteur »
Il y a certes des moments assez réussis (encore que...): la visite commentée de l’expo itinérante sur "l’art dégénéré" ; la belle folie de la jeune tante Elisabeth -Saskia Rosendahl (Partie I) mais la scène finale (Partie 2) qui lui fait écho en atténue la portée qui se voulait triomphale !!
Heureusement le film est proposé en deux séances distinctes (1h30 chacune) ennui et insipidité sont plus "supportables"
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
15 juillet 2019
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de Chany Button (Irlande G-B)
avec Gemma Arterton, Elizabeth Debicki, Isabella Rosselini
Virginia Woolf et Vita Sackville-West se rencontrent en 1922. La première est une femme de lettres révolutionnaire, la deuxième une aristocrate mondaine. Quand leurs chemins se croisent, l'irrésistible Vita jette son dévolu sur la brillante et fragile Virginia. Commence une relation passionnelle qui fait fi des conventions sociales et de leurs mariages respectifs.
Si le romancier est un prédateur s'il ressemble au "scribe" du tableau de Füssli (Le cauchemar) alors Virginia Woolf aura lové dans la texture d’Orlando une proie, sa proie, en s’emparant de tout l’être de Vita - cette aristocrate poétesse elle-même "prédatrice".
Chanya Button en "restituant" un épisode de la vie de Virginia Woolf : sa relation amoureuse avec Vita Sackville-West, cherche aussi à l’inscrire dans la genèse de l’oeuvre à venir...qui d'ailleurs révélera la romancière au grand public!
Thématique séduisante! Mais....
Dès le prologue le procédé de la duplication (en littérature ce serait le roman et le roman en train de se faire) est trop appuyé et le très gros plan sur les lèvres de la récitante le rend factice. (Rappelons que le film s’inspire d’une pièce de théâtre, elle-même adaptée de la correspondance entre Vita Sackville-West et Virginia Woolf)
Procédé que l’on retrouvera s’agissant de l’une ou l’autre des deux femmes : au tout début c’est une interview enregistrée reprise quasi simultanément par Vita – elle répète...en les récitant...les propos réponses à son intervieweur. Puis ce seront à intervalles réguliers des "paroles" écrites -correspondance et/ou manuscrit- reprises susurrées du bout des lèvres avec en surimpression la plume crissant sur le papier et le visage de la récitante/auteure alors que l’on entend sa voix comme en off…
Cette tentative de film épistolaire et ses effets spéculaires s’insèrent maladroitement dans l’ensemble de ce "biopic". Un biopic assez cérébral -dont témoignent les ambiances tamisées mais sans âme, ce plan récurrent sur la façade du château comme un trompe l’oeil-, la pudeur calculée dans les rares scènes d’érotisme, les dialogues " récités" (avec les époux, les amis), les hallucinations visuelles de Virginia métamorphosant le milieu urbain en jungle, peu convaincantes, une musique électro décalée, censée "reproduire" la pulsation amoureuse….
Si Elizabeth Debicki en Virginia apeurée et fragile, anxieuse et dépressive et Gemma Aterton en Vita séductrice extravagante toute en minauderies...incarnent avec talent leur personnage respectif, le film ne vibre pas pour autant d'une passion dévorante, celle qui précisément embrasait leur corps et leur correspondance
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
9 juillet 2019
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de Benjamin Naishtat (Argentine)
avec Dario Grandinetti (Claudio) Andrea Frigerio, Alfredo Castro (l'inspecteur ) , Laura Grandinetti, Diego Cremonesi
Festival de San Sebastian : prix Meilleur Acteur, (pour Dario Grandinetti) Meilleur Réalisateur et Meilleure Photographie
Argentine, 1975. Claudio, avocat réputé et notable local, mène une existence confortable, acceptant de fermer les yeux sur les pratiques du régime en place. Lors d’un dîner, il est violemment pris à partie par un inconnu et l’altercation vire au drame. Claudio fait en sorte d’étouffer l’affaire, sans se douter que cette décision va l’entraîner dans une spirale sans fin.
Non l’écriture n’est pas décousue -comme certains le prétendent
Oui le spectateur est constamment sollicité pour combler interstices ellipses ou chaînons apparemment manquants
Oui en évoquant une période précise -l'année qui a précédé "le coup d’Etat" et la dictature de Videla en 1976 en Argentine – le réalisateur non seulement restitue une ambiance mais filme à la manière de.. .. ralentis, zooms, fondus enchaînés, scènes de route filmées du capot, choix de certaines couleurs par exemple
Au tout début nous sommes confrontés à une sorte d’énigme. Plan fixe sur la façade d’une maison ; puis un par un des gens vont sortir emportant du matériel, du mobilier ; on pense d’abord à un déménagement; mais quand un militaire s’assure que la maison est bien vide.....on devine qu’on a assisté à un pillage ! (Cette "maison abandonnée" fera l’objet de magouilles immobilières….plus tard dans la narration)
Puis sans transition un pré-générique nous immerge dans l’ambiance festive d’un restaurant plutôt bourgeois ; un homme seul attablé attend son épouse ; il est pris à partie par un client ..debout...Notable connu et respecté il consent à céder sa place moins par politesse que par condescendance et sa tirade-diatribe à l’encontre de l’intrus, convaincra toute l’assistance... La suite ? Scène d’extérieur .. l’avocat sera responsable ....de la "disparition" de ce perturbateur…
Alors peut apparaître sur l’écran en lettres géantes rouges le titre du film ROJO
Prologue et pré-générique ou les présages de disparitions à venir ? Rôle de la bourgeoisie dans ce processus ?
Le réalisateur cherche à "disséquer" une société qui par son silence aura été complice.(la junte militaire est au pouvoir depuis 1973). Son film suit -trois mois après l’épisode inaugural- l’itinéraire de Claudio, (en famille, en réunions, au spectacle, lors de réceptions) notable interprété par Dario Grandinetti -(rappelez-vous son rôle dans "Parle avec elle" d’Almodovar). Rojo se découpe en tableaux à valeur "démonstrative" -entendons par là que chaque tableau est censé illustrer une "preuve" -citons par exemple le spectacle que prépare la fille de Claudio sur la colonisation espagnole ; une visite d’un élevage, le jour de la castration des veaux, les rapports de force entre jeunes de milieux sociaux différents…). L’arrivée d’un enquêteur ….chilien...(formidable Alfredo Castro l'acteur fétiche de Pablo Larrain) qui joue son Colombo pour identifier l'assassin de l’intrus.... de la séquence du pré générique..., insuffle un peu d’humour burlesque dans une atmosphère souvent délétère
On retiendra la belle séquence de l’éclipse : le rouge envahit tout l’écran ; le rouge et toutes ses connotations (sang, communisme entre autres) Et les personnages protégés par leurs lunettes n’incarnent-ils pas cet aveuglement généralisé que dénonce précisément Benjamin Naishtat ???
A voir absolument !!!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
3 juillet 2019
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06:25
De Laure De Clermont-Tonnerre (France USA)
Avec Matthias Schoenarts, Jason Mitchell
Incarcéré dans une prison du Nevada, Roman n’a plus de contact avec l’extérieur ni avec sa fille... Pour tenter de le sortir de son mutisme et de sa violence, on lui propose d’intégrer un programme de réhabilitation sociale grâce au dressage de chevaux sauvages. Aux côtés de ces mustangs aussi imprévisibles que lui, Roman va peu à peu réapprendre à se contrôler et surmonter son passé.
Robert Redford a produit le film. Et Laure de Clermont-Tonnerre installée aux USA s’est documentée sur des expériences en cours dans diverses prisons - ce que mentionne d’ailleurs le générique d’ouverture et ce qu’illustre le générique de fin.
Certes la réalisatrice insuffle une part de romanesque (dont la relation de Roman avec sa fille) dans un cadre et une démarche proches du documentaire. Certes son film est très bien construit : après un prologue assez époustouflant, on va suivre les différentes étapes du dressage jusqu’à la connivence complice entre l’équidé et l’homme que semble immortaliser ce cadrage repris pour l’affiche ; dressage de l’animal qui va de pair avec l’apprentissage du self-control : Roman progressivement apprivoise ses pulsions et s’ouvre au monde extérieur.
Certes il y a les plaines du Nevada -ces grandes étendues désertiques- (attention il ne s’agit pas de western comme se complaisent à l’affirmer certains critiques pour simplifier ou se référant uniquement à la séquence d'ouverture), et surtout il y a la présence et le jeu de Matthias Schoenarts à la puissance fragile, au mutisme éloquent et au regard qui semble sonder un infini bleu et tourmenté......
Mais à partir d'un thème assez convenu - réhabilitation sociale de détenus par une formation au dressage de chevaux sauvages ou en termes plus cliniques et dans d'autres contextes, rédemption par l’équithérapie- la réalisatrice sur-ligne sa métaphore filée (analogies entre la condition de Marquis le cheval et Roman le détenu -deux "bêtes" sauvages - et leur apprivoisement réciproque). De plus, elle semble recourir aux clichés propres au " film carcéral" - deal, drogue, incompréhension au parloir, cellules et mitard, corps des hommes sous la douche, etc. - comme simples référents illustratifs et il en va de même (parfois) avec la bande-son !!
Dommage !
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
30 juin 2019
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07:00
De Monia Chokri Canada
Avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon, Sasson Gabai, Evelyne Brochu
présenté au festival de Cannes (Un Certain Regard)
Montréal. Sophia, jeune et brillante diplômée sans emploi, vit chez son frère Karim. Leur relation fusionnelle est mise à l’épreuve lorsque Karim, séducteur invétéré, tombe éperdument amoureux d’Eloïse, la gynécologue de Sophia…
Tout est exacerbé voire hystérique dans ce film de Monia Chokri (on l’avait vue comme actrice dans des films de Xavier Dolan). Rythme, montage et raccords, couleurs, dialogues – ponctués de fameuses punchlines- débités à une vitesse folle et même les références à Xavier Dolan. L’actrice Anne Elizabeth Bossé qui interprète Sophia, une trentenaire super diplômée mais sans emploi, célibataire, "amoureuse" de son frère (du moins la relation est très fusionnelle) , est aussi survoltée que le film (attention cela n’enlève rien à sa prestation !!). Et tout en riant -sans se moquer tout à fait- de ce personnage, le spectateur risque sinon d’être exaspéré (à moins que ce ne soit le but recherché par la réalisatrice) du moins de s’ennuyer quelque peu...
Et pourtant la scène d’ouverture était prometteuse (pour le ton et pour la façon de filmer). La présidente du jury (Sophia défend une thèse d’anthropologie sur les politiques familiales chez Gramsci) s’exprime face à la caméra dans son jargon philosophique le ponctuant de mimiques qui la transforment en pantin ridicule et névrosé puis elle sollicite l’avis des membres du jury -visages en gros plan face à l’objectif- eux aussi vite discrédités….Un prénom pour le moins symbolique (Sophia) le sujet d’une thèse comme mise en abyme du film, et les querelles de chapelles comme caricature du milieu universitaire... Règlement de comptes? Peu importe.
Suit une exposition sous forme de galerie de portraits (Karim le frère, et les parents assez excentriques). Nous voici immergés dans une comédie humaine (façon québécoise) dont les scènes de repas festives exubérantes mais aussi sarcastiques seront la "ponctuation"
À partir du moment où la réalisatrice opte pour la sur-stylisation et l’outrance (dans la mise en scène comme dans les dialogues) même si des scènes empreintes de tendresse sont censées assurer un tempo, même si le personnage principal est censé évoluer (de son "infantilisme" initial à une forme de "maturité" qui passe par l’acceptation de soi et l’acceptation de la "femme de son frère") le film dans son exubérance même a tendance à s’embourber
Dommage !!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions