19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 07:33

De Siew Hua Yeo (Singapour) 

avec Xiaoyi Liu, Peter Yu, Jack Tan, Yue Guo 

Singapour gagne chaque année plusieurs mètres sur l’océan en important des tonnes de sable des pays voisins – ainsi que de la main d’oeuvre bon marché.  Dans un chantier d’aménagement du littoral, l’inspecteur de police Lok enquête sur la disparition d’un ouvrier chinois, Wang, jusqu’alors chargé de transporter des ouvriers. Après des jours de recherches, toutes les pistes amènent Lok dans un mystérieux cybercafé nocturne...

Les étendues imaginaires

Mélange des genres (policier, film noir, drame social) éclatement de la chronologie, ambiances nocturnes, passage sans transition d’un labyrinthe (mental ou virtuel) à l’autre (géographique), porosité de la frontière entre réel et imaginaire, vrai et faux, réel et virtuel, tout dans ce film de Siew Hua Yeo concourt à nous dérouter (changer constamment de « point de vue ») et ce faisant, à nous séduire

 

Un exemple : au tout début un inspecteur enquête sur la « disparition » d’un ouvrier chinois Wang ; nous suivons Lok sur le chantier singapourien et découvrons avec lui les conditions d’hébergement précaires (pour ne pas dire inhumaines); on est dans le genre policier doublé d’une chronique sociale; mais dès l’instant où Lok, après avoir pris la boîte de somnifères (indice de la présence de Wang), dit avoir rêvé de lui -sans le connaître- voici qu’apparaît au second plan cet ouvrier et le film va basculer dans un long flash back sur les jours qui ont précédé sa disparition….

 

Wang souffre d’insomnies, -tout comme le policier- il enquête à un moment sur la disparition de son collègue bangladeshi (tout comme Lok). Sommes nous dans le réel ? Ou dans l’esprit de Lok ? Fantasme ou réflexion ? 

 

Dans le cybercafé nocturne où nous sommes aux côtés de Wang (puis plus tard de Lok)- nous entendons la voix off du premier affirmer qu’il a rêvé cette enquête .Mais voici un autre partenaire de jeu ... omniscient... serait-il le vrai démiurge ? Et  une très belle séquence nous fait traverser -sur l’écran vidéo- des ambiances architecturales à la Chirico ..

 

On l'aura compris: de Singapour nous ne verrons que l’envers d’un décor devenu cliché ( ville de 700 km2 occupant une grande île et son « miracle économique » ..) L’envers?  celui des tonnes de sable déversé (de très gros plans nous en font sentir  la matérialité; mais c'est aussi sous le sable que disparaissent  les "invisibles", les "sans-papiers" ceux dont a confisqué les passeports...)  L'envers? celui des travailleurs étrangers sur-exploités dont nous partagerons momentanément les échappées par le rêve et la danse ....

 

Un film remarquable!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 05:30

De Jeremiah Zagar (USA)

avec Paul Castillo (Paps) Sheila Vand (Ma) Evan  Rosado (Jonah) Isaiah Kristian (Manny) Josiah Gabriel (Joel)  

Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation (festival Deauville 2018)

Jonah est le plus jeune d’une fratrie de trois jeunes garçons impétueux et épris de liberté. De milieu modeste, ils vivent à l’écart de la ville avec leurs parents qui s'aiment d’un amour passionnel, violent et imprévisible. Souvent livrés à eux-mêmes, les deux frères de Jonah grandissent en reproduisant le comportement de leur père alors que Jonah se découvre progressivement une identité différente…

We the Animals

 

Nous sommes trois, nous sommes frères, nous sommes des rois. Manny Joel et Jonah partagent-ils les mêmes rêves les mêmes attentes ? C’est ce que croyait Jonah ce petit être aux yeux bleu profond au sourire d’ange...mutin...dont nous entendons la voix off et dont nous suivrons le cheminement entre réalité fantasme et rêve (ce qu'il écrit et dessine avec ses crayons Crayola, dans son cahier caché sous le matelas) jusqu’à cette prise de conscience où sa vie basculera de l’autre côté, celui où l’on a  quitté définitivement l’enfance.

 

Car le film -adapté d’ailleurs d’un roman auto biographique de Justin Torres- et qui est vu à hauteur de et par le regard d’un enfant, est  un récit d’apprentissage dont l'originalité vient essentiellement de la forme, de la mise en scène, du montage . Filmé caméra à l'épaule, en 16mm, "We the Animals"  mêle chronique familiale (enfants souvent livrés à eux-mêmes compte tenu de l’impéritie ou de l’immaturité de leurs parents) et animation (ce qui est consigné  prend vie et envahit l’écran), réel et rêve, onirisme et poésie, peurs et fantasmes (l’imaginaire peut transformer une expérience ordinaire en aventure fabuleuse ou l’inverse ; le désir d’abord suggéré se concrétisera ...dans un baiser ...par exemple)

 

Les trois frères sont d’abord filmés dans cette intimité tiède  typique de l’enfance (vus de dos,  alignés sur leurs matelas, courant dans la forêt, allongés sur le tapis du salon, chapardant dans une supérette) et pourtant on devine une "faille" entre les deux plus âgés et le narrateur. Jonah est plus sensible à l'auto-destruction de ses parents; il est lui-même victime de railleries ou intimidations;  mais à partir de l'instant où il découvre "l'assaut de la chair"...et du même coup son identité sexuelle, la marche fraternelle du trio et son tempo intime se délitent !

 

C’est bien l’imaginé, redouté ou ardemment souhaité, qui sert de contre-point au réel. Mais c’est bien le réel (et la découverte des cahiers jusque-là tenus au secret, leur émiettement en morceaux signent une brisure) qui préside à l’ultime sursaut aux allures d’assaut (ce qu’exprime la chanson dans le générique de fin)

 

A ne pas manquer! 

 

 

Colette Lallement-Duchoze  

 

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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 06:30

d'Allan Mauduit 

avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian, Samuel Jouy,  Béatrice Agenin 

 

Récompense:  Globes de Cristal de la presse du meilleur film de comédie du Festival de l’Alpe d’Huez. 

Sans boulot ni diplôme, Sandra, ex miss Pas-de Calais, revient s’installer chez sa mère à Boulogne-sur-Mer après 15 ans sur la Côte d’Azur. Embauchée à la conserverie locale, elle repousse vigoureusement les avances de son chef et le tue accidentellement. Deux autres filles ont été témoins de la scène. Alors qu’elles s’apprêtent à appeler les secours, les trois ouvrières découvrent un sac plein de billets dans le casier du mort. Une fortune qu’elles décident de se partager. C’est là que leurs ennuis commencent…

Rebelles

Se méfier du titre ; se méfier du casting qui fait la part belle à un trio féminin. Rebelles n’est pas un film "social" (même si la condition des ouvrières et des laissés-pour-compte est évoquée) ni un film "féministe" (les trois femmes tentent par tous les moyens de préserver le pactole découvert après la mort "accidentelle" de leur "chef" ; mais ni militantisme ni questionnement ni revendications sur la  "condition féminine"). La caméra va se focaliser sur les trois actrices : elles devront jouer jusqu’à l’absurde (et on devine leur plaisir) une outrance furibarde. 

 

Voici trois ouvrières Sandra (Cécile de France), Nadine (Yolande Moreau) et Marilyn (Audrey Lamy), travaillant dans une conserverie à Boulogne-sur-Mer (un panneau de signalisation puis une vue panoramique sur ce bassin désindustrialisé ouvrent le film). Chacune rame à sa façon pour les "fins de mois". Bien vite suite à un "accident" (cf le pitch) les voici métamorphosées en cowgirls : ça bute, ça flingue, ça fossoie ; ce sont de vraies casse-couilles (sens littéral).

 

On retrouve dans le film d’Allan Mauduit les « ficelles » entremêlées du polar et du western servis par un rythme parfois débridé sur fond de corruption (trafiquants belges malfrats , flic ripou)  par des changements de ton et par des rebondissements (dont certains prévisibles...)

Détonant (ça dégoupille souvent et la scène de tuerie dans le salon de Nadine en est un bel échantillon ) et détonnant (femmes armées plus rapides à la détente que les hommes auxquels habituellement le rôle est confié…) ce film force le rire -tellement c’est gros ; car avouons-le c’est souvent grossier -pour ne pas dire vulgaire- même si l'aura que dégagent les trois actrices est celle de la "bienveillance",  même si c’est la pulsion de Vie (pour ne pas dire survie) qui les anime de bout en bout !!

 

Alors on l’oubliera comme dans la chanson ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 05:49

de Ognjen Blavonic (Serbie) 

avec Leon Lucev, Pavle Cemerikic, Tamara Krcunovic

 

Présenté au festival de Cannes (Quinzaine des Réalisateurs) 

1999, alors que la Serbie est bombardée par l’OTAN, Vlada travaille comme chauffeur de poids lourds. Dans son camion, il transporte un mystérieux chargement du Kosovo jusqu’à Belgrade et traverse un territoire marqué par la guerre. Lorsque sa tâche sera terminée, il devra rentrer chez lui et vivre avec les conséquences de ses actes.

 

Teret

Le film frappe par son minimalisme, ses non-dits, ses ellipses et Vlada (interprété par l’excellent Leon Lucev vu récemment dans the miner) est peu loquace voire mutique (même les deux conversations au téléphone avec sa femme se réduisent à un essentiel bien laconique). Pour éviter monotonie et répétitivité (nous suivons le chauffeur qui le mène du Kosovo à Belgrade pendant une journée) le cinéaste va multiplier les angles de vue (Vlada est vu de profil de dos de trois quarts et parfois à l’habitacle du chauffeur se substituent un "paysage" marqué par la guerre -elle aussi plus suggérée qu’illustrée- ou la route vue à travers le rétroviseur ou encore des mini-scènes prises sur le vif lors des rares pauses plus ou moins tolérées par les donneurs d’ordre (mariage, prostituée quittant un poste militaire et fredonnant une chanson bien nostalgique, gamins qui maraudent)

 

Métaphorique, le titre rend compte des choix du réalisateur et propose une lecture plurielle au spectateur -lequel ne pourra réagir de la même façon s’il a connu ou non  la douloureuse guerre du Kosovo, s’il est Serbe ou non, s’il a suivi les épisodes via des médias... très manichéens, etc.)

Teret : la charge, le chargement ou encore le fardeau . C’est bien sûr la cargaison que transporte Vlada dans son camion cadenassé verrouillé (comme pourrait l’être une mémoire collective que le réalisateur tente de réveiller ou du moins d’alerter). Son contenu ? Nous le devinons (bruits insolites de cliquetis, réponse évasive à la question formulée par le jeune auto-stoppeur rockeur, bénédiction accordée lors d’un contrôle (rappelons que Vlada a été embauché par l’armée pour le transport) avant que tard dans la soirée des grues treuils et engins enfouissent le "contenu" -vision biaisée à travers des vitres- et qu’au matin Vlada soit pris de nausées…

Cette charge c’est  aussi le fardeau qui habite l’individu à travers le personnage de Vlada, celui d’une mémoire individuelle qui se décline avec une mémoire collective. Car le trajet dans l’espace (souvent brumeux...) est aussi un trajet dans le temps. Le passé -dont le briquet légué par le père était l’effigie; ce que rappelle Vlada à son fils Yvan, - seul moment où il est prolixe d’ailleurs- , tant il admire le courage héroïque de son père et de son oncle pendant la Seconde guerre mondiale luttant contre les nazis.  Le présent celui du film 1999 cette guerre que Vlada compare à des "jeux vidéos"….de ce pays que veut quitter le jeune auto stoppeur pour aller en Allemagne. Ce présent plus proche encore (2018) celui de l’oubli que Ognjen Glavonic tente de convertir en "mémoire" en exhumant un passé relativement proche...

 

L’itinéraire initialement imposé sera dévié (destruction de certains axes) tout comme l’histoire vécue (sinon racontée) peut emprunter des chemins de traverse !!! le huis clos du camion s’est métamorphosé, et la béance laissée par le Vide n’en sera pas pour autant "purifiée" (Vlada est obligé de "laver" le camion avant de s’en retourner de Belgrade au Kosovo le soir même….pour un nouveau convoyage de….le dernier affirme-t-il à sa femme...)

 

Un récit allusif qui, sollicitant constamment le spectateur, en fait un "acteur" à part entière

Un film que je vous recommande vivement !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

sur l'intervention de l'Otan en 1999 lire -entre autres-  l'article 

https://www.monde-diplomatique.fr/2000/03/HALIMI/2172

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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 05:12

Du 28 au 31 mars 2019

8ème festival de films de femmes

 

au cinéma Omnia République Rouen 

 

Festival "Elles font leur cinéma" 8ème édition

 

26 mars 18h30   Conférence de Laura Bernard "les femmes et l'art" salle des mariages Mairie de Rouen

 

FILMS PROJETÉS  A L' OMNIA 

 

28 mars 9h30 courts métrages en direction des scolaires

 

28 mars 20h   Soirée d'ouverture SPOOR d'Agnieszka Holland (Pologne)

projection suivie d'un  moment convivial autour d'un verre à la Halle aux Toiles

 

29 mars 18h  Maman? Non merci de Magenta Baribeau (documentaire Canada) Séance suivie d'un débat en présence de la réalisatrice 

 

29 mars 20h30  El Proxeneta documentaire de Mabel Lozano (Espagne) Débat avec des représentantes du mouvement du Nid et Médecin du Monde

 

30 mars 15h En partenariat avec Rouen donne des Elles (mois d'animation  et de réflexions pour l'égalité femme/homme) 

Difficult love de Zanele Muhali (Afrique du Sud) 26' + L'horizon ne s 'arrête pas à La Courneuve  de Dalila Choukri (France) 27'   Rencontre avec la réalisatrice et la peintre Bouka 

 

30 mars 17h   5 courts métrages 

 

30 mars 20h30  avant-première Los Silencios de Beatriz Seigner (Colombie Brésil France) Rencontre avec la réalisatrice 

 

31 mars 11h  Laymun film animation de Catherine Prowse & hanna Quinn (Royaume Uni) 5' + les guerrières  de la paix de Hanna Assouline & Jessica Bertaux documentaire 55' France 

 

 

 

Festival "Elles font leur cinéma" 8ème édition
Festival "Elles font leur cinéma" 8ème édition

tarifs

pass 4 séances 20 €; tarif normal 6 € et tarif réduit 4 €

contact 

ellesfontleurcinema@lilo.org

elles-font-leur-cinema.info 

 

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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 05:37

Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Sibel est muette mais communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les autres habitants, elle traque sans relâche un loup qui rôderait dans la forêt voisine, objet de fantasmes et de craintes des femmes du village. C’est là que sa route croise un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.

 

Sibel

Des visages scannés aux rayons x alors qu’ils sifflent c’est le premier plan du film. Puis un énorme plan sur les yeux vert profond du personnage éponyme ; le plan s’élargit….voici la jeune fille, fusil en bandoulière, à l’affût de.... Que traque-t-elle ? Le fameux loup censé rôder dans la forêt dont elle connaît le moindre recoin.

Le tuer, arborer sa proie en trophée, ce serait à coup sûr intégrer la communauté de femmes dont elle est exclue à cause de son handicap : elle est muette. Mais elle pratique la langue des oiseaux, cette langue sifflée où chaque note correspond à une syllabe de la langue turque.

Ainsi dès les premiers plans le spectateur devine que le film sera au carrefour du documentaire et du conte (la suite prouvera qu’il s’agit plutôt d’une fable politique)

 

Sibel, à la différence de sa sœur Fatma circule en toute liberté de la maison familiale (où elle accomplit toutes les tâches domestiques) à la forêt (où elle chasse le loup), de la maison de la « folle » Narin qui habitée par une foi inébranlée attend l’être aimé Fuat, aux champs de thé où, sans foulard, elle pratique la cueillette 

 

Sibel est de tous les plans : confondue avec et dans l’épaisseur de la forêt dont elle est l’épousée, émergeant d’une fosse où elle a étalé des viscères comme appât, docilement assise à table auprès de son père (qui la chérit), coupant du bois pour Narin. La rencontre avec un fugitif qu’elle héberge dans sa cabane et soigne (mélange de salive et de plantes) sera vécue comme une épiphanie.

Et le Rocher de la Mariée jusque-là bastion inexpugnable de tous les mythes  risque de s’ébranler.....

 

Réaliste et empreint de grâce, Sibel est un film sur une émancipation, sur l’effritement progressif de toute croyance en la tradition

Un film que je vous recommande vivement

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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7 mars 2019 4 07 /03 /mars /2019 08:09

de Peter Farrelly (USA) 

Avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Carde

3 Oscars meilleur film, meilleur acteur secondaire, meilleur scénario original

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune. 

Green Book: sur les routes du Sud

En se laissant porter par le rythme (celui d’un road movie ) la musique,  le jeu excellent  des deux acteurs et  l'humour de certaines réparties,  on en viendrait presque à occulter les mécanismes faciles d'un film ( mécanismes qui ont sûrement participé peu ou prou,  à l’obtention de plusieurs oscars...)

 

Un prologue (ou prélude avant l'embauche de Tony par le Dr Don Shirley) qui s’éternise. Certes il s’agit de montrer l’environnement de Tony Lip Vallelonga dit Tony La tchatche, mais que d’insistances inutiles-  en ce sens qu'elles n’ajoutent rien à la spécificité du personnage, se contentant de "forcer le trait". Si le fils de Tony, Nick Vallelonga, est à l’origine du scénario, est-ce pour cautionner l’authenticité du portrait de son père ? (et le générique a soin de rappeler que l’histoire s’inspire de faits réels) Auquel cas pourquoi tout ce déploiement ?

Le couple que forme le costaud  (Viggo Mortensen a dû prendre 20kg..)  raciste primaire, -mais au "bon fond" - et le pianiste fluet élégant et rigide -dans un rapport de domination inversée : le Noir éduqué et le Blanc fruste - rappelle les couples dépareillés de la comédie. Ici il frise par moments la caricature (voir par exemple les gros plans répétés et complaisants sur le visage du conducteur qui mange avec voracité, goulûment …)

Au bout du road movie, les deux personnages qui auront appris à s’apprivoiser, se réconcilient et la séquence finale -une fête de Noël dans la famille italienne élargie- prône la tolérance dans la dégustation de poulet frit....(à noter que le poulet frit dont la marque commerciale est bien visible, aura participé à "l'émancipation" du pianiste jusque-là corseté dans ses principes et son respect méticuleux du savoir-vivre, du savoir-manger!!)

 

Que de bons sentiments dans ce road movie, -qui est aussi un  voyage initiatique, pour chacun-, cousu -il faut l’avouer- de fil blanc ....A cela s'ajoutent  l’académisme et la pesanteur de la démonstration ("ode" à la tolérance clament certains spectateurs enthousiastes) et la profusion d’aphorismes clichés (sur  la dignité entre autres)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 08:20

de Natalya Merkulova, Aleksey Chupov (Russie)

Avec Evgeniy Tsyganov, Natalya Kudryashova, Yuriy Kuznetsov

 

Prix d'interprétation féminine, 75ème Mostra de Venise

 

Prix du meilleur film, du meilleur acteur et de la meilleure actrice  au festival du cinéma russe d'Honfleur (novembre 2018)

 

Présenté en compétition au festival A L'Est de Rouen

Dans la Taïga sibérienne, Egor garde forestier est un bon père de famille et un bon mari respecté par ses concitoyens. Lui et sa femme Natalia attendent un deuxième enfant. Mais un jour il découvre qu’il est atteint d’un cancer incurable et qu’il ne lui reste plus que deux mois à vivre. Sans espoir de rémission, Egor va tenter de tromper la mort

L'homme qui a surpris tout le monde

Des images à la beauté plastique sidérante -qu’il s’agisse des éléments naturels (eau forêt) ou des intérieurs,  une maîtrise de l’espace et du cadre ; un jeu d’alternance entre plans larges embrassant les extérieurs et plans serrés sur des visages, ou des groupes humains, des plans-séquences dilatés, des dialogues au compte-gouttes, oui, les réalisateurs imposent une écriture belle dans son exigence et sa plasticité. Et un sens du rythme qui scande leur dramaturgie.

Au début, une succession de « tableaux » permet au spectateur de « sympathiser » avec le personnage principal ; le voici en garde-forestier qui traque les braconniers (la scène inaugurale oppose la beauté du paysage et la cupidité des hommes) ; le voici dans l'intimité de sa famille,  père, époux aimant. Le film bascule quand Egor (se sachant condamné) décide de changer d’identité. S’inspirant d’une légende sibérienne où le héros était parvenu à tromper la mort en changeant de sexe, il se travestit en femme. Désormais seul, rejeté par tous les siens, il trouve refuge dans la Nature ; mère nourricière, elle accueille ce corps tremblant de fatigue…elle devient un personnage à part entière

La colère vindicative des habitants du village -pour le moins homophobes-, leurs propos comminatoires se concrétisent dans des scènes de passage à tabac : à chaque fois Egor est seul contre tous  ; être fragile et mutique, tabassé (jusqu’à être sodomisé) il n’est plus qu’une tache rouge (rouge de la robe et du sang) gisant sur l’humus ou les graviers.

La séquence de la toilette à l’intérieur de la cabane frappe par son traitement qui lui donne une dimension quasi religieuse et mythique -car elle ressemble à une toilette mortuaire.  Chaque geste de Natalia est décomposé, la caresse sur la peau qu’elle savonne, rince est aussi celle de la caméra qui affleure avec délicatesse le corps blessé ; avant que le couple ne s’allonge sur ce lit de fortune. La seule musique est celle du silence complice

La réalisatrice présente lors de la projection dit s’être inspirée d’une légende, qu’elle a entendue en Sibérie.  Et de fait son film mêle avec habileté, réalisme (parfois cru) et conte ; alors qu’importe la "suite" ...la  fin du film reste "ouverte" à toutes les interprétations...

 

Un film qui tout en s’interrogeant sur la Mort, dénonce l’homophobie, le rejet de l’autre -quand il ne répond pas aux normes imposées par une société conservatrice et patriarcale

 

A ne pas rater lors de sa sortie en salle

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 10:36

 

film slovène de Hanna Antonina Wojcik Slak

avec Leon Lučev Boris Cavazza, Jure Henigman

 

Présenté en avant-première au festival de Varsovie

 

 à Rouen en compétition dans le cadre du festival A L’Est,  a obtenu le prix du jury

Alija fait partie des immigrés bosniaques qui, trente ans plus tôt, sont venus travailler dans les mines de charbon de Slovénie. Il mène une existence confortable avec sa famille, mais la conjoncture est mauvaise et le chômage menace. Son patron lui confie la tâche d’explorer avec un jeune stagiaire une mine abandonnée avant de la vendre. Mais dans ce puits scellé depuis tant d’années se cache un terrible secret...

The Miner

Un des thèmes récurrents du cinéma des pays de l’ex Yougoslavie est l’obsession d’un passé douloureux (Seconde Guerre Mondiale;  guerre civile et l'épisode de Srebrenica en 1995) Pour la Slovénie s’ajoute un thème spécifique: celui de l’immigration de Bosniaques, après le morcellement ; des personnes auxquelles on refusait la nationalité slovène et qui, de ce fait, étaient  complètement déracinées. 

The Miner est au carrefour de ces trois hantises

 

La scène d’ouverture dans un environnement très lumineux met en scène le jeune Alija et sa sœur ; un cri déchire l’espace « ALIJA » la sœur s’éloignera à jamais.....Cette scène ce cri reviendront sous forme de cauchemar des années après, alors qu’Alija, seul rescapé de son village en Bosnie, s’est installé en Slovénie ; c’est un travailleur émérite et un père de famille heureux

Mais quand il découvre des ossements dans le " tunnel", il ne peut se plier aux diktats de son directeur qui le somme de faire un "faux" rapport...Les morts quels qu’ils soient ont droit à une sépulture ; c’est la conviction du "mineur" ; il incarne  ainsi une forme d’humanisme -celui que revendique la réalisatrice.

 

Un film sur le courage et la résistance ! Un film sur la dignité ! Alors que prévaut la stratégie  de l’effacement (et la mine avec ses boyaux, ses couloirs dédaléens, est déjà la métaphore de l’enfouissement ; si on la mure définitivement sans en extirper le charnier, elle ensevelira à jamais une Mémoire...fût-elle déshonorante pour un pays!)

Dans la mine avec des effets de clair- obscur (lampes frontales des mineurs) et des ambiances qui terrifient  le jeune stagiaire, Alija fait montre d’assurance ; il est dans son environnement, il fait corps avec lui. Il "fouille" le "tunnel"  comme il fouille malgré lui l’Histoire. Alors qu’au dehors, il est souvent en retrait, opinant du chef face à son directeur arrogant, par exemple ...Mais à un moment il hurlera son refus de la résignation "ça fait 30 ans que je ne fais qu’obéir"

 

Un drame psychologique, inspiré d’une histoire vraie, traité parfois comme un thriller -sans accompagnement musical-

On ne peut que louer le travail exemplaire du chef opérateur et l’interprétation sobre et élégante de Leon Lucev -acteur que nous avions déjà vu dans Circles  en  2013 du Serbe Srdan Golubovic

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 13:52

de Laura Mora (Colombie) 2017

avec Juan Pablo Trujillo, Natasha Jaramillo, Giovanny Rodríguez

Présenté au festival A L'Est (section A L'Est dans le monde) 

Paula était présente lors de l’assassinat de son père, professeur à l’université de Medellín. Alors que l’enquête officielle est déjà classée, elle fait la connaissance de l’assassin, Jesús. La relation qui se noue entre eux, malgré le désir de vengeance de Paula, va ébranler les certitudes de cette dernière.

Inspiré par une tragédie qu'a vécue  la réalisatrice.

Matar a Jesus

Le film est dédié au père de la réalisatrice ; c’est d’ailleurs son assassinat qui lui sert de support  

 

 Soif de vengeance ? Questionnement sur le rôle de la justice ? Justice de droit et justice immanente ? Interrogation sur le difficile passage à l’acte ? Regard clinique sur la violence en Colombie, à Medellin en particulier ? Universalité d’un comportement malgré un ancrage bien particulier ? C’est tout cela à la fois qu'illustre  ce long métrage -le deuxième - de Laura Mora (née en 1981)

 

Dans un premier temps nous voyons la jeune fille Lita, enjouée, évoluer dans son environnement . Le film bascule après l'assassinat de son père (dont elle est témoin). D'abord tapie dans la douleur, elle décide de "prendre les choses en main" quand l'enquêteur a classé l'affaire (les cas de tueries urbaines sont si nombreux et nous manquons d'indices!!) Après avoir reconnu l'assassin , elle n'a de cesse de le traquer et de l'abattre; elle se lie d'amitié avec lui...s'invente une autre identité elle sera Paula . Dès lors nous allons les suivre dans les rues de Medellin grouillantes de monde et de pétarades, dans les intérieurs de bidonvilles assez glauques, dans les boîtes de nuit, dans l'appartement de la mère; loin de son milieu bourgeois et loin des remontrances de son frère, Paula nous entraîne dans un univers qui peut nous sembler interlope et cruel  mais qui est le quotidien de milliers de personnes et où les sicaires (dont Jesus) ne sont pas forcément habités par le Mal absolu

 

Caméra à l’épaule Laura Mora filme avec une forme de frénésie -qui rappelle celle des milieux explorés; elle fait aussi alterner séquences au rythme échevelé et ambiances plus lisses (avec d'ailleurs des effets faciles sur les cheveux lors d'une baignade par exemple);  ambiance onirique parfois (sur la piste de danse le couple est brusquement seul et comme auréolé...c'est que "les amoureux sont seuls au monde"; instant fugace car l'ambiance presque toxique reprend le dessus)

 

Le film obéit à un schéma circulaire: la fin nous ramène au point de départ  (Lita marche avec difficulté jusqu'au promontoire -mirador- et contemple à ses pieds la vaste ville) ainsi  la reprise de la même séquence laisse supposer que  nous avons assisté à un long flash back

 

Un film qui, certes, ne peut laisser indifférent (ne serait-ce que par le parti pris de réalisme) mais qui peine à entraîner l'adhésion ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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