29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 18:55

De Jean-Paul Civeyrac

Avec Andranic Manet, Gonzague van Bervesseles, Corentin Fila

 

Présenté au festival de Berlin (Sélection Panorama) 

Étienne quitte sa province pour étudier le cinéma  à Paris à l’université. Il y rencontre Mathias et Jean-Noël qui nourrissent la même passion que lui. Mais l’année qui s'écoule va bousculer leurs illusions…

 

Mes Provinciales

Il serait dommage de passer à coté de ce film en noir et blanc discret mais très riche en thèmes abordés.

Cela se passe aujourd’hui mais l’ambiance rappelle terriblement Jean Eustache (La maman et la putain). Le réalisateur connaît bien le milieu de ces jeunes qui montent à Paris pour apprendre à faire du cinéma. A 20 ans les illusions nous poussent, les exigences sont fortes, l’amour et l’amitié prennent toute leur place dans le quotidien. Les enthousiasmes mais aussi les doutes et déceptions, voire les grandes désillusions jalonnent le parcours étudiant.

Jean-Paul Civeyrac dresse un tableau assez complet des états d’âme de ces jeunes de 20 ans cultivés, passionnés, libres mais seuls dans un Paris où l’on découvre un nouveau monde tout en gardant une nostalgie déjà pour sa province natale. La tonalité générale est mélancolique, voire triste, l’humour qu’on attribue à cette classe d’âge habituellement n’apparaît pas.

 

Il y a un grand charme qui traverse cette histoire à travers une dizaine de personnages intéressants. L’ accompagnement musical souligne le “mood” du personnage central, calme, intériorisé, mélancolique,  sans écraser (superbe adagio de la 5ème symphonie de Mahler, un rappel de Mort à Venise...).

 

Enfin, pour les cinéphiles c’est un festival de réflexions sur différentes conceptions du cinéma, mêlées à la politique et aux choses de la vie.

 

“Mes provinciales” est truffé de références littéraires et nous offre une belle balade réflexive pour tous les âges : le cinéma comme on l’aime.

 

Serge Diaz

 

 

Oui il eût été dommage de passer à côté de ce film !!! qui démontre que "l'on est continuellement irreconnaissable, éternellement contraire" 

L'incandescence d'une jeunesse (cf les titres de certains chapitres,  la poésie de Novalis ou Nerval) qui  s'en vient  heurter l'Immanence (cf le dernier plan)

Les références littéraires et cinématographiques ne sont pas "ornementation" elles habitent ces jeunes amoureux d'absolu, ces jeunes cinéphiles -dont certains sont très intransigeants et la référence à l'ouvrage de Blaise Pascal en témoigne (refuser  catégoriquement tous les arrangements)

Et ce noir et blanc comme hors du Temps!!

Cette façon de capter les visages à la Brancusi!

Etc...

Oui il eût été dommage de....

Colette

8/05/2018

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 06:40

De Samuel Maoz 2017 (Israël, Allemagne) 

avec Lior Ashkenazi (Michael), Sarah Adler (Dafna), Yonaton Shiray (Yonatan), Shira Haas (Alma), Karin Ugowski (la mère de Michael)

 

 

Grand prix du jury Mostra de Venise 2017

Michael et Dafna, mariés depuis 30 ans, mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Yonatan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial. Le choc de l’annonce va réveiller chez Michael une blessure profonde, enfouie depuis toujours. Le couple est bouleversé. Les masques tombent.

Foxtrot

Un pas en avant, un pas à droite un pas en arrière un pas à gauche et on revient au point de départ...c’est le principe du foxtrot expliqué illustré par Michael (le père) à la fin du film.  C’est son exécution contorsionniste par le fils à un poste frontière ; c’est dans le film de Samuel Maoz la métaphore d’une société gangrenée par son immobilisme - des indices de changements (ici dans l’interprétation de la danse) ne concerneraient que la forme

Construit comme une tragédie à l’antique avec dans chacun des trois actes des rebondissements en écho, le film nous fait d’abord pénétrer dans le huis clos d’un appartement cossu à Tel -Aviv puis nous transporte à un poste frontière tenu par de très jeunes militaires, dont Yonatan le fils de Michael et Dafna,  dans une sorte de no man’s land, avant de revenir au point de départ : l’appartement des parents. Une tragédie qui mélange les genres (drame familial, film de guerre, farce absurde) les tonalités (pathétique, humour tragique) mais aussi les formes (inclusion de séquences animées) avec une seule thématique (interrogation sur le passé et le devenir de l’État d'Israël : la mémoire de la Shoah incarnée par la mère de Michael qui a perdu ses repères et ne peut s’exprimer qu’en allemand...la même guerre de conquête et ses mêmes traumas sur deux générations.) .

 

"déstabiliser le spectateur dans la première partie, l’hypnotiser dans la deuxième et l’émouvoir dans la troisième"  tel était le vœu du réalisateur. Pari réussi ? On peut en douter...

Dès le début le spectateur peut être agacé (et non déstabilisé) Pourquoi ? Une bande son trop puissante, des plans en plongée surplombant les personnages ;-dont le réalisateur use et abuse- on pourra toujours rétorquer que cette façon de filmer illustre la métaphore « tragédie du destin dont les dieux seraient les seuls artisans réduisant les êtres humains à de simples marionnettes. »..Ouais...Et comme si cela ne suffisait pas voici cette enfilade de portes qui claquent des cris hurlements quasi hystériques ; qu’ajoutent ces procédés à la douleur torturante de l’absence -les parents viennent d’apprendre la mort de leur fils « tombé en mission » ?. Mais une contre-information -qui en dit long sur la fiabilité du service de renseignements- s'en vient briser la Douleur...Et l’on sera de nouveau confronté à une forme de grandiloquence dans la troisième partie

La deuxième partie serait de loin la plus "réussie" Nous sommes aux côtés du fils  à un poste frontière ; le misérabilisme des conditions matérielles se marie avec la boue et la solitude alentour ; à chaque passage de dromadaire il convient de lever la barrière ; mais à chaque passage de Palestiniens le contrôle est plus tatillon on devine même le plaisir sadique d’humilier. Mais ne sommes-nous pas impliqués dans une forme de mirage absurde? Le logement-conteneur s’enfonce dans le sable à raison d’un centimètre par jour ; les automobilistes tels que les voit, fantasme ou dessine Yonatan sont momentanément figés dans des spots de lumière aveuglante et comme dans Valse avec Bachir ces êtres bien vivants sont désincarnés ; la photo qui apparaît en gros plan sur l’écran de contrôle (avec la mention clear) est seule garante d’une existence à redouter ou non dans le climat délétère de la "sécurité à tout prix".  Et ce sera la scène de la bavure (contrastant  cyniquement avec la déambulation nonchalante du dromadaire) une bavure vite étouffée ….-on enterre voiture et morts tout comme on enfouit la vérité- Rappelons que cette séquence a fait réagir violemment la Ministre israélienne de la Culture (qui n’avait pas vu le film…) Or la devise n’est -elle pas depuis des décennies "tu tires d’abord, tu réfléchis ensuite".  Après tout qu’importent les morts si l’honneur de Tsahal est sauf (les soldats étaient en situation de légitime défense) ?

 

On retrouve dans ce film le lieu commun du soldat enrôlé manipulé pris dans l’engrenage de la violence dont il est complice et/ou témoin. Et c’est là où le bât blesse comme dans Z32 ou Valse avec Bachir : la seule victime à laquelle éventuellement s’identifier serait le jeune conscrit ...(dans la troisième partie de Foxtrot, les aveux du père sur son passé de militaire  sont éloquents…)

Ainsi une habile subversion des rôles cloue au silence les vraies victimes ….

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 06:11

De Dominic Savage (G-B)

avec Gemma Artenton, Dominic Cooper, Frances Barber, Jalil Lespert 

Une femme heureuse

Elle A tout pour être heureuse ; (ce que lui serine sa mère dans un discours convenu : 1 maison 2 enfants 2 voitures 1 mari aimant et qui gagne bien sa vie ; moi j’étais seule….ce n’est qu’un passage…) MAIS elle n’ EST pas heureuse (mélancolie sensation douloureuse d’étouffement d’enfermement dans l’accomplissement des tâches domestiques) Un livre d’art sur les tapisseries médiévales servira de déclencheur : elle veut s’inscrire dans une école d’art. Bovarysme moderne ? Désir vite discrédité par le mari...( il ne COMPREND pas les états d'âme; tirer un petit coup avant le boulot; avoir une chemise propre; rapporter l'argent nécessaire à l'entretien du foyer; c'est sa devise de mâle!) Ce sera la fugue…(titre original "the escape"; le titre français est bien sûr une antiphrase) Le visage de Tara, jusque-là fermé, semble s’épanouir, un sourire l’illumine.

Voilà pour la trajectoire avant la séquence finale! 

 

Un sujet éculé. Un traitement décevant, peu convaincant.

Certes Gemma Artenton (productrice et actrice) qui a créé son personnage à partir d’un scénario de 30 pages interprète excellemment cette jeune mère au bord de la dépression Mais que de plans inutilement prolongés sur son visage (visage non maquillé pour ajouter au naturalisme???)

Trop de clichés ! La première petite escapade dans les rues de Londres baigne dans le chromatisme du jaune et rouge (soleil couchant). La fugue à Paris est la séquence la plus malmenée la plus mal traitée (succession de poncifs qu’accentue la présence insolite d’un Jalil Lespert en photographe dragueur et menteur).

Clichés formels auxquels s’ajoutent les stéréotypes de la pensée (cf les conseils prodigués par Marthe Keller …et la séquence finale « programmée », même si le reflet dans le miroir et la répétition des mêmes gestes -en écho à la scène liminaire- semblent inchangés)

 

Un film ennuyeux à déconseiller

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

PS: Un léger bémol : on retiendra l’énigme de la sixième tapisserie de la Dame à la Licorne: si chacun des 5 sens est illustré dans une tapisserie ; que signifie la sixième "à mon seul désir" ? L’explication suggérée par l'image de la tente est  réductrice ...et celle de Jalil Lespert simpliste .. Et  les commentateurs historiens de l'art exégètes s'interrogent ...toujours ...

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 10:24

d'Agnès Jaoui  

Avec Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Léa Drucker, Kévin Azaïs

Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd'hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt au cynisme) tandis qu'Hélène est restée fidèle à ses convictions.
Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux.
Alors que Castro assiste, impuissant, à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d'imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein.

Place publique
Une comédie agréable - comme sait le  faire le couple Jaoui/Bacri. Les vedettes du show-business à la Thierry Ardisson ou Patrick Poivre d’Arvor se reconnaîtront.
 
Il en ressort quelques bonnes répliques qui, mine de rien, poussent assez loin à la réflexion sur ce monde comme il va, en France tout du moins.
 Internet et les smartphones, c’est bien pire que Big Brother parce que tout le monde est consentant” ...ou encore dans la bouche du personnage dénué de principes qu’interprète Bacri “ il y a les gazelles et les lions, les forts mangent les faibles, c’est normal, ça a toujours été comme ça”...comme si ce constat à moitié vrai en réalité permettait de justifier l’injustice dominante, le rendait éternel, inchangeable. Idem pour la jeunesse, cet animateur télé en bout de course vante la jeunesse quand ça l’arrange (une jeune maîtresse) mais en est victime au travail.
 
La scène finale où a lieu un duel d’arguments avec un jeune, vedette sans talent particulier, est une belle chute qui renforce la réflexion sur un monde en dérive morale totale, où l’audimat dans les médias prime sur la qualité des émissions. L’amie productrice, à ce propos, dit “les bonnes émissions, les gens ne les regardent pas”... mais n’est-ce pas normal cette fois si les bonnes émissions ne passent qu’en deuxième partie de soirée voire après minuit parfois ?
 
Le film ne tourne pas que sur le couple Bacri/Jaoui, une série d’autres personnages sont aussi bien campés, la musique qui accompagne la fête est un vrai plaisir,
 
Bref une crémaillère à la campagne pleine de petits rebondissements comiques sur fond qui égratigne.
 
En résumé une comédie pour oublier ses soucis mais qui n’endort pas notre conscience.
 
A voir.
 
Serge Diaz
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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 06:38

Film d'animation réalisé par Wes Anderson (USA)

Avec les voix, en VO, de Bryan Cranston, Ed Norton et Liev Schreiber. En VF, Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Romain Duris. 

 

Ours d'argent du meilleur réalisateur à Berlin

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.


 

L'île aux chiens

Au son de tambours taïko venez écouter l’histoire du jeune Atari parti à la recherche de son chien de garde Spots, aidé dans sa quête par 5 autres chiens : ces vrais limiers ont la voix d’Edward Norton, Bill Murray, Bob Balaban et Jeff Goldblum les comparses de Wes Anderson.

Ecouter oui voir surtout. Car le film en spot motion est une réussite plastique fabuleuse. Six années de travail pour animer les 1000 marionnettes fabriquées à la main, (visages moulés et peints), évoluant dans 240 décors fabriqués de toutes pièces…

Un découpage chapitré, des flash back annoncés – le récit en sera faussement embrouillé- Couleurs bistre rouille, ou rouge, des nuages de coton au plus fort des bagarres, des vues en plongée ou contre plongée sur l’île immondices, travellings latéraux ou verticaux, mais aussi ces très gros plans sur le maire autoritaire -il envahit l’écran- ou sur cette étudiante américaine qui triomphera de l’intox suite aux recherches du savant Watanabe (tiens tiens encore un sauvetage venu des USA ; ironique ? j’ose l’espérer)

Conte poétique et politique ? Comme on le lit ou entend partout. Certes. Mais s’il est déconseillé aux moins de 13 ans aux USA, aux moins de 8 ans au Royaume-Uni et aux moins de 10 ans en Suisse c’est qu’il évoque aussi le suicide, les transferts d’organes, et que de l’aveu même du réalisateur "Il y a beaucoup plus de sang que dans un film pour enfant".

Comme tous les contes il se prête à une lecture plurielle. Voici une dystopie. Nous sommes en 2037. Le maire autocrate de Megasaki décrète l’état d’urgence suite à une fièvre canine ; tous les chiens seront envoyés sur une île avant la solution finale. Un film en résonance avec une période de l’Histoire du XX° ? Avec celle de Trump aujourd’hui ? Ou encore celle de l’Europe et de son hypocrisie dans le traitement des "flux migratoires" ? La peur panique de l'Autre, l'étranger, si étrange dans son étrangeté? Et la communication/intox n’est-elle pas au coeur de tous les régimes même ceux qui se targuent d’être des modèles de démocratie ???

L’île aux chiens - île de l’exil et de la fronde-, est aussi un hommage au cinéma japonais. Et particulièrement aux films d’animation de Hayao Miyazaki ("Le voyage de Chihiro") et à ceux du réalisateur  Akira Kurosawa (" Rashomon " par exemple) 

Un film à voir.

Absolument

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 07:55

De Michael Pearce (G-B)

avec Jessie Buckley, Johnny Flynn, Geraldine James

 

Film présenté à Beaune pour le 10ème  festival international du film policier 2018

Sur l'île de Jersey, une jeune femme tombe amoureuse d'un homme mystérieux. Cette rencontre la pousse à fuir sa famille tyrannique. Alors que l'homme est soupçonné de plusieurs meurtres, elle le défend aveuglément. 

Jersey Affair

Pour son premier long métrage Michael Pearce s’inspire d’un fait divers "la bête de Jersey" -dans les années 1960, un tueur en série avait terrorisé l’île anglo-normande.

Une résonance lointaine cependant ; car le réalisateur  privilégie la dialectique des forces antinomiques : attraction/répulsion, animalité/humanité ou des contrastes ombre et lumière, en se focalisant sur le personnage de Moll. Un être trouble car ambivalent ; à la fois soumise aux diktats d’une mère marâtre et habitée par une énergie émancipatrice, elle « cache » un secret...Effet spéculaire : son amant Pascal Renouf est tout aussi ambigu….sous ses dehors angéliques. C’est la nature profonde de cette relation qui dans Jersey Affair prime sur l’identité du meurtrier !l Le "suspense et la tension narrative propres au thriller concernent moins le spectateur que les habitants et la famille de Moll (convaincus que le tueur de jeunes filles est son amant).

 

Et pourtant quelle déception !

Certes de Jersey le réalisateur exploite le caractère cinégique (d’autant que Moll exerce la fonction de guide...) avec ses plages, ses rochers, ses forêts, ses villages, et ses propriétés cossues. Une île qui devient un personnage à part entière jusqu’à devenir par métaphore un « paysage intérieur »

 

Mais la bande son envahissante, l’abondance de clichés (l’illusion du fantastique surtout), les dislocations temporelles répétées, les faux présages ou les révélations attendues, un étirement inutile aux deux tiers, une scène finale traitée avec « grandiloquence» tout cela concourt à susciter de l’agacement chez le spectateur et non l’adhésion (attendue…) et ce, quoi qu’en dise le pitch un film qui tient en haleine jusqu’au dernier plan...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 18:48

De Kore-eda Hirokazu (Japon)

Avec Masaharu Fukuyama, Koji Yakusho, S. Hirose 

Shigemori, avocat, doit défendre Misumi accusé de vol et d'assassinat. Ce dernier a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant. Les chances pour Shigemori de gagner son procès semblent minces, d'autant que Misumi a avoué son crime, malgré la peine de mort qui l'attend s'il est condamné. Pourtant  au fil de l'enquête l'avocat commence à douter de la culpabilité de son client ...

The Third Murder

Le film s’ouvre sur une séquence que l’on peut qualifier de "réaliste" : dans la pénombre voici deux hommes; on les distingue à peine dans ce plan rapproché;  l’un est sauvagement abattu;  le plan s’élargit ; le "meurtrier" brûle le corps et vole le portefeuille.  Embrasement.

Dès lors le réalisateur va entraîner son spectateur (le seul témoin du crime..) dans un film de procès (le film dit policier émergeant parfois de-ci de-là) où triomphera la thématique du "doute" Le "présumé" meurtrier avoue,  impavide et impassible, son crime ; mais l’avocat pénaliste qui mène sa propre enquête pour étoffer sa plaidoirie, va être confronté à tout un réseau presque labyrinthique de présomptions et de doutes (pourquoi la veuve évoque-t-elle un trafic vénal au sein de l’entreprise dirigée par son ex mari ? pourquoi la fille, Sakie handicapée s’ingénie-t-elle à vouloir éviter à Misumi la peine capitale ? A-t-elle été violée par son père ? Pourquoi l’accusé change sa version des faits, se rétracte, jusqu’à hurler son innocence?) Qui manipule? Qui est manipulé? Pour diverses raisons, chacun donne une version des faits erronée, et c’est assez effrayant . Vers la fin, après le verdict , Misumi ironise M Shighemori vous ne m’interrogez pas sur mon vrai mobile ; à moins que la vérité ne vous intéresse pas

 

The third murder est un film qui dénonce un système judiciaire où la vérité importe peu (Chacun a menti constatera, amère, la jeune Sakie)  Misumi essuie une souillure de sang sur sa joue (scène d’ouverture) en écho Sakie à un moment aura le même geste quand dans une reconstitution (mentale?) elle tue le père ; preuves en images ? à la fin l’avocat se surprend à essuyer sa joue, un indice s’y est posé ; or la fleur de cerisier n’éclot que fin avril ; Misumi a-t-il dit la vérité sur la date d’envoi d'une carte postale ? Le geste comme interprétation subjective?

 

Un film qui frappe par l’absolue maîtrise de la mise en scène (lumières cadrages ambiances) ce qu’accentue le format cinémascope On retiendra surtout les face-à-face au parloir derrière  la paroi de verre  ; filmant en gros plan les deux visages le réalisateur varie les angles de vue; il ira même jusqu’à superposer et confondre ces deux visages par des jeux de reflets (l’accusé et l’avocat n’ont-ils pas en partage, outre l’exercice claudicant de la "vérité",  le poids mal assumé de leur paternité ?)

Lenteur du rythme, ellipses, absence de musique (hormis au début et à la fin celle pour violoncelle et piano signée Einaudi) au service d’une "démonstration" assez subtile, tout cela fait de  the third murder  un film incontournable ! même s'il déroute certains spectateurs habitués à d'autres thématiques (dont la filiation "tel père tel fils" "notre petite soeur" "still walking") moins prégnantes ici !  

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 15:36

Le festival Ciné friendly 2018 se tiendra

du 19 au 21 avril 2018

au cinéma Omnia République ROUEN

lors d’une édition qui promet d’être pleine de surprises tant la sélection en est exigeante. Il sera, pour vous, l’occasion de découvrir de très nombreux longs-métrages en prélude à la cérémonie de remise des prix.

https://www.facebook.com/CineFriendly/

Ciné Friendly 4ème édition
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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 15:21

Dans son magasin de photographie de Londres, Tony Webster mène une existence tranquille. Sa vie est bousculée lorsque la mère de Veronica Ford, son premier amour, lui fait un étonnant legs : le journal intime d’Adrian Finn, son meilleur ami du lycée. Replongé dans le passé, Tony va être confronté aux secrets les plus enfouis de sa jeunesse. Les souvenirs sont-ils le pur reflet de la réalité ou autant d'histoires que nous nous sommes racontées ?

A l'heure des souvenirs

Ritesh Batra qui nous avait régalés avec Lunchbox a réalisé un film dans un tout autre genre mais de même qualité.

Ici les émois ne sont pas indiens mais bien britanniques, par les mimiques, le campement très middle class anglaise, l’éducation public-school, Cambridge, les belles maisons et quartiers chics de Londres.

Le tempo faussement lent mais plein de rebondissements nous donne le temps de réfléchir au bilan de la vie. Les sexagénaires et plus s’y retrouveront pleinement.

 

Quelle vision a-t-on de sa propre vie en fin de course ? Réinvente-t-on sa vie au gré d’une mémoire plus ou moins faillible et qui filtre les souvenirs à chacun sa manière ? Ou l’invente-t-on pour échapper aux tourments des remords ?... Quoi qu’il en soit la vision de notre vie est parcellaire mais en est-on conscient ? Beaucoup de questions existentielles parsèment cette histoire d’amour excellemment interprétée par Jim Broadbent en personnage peu bavard, dépassé par ses rencontres féminines et à l’humour très british qui sauve.

 

Bref un grand moment de plaisir et d’émotions cinématographiques pour le spectateur nostalgique ou pas de son passé.

 

Un film qui se dévoile avec finesse et élégance.

 

A voir vraiment !

 

Serge Diaz

 

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 14:42

De Walid Mattar (France Tunisie)

avec Philippe Rebbot, Corinne Masiero, Kecey  Mottet-Klein , Mohamed Amine Hamzaoui 

Nord de la France. L’usine d'Hervé est délocalisée. Il est le seul ouvrier à s'y résigner car il poursuit un autre destin : devenir pêcheur et transmettre cette passion à son fils. Banlieue de Tunis. L'usine est relocalisée. Foued, au chômage, pense y trouver le moyen de soigner sa mère, et surtout de séduire la fille qu'il aime. Les trajectoires de Hervé et Foued se ressemblent et se répondent.

Vent du Nord

Des feux d’artifice que contemple (dubitative) la famille Lepoutre c’est le plan d’ouverture. En écho au final Foued débarque telle une ombre portée,  alors qu’il entend au loin le crépitement d’un feu d’artifice….

Glas ou promesse ?

 

Le film débute comme une chronique sociale (flirtant avec le docu) : délocalisation d’une usine de fabrication de chaussures. Affrontement. Ouvrier depuis plus de trente ans, Hervé ne se sent pas "solidaire" de la lutte syndicale ; il accepte sans trop de réticence la prime de licenciement (30 000 euros ça fait pas cher de l’année…) ; elle va lui permettre de réaliser son rêve : acheter un bateau et pêcher…

Puis nous quittons la région de Boulogne-sur-Mer et nous voici en Tunisie où Foued -un jeune Tunisien qui vit  avec sa mère malade- prend le relais d’Hervé….dans l’usine….relocalisée...

 

Dès lors le récit se mue en une narration croisée deux trajectoires vont s’entrechoquer sans se rencontrer. Ce type narratif -s’il n’est pas original- aurait pu être efficace. Mais on passe d’une séquence à l’autre de façon artificielle. Bien évidemment il y a des similitudes : et en premier lieu, les méfaits de la mondialisation, du Nord au Sud ; la  "robotisation" de l’ouvrier sous la férule d’un chef d’atelier (le rendement avant tout!!l) Et le titre n’est-il pas la métaphore des difficultés, quand on se bat contre des  "vents" contraires.

De part et d’autre de la Méditerranée on rêve d’un ailleurs : la pêche pour Hervé, l’amour pour Foued. Des rêves qui vont finir par s’écraser sur la dure  réalité (paperasseries et tracasseries administratives pour Hervé, prise de conscience d’une exploitation forcenée éhontée qui conduit Foued à quitter son pays…) Des saynètes mettent en évidence des petits riens qui font la quotidienneté "partagée": dont les pauses café avec les potes ou les repas en famille...

Mais cet effet miroir semble plaqué et ne crée pas la dynamique attendue

Et la récurrence de certains plans (mer et ciel) accentue paradoxalement l’artificialité du procédé!

 

Cela étant, on ne peut qu’admirer la prestation de Philippe Rebbot : un geste une attitude une fausse distance tout dans le jeu de l’acteur sonne si juste !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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