21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 07:43

Documentaire de Jean-Luc Léon

Un vrai faussaire

Un vrai faux? un faux vrai? Où est le vrai? Où se cache le faux ? Difficile à démêler !!! Car Guy Ribes a des "mains en or" et il ne se contente pas de "copier" comme un vulgaire imitateur, il lui faut s'imprégner de "l'âme du peintre" quitte à jeter 10 toiles qui ne le satisfont pas; il a en outre l'art de jongler avec toutes sortes d'astuces (contrefaire la signature du maître en commençant par la droite; jouer avec la poussière et les patines du temps).Trente ans durant il aura été Picasso, Léger,  Dufy, Braque, Chagall, Degas, Dali, Bonnard, Modigliani, Renoir, Laurencin,  Vlaminck, Matisse, Van Dongen ou Vuillard. Ce fut "un vrai faussaire"

Traversant le tunnel (premiers plans du film) il émerge de la clandestinité happé par la lumière. Accusé suite à une délation, jugé, condamné à 3 ans de prison dont 2 avec sursis, il est révélé au grand public. Voici son histoire (vraie?) racontée par lui-même face à la caméra de Jean-Luc Léon. Gouaille et faconde à la Audiard, chapeau et pipe à la Maigret, ventre proéminent à la Rebeyrolle, Guy Ribes (65 ans) est à n'en pas douter un "personnage". Enfance dans un hôtel de passe, mère médium, père dictateur (qui a plus que flirté avec le gang lyonnais), apprentissage aux Soieries (où il se plaît à peindre des motifs ) engagé dans la marine puis la légion; par "amitié " pour Weisbuch il se met à le "pasticher"...Sa carrière commencera en 1984 (en réponse à une commande)

Et ses "œuvres" sont si "crédibles" qu'elles leurrent aussi bien la fille de Chagall que les experts et les musées. Dans les réserves, dans les salles des ventes, sur les murs de collectionneurs combien encore de "vrais faux"? Compulsant un catalogue Drouot, Guy Ribes affirme en appuyant de son  doigt "ça c'est moi; ça aussi c'est moi" mais le réalisateur ne dévoilera pas (recours à un cache) de même qu'il "censurera" certains noms" (remplacés par des cris d'oiseaux)...C'est qu'on ne peut TOUT DIRE. Si Guy Ribes, travaillant sur commande, s'est surtout "attaqué" à la peinture du XIX° et XX° siècle il laisse entendre dans ses (fausses?) confidences qu'il s'est inspiré aussi de "maîtres" plus anciens; mais chut! "il y a des choses que je ne peux dire" (il risquerait sa peau!!!) Sa parole dans le film est "confrontée" (au montage) à celles d'un procureur, d'un collectionneur floué (pour 500 000 euros) d'experts dont les analyses confirment le "talent" du vrai faussaire, du commissaire de police convaincu que la parole du " faussaire" n'est "vraie" qu'à 5% .Et le réalisateur (qui lui-même n'est pas dupe) termine son film en citant un proverbe chinois "Les récits des faussaires sont parfois aussi vrais que leurs œuvres".

On reprochera à ce documentaire son côté trop "statique" (certes largement compensé par les propos gouailleurs de G Ribes et ses "leçons" de peinture in situ). Hormis ces vues aériennes sur les toits de Paris (à des saisons différentes) et cette vue en plongée sur le métro aérien où deux rames se croisent en ondulations sinusoïdales (le même et son double côte à côte!!)

Colette Lallement-Duchoze

Un vrai faussaire
Un vrai faussaire

PS Guy Ribes -il avait purgé sa peine- fut sollicité par Gilles Bourdos pour son film "Renoir" en 2012 (son nom apparaît au générique); il a peint des toiles pour les besoins du film.... et il double les mains de Michel Bouquet, quand celui-ci est censé peindre...

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 19:16

De Pablo Aguero  Argentine

Avec Gael Garcia Bernal, Denis Lavant, Daniel Fanego

 

 

1952 Eva Peron vient de mourir à 33 ans. Elle est la figure politique la plus aimée et la plus haïe d'Argentine. On charge un spécialiste de l'embaumer. Mais les coups d'Etat se succèdent et certains dictateurs veulent détruire jusqu'au souvenir d'Evita dans la mémoire populaire

Eva ne dort pas

Eva ne dort pas n'est pas un film documentaire ni un "biopic" (tout au plus un nécropic); car ce qui intéresse le réalisateur est de montrer comment la figure emblématique d'Eva Perón continue à hanter les esprits bien après sa disparition (qu'il s'agisse de ses adulateurs ou de ses contempteurs).

Voici "l'histoire" de son corps; d'abord embaumé, il sera enlevé sous la dictature (inhumé en Italie avec l'accord du Vatican) et enfin restitué (mais pour être "définitivement" enterré dans le béton à 6 mètres sous terre);  cette "histoire"  (des années 1950 à 1970) sera interprétée selon les points de vue d'anti-péronistes et incarnée par trois figures représentatives; ce qu'illustre la segmentation en trois chapitres annoncés par des encarts,"l'embaumeur" "le transporteur" et "le dictateur"

Un parti pris de théâtralisation: trois huis clos (le funérarium, l'habitacle d'une camionnette, et une sorte de geôle où est séquestré le général Aramburu) chacun traité en plan-séquence; trois moments où domine une relation assez violente au corps (surtout en II, dans la bagarre qui oppose le lieutenant Koenig interprété par Denis Lavant au soldat qui l'accompagne dans le transfert du corps d'Eva). Les images d'archives qui parsèment le récit, vont comme arracher le spectateur de ces atmosphères glauques où le réalisateur l'enfermait: il voit une foule en liesse, ou en pleurs, il entend des extraits des discours anti-capitalistes d'Eva et ses propos comminatoires; il voit et entend aussi le bruit des bottes...

Mais le réalisateur va plus loin encore. Ces intérieurs d'enfermement -où la lumière et les clairs obscurs sont traités de façon magistrale, où les gestes sont surdimensionnés par une musique de plus en plus forte - deviennent par allégorie les images de forces chthoniennes, ces forces maléfiques de la dictature, de l'oppression; et correspondent ainsi à une figure de l'intériorité. Car il s'agit bien de traquer "l'ennemi intérieur" et pour l'amiral Massera (interprété par Gael Garcia Bernal) c'est forcément cette catin d'Eva Peron (qui en plus a eu l'outrecuidance de mourir à 33 ans comme le Christ). C'est sur lui  que s' ouvre et se clôt le film. Fier de "posséder" enfin le corps dans les profondeurs abyssales du béton. Mais..... que peut le béton contre la force de l'esprit?. Dans la dernière image d'archives, nous entendons Eva Perón crier devant deux millions de manifestants  Je reviendrai, morte ou vivante ! Massera, contre son gré, lui aura donc scellé un mausolée!

 

Pablo Aguero dit avoir  voulu imiter Bonnard qui affirmait  "il ne s'agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture"     Pari réussi !!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Bien vu...

Mais pour qui ne connaît pas bien les années 50 à 70 en Argentine on est un peu largué. .. Même si ce n'est pas le propos du réalisateur

Un film qui frôle le fantastique dans le rendu des ambiances

Avez - vous vu d'autres films de cet auteur?

Ismael 18/04/2016

l'histoire de l'Argentine entre 1952 et 1976? elle est bien en filigrane dans le film (voir la séquence 3 où les Montoneros somment le général Aramburu de révéler l'endroit où se trouve le corps d'Eva; le général en quelques phrases évoque les "bienfaits" des forces au pouvoir tout en incriminant les groupes d'extrême gauche); elle est bien patente dans les images d'archives qui scandent le récit ; sinon il suffit de se "documenter " sur le docteur Ara l'embaumeur, le colonel Koenig, le général Aramburu et l'amiral Massera (bien présents dans le film) ainsi que sur l'histoire assez trouble et souvent féroce de ce pays durant ces deux décennies (le pire sera à venir....)

Colette 19/04/2016

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 05:18

De Léa Pool Canada

Avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Diane Lavallée, Marie Tifo

Directeur musical: François Dompierre

 

Récompenses:

Festival du film francophone d'Angoulême 2015: Valois du public

Gala du cinéma québécois 2016:  6 prix

 

 

Argument: Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige un couvent au Québec. Passionnée, résiliente, Mère Augustine consacre son énergie et son talent de musicienne à ses élèves. Lors de son arrivée, elle prend sa nièce, Alice, une jeune pianiste prodige, sous son aile. L'école est un haut lieu musical qui rafle tous les grands prix de piano de la région. Il y résonne un flot de gammes, d'arpèges, de valses de Chopin et d'Inventions de Bach. Mais lorsque le gouvernement instaure un système d'éducation publique dans les années 60, l'avenir de Mère Augustine et de ses Soeurs est menacé.

La passion d'Augustine

Il y a de très belles images et bien entendu des musiques sublimes.

 

Ce film met en lumière la difficulté de promouvoir un enseignement atypique, les relations entre les soeurs, leur confrontation brutale, pour certaines, avec le monde extérieur après Vatican 2, (à cet égard la scène du dévoilement est émouvante) l'enthousiasme des élèves pour la musique mais aussi pour les évolutions  en cours. 

On suit cette histoire avec un intérêt non dénué d'émotion notamment pour ceux (et surtout celles) qui ont connu cette époque : box dans les dortoirs, vie de pensionnat de filles; 

on sourit  souvent, on a quelquefois du mal à saisir le parler québécois.

Les intermèdes musicaux sont un peu trop longs.

On pourrait aussi dire que c'est "gentillet" (le critique du Monde n'a pas aimé ! )  mais le sujet est  très intelligemment traité. 

Un film plaisant

 

Isabelle Lepicard

 

«on a quelquefois du mal à saisir le parler québécois.»

Pauv' chou. Par contre l'anglais, ça ce n'est pas un problème, hein ? (Voir les films avec des titres en anglais en France).

Je pense que les Français devraient s'ouvrir sur la francophonie...

et donc comprendre les légers accents d'outremer. (Dans la passion d'Augustine, les accents sont très légers, je vous l'assure)

Soeur Onésine 12/04/2016

Je ne m'attendais pas à susciter une telle agressivité (anonyme de surcroît) d'autant que vous avez mal compris mon propos.J'aime bien la sonorité du québécois; mais il fallait quelquefois tendre l'oreille.Entendre les sœurs changer de langue avait aussi un sens.

Par ailleurs : qu'avez vous pensé du film. c'est l'essentiel. non ?

Isabelle 19/04/2016

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 14:51

Documentaire réalisé par Manoel de Oliveira  (1908 - 2015) Portugal

 

en 1982 Manoel de Oliveira réalise, dans le plus grand secret, un film qui ne devait être visible qu'après sa mort

Doit-on pour autant considérer ce film autobiographique comme un testament?

Visite ou mémoires et confessions

« L’étoile rare de la maturation », dit un homme -voix off-.à propos d'une fleur de magnolia que la caméra était venue cueillir sur cet arbre surplombant tous les autres. Une femme -voix off- lui répond. Qui sont ces personnes? Nous ne les verrons pas. Des visiteurs? nous ne le saurons pas. Mais leur conversation (très écrite) accompagne presque tous les mouvements de la caméra qui nous invite à découvrir la maison de Manoel de Oliveira.. Extérieur d'abord en un mouvement panoramique; intérieur avec travellings et profondeurs de champ; la légèreté de ses mouvements rappelle la suavité d'une caresse Une maison, -voix off de l'homme-, est un objet qui permet que je m’entende avec une autre personne. Un objet qui dès le début de ce film autobiographique s'est métamorphosé en sujet. Cette demeure est filmée avec amour; elle respire de tous ces effluves qui circulent en son sein, elle s'offre pudique et voluptueuse aux regards des visiteurs(?) à ceux du spectateur; car les objets qui l'habitent "ont une âme" : les fauteuils disent le calme, les coquillages des étagères évoquent les voyages, les tableaux et sculptures le goût pour l'art; et les photos, légèrement patinées, témoignent du passage des êtres chers.

Elle n'est pas encore désertée même si elle n'est plus habitée. Or Manoel de Oliveira doit se séparer d'elle. Nous sommes en 1982 le réalisateur a 74 ans; à son actif 6 longs métrages, à son passif des dettes; il est contraint de vendre la maison de Porto qu'il habite avec sa femme Maria Isabel depuis quarante ans ( femme que nous voyons et entendons à un moment souriante et solaire).  Une blessure, une rupture, une déchirure. Il nous invite à la visiter avec lui, et dans cette promenade, écouter ses "confidences" ses "confessions" - le titre du film est à prendre au sens littéral- promenade comme voyage au coeur de ses pensées, de son être dans son entièreté!

 

Mais quand l'auteur face à la caméra, ou de profil en train de taper (un scénario?)  parle d'abondance (et tous les sujets sont abordés: politique, famille, amour, littérature, art etc.) la longueur insistante des plans fixes fait que l'on décrochera vite (hormis les cinéphiles admirateurs invétérés de cet auteur portugais et les exégètes qui décèleront et analyseront dans ce film de 1982 les promesses des œuvres à venir). Et ce, même si le traitement des images (avec ce mélange de diapos de photos de films) rappelle parfois la démarche cubiste; un espace démultiplié à partir de cet élément fixe et pourtant si vivant qu'était la Maison, SA MAISON!

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:39

De John Crowley et Paul Tsan (GB, Irlande)

Avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson

 

 Récompenses:

Festival du film de Hollywood 2015 : Hollywood New Hollywood Award 

New York Film Critics Circle Awards 2015 : Meilleure actrice

Boston Online Film Critics Association Awards 2015 : Meilleure actrice

Les années 50. Attirée par la promesse d'un avenir meilleur, une jeune Irlandaise quitte sa famille pour tenter sa chance en Amérique. A New York son passé vient troubler son nouveau bonheur...

Brooklyn

Romance? Oui. Film ou fresque d'époque? On en doute...

Voici un film à la mise en scène très "académique"; hormis certains "décadrages" et quelques ralentis, encore qu'ils font l'effet de partis pris systématiques. De très gros plans sur le visage de Saoirse Ronan éplorée nous rappellent que le film nous immerge dans une romance style mélo où l'Amérique sert uniquement de "toile de fond" (voir les effets carte postale avec un chromatisme où le rose se marie à des gris; ou encore cet instant où Eilis après la douane, se dissout dans un infini d'aveuglante lumière)

La structure interne frappe par son aspect "mécanique": au prologue irlandais -trop long- va succéder la période d"'intégration" à Brooklyn; puis retour en Irlande et dénouement aux USA. Une structure purement formelle car la binarité - paradoxalement- n'a rien de dynamique; elle se contente de mettre en parallèle deux "mondes" avec des scènes récurrentes de repas; avec des figures qui s'appellent en s'opposant; -soit deux "amours"; deux figures maternelles: ou son avatar en Miss Kelly l'Irlandaise et son double bienveillant en la personne de la logeuse à Brooklyn; avec des lieux contrastés (plage grouillante à Coney Island, mais déserte et sauvage sur la côte irlandaise) etc.

Au lieu d'une plongée dans les années 50 avec en toile de fond les problèmes d'emploi d'émigration de douloureuse insertion, nous assistons à une historiette glamour avec pour unique constat "je suis entre deux rives" (lettre à la sœur Rose).

En aucun cas l'histoire d'Eilis et de sa famille ne saurait être une mise en abyme de l'Histoire; Eilis quitte son pays, habitée par des rêves; tâtonnements, désarroi, puis émancipation; elle connaîtra l'Amour en la personne d'un plombier italien "émigré" lui aussi.

La boucle est bouclée "home is home"

Même l'actrice -nominée pour les Oscars- a parfois (pour ne pas dire souvent) les allures d'une automate

Colette Lallement-Duchoze

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 07:14

de Rodrigo Plà (Mexique)

Avec Jane Raluy, Sebastian Aguirre Boëda, Hugo Albores

 

Présenté en sélection officielle à Venise 2015

Un monstre à mille têtes

Comme dans La zona Rodrigo Pilà choisit la forme du thriller pour dénoncer des injustices criantes d'abjection (Un genre qu'il est désormais convenu d'appeler "thriller social"). Dans "Un monstre à mille têtes" c'est une compagnie d'assurances -métonymie d'ailleurs du capitalisme néo libéral- qui incarne inhumanité, corruption, un monstre qui préfère sacrifier ses adhérents, au nom de la rentabilité. C'est ce que découvrira Sonia Bonet, cette épouse pugnace, farouchement décidée à aller jusqu'au bout (braquage et prise d'otages inclus...).pour "sauver" son mari atteint d'un cancer; elle veut faire parapher son dossier par les autorités "compétentes" afin de mettre en place un protocole thérapeutique - très onéreux certes-  qu'on lui refuse au nom de prétextes fallacieux-; alors qu'adhérente elle a toujours payé ses cotisations !!

Comme souvent les personnages répondent à des questions précises (hors champ) en expliquant (en voix off aussi) ce qu'ils ont réellement vécu, accusant ou disculpant Sonia, et qu'ils jouent avec une certaine impassibilité, on a l'impression que le film se donne à lire comme une reconstitution lors du procès... Cette simultanéité entre une situation en train de se vivre et son commentaire censé être postérieur, contribue à multiplier les points de vue; une pluralité qui a aussi l'avantage d'établir une certaine distance avec les émotions de Sonia et ainsi de ne pas enfermer le spectateur dans son seul et unique point de vue (quand bien même c'est elle qui, arme au poing, tient à distance les protagonistes depuis le médecin coordonnateur qui refuse d'examiner le dossier et ce faisant, de donner son aval jusqu'à la plupart des représentants de la hiérarchie de la compagnie/mutuelle d'assurances). Multiplicité qu'illustrent aussi ces effets spéculaires :  le jeu constant de reflets, de miroirs, de vitres/écrans, de portes que l'on franchit avec difficulté, comme dans un labyrinthe. À cela s'ajoutent les fondus ou le recours aux filtres comme pour signifier que cette "spirale dans la violence" c'est aussi le chaos et la confusion (confusion tentaculaire du "monstre", confusion des sentiments chez Sonia ce que lui reproche au début son fils complice Dario, et que le spectateur perçoit dans la scène de l'ascenseur par exemple et au final quand dans la position d'une pietà elle caresse son fils en répétant "ça va s'arranger"...)

Dans cette course dédaléenne menée au pas de charge, Sonia incarne le combat (perdu d'avance?) du "faible" qui ose s'attaquer à un "monstre" jusque-là invincible, le combat de l'humain contre la dérive barbare qui l'a annihilé!

 

Encore un film "coup de poing" de ce réalisateur qui met au service de sa lutte, une mise en scène innovante, (ne serait-ce que par cette maîtrise époustouflante des cadres,  le refus  de changement brusque de caméra quand bien même on "change" de point de vue...)

Un film servi par la talentueuse Jana Raluy!

Un film à ne pas rater!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

D'accord avec Colette. Ce thriller ne recherche pas le sensationnel, il est tourné à hauteur d'une femme aimante, ordinaire mais déterminée. Combat de justicier quand le système est pourri et qu'il faut aller vite, que nous reste-t-il sinon l'action individuelle désespérée pour obtenir gain de cause juste ?

La critique de Télérama, Guillemette Odicino, n'a rien compris qui parle d'une "Mexicaine en proie à l'absurdité de l'administration" ! alors que ce film est la dénonciation évidente de ce qu'est une sécurité sociale privée qui n'obéit qu'à la loi du profit.

Le spectateur ne peut pas oublier les tentatives qui sont faites en France de privatiser la santé et qui aboutiraient à des situations dramatiques si bien exposées dans ce film, avec force et sobriété

Serge 6/04/2016

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 07:33

de Dalibor Matanic (Croatie, Serbie)

avec Tihana Lazovic (Jelena / Natasha / Marija), Goran Markovic (Ivan / Ante / Luka), Nives Ivankovic (Mère de Jelena / Mère de Natasha), Dado Cosic (Sasha), Stipe Radoja (Bozo / Ivno), Trpimir Jurkic (Père de Ivanov / Père de Luka), Mira Banjac (grand-mère d'Ivan)

Musique : Mychael Danna

Prix du jury section Un certain Regard Cannes 2015

Festival Rouen "à l'Est du Nouveau" prix jeune public (mars 2016)

Soleil de plomb

Trois dates 1991, 2001 et 2011, trois moments de l'histoire dans l'ex-Yougoslavie, trois histoires d'amour contrarié; mais un même lieu (deux villages voisins) et les deux mêmes acteurs pour interpréter, chacun , trois protagonistes; comme si l'amour transcendait ce "winter is coming" qu'avait prédit la grand-mère....

Des scènes récurrentes d'un fragment à l'autre, avec leur cortège de connotations dont le sens varie avec les périodes -l'eau, celle des ébats amoureux et son double abyssal; la présence d'un chien, témoin impassible de tous les cataclysmes; le gros plan, certes furtif ,sur une mouche ou araignée comme engluée dans les miasmes et cette musique qui tempête vers la fin de chaque épisode et surtout à la fin du troisième où la jeunesse défoncée par l'alcool et la drogue se déchaîne sur de la musique électro comme pour ensevelir ses traumas.

L'alternance entre plans très rapprochés (sur les amants) plans d'ensemble (sur les paysages ou la population) et profondeurs de champ (à l'intérieur des maisons), le jeu des ellipses qui fait du spectateur un auteur/acteur, le traitement de la lumière -scènes de nuit et de jour, les clairs-obscurs- comme expression des sentiments, tout cela participe de la volonté du réalisateur : dénoncer la xénophobie, la haine de l'autre

En I, un troupeau de moutons est effrayé par les armes des belligérants: effets "collatéraux" de la guerre qui se prépare? En II, Ante rabote une porte, Natasha dans une autre pièce fait danser salière et poivrière au même rythme que celui du rabot : succédané d'une danse nuptiale?

Mais ce qui frappe , c'est l'omniprésence de la violence à la fois stigmate de la guerre et quintessence de l'amour; une violence qui par-delà les âges, les générations semble dévolue en héritage. Car ne nous leurrons pas la scène idyllique -traitée de façon naturaliste- qui ouvre le premier fragment, d'abord placée sous le signe apollinien du soleil et de la lumière vire au cauchemar, à la tragédie: l'amour entre jeunes d'ethnie différente est pour les radicaux un non-sens, une tare, une honte qui souille l'honneur de la famille. La caresse voluptueuse du vent, de l'eau, des herbes et des cheveux n'a pu vaincre la haine. Le gros plan sur la main de l'amoureux cherchant en vain l'embouchure de sa trompette sonne le glas de toute fraternité; les larmes et les cris de douleur de l'amante endeuillée vont se perdre dans l'infini de la désolation. Désolation sur laquelle s'ouvre le deuxième volet du triptyque: long travelling latéral sur les maisons en ruines "Les miens ont tué ton frère, les tiens ont tué mon père" dira Ante pour répondre à la colère de Natasha hantée par la mort du disparu qu'elle continue à vénérer ! Son désir -très physique- d'Ante, qu'elle satisfait dans la torridité ambiante, ne pourra se convertir en amour; la guerre perdure au tréfonds de soi.. Dans le troisième volet Luka seul -avec lui-même, avec son passé- attend sur les marches de la maison de Marija; elle-même à l'intérieur, seule  avec l'enfant, d'abord séparée par le mur de silence, celui de l'incompréhension haineuse- consentira à "ouvrir" la porte....

 

Colette Lallement-Duchoze

Soleil de plomb
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 15:06

documentaire réalisé par François Ruffin

Merci Patron!

Marc-Antoine Jamet (hiérarque du PS, fabiusien cumulard, secrétaire général du groupe LVMH) ose affirmer péremptoire que le documentaire de François Ruffin "Merci Patron" fait le lit du Front national; que tout ce qui est "montré" et "dit" est pur mensonge. Lui-même interviewé dans ce film -qu'il n'a même pas vu..-souffrirait-il d'une amnésie cruelle, hypocrite et rédhibitoire ?

 

Voici un film/documentaire animé par un esprit frondeur, aux allures de BD parfois (et la chanson des Charlots qui l'irrigue en est une des preuves); un film qui par la dérision, l'humour "ose" s'attaquer au géant Bernard Arnault; en donnant la parole à cette classe ouvrière que "tous" avaient un peu vite enterrée....Un film "lutte des classes" sur le mode de la comédie.

Jocelyne et Serge Klur fabriquaient des costumes Kenzo à Poix-du-Nord; l'usine délocalisée en Pologne, ils sont au chômage "on doit vivre avec 4€ par jour"... Endettés, ils risquent l'expulsion Le Robin des Bois François Ruffin (rédacteur en chef de Fakir) vole à leur secours! Gagnera-t-il son pari, malgré tous les pièges tendus par la cruelle Anastasie ?? et les chantages des sbires du Grand Capital??

Que d'astuces pour jongler avec la paperasserie administrative, que d'impertinence (potache) dans les propos comminatoires, et le détricotage -style "franche rigolade"- des mensonges et injustices!

Et au final quelle bouffée d'air frais et de chaleur humaine!

Un film qui donne la pêche  (Jacques Littauer Charlie Hebdo)

Un film à ne pas rater!

 

CLD

 

PS: Aux détracteurs soudainement épris de justice en imaginant le sort réservé au "pauvre" Serge (LVMH lui fera peut-être payer les pots cassés), François Ruffin a déjà répondu " S'il devait avoir des problèmes, on est prêt. Le film n'a été financé que grâce à la générosité des lecteurs de Fakir, alors s'il le faut, on lancera la même collecte pour défendre Serge et on récoltera l'argent en une semaine. Et puis en France, on a encore un droit du travail, il faut en profiter tant qu'il existe....

 

Ruffin fera école car il réussit si bien à tourner le tragique en comédie, à montrer la face cachée du système : le cynisme absolu avec Bernard Arnault premier capitaliste de France et la servilité des socio-traîtres avec le maire PS de Val de Reuil Marc Antoine Jamet.

Ruffin venge les humiliés et nous montre la voie, tout semble facile, à portée de la main, ce film est une prouesse révolutionnaire, une perle rare. On voudrait que tout le monde le voie, c'est tellement instructif et jouissif en même temps.

Serge Diaz 28/03/2016

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 08:58

de F. Leon de Aranoa

avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan

présenté au festival de Cannes 2015 (Quinzaine des Réalisateurs)

adaptation du roman de Paula Farias "Dejarse Llover"

argument: Bosnie fin de la guerre. Le seul puits à des kms à la ronde est souillé car le cadavre d'un homme y a été volontairemnt jeté . Il s'agit pour des travailleurs humanitaires de l'extraire avant que l'eau ne soit contaminée...

A Perfect Day

Réalisateur espagnol, casting international, titre anglais (antiphrastique), tournage en Espagne!!! "quelque part dans les Balkans » telle est la mention initiale, suffisamment floue pour ne pas attiser les discordes sur la guerre en ex-Yougoslavie .

Dénoncer l'absurdité de la guerre en général? à travers l'exemple de la Bosnie fin des années 1990?  peut-être; sûrement. Mais sans le trash de MASH, sans la verve loufoque de "no man's land"

 

Les cinq personnages en mission humanitaire en Bosnie à la fin de la guerre , Mambru, Sophie, Katya, B et Damir -le traducteur, interprétés avec plus ou moins de brio,  en sont réduits à illustrer des archétypes tant ils sont stéréotypés (une idéaliste de pacotille, une psycho rigide, un cow-boy charitable, un vétéran déphasé permanent...). Les "villageois" dans la scène d'ouverture se contentent d'une piètre figuration. Si l'on ajoute la récurrence de ces vues aériennes sur les routes en lacets, censées illustrer la pénibilité et la pugnacité des travailleurs humanitaires à bord de leurs véhicules, on se dit avec une certaine amertume que décidément c'est un film assez poussif!!!!

 

Certes il est traversé ça et là par des "signes" : la scène qui ouvre et clôt le film (la présence d'un cadavre dans un puits) est une forme d'allégorie; la coexistence du tragique et du comique autorise une distance critique (les diktats des gouvernements qui au gré des événements se contredisent, la recheche épique d'une corde, la présence d'une vache "piégée" bloquant le passage); les "reflets éclatés " dans le miroir de la maison détruite sont à l'image d'un pays cabossé et disparate, l'horreur qui parfois s'impose frontalement (les pendus), ces morceaux de musique rock et punk qui jouent le rôle de contrepoint; mais globalement cette chronique qui se veut à la fois humaniste et humanitaire, n'est pas convaincante ....

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 06:45

de Nicholas Hytner (GB)

adaptation  du roman d'Alan Bennett

avec Maggie Smith, Alex Jennings, Jim Broadbent

The Lady in the Van

À l'heure où l'autofiction fait florès dans le roman français, un auteur anglais Alan Bennett se posait la question de dissocier le je -l'auteur et le je -l'homme; toi tu l'écris, et moi je le vis dit  Alex Jennings à son double dans le film. L'expérience qu'il a vécue est si originale qu'elle serait la matière idéale d'un livre. L'écrivain en fera une pièce de théâtre dans laquelle a joué Maggie Smith en 1999 et la même actrice est sollicitée par Nicolas Hytner pour interpréter à l'écran  cette Miss Shepherd, une femme clochardisée acariâtre et sale. Installée dans sa camionnette (qu'elle customise au grand dam des voisins et de la police) sur l'allée du garage d'Alan Bennett ,elle entretient avec ce dernier une relation de "voisinage" pour le moins originale!!! et qui durera 15 ans! (soit de 1974 à 1989, date de sa mort ) Et ce, dans une rue de Camden un quartier  londonien en voie d’embourgeoisement (le comportement des voisins dans le film en est la caricaturale illustration! )

 

Le film s'ouvre sur la scène de l'accident que nous ne voyons pas mais percevons par le bruit amplifié du fracas; puis gros plan sur le pare-brise ensanglanté; puis délit de fuite : la conductrice poursuivie échappe à la vigilance des policiers. Cette scène inaugurale sera revécue soit comme cauchemar, soit comme monnaie d'échange (un ex policier joue le maître chanteur) et dans la séquence finale tarabiscotée qui se veut assomption vers....où les fantômes des morts évoluent dans une fraternité retrouvée

 

Maggie Smith est the lady in the van (comme elle fut récemment  my old lady dans le film d'Horovitz ) et de ce fait elle est de tous les plans (voici un très gros plan sur le visage aux  yeux globuleux inquisiteurs, un plan moyen où recroquevillée dans sa camionnette elle fait corps avec tout son fatras, voici un plan d'ensemble où sa silhouette informe s'est précisément fondue, la voici sur le  fauteuil roulant, elle  se laisse happer par l'ivresse vertigineuse de la  descente;  etc..) Cette actrice octogénaire (elle  joue la comédie depuis 60 ans..) semble si à l'aise dans ses guenilles aux odeurs fétides, sa gouaille et son sens de la répartie,  sa rouerie manifeste dans ses mensonges et son catholicisme de pacotille,  qu'elle suscite l'empathie ce que renforcent les flash-back

Figure "romanesque" par excellence -les étapes de son parcours sont égrenées au fil des rencontres et recherches menées par le dramaturge- Miss Sherphed  intrigue et fascine. Derrière la fenêtre de son bureau l'auteur guette, s'interroge et son double lui répond, le tance ou le conseille; l'un à l'aise sur le clavier de sa machine à écrire, l'autre et pourtant le même, dégingandé et maladroit dans les gestes du quotidien. Vue en contre-plongée pour l'auteur, en légère plongée pour l'homme ou alignement à peine contrasté des deux (hormis le port de la cravate pour l'un) ; sourire narquois de l'un, regard hébété de l'autre; et la prestation d'Alex Jennings n'est nullement entachée par l'omniprésence de Maggie Smith quand bien même cette dernière crève l'écran....Ce pince-sans-rire aux afféteries parfois prononcées incarne entre autres l'humour (que l'on dit si "british") qui irrigue tout le film

Film où l'on rit et sourit de bon cœur -malgré tous les malgré(s)

 

Colette Lallement-Duchoze

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