17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 21:23

Film réalisé par Anne Fontaine

 

Avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek,  Agata Kulesza

Argument: Pologne, décembre 1945.Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise. D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher. Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser...C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.

Les Innocentes

J'y allais à reculons craignant  voyeurisme ou  manichéisme . 

Ce film est merveilleux de pudeur et de réalisme sur les  réactions des personnages et leurs relations. .

Les différentes personnalités y sont présentées mais non jugées a priori. Le spectateur peut donc penser ce qu'il veut. 

Le scénario est inspiré d'un fait historique et d'un personnage réel : la jeune médecin interprétée par Lou de Laâge

Les acteurs sont très bons.

L'image est magnifique. D'aucuns diront qu'elle est trop classique. 

 

Isabelle Lepicard.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 15:41

 de Corneliu Porumboiu (Roumanie)

avec Cuzin Toma, Adrian Purcarescu, Corneliu Cozmei.

Prix un Certain Talent de la sélection Un certain regard,  festival de Cannes 2015

argument: A Bucarest, Costi est un jeune père de famille accompli. Le soir, il aime lire les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Un jour, son voisin lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents ! Et si Costi accepte de louer un détecteur de métaux et de l’accompagner pendant une journée, il serait prêt à partager le butin avec lui. D’abord sceptique, et en dépit de tous les obstacles, Costi se laisse finalement entraîner dans l’aventure…

 

NB: Ce que ne mentionne pas le pitch c'est qu'Adrian doit trouver impérativement une somme de 800 euros sinon c'est la failite assurée; or son arrière-grand-père aurait enterré sa fortune dans le jardin de la maison familiale, avant l'arrivée au pouvoir des communistes....

Le Trésor

Dans cette comédie satirique, cinquième long métrage de Corneliu Porumboiu, triomphe à n'en pas douter l'absurde. Mais c'est aussi plus subtilement peut-être une confrontation entre passé national et passé familial dont la "chasse au trésor" est le prétexte anecdotique, le déclencheur

Et la longue séquence du jardin vaut son pesant de métaux ...Elle est filmée comme un huis clos; les trois comparses sont enfermés  dans le jardin et simultanément dans leur "délire" (le propriétaire du détecteur désire empocher son dû, alors que Adrian et Costi d'abord sceptiques -le détecteur déclenche son alarme à tout bout de champ (sens propre) - se relaient à la pelle comme s'ils creusaient leur propre tombe). Pendant ce dur labeur, le récit d'Adrian sur "l'histoire" de la maison familiale vaut un cours "d'Histoire"; briqueterie forge, jardin d'enfant sous l'ère communiste, bar à strip-tease après la révolution de 1989 avant de revenir à la famille d'origine ...C'est l'histoire de la Roumanie à travers ses strates... comme apparaissent celles de la terre quand les deux comparses creusent le trou .. L'attente dans un commissariat où les gendarmes doivent faire appel à un expert, le voleur Luca, pour ouvrir la boîte....dit l'absurdité et l'incompétence du pouvoir et prête d'autant plus à rire (sourire) que tout s'accomplit avec le sérieux d'une placide  méticulosité, ce qu'accentue le choix de plans fixes. Et quand l'écran est envahi par l'image agrandie du fameux "trésor" (qui n'est pas celui escompté), c'est une autre "histoire" de la Roumanie qui se lit en filigrane, assez troublante pour tous les protagonistes, d'ailleurs !

On vous laissera découvrir les tractations dans l'univers glacé de la banque ou encore les achats de Costi dans une bijouterie de luxe; le jeu désopilant des contrastes à la Tati...

L'enfant joue un rôle majeur dans ce film; non seulement c'est sur lui que s'ouvre et se clôt le film (une véritable apothéose!!) mais le cinéaste signale comme en exergue la prégnance, dans l'esprit et le comportement des parents, des séquelles d'un certain régime; s'estimant une génération "sacrifiée" ou "en sursis" ils mettent tout en œuvre pour éviter à leur progéniture un sort identique; ce que confirmerait la lecture quotidienne de "Robin des bois"???

 

Colette Lallement-Duchoze

Tout cela est juste mais l'ensemble est un peu 'léger", scénario et mise en scène 

on ne rlt pas, on sourit.

Et on se prend à rêver de ce qu'en auraient fait les Italiens du siècle dernier.

Marcel  18/02

Le regard critique voire satirique du metteur en scène sur l'histoire de la Roumanie de ces 50 dernières années, en fait l’intérêt majeur du film.

Mais à l'instar de  l'intérieur des appartements, le film est minimaliste dans son scenario et au fil  du temps l'ennui nous guette.

Certes la fin du film est surprenante et donne de l'humanité au personnage principal

Claude 22/02

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 07:15

premier long métrage de César Acevedo. Colombie

Avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa

Caméra d'Or  festival de Cannes

La Terre et l'Ombre

Nous sommes dans la vallée du Cauca, Colombie. Sur un chemin bordé de plantations de canne à sucre, avance au loin un homme (sa marche vers...est filmée en temps réel); au passage d'un camion il est contraint de s'écarter, se mettre à l'abri; la poussière soulevée a recouvert de son linceul albâtre, le vert des plantations : c'est la scène d'ouverture.

Cet homme Alfonso, après 17 ans d'absence, revient  dans sa maison, au chevet de son fils malade. La maison est désormais le seul et minuscule  îlot d'humanité, dans un univers  gangrené par la surexploitation sucrière...

Le rythme très lent du film semble reproduire celui de la respiration du fils qui agonise, celui d'un cœur qui bat au ralenti; l'exploitation sucrière a non seulement saccagé la propriété familiale, mais elle vient de condamner un "damné de la terre"

De longs plans fixes, des cadrages savamment travaillés donnent corps à une suite de "tableaux" qui font alterner l'intimité d'une maisonnée (le fils alité dans une chambre aux volets clos; son enfant Manuel ballotté entre les aspirations contradictoires des "grands": la grand-mère rivée à sa terre, à ses racines, la mère décidée à partir alors que le père moribond ne veut pas, par amour filial, abandonner sa mère) et la révolte sociale (les ouvriers exténués par le labeur, menacent, s'insurgent réclament leur dû).

Des dialogues minimalistes (sur la rupture entre Alfonso et son épouse), un cri de révolte (celui des ouvriers) une colère hors champ (quand Alfonso somme le médecin de soigner son fils à l'hôpital); mais surtout des gestes, des poses, de gros voire très gros plans (la mère en piéta, caressant son fils, la toilette mortuaire où les parents sont comme réconciliés sur la chair de leur fils qu'ils aspergent d'eau lustrale, les visages des ouvriers filmés de profil ou en frontal). Tout cela crée une atmosphère de recueillement de désolation et de douleur où le quotidien banal est comme exhaussé à une dimension sinon mythique du moins universelle. Celle de La Terre et de l'Ombre

Des envolées lumineuses contrastent avec la grisaille (sens propre et figuré): Alfonso apprend à son petit-fils Manuel le langage des oiseaux ou à manipuler un cerf-volant (qui dans son assomption peut envahir tout l'écran ainsi transfiguré en voûte céleste)

Mais le souci de formalisme (qui vire parfois au hiératisme) est trop prononcé et sa prégnance non seulement englue les personnages dans un rôle récitatif mais loin de distiller une forme d'empathie,  laisse le spectateur comme en "retrait" .....

L'aspect politique, en revanche, est une des forces de ce film. Explicite ou simplement suggéré, il n'en est que plus convaincant !

 

Colette Lallement-Duchoze

Ce que vous dites sur "l'académisme" du film est tout à fait vrai; mais, tout étant consciente de ce travers , accentué par la lenteur de l'action, il m'a été agréable de me laisser charmer par l'image et la musique de ce film

Isabelle Lepicard 9/02

 

Je n'ai pas parlé d'académisme mais de tendance trop prononcée au formalisme virant parfois au hiératisme (c'est pourquoi j'employais délibérément un champ lexical du sacré : piéta, eau lustrale, assomption)

Colette 15/02

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 17:56

Film d'animation réalisé par Charlie Kauffman et Duke Johnson

 

Voix de Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan, David Thewlis.

Anomalisa

C'est quoi la douleur? C'est quoi être humain? c'est quoi être vivant? Telles sont les questions que pose Michael Stone, auteur du best-seller Comment puis-je vous aider à les aider ", lors de sa conférence pour personnels de hotline. Celle-ci fera l'objet de l'avant-dernière séquence de ce film d'animation en stop motion (technique d'animation image par image permettant de créer un mouvement à partir de prises de vues fixes); film pour le moins original, sur la standardisation des rapports humains...

C'est à l'hôtel Fregoli que Michael Stone descend à Cincinnati pour sa conférence prévue le lendemain. Or si un hôtel est un lieu neutre et aseptisé, ici le patronyme renvoie au syndrome du même nom- délire paranoïaque qui affecte un individu persuadé que le monde est une seule personne qui le persécute. Et de fait tous les personnages rencontrés ont le même visage, la même voix (les traits des "marionnettes" sont à peine dessinés et c'est la voix de l'acteur Tom Noonan que l'on entend, qu'il s'agisse de la femme et du fils de Michael , du chauffeur de taxi, du gérant de l'hôtel, du groom, de l'amante délaissée invitée à prendre un verre, du vendeur de sex-shop, etc...). Pas de doute, pour le réalisateur Charlie Kauffman ce syndrome serait la métaphore de notre monde moderne...

 

Dépressif ce quinquagénaire ? La séquence du cauchemar kafkaien– si étonnamment rendue avec ce masque qui explose du visage, le cheminement jusqu'aux profondeurs de l'hôtel, le recours à une voiturette de golf, le carré rouge qui s'ouvre dans les abysses du néant, la course effrénée au retour-, ainsi que les gros plans sur son visage et ses yeux hagards le prouveraient aisément. Mais une conviction l'habite: il y a quelque chose d'unique en chacun. Et c'est Lisa cette jeune femme complexée et timide, rencontrée le soir à l'hôtel qui l'incarne; or ne serait-ce pas précisément une anomalie?? (anomalisa étant la contraction du nom commun et du nom propre). La scène d'amour qui scelle l'humanité retrouvée est bouleversante par son mélange de réalisme de pudeur et d'humour! Mais ne serait-ce pas une simple parenthèse dans le parcours chaotique du personnage?? la preuve que le Bonheur est fugitif ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS comme la bande-son du prologue (brouhaha et rires) est reprise dans le générique de fin; comme in fine vont défiler sur l'écran les paroles "éclairantes" d'une chanson , avis aux spectateurs: ne pas quitter la salle trop tôt!!!

Film intéressant et pessimiste.

J'y ai vu surtout , en dehors de l'aspect paranoïaque bien souligné par Colette, le constat d'un monde terriblement formaté. Tous ces dialogues réalistes, très justes, renvoient à un monde unicolore, que nous connaissons tous. La vie ne serait elle que la répétition de scènes banales, conformes à notre univers social ? Attitudes clichés (cette Lisa avec ses mimiques très middle classe américaine), qui provoque l'ennui, et peut effectivement conduire à une conscience aiguë d'un monde en copié collé déprimant. Chacun se reconnaîtra dans cette aventure. Le tour de force d'utiliser des personnages animés pour rendre cette sensation d'aliénation culturelle est à souligner.

Serge 8/02

C'est ce que je formulais avec cette expression délibérément "cliché" : standardisation des relations humaines; le syndrome de Fregoli lui servant de métaphore...
Lisa, vendeuse d'Akron fait  peut-être"middle-class" , mais dans le film elle   tranche sur les autres et c'est cette singularité, cette ingénuité désarmante qui "séduisent" Michael et le guérissent pour un court instant de son taedium vitae

 

Colette 9/02

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 06:47

de Michael Almereyda

avec Peter Sarsgaard, Winona Ryder, Jim Gaffigan

 

 

Argument: poussé par le souhait de comprendre comment tant d'hommes et de femmes ont pu adhérer aveuglément à la doctrine nazie et à son lot d'horreurs, le psychologue Stanley Milgram décide de réaliser dès 1961 une expérience scientifique à base de décharges électriques visant à analyser les mécanismes qui poussent un individu à se soumettre à l'autorité

Experimenter, l'histoire de Stanley Milgram

Le sujet est intéressant: le test de Milgram démontrerait que obéir ou désobéir à l'autorité ne dépend pas seulement de notre caractère mais du contexte et d’un grand nombre de paramètres

Le film d'Almereyda n'est pas vraiment un biopic/documentaire  (comme on veut le présenter); le réalisateur a choisi une froideur presque glaçante  et imposé à l'acteur Peter Sarsgaard qui interprète Milgram, une certaine "distance" -ce qui ne l'empêche pas de traverser l'écran et de s'adresser à nous... alors qu'il est en pleine "expérimentation"

Preuve que le spectateur ne sera pas manipulé comme les cobayes de Milgram? ???

1H40  entre "adhésion" et "distance": mais c'est peut-être le but recherché!!!

 

Elisabeth

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 17:37

Film de Naomi Kawase

avec Kirin Kiki, Masatashi Nagase,  Kyara Uchida

 

argument: Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « AN ». Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable...

Les délices de Tokyo

A lire les critiques, on peut se dire : encore un film sur les mérites de l’art culinaire !

Eh bien non, c’est beaucoup plus et mieux que ça.

Bien plus aussi qu’un voyage exotique dans un Japon aux rues  bordées de cerisiers blancs en fleur, le film de la talentueuse réalisatrice Naomi Kawase nous donne une grande leçon d’humanité.

En effet, il serait dommage pour le spectateur de connaître tout le sujet du film, et pour ne rien dévoiler de la deuxième partie , disons simplement qu’elle décrit (tout en le dénonçant finement) un Japon où le conformisme règne, où toute différence est mal vue, voire mise brutalement au ban de la société.

On imagine la réaction des spectateurs japonais face à un aspect de leur civilisation qu’ils méconnaissent.

 

Ce qui est montré, avec une grande poésie, nous émeut parce qu’il touche à l’universel.  

 

Serge Diaz

Les délices de Tokyo

Entièrement d'accord avec Serge.

Il faut aller voir ce film aussi et peut-être même surtout pour la deuxième partie que Serge a raison de ne pas dévoiler

Marcel 3/02/2016

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 06:39

De Bouli Lanners

Avec Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow

 

 

Argument: Cochise (Albert Dupontel) et Gilou (Bouli Lanners), deux inséparables chasseurs de prime doivent retrouver un téléphone au contenu sensible, égaré par son influent propriétaire. Leur recherche va les conduire dans une petite ville paumée, où ils vont croiser Esther (Aurore Broutin) et Willy (David Murgia), un jeune couple en marge du monde qui semble fuir un grand danger

Les premiers, les derniers

Le cinéaste Bouli Lanners aime filmer de grands espaces (on se souviendra d'Eldorado) et les personnages qui les arpentent en voiture ou à pied, sont souvent bourrus marginaux mais profondément humains.

Ici la vaste étendue beauceronne; là un no man's land.

Des rencontres "improbables", (un cerf, un Christ flingueur, une momie, un ex croque-mort) des figures paternelles de "sages" (bonheur de revoir Max von Sydow!) viennent peupler ce film aux allures de western

 

Mais la symbolique (mystique??) est un peu facile

 

Le titre aurait dû m'alerter ...

alors je vous mets en garde...

 

Elisabeth

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 08:00

Documentaire expérimental réalisé par Andy Guérif

Maesta, la passion du Christ

Maesta la passion du Christ, c'est la face postérieure couronnante du retable de Duccio di Buoninsegna, peintre siennois (1225- 1319), (la face antérieure couronnante étant consacrée à Maesta La Vierge en majesté, entourée d'anges et de saints). Soit 26 panneaux qui narrent en  l'illustrant, la "passion du Christ" depuis l'arrivée à Jérusalem jusqu'au chemin vers Emmaüs en passant par la Cène, la trahison de Judas, la Crucifixion etc...

Le prologue est consacré au panneau central "la crucifixion" -celui qui s'impose à qui regarde l'oeuvre dans sa globalité- (mais voir des Romains ajuster la croix dans l'espace,  bien différencier celle du Christ de celles des deux autres crucifiés, alors qu'une bande-son restitue les cris de douleur à mesure que les clous s'enfoncent dans la chair et les os, peut prêter à sourire.....)

Une heure durant, la surface du polyptyque envahit tout l'écran; les différents panneaux vides, vont s'emplir progressivement de présence humaine à l'instar de split-screen (soit plusieurs écrans sur un même écran); les acteurs et figurants parés des vêtements aux formes et couleurs du retable d'origine, entrent dans le cadre, se meuvent, se parlent (mais on n'entendra qu'un brouhaha  d'où s'échappent parfois des bribes  de conversation à l'anachronisme plaisant ); puis ils vont se figer donnant l'illusion de l'original ainsi revisité, avant de "disparaître" d'un panneau et d'emplir le suivant (deux toutefois sont habités pendant toute la durée du "film"  par des hommes qui fabriquent le tombeau)

 

À l'époque de Duccio on ne connaissait pas encore la perspective: on voyait des "images" et non des espaces; le réalisateur a tenu à respecter ces proportions différentes en "fabriquant l'espace de la peinture comme on la voit au XIV° siècle" : ainsi une table trop inclinée (La Cène) ou une entrée toute petite (premier panneau entrée à Jérusalem)

Pour réaliser ce "documentaire expérimental", Andy Guérif a "recréé" un à un chacun des panneaux dans un atelier; il a tourné séparément; chaque décor ne servant qu'une fois. Au montage final "chaque panneau fut placé l’un à côté de l’autre pour retrouver les déambulations des personnages. L’effet général donne une impression de plan séquence ou, pourrait-on dire, il s’agit de 26 petits plans séquence mis ensemble"

 

Si l'on se fie aux propos du réalisateur plasticien angevin, "Nous ne sommes pas dans une fiction de cinéma au sens classique du terme mais devant une peinture" on serait tenté de conclure que Maesta la passion du Christ serait, stricto sensu, plus destiné à une exploitation muséale

Mais un public de salles, amoureux des arts et des lettres,  n'est-il pas à même d'apprécier une telle "expérimentation"??

 

Colette Lallement-Duchoze

Maesta, la passion du Christ
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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 08:58

Film canadien de François Delisle

Avec Fanny Mallette, Sébastien Ricard, Geneviève Bujold, Pierre Curzi

Chorus

Le thème est délicat: la douleur, le deuil; ou comment peut-on "survivre" à la disparition de son enfant?

Le réalisateur a opté pour un film en noir et blanc (à tel point que la ville de Montréal où demeure Irène, la mère, et les plages mexicaines où Christophe le père s'enroule nu dans les flots, semblent drapées d'un même linceul de froideur). Il a choisi la sobriété et très souvent la voix off comme monologue intérieur, voix off en harmonie avec les polyphonies médiévales qu'interprète Irène, avec sa chorale; de courtes scènes en montage parallèle suggèrent le destin de ces deux parents, qui, séparés depuis la perte de leur jeune fils Hugo, ont "vécu" le "deuil" chacun à sa manière....le Chant et l'Océan

Mais dès le début  le spectateur est pris au piège; le film s'ouvre en effet sur un long plan-séquence: un prisonnier pédophile interrogé par un inspecteur avoue avoir tué Hugo il y a 10 ans...Cette révélation qui doit rendre vraisemblable la rencontre du couple après tant d'années de séparation, montrer comment la nouvelle douleur sera assumée à deux, est donc l'angle choisi par le réalisateur; révélation  (en soi spectaculaire) comme prétexte à un "autre" film: rencontre des époux, reconstitution, crémation, et procès éventuel; cheminement à deux vers un au-delà de la Mort?

Si la pudeur semble revendiquée elle n'exclut pas certaines lourdeurs! Que dire de ce gros plan sur le préservatif rempli de sperme? De la conversation entre Christophe et Irène dans un bar, parasitée puis recouverte par les images d'horreurs en Syrie? Des mesquineries familiales? Des apparitions récurrentes et insistantes de l'enfant dans l'embrasure d'une porte, sur un lit aux draps défaits après l'amour, etc..?

La dernière séquence vers laquelle TOUT doit converger est censée être un hymne à la VIE ! Mais elle est provoquée, là encore, par un "rebondissement" : la rencontre inopinée avec un ex camarade de classe de Hugo, qui entraînera le couple à un concert de rock ...

 

Certes l'interprète Fanny Mallette est bouleversante dans ce rôle où elle  incarne une mère  habitée par une  douleur muette ou violente; mais cela n'aura pas suffi...à "convaincre"..

Un léger bémol:   intacte et inviolée la vibration des polyphonies..

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 06:57

de Benoît Forgeard

musique de Bertrand Burgalat

interprètes: Olivier Rabourdin (Michel Battement), Philippe Katerine (Jean-Michel Gambier, le Président Bird), Alka Balbir (Samira), Philippe Laudenbach (Alain Rose-Marine), Anne Steffens (Ann Holignal), Antoine Gouy (Chris), Darius (Pierre Caron), Jean-Luc Vincent (Dizier Deschamps), Elisabeth Mazev (Françoise), Myriam Studer (Nawan), Benoît Forgeard (Pithiviers)...

Gaz de France

2020. Voici Gambier, le président Bird, qui a été élu grâce à un tube sur le PIB (il est chanteur à ses heures...) mais inepte à la fonction présidentielle, il est au plus bas dans les sondages. Vite vite une cellule de crise: le conseiller Michel Battement a convoqué des "spin doctors" au profil plus qu'atypique …afin d'éviter la catastrophe....En lisant ces quelques informations on se dit "tiens une comédie politique genre guignols de l'info" ..mais...

 

L'essentiel du film  se déroule dans les entrailles de l'Elysée: niveau -1 puis niveau -2 ; ces niveaux où sont "empaillés" les oripeaux de la Vème République (non seulement les portraits des présidents successifs, mais aussi des cadeaux, des postiches dont les sourcils de ..., des dossiers archivés, tout un fatras à la connotation symbolique évidente...)

Plongée dans les coulisses et les arcanes du pouvoir? Certes le spectateur retrouve dans cette fiction tous les codes de la satire politique et surtout le pouvoir  tyrannique de l'image; des conseillers patentés bien ridicules;  le fameux storytelling et sa dénégation purement formelle; le règne de l'immédiateté, celui de l'opinion ou de l'émotion qui supplantent celui de la raison!

Mais il y a plus et c'est précisément ce "plus" qui entraînera ou non l'adhésion du spectateur. Philippe Katerine avec son flegme et son air lunaire donne consistance, en "bird" président, à ce qui est aussi volatil que le gaz; un paradoxe assez jubilatoire; la scène où les personnages portent des masques à têtes d'oiseaux,  ne serait-elle pas (aussi) un hommage "déguisé" à Judex?. Et dès lors   s'imposerait  tout un jeu sur les connotations et les allusions.??? Peut-être...

Le film, par-delà son aspect foutraque et son humour décalé (on sourit, on rit, mais jamais on ne s'esclaffe) nous entraîne dans un univers de carton pâte (aplats verts des décors; image/poster qui s'anime et s'agrandit aux dimensions d'un nouvel Eden); un univers qui s'apparente à  un huis clos (un "hic et nunc" dans le ventre élyséen, où s'agitent jusqu'à la suffocation les spin doctors; un"ici" opposé à un "là-bas" le "dehors" où crève la population...).

À la différence d'un documentaire ou d'une docu-fiction, l'univers artificiel, le décor de synthèse de "gaz de France", le mélange d'humour froid et d'artifice ( le réalisateur y joue un cyborg, un des participants à la cellule de crise...), le non-sens présenté comme sérieux ou du moins comme allant de soi, bref tout ce que, pour simplifier, on nomme "absurde" , est moins au service d'une satire -celle du pouvoir politique- que d'un questionnement sur le rôle de la fiction en politique, comme dans toute création d'ailleurs, fiction confrontée à un "supposé" réel.....

 

Françaises, Français,

« Souhaitez-vous (regard caméra) être gouverné (un temps) par l’homme ? (Un temps plus long) Ou par le costume de l’homme ? »

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

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